Skip to main content

Full text of "Histoire de l'Académie royale des sciences, avec les mémoires de mathématique et de physique"

See other formats


= [4 


| HE 


+ 


s. 
a 
, 23 


: 
TRS 
Het 
de 
L'EE 


Es 
Ë 


L 
à 
. 
l 
} 
LEE 
* + 
dt À 


F LE 

FA 
, AM 

st 


ee 00 


HISTOIRE 
‘ACADÉMIE 


M ROYALE 
HES SCIE NCES. 


ANNÉE MDEC CLXEXT. 


. Avec PA Mémoires de Mathématique & de Phyfque, 


P pour la même Année, 
Türés des Regifires de cette Académie. 


À, ‘A R° I ‘. 
DE L'IMPRIMERIE ROYALE. 


M DCCLXXXVIIL 


san # LES JM x 


Sn 


” 


Mb 1e ‘ mn: 


LT todi | ip al 


"+ 9: F + 


CARE Lie 1 


‘POUR L'HISTOIRE. 


Bit d'un Projet de tranflation de l'Hôtel-Dieu de 
Paris, à d'une nouvelle conftruétion d'Hôpitaux pour les 
clan ah: à put; Page 1 


Rapport fait à l’Académie, Jur la Navigation intérieure de 
la Bretagne. Par M." l'abbé Bossur, l'abbé RocHon : 
DE Fourcror & le Marquis DE CONDORCET. 111 


Ouvrages préfentés à 1 Académie . te ae ee hote 128 
Eloge de M. le Marquis de Courtivron. . :,..... 130 
Eloge de M. le Duc de Praflin.s.:......... 137 


178 5° * ij 


POUR LES MÉMOIRES. 


74 ÉMOIRE fur la quantité de l'aplatifement de la Terre. 
Par M. DE La LANDE......4hN0414,%4L Papeur 


Mémoire [ur l'origine du Zodiaque, l'explication de fes douge 
Signes, de. Par M. LE GENTIL.......5....% 19 


Comparaifon du Zodiaque Indien, des Tranfadions philo- 
fophiques, dc. Par le même................ 17 


Mémoire fur l'emploi de l'écorce du Platane, pour tanner 
les Cuirs. Par M. FoucEroux DE BONDAROY.., 24. 


Mémoire fur l'ufage qu'on pourroit faire des peaux de Vaches 


marines: Par le ‘même. ...,. ES. An 
Théorie de Jupiter & de Saturne. Pax M. DE LA PLACE. 33 
Obfervations fur le Loup marin. Par M. BROUSSONET. 161 
Obfervatious fur les vaifeaux fpermatiques des Poiffons épineux. 
Par le même... A IPN SENS INRES 
Mémoire pour fervir à l'Hifloire de la refpiration des Poiffons. 
Par le mêmes. ., ee et CMS ET EN NONDRE 
Mémoire fur quelques particularités du Cupreflus difticha, dc. 
Par M. l'Abbé “TESSIER 0 ie 4 0 197 
Mémoire [ur les propriétés éledriques de plufieurs Minéraux. 
Par M. l'Abbé HAür. MON ET TR ARIE 


Olfervations fur la manière de faire les Herbiers. Pax le 
MÈME à. + + o setoele ne cos tele elle lie © 2 IEEE 


Mémoire fur la flrulure de divers Criflaux métalliques. Pax 


fe” même. 44... ALOS OT NTARNRNRI NE ‘1209 


Obfervation de la Lune , lors de fon paffage par le méridien, dc. 
Par M. JEAURAT CON RCE LE RE ROUE CE CRC Cela Pi EU HN] 229; 


TABLE. 
. Procédé pour extraire de L'Efprit-de-vin an ‘Acide concret, 
femblable à celui du Sucre. Pax M. SAGE...... 233 
Analyfe du Mélange métallique, dc. Pax le même.. 235$ 
Manière de déterminer la pureté du Cuivre. Pax le même. 237 
Analyfe d'un Spath pefant vert. Par le même...... 238 
Examen comparéde l'intenfité de Chaleur,é c. Par lemême. 239 
Aualyfe d'une mine d'Antimoine, dc. Par lemême.. 243 
Analyfe d'une nouvelle efpêce de mine de Bifmuth terreufe, 


folide , ec Par le mêmé:.4,..4..,4.... + 245 
Mémoire Jur le mouvement de Vénus, Par M. DE LA LANDE- 
248 
Oifervations des Planètes, faites à l'École militaire, en 
MPz2 Ut: Par DL D MGELET ME UD, ANNE 267, 
Mémoire far! "Acide marin déphlogifliqué. Par M BERTHOLLET. 
276 
Obfervations Jur l'Eau régale à [ur quelques affinités de 
1 J'Atide marin: Par Le mêmes. ........... 296 
Memoire fur la décompofition dé l'Efprit-de-vin & de 1 Ether, 
* par le-moyen de l'Air vital, Par le mêmes... ... 308 
Analyfe de l'Alkali volatil, Par le même......... 316 
Obfervations Jur la combinalfon de FL “Air vital avec les Huiles. 
A Pardé mément. 311, ONU EAN. 01. 5 Stage à AT 327 
Suite des reeherches fur la nature des (res animales , dc. 
Par lehinème tt. NON, Bb: phases 8 331 
Mémoire fur les’ Clavicules à 6 les Os claviculairès. Par 
DM VECQ:D'AZER, SE EN, PL she mou 350 
Obfervation ‘en / Cia du Tonnerre, dc. Par M. Fabbé 
DESSERT: 5 5 24 0, L - MONET 1364 
Remarques far Gps de la aa ou feptième Planète, rc. 
Par M: LE MONNIER... 44 5 364 


Extrait d'uné Lettre écrite de Bagdad, dc. Par le même, 366 
Conjonéion de la Lune aux Pléiades, de, Pax Ie même. 367 


TABLE. 
Aurres Olfervations de la conjonéfion de la Lune à Vénus, és 
Par: M; 1€ MONNIER. ....:......4.:..4, 370 
Expériences fur une Huile de vitriol fumante de Saxe, dc. 
Par M. DE FourcROoY...,.......smssmssse 373 
Mémoire pour fervir à l'Hifloire anatomique des Tendons, dc. 
Par de même, ,..,,., nee esseneses 392 
Second Mémoire pour. fervir à l'Hifloire anatomique des 
Tendons, dre. Par le même........,,..,..,.. 414 


Mémoire fur les claffes les plus convenables à établir parmi 
les Végétaux, dc. Pa M. le Chevalier DE LA MaARcCx. 


437 
Obfervations Jur la comparaifon de la nouvelle Laine Juperfine 
de France, &c. Par M. DAUBENTON- ..:... ». 454 


Recherches d’Analyfe indéterminée. Pax M. LE GENDRE. 465! 
Defcription d'une Bouffole, rc. Px M. Couroms.. 560 
Premier Mémoire fur l'Eledricité à le Magnétifne. Par de 
MÊME « eee. 2, oo, », » 0, 0, 0,0 ee féelle ofs 281808 serheneus el opel 15 0 9 
Second Mémoire fur 1 ‘Électricité & le Magnétifme, dc. 
Par le mémeunhr 26 ent dati Gb dt ie ARRET 
Troifième Mémoire fur l'Élettricité à le Magnétifme, dc. 
Par le‘méme,. sets varie At e 4 eu  ORRE 
Mémoire contenant les obfervations de la première Cométe 
de 1785 dc Par, M4 MESSIER... 1... 639 
Mémoire .coutenant les obfervations de la feconde, Comète 
de 1785, de. Par le même............... 646 
Occultations . de quelques étoiles des Pléiades, dc. Pax le 
NREL 2 e soû à son 6 MR RL AE. COR 
Occultation. de Véuus par la Lune, dc. Pax M. Messter. 
| 659, 
Suit: de l'Effai pour connoître la Population du Royaume, dc. 
Par M. pu Sésour, le Marquis DE CoNDorcEr 
ÉC DE LA PLACE... A de Vlebaimienir à ciut  OU 
| FR Re 


% 
A DD AT 1 OXNME T £"RÇR ALT, A 
Pour le Mémoire de M. de la Place. 


Page 33, ligne 13, au lieu de moins rapide, ifez plus rapide. 
Page 37, après ces mots, les obfervations les plus précifes | où 
immédiatement avant Îa première Section, æoutez, 


II reftoit cependant encore un phénomène célefte , l'accélération du 
moyen mouvement de la Lune, que l'on n'avoit pu jufqu'ici ramener 
aux loix de Ia pefanteur: les Géomètres qui s’en étoient occupés, 
avoient conclu de leurs recherches, qu'il ne peut être produit par La 
gravitation univerfelle , & pour l’expliquer , on avoit eu recours à 
différentes hypothèfes, telles que la réfiftance de l’éther, Ia tranfmiffion 
fucceffive de la gravité, l’aétion des comètes , &c. Mais aprés diverfes 
£eritatives, je fuis enfin parvenu à découvrir 1a méritable caufe de ce 
phénomène. J'ai trouvé que l'équation féculaire de: la Lune réfuite de - 
action du Soleil fur ce fatellite, combinée avec Ja variation de l’excentri- 
cité de l'orbite terreftre. Elle eft périodique, & dépend des mêmes argu- 
mens que le carré de cette excentricité : quand celle-ci diminue, comme 
celaa eu lieu conftamment, depuis les obfervations les plus anciennes 
jufqu'à nous, cette équation accélère Îe moyen mouvement de la 
Lune; clle le ralentit, quand lexcéntricité vient à croître. Cette 
théorie s'accorde auffi exactement qu'on peut le defirer , avec les 
obfervations les plus anciennes ; & par-là , elle complette le fyftème 
de la pefanteur univerfelle, dont tous les phénomènes céleftes, fans 
exception, concourent maintenant à démontrer la vérité. 


Page 76, ligne 10 , au lieu de te T , lifez m'uT à 
4 2 
Ibidem , ligne 12, au lieu de 7 nr ; lifez LAS 
r ( 1) 30) 
Page 113, ligne añtipénultième , au lieu de + , Blez — + 
L a & 
Tbidem , ligne dernière, au lien de 2"T ce , lifez #50} 


Page 114, ligne 2, au lieu de 3 


Det = te + el 80 = 3600, 
lifez \ 
Doi = tree) 2 3e sy 


Mémoire de M. Berthollet, 


Page 304, ligne 26, au lieu de marin, lifez nitreux. 


Page 309 , ligne 2 , au lieu de par l'efprit-de-yin, lifez fur l'efprit-de-vire 


D", | ÿ 
Faux 


HISTOIRE 


HESTOÏRE 


D'E 


L’'ACADÉMIE ROYALE 
DS ©: SCT EN CES. 


Année M. DCCLXX XV. 


D'un Projet de tranflation de l'Hôtel- Dieu 
de Paris, à d'une nouvelle conftrutfion 
d’Hôpitaux pour les Malades. 


amer uis plus d'un demi-fiècle la tranflation de 
ES l'Hôtel-Dieu eft l’objet des vœux de toutes 
st, “AI les perfonnes éclairées. La pofition de cet 
LÉRERSS hôpital au centre de la ville, le peu d'étendue 
du terrein qu'il occupe , le fpectacle que préfentent les 


Hif. 1785. 


2 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 


falles où les malades font entaflés dans un même lit, le 
détail de tout ce que les vices du régime qui y eff établi, 
ajoutent aux douleurs & aux angoiffes du pauvre forcé 
d'y chercher un afyle, enfin une mortalité effrayante, & 
hors de toute proportion avec celle’ de la plupart des 
grands hôpitaux de Europe, tels font les maux fur 
lefquels il eft impofhible d'arrêter la vue, fans déchirement 
& fans indignation. Le temps où les établiflemens de ce 
genre deviendront inutiles, eft trop éloigné de nous, pour 
que le foin de les perfectionner ne foit pas encore long- 
temps un des objets les plus dignes des travaux des 
hommes éclairés, & de la vigilance de lAdminiftration. 
Trouver, pour adminiftrer des fecours à plufieurs mälliers 
de malades pauvres, les moyens les moins difpendieux, les 
plus propres à conferver un plus grand nombre d'hommes, 
les moins dangereux pour la falubrité de Fair, foit des 
habitations voilines , foit de la ville entière, tel eft donc le 
grand problème qu'il faut réfoudre , & fur la folution 
duquel le Rapport des Commiffaires de l'Académie eft 
deftiné à répandre quelque lumière. 


ue A PT PORT 


Des Commiffaires chargés , par l'Académie, de l'examen 
du Projet d'un nouvel Hôrel- Dieu. 


Par M DE LAssonE, D'AUBENTON, TENON, 


BaAILLY, LAVOISIER, LA PLACE, CouLoms, 
D'ARCET. 


Pre ADÉMIE, en conféquence des ordres du Roi, nous 
a nommés, M.° de Laflone, Daubenton, Tenon, Bailly, 
Lavoifier, la Place, Coulomb, d’Arcet, pour examiner un 
Mémoire [ur la nécefité de transférer & de conftruire l'Hôtel 


BrEis A SL.c /ILEAN. © F5. 3 
Dieu de Paris, fuivi d'un Projet de tranflation de cet Hôpital, 
propolé par le Jieur POxET, Architeéte à Contrôleur des 
bätimens de la Ville. 


Cet Ouvrage, envoyé par M. Ile Baron de Breteüil le 10 
décembre 1785, & fur lequel le Roï confulte l’Académie, 
renferme, 1.” un Mémoire fur la néceffité detransférer l'Hôtel- 
Dieu dans un local fuffifant, commode & falubre; 2.° un 
Projet de conftruire cet Hôpital dans l'ile des Cygnes. 


Les Commiffaires chargés de l'examen, qui doit mettre 
l'Académie en état de donner fon avis fur ce Mémoire & 
fur ce Projet, ont cru que leur premier devoir étoit de 
comparer Î’Hôtel-Dieu, tel qu'il eft aujourd'hui, à l'Hôpital 
qu'on propofe d'établir dans l'ile des Cygnes. En effet, fi 
l'Hôtel-Dieu eft fufAfant pour le nombre des pauvres malades 
qui s’y préfentent , s’il eft aflez commode pour que rien ne 
s’oppofe à la guérifon de leurs maux, & s’il ne renferme 
aucune caufe d’infalubrité qui puifle aggraver ces maux, il 
n'y a point de néceflité de transférer cet Hôpital; & on ne 
peut admettre ni le projet, ni la dépenfe d’en conftruire 
un autre. D'ailleurs l'examen des Hôpitaux en général 
doit fervir de préliminaire à l’examen du Projet de M. 
Poyet. Nous ne pouvons rien connoître que par compa- 
raifon ; ce font les Hôpitaux exiftans qui doivent eux-mêmes 
prononcer, pour ainfi dire, fur le mérite ou fur les défauts 
du nouvel Hôpital. Un Hôpital qu’on éleveroit aujourd’hui, 
doit être, dans un fiècle éclairé comme le nôtre, le réfultat 
des connoïffances acquifes; & il doit réunir tous les fecours 
que la phyfique perfeétionnée peut offrir pour le foulagement 
des malades. Maïs les progrès des Sciences, à cet égard, font 
dépolés dans les monumens de ce genre, comme dans les 
ouvrages qui ont été écrits fur cette matière. Nous n'avons 
pas dû nous borner à lire ces ouvrages, & à y joindre 
les réflexions que ce fujet important peut faire naître à des 
hommes guidés par amour de l'humanité, & infpirés par 
les vues bienfaifantes du Roi. I étoit néceffaire de voir les 

À ij 


Le premier objet 
des 
Commiffaires 
aété d'examiner 
l'Hôtel - Dicu 
& 


les Hôpitaux. 


Js ont vifité 
une partie 
des} DER 


n'ort pu vifiter 
i'riôtel-Dieu, 


4 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


monumens mêmes, où les règles ont dû être mifes en pra- 
tique, où les avantages du local & de ladminiftration font 
conftatés par des guérifons, & où les inconvéniens du local, 
les négligences, les préjugés, font mis à découvert par la 
mortalité. Nous nous fommes donc propolés de vifiter tous 
les Hôpitaux; d'en obferver avec foin & avec attention les 
détails; & de confulter les regiftres où font infcrits chaque 
jour les malades qui y font entrés, & ceux qui en font fortis, 
ou guéris, ou morts. 

En conféquence nous avons vifité l'hôpital de a Charité, 
l'hofpice de Saint-Sulpice, les infirmeries de la Salpétrière 
& des Invalides. Nous nous difpenferons de dire pourquoi 
nous ne nous fommes pas préfentés à plufieurs autres hôpi- 
taux. Mais dans les maifons que nous venons de nommer, 
nous avons été parfaitement bien accueillis; par-tout on nous 
a montré tous les détails intérieurs, toutes les commodités 
que la difpofition du lieu offre au traitement des malades. 
Nous y avons obfervé les précautions que l'humanité infpire 
pour leur foulagement, & en général la bonne adminif- 
tration, l’ordre & la propreté qui font les fources de 1a 
falubrité. Mais l'objet le plus important de notre travail, 
ce qui intéreffoit plus particulièrement notre miflion, c’étoit 
la vifite de l'Hôtel-Dieu. Nous avons eu l’honneur de voir 
M. l'Archevèque & M. le Premier Préfident, qui nous ont 
reçus avec bonté, & ont bien voulu nous recommander au 
Bureau de l’adminiftration. Nous avons vu plufieurs de M." 
les Adminiftrateurs. Enfin nous avons demandé au Bureau 
de ladminiftration, qu’il nous fût permis de voir l'Hôtel- 
Dieu avec détail, & accompagnés de quelqu'un qui püt nous 
guider & nous inftruire. Nous avons defiré le plan du local 
occupé par l'Hôtel-Dieu, les dimenfions des falles, le nombre 
des lits qu’elles renferment, le nombre des malades reçus, 
& le nombre des morts, mois par mois depuis dix ans. 
Nous avions befoin de tous ces élémens; nous les avons 
demandés, & nous n'avons rien obtenu. 


H auroit fallu abandonner le travail dont nous étions 


Darts M ST1EUE Nc UE !s 


chargés, & renoncer à la comparaïfon qui doit faire la 
bafe de ce Rapport, fi plufieurs Médecins, qui font au 
nombre des Commiflaires, n’avoient pas fuivi le traite- 
ment des malades à 1’Hôtel - Dieu ; fi l’un de nous, M. 
‘Fenon, n’avoit pas été plufieurs années principal Chirur- 
ien d'un grand Hôpital /a). I a même demeuré trois 
ans à l'Hôtel- Dieu, en qualité d'Élève en Chirurgie ; 
& depuis qu'il en eft forti, il a continué de le vifiter & 
d'y faire des obfervations, H en réfulte qu’il connoît cette 
maifon à peu-près autant qu'on peut la connoitre. Ses 
obfervations nous ont été communiquées & ont fuppléé 
en partie aux connoïflances de détail que nous n'avons 
pu obtenir. Les mefures locales que nous avons employées, 
font celles que M. Poyet a fait prendre. Nous avons trouvé 
1e nombre des malades entrés à l'Hôtel-Dieu, & le nombre 
des morts, dans les feuilles qu'on imprime chaque année, 
& qui font intitulées: Ætats des baptémes, des naiffances 
© des morts de la ville & des faubourgs de Paris, Nous avons 


dans la bibliothèque de Académie une fuite de ces feuilles , 


depuis 1720 jufqu'en 1785. C’eft fur les extraits de 
ces états que nous avons fondé nos calculs. Nous nous 
croyons donc aflez inftruits pour rendre compte à l Académie 
de l’état actuel de l'Hôtel-Dieu; pour en apprécier devant 
elle les avantages & les inconvéniens. Si les données nous 
manquent quelquefois, s'il en réfulte quelqu'erreur, Îa 
contradiétion nous éclairera ; peut-être nous communi- 
quera-t-on les détails que nous avons demandés. Mais en 
attendant, nous établirons les faits dont nous nous croyons 
certains; ce qui ne fera pas contefté reftera démontré; & 
comme nous parlons par les ordres du Roi, comme 
l'Hôtel - Dieu eft adminiftré par les Magiftrats chargés de 
veïller aux intérêts du peuple, & par des citoyens vertueux 
qui aiment les pauvres, nous examinerons tout avec fcru- 
pule, & nous dirons la vérité fans réferve. 
LL BROSSE PS EL NOM EL FEES SN LEE 
(a) La Salpétrière. 


Reflources 
qu'ils ont eues 
pour faire 
leur Examen 


& 
leur Rapporg 


6 HisTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Examen de l'Hôtel- Dieu. 
L'Hôrez-Dieu eft-il un Hôpital fuffifant pour Ia ville 


de Paris? eft-il commode, eft-il falubre, pour les pauvres 
malades dont il eft l’afyle? Voilà les trois queftions qu'il 
eft naturel de propofer, & que lexamen des Commif- 
faires de l Académie doit réfoudre, 


L'Hôtel-Dieu Pour décider fi cet Hôpital eft fufhfant, il faut apprécier 
sfillufifänt Les befoins de la ville; il faut connoître le nombre des 
la ville de Parist malades qu’elle y envoie, ou qu'elle y peut journellement 
, envoyer. On a publié, contre le projet de M. Poyet, un 
petit ouvrage intitulé : Relevé des principales erreurs con- 
tenues dans le Mémoire relatif à la tranflation de l'Hôtel- 
Dieu, & dont l’auteur, qui a dû avoir tous les renfeigne- 
mens néceflaires, aflure que le nombre commun & jour- 
nalier des malades eft de 2300 à 2400 /b); les Lettres 
patentes du 22 avril 1781 établiflent 2400 à 2500; 
& un Mémoire manufcrit que nous avons fous les yeux, 
préfenté en 1775 à l'adminiftration de l'Hôtel - Dieu, 
par les Médecins de cet Hôpital, porte ce nombre moyen 

à 3000 ou 3500 fc). 
Détermination La diverfité de ces réfultats ou de ces eftimations fait 
RÉ foupçonner que jufqu’ici l'on n’a pas eu de connoïffances 
Eee abfolument précifes fur ce point. Les états dont nous 
gel. avons parlé donnent le nombre des malades, exiftans à 
J'Hôtel-Dieu, le 1.” de chaque mois. Nous avons addi- 
tionné ces nombres de malades des 1. de chaque mois; 
& nous avons déterminé le nombre moyen & journalier 
de.2 $00, par un milieu pris en cinquante-huit ans, depuis 


1720 jufqu'en 1772, & depuis 1779 jufqu'en 1785, fur 


(b) Relevé des principales erreurs ,. &c. page 4. 


(c) Mémoire préfenté au bureau de l’'Hôtel-Dieu, le 3 mars 1775 & 
qui nous a été communiqué par M. Cochu, également diftingué par fes 
lumières & par fon humanité, 


DIE SIM SC IE" N1C Es 7 


695 jours diflérens /d) ; & comme ces jours font très-nom- 
breux, comme ils font répandus également dans toutes les 
faifons de l'année, il ne manque rien à l'exactitude de notre 
détermination. On peut donc regarder ce nombre moyen 
des malades 2 $00 , comme un élément pofitif, fixé d’une 
manière précile; &yon voit que les Lettres patentes qui 
évaluoient ce nombre à 2500, étoient fondées fur une 
évaluation aflez exacte. 

Il en réfulte que l'Hôtel-Dieu doit étre capable de 
recevoir au moins 2500 malades. 


Cependant un hôpital conftruit dans une grande ville, 
dans la capitale d’une nation puiflante & fenfible, ne doit 
pas être réglé fur le nombre moyen, mais fur le plus grand 
nombre des malades qui peuvent s'y préfenter. Il faut 
fonger aux années, aux faifons où les maladies font fré- 
quentes, & où les malades abondent à l'hôpital. Ces faifons 
calamiteufes fe renouvellent dans des périodes aflez courtes; 
on doit avoir des reflources prètes lorfqu’elles arrivent, & 


————__—_———— 


Nombre journalier à moyen des Malades, 


(4) I72T à 173lees eue s ses siens 2159. 
1731 à 174. .sseessoesssss 2388 
IZ4T À 17$lensssssssssse. 2889. 
17ST à 176P.sssseose see 25598 


AOL Ez7 tee Nora emeiatiae 2549. 
> 1780 à 1786,...............,. 2300. 


Les dix années font prifes depuis le 1.‘ Janvier 1721, par exemple, 
jufqu'au 1.‘ Décembre 1730 inclufivement. On n’a point fait ufage des 
fept années depuis 1772 jufqu'en 1770, parce qu'on a eu quelque 
incertitude fur ces années; & le dernier cafcul même ne commence qu’au 
1.°° Février 1780. Il auroit été facile de lever cette incertitude, fr on 
avoit pu confulter les regiftres. Le nombre moyen entre ces fix détermi- 
nations eft 2490 ; maïs comme les intervalles ne: font pas égaux, on 
aura le véritable nombre moyen, en additionnant tous les nombres des 
malades exiftans au 1. de chaque mois dans ces cinquante-huit années, 
& divifant la fomme par 695$ qui eft le nombre de ces mois. Cette fomme 
eft 1737514; & divifée par 695$, elle donne 2500 pour Île nombre 
journalier & moyen des malades à l'Hôtel- Dieu, 


L'Hôtel-Dieu 
doit être d’abord 
capable 
de recevoir ce 
nombre moyen, 


Néceffité d'y 
recevoiraumoins 
4000 malades. 


8 HisTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ne fe pas mettre volontairement dans la néceffité d’entafler 
les malades, d'introduire dans l'hôpital le mal-aife, 1a mal- 
propreté, l'infalubrité, lorfque la mort fait le plus de ra- 
vages; & de rendre les fecours plus difficiles lorfqw'ils font 
plus néceflaires. Le nombre des malades d’une vülle eft 
proportionné au nombre des habitans; & quoique le nombre 
des pauvres ne foit pas dans le même rapport, la population 
peut cependant donner une idée approchée de la grandeur de 
l'hôpital qu’on y veut conftruire. Nous comparerons Lyon à 
Paris : ce font deux grandes vilies, & où il y a beaucoup 
d'ouvriers de luxe. L'hôpital de Lyon peut recevoir 1200 
malades, & on eftime que la population de cette ville eft 
de 150 à 160000 ames /e). On eftime également que la 
population de Paris eft de 640 à 680000 {f); & ïl paroit 
qu'on peut établir que les nombres des habitans de ces deux 
villes font comme 1 à 4. On peut donc croire, & par une 
première évaluation, que Paris a befoin d’un hôpital capable 
de recevoir 4800 malades, pour offrir à la misère des ref- 
fources pareilles à celles que lui offre la ville de Lyon. Cette 
détermination va être établie fur une bafe plus folide, & 
par des faits de lexpérience. Les mêmes états imprimés 
nous ont fourni les moyens de connoître le nombre des 
malades, dans les temps & dans les jours où il y a eu le 
plus d’afuence. Nous en donnons le détail dans une 
note /g). On y voit que, dans les premiers mois de 1740, 
1741 » 

(e) Le diétionnaire de la Martinière dit 150000; & M. Necker, dans 


fon Ouvrage fur l’adminiftration des Finances, évalue cette population 
à 160000. Tome I, page 260, 


(f) M. Necker, rome I, page 277. 
1740: IT7ÆAT 1742 
(g) 1" Janvier, .,,.,..2935...... 3258. ee + 35 09e 


HET EEE SLOOLLI EUR 364$. +. 3826. 
12 Mars. : 054 sel 1304 Tee ee 3393 s + : 3694» 
10 Ari. «se np nr 33492 es 327 9e eee Te : 


D Mais, 301$.,...31320s 0 + o o 3477 


DIE SMOUNC'ITE NI C Es: 


H741, 1742, les malades ont toujours été au-deflus de 
3000; & que, le 1.” février 1742, {eur nombre a été 
jufqu'à 3826. On voit encore que, depuis le 1.” no- 
vembre 1750 jufqu'au 1.” novembre 1752, c'eft-à-dire, 
pendant deux ans entiers, ce nombre a toujours furpafté 
3000; & a été, le 1.” mars 1752, jufqu'à 3906. Ü ne 
faut pas croire que ce foit un jour par hafard; c’eft pendant 
un temps confidérable, c’eft depuis le 1.” décembre 1751 
jufqu'au 1.” juin 1752, c’'eft-à-dire, pendant fix mois 
révolus, qu'il s’eft maintenu entre 3609 & 3906 (h). 
Il en réfulte que les Médecins de l'Hôtel - Dieu ont eu 
égard à ces calamités , aflez longues & aflez répétées, quand 


1740: 1741 1742: 


D MU te ntete à 2e 220 6 97 » hate 3017... 29 57e 
NAS LU | AC ECC 2607..e 2893. .02581. 
MAO = ete DAT Ode ne ND OO Le Sale 2518. 
1. MScptembre,. + PSG Déc me 2 Tenir 2555$° 
1AOCEobre rt", #27 03e eee 2874......2601. 
1." Novembre. ..,. 29 75e JÉR Se ele" 2637. 
1° Décembre, ....3357.....e 3317 RER E 2777 ° 


(h) 1. Janvier: .. .., .3481.....,3459eue e « : 3673. 
ne MPEVrIER RER 131573 siaretete 35210, 9747 
TeMars ea Un 372944003604. 0" 3906. 
TRAVEL A cotes 0 3718......3498...... 3860, 
mer Mae eat, LOU 3622 A4 SRE 3850 
SE CT APR AE CAE 3267 .29:56/35" etats 3680. 
JUNE eee 3090... 3264 3407 
RÉ AOHES SE prof LL 687 hiatlet Le 2OAU- ae ele 3325 
x Septembre ler2 808 TE a, ce 3339 
LPSMOCobre Msn des. LE 3204.%, : 3246: 
1." Novembre. .... 30304 n «+ + 332400 s à + + 29 24 


1, Décembre. .,.,3396...,.30609.....-291$e 
Hif. 1785. 


Les malades 
peuvent furpaffer 
ce nombre 


de 4000. 


Malgré 
les fecours 
que les pauvres 
ont reçus, 

il faut que 
l'Hôtel - Dieu 
foit capable de 
recevoir 4800 
malades. 


10 H1isTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ils ont eflimé que le nombre journalier des malades étoit 
de 3000 à 3500; & en fe réglant fur le plus grand 
nombre, on doit en conclure la néceflité de placer à 
l'Hôtel-Dieu 4000 malades. C’eft dans cette vue, & fans 
doute en prenant pour bafe un calcul pareil au nôtre, que 
le Roi, dans fes Lettres patentes du 22 avril 178 1, ordonne 
de «difpofer l'Hôtel- Dieu de manière qu'il puiffe contenir au 
moirs trois mille malades, couchés feuls dans un lit; à de 
ménager un efpace qui puiffe contenir mille malades de plus, mais 
placés comme üls le font atfuellement. Les Lettres patentes 
ont donc ftatué fur une poflibilité de 4000 malades. 

Cependant nous croyons que Îles malades peuvent fur- 
pafler le nombre de 4000, dans les temps de calamité. 
Nous le croyons d'abord, parce que lAuteur du relevé 
dit, & non fans y être fondé, qu'on n’à jamais vu plus 
de 4800 malades à l'Hôtel-Dieu; & il avoue qu’on y en 
a vu réellement une fois 4800. Ici nous regrettons de 
n'avoir pas eu la communication des regiftres; nous ne 
connoiflons da quantité des malades que pour Île premier 
de chaque mois; nous ignorons fi dans le cours de ces 
mois, le nombre des malades n’a pas furpaflé 4000, & 
approché 4800. Nous croyons encore que ce nombre 
doit furpafler 4000, parce que fi les malades étoient 
couchés feuls dans un lit, ft FHôtel-Dieu n'étoit plus un 
lieu d’effroi pour les pauvres qui n’y viennent qu'avec 
une extrême répugnance, on verroit augmenter le nombre 
des malades qui s'y font porter. Nous ne nous diffimulons 
pas, difent les Lettres patentes, que ce nombre pourra 
augmenter à mefure qu'on ne fera pas repouffé de ces lieux 
par le fentiment des maux qu'on y craint. 

On objettera que l'Hôtel-Dieu a été foulagé par l'éta- 
bliflement de plufieurs hôpitaux, tels que celui des Gardes- 
françoifes, & les hofpices fondés dans différentes Paroifies. 
On dira que l'Hôpital général va retirer inceflamment fes 
malades de l'Hôtel - Dieu, que M. le Baron de Breteüil 
établità Popincourt un hôpital pour la Garde de Paris, & 


» 


DIF SHOACAME N GE S. YI 
que l'augmentation prévue dans les Lettres patentes peut être 
compenfée par ces fecours. Nous ne pouvons rien dire fur 
cette compenfation incertaine ; nous n'avons point de moyens 
pour calculer avant le temps l'effet des caufes morales : mais 
il y a un fait très-remarquable que nous devons citer ici: c’eft 
que la population de Lyon fournit à l'hôpital un nombre 
de malades qui, en prenant la moyenne de fix années, 
eft de 12847 (i). L'année moyenne des malades à l'Hôtel- 
Dieu de Paris, eft de 21322 (4). D'où il réfute que, 
dans une ville quatre fois plus peuplée, l'Hôtel-Dieu ne 
reçoit pas le double des malades que reçoit l’'Hôtel-Dieu 
de Lyon : ce qui vient fans doute en partie de ce que la 
ville de Paris a d’autres fecours, d’autres hôpitaux où dif 
férens malades font admis. Mais tous ces hôpitaux pris 
enfemble ne reçoivent pas aflez de malades pour produire 
cette différence //) : elle a une autre caufe: & cette caufe 
ne peut étre que la répugnance des pauvres pour 1’Hôtel- 


(i) À l'hôpital de Lyon, malades reçus en 
T7 San mor csndeeeeesnsssensesee se, 108730 
17$Zersssessesss see esse. 12104 
17S3eeesecsser eee ses 12752 
17 Sierre serres IIOBT. 
RAS RARE ne à Deraate ele ea PULL ce +. 13463. 
L7B Suviaie plan oivieo os oo oopeigessaterse 13821. 


TOTAL. :..:..,.,........ 77084. 


| 


Année moyenne. .....:........... 12847. 


(k) On trouvera dans la fuite de ce rapport la détermination de ce 
nombre moyen. 

(1) Nombre des lits dans les différens Hôpitaux de Paris où on 
traite les malades, 


a abs nas st 200 
Les Convalefcens. ...,... NOR EE BOOT SR MER 
Maifon royale de Santé. ..,.,..,...,....... 16. 


246, 
Bi 


Secours 
que peut offrir 
f'Hôtel-Dieu 

actuel, 


32 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Dieu de Paris. Lorfqu’elle fera ceffée, le nombre des malades: 
augmentera, & dans une proportion peut-être confidérable 
que nous ne pouvons pas apprécier. 

H ny a rien au moins qui empêche que ce nombre 
n’aille à 4800, puifqu'on a vu 4800 malades à l'Hôtel- 
Dieu; & cette raifon nous détermine à croire qu’un hôpital 
conitruit pour la ville de Paris, dans un fiècle d'humanité 
& fous un règne de bienfaifance; un hôpital deftiné à 
fufire aux temps où les maladies abondent, comme en 
1750, $r, 52 doit ètre capable de recevoir 4800 
malades, & contenir 4800 lits. 

Maintenant nous allons voir quelles font les reffources 
de l'Hôtel-Dieu, pour offrir un. afyle à cette quantité de 
malades. L'Hôtel-Dieu occupe aétuellement un efpace de 
3600 toiles carrées environ (m). Comme nous n'avons pas 
eu les plans que nous avions demandés, nous donnons ce 
toifé tel que nous Île trouvons. Or on n’a réfervé dans cet 
efpace que ce qui eft abfolument néceflaire au fervice; tout 


De l’autre part. . . . . . . . . NES MS dar +246. 
AlCharenton eee eee sys oh EME sHLRNTIRS 
Hôpital des Gardes-françoifes. ..,............ 264. 
Hofpitalières de Ia Place royale. . ..... M Be EN LT 
Hofpice de-Chirurgie....s...s...e...e.s..e 22. 
‘dem de Saint Sulpice. ....... SUR Lane ALL ete =" V12)0E 
Tdem de Saint Jacques-du-Haut-pas. ........... 34. 
Jdem.de Saint Méderic........ 0 ao ETAT 
Teemnide Sant André ee ME IC ET EE RER 6. 
Hopital des iT'eigneuxe.t. "21 pr. CR ME SORTE 
Hofpice de Vaugirard pour le mal vénérien. . .... AL OTTÉ 
Hoteltdes Invalides. .,...: #1. RSR als à 71,51 


TOTAL SN ET NOIRE 


Voyez les Mémoires de M. Tenon. 
En) Suppl. au Mém. pour Ja conftr, d’un nouvel Hôtel-Dieu, p. 17e 


DAS DAC ILE NC EU 13 


le refte eft deftiné à des falles de malades. L'état que nous 
avons fous les yeux comprend vingt-cinq: falles, dont 
nous donnons les noms & les dimenfions dans la note /). 
1219 Lits, favoir, 733 grands & 486 petits, font 
lacés dans ces falles. Les petits lits ont trois pieds de 
large, & font deftinés pour une feule perfonne; les grands 


(n) La lettre R défigne les rangées de lits, le g marque les grands, 
k p les petits : ainfr 3 R, 32 g 20 P: fignifie trois rangées , trente-deux 
grands lits, vingt petits; fe chiffres qui fuivent font Jes dimenfions des falles, 


MZ DUB. CELA US SE E 


SAINT-DENYS Ar Le EURE 
& Fébricitans. . . ... 3R.$ 32 BU UOAT 27P pe 
SAINT-THOMAS. 


SAINT-CÔME. Fébricitans. .....3R.$ Ca 2x AU 
Lx RosAïRE.…. Fébricitans. .....4R.$3:# 20. 35. 1. 
SAINT-CHARLES. Fébricitans. . - - .. 4R. 1. SOMIOMNERCMITE 
SAINT-ANTOINE: Fébricitans. .....4R. 12 1 CLS AEN 112 
SAINT-Roc.. Fébricitans. En SSSR 19. 24 
Tue. Ÿ Fébricitantes r..4R.$ RE 45. 34 

MO ANT SU et ca ae eoloie e.c12 TO LME Or 


PORMEM VE BTE TA C'E. 


. Maladies chirurgicales se : 5 
Sarxr-PauL..$ pour les Hommes, b4R 1 3 si USER: 14 
SATNTELODIS.{ Fous. -..,7" -:4R: 7 25? 6. 20. 1. 


Salle des opérations 


SaixTJéRôME.) pour les Hommes, {2 NPA ri A 75 
SAINT-YVES.. Lau D SPÈ 7219. We 
Les TAILLÉS.................3R.$ «pl 10. 24. we 
SAINT-NicoLas. jte Sert R.ÿ:5E} 18.34 on. 


pour les Femmes, 


PEU POSE PP PTE LT 98< /4 He 


4 Histoire DE L'ACADÉMIE RoyaLr 

ont quatre pieds quatre pouces, & femblent avoir été 
deitinés à deux malades. Un toifé de la longueur & du 
développement de ces falles, qui nous a été fourni & 
que nous n'avons pu vérifier, donne à la [longueur des 
{alles fuppofées bout à bout 450 toiles. Or 733 grands 
lits & 486 petits placés & efpacés convenablement , c’eft- 
à-dire, rangés fur deux files dans chaque falle, & féparés 
par des ruelles de trois pieds, occuperoient un dévelop- 


D: E.U.xX LÉ MCE NEUTRANE NE 


Lits. Long. Larg. Haut: 
SAINTE-MARTINE. Fébricitantes. ....4R.$ 5 À: 18° 34! ur, 
S."-GENEVIÈVE.. Folles..,.,...,.4R.$ 982 5. 30. ww, 
La CRÈCHE.. Enfans,..,...,.3R.$ 753 19. 24 on. 


Ë 
Les femmes groffes.4R, Se i 
j 


ÉCSR eee MES TES 6 à 

SAINT-JOSEPH. Lesacconchées ART REC 36: 34: vw 
Les nourrices.....2R. ÿ É 5 

Sainte-Marguerite. . 2 R.$ se 7219. 4. 

HLOMPANE er se caloiete tes ee 00 0 Se UNE 


T R O1 S LÉ MIR ONE A EE 


SAINT-FRANÇOIS. Les variolés.. .... 2R.$55) 19° 24? 48 

SAINT-LANDRY. Fébricitantes.....4R.f 7 #7? 36. 24. 12. 

Perit-S.-LANDRY. Fébricitantes. . . .. 2R.$ op 4218 ». 
Fiévreufes 1 

S."-MoNIQUE.. & 4R.$ 5 n? 18 34 4e 
variolées. 


14 D 


MO TALE NEES ERANTONERITE CET UE 7 


Convalefcentes, . . . 3 R.f Et $+26. ". 


TOTAL GÉNÉRA RE. ee NES ASON tue 


DES S CTE NCc'E Ss. 1$ 
ement de 691 toifes (0). H s'en faut bien que les lits 
à l'Hôtel-Dieu ne foient placés comme ils devroiént l'être; 
ils font fouvent fur quatre files; fouvent on voit quatre 
lits aflemblés autour d’un pilier; un très - grand nombre 
fe touchent par les pieds; & c’eft par cette difpofition qu'un 
nombre de lits qui exigeroit un développement de 6ot 
toifes, peut cependant tenir dans un développement de 
450. Ce développement, en efpaçant les lits convena- 
blement, ne donneroit que 900 petits lits; mais nous 
prenons les chofes telles qu’elles font, & en plaçant deux 
malades dans les 733 grands lits, fuivant eur deftination 
naturelle, & un feui dans les 486 petits, les 1219 lits 
de l'Hôtel-Dieu peuvent recevoir 1952 malades. 


.. En examinant l'état adtuel de cet Hôpital , il eft conve- 
nable de tenir compte de l'extenfion qu'on fe propofe de 
lui donner, & à laquelle on travaille aétuellement. Déjà 
trois falles font achevées, & offrent dans trois étages un 
développement de 84 toiles /p). Nous ignorons combien 
on a deflein d'y placer de lits; mais en fuppofant que 
ce foient de petits lits bien efpacés, elles n’en contien- 
dront que 168. Quant aux augmentations fur la Seine, 
du côté de Ia rue de la Bucherie » NOUS aurions eu befoin 
d'avoir connoiflance des projets & des plans. Le nombre 
des falles, leur dimenfion , le nombre des lits auroient été 
des données néceflaires, pour établir un calcul exact & 
détaillé; mais au défaut de ces données, on peut juger 
de l'Hôtel- Dieu futur par l’'Hôtel- Dieu actuel. L'auteur 
du Relevé dit que ces augmentations fe monteront à 1 800. 
pr 

(0) 4 pieds 4 pouces pour Le lit, & 3 pieds pour la ruelle, font 
7 pieds 4 pouces, qui multipliés par 733 donnent 5375 pieds. 6 pieds 
pour chaque lit de 3 pieds multipliés par 486, font 2916 pieds; en 


tout 8291 pieds ou 1382 toifes, qui n’en font que 691 de dévelop- 
Pement, parce qu’on peut placer deux rangées de lits dans chaque Salle. 


(p) Ces Salles ont 168 pieds ou 28 toifes de Jongueur; les trois 
S4 Releyé, page 5 


Secours 
qu'on 

peut en attendre 
quand 

il fera augmentés 

Ils fe réduilent 

à 2000 lits 

au plus, 


L'Hôtel-Dieu 
n'a pas 
réellement 
le nombre de lits 
qu'il 
paroït avoir. 


16  HisTOIRE DE L'ACADÉMIE RoYALE 


toifes carrées /g). Nous fuppofons cette évaluation exacte; 
mais il en faut défalquer les cours, les pièces de fervice, 
les logemens des Oficiers & des Serviteurs, les prome- 
noirs, ordonnés par les Lettres patentes du 22 avril : 
on ne peut pas efpérer que ces 1800 toifes donnent plus 
de lits à proportion, que Îes 3600 actuellement occupées 
par l'Hôtel - Dieu ; & il faut compter pour cet article tout 
au plus Goo lits, ce qui, avec les 1219 lits actuels & 
les 168 des nouvelles falles, fera en tout 1996 lits. Les 
édifices aétuels de l'Hôtel-Dieu & ceux qu’on fe propofe 
d'y ajouter, ne femblent donc offrir qu'une poflibilité de 
2000 lits. 

H y a même ici une chofe importante à remarquer ; 
c'eft que cet Hôpital, avec fes 1219 lits, ne fournit pas 
aux malades toutes les reflources que ce nombre com: 
porte. Ces lits peuvent admettre 1952 malades, fans en 
coucher plus de deux enfemble : or le 12 janvier 1786, 
il y avoit à l'Hôtel-Dieu 1986 malades /r); c’eft-à-dire, 
34 de plus feulement que ne peuvent admettre Îes lits 
à deux & à un malades. If ne devoit y avoir que 34 lits 
à trois perfonnes. Pourquoi donc a falle Saint-Paul avoit- 
elle 258 malades pour 111 lits! la falle Saint- Charles 
304 pour 110 lits? Îa falle Saint-Landri 260 pour 
113 lits! Pourquoi voyoit-on quatre malades & peut- 
être plus dans certains lits? Il en réfulte de deux chofes 
l'une, ou que l'on entafle les malades dans un même lit, 

our que beaucoup d’autres foient couchés feuls; ou que 
f on couche Îes Infirmiers & les Infirmières dans les petits lits 


(g) Relevé des principales erreurs, &c. page $. C'’eft en 1737, & 
après lincendie de l'Hôtel-Dieu, arrivé cette année, que la Ville, fous la 
Prévôté de M. Turgot, reconnoïflant les inconvéniens du peu d’étendue 
de PHôtel-Dieu, & la néceffité d’en augmenter le local, donna à cet 
Hôpital tous les terreins compris entre le pont-au-double & les grands 
degrés. Mémoires de l’Académie des Infcriptions 7 Belles-Lettres; Æloge 
de M, Turgot, tome X XV, page 271. 


{r) Voyez la feuille du mouvement de ce jour, 


des 


DPEMS LES NCA LE VIN Ci ES. 17 


des falles ; & que par-là on eft forcé de porter le refte 
ides malades fur les grands lits. Nous le croyons d’autant 
plus volontiers, que ces ferviteurs, qui font au nombre 
de 283, n'ont pour retraite que quelques petits cabinets, 
dans les environs des falles ; il faudroit des dortoirs & 
même des dortoirs confidérables, pour les loger : on n’en 
connoît aucun à l'Hôtel-Dieu //). H y a tout lieu de croire 
qu'une partie de ces 283 Infirmiers ou Infirmières couche 
dans les petits lits des falles /r). Hne refte donc qu’à peu- 
près 20 3 de ces petits lits pour les malades ; & fur le nombre 
de 1 98 6 malades du 1 2 janvier de cette année, 1700 à 1800 
ont dû être placés dans 733 grands lits; & alors il n’eft 
pas étonnant qu'on en ait vu quatre, & peut-être plus, 
dans plufieurs de ces grands lits. Nous imaginons bien 
que c'eft la petitefle de l'emplacement & le défaut de 
lieu, qui forcent de mêler les Infirmiers avec les malades, 
& de priver les uns de leurs lits, pour coucher les autres; 
mais cet abus prouve que les reflources mêmes que paroit 
préfenter l'Hôtel-Dieu, font en partie illufoires, & qu’au 
lieu d'avoir 1219 lits, il n’en a réellement qu’à peu-près 
1000 pour les malades. Encore ce nombre fera-t- il 
diminué lorfqu’on efpacera les lits convenablement , & 
lorfqu'on en retranchera les 76 lits du pont-du-Rofaire, 
dont les bâtimens doivent être détruits /u). 

Mais, en nous en tenant à notre calcul, qui donne une 
pofhbilité de 2000 lits, il eft évident que non-feulement 


(JS). I faudra bien prendre fur les 1800 toiles du terrein qu’on fe 
ropofe d’ajouter, de quoi former les dortoirs néceflaires à ces 283 
nfirmiers, & à ceux qu’exigera J’augmentation du nombre des malades. 


(£) Nous favons qu’il y a à l’Hôtel-Dieu deux efpèces de domeftiques ; 

les uns à gages, les autres fans gages: leur nombre, tant hommes que 

filles, paroît être de 283. II y en a une partie qui ont des chambres pour 

coucher; nous ne prétendons pas fixer ici le nombre de ceux qui n’en 

ont pas & qui peuvent coucher dans es Salles : il auroit fallu avoir les 
éclairciffemens que nous n’avons pas obtenus. 


(u) Relevé des principales erreurs , page 6, . 


Hit. 1785. C 


L'Hôtel-Dieu 
ne pouvant 
donner 


les 4800 lits 
dont 

en a befoin, 

ni les 3000 
promis, 

eft infuffifant, 


18 HiSTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYAYE 


l'Hôtel-Dieu ne peut pas recevoir les 4800 malades, que 
femblent demander dans certains temps les befoins de 
Paris : mais qu'il ne paroît pas qu'il puifle jamais fatisfaire 
aux intentions du Roï, offrir, comme l’annoncent les Lettres 
patentes, 3000 malades couchés feuls dans un lit; une 
réferve pour 1000 malades dans les cas de nécefité ; 
ainfi que les promenoirs & les falles particulières pour les 
convalefcens, ordonnés par les mêmes Lettres patentes. 
L'auteur du Æelereé affure que es additions projetées 
mettront en état de coucher 4000 malades feuls dans un 
lit /x). Une pareille aflertion ; une promefle fi flatteufe 
our l'humanité, demandoit à être prouvée par un détail 
des falles, de leur emplacement, de leur développement 
& du nombre des lits. Faute de ces éclaircifiemens , nous 
ne pouvons pas apprécier les promefles de l'auteur du 
Relevé ; & en nous bornant à la teneur des Lettrés patentes 
qu'on fe propofe d'exécuter, nous dirons que fi 3600 
toifes de terrein actuel & 1800 toifes d’addition, ou 
5400 toiles fufhfent pour placer 3000 Hits, on doit, 
{ur les 3600 toiles de l'Hôtel-Dieu aujourd’hui exiftant, 
en placer 2000, & ilnena que 1219; encore ces 1219 
lits ne font-ils pas eflectifs & uniquement deftinés aux 
malades. Nous dirons qu'il faudroit placer dans le local 
actuel 2000 malades couchés feuls; & le 12 janvier de 
cette année, ce nombre de 2000 n'étant pas complet, on 
voyoit trois, quatre malades & peut-être plus dans le même 
lit. L'Hôtel-Dieu, tel qu'il eft, étoit donc infuffifant pour 
les 1986 malades qui s'y trouvoient le 12 janvier. Nous 
difons que l’'Hôtel- Dieu eft infuffifant pour ce nombre 
médiocre, parce qu'un hôpital ne fuffit pas aux malades, 
lorfqu'on eft obligé de les coucher trois, quatre & fix dans 
le même lit. L'infuffifance de l'Hôtel - Dieu fera encore 
plus cruelle & plus évidente dans les temps de calamité, 
tels que ceux de 1740 à 1742, de 1750 à 1752, où 


(x) Page 5, ” 


pis SNCALE, NC E S 19 
on a vu 4000 pauvres & peut-être plus à l'Hôtei-Dieu. 
Comment fera-t-on pour les y recevoir lorfque ces cala- 
mités fe renouvelleront? On fera comme on a fait en 
1752, où çes 4000 malades ont été reçus, traités dans 
le même efpace, qui aujourd'hui ne peut en recevoir con- 
venablement 1986 : on les a couchés 4 & 6 dans le 
même lit; on en a couché fur les ciels dé ces mêmes lits, 
fuivant le témoignage irréprochable d’un Médecin de 
l'Hôtel-Dieu, qui en a été le témoin /x'). Sans doute la 


néceflité ne connoïît point de loi; on ne peut refufer les. 


malades, & les laïfler périr à la porte de lhôpital ; mais les 
calamités font connues, il faut que les reflources foient pré- 
parées. Quand fhôpital d’une grande ville, d'une ville inf- 
niment peuplée, n'a que des fecours fi foibles , fi bornés, 
non-feulement dans les temps malheureux, mais même dans 
les temps ordinaires, la juflice permet de prononcer, & 
humanité oblige de dire que cet hôpital eft infufffant. 
Quant à la commodité & à la falubrité de l'Hôtel-Dieu, 
nous répondrons à la fois à ces deux queftions qui fe tien- 
nent de trop près pour être féparées. La véritable commodité 
des malades, du moins des pauvres, à qui la misère laiffe 
ignorer les recherches de Ia délicateffe & du luxe, c’eft Ja 
difpofition qui facilite le plus leur guérifon. Or la difpo- 
fition générale de l'Hôtel-Dieu, la difpofition forcée par le 
défaut d'emplacement, eft d'établir beaucoup de lits dans 
les falles, & beaucoup de malades dans les lits. Nous trou- 
vons que, fur les vingt-cinq falles de cet hôpital, il y en 
a fix feulement à deux rangées de lits; fix en ont trois files, 
& treize ont quatre files : de forte que plus de la moitié des 
falles eft furchargée de quatre rangs de lits. Quatre de ces 
falles contiennent 108 ou 110 lits Nous citerons en 
exemple la plus chargée, celle de Saint-Charles, quia loi 
grands lits & 9 petits. J1 faut obferver que ces grands lits 
ayant reçu quelquefois fix malades, cette falle a pu en 


(x') M. Cochs. 
Ci 


L'Hôtel-Diers 
eft-il commode 
& falubre ! 
Les malzdes 
trop rapprochés 
fe nuïfent. 
Beaucoup de lits 
dans les falles; 
plufieurs 
malades 
dans le même lit, 


€ 
20 HisSToOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


renfermer 61 5, & former à elle feule un hôpital entier, un 
hôpital affez confidérable, dans un efpace de moins de 200 
toiles carrées. Or, que les lits ne contiennent quelquefois 
fix malades, c’eft ce dont il n’eft pas poflible de douter. 
Le fait a été avancé par Îes Adminïtrateurs même de 
l Hôtel-Dieu /y). Le 6 janvier de cette année, Saint-Charles 
avoit 340 malades /7); vingt-huit lits au moins contenoient 
chacun quatre perfonnes. Sans doute des gens en fanté, qui 
feroient au nombre de 340 dans une même falle & couchés 
quatre dans un lit, {e trouveroient fort mal à leur aife, 
Nous ne cherchons point à émouvoir; nous rendons un 
compte raifonné à l'Académie; nous ne voulons expofer 
que des faits & des calculs. Mais c’eft un fait que, fi des 
gens en fanté avoient droit de fe plaindre de cette affreufe 
difpofition, Îles malades doivent en être repouflés par la 
répugnance, & n'y être amenés que par le défefpoir. C'eft 
un fait que, quelle que foit l'infenfibilité des miférables que 
la néceflité y condamne, cependant le fpectacle des maux 
dont ils font de toutes parts environnés, & dans le lit qui 
les avoifine & dans leur propre lit, ajoute au fentiment de 
leurs maux; e’eft un fait que les morts y font mélés dans 
le même lit avec les vivans ; & quand cette affociation des 
malades dans un lit ne feroit que rendre plus fréquentes les 
méprifes des remèdes & des alimens, ce danÿer fufhroit 
pour en profcrire l’ufage. Mais à ces raïfons, & aux récla- 
mations de l'humanité fe joignent des raifons phyfiques qui 
dévoilent d’autres inconvéniens ; & nous demandons qu’il 
nous foit permis de les développer. Ici nous entrons dans 
une difcuflion importante, non-feulement pour l'Hôtel-Dieu 
de Paris, mais pour tous les Hôpitaux où on fe propoferoit 


(y) Mémoire pour les Adminiftrateurs de l'Hôtel-Diea, contre ceux 
de l'Hôpital général, 1767, page 5. 


(x) Voyez la feuille du mouvement de ce jour. I y a peut-être des 
jours où la Salle Saint- Charles eft plus chargée : nous n’avons pu nous 
procurer que quelques-unes de ces feuilles, & nous ne pouvons citer 
que celles que nous avons fous les yeux. 


DéErs SCIE NC Es 21 


d'admettre des lits à plufieurs malades; cette difcuffion doit 
être approfondie, & nous efpérons que l’Académie nous par- 
donnera des détails que l’importance du fujet rend néceffaires. 
Qu'eft-ce qu'un lit en général, & fur-tout un lit de 
malades?! c'eft un lieu de repos pour la nature fouffrante, 
& un moyen de fommeil pour la nature que les fouffrances 
ont fatiguée. L'homme n’a qu'une manière de repofer fon 
corps, c'eit de mettre tous les mufcles deftinés au mou- 
vement volontaire dans un état de relichement. Un homme 
debout ne fe repofe point, parce qu'il eft obligé de fe 
maintenir en équilibre, & que le poids de fon corps 
portant fur les pieds, il faut que prefque tous les mufcles 
{oient en ation; les mufcles fupérieurs pour foutenir ce 
poids, les mufcles inférieurs pour le fupporter /4). L'homme 
aflis eft en partie en aétion, en partie dans le repos; les 
mufcles inférieurs font dans le relichement, mais ceux du 
tronc & de la tête font en aétion. Pour que le repos foit com- 
plet & abfolu, il faut que toutes les parties du corps foient 
appuyées & fupportées de manière que les mufcles n’aient 
rien à faire pour les foutenir : c’eft pourquoi la fituation 
horizontale eft la plus favorable au repos; c’eft pourquoi 
un lit qui cède à la preflion du corps, & où le corps fe 
moule, repofe plus que le coucher d'un plan inflexible. 
Mais ce f’eft pas tout; il faut encore que les membres 
foient fléchis. Toute tenfion eft le réfultat d’une action; 
il n'y a point de véritable repos où il y a tenfion. Dans 
la flexion, les attaches des mufcles font rapprochées, & 
leur relâchement eft augmenté. 11 faut que le tronc & les 
extrémités foient alternativement dans cet état de flexion 
modérée, dans un état qui change de temps en temps, 
en variant les attitudes, pour repofer fucceflivement les 
différens mufcles. Nul homme n’eft couché droit dans fon 


(a) Si cet homme debont s’évanomit, il tombe parce que les mufcles 
fe relächent tout-à-coup. Toute adion cefle, le poids du corps n’eft 
plus foutenu, & il perd équilibre. C’eft une preuve qu’il Re une 
action & un effort continu pour Je foutenir dans cette poftion. 


Inconvéniens 
de Pufage 
de coucher 
plufieursmalades 
dans un lit. 
Pour que 
le corpsferépofe, 
il faut que 
lesmufclesfoient 
dans un état 
de relâchement. 


II faur 
que les membres 
foient fléchis. 


I faut changer 
de pofition 
pour 
éviter les effets 
de 
Ja compreflion, 


>> HisToIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


lit; tous fes membres font fléchis & courbés. Le bœuf & 
le cheval, dans les herbages, le chat & le chien, dans 
nos maifons, ont en dormant le dos arqué, les jambes 
fléchies, raflemblées fous eux, & tous les mufcles dans 
un état de mollefle & de relächement. Ces vérités font 
d’obfervation; & puifque la nature a ménagé aux animaux 
ces moyens de réparer leurs forces, il faut du moins, 
quand lhomme a recours aux hôpitaux; quand il vient y 
réclamer nos foins & notre charité, que nous ne com- 
mencions pas, en le recevant, par contrevenir à des loix 
qui émanent de fa conformation; il faut que nous lui 
procurions un lit conforme à fes befoins, où il puifle 
fléchir fes membres pour les délafler. Mais s'il eft fouf- 
frant, cette flexion des mufcles eft encore plus néceflaire. 
Toute tenfion aggrave le mal des parties afHigées; l’homme 
s'incline du côté de la douleur, if cherche à y porter le 
relichement ; cette loi eft conftante chez les animaux. 
Ainfi un lit n’eft pas fimplement fait pour qu'un malade 
puifle s’y toucher & s'y étendre au befoin; il doit ofrir. 
la facilité de cet état de flexion indifpenfable à l'homme 
qui fe repofe, & encore plus à l’homme qui foufire. 
On doit y refpeéter l'inaction où la douleur foblige de 
fe tenir, en évitant de Île heurter par des mouvemens 
inconfidérés. Mais cette inaction n’eft que mômentanée ; 
il a befoin de changer de pofition, non-feulement pour 
relâcher fucceflivement fes différens mufcles, mais pour 
prévenir les effets d’une longue compreflion de Ja même 
partie. Un membre trop long-temps comprimé s’engourdit, 
perd le fentiment, fe gonfle, rougit, s’enflamme, & finit 
quelquefois par fe gangréner. I faut donc que le lit du 
malade lui permette & de s'étendre & de fléchir fes mem- 
bres, & de fe retourner pour porter la compreflion fur 
des parties repofées. Or un lit de trois pieds pour un feul 
homme, fuflit à ces deftinations; un lit de quatre pieds 
quatre pouces n'y fufht pas, lorfqu’il eft chargé de quatre 
ou fix perfonnes. 


DES MSC HDNEL NIEC “EŸE: 23 


Deux malades, dans un pareil lit, ont chacun un 
efpace de 26 pouces en largeur, tandis que e malade du 
petit dit en a 36, & n'a rien de trop. Mais lorfqu'il y 
a quatre ou fix malades, pn en place deux ou trois à la 
tête, & autant aux pieds; de forte que les pieds des uns 
répondent aux épaules des autres, & réciproquement. 
Or un homme de taille ordinaire, couché, les bras ap- 
puyés & ferrés le long du corps, les jambes étendues 
l'une contre l'autre, a 18 pouces de large à 1a hauteur 
des épaules, & 10 à la hauteur des genoux. I fuit de-fà 
que, dans le cas de fix malades par lit, il Ieur faudroit 
84 pouces en largeur pour s'y tenir fur le dos, preflés & 
bien alongés; & que, dans le cas de quatre malades, il 
faudroit encore 56 pouces, & le Iit n'en a que 52. 
Comment donc repoler dans cette fituation génée; parer 
à la douleur par une flexion néceflaire; fe retourner pour 
éviter les eflets de la compreflion! N’eft-l pas évident 
que ces malades à l'étroit ne fauroient tenir dans le lit, 
qu'autant qu'ils feront fur le côté, dans une pofture con- 
tinuellement forcée, en contrariant fans cefle le vœu de 
la nature, qui demande le changement, Que de fentimens 
d'humanité, de charité, de patriotifme, réclameroient ici 
les droits de {homme fouffrant, abandonné à la févérité 
de quiconque fe permettroit de protéger cet ufage, & d’eg 
continuer l'abus! mais le tableau n’eft pas achevé. 

La veile & le fommeil font à l'efprit ce que lation & 
le repos font au corps. Le relâchement des mufcles ne 
produit que le délaffement du corps; le fommeil amène 
le repos de l’efprit, l'oubli des maux & la confolation. 
Le fommeïl a cet avantage de plus, qu'en même temps 
qu'il repofe l'efprit, il repofe le corps: car les mufcles 
deftinés à exécuter les mouvemens de la volonté, font 
fans action dans le fommeil; & c'eft une raifon pour ne 
point négliger les moyens fimples & naturels de le pro- 
curer. Quand ïf ne ferviroit qu'à l'oubli momentané des 
maux, il feroit précieux au malheureux; il feroit pour lui 


Un lit 
de quatre pieds 
quatre pouces 
ne peut pas fuffire 
a 
ces deftinations, 
quand 
on y place 
quatre ou\fix 
malades. 


Ces malades 
ainfi entaflés 
ne peuvent pas 
dormir 
dans leur lit, 


24  HisTOoIRE DE L'AGADÉMIE ROYALE 


le premier des remèdes. Mais s’il fufpend le fentiment de 
la douleur, s'il favorife l’eflet des médieamens, s’il hâte le 
retour de la fanté, qui plus que l'indigent a droit de le 
réclamer? l'indigent preffé de guérir pour aller nourrir fa 
famille & fervir fa patrie. Quand ïl confie fa misère & 
fa vie à l'afliflance publique, il demande implicitement 
remèdes, alimens, foins de toute efpèce, fur-tout le repos 
& le fommeïl. Mais comment dormir dans ces lits à deux, 
ue l’on furcharge de quatre & fix malades; où tantôt 
chaque malade a 13 pouces, & tantôt 8 pouces & demi 
d’efpace en largeur; où il ne fauroit être que fur le côté; 
où il ne fauroit fe tourner fans heurter celui qui le ferre, 
fans réveiller en lui fe fentiment de la douleur! Eh! com- 
ment ne feroit-on pas fans cefle agité dans ces miférables. 
lits? [a gale, comme on fait, n’y eft-elle pas éternelle? 
la chaleur de quatre ou fix malades, n’y rend-elle pas les 
humeurs plus âcres & les démangeaifons plus infuppor- 
tables? cette chaleur d’ailleurs, n’y fait-elle pas éclore, n'y 
entretient-elle pas la vermine? cette chaleur ne développe- 
t-elle pas encore la fétidité qui ne peut manquer d’exifter 
dans ces lits, & qui devient plus infupportable dans la 
fituation oppofée des malades, couchés les uns au pied, 
les autres à la tête? le fommeil ne pénètre donc point, ou 
du moins il pénètre rarement, imparfaitement, dans ces 
lits d'amertume & de douleur. Que penfer d’un hôpital, 
où des malheureux ainfi entaflés dans le même lit, ne 
peuvent. obtenir ce fommeil defirable, que lorfqu’ils fe 
concertent pour que Îles uns fe lèvent & veillent une 
partie de la nuit, tandis que les autres dorment? & quand 
ils font dans l’impuiflance d’en fortir, ils gémiflent de la 
néceflité qui les y attache, & maudiffent {es fecours qu'on 
leur donne. 
Ces lits Mais ce n'eft pas aflez que ces grands lits foient une 
ner fource de dégoûts & de mal-aife, Ôôtent le repos & le 
coublelamarche fommeil; ils troublent encore la marche de Îa nature. 


de la nature, Chaçun de ces lits peut être confidéré comme un foyer 
de 


p'E sS3c T'EIN © E°s. 25 


de chaleur. Il auroit été utile d’obferver, dans ces lits bien 
fermés, à quel degré, dans un temps donné, fe feroit 
élevé le thermomètre {b). Ce degré doit varier fuivant 
les individus, fuivant leur nombre, fuivant les maladies. 
Boërhaave a obfervé dans 14 chaleur animale, entre l'état 
de friflon & celui de la plus grande ardeur de Ia fièvre, 
une différence de 2 1 degrés de Farenheit, ou de 9 degrés + 
de Réaumur. De Haën a obfervé, entre l’état de fanté & 
celui de {a plus grande ardeur de la fièvre, une diffé- 
rence de 14 degrés de Farenheit, ou de 6 degrés + de 


(2) Les Phyficiens & les Médecins varient un peu fur ce degré,auquel 
on doit fixer la chaleur animale. Boërhaave & Hales l’ont déterminée à 
92 degrés du thermomètre de Farenheit. On doit fentir cependant qu'il 
ne faut pas prendre ce degré 92 tellement à la rigueur, qu’une infinité 
de circonftances tirées de la faifon, de l’état de l’athmofphère, & fur-tout 
de Ia difpôfition, de l’état de force & de fanté, ainfr que du tempéra- 
ment de celui qui a fait ces expériences, ne puiflent y apporter bien des 
variations. En effet, d’autres auteurs ont trouvé que le degré déterminé par 
Hales & Boërhaave étoit au-deflous de la réalité: aufi lui ont-ils donné 
pe de Jatitude, & ils le portent à 93, 94, 95 & 96. Il s’agit ici de 

‘homme en fanté. 

Quant à l’homme malade, Boërhaave a obfervé que, dans le temps du 
frifon de la fièvre, le thermomètre defcend à 87 degrés, & qu'il varie 
jufqu’à 94; tandis que, dans la chaleur qui fuit ce friflon, le mème ther- 
momètre monte depuis 96 jufqu'à 108: ainfi à partir du degré 92, qui eft 
T'étar de fanté, la variation eft bien moindre en RÉénagt jufqu’au friflon, 
qu’elle ne left en s’élevant jufqu’à la grande chaleur. 


M. de Haën, qui paroït avoir fuivi ces expériences avec plus de foin & 
plus de précifion, a trouvé que Ia chaleur de fon corps faïfoit monter fe 
thermomètre placé fous fon aïiffelle, fucceffivement pendant une heure, 
depuis 95 jufqu’à 101 & 102 degrés. Dans l’état de maladie, le même 
M. de Haën a auf obfervé que, HE chaleur médiocre de la fièvre, il 
montoit à 100 degrés dans "U d’un demi- quart d’heure ; après un 
quart d’heure, à 101 & 102 ;"dans une demi-heure, à 103 & 104. If 
d’a vu monter, dans d’autres occafions, & dans l’efpace d’une demi- 
heure, à 104 & à 106; & même, après une heure entière, à 109. Il paroît 
que Swenke a fait la même obfervatien. 

Aïnfr, fuivant Hales & Boërhaave, il fe trouve, entre les deux extrêmes 
de l’état de fanté & de maladie, déterminés par les degrés 92 & 108, 
une latitude de 16 degrés; au lieu que, d’après de Haën, qui fixe ces 
extrêmes à 95 pour l’état de fanté, & à 109 pour la maladie, cette Jati- 
tude n’eft que de 14 degrés; ce qui ne faille pas encore d’être très- 
confidérable, 


Hif. 1785, D 


Cette 
température 
commune 
n’eft celle 
d'aucun des 
malades du lit, 
& elle peut 
leur nuire à tous, 


Elle échauffe 
les falles, 

& les échauffe 

d'une chaleur 
mal-faine, 


26 Histoire DE L'ACADÉMIE Royarr 


Réaumur. Ils n’ont obfervé que des individus féparés ; nous 
aurions defiré de connoître la chaleur qui, dans un fitcom- 
mun, réfulte de plufieurs malades réunis ; mais, pour faire 
ces expériences, il auroit fallu être autorifé par l’admi- 
niftration de l'Hôtel-Dieu, & nous ne favons pas été. 

Cependant il y a des effets néceflaires que nous pou- 
vons prévoir & indiquer avant l'expérience; c'eft que, dans 
ces lits où font couchés quatre ou fix hommes différem- 
ment malades, différemment échauffés par eurs maladies, 
il fe forme une chaleur moyenne, réfultante des malades, 
& qui n’eft ni la chaleur des uns, ni celle des autres. Un. 
homme couché feul dans fon lit eft échauflé par fa propre 
chaleur, & celle-ci eft ce qu’elle doit être; la nature fa 
varie comme il convient, & la proportionne aux progrès 
de a maladie : un homme foible échauffe peu fon lit; 
l'homme fort & enflammé l’échaufle davantage. Mais, dans 
ces grands lits, l'homme qui a befoin d’une chaleur douce 
eft enflammé par la fièvre brülante de fon voifin; celui-ci 
J'arrofe & le refroidit de fa fueur: en même-temps la 
fueur critique de ce fiévreux eft troublée, & lui-même 
eft refroidi par l'attouchement de celui qui n’eft pas à fon 
degré de chaleur. Cet état de trouble mutuel dure juf- 
qu'à ce que la température moyenne foit établie, & que 
les malades aient pris un degré de chaleur qui ne leur eft 
point naturel, & qui leur eft contraire à tous. 

On peut croire que la chaleur de ces lits pafle dans Ia 
falle & qu’elle y croit, fuivant le nombre de ces foyers ou 
de ces lits. On remarquera que cette chaleur doit s'élever à 
un aflez-haut degré, puifqu'il eft certaines falles à l'Hôtel- 
Dieu, telles que la falle Saint-Paul, qui contient 78 grands 
lits & 33 petits, où l’on fe pafle de poëles pendant l'hiver, 
& où les malades font échauflés par leur propre chaleur, 
ou plutôt par la chaleur commune. Mais cet air eft échauffé 
par des malades, il eft chargé de leurs émanations putrides; 
di a chaleur dure, c’eft que l'air ne fe renouvelle que dif£- 
cilement, c'eft que l'air intérieur & corrompu eft dans un 


DES SCIENCES. 27. 


état de flagnation. Cette chaleur doit nuire à tous Îes 
malades: elle ne peut profiter aux gens foibles, aux con- 
valefcens, aux vieillards, qu’une chaleur douce & faine 
ranime & fortifie; elle eft nuifible à quiconque eft attaqué 
de maladies inflammatoires, à ceux qui ont des pertes de 
fang, des hémorragies; elle fe complique avec tous les 
maux pour les aggraver. Cette chaleur utile jufqu'à un 
certain point en hiver, eft infupportable en été, fur-tout 
pendant Ja nuit; & en multipliant les dégoûts, elle eft 
encore un fupplice pour ceux qui ont le malheur de porter 
à J'Hôtel-Dieu quelque délicatefle, & d’y conferver quelque 
fenfibilité. 

L'ufage de ces lits eft donc contraire à tout principe 
de Phyfique , de Médecine , comme à tout fentiment 
d'humanité, & ils doivent être à jamais profcrits. JL y a 
une autre efpèce de lits appelés lits à cloifon, & dont il 
eft queftion dans les Lettres patentes du 22 avril 1781, 
comme devant être employés à FHôtel-Dieu. Ces lits 
auront fans doufe 4 pieds 4 pouces de largeur, & 
feront partagés dans leur longueur par une cloifon de 
planches, de forte que les malades ne pourront ni fe tou- 
cher ni fe voir. Nous prenons la liberté d’obferver que ces 
lits doivent être également profcrits. 26 pouces réfervés 
à chaque malade, font d’abord un it bien étroit; la cloifon 
de planches placée au milieu recélera une vermine, qui 
en fortira pour tourmenter les malades. D'ailleurs ce lit 
ainfi coupé forme deux lits accouplés. Pourquoi ne les pas 
féparer? & que gagne-t-on à les laïffer unis! la fuppreffion 
de Ia ruelle & trois pieds de terrein. Mais c'eft précifé- 
ment cette ruelle qui eft néceflaire pour pouvoir fervir le 
malade des deux côtés dans une infmité de cas, pour 
Tentourer toujours d'un air plus libre, & pour éloigner 
l'un de l'autre deux foyers d’infeétion. Lorfque la bonté du 
Roï fe déterminera à établir un hôpital digne de fon huma- 
nité, il faut porter remède à tout; détruire, s’il eft poffible, 


tous les inconvéniens, & extirper à la fois tous les abus. 
D ij 


Ces lits 


à quatre ou à fix, 


même les lits 
à deux malades, 
doivent 
être pro{orife 


La bonté du Roï 
a décidé qu'il 
»'yenauroitplus. 
H faut 
que cette bonté 
ait fon effet. 


Four ménager 
le terrein, 
on accouple 
les falles. 


28 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Si nous nous fommes élevés contre les inconvéniens 
des lits à deux, & fur-tout contre l'abus des lits à quatre 
& à fix malades, ce n’eft pas que nous ne fachions qu'on 
eft réfolu d’en abandonner le funefte ufage, le parti eft 
pris à cet égard, la queftion eft décidée en faveur des 
pauvres; mais nous favons aufli que tout ce qui eft décidé 
n’a pas toujours fon exécution. Si la néceflité fert d’excufe, 


cette néceflité nait du défaut de prévoyance. Quand on. 


conftruit des hôpitaux, il faut fonger que la tiédeur fuccède 


au zèle, il faut tellement enchaïîner la volonté des hommes,. 


que les abus foient impofñlibles. On abandonne les grands 
lits, mais il faut les remplacer par un nombre fufhfant de 


petits; & c’eft ce qui ne paroît pas poflible fur le terrein de. 


l'Hôtel-Dieu, même en y comprenant l’extenfion projetée. 
On promet 4000 lits, mais lorfque les bâtimens nouveaux 
feront conftruits, & que le développement des falles n’y fuffira 
pas, lorfqu’on verra qu'on ne peut placer que 2000 lits, 
la néceflité de recevoir 4000 malades & plus, forcera 
d'introduire les lits à deux ;.& puis Iessrecommendations 
furviendront, qui, pour coucher un certain nombre de 
malades feuls dans un lit, feront entafler tous les autres, 
& l'abus des lits à quatre perfonnes renaïîtra. Les loix pré- 
viennent les abus plus facilement qu’elles ne les détruifent. 
I eft à fouhaiter qu’un règlement févère , fait d'avance & 
avant la conftruétion d’un nouvel Hôtel-Dieu, défende d'y 
introduire jamais aucun lit qui ait plus de 3 pieds de large; 
c'eft le feul moyen de remplir les vues bienfaifantes du Roi 


. & de tenir fa parole facrée. Le Roi a promis aux malheureux 


que l’afyle de l'Hôtel-Dieu contiendra 3000 lits, où les 
malades feront couchés feuls : il n’eft plus permis de rien 
changer à cette difpofition de bienfaifance ; quand la bonté 
du Roi s'eft expliquée & a fait le fort du pauvre, on peut 
y ajouter, on ne doit en rien Ôter. 

Nous ignorons comment on imagine placer 3 à 4000 
lits dans le local actuel de l'Hôtel-Dieu & dans les exten- 
fions. Mais ce que nous favons certainement , c'eft qu'on 


DIE 451 SG TAËE NC Ex 29 


wy placera les 2000 lits dont nous. avons aperçu la 
poflbilité , ou un plus grand nombre , que par des 
moyens abfolument contraires à la falubrité de l'hôpital & 
à la guérifon des malades; c’eft en aflociant les falles à 
côté les unes des autres, en les entaflant l’une fur l’autre 
& en accumulant les étages. Une falle de malades doit être 
ifolée de tout bâtiment, afin que les murs foient conti- 
nuellement expofés aux vents & aux courans d’air qui en 
éloignent l’humidité. H faut que ces falles foient ouvertes 
de tous les côtés, pour que tous les vents puiflent y entrer, 
pour qu’on puifle y admettre, fuivant le befoin, ou ceux 
qui échauflent ou ceux qui rafraïichiflent ; & qu'on y 
conferve toujours un courant néceflaire au renouvellement 
d'un air qui fe corrompt fans cefle. Ces conditions 
manquent abfolument & à toutes les falles de l'Hôtel-Dieu. 
Au rez-de-chauflée, les falles Saint-Antoine & Saint-Roch ; 
au premier étage la falle Saint-Paul & les falles Saint-Y ves, 
& des opérations, la falle Saint-Nicolas & celle des taillés 
font accouplées; & dans les étages fupérieurs , les falles 
font féparées par un mur de refend qui ne leur laifle de 
jour & d'air que d’un côté. La falle Saint-Charles, quoi- 
qu'elle ne foit aflociée à aucune autre, n’a également de 
jour que d’un côté; de l’autre elle eft appuyée à un bâti- 
ment. Au dehors, le pied des murs de, prefque toutes ces 
falles eft garni d’une fuite de cabinets, d’offices,. de petites 
chambres , dont le deflus eft difpofé en terrafle. La falle 
Saint-Charles ne tire fes jours qu’à la faveur de ces terraffes ; 
mais quel jour & quel air! Ces terrafles font deftinées à 
étendre le linge, parce qu’à l'Hôtel-Dieu, faute de terrein, 
il n'y a point d’étendoirs pour la leflive. Ces terrafles font 


donc chargées de nombreux étendoirs en fer, qui s'élèvent: 
jufqu’au haut des croifées de Saint-Charles. Là pend fans. 
cefle un linge à moitié blanc & toujours mouillé; & c’eft à. 


travers ces obftacles qu'arrive dans la falle Saint-Charles un 
jour trifte & un air continuellement humide. Auffi les gens 
en fanté, qui entrent dans ces falles du rez-de-chauflée, font: 


Inconvéniens 
de 
cette aflociation:- 


On multiplie 
les étages. 
Inconvéniens 
de 
cette difpofitien. 


30 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 
frappés de triftefle par cette demi-obfcurité; on fent qu'on ÿ 


refpire avec peine, & l'on conçoit que l'air renouvelé y 
eft aufli rare que la lumière. S'il ÿ a moins d'humidité & 
plus de jour dans les étages fupérieurs, Vaflociation des 
falles, l'inconvénient de n'avoir des croifées que d’un côté, 
y met également obftacle au renouvellement de fair. 

La reflource de multiplier les étages, pour placer plus 
de malades dans un terrein donné , eft un autre abus. 
L'Hôtel -D'ieu a trois étages de falles, élevés au-deffus de 
celles du rez-de-chaufiée. Il paroît même qu’on fe propofe 
d’en élever un quatrième , qui ef déjà commencé fur l'aile 
la plus voifine de l’Archevéché /c). Voilà donc quatre à 
cinq falles placées l’une fur l’autre. Les efcaliers n’étant pas 
aflez ouverts, aflez aérés, font dans toute leur hauteur l'effet 
d'une cheminée ; l'air corrompu & toujours plus léger, 
doit monter fans ceffe des falles inférieures dans les fupé- 
rieures. On fait que dans les fpectacles où il n'y a cepen- 
dant que des gens qui fe portent bien, Fair du dernier 
rang des loges eft fenfiblement malfaifant ; il donne des 
maux de tête, la refpiration y eft plus difficile. La raïfon 
en eft fimple, la refpiration dénature Fair : cet air vicié, 
plus léger que Fair ordinaire, monte & occupe particu- 
lièrement le dernier rang des loges des fpectacles. Ce 
n'eft pas à cette hauteur & dans cette atmofphère d’un 
air altéré qu’on doit imaginer de placer des malades, fur- 
tout quand on penfe que cet air vicié & moins refpirable ; 
eft encore chargé de miafmes morbifiques. Sans doute 
cet air ne tue pas, parce qu'il fe mêle par une circula- 
tion quelconque avec de Pair du dehors; mais il en réfulte 


-un mélange toujours malfaifant. Cet air ne tue pas, mais 


fait-on jufqu'à quel point il influe fur la mortalité, com- 
bien il retarde [a guérifon ; & au défaut des expériences 
fuffifantes, ne peut-on pas croire qu'il alonge les maladies 
& multiplie les morts. Ces étages accumulés rendent 


(c) Supplément au Mémoire, page 27. 


DES: SicorE Nc 5 3r 


d'ailleurs le fervice-plus fatigant & plus difficile. Ce fervice 
eft plus géné fur un efcalier que de plein-pied. Ces étages 
ont encore un grand inconvénient pour {es malheureux 
convalefcens qui font fans force, qui auroient befoin & 
de marcher & de refpirer l'air du dehors, & qui font 
forcés de refter dans l'infeétion des falles de malades, 
parce qu'ils ne peuvent ni defcendre quatre étages ni les 
remonter. Un hôpital où on fe propofe de guérir, doit 
foigner fes convalefcens : ce font des viétimes arrachées en 
partie à la maladie; & c’eft un ouvrage d'humanité qu'il 
ne faut pas commencer fans le finir. Ces raifons fuffroient 
pour profcrire les étages accumulés ; mais il s'y joint le plus 
preflant & le plus terrible des dangers, celui du feu. Nous 
ne nous propolons point de peindre ici le fpeétacle d’un 
corps dé bâtiment livré aux flammes , {es efcaliers ou inter- 
ceptés par le feu, ou obftrués par la confufion, & cinq étages 
de falles dévouées au feu & à la mort ; nous dirons fimple- 
ment que cette multiplication d’étages eft un vice effentiel 
dans la eonftruction d’un édifice public, tel qu'un hôpital. 
Le danger eft fans doute le même dans les maifons élevées 
de Paris où habite le pauvre; le pauvre fe loge où il 
peut : mais quand la charité lui ouvre un afyle, elle à dû 
pourvoir à fa füreté, fur-tout dans le cas de maladie, où 
il n'a ni la force, ni l’agilité néceflaire pour fe fouftraire 
au danger. Ce nouveau motif doit donc faire profcrire les 
étages élevés; il doit les faire profcrire à l'Hôtel - Dieu 
aétuel, plus que dans tout autre hôpital. L'Hôtel -Dieu a 
un vice particulier & auquel on ne peut penfer fans eflroi. 
Cet hôpital eft compolé de deux grands corps de bâtimens, 
Tun fur la rive feptentrionale, l'autre fur la rive méridio- 
male dela Seine. Sous le bâtiment feptentrional & fous les 
falles des malades font placées les buanderies , les étuves , 
où le feu eft fans cefle employé; & ce qui eft pis encore, 
€e qui devient un voifmage dangereux & redoutable, om 
Y a placé le magafn aux huiles & a fabrique des chan- 


Les falles 
accouplées, 
les étages 
accumulés, 
rendroiïent 
T'Hôtel-Dieu 
futur femblable 
à l'Hôtel-Dieu 
adtuel, 


De-là naît 
confufion, 
mauyaife 


3%  HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 
delles; & comme s’il falloit que la maïfon entière eût fa 
part du danger, le magafm au bois qui en contient. fix 
mille voies eft fous le bâtiment méridional du côté de la 
rue de la Bucherie. Sans doute c'eft le défaut d’emplaces 
ment, c’eft la néceflité qui a préfidé à cette mauvaife dif. 
pofition. En 1772, le feu qui brüla la falle du Légat, prit 
dans la fabrique des chandelles; le befoin y a fait replacer ; 
comme auparavant, cette fabrique. If n’en faut point blämer 
l'adminiftration qui n’a point été libre; mais il faut con- 
clure que l'emplacement qui oblige à de telles imprudences ; 
un emplacement qui force de s'expoler fans cefle à de pa- 
reils dangers, eft un emplacement qui ne convient point à 
un hôpital. Dans cette maifon où il y a toujours 3 à 4000 
perfonnes, dans un efpace étroit qui néceflite la confufion, 
au milieu d’un fervice que le befoin rend très-actif, il eft 
impoflible que le feu ne prenne pas fouvent. Il eft fans 
doute bientôt éteint, maïs on n’eft pas toujours heureux, 
La falle du Légat a brûlé en 1772, celle du Rofaire eu 
1737; voilà deux leçons en trente -cinq ans. 

Mais, en fuppofant qu'on laïflät fubfifter les chofes 
telles qu’elles font, c'eft-à-dire, les falles accouplées & fans 
jour, où l'air circule difficilement; les étages entaffés les uns 
fur les autres, où les émanations des falles inférieures font 
portées dans les falles fupérieures; & tout cela pofé fur 
des amas de combuftibles, où le danger du feu eft terrible 
& perpétuel; quand on parviendroit, avec ces moyens 
dangereux, à obtenir un nombre confidérable de lits, on 
ne feroit que redoubler l’entaflement des malades, & en 
étendre les inconvéniens fur un plus grand local. Ce qui 
eft projeté fera une copie de ce qui exifte; & les édifices 
fubfiftans, les édifices qu’on fe propofe d'y ajouter fuffent-ils 
fufifans, non-feulement pour les 3000 lits ordonnés par 
les Lettres patentes, ou pour les 4000 annoncés par l'auteur 
du Relevé, mais encore pour les 48 00 que nous demandons, 
cet amas de falles accouplées & d’étages entaflés auroit 

plufieurs 


DES S CIE N CE 5! 37 
plufieurs vices eflentiels, vices abfolument contraires à la 
falubrité; c’eft la confufion, la mauvaife difpofition des 
départemens & l'infection de l'air. 

+ Il y a confufion dans les départemens , parce que pre- 
mièrement, il n'y a point de falles pour les convalefcens. 
Les Jiftes affichées chaque jour à la porte, ne font mention 
d’aucunes falles qui leur foient deftinées. On y voit feule- 
ment une falle dite des Convalefcentes. Mais les liftes ne 
difant jamais rien fur le nombre de ces convalefcentes, il 
y a lieu de croire qu’elle n'eft pas occupée. Et la raifon, 
c’eft d'abord que cette falle eft au troifième étage; ce feroit 
un trifte féjour pour des convalefcentes qui ont peine à 
defcendre & à remonter : c'eft enfuite qu'elle tient à la 
falle Sainte-Monique, qui lui fert d'entrée, & où font les 
petites véroles; ce voifnage & ce pañlage doivent en exclure 
néceflairement les convalefcentes. Il eft donc évident que 
les convalefcens font mélés dans toutes les falles avec les 
malades, par conféquent avec les morts & les mourans. Sans 
parler du malheur de ce fpeétacle, des idées douloureufes 
qui contraftent avec les efpérances des convalefcens, & de 
Yinfluence du moral pour retarder les progrès phyfiques 
& le retour vers la fanté, il eft évident qu’un convalefcent 
eft fans ceffe expolé, ou à des rechutes toujours ficheufes, 
ou à reprendre une nouvelle maladie à Îa place de celle 
dont il à été guéri; un convalefcent doit du moins, avant 
de retrouver fes forces, traîner & languir long-temps en 
refpirant le même: air que les malades, & en habitant ce 
féjour de dégoût, de mal-aife & de triftefle. Et comme on 
eftime que fur le nombre des malades d’un hôpital, il y 
ena le tiers en convalefcence, en évaluant à 2500 le 
nombre journalier & moyen des malades à l'Hôtel-Dieu, 
il a chaque jour 8 30 convalefcens dévoués à cette efpèce 
de fupplice. 

. Obfervons que ces convalefcens, lorfqu'ils quittent leur 
lit, & vont refpirer au grand air fur le pont Saint-Charles, 
ont da plupart, même en hiver, les jambes nues. La maifon 


Hif, 1785. 


difpofition des 
départemens , 
infeétion de l'air, 


Les convalefcens 
font confondus 
avec Les malades. 


Abus de les 
laiffer fortir let 
jambes nues, 


Les fous font 
plicés trop pres 
des 
autres malades, 


34 Histoire DE L'ACADÉMIE RoyaLeE 


ne leur fournit point de bas, & lorfqu'on ne leur en 
apporte pas du dehors, il faut refter au lit fans ofer exercer 
& développer fes forces naïflantes, ou fe promener les 
jambes nues. Ce grand abus nait d'une bien petite éco- 
nomie ; il prouve combien les anciens ufages ont de pouvoir 
pour {e faire conferver, & combien les préjugés font durables 
dans les Corps, méme fous une adminiftration vertueufe 
& charitable. Ÿ 

il y a confufion dans les départemens, cela eft prouvé 
par l'emploi des falles. Les fous, que l’abfence dela 
raifon, leurs écarts & leur frénéfie féparent de la fociété 
des hommes, doivent être également éloignés de Ia fociété 
des malades. A l’Hôtel-Dieu, fur le pont du Rofaire au 
premier étage, eft placée la falle dite de Saint-Louis, où 
on reçoit les fous. Cette falle fait l’équerre, & communique 
avec la falle Saint-Paul, où il y a toujours près de 300 
malades de maladies chirurgicales. Au deuxième étage, la 
{alle de Sainte-Geneviève ou des folles, eft à l'extrémité, 
& fait le prolongement de la falle Sainte-Martine on des 
femmes fébricitantes. Ces hommes qui ont foufiert ou 
des opérations ou des panfemens douloureux, ces femmes 
travaillées des retours de {a fièvre ou de fes redoublemens, : 
font tourmentés nuit & jour par les cris de ces infenfés; 
& ne doivent point avoir de repos; d'ailleurs l'Hôtel-Dieu, 
par le défaut d'emplacement, n’a pu même, en mélant ainfi 
ces fous avec Îles autres malades, leur attribuer aflez d’efpaces 
H faut obferver que cet hôpital eft le feul où lon entre- 
prenne de guérir la folie, & c’eft fans doute une très-belle 
inftitution; mais il ne faut pas croire que les pauvres foient 
les feuls qui viennent s'y faire traiter. Bien des gens aifés. 
n'ont cependant ni les moyens, ni un local fufhfant pour 
faire garder cette efpèce de malades, pour leur faire prendre 
les bains, & recevoir les douches néceffaires ; on les conduit 
à l'Hôtel-Dieu. Or il n'y a que 26 lits qui foient réfervés 
aux fous des deux fexes, & c’eft bien peu quand on con- 
fidère que les maifons de force de Paris en contiennent 


peus ONG LÉ NC ES 35 


pluside 800 /d). I réfulie de ce petit nombre de lits, 
qu'il en faut fouvent mettre deux & quelquefois plus dans 
le même dit. La falle Saint-Louis a 12 lits, 10 grands & 
2 petits. Le 1.” janvier de cette année, on y comptoit 30 
malades /e), c'eft-à-dire, 28 pour les grands lits, & par 
conféquent huit de ces lits avoient chacun trois malades. 
On conçoit ce qui doit arriver à des fous ainfi rapprochés, 
forcés de pafler les nuits & les jours dans Ia plus intime 
fociété, & d’être tour-à-tour les victimes de leurs écarts 
réciproques. Jis fe battent, peuvent s'eftropier, & ces def- 
ordres font une fuite déplorable du défaut d'emplacement. 

Enfin, nous prouvons la confufion des départemens, par 
Ja difpofition d'où naît le plus grand inconvénient de 
J'Hôtel-Dieu ; & une des fources de fon infalubrité, c’eft le 
mélange dans une même maifon, fouvent dans les mêmes 
falles, des maladies contagieufes avec celles qui ne le 
font pas. On a toujours regardé comme un principe d’ad- 
miniftration & de police, de féparer de la focicté ceux 
que la contagion avoit infectés. Les malades font plus 

fufceptibles que les gens en fanté; le temps où les pores 
font plus ouverts, où les humeurs font en fermentation, 
où la fièvre a rompu l'équilibre, n’eft pas celui où il feroit 
convenable de courir les rifques de Îa contagion; & la 
charité publique qui reçoit le pauvre ne doit pas lui dire: 
ou tu ne feras pas fecouru, ou tu courras ce danger. 

Dans les fiècles où la lèpre régnoit en Europe , les 
léproferies ou les maladreries, étoient placées aux entrées 
des villes & des villages. Paris avoit trois léproferies : celle 
de Saint-Lazare, où eft aujourd’hui l'églife de ce nom; celle 
de Saint-Germain, qui occupoit Ja place où font les Petites- 
Mailons ; hôpital de Sainte-Valère étoit dans Le faubourg” 
Saint-Marcel. Mais tous trois étoient alors hors de Paris, 
Lorfqu’il fallut enfuite ouvrir des hôpitaux pour la pete, 
: à £ , EHESS" Ms - 
- {à) Mémoires de M. Tenon. - 

- {2) Woyez la feuille du mouvement de çe jour. 


E ij 


Les maladies 
conragieules font 
mélées avec les 

maladies 
ordinaires, 


Les hôpitaux 
des maladies 
contagieufes ont 
toujours été hors 
des villes, 


L'Hôtel-Dieu les 
reçoit prefque 
toutes, & Îles 
concentre alu 

milieu de Paris, 


Danger de la 
communication 
pour les habitans 

de Îa ville, 


36  HisTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


pour le mal vénérien, on les plaça hors de Paris ; la teigne 
eut auffi un hôpital hors de cette capitale. L'hôpital Saint- 
Louis & l'hôpital Sainte - Anne font encore deftinés aux 
épidémies contagieufes; ils ont été d'abord hors de Ia 
ville, & l’un au nord, l'autre au midi, pour que les 
malades puiflent sy rendre fans la traverfer. On à donc 
toujours eu intention parmi nous, de féparer les maladies 
contagieufes des maladies ordinaires, & de porter hors 
des villes celles qui pouvoient fe communiquer. Cette 
précaution de prudence & d'humanité, émanée d’une fage 
adminiftration , a diété la loi qui défend d’inoculer fa 
petite vérole dans Paris. Aïnfi l'emplacement des hôpitaux 
pour les maladies contagieufes, eft fubordonné à des règle- 
mens; le refpeét des loix & l'intérêt de la fociété en- 
joignént de ne s’en point écarter. De-là naïflent deux 
confidérations : celle des habitans de la ville, dont ïl faut 
conferver Îa fanté ; celle des pauvres malades, dont ül 
ne faut pas compliquer les maux. 


Les quatre hôpitaux des Frères de Ja Charité, les quatre 
hôpitaux des Hofpitalières, Îles quatre hofpices particuliers 
établis depuis quelque temps, ces douze hôpitaux enfin 
n’admettent aucunes maladies contagieufes. Les malades de 
cette efpèce n’ont donc d'autre refuge que l'Hôtel - Dieu; 
& fi cet hôpital a l'avantage de donner des fecours à tous, 
& de ne refufer perfonne ; fi ceux qui les adminiftrent : 
ont le courage & {a générofité de fe dévouer à des foins 
périlleux , il faut convenir que l'Hôtel-Dieu eft au centre 
de Paris le réceptacle de ces maux contagieux. 


Nous ne favons pas jufqu'à quel point ce foyer peut 
répandre les vapeurs de la contagion dans la ville; on ne 
fourroit s'en aflurer que par des recherches longues & 
difficiles, par des expériences dont les élémens compliqués 
rendent toujours les réfultats incertains. Mais le public fait 
qu'on lave tous les jours dans la Seine les linges de ces 
malades, & ïl penfe que les eaux peuvent en charier les 


DES. S'CTE Nc E s. 37 


“particules morbifiques; il en réfulte un objet d'inquiétude, 
ou tout au moins de dégoüt pour les citoyens. 


Les habitans de la rue de a Bucherie, placés dans Ie 
voifmage de Ia falle où l'on tranfporte les morts, témoignent 
ue l'été les émanations de cette falle font très-fenfibles & 
très-infectes. Ces: émanations des falles paflent donc dans 
l'atmofphère, & peuvent être répandues dans la ville par 
les vents. Mais ce n'eft pas tout ; lorfqu'on vide les pail- 
‘laffes pour les renouveler , il n’y a point de cour aflez vafte 
à l'Hôtel - Dieu, & qui permette de brûler cette quantité 
énorme de paille fans s’expofer à mettre le feu. I faut 
cependant s’en débarrafler ; on 1a tranfporte à Saint-Louis. 
Il en eft de même de la plume des lits, de cette plume 
imprégnée de miafmes morbifiques, Ia plupart contagieux ; 
on la tranfporte par charretées à Saint-Louis, où elle eft 
féchée, triée & battue, & où les coutils font trempés & 
avés dans la fontaine placée au milieu de la cour. Re- 
marquons en paflant que les lits de l'Hôtel-Dieu n'ont, 
avec la paillafle, d’autre garniture qu'un lit de plume. Cet 
hôpital eft le feul à Paris où on ait confervé cette mau- 
vaife pratique du vir.° fiècle /f/); il eft encore à cet égard 
comme au temps de fa fondation. L'ufage des matelas de 
laine eft plus fain, ïl a prévalu; mais les vieux ufages 
durent dans les corps, dans les établiffemens publics, lors 
même que la nation ne les connoît prefque plus. La laine 
fe nettoie plus facilement , plus complétement que Ja 
plume; linfetion & l'humidité fe retranchent dans les 
pores des tuyaux & dans les barbes des plumes, & après 
avoir été féchées & battues, ces plumes confervent en 
_ partie les principes morbifiques dont on a voulu les dé- 
pouiller. La contagion portée de l'Hôtel - Dieu à Saint- 
Louis, eft rapportée de Saint-Louis à lHôtel-Dieu, & 
—————" 
: (f) On croit que l’Hôtel-Dieu fut fondé par Saint-Landry , Évêque 


de Paris, vers l'an 660. Piganiol de la Force. Defcription de Paris, 
tome 1} page 466, 


Danger-de Ja 
communication 
pour les malades 


de l'Hôtel-Dicu, 


38 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE RoYALE 
en. revenant infecter de nouveau le lieu d’où elle eft partie, 
elle traverfe deux fois la ville avec un double danger pour 
les habitans. Les morts de l'Hôtel-Dieu font aufli tranf- 
portés les nuits, variolés, gangrénés & autres, à travers 
Paris. H fort donc de l’'Hôtel-Dieu des convois tantôt de 
paille infecte, tantôt de plume imprégnée de miafmes 
morbifiques, tantôt de cadavres; & ces inconvéniens font 
inévitables tant que l'Hôtel-Dieu reftera où ïäl eft. Si on 
ne peut dire quel eft l’eflet réel & l'étendue de ces in- 
fluences, fi la melure du danger eft inconnue, la prudence 
prefcrit de multiplier les précautions pour écarter même 
les rifques qu'on ne peut apprécier; & il femble:que le 
principe de police qui défend d'approcher des lieux où 
il y a de la contagion , doit défendre de garder cette 
contagion au centre de la capitale. 
Mais il n’y a nulle incertitude fur la communication 
des maladies contagieufes dans l'hôpital même, à l'égard 
des malades couchés dans le même lit, dans la même 
falle , & habitant dans le fein de Îa contagion ; une 
infinité de faits prouvent cette communication , il n'y a 
que le hafard qui puifle en préferver. En excluant les 
maladies, telles que la pefte, qui eft peu connue dans 
nos climats , {a lèpre, aujourd'hui prefque totalement 
éteinte en Europe , la teigne & le mal vénérien qui ont 
des hôpitaux particuliers, les principales maladies conta- 
gieufes font la gale, la petite vérole, la rougeole, certaines 
fièvres malignes & certaines dyflenteries. Ces maladies, 
du moins les premières qui font faciles à diftinguer par 
leurs fvmptômes, pourroient être reléguées dans un hôpital 
qui leur feroit fpécialement deftiné; mais dans aucun cas 
elles ne doivent être méêlées & traitées enfemble. Un 
hôpital bien ordonné doit avoir un quartier ou des falles 
éloignées pour chacune de ces maladies. On envoie dans 
ce moment à Saint-Louis les fcorbutiques, les fcrophuleux, 
les cancéreux; mais comme Saint-Louis eft réfervé pourles 
épidémies contagieufes, fi l'on fe conforme à fon ancienne 


DES SCIENCE Ss 39, 


deftination , tous ces malades rentreront à l’'Hôtel-Dieu 
lorfque le local en fera étendu. On n'y admet pas aujourd'hui 
les malades qui n'ont que la gale, & il femble qu’il faudroit 
les yrecevoir; la gale eftune maladie réelle, une maladie dont 
le pauvre a befcin d’être délivré: Mais un galeux eft toujours 
admis lorfqu’il a une maladie interne où une bleflure. On 
peut imaginer ce qu’au milieu de l'entaflement des étages, 
des falles & des malades, doit produire l'aflociation de 
toutes ces maladies dans le même lieu; tout ce qui réfulte 
pour répandre la contagion d’un air infecté par des fièvres 
contagieufes; des latrines communes, & à ceux qui ont 
des dyflenteries contagieufes, & à ceux qui n’en font pas 
attaqués ; de l'échange des draps, des chemifes le plus 
fouvent mal lefivés; des linges que l’on chauffe en grand 
nombre, & qui retirés d'un malade, font portés à un 
autre; des pots à boire rincés à fa hâte, & qui dans la 
difiribution pafflent d’un malade galeux à un qui ne left 
pas: Un malade arrivant efl fouvent placé dans le lit & 
dans les draps d’un galeux qui vient de mourir. On voit 
encore tout ce qui réfulte de la fociété que font tous ces 
malades {orfqu'ils commencent à fe lever; comme il n'y 
a point de failes pour les convalefcens, il n’y a point de 
promenoirs féparés pour les maux contagieux. À l'Hôtel- 
Dieu l'efpace manque à tous les befoins; & fi un malade 
devenu convalefcent, échappe à cette fuite de dangers , 
les hardes qu'on lui rend fortent d’un magafin commun 
où tout eft confondu comme dans les falles: ces hardes 
ont pu fe charger de la contagion, elles la Jui communi- 
queront au fortir de l'hôpital. La gale eft prefque générale 
& elle eft perpétuelle à f Hôtel - Dieu; les Chirurgiens, 
les Religieules, les Infirmiers & Infirmières la contractent 
ou en panfant les malades’, ou en maniant leurs linges. 
Les malades guéris qui l'ont contraétée, la portent dans 
Jeur famille , & l'Hôtel-Dieu eft une fource inépuifable 
d'où cette maladie fe répand dans Paris. 

Quant à la petite vérole, une falle particulière, Îa 


Les hommes 

variolés, font 

plufieurs dans 
un lit, 


Les femmes 
variolées font 
mêlées avec les 
fébricitantes. 


Les falles des 
maladies 
chirurgicales, 
font mal 


dipoiées & mal 


4o Histoire DE L'ACADÉMIE Rowarr 
falle Saint - François lui eft deftinée & eft réfervée aux 
hommes; ils y font féparés de tous autres malades. Mais 
ä faut obferver que l’on y a vu jufqu'à 6 hommes ou 
8 enfans, dans le même lit, & on fent que cela doit 
être ainfi. Cette falle ne contient que 35 lits, 16 grands, 
19 petits. Le 22 décembre 1782, il y avoit quarante-deux 
malades /g); 19 pour les petits & 23 pour les grands, 
dont 7 au moins avoient deux malades. Mais fi les petites 
véroles euflent été plus communes, on auroit pu y voix 
un plus grand nombre de malades, & il n'en faut fuppofer 
qu'à peu-près 80, pour que chaque grand lit ait quatre 
malades. Que l’on juge de l'infection de ces lits, & que 
l'on imagine les eflets qui peuvent réfulter des diflérentes 
efpèces de petite vérole, & de la contagion qui réagit 
contre elle-même. | 

Les femmes attaquées de Ia petite vérole, font admifes 
dans la falle Sainte - Monique: mais elles y font mélées 
avec des fébricitantes, & c’eft une fuite bien déplorable 
du défaut d'emplacement, que d’expofer ainft à la con- 
tagion de la petite vérole des femmes malades, qui vien- 
nent demander des fecours & chercher la fanté à l'Hôtel- 
Dieu. Si le défaut d'emplacement excufe cette inconfé- 
quence inhumaine , la confervation de cet emplacement 
n’a point d'excufe. Le premier degré d'infalubrité d'un 
hôpital eft de retarder la guérifon des malades; Île dernier 
eft d'ajouter à leur maladie des maux qu'ils n’avoient pas. 
Les fous placés auprès de la falle des bleflés, les femmes 
variolées aflociées aux fébricitantes, les maladies conta- 
gieufes par-tout mélées-aux maladies ordinaires , prouvent 
évidemment la confufion des départemens dans cet: hôpital. 

Mais fi la difpofition des falles fait que les départemens 
ou fe confondent ou fe touchent de trop près,fouvent 
ces falles ne font pas mieux difpofées, en les confidérant 
feules & en elles-mêmes, & elles font placées d'une manière 


——_—_———_—ûû_—_——————“——_—— 


(g) Voyez la feuille du mouvement de ce jour, 
nuifible 


DES SCIENCES. 4T 
nuifible aux malades qui y font reçus. L'Académie en jugera 
par le compte que nous allons lui rendre des failles def 
tinées aux. maladies chirurgicales. Ces falles doivent être 
privilégiées. dans tous les hôpitaux ; c'eft-à que l’art vient 
au fecours de la nature par des moyens fouvent terribles. 
On eft refponfable de la vie des hommes, quand on 
ne prend pas des mefures pour aflurer le fuccès de ces 
moyens redoutables. A quoi fert de faire fouffrir un mal- 
heureux, ft on n’a pas la probabilité de le fauver, fi on 
n’augmente pas cette probabilité par toutes les précautions 
poflibles? Ces précautions font la tranquillité des malades, 
la propreté du local & la pureté de Fair. Mais quelle 
tranquillité peuvent avoir les bleffés à l'Hôtel-Dieu, dans 
la falle Saint-Paul ? cette falle a 111 lits, 78 grands, 33 
petits. Le 6 janvier elle contenoit 272 malades; elle en 
pourroit contenir beaucoup davantage, fuivant l’ufage de 
l’'Hôtel-Dieu. Ce grand nombre d'hommes réunis & celui 
des hommes employés à les fervir, eft un premier obftacle 
à la tranquillité; mais cette falle eft le paffage qui conduit 
à l'office Saint-Paul, aux offices au pain & au vin, aux 
caveaux pour l'échangeage, pour le linge fale & pour 
le fable. C'eft par cette falle & en fuivant fa longueur, 
au milieu des bleflés, que l'on porte les charges de bois, 
de linges , de vivres & de tous les autres objets nécefaires 
à plufieurs falles / 4) ; c’eft dans cette falle que les pauvres 
du dehors s’aflemblent tous les après-midi, pour confulter 
le Chirurgien-major ; & la confuficn du bruit des pas & des 
voix augmente la rumeur. Comment dans cette agitation, 
parmi tous ces gens en mouvement, procurer aux malades, 
après un panfement douloureux, ces premiers momens de 
repos qui décident fouvent de leur confervation ? 

La propreté exige plus de foin dans une falle de blefés 
que dans toute autre; la pureté de Fair y eft plus difficile 
à maintenir, à caufe du fang & du pus, qui entache fans 


———_—_———ZZ 


(h) La falle des opérations & celle des fous. 
Hi. 1785. F 


placées. La falle 
d':s bleffés a trop 
de mouvement 


& de bruit, 


La propreté y eft 
impoflible, 


L'air de Ia falle 
des opérations 
eft infecté. 
Danger du 
fpedacle des 
opérations pour 
ceux qui ont été 
opérés, ou pour 
ceux qui doivent 
l'être. 


42 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


cefle le plancher. I eft impoflible de nettoyer ou de bien 
nettoyer ce plancher, au milieu de quatre rangs de lits, 
dans une largeur de 34 pieds. Ces lits en occupent 21, 
les deux files du milieu fe touchent, & il ne refte entre 
celles-ci & les autres, qu’un pañlage de 6 pieds & demi 
de chaque côté. IL eft difficile d'y maintenir la propreté, 
lorfqu'on accumule dans un échangeoiïr & dans un caveau 
de cette falle, tout le linge chargé de pus, de fang & 
d’autres matières fétides ; c’eft un foyer d’infeétion qu’on 
y conferve; d'ailleurs chaque lit en eft un. Le 12 janvier 
de cette année, il y avoit 258 bleflés, pour 111 lits {4). 
Il y en avoit donc un dans chacun des 33 petits lits, 
& 225 dans les grands: c’eft trois par lit. Tous les foins 
du monde ne peuvent tenir propre & fans odeur un lit 
où il fe fait tous les jours trois ou fix panfemens. Ajoutez 
à ce tableau les latrines, qui font trop près de Ia falle, 
trop petites pour le nombre des malades, & toujours 
falies dès l'entrée ; les lits des agonifans, & qui fouillés 
font un nouveau foyer d’infeétion ; les exhalaifons que 
fournit l’efcalier & qui montent de la falle Saint-Charles 
placée au-deffous, où font 3 à 400 fiévreux; & ce tableau 
eft celui de la falle des bleffés. 

La falle, dite des operations, eft deflinée en effet aux 
opérations les plus graves & les plus délicates, & elle 
eit entourée de toutes parts de tout ce qui peut en in- 
feéter l'air. Elle communique à la falle Saint-Paul, dont 
nous venons de décrire la fétidité; placée prefque fur la 
falle des morts, elle en reçoit les émanations par Îles 
croifées ; à l'encoignure du mur extérieur eft un plomb 
qui, dans les chaleurs, répand une odeur infecte; & du 
côté du midi elle a des terrafles qui, placées au-deflous 
de plufieurs logemens & des falles des accouchées, en 
reçoivent les immondices & les vidanges. Mais un grand 
malheur pour ceux à qui on a fait ou à qui on doit faire 


(i) Voyez la feuille du mouvement de ce jour. 


DE BINS Nc PEINE E 6, 43 


des opérations, pour ces infortunés qui ne doivent fouffrir 
que de leurs propres maux, & à qui toute émotion étran- 
gère eft dangereufe, c’eft que ces opérations s’y font au 
milieu de la falle même. On y voit les préparatifs du 
fupplice ; on y entend les cris du fupplicié: celui qui 
doit l'être le lendemain, a devant lui le tableau de fes 
fouffrances futures; & celui qui a paflé par cette terrible 
épreuve, doit être profondément remué & fentir renaître 
fes douleurs, à ces cris femblables aux fiens ; & ces ter- 
reurs, ces émotions, il les reçoit au milieu des accidens 
de l'inflammation ou de la fuppuration, au préjudice de 
fon rétabliffement & au hafard de fa vie. Voilà quels font 
dans cet hôpital es moyens de guérifon pour les opérés, 


& les moyens de fuccès pour Îes habiles Chirurgiens 


qui y déploient les reflources de leur art ! Beaucoup 
d'hôpitaux ne font pas exempts de ce défaut, & n’ont 
comme l'Hôtel-Dieu de Paris, de falles uniquement def- 
tinées aux opérations que celle de Îa taille. Il en faut 
cependant excepter quelques-uns , & fur-tout l'Hôtel- 
Dieu de Lyon. Mais un hôpital bien ordonné, ordonné 
par fhumanité, doit avoir trois falles pour les opérés: la 
première, où ils font préparés à l'opération ; la feconde, 
où ils la fubiflent, & la troifième, où on les place après 
qu'ils ont été opérés. Celle-ci doit être éloignée du 
bruit, pour leur procurer le repos & la tranquillité dont 
ils ont befoin. 

Toutes ces précautions font néceffaires pour faciliter le 
fuccès des opérations, pour conferver les bleflés, que la 
mature n'a point condamnés, & que les accidens ont feuls 
approchés de Ia mort. Mais s’il eft important de rendre à la 
fociété un nombre d'hommes précieux à la patrie & à leur 
famille , il eft à l'Hôtel-Dieu une clafle nombreufe & inté- 
reflante, qu'il eft également important de conferver; c’eft 
celle des femmes enceintes qui vont y accoucher. Cin 
falles, placées au deuxième étage fur la rue de la Bucherie, 


Fi 


Les falles des 
femmes 
enceintes & des 
accouchées ne 
font pas mieux 


difpofces, 


Ces femmes 

font trois à 
quatre dans un 
lit; elles refpirent 
un air corrompu 


& humide. 


44 Hi1sTOoIRE DE L'ÂCADÉMIE ROYALE 


leur font deftinées : la falle Saint-Jofeph & la falle Sainte- 
Marguerite font pour les femmes enceintes ; il y a enfuite 
la falle des accouchemens & celle des accouchées ; puis 1a 
falle dite des nourrices, qui eft réfervée aux enfans alaités 
par leurs mères. On place à Sainte-Marguerite les femmes 
enceintes recommandées { 4), & on place à Saint-Jofeph 
toutes les autres femmes, légitimes ou de mauvaifes mœurs, 
ce qui eft un inconvénient moral; on les y place faines & 
malades, ce qui eft un grand inconvénient phyfique. 
A Londres, ces différentes efpèces de femmes ont des 
hôpitaux différens ou des falles féparées. Les trois falles 
de Saint-Jofeph, des accouchemens & des accouchées, ren- 
ferment 67 grands lits & 39 petits //), dont 15 font 
occupés par des perfonnes de fervice. Le 12 janvier de 
cette année, il y avoit dans ces falles 175 femmes; il y 
avoit donc ce jour-là 17 grands Hits qui contenoient chacun 
3 femmes, & ce n'étoit pas Mn moment de furcharge. Il 
y a des jours où ces lits contiennent quatre femmes & 
davantage. 

L'Académie fe rappelle ce que nous avons obfervé fur les 
grands lits, où l'on couche quatre & fix malades, & fur les 
maux qui en réfultent; mais la gène qu'on éprouve dans 
ces lits, eft plus grande pour les femmes grofles que 

our les malades. Elles occupent plus de place; il y a de 
plus le danger de blefler feur enfant. La difficulté de 
dormir allume leur fang, & elles perdent de leur fanté, 
au moment où elles ont befoin de toutes les forces de 
la nature, tant pour mettre au jour & conferver leur 
enfant, que pour fe conferver elles-mêmes. Mais dans ces 


(4): Cette falle n’a que onze lits. 


(1) Le nombre des lits des falles peut varier, parce qu’on en tranf- 
porte quelquefois d’une falle dans une autre. Les nombres que nous 
donnons, font ceux qui avoient lieu dans le temps où l’on a reflé les 
Mémoires qui nous ont été fournis, Au refte, les variations ne peuvent 
pas être fort grandes, & les différences font néceffairement légères. 


DE siMSüc rlEi NC Es: 


lits les femmes faines font mélées avec les malades ; les 
faines incommodent les malades, & les malades altèrent 
la fanté des femmes faines; ainfi toutes fe nuifent réci- 
proquement : voilà pour les femmes enceintes, voici pour 
les accouchées. 

Qu'on fe repréfente ces femmes réunies quatre ou plus 
dans un lit, à diverfes époques de leurs couches, avec 
des évacuations naturelles qui les inondent & les infeétent, 
le fein tendu , la tète & le ventre douloureux , au milieu de 
la fièvre & de la fueur de lait; quelle fanté tiendroit à cette 
fituation, fans fe déranger ? quelle maladie n’en feroit point 
accrue ? & que l'on entr'ouvre ces lits, il en fort des va- 
peurs chaudes & infeétes, des vapeurs qui font fenfibles 
à l'œil, & que l’on peut divifer & écarter avec la main. 
Ces vapeurs fe mêlent à l'air de la falle; elles paflent dans 
la falle des femmes enceintes, qui n’eft féparée de celle des 
accouchées que par une cloifon dont les portes font à jour. 
Nous avons dit que ces falles n’ont de jour & d'air que d’un 
côté ; & avec tant de moyens d’infeéter l'air, il y a peu de 
facilité pour le renouveler. L'air de ces falles eft d’ailleurs 
altéré par les émanations des falles inférieures , fur-tout de 
celles des bleffés & des opérations, qui font immédiate- 
ment au-deflous, & par toutes les fources de corruption 
dont ces falles des bleflés font entourées. Ainfi les femmes 
groffes , les accouchées , font environnées d'infection ; 
elles font nuit & jour dans un air corrompu. I n’eft pas 
feulement corrompu , il eft continuellement humide, 
L'étage fupérieur eft occupé par des féchoirs, où par 
conféquent on entafle du linge mouillé, qui communique 
fon humidité au plancher ; devant les fenêtres de ce départe- 
ment font d’autres linges fufpendus pour fécher. Ces falles 
font donc entretenues dans une humidité perpétuelle , tou- 
jours plus développée par la chaleur , toujours augmentée 
par les vapeurs de la tranfpiration. Or on fait que l’humi- 
dité eft mortelle aux femmes en couche. C’eft un fait 
d'obfervation qu'il en périt davantage dans les temps 


La falle des 
opérés & celle 
des femmes en 
couche, font 
placées fur une 
rue fréquentée 

par les voitures, 

& les 

ébranlemens 

nuifent au fuccès 
des opérations 
des uns, & au 
rétabliflement 

des autres. 


Les repiftres 
pourroient 
montrer fi les 
opérations font 
heureufes 


à l'Hôtel-Dieu. 


46  HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


chauds & humides, que dans les temps chauds & fecs, 
& de même en hiver dans fes temps froids & humides, 
que dans les temps fecs & froids. 

A ces inconvéniens, qui naiflent tous du défaut d'éfpace 
dans l'intérieur de l'Hôtel - Dieu, fe joignent d’autres in- 
convéniens qui tiennent à fa pofition. Le bâtiment méri- 
dional eft placé fur la rue de la Bucherie. C’eft par cette 
rue que débouche, & fans cefle, un nombre confidérable 
de voitures de pierres, de bois de charpente & de bois 
à brüler. On a fait compter ces voitures, & on en a vu 
pafler jufqu'à 168 en une heure /”). Le hafard ou l'inat- 
tention ont placé, dans ce bâtiment & fur cette rue, les 
falles deftinées aux maladies chirurgicales & aux opérations, 
celle des taillés, celle des femmes en couche. On fait que 
le bruit eft contraire aux femmes qui font dans cet état ; 
on fait que les ébranlemuns font nuifibles aux hommes 
& aux femmes qui ont fubi des opérations. Toutes ces 
falles font au premier & au fecond étage où les vibrations 
font plus fenfibles. Ces ébranlemens répétés portent des 
fecoufes terribles à la tête des malheureux trépanés, excitent 
des treffaillemens, donnent fouvent des convulfions à ceux 
à qui on a coupé la jambe ou la cuifle, irritent & préci- 
pitent au tombeau une foule d’infortunés, victimes de ces 
difpofitions mal entendues. 

Nous avions demandé la communication des regiftres , 
& nous y aurions peut-être trouvé des détails fur les pertes 
particulières des falles, tant des opérés, que des femmes 
en couche; nous y aurions vu le nombre des opérations 
malheureufes, & le petit nombre de celles qui ont pu 
réuflir: & comme ces opérations font faites par des Chi- 
rurgiens habiles, à qui on ne peut imputer le manque de 
fuccès, nous aurions démontré par le fait, les funeftes effets 
de la difpofition intérieure des falles & de leur emplace- 
ment. Ces données nous manquent; mais un point de théorie 


{m) Mémoires de M, Tenon, 


Des Sc are: N''c Es 47 
qu'on ne peut contefter, c’eft qu’un hôpital bien conftruit, 
& dont toutes les parties feront combinées pour le bien-être 
des malades & pour leur guérifon, ne placera pas les falles 
des opérations chirurgicales, celle des hommes taillés de 
la pierre, celle des femmes en couche, au premier & au 
fecond étage, fur une rue fréquentée, & fans ceffe ébranlée 
“ par des voitures pefantes. 

Si nous ne pouvons pas conftater, par l’expérience, le 
danger de ces ébranlemens , nous avons un témoignage 
qui dépofe du danger de l'infection de l'air; c’eft celui de 
Dionis, Démonftrateur d'anatomie fous Louis XIV, & 
premier Chirurgien de Madame Ja Dauphine. « A Paris, 
dit-il, le trépan eft aflez heureux, & encore plus à « 
Verfailles, où l’on n’en meurt prefque point; mais les « 
trépanés périffent tous à l'Hôtel- Dieu de Paris, à caufe « 
de l'infeétion de l'air qui agit fur la dure-mére & qui y « 
porte la pourriture » /n). 

Quant aux femmes en couche, la mauvaife difpofition 
des falles ne peut que leur être funefte; auffi voit-on qu'il 
en périt un grand nombre à l'Hôtel-Dieu , dans l’année 
11664. M. de Lamoignon , Premier Préfident, l'un des 
chefs de l’adminiftration, voulut connoître les caufes de 
cette perte déplorable; Vefou, Médecin de cet hôpital, 
indiqua le défaut de Ia fituation des falles, & attribua cette 
grande mortalité aux vapeurs infectes qui s’élevoient de la 
falle des bleflés. Ces pertes n’avoient point lieu jadis, 
quand les falles des accouchées, par une autre difpofition, 
en étoient éloignées. Peu, Chirurgien à l'Hôtel- Dieu en 
11664, a obfervé que l'épidémie étoit d’autant plus confi- 
dérable, qu'il y avoit plus de bleflés dans cette falle. En 
1746 , au rapport de M. Malouin, il y eut une épidémie 
femblable fur les femmes en couche; elle fit les plus grands 
ravages à l'Hôtel-Dieu, & fur vingt femmes qui en étoient 


(n) Cours d'opérations de Chirurgie, quatrième édition. Paris, 
1740, page 512, 


Le trépan y eft 
toujours mortel, 


IH y à fouvent à 
l'Hôtel-Dieu des 
épidémies fur 
les femmes 
en couche, 


48 HisToirE DE L'ACADÉMIE Royare 


attaquées, à peine pouvoit-on en réchapper une. En 1774, 
ilyeut dans cet hôpital une épidémie qui a reparu tous les 
hivers jufqu'en 178 1, & qui règne encore plus ou moins 
chaque année dans les temps froids. Ces faits font tirés 
des Mémoires que M. Tenon nous a communiqués. On Y 
voit que toutes les femmes frappées de cette épidémie 
périfloient, & fur douze, fept étoient attaquées : l'Hôtel- 
Dieu perd donc quelquefois.plus de la moitié des femmes 
qui y vont accoucher. M. Tenon, dans les Mémoires que 
nous citons, développe toutes les caufes de mortalité 
que nous ne faifons qu'indiquer ici. Quelques extraits des 
regiftres de l'Hôtel-Dieu qu'il s'étoit précédemment pro- 
curés, lui ont fourni des réfultats que l’Académie fera bien 
aife de connoitre. Ces extraits, relatifs aux femmes en 
couche, embraflent une fuite de douze années: il en ré- 
fulte qu'il y a eu une opération céfarienne fur 2864 accou- 
chemens, un accouchement de force ou par le moyen du 
forceps fur 198; enfin, parmi les accouchemens naturels, 
il a trouvé que les plus faciles, ceux où l'enfant fe pré- 
fente par fa tête, font à ceux où il fe préfente par les 
pieds, comme 11 à 1. Îl eft confolant pour l’humanité 
de voir que les dangers & les accidens , auxquels les 
femmes en couche font expolées , ne font pas plus fréquens. 
Quant à la mortalité, les tables que l’on imprime tous les 
ans à Paris, ne nous apprennent rien fur le nombre des 
femmes qui meurent en couche ; mais M. Tenon s’eft 
procuré des renfeignemens utiles fur la ville & fur les 
hôpitaux de Londres; il montre qu’en cent ans, la mor- 
talité des accouchées , dans cette ville, a été d’une fur 
$9; mais avec cette circonftance remarquable , que a 
mortalité diminue graduellement, de manière que, dans 
les dix premières années, elle étoit d’une fur 35, & que 
dans les dix dernières, elle n’eft plus que d’une fur 77. 
La ville de Genève, où la perte eft d’une femme fur 90 
accouchées , donne lieu à la même obfervation; d’où ïl 
réfulte évidemment que l'art fe perfectionne , & que le 

progrès 


DES: S.C-1E N CES. 49 
progrès des connoiffances tourne au profit de l'humanité. 
La perte des femmes en couche eft encore plus foible à 
Dublin, où elle n’eft que d’une fur 110, & fur-tout 
à Manchefter, où elle eft feulement d'une fur 128. A 
l'égard des hôpitaux, on trouve que l'hôpital britannique 
à Londres, dans trente-deux années comparées , n’a perdu 
qu'une accouchée fur 51. Un autre hôpital de cette ville 
offre même une mortalité infiniment moindre, il ne perd 
qu’une accouchée fur 131. 

C'eft à ces réfultats que l'on pourra comparer Îa perte 
de l'Hôtel - Dieu, lorfque les regiftres feront ouverts, & 
que cette perte fera connue. Mais ce que nous devons 
obferver, c’eft que le traitement des femmes en couche, 
à l'Hôtel-Dieu, mérite toute l'attention du Gouvernement. 
Ce n'eft point un objet de peu d'importance ; depuis 
722, jufques & compris 1785, en foixante-treize ans, 
on a baptifé à l'Hôtel-Dieu 102355 enfans: c'eft 1402 
par an. Le nombre des accouchées eft plus confidérable; 
il faut y ajouter toutes les femmes dont les enfans, morts 
en naïifflant, ne font point baptifés ; & ce nombre peut 
être aflez grand , parce que les travaux des femmes du 
a les expofent à être bleflées. M. Tenon a trouvé qu'à 

ondres le nombre des enfans morts en naïiflant, eft à 
celui des naiflances, comme 1 eft à 3 1. On peut donc croire 
que, dans ces foixante-treize années, il y a eu 3302 
enfans morts en naïffant à l'Hôtel - Dieu; & ce nombre 
doit être ajouté à celui des baptèmes. M. Tenon a trouvé 
auffi que fur 96 couches il y en avoit une double; il en 
réfulte qu’on a dû avoir à Hôtel-Dieu, dans le même in- 
tervalle de temps, 1066 de ces accouchemens. Ce nombre 
doit être retranché de celui des baptèmes ; & le nombre 
total des accouchemens a dû être, dans ces foixante-treize 
années, à très-peu-près, 104 s91, c'eft-à-dire, 1433 par 
an. Il s’agit donc tous les ans, à l'Hôtel-Dieu, de 1433 
mères qui viennent donner des enfans à l'État, qui {a 
plupart font d’un âge à en faire efpérer d’autres, & qu'il 

Hif, 1785. 


La confervation 
des femmes 
enceintes mérite 
toute l'attention 
du 
Gouvernements 


re de ces 
emmes en 
couche & des 
opérés eft en 
artie l'effet de 
l'infeétion de 
Fair; & cette 
infection eft la 
grande caufe de 
l'infalubrité de 
THôtel-Dieu. 


L'homme altère 
Tair qu'ilrefpire. 
De-là naît la 
néceffité que l'air 
foit renouvelé, 


$® Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 
s'agit de conferver. On voit que les naïffances à Paris étant 
environ de 19500, celles de l'Hôtel-Dieu font, chaque 
année, plus que la quatorzième partie de la génération 
qui fe renouvelle à Paris, & une portion précieufe de 1a 
population de la France. 

Les épidémies dont nous venons de parler, & qui ont 
fait périr tant de femmes en couche, étoient dûes la plu- 
part à la fièvre puerpérale ; & lorfqu’elle furvient à l'Hôtel- 
Dieu, au milieu de ces femmes affemblées en nombre , & 
dans es mêmes falles & dans les mêmes lits, on peut 
juger de fes ravages. Mais les mauvaifes odeurs dont elles 
font entourées , l'infection de Fair qu'elles refpirent, font 
des caufes conftantes de mortalité. Les femmes, dans cet 
état, font vivement afleélées des odeurs quelles qu'elles 
foient ; elles ont particulièrement befoin de refpirer un 
air pur. L'obfervation de Dionis prouve que l'infection 
de l'air de l'Hôtel - Dieu à des effets auflr évidens que 
funeftes, dans les maladies où les parties les plus délicates 
du corps humain font à découvert; & on peut juger que, 
dans une infinité d’autres cas, dans toutes les maladies, 
dans toutes les falles, l'influence de cette infection, pour 
être moins fenfible, n’en eft pas moins puiflante. L'air 
qui circule à l'Hôtel- Dieu, d’une extrémité des falles à 
l'autre, & du rez-de-chauflée au troifième ou au qua- 
trième étage, n’eft qu'une grande mafle d'air corrompu. 


L'air extérieur n'y pénètre que difficilement & lentement; 


il y a peu de croifées ; rarement elles font oppofées pour 
chaffer direétement l'air altéré des falles : il faut qu'il cir- 
cule, qu'il fafle de longs détours avant de fortir; & Pair 
du dehors, qui a le même chemin à faire, n'arrive dans 
certaines falles que chargé de la corruption de toutes Îles 
autres. C’eft ici {a grande caufe de l’infalubrité de 'Hôtel- 
Dieu : qu'il nous foit permis de la développer. 
L'homme refpire fans cefle l'air dont if eft entouré, il 
ne peut s'en pañler un inftant; c’eft cet air qui entretient 
la vie. Mais {a male entière de l'air n’eft pas confacrée à 


Hift, de l'Acad. KR, des Sc, Année 178$, page 50, 


firmeries des Hôpitaux de Paris. 


6. 
5- 7- 8. 
URIHAUTEUR gen NOMBRE | QUANTITÉ 
des 
des Tir. des d'air à refpirer 
s | Sazzes RO | MALADES.lpar MALADE.| 
d Grands. Petits. 
#5 e toifes, pieds, pouces, à 4. à 1. toiles, pieds, pouces. |f 
A 2. © ©: 87. 26. 374: 1 ; cube. 
E CEA CUT.) 78. ae 345 TE, 
‘ 3e 5. 6. o. Co) 260 4 Te 
. 271.10 o. 10 10. 7 > 
Le 24 5: Os ©. 48. 48. 4 
1ù 3 2. ©. o. 30. 30. 7 3 à-peu-près. 
|. TNA ID: us 34 34e 10. 


le 2946199; o. 15: 1V 7. environ. 


- ———n— 


Hife, de l'Acad. R, des Sc, Année 178$, page 5e 
TABLE des Dimenfions des principales Tnfrmeries des Hôpitaux de Paris. 


1. 


24 3e de s- 6. 7 8. 
NOMS N O MS [LONGUEURILARGEURHAUTEUR| NOMBRE |KomrE| QUANTITÉ 
es 
des des des des des re des | d'air à refpirer 
HôpPiTau x, SALLES. SALLE S. SALLES | Sazrzes | | MALADES. lpar MALADE. 
Grands. Perits- 
toifes pieds, pouces. À roifes, pieds, poutes. | toifes, pieds. pouces, à 4 EF roifes, pieds, pouces 
1. HÔTEL-DIEu.......... Saint-Landry.. 21 NO Or 87. 26. 374- 14 cube. 
2. HôTEL-Dreu.. p- SAnienenR 
Saint-Paul . 2210) 78 33e 345- 1e 
3: HÔPITAL SAINT- Louis. Saint - Jean... 3 5. 6. o. o. 200 43 
Infirmerie des 
4. HÔPITAL DE LA SALPÉTRIÈRE. Sœurs - gou- 
vernantes: . . 2 1. ©. ©. 10. 10. me 
Dans hôpital 
5+ HÔPITAL DE LA SALPÉTRIÈRE. neuf, aurez 
de-chauffée à 
gauche..... 2 5. 0. ©. 48. 48. 4 
Saint - Louis , 
CAEN URI LE l'une des huit 
JR ESSS falles neuves 
d'en bas.... 3 2. o. o. 30. 30. 7 2 à-peu-près. 
7: HÔPITAL DE LA CHARITÉ. « La Vierge... 20450 9e o. 34r 34e 10. 
8. HÔPITAL DE LA CHARITÉ. Saint-Raphaël. 2. 4+ 9, o. 15: 15e 7. environ. 
9. HôrTez RoyAL pes INVALIDES. | Notre-Dame.. 2. 2 ©, o. 18, 18 63. 
10. HôTez RoyAL DESINVALIDES. | Saint-Côme.. 2. 2. © o. 74 74 6. 
Saint-Jacques 
. Hosrice de S.'-SULPICE... j pour les bleffés. Fe dr FR 0. 16. 16, 23 
12. Hospice pe SAINT-JACQUES Ç Infirmerie des 
DU HAUT-PAS.-r.e..... 5 femmes. . - 2 5 6: o 18. 18. 6. 
| 


ND ES (SCA EMN:CE:S: s1 


cet emploi: chaque portion d'air eft compofée, pour les 
trois quarts environ, d'un fluide nommé mofette atmo- 
fphérique, dans lequel les animaux ne pourroient vivre; 
& pour l'autre quart d'un air éminemment refpirable, 
deftiné principalement à entretenir la vie, & qui par 
cette railon a été nommé air vital {o). C'eft donc cette 
partie que nous refpirons réellement, Mais elle eft en 
partie dénaturée dans le poumon; l'expiration, en rendant 
à-peu-près les trois parties de mofette atmofphérique , ne 
rend pas tout l'air vital qui aété refpiré, & elle y fubftitue 
une partie d'air fixe. Nous confommons donc à chaque 
inftant une petite portion de d'air vital qui nous entoure ; 
& s’il n'étoit pas renouvelé, au moins au bout d'un temps, 


nous péririons au milieu d'un fluide dénaturé & que nous- _ 


mêmes aurions rendu mortel. Les animaux ne vivent que 
peu d'inflans fous une cloche de verre hermétiquement 
fermée, & l'expérience permet d'avancer qu'un homme 
me wivroit pas plus de 24 heures, s'il n'avoit qu'une 
demi-toife cube d’air qui ne füt pas renouvelé /p}). 

: Cela polé, on peut examiner la quantité d'air que des 
malades ont à refpirer dans les difiérens hôpitaux. On voit, 
par le Tableau ci-joint, que les falles de Saint-Paul & de 
Saint-Landry , à l'Hôtel-Dieu, font les plus baffes de toutes 
celles qui font ici comparées. Les falles de 1a Charité, 
par exemple, ont près de 17 pieds de haut pour 15 & 
34 malades feulement, tandis que les ‘deux falles de 
l'Hôtel - Dieu n'ont que 12 à 14 pieds de haut pour 345 
& 374 malades. La hauteur des jalles dans un hôpital, 
doit être réglée fur la nature des maladies qui y font traitées. 
La loi de Ia pefanteur des fluides fait que l'air échauffé 


(0) La mofette atmofphérique eft pour 72. ou 73 parties, 4& l'air vital 
pour 28 ou 27 fur cent. M. Lavoifier, Mém. de la Sociés* Royale de 
Médecine, page 570. 


(p)' Un homme paroït confommer $ pieds cubes d'air par heure, & 
par Frsant une demi-toife|cube où 108 pieds en’ vingt-une heures ++ 
M. Lavoifier, Mém. de la Société royale de Médecine , page S72i 


Gi 


Les falles de 
l'Hôtel-Dieu 
font trop baffes, 
Dimenfions des 
falles relatives 
aux différentes 
maladies, 


2 HisTOiRE BE L'ACADÉMIE RoYALr 

monte dans les couches fupérieures de la falle ; elle fait 
aufli que la: mofette atmofphérique , rejetée par: ! expiration, 
étant plus légère que l'air /g/, eft toujours portée dans 
les parties élevées. I y a tout lieu de croire que les miafmes 
putrides & morbifiques dont nous ne connoiflons ni {a 
mature, ni la pefanteur fpécifique , s'élèvent également 
dans la hauteur des falles. On en peut juger par la mauvaife 
edeur qui s’exhale du plancher des falles où lon a pra- 
tiqué des ventoufes fr). H s'enfuit. que les maladies inflam- 
matoires, la petite vérole, le fcorbut, la folie, enfin toutes 
les maladies où il y a & fièvre ardente & émanations 
putrides, doivent être traitées dans des falies dont les 
planchers foient élevés. Les maladies des perfonnes âgées, 
foibles, cacochymes, pituiteufes , les fièvres intermittentes 
d'automne, les afthmes humides, demandent un volume d’air 
moins confidérable, plus aifé à échauffer, & un. plancher 
plus bas: mais: il faut remarquer que nous appelons ici 
plancher élevé, celui.qui a de :7 à 20 pieds, & plancher 
bas, celui qui en.a 14 ou 1$; 12 pieds ne fufhfent, dans 
nos climats, à aucune efpèce d’infrmeries C’eft {a hauteur 
de plufieurs falles de l'Hôtel-Dieu , telles que celle de Saïnt- 
Landry, & toutes celles du troifième. étage dans le bâtiment 
méridional; il n’y a rien en ce genre de plus infe&t, de 
plus infalubre & de plus déraifonnablement conftruit, eu 

égard aux objets auxquels elles font deftinées. | 
Sl n'y a pas affez : On remarquera d'autant plus le vice de cette conf 
Pre truétion, quand on confidérera ces falles relativement 
quantité des au nombre des malades qu'elles contiennent, & à a 
made. quantité d'air qu'ils ont à refpirere Les malades à: la Sal- 


(g) Lorfque le baromètre eft à 28 pouces, & le thermomètre à 10 


degrés, un pied cube d'a atmofphérique ‘once. gros. grains. 
pefeug ee. ina. A: CR VES, ALU, 1. 3: 512 
Un pied cube de mofette, pèfe...... MENT SR FAX 2N 0048 


M. Lavoïfier, Mém, de la Société Royale de Médecine, page 571. 


* (r) Duhamel, Moyen de conferver la fanté laux Équipages des 
Vaifleaux, page 225, , a. 


z mie ts n STONE A ic Es 5? 

êtrière & aux Incurables, ont chacun 7 toifes 2 cubes; 
à la Charité, il y a telle falle où ils ont 7 toifes, & 
telle autre où ils en ont 10; tandis qu'à Hôtel - Dieu, 
dans la falle Saint - Paul, 344 malades n’ont chacun 
qu'une toile & demie; & dans la falle Saint-Landry, 
374 malades n'ont qu'une toife & un quart. Ces dernières 
quantités approchent beaucoup de celle où un homme ne 
pourroit pas vivre 24 heures. Mais il faut remarquer 
que les expériences ont été faites fur des animaux fains, 
& qui avoient toutes leurs forces : ils ont été long-temps 
dans un état violent avant de périr (//) ; & il y a lieu 
de croire que des malades réfifteroient moins & fuccom- 
beroient plus tôt. On eft effrayé de penfer que fi tout- 
à-coup, à l'entrée d’une des longues nuits d'hiver, on 
fermoit hermétiquement une de ces falles ainfi rem- 
plies, on trouveroit peut-être tous les malades: morts le 


lendemain matin! Nous parlons ici d’un cas impofñfble ;. 


le lieu le mieux fermé conferve une circulation qui, à 
‘a rigueur, prévient ce danger. Nous fuppofons un état 
forcé pour juger de lintenfité de la caufe, &. pour 
établir des limites. L'état oppofé eft celui d’un homme 
qui refpire, dans une cour ou dans un jardin, un air 
fans cefle & pleinement renouvelé, & qui confomme à 
chaque inftant de l'air vital, fans craindre de l’épuifer. 
La fituation: d’un malade à l'Hôtel- Dieu eft entre ces 
deux cas extrêmes. Sans doute il y a une circulation, 
fans doute air y eft renouvelé; mais à proportion de 
ce que Îa circulation fera plus gênée & rendue plus 
difficile, l’état des malades approchera davantage du cas 
extrème & dangereux. 

Or, que la circulation, que le renouvellement de l'air, 
foit difficile à l'Hôtel - Dieu, c’eft ce dont il n’eft pas 
pofhible de douter, quand on confidère le petit nombre 
des croifées des falles ; quand on voit combien elles font 


oo) 
(SJ) Mémoires de la Société de Médecine, déjà cités, page 572 


Le 
renouvellement: 
de l'air y eñt 
difficile, & Vairr 
qui arrive eft 
fouvent en partie: 
corrompu - 


On infecte 
encore cet air, 
en vidant Îles 
paillaffes dans 
les falles. 
L'Hôtel-Dieu 
doit être le plus 
infalubre de tous 
les hôpitaux. 


ny HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 
embarraffées par les linges qui sèchent fufpendus devant 
ces croilées; quand on fait attention que les falles font 
accouplées, & n'ont de jour & d'air que d'un côté; 
qu'elles s’enfilent les unes les autres, & que l'air cor- 
rompu d’une falle eft remplacé par l'air corrompu d'une 
autre falle; quand on penfe enfin que ces falles font en- 
taflées par étages, de forte que {ur les efcaliers, qui ne 
font point ouverts & qui font cheminée, l'air du dehors 
fe mêle fans cefle à l'air infeét d’un étage, avant de péné- 
trer dans un autre étage ; ce mélange impur eft l'air 
renouvelé, qui fert à la refpiration & entretient la vie 
des malades. Les efcaliers communs de Saint-Paul & de 
Saint- Nicolas partent de la falle Saint-Charles ; lorfque 
toutes les croifées des ces efcaliers font fermées, comme 
elles le font le plus fouvent, ils ne reçoivent de Fair 
que de la falle Saint-Charles. Cet air qui y monte, cet 
air qui les remplit eft infeét, on ne le refpire qu'avec 
peine & avec dégoût : il eft chargé des émanations de 
Saint-Charles, où il y avoit le 12 janvier de cette année 
304 malades; de Saint-Paul au premier, où il y en avoit 
258 ; de Saint-Jofeph au fecond, où il y en avoit 175» 
Et c'eft avec toutes ces modifications malfaifantes qu'il 
arrive au troifième à a falle Saint-Landry, où il y avoit 
le même jour 260 malades ft). ‘ 

Mais ce n’eft pas affez que l'air qui circule dans l'Hôtel- 
Dieu foit compolé en partie, & de l'air déjà altéré par la 
refpiration, & de l'air chargé des miafmes journaliers qui 
s’exhalent des corps malades; un ufage de l'Hôtel-Dieu 
fournit le moyen de furcharger encore cet air des miafmes 
accumulés pendant un temps. Lorfqu'il faut changer la 
paille des lits, il n’y a point de place particulière pour 
ce rechange, il fe fait au milieu des falles; & lorfqu'on 
ouvre ces paillaffes, où tant d’infirmités différentes fe font 
repofées, on conçoit l'odeur qui s'en exhale, & qui en 


{t) Voyez la fetille du mouvement de ce jour. 


DES ScirrNcESs. 


annonce le danger. I y a plus : chaque falle contient un 
certain nombre de lits à la paille pour les agonifans; on 
appelle de ce nom à l'Hôtel- Dieu, non-feulement ceux 
qui font au moment de la mort, mais ceux qui gâtent leur 
lit On les réunit {ur cette paille quelquefois cinq ou fix; 
elle eft fimplement amoncelée fur la couchette, & bridée 
par un drap. Nous avons peine à dire que c'eft quel- 
quefois-à, au milieu de ces agonifans & de tout ce qui 
fuit cet état de défaillance, au milieu de ces malades 
falis , que l’on met pour un temps ceux qui arrivent 
de bonne-heure & qu'on ne fait encore où placer. Ces 
lits à la paille ont befoin d’être renouvelés fouvent. I] 
faudroit fe trouver à l'Hôtel- Dieu, fur les quatre heures 
du matin, au moment où on retire à braflée cette paille 
infeéte, où on la pofe fur le plancher que lon imprègne 
des miafmes, & que l'on charge des ordures qu’elle ren- 
ferme; c’eft à ce moment que l’on peut juger de l'infection 
qui fe répand, & dans les falles, & dans Îles efcaliers, & 
dans tous les étages. Ces caufes accidentelles & particu- 
lières fe joignent aux caufes générales & conftantes de 
la corruption de l'air, & on eft forcé de conclure que 
'Hôtel-Dieu doit être Le plus infalubre de tous les hôpitaux. 

Toutes les caufes d’infalubrité que nous venons d'établir, 
font déduites des principes d’une faine phyfique, & des 
connoiffances que la pratique de la Médecine a acquifes. 
On ne peut leur oppofer que l'expérience, dont les ré- 
fultats ont quelquefois contrarié des théories qui paroïffoient 
bien fondées ; l’expérience eff ici le degré de mortalité. Le 
pays le plus fain eft celui où on vit le plus long-temps ; 
l'hôpital le plus infalubre eft celui qui perd le plus de 
malades en proportion de ceux qu'il a reçus; il perd plus 
d'hommes, parce qu'il oppofe plus d’obftacles à leur gué- 
rifon, parce qu'il réunit plus de caufes d'infalubrité. Nous 
allons donc déterminer la mortalité de plufieurs hôpitaux, 
pour Ja comparer à celle de F'Hôtel-Dieu. 


LS 


Ï faut confulter 
l'expérience fur 
l'infalubrité 
qu'annoncent les 
difpofitions 
locales de 


T'Hôtel-Dieu:- 


56 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Tableau de Ia Hôpital d'Édimbourg. FA E +... 1 moit fur 2 En 
Re à Hôpital du Saint-Efprit à Rome.. 1..... fur rt 


différens 


Hégpeune 1 1... fur 11% 
Hôpital de Lyon. .... , 4 ME © : 
Hôpital de Saint-Denys....... 1..... fur 15% 
Hôpital de Verfailles.......... 17. Ve 


Hofpice de Saint-Sulpice...... 1..... fur : 
Hôpital de la Charité à Parisien Te» cie AIDE 
Hôtel-Dieu, de Paris stortoinl anis OR 4 


(*2. 


Nous 
(“) A ÉprMBoOURG. 
I. Malades . .. Morts. 
Exiftans au 1." Janvier 1770...  (UTS2: 
1770... 1270 «ele A 
1771 see 14S4r see 66. 
L 772 dev TAA7e sue $4e 
n 

Entrés 9 1773... I17ODeus. 79° 
1774oneee 1696..... 62° 
177$eo..e. o 179$.  6r. 


9403enove 379 
Reftés pour 1776.,.+.: 184. 
Es ER 
9219. 
On ajoute qu'en 1776 & 1777, les malades ont été au nombré 
de 1668 & 1593, & les morts au nombre de 57 & 52. 


9219: eo d'atotole so cie ps 37 9° 
1668...... si nisiels S7° 
1593... $ 2e 
12480... . 0 Na siete 488. 


Ce qui fait un mort fur 25,574. (The hiffory and ftatutes of the 
Royal Infrmery of Edimbourg, 1778 ,p. 29 — 33), 


11. Nous 


LANDIE SN SEC AHÉEINC Es; L 57 
Nous déclarons que, dans ce tableau comparé de {a- 
mortalité des différens hôpitaux , nous ne garantiflons que 
les rapports de mortalité établis fur nos calculs, & {ur 
les relevés que nous avons faits nous-mêmes. Nous ne 
s . 
- IL Nous trouvons dans des états imprimés de Fhôpital du Saint< 
Æfprit, à Rome. ‘ 
ù Nombre des malades, Morts, 


LR UANVICLE T7 5 de eee 309. 


; 12725 ep oelere CON ee. 787. 
Entrés en PAAO ee cles 22 Ai alete te lle 716. 
17770. 8265.... 736 
2HObDEES 2239. 

597 

24686. 


Ce qui fait un mort fur 11,02 $. 


IT. À L'HÔPITAL DE LYON, fuivant les états qui nous ont été 
fournis, 
Malades Mortse 
1784... 13463... 1227 
17 Se mr TROT ones. 13432 


292 84e 25790« 


Entrés en j 


Ce qui fait r fur 11,394: 


M. de Chamouffet cite le relevé de quatre années, fait fur le 
regiftre de cet hôpital, par les ordres de M. le Duc de Villeroy. 


Malades Morts, 


175 ie ee TOB 73e: sms à 0409e 
TITRE tonte DONC MMMNE DE 925. 
175 Yruo.= se - + 127$2..s. 934» 


se 47800...,... 3513. 
[Vues d'un Citoyen, Première Partie, page 19 o,) C'eft r fur 13,606: 


if, 1785. 


58 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE à 

donnons donc comme conftatés par nous, que les rapports 
de mortalité des hôpitaux de l'Hôtel-Dieu, de la Charité 
de Paris, de l’hofpice de Saint-Sulpice, & de 'Hôtel-Dieu 
de Saint-Denys. Mais on voit que la perte de l'Hôtel-Dieu 
eft la plus forte de toutes, & dans une proportion confidé- 


IV. À L'HÔPITAL DE SAINT-DENYS EN FRANCE, fuivant Îes 
états qui nous ont été fournis. 


Malades entréss  Sortis, Morts 


17760 NS SO NME Me Er 
17770 ANMNAICON AT MMPAO NT de 20: 
1778.40 1399 eee DIT - +02 2e 
177.9 de NL 202 else 20 Deal. Te 
1780 V3 S0 er. 06332) --Rnee 
En 
178124314303 es)... Mrs 
1782..::, 385.41 3622... 2% 
DAO De iaiRe Es INOieie et 2I0 5 eee = Ne 
17841 MIND 06 14300272 8e NU 


178022 34840. MRILS. + ° A7 


3237... 3023-00 214 


C'eft un mort fur 15,126. 


II faut obferver que cet hôpital a 36 lits, dont 8 font occupés 
par des incurables; mais ces 8 incurables ne changent rien à fa pro- 
portion que nous venons d'établir; il ne peut en être mort que 
quelques-uns dans Île cours de ces dix années ; on voit même que 
le nombre des fortis & des morts équivaut à celui des entrés: d’où 
il fuit qu'il n’eft point mort d'incurables pendant ce temps, ou qu'on 
n'en a pas tenu compte. C’eft comme fi l'hôpital m'avoit que 28 lits, 


V. M. de Chamouffet rapporte la mortalité des trois falles de l'hôpital 
de Verfailles;snous ne parlerons ici que de celle des pauvres: 1 902 malades 
y ontété reçus dans les deux années 1753 & 1754, & il en eft 
mort 226. C'eft 1 fur 8,416. (Vue d'un. Citoyen, premiere partie, 
pâge 189) | | 


. 


DIE 61 Se TE N © ns 59 
rable. Cette perte eft à peu-près double de celle des hôpi- 
taux de Verfailles & de la Charité de Paris; elle eft prefque 
triple de celle des hopitaux de Saint-Denys & de Lyon. 
Cette grande mortalité eft la fuite des caufes d’infalubrité 
que nous avons remarquées ; elle eft la démonitration 
complète de l’action de ces caufes, & des eflets funeftes 
qui en réfultent; & elle démontre que l’auteur du Mé- 
moire que nous examinons, a eu raifon de regarder comme 
indifpenfable la tranflation de l'Hôtel - Dieu. 

Cette mortalité eft beaucoup plus forte que celle qui 
a été quelquefois déterminée par d’autres calculs. M." Îles 


VI. HospiCE DE SAINT-SULPICE. 


Malades entrés Mers 
1, Janvier 1779....., 70: 

177 Dioreis se ne ISÉdee reel 273 

780 4 225 1S4oe ie 27e 

1781 se. 1649... 245$. 

Mes En Sala uen nzsauee « ose 
D7ZBgasee en L997Zeesesr | 293 

1784-e.es: "2063..... HZ IE 

178$... 202%... 307e 

12727 eu... 1971: 


KL 


Reftés le 1.‘ Janvier 1786...... 


12616. 


C'eft un mort fur 6,401. 


Cette mortalité eft plus forte que celle de Ia Charité , déter- 
minée dans le paragraphe fuivant, Mais la Supérieure nous a fait 
obferver qu'il y à à la Charité un affez grand nombre de lits fondés 
par des particuliers, qui y font porter leurs domeftiques , pour des 
maladies très- légères: elle obferve fur-tout que l’hofpice de Saint- 
Sulpice reçoit plus de femmes que d'hommes; & que la mortalité 
des femmes eft beaucoup plus grande que celle des hommes. 


H iïj 


L'Hôtel-Dieu ef 
celui de tous les 
hôpitauxquiperd 
le plus de 
malades, en 
proportion de 
ceux qu'il reçoit, 
& fon infalubrité 
eft démontrée 
par le fait, 


C’eft à tort que 
l'on fait entrer les 
enfans nés 


à l'Hôtel-Dieu 
dans le nombre 
des malades 
reçus, 


6o Hi1sToIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Adminiftrateurs de l’'Hôtel-Dieu, dans le compte qu'ils 
ont rendu au Roi en 1773, ne l'ont porté qu'à un fur 
cinq & demi ; mais nous montrons dans une note Îa 
fource de leur erreur (7). On objeétera peut-être que 
nous ne faifons point entrer, comme eux, les enfans nés 
à l'Hôtel - Dieu dans le nombre des malades reçus, & 
que cependant quelques -uns de ces enfans y meurent & 
entrent dans la mortalité. Nous répondrons que les enfans 
qui naiffent & qui font baptifés à l'Hôtel - Dieu, font 
portés fur le champ aux Enfans-trouvés : if ne peut donc 
y avoir de mortalité que fur le petit nombre de ceux 
qui font nourris par leurs mères pendant qu’on les garde 
à l'Hôtel - Dieu ; mais la perte de ces enfans doit être 
infiniment petite. Nons ne voyons que 28 ou 29 enfans 


VII. L'HÔPITAL DE LA CHARITÉ , fuivant Îes états qui nous 
ont été fournis par les Religieux de cet hôpital. 

Les années font comptées du 1° Janvier 1720, par exemple, an 
dernier Décembre 1729 ; & ainfi de fuite, 


Malades reçus, Mortss 

17204. 1730 257$$-e.e: + 3204 
17730 0% sie 1740... 25022 see à 2 2983. 
17401. 1750 . 21906 . 2921e 
1750. 05 T7 Oelsiele 25 5 BIT 3378 
17000 1770-2707 ME 
1770 « ose DPI AEES 443 

TA Ne ele 3066....., 538. 

17720 3103 Fe PRET 
131312. 11725 3e 


C'eft un mort fur 7,611. 


VIII HÔTEL-DIEU DE PARIS. 


Nous avons pris le nombre des malades reçus & celui des morts; 
dans les états imprimés que nous avons déjà cités plufieurs fois, 
& voici la méthode que nous avons fuivie. 


a ——  ——————— 


(4) Voyez la NotÀ, pages 63 à7 64 


D'E su SCT E! N € Es Gr! 


fur les lifles du mouvement de l'Hôtel - Dieu, 1e 25 
décembre 1785 & le 12 janvier 1786. Au refte, nous 
nous propolions d'y avoir égard, fi nous avions pu çon- 
fulter les regiftres; mais ne Îes ayant pas obtenus, nous 
n'avons pu tenir compte de la légère diflérence qui en 
réfulte ; & il auroit été très - inexaét, fous prétexte de 
cette foible mortalité des enfans, de les faire entrer tous 
dans le nombre des malades reçus, eux qui ne font point 


Nous avons négligé les huit premières années, depuis 1712 jufqu’en 
1720, parce que les états ne donnent point le nombre des malades reçus. 

Nous avons pris le nombre des malades exiftans à 1’Hôtel-Dieu 
Ie 1." Janvier 1721, puis mois par mois, le nombre des malades 
entrés, & cela jufqu'àa la fin de la période dont nous voulions déter- 
miner la mortalité. À a fin de cetre période, le dernier Décembre 
1730, les états donnent le nombre des malades qui reftoient alors 
‘dans l’hôpital ; nous avons retranché ce nombre de la fomme des 
malades entrés pendant ces dix années; nous avons comparé le refle 
de cette fomme à la fomme des morts dans cet intervalle; & en 
faifant un çalcul femblable fur chaque période d'années, nous avons 
trouvé 


Malades, Morts. Mortalité, 
1721 à 1731. 201919.. 44861.. 1 fur 4,sor. 
1731 à 1741. 214533. 47901.. I fur 4,479 
De 1741 à 1751... 197964.. 46372.. 1 fur 4,269. 
1751 à 1761... 215484... 46796.. 1 fur 4,605. 
1761 411773... 4278841... 58;700.. 1 {ur 4,730. 


1108741. 244720. 


Nous n'avons point fait ufage des années depuis 1773 jufqu'en 1779 
& fuivantes, parce que nous avons cru apercevoir quelques omiflions 
dans les états imprimés : nous avons craint qu’il n'y eût des malades de 
Saint-Louis qui ne fuflent pas compris dans les entrées à l'Hôtel- 
Dieu. Si nous euflions eu fa communication des regiftres, il nous 
auroit été facile de nous éclaircir à cet égard ; mais ne les ayant pas, 
& étant en doute, nous avons pris le parti de rejeter ces années: 
nous les avons rejetées également dans les lifles de la Charité, afin 
de pouvoir établir une exacte comparaifon entre la mortalité de ces 
deux hôpitaux. 

1108741 Malades & 244720 morts donnent Ja mortalité commune 
de l'Hôtel-Dieu, en cinquante-deux ans, de 1 fur .... 4,530. 


Les femmes 
enceintes ne 
devroient pas 
non plus y être 
compriles. Elles 
font paroitre 
trop petite 
Ja mortalité 
moyenne. 


62 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


malades, & qui vont, dès leur naïflance, vivre ou mourir 
loin de l'Hôtel - Dieu. 

Mais la manière, dont les chofes s'y pañlent, peut offrir 
des compenfations. Il ne faut pas croire que tout ce qui 
fort de l’'Hôtel-Dieu, foit guéri. On y vient avec répu- 
gnance: un pauvre preflé par fa maladie s’y fait porter; 
mais on follicite un lit ou à [a Charité ou aux Hofpi- 
talières; & ce pauvre qui va guérir ou mourir ailleurs, 
a groffi la lifté des malades reçus, fans influer fur la mors 
talité. If ne faut pas croire encore que tout ce qui entre 
à l'Hôtel-Dieu foit malade ; la parefle y amène des vaga- 
bonds fans afyle & fans pain: ïls y font en aflez grand 
nombre, & la falle Saint-Charles leur eft particulièrement 
affectée; ils en fortent, ils y reviennent, dans le cours de 
Yannée. L’admiflion & la circulation de ces vagabonds 
augmentent le nombre des malades reçus, fans influer fur 
la mortalité. 

Une autre confidération plus importante fait connoître 
que la mortalité des malades doit être plus grande que 
nous ne l'avons déterminée. On enregiitre tout ce qui 
entre à l'Hôtel-Dieu; nous ne pouvons pas douter que les 
femmes enceintes qui viennent pour y accoucher, ne foient 
enregiftrées comme les autres, & que par conféquent toutes 


Le nombre annuel & moyen des malades. ..,........ 21322. . 
Ériceluisdesimorts. "T0 RE ET eEE ONCE ON CN ao 

Au refle, fi nous avions pris les treize années, depuis 1773 jufqu'en 
1786 , nous aurions eu 272566 malades & 61052 morts de plus, 
ge qui eft à peu-près dans la même proportion. La mortalité de ces 
treize années eft 1 fur 4,464, & la mortalité moyenne qui rélulteroit. 
des foïxante-cinq années prifes enfemble, feroit de 1 fur 4,517, uw 
peu plus grande que celle qui réfulte des cinquante - deux premières 
années; nous ne faifons donc point tort à l’Hôtel-Dieu, en nous eu 
tenant à notre réfultat, 1 fur 4,530. 

M. les Adminiftrateurs ont donné en 1773 un état des malades 
entrés & des morts, pendant les dix années de 1762 à 1772 : üls 
établiffent la mortalité de 1 fur $ +, qui eft beaucoup plus foible 
que celle que nous établiffons ; mais ils fe font trompés dans la 
manière dont ils ont déterminé cette mortalité, 


pD'iElsP SIC TE N'C'E 63 


tes femmes ne foient comprifes au nombre des malades 
entrés. Cependant des femmes en couche ne font point 


Voici leur Tableau. 
Années. | MALA DES. TOTAL, SORITIS 


FAN T e E re, 
24843. reftés 251 
25157: |reftés 
"[reflés 2756. 


29289. reflés 3090. 


26505. lreftés 2769. 
28182. |reftés 2912. 

2/'T 
30299. /{reftés 28 


À 29766. once 2892 


28140. lreftés 2454. 


278931. 229724.149207. 


D'où réfulte en effet la mortalité de 2 fur 11 » Ou plus exactement, 
de 1 fur 5,668. 


64 Histoire DE L'ACADÉMIE RoYaALr 


malades, il en meurt très-peu dans la fociété. Nous 
avons vu que, dans plufieurs villes d'Angleterre, la perte 
n’eft que d'une fur 110 ou fur 128; & qu'à Londres, 
qui peut être comparée à Paris, la perte n'eft que d’une 
fur 77. Et fi, comme on Îe dit, il en meurt beaucou 
à l'Hôtel -Dieu, cette perte très-regrettable eft düe aux 
vices de l'Hôtel-Dieu même. 

À Londres, l'hôpital britannique ne perd qu’une femme 
fur cinquante-une accouchées. Un autre hôpital de Ia même 


Mais 1° on a fait entrer les nouveaux-nés dans le compte des malades 
reçus, & cela ne doit pas être. Ces enfans ne reflent point à l’Hotel- 
Dieu, ils paffent aux Enfans-trouvés, & leur mortalité n'efl pas 
far Je compte de l'Hôpital : le nombre de ces enfans monte ici à 1 5644 

2.° On compte parmi les malades fortis & guéris, ceux qui reftent 
à la fin de l’année, & on les emploie l’année fuivante comme entrés: 
c'eft un double emploi ; en voici deux exemples pour le faire 
comprendre. La table donne le nombre des malades entrés en 176$, 
de 23677. Cependant le relevé exact fait par nous, fur les états 
imprimés, ne nous a donné que 21209 ; fi on y ajoute les 2512 
reflans en 1764, on aura 23721, qui diffère très-peu du nombre 
de la table. Nous avons trouvé qu'il étoit entré en 1766, 24030 
malades ; fi on y ajoute les 2643 reftans en 176$, on aura 26673, 
& la table donne 26627. Mais les malades reftans à la fin d'une 
année , ayant été compris dans Îes entrées de l'année, ne doivent pas 
d’être dans les entrées de l'année fuivante. II y a donc double 
emploi de toute la colonne des malades reflans, qui font une fomme 
de 27710; & en y ajoutant les enfans, on a une fomme de 433543 
dont on a chargé mal-à-propos le nombre des malades entrés. 

La table donne 278931 pour le nombre total des malades 
reçus: nous en avons fait le relevé fur les états imprimés , & nous 
n'avons trouvé que 235522; la différence 43409 eft à très-peu- 
près la fomme des deux nombres précédens. C'eft fa différence des 
deux méthodes; mais la nôtre eft la feule exacte, & la feule qui 
donne la vraie relation des morts aux malades. 

A l'égard de Ia petite différence que l'on peut remarquer entre 
es nombres 43409 & 43354, elle vient fans doute de ce que 
les états imprimés ne font pas parfaitement conformes aux regiftres. 
Ce n'eft pas fa feule occafion que nous ayons eue de nous en aper- 
cevoir ; mais ces différences nous ont paru éoères, & il y a lieu 
de croire qu'elles s'évanouiffent dans un réfuitat total, établi fur le 
gelcui d'un grand nombre d'années, 


ville 


SErs SCireNcCEs. 65 

ville a encore unie mortalité infiniment moindre, c’eft une 

- femme fur 131. Quelle que foit à l'Hôtel-Dieu une perte 
qui nous eft inconnue , il n'eft pas croyable, on ne peut pas 

fuppofer que, hors les temps d'épidémie, cet hôpital perde 

- le quart ou le cmquième des accouchées; en les confondant 
avec tous les malades, ce qu’il perd de moins dans cette 

clafle, diminue la mortalité moyenne /x/. Si nous avions 

eu la communication des regiftres, nous aurions entière- 

ment féparé les femmes en couche des malades, & nous 

aurions fans doute trouvé une mortalité plus grande. Cette 

confidération nous permet donc de conclure affirmative- 

ment que la mortalité de l'Hôtel-Dieu elt au moins d'un 

fur quatre & demi; & en létabliflant ainfr, nous ne pre- 
nons rien à la rigueur; ce n'eft point exagérer les pertes 
de cet hôpital, c’eft partir des données qui fui font le 

moins contraires, puifque la mortalité qui en réfulte 

eft probablement au-deflous de la véritable. 

Une obfervation particulière prouve que la mortalité 
de l'Hôtel-Dieu eft dûe à fa mauvaife conftitution & à 
fon infalubrité, plus qu’à toute autre caufe. L'année 1740 
a été remarquable par un hiver rigoureux, hiver cité 


(x) On peut eftimer jufqu’à un certain point ce qui en réfulte. Nous 
trouvons que, dans les cinquante-deux années dont nous avons calculé Ja 
mortalité, il eft né & on a baptifé à l’'Hôtel- Dieu 72508 enfans. Il 
faut obferver qu’il doit y avoir un plus grand nombre d’accouchées; 
beaucoup de femmes du peuple , expofées à des travaux rudes, y 
arrivent bleflées ; leurs enfans font morts en naïflant ; fs ne font 
pas baptifés, & on ne les compte pas fur les liftes. Le nombre 72508, 
en le prenant pour celui des accouchées , eft donc trop foible. 
Si on le retranchoit du nombre des malades reçus, on auroit la mor- 
talité d’un fur quatre & un quart, au lieu d'un fur quatre & demi. 
11 périt fans doute des femmes en couche, il faudroit en connoître le 
nombre pour le retrancher de la fomme des morts. Maïs n’ayant point 
les données de ce calcul, on voit toujours que moins il périra de femmes 
en couche, plus la mortalité moyenne augmentera & sélotgrers d’un fur 
quatre & demi, pour s’approcher d’un fur quatre & un quart. Ce quart 
qui refte ici dans l'incertitude, n’eft pas peu de chofe, car le nombre 
annuel & moyen des morts, à l’Hôtel-Dieu , étant 4706, il s’agit de près 
dé 300 morts de plus ou de moins par an. 


Hifl 1785. £ 


La mortalité 
moyenne ici 
déterminée eft 
donc au-defus 
de la véritable, 


L'infalubrité de 
l'Hôtel- Dieu 
eft une caufe 
confiante de 
dépopulation 

qui s'ajoute à 


l'intempérie 
des faifons 
fâcheufes, 


66 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


moins pour l'intenfité du froid que pour fa durée. L'Hôtel- 
Dieu reçut & traita cette année 26705 malades, & ilen 
périt7894.; ce qui fait un fur trois & untiers. Nous avons. 
été curieux d'examiner la mortalité totale de Paris, dans la 
même année, & de la comparer à la mortalité de l’année 
précédente 1739. [1 y a eu à Paris en 1739, 21986 
morts; la même année, l’'Hôtel-Dieu en a eu 5837. En 
1740, il y a eu à Paris 25284 morts; & l'Hôtel-Dieu en a 
eu 7894 Comme les morts de F'Hôtel-Dieu font compris 
dans la mortalité totale de Paris, on voit que, fi cette 
mortalité a augmenté dans la raifon de 21986 à 25284, 
la mortalité particulière de l'Hôtel-Dieu eft pour beaucoup: 
dans cette augmentation. En retranchant la mortalité de 
J'Hôtel-Dieu, de la mortalité de ces deux années, nous: 
aurons la mortalité des habitans de la ville, & Ia perte 
qui eft indépendante de celle de cet hôpital. Alors on 
trouve que Paris a perdu 16149 de fes habitans en 
1739, & 17390 en 1740. Une année calamiteufe n’a 
augmenté la mortalité qu'à peu-près dans le rapport de 
16 à 17. ne paroït donc pas qu'on puifle attribuer 
la quantité des malades à aucun vice de l'atmofphère. 
H n’y avoit point de contagion; la longue rigueur du 
froid a caufé tout le mal. Les gens aifés, qui s’en font 
garantis, n'ont pas fait plus de pertes qu'à lordinaire, 
les pauvres, les néceffiteux à qui le bois a manqué, ont 
été feuls accablés de ce fléau; le froid les a frappés de 
maladie & ils font venus en foule aux hôpitaux. 1 faut 
donc comparer un hôpital à un autre. La Charité en 1740 
a reçu 2372 malades, & a eu 374 morts; il en a donc 
perdu un fur fix & un tiers, tandis que F'Hôtel-Dieu en 
a perdu un fur trois & un tiers. Tous ces pauvres furabon- 
dans, qui avoient également fouffert du froid, devoient avoir 
des maladies à peu-près de la même efpèce; & cependant 
lHôtel-Dieu a perdu, comme dans fa mortalité moyenne, 
à peu-près le double de la Charité. Cette proportion qui 
demeure la même entre ces deux hôpitaux dans les faifons 


DES SCIENCES. 67 
ficheufes , comme dans les faifons ordinaires , prouve 
qu'en 1740 la mortalité a été augmentée à l'Hôtel-Dieu, 
non-feulement en raifon des caufes qui ont multiplié les 
maladies, mais en raifon de fon infalubrité. 


Nous ne comparerons pas l'Hôtel-Dieu aux hôpitaux 
étrangers & même à ceux du royaume, où des caufes 
particulières peuvent influer; nous comparerons cet hôpital 
à l'hôpital de la Charité de Paris, à l'hofpice de Saint- 
Sulpice, établis dans {a même ville, traitant les pau- 
vres qui refpirent les mêmes influences, & qui vivent de 
la même manière. Les regifires de 1a Charité nous ont 
offert le relevé d’un grand nombre d'années fur fefquelles 
on peut établir un réfultat de mortalité exact; nous avons 
eu foin de prendre les mêmes années qui nous ont fait 
connoître la mortalité de l'Hôtel-Dieu. À l'égard de lhof- 
pice de Saint-Sulpice, comme il n'eft établi que depuis 
1779, nous ne l'avons comparé à F'Hôtel-Dieu que dans 
les années écoulées jufqu’en 1786; ainfi nous rapprochons 
les trois hôpitaux dans les mêmes circonftances. 


Les raifons qu’on allègue pour éloigner ces compa- 
raïifons ne nous ont pas paru valables; on objecte que 
l'Hôtel-Dieu reçoit toutes les maladies, & que les autres 
hôpitaux ne reçoivent pas les maladies contagieufes. Nous 
répondons qu'on ne peut refufer nulle part les fièvres & 
les dyflenteries contagieufes, dont on ne reconnoît pas 
le caractère à la première infpeétion; nous difons que les 
maladies , telles que la gale, le fcorbut & les écrouelles, 
qui ne font pas reçues dans les autres hôpitaux, ne pa- 
roiflent pas plus mortelles que plufieurs des maladies 
ordinaires. I] n'y auroit donc que la petite vérole qui 
pût faire une différence réelle ; mais elle ne peut entrer 
que pour une petite partie dans la mortalité de 1'Hôtel- 
Dieu. D'ailleurs une confidération bien fimple & fem- 
blable à celle que nous avons faite pour les femmes 
en couche, doit faire difparoître cette difficulté. C’eft un 

T6 


On peut 
comparer 
l'Hôtel - Dieu 
à la Charité & à 
l'hofpice de 
Saint-Sulpice. 


Les maladies 
contagieufes 
reçues 
à l'Hôtel-Dieu, 
n’empêchent 

point cette 
comparaifon, 


On apporte 
toujours 
beaucoup de 
mourans aux 
hôpitaux. S'il en 
vient plus 
a l'Hôtel-Dieu, 
c'eft fa faute, 


68 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fait de l'expérience que, dans la fociété, on perd à peu 
près un malade de la petite vérole fur fept : cette proba- 
bilité ne peut donc pas augmenter Îa probabilité générale 
de l'Hôtel-Dieu. . 

Mäis fi l’on objeétoit que les malades y viennent fouvent 
au moment de mourir, & furchargent Ia lifte des morts 
d'un nombre d'individus qui n’avoient aucune probabilité 
de vivre, nous dirons que cette circonftance a plus ou 
moins lieu à l’égard de tous les hôpitaux. La Sœur fupé- 
rieure de lhofpice de Saint-Sulpice nous a dit qu’on lui 
amenoit quelquefois des malades, qui mouroient dans Îa 
cour avant d'entrer (y). Les Religieux de la Charité nous 
ont déclaré que fouvent les maîtres, voyant leurs domef- 
tiques fans reflource , les envoyoient à la Charité pour 
n'avoir pas la mort dans leurs maifons; d’autres caufes 
peuvent concourir à faire prendre le même parti, & Îles 
malades arrivés périflent ou le jour même, ou le lende- 
main. Ces Religieux, qui fe font prêtés avec la plus 
grande complaifance à toutes nos recherches, ont bien 
voulu faire fur leurs regiftres le relevé des malades qui font 
morts dans les quarante-huit heures de leur arrivée ; ils en: 
ont trouvé 143 dans les années 1784 & 1785. y a 
eu en tout 987 morts, & le nombre des mourans qui 
leur ont été apportés en fait plus de la feptième partie. 
On peut croire qu'iln’y en a pas davantage à proportion 
à l'Hôtel-Dieu ; & fi le nombre en étoit plus confidérable, 
nous aurions droit de répondre que cette caufe qui aug- 
mente la mortalité eft direétement contre F'Hôtel-Dieu. 
C'eft parce que les malades y font entaflés; c’eft parce 
l'air y circule mal & sy corrompt; c’eft par tous les 
maux du refferrement de l’efpace, qu'il y périt plus de 
monde; & c’eft par les mêmes raifons qu'on y vient plus 
tard. | 


(y). On voit, par les comptes imprimés de l’hofpice, qu’on y a reçu 129 
agonifans depuis le 1.°* janvier 1780, jufqu'au 1.‘ janvier 1786; fur 
1678 morts; ce qui fait un quatorzième. 


DES SCrENTESs. 69 

Nous dirons enfm que nous aurions pu établir une com- 
paraïfon plus défavorable à l'Hôtel-Dieu. La mortalité de 
l'hôpital de Saint-Denys n’eft que de 1 fur 1 s; celle 
de l'hôpital de Lyon n’eft que d'un fur douze & demi (z?° 
Mais ces hôpitaux ne font point dans la ville de Paris. 
Nous voyons que les malades meurent en grand nombre 
à-l'Hôtel-Dieu ; nous confidérons que l'hôpital de Ja Cha- 
rité & l’hofpice de Saint-Sulpice, où les malades font feuts 
dans leur lit, parfaitement bien traités, ont tous deux à 
peu-près la même mortalité; mais une mortalité plus forte 
que celle de beaucoup d’autres hôpitaux. Nous penfons 
qu'il peut y avoir à Paris des caufes & phyfiques & morales 
qui contribuent à augmenter cette mortalité. Notre réfultat 
auroit été compliqué de l'effet de ces caules, & nous aurions 
rifqué d’être inexacts en faifant cette comparaifon. Il a donc 
fallu comparer l'Hôtel-Dieu de Paris à des hôpitaux de 
Paris, & l’Hôtel-Dieu doit y avoir gagné. 

Nous n'avions point eu d’abord le deffein de comparer 
FHôtel-Dieu à l'hofpice de Saint-Sulpice , parce que cet 
hofpice n’eft établi que dépuis fept ou huit ans; nous ne 
pouvions pas y déterminer la mortalité fur un grand inter- 
Valle de temps, & dans un petit nombre d’années la mor- 
talité peut être augmentée ou diminuée par des caufes 
accidentelles. En effet la mortalité comparée de l'Hôtel- 
Dieu & de la Charité eft un peu plus grande dans les fept 
années écoulées depuis 1 779» jufques & compris 1 785: 
Mais une confidération nous a déterminés à établir une 
double comparaifon entre l'Hôtel-Dieu & es deux hôpitaux 
de la Charité & de Saint-Sufpice, c’eft que fa Charité ne 
reçoit que des hommes, & que les regiftres de lhofpice 
nous ont fait connoître que Îa perte des femmes y eft 
beaucoup plus grande que celle des hommes. Ce fait eft 
nouveau & fmgulier; nous ignorons fi cette plus grande 


.(t) Nous avons trouvé Ïa mortalité de 1 fur 11,394, & 13,606, en 
différentes fommes d’années, Le milieu eft 1 fur 12,5 ou fur r2 :. 


On awroït 
pu faire des 
comparaifons 

plus défavorables 
à l'Hôtel - Diew. 


L'Hôtel-Dieu 
enlève, en 
cinquante-deux 
ans , 99044 
citoyens, & 
1906 par an, 
que la Charité 
auroit confervés, 


Ou 81318 en 
£inquante-deux 
ans, & 1564 
par an, que 
l'hofpice de 
Saint-Sulpice 
&uroit confervés. 


’ 


7o Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 


mortalité des femmes eft un fait particulier ou un fait 
général. Nous n'avons pu découvrir ce qui arrive à cet 
égard à l'Hôtel-Dieu, parce que le nombre des hommes 
& des femmes reçus n’eft pas diftingué fur les états impri- 
més; mais ce fait de l'obfervation nous a expliqué pourquoi 
les malades étant aufli-bien traités à l'hofpice qu’à la Cha- 
rité, la mortalité y eft cependant un peu plus grande, & 
1 


x 


dans le rapport de == à 


7ro11i* 
La mortalité des hommes à l'Hofpice eft 1 fur 7,244, 
celle des femmes... ee eee fur:5,541 (a). 


Nous avons d’abord comparé l'Hôtel-Dieu & 1a Charité, 
relativement à leur mortalité. L'Hôtel-Dieu, en cinquante- 
deux ans, fur 1108741 malades, en a perdu 244720, 
à raifon d’un fur quatre & demi. La Charité, qui n’a qu'un 
mort fur fept & demi /b), n'en auroit perdu que 168700; 
d'où réfulte le tableau effrayant que l’'Hôtel-Dieu, en 
cinquante - deux années, a enlevé à Ja France 99044 
citoyens qui lui auroient été confervés, f1 l’'Hôtel-Dieu 
avoit un emplacement proportionnellement auflr étendu que 
celui de la Charité, & fi les malades y avoient été traités 
comme ils le font dans cet hôpital. La perte de ces cin- 
quante - deux années répond à 1 906 morts par an, & 
c’eft environ la dixième partie de la perte totale & annuelle 
de Paris. 

Quant à l'hofpice de Saint-Sulpice, il a fallu, pour le 
comparer à l’'Hôtel- Dieu , établir le rapport de mortalité 
des deux hôpitaux , dans les fept années depuis 1779 
jufques & compris 1785. 


La mortalité de l'Hôtel-Dieu a été... 1 fur 4,356 (c). 


(a) À lhofpice. ..,...."7383 hommes.......... 1019 morts. 
5275 femmes...,...... «952 mortes. 


(b) Le rapport exact eft celui de 4,530 à 7,611. 
(c) AlHGtel-Dieu, 155887 malades reçus, 35784 morts. 


DES SCIENCES. 7i 
Celle de FHofpice............ 1 fur 6,401 (d). 


. Cela polé, la mortalité de l'Hôtel - Dieu, depuis 1779 
jufqu’en 1786, a été de 1 fur 4,3 56. Si cette mortalité 
moyenne avoit eu lieu dans les cinquante - deux années 
pendant lefquelles FHôtel-Dieu a reçu 1108741 malades, 
il en auroit perdu 254532 ; l'hofpice, fur ce nombre de 
malades, & à raifon d’un mort fur 6,401 malades, n’en 
auroit perdu que 173214 ; il auroit donc fauvé 81318 
malades, que l’Hôtel- Dieu a perdus dans ces cinquante- 
deux années. C’eft 1564 par an; c’eft environ le trei- 
zième de la perte annuelle de Paris. Il réfulte donc de 
ces deux comparaifons, que l’hofpice de Saint - Sulpice 
ou l'hôpital de la Charité conferveroient ou 81318 ou 
99044 malades, fur le nombre de ceux que l'Hôtel-Dieu 
perd en cinquante-deux ans, & que la perte annuelle 
de Paris feroit moins grande ou d’un treizième ou d’un 
dixième. La confervation de cet hopital, ou du moins de 
l'emplacement qu’il occupe, produit donc le même eflet 
qu'une forte de pefte qui défoleroit conflamment a 
Capitale. C’eft une caufe de dépopulation que l'on peut 
détruire, & nous croyons que l’Académie doit en mettre les 
réfultats fous les yeux du Gouvernement. 

Nous avons enfuite comparé ces trois hôpitaux relati- 
vement à la durée des maladies. On ne peut douter que 
le mal-aife, le dégoût, la corruption de l'air, le défaut 
de fa circulation , l’entafflement des malades dans les mêmes 
falles & dans les mêmes lits, ne contribuent à retarder la 
guérifon des maux. Cette vérité de théorie eft ici confirmée 
par le fait. On peut déterminer la durée moyenne des ma- 
ladies dans un hôpital, en prenant le nombre commun & 


(4) Supra, page 59. 

Si le nombre des malades, dans la note 4, page 70, diffère un peu du 

* nombre des malades 12616 donné page 59, c’eft que là on a eu égard, 
comme on Je doit, à la petite différence des malades exiftans au 1.‘ jan- 


vier 1779 , & des malades reftans au 1.‘ janvier 1786, &.que cette 
différence a été négligée ici, 


Les maladies 
y durent 
à peu-près le 
da la 
Charité & à 
l'hofpice de 
Saint-Sulpice. 


Le traitement 
des maladies y 
gft plus cher. 


72 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE RoYyaALr 


Journalier des malades, en le multipliant par 365$, pour 
avoir le nombre annuel des journées, & en divifant cette 
fomme de journées par le nombre moyen des malades qui 
entrent chaque année dans l’hôpital. C’eft par cette méthode 
que nous avons trouvé la durée moyenne des maladies à la 
Charité, de 23 jours; à l'hofpice de Saint-Sulpice, de 23 
jours +; & à l'Hôtel - Dieu, de 42 jours + fe), ds À 

Cette différence fur la durée des maladies eft énorme, 
& il en faut conclure que non-feulement l'infalubrité de 
l'Hôtel-Dieu y rend la mortalité beaucoup plus grande; mais 
qu'elle y rend aufff le recouvrement de Ia fanté beaucoup 
plus difficile. 

I fuit de cette longue durée des maladies, que le nombre 
des agonifans reçus à l'Hôtel-Dieu n'eft pas fi grand qu'o 
peut le croire , car ces agonifans ne reftent que peu de jours 
dans cet hôpital, ils y meurent; & s'ils étoient en grand 
nombre , ces courtes maladies abrégeroïent & feroient 
paroître plus courte a durée monte des maladies. 

H faut encore obferver que, f1 'Hôtel-Dieu étoit rendu 

lus falubre; fi les maladies n’y étoient pas plus longues 
qu'à l'hôpital de la Charité & à lhofpice de Saint-Sulpice ; 
c'eft-à-dire, ft ces maladies étoient à peu-près de moitié 
plus courtes, il en réfulteroit une grande économie pour 
cet hôpital. Les malades y reftant beaucoup moins long- 
temps, l'Hôtel-Dieu, fans faire plus de dépenfe, pourroit 
traiter prefque une fois plus de malades qu'il n'en reçoit 
aujourd’hui, ou il'dépenferoit beaucoup moins en traitant 
le même nombre de malades. 

Une autre confidération qui ne doit pas être négligée, 
c'eft que le même vice d'emplacement, qui eft la principale 


(e) Nous fuppofons les lits toujours pleins à Ja Charité, ce qui s’éloïgne 
peu de Ia vérité; & par conféquent 208 malades par jour & 75920 journées 
par an. Par un autre état que nous ont fourni les Religieux de cette maïfon, 
on voit que, dans les onze dernières années, ils ont reçu 36331 malades; 
le nombre moyen annuel eft donc 3303. On trouve en çon équence qne, 
la durée moyenne des maladies eft de 22,985 jours. 


caufe 


DE S  SCTENCES F4 
caufe de l’infalubrité de l'Hôtel-Dieu, y rend le traitement 
des maladies plus cher. On voit, dans un état préfenté au 
Roi en 1773, pat M." les Adminiftrateurs , que le revenu 
de l'Hôtel-Dieu étoit alors de 1360995 livres. IL faut 
retrancher de cette fomme les charges qui font portées 
dans le même état, & le revenu net ne paroît être que 
1022520 livres /f). Il ne s’agit plus que de divifer cette 


Les états imprimés de l’hofpice de Saint-Sulpice, donnent direétement 
le nombre des journées de malades pendant chaque année, Les voici: 
1779 «tete ee ee se toto ae eee à ete» 2e 30249 
1780,%,%44 406 00e ae se oo + 42880. 
27 Bree ple lies tete oioétehe ee 0116042873: 
+ re here een ethte.44200 
RAGE CE sado cesse .44.0;72- 
SO APE DCE STORE PATATE 
XD ele sine eh Pt etes ejeleleioielale : A ANLI75e 


299781. 


je nombre total des malades, dans ces fept années, eft 12616. 
(Voyez Supra, page 50). 
. La durée moyenne des maladies réfulte de!23/,76. 

À l’Hôtel-Dieu, le nombre journalier moyen des malades, eft 2500. 


(Supra, page 6). 
Le nombre moyen & annuel, 21322. (Sipra, page 62), 
Le nombre annuel des journées , eft de 912500. 
La durée moyenne des maladies en réfulte de 42i,706. 
(f) Récit de ce qui s’eft paflé, tendant à la conftruction d’un nouvel 
Hôtel-Dieu, 1773, page 16. 
Honda On I EMI NA TO. live 
Charges des biens’, , . . . . . .. 4341. 


Réparations tete td rtite 203986. 
Rent ui te 4 be, 28233. 
Ipeurablese ee tn de.) fe 60000. 

330475- 


AMI REVEnR 0 LL 0 0... . : 1360995. 

re 1022520. 

. Les aumônes faites à l'Hôtel-Dieu ne font point comprifes dans l’état 
de recette; c’eft un article cafuel qui doit augmenter plus ou moins le 
revenu de cet hôpital, 


Hif. 1785 K 


L'Hôtel-Dieu, 
le plus ancien 
des hôpitaux , 
a le plus befoin 
de réforme, 
& doit être 
le plus imparfait. 


74 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fomme par le nombre moyen & annuel des journées 
912500, & l'on trouvera que le prix de chaque journée 
eft de 22 fous $ deniers. Les comptes de l’hofpice de 
Saint-Sulpice font foi que la journée de chaque malade ne 
monte, dans une année commune, prife fur fept, qu'à17 fous 
1 denier (g). Sans doute un grand hôpital entraîne plus 
de dépenfe ; les abus y font plus grands, plus difficiles à 
réformer. Les frais de toute efpèce doivent être plus con- 
fidérables dans une maifon qui entretient 3071 perfonnes, 
que dans une maiïfon où il n'y en a que 151 /4). Mais 
quand on voit que le prix des journées à l'Hôtel-Dieu eft 
près d’un tiers en fus de celui de l’hofpice de Saint-Sulpice, 
on ne peut s'empêcher de croire que, dans un autre em- 
placement, où chaque diftriét auroit fon département, où 
le fervice feroit plus aifé, la furveillance deviendroit plus 
facile, & Ia dépenfe feroit moins grande. 

Nous rendons une pleine juftice aux citoyens vertueux 
qui régiffent cet hôpital. C’eft amour de l'humanité, c’eft 
le zèle de la piété qui les conduifent dans cette bonne 
œuvre difficile & entièrement défintéreffée. Si dans ce 
Rapport nous avons relevé quelques abus, qui ne tiennent 
point à l'emplacement reflerré de l'Hôtel-Dieu, nous 
n'avons point prétendu blimer ladminiftration ; nous 
avons eu l'intention de l’éclairer ; nous avons encore eu 
le motif de prévenir la répétition de ces abus dans la 
conftruétion projetée d’un nouvel hôpital. L'Hôtel - Dieu 
exifte peut-être depuis le vir.* fiècle ; & fi cet hôpital eft 
le plus imparfait de tous, c’eft parce qu’il eft le plus ancien. 
Dès les premiers temps de ce grand établifiement, on a 
cherché le bien, on a defiré de s’y tenir, & la conftance eft 


(g) Voyez les Comptes de cet hofpice, imprimés tous les ans à 
YImprimerie Royale. ST A SES 3 ; 


(4) Le nombre moyen & journalier des malades , à l’'Hôtel-Dieu, 
eft 2500. La feuille du mouvement, du 12 janvier 1786, porte s7x 
perfonnes employées. Total 3071. À l’hofpice,-128 malades. 23 Per- 
fonnes employées. Total 151. (Voyez le Compte de 1779); 


Deus Sie TE Nc, 


devenue un devoir. De-là toute nouveauté utile a de {a 
peine à s'y introduire; toute réforme y eft difficile. C’eft 
une mafle énorme qu'il faut remuer ; c’eft une adminif- 
tration nombreufe qu’il faut convaincre. L'Académie lui 
offre des lumières qui ne peuvent lui être fufpectes; c'eft 
à elle à dénoncer au Bureau de l’Hôtel-Dieu les connoif- 
fances nouvelles qui peuvent lui être utiles, & les réformes 
avantageufes auxquelles fon amour du bien peut fe prêter. 
Quant au défaut de l'emplacement aétuel, nous avons 
l'avantage d'être du même avis que M.” les Adminiftrateurs. 
Us ont relevé eux-mêmes, en 1773, tous les inconvéniens 
de cet emplacement , & la néceflité de le changer. « Le peu 
d'étendue du terrein, difent-ils, la corruption de l'air, « 
celle de l’eau ; le tort que cette maifon caufe par fon in- « 
feétion à tout ce qui l'environñe, le danger du feu & mille « 
autres inconvéniens, femblent avoir réuni fur ce point « 
tous les fufirages , fr l'on veut en excepter, ajoutent-ils, « 
quelques intérêts perfonnels toujours à écarter dans un « 
établiflement de cette nature /i).» Ces inconvéniens font 
précifément ceux qui ont été relevés dans ce Rapport. M.° 
les Adminiftrateurs ont indiqué également les moyens d'y 
remédier. [ls ont arrêté, dans le même temps, que M. les 
Chefs de l’adminiftration fe retireroient près Eh Miniftre 
du département de Paris, pour obtenir une audiencé du 
Roi, & lui repréfenter la néceffité de rétablir cet hôpital 
dans un endroit plus falubre & plus éémmode /4), 
Nous adoptons les obfervations & les moyens de M.° 
les Adminiftrateurs, & confidérant que quand l’emplace- 
ment de J'Hôtel-Dieu feroit augmenté d’une moitié en fus, 
il paroît impoñlible que le nombre des lits foit porté au 
nombre de 4800, qui femble néceffaire pour {a population 
de Paris, & même au nombre de 3000 & plus, promis 


(1) Récit de ce qui s’eft pallé, tendant à la conftruction d'un nouvel 
Hôtel-Dieu, 1773, page 5, 
(k) “Ibid. page ro 
Ki 


Les 
Commiffaires de 
l'Académie en 
jugent comme 

Meffieurs les 
Adminiftrateurs, 


Conclufons des 
Commiffaires, 
L'Hôtel-Dieu 
eft infuffifant , 
incommode, 

infalubre. 
T1 fui faut un 
emplacement 


plus vafte; & Ja 


nécefité de fa 
tranflation 
eft démontrée. 


8o HiIsToiIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


par les Lettres patentes du 22 avril 1781; qu'il eft bien 
évident qu'on ne pourroit obtenir cette grande augmen- 
tation de lits, qu’en plaçant les falles les unes à côté des 
autres, & en les accumulant par étages fur étages ; tandis 
que le bien de l'humanité exigeroit qu’au lieu de conftruire 
les nouveaux bâtimens de l'Hôtel - Dieu dans cette difpo- 
fition vicieufe, on abattit les édifices aétuels, pour les dif 
pofer d'une manière plus falubre; obfervant d’ailleurs que 
ces bâtimens, tant ceux du nord que ceux du midi de Ja 
Seine, font pofés fur des magafins de matières combufibles, 
qui font craindre à chaque inftant un incendie pareil à 
celui de 1772; que les falles deftinées aux opérations & 
aux femmes en couche y font continuellement expofées au 
bruit & à l'ébranlement des voitures; qu'il n’y a pas de 
lieu féparé pour les fous, ni de bâtiment particulier pour 
les maladies contagieufes ; obfervant que les convalefcens 
y font mélés avec les malades, & que le défaut d’efpace y 
a réfervé fi peu de promenoirs, que les convalefcens des 
maladies ordinaires y font encore confondus avec ceux des 
maladies contagieufes ; obfervant que les règlemens d’une 
fage police ont toujours relégué les maux contagieux hors 
de la capitale; que lHôtel- Dieu au contraire les y con- 
centre tous, & qu'on tranfporte tous les jours à travers 
Paris tout ce qui a été infecté du venin de ces maladies, 
c'eft-à-dire, les paillaffes, les lits de plume & les cadavres; 
obfervant encore que les falles font bafles, que la circu- 
lation, le renouvellement de l'air y eft difhcile, & que 
dans cet entafflement de falles, de lits & de malades, 
chaque malade n’a qu’une petite portion d’un air en partie 
corrompu à refpirer ; obfervant enfin que les maladies font 
prefque du double plus longues à l’'Hôtel-Dieu qu'à la 
Charité; que la mortalité y eft aufi prefque du double 
plus grande, & que cette mortalité eft l'effet inévitable du 
défaut d'emplacement, des vices de conftruétion, comme 
le prouvent & les principes phyfiques que nous avons établis, 
& les faits que l'expérience nous a fournis ; nous croyons 


DIE: SCIE N CE 5. 77 


ouvoir conclure que cette conftruétion a befoin d’être ré- 
formée, établie fur de meilleurs principes, dans un empla- 
cement beaucoup plus vafte; que l'Hôtel-Dieu, tel qu'il eft, 
eft infuffifant, commode, éminemment infalubre, & que 
Ja néceflité de fa tranflation dans un lieu plus convenable 
eft invinciblement démontrée. 

Nous n'avons que notre avis à donner fur cette tranflation; 
nous ignorons ft elle fera exécutée. Mais les preuves qui 
démontrent la néceflité de cette tranflation font {1 évidentes, 
que l’on peut prévoir d'avance que l'Hôtel-Dieu ne reftera 
pas toujours où il eft; & s’il eft permis d’efpérer un heu- 
reux changement à cet égard, c’eft fur-tout dans un règne 
de bienfaifance, fous un Roi qui aime fon peuple, & 

ui regarde les pauvres comme une portion précieufe de 
fes fujets, 


Expolé 
du projet 
de M. Poyet. 


78 HisToikE DE L'ACADÉMIE RoYALE 


EX CAN ME MENN 
du Projet de M. PoyeET. 


M ainrenanr que la néceflité de Îa tranflation de 
l'Hôtel - Dieu nous paroît indifpenfable , nous pouvons 
examiner le Projet de M. Poyet, & en rendre compte 
à l’Académie. 

M. Poyet propole de placer le nouvel Hôtel-Dieu à 
l'ile des Cygnes; il y élève un vafle bâtiment circulaire, 
dont la circonférence extérieure a 136 toifes de diamètre, 
& dont la circonférence intérieure renferme une grande 
cour de 45 toifes de diamètre. Seïze rayons dirigés au 
centre commun, vont d’une circonférence à l’autre, & 
forment feize falles qui recevront chacune 84 lits; chaque 
lit aura trois pieds de largeur, & en occupera fix avec fa 
ruelle. Trente-deux petites falles ménagées du côté de 
la circonférence extérieure, auront encore chacune 12 lits, 
Ces quarante-huit falles compoferont enfemble 1728 lits; 
& comme M. Poyet fe propofe de placer trois étages de 
falles, fon hôpital offrira 5184 lits. 

Les falles feront hautes de 26 pieds & larges de 30; 
le paffage du milieu aura 12 pieds. Au chevet de ces lits 
régnera un corridor de trois pieds de large, formé par 
une cloifon à la hauteur de-ces lits, fervant à les ifoler, 
à en dégager le fervice, à mafquer les garde-robes placées 
derrière chaque lit dans l’épaifleur des murs. Le fervice 
particulier de ces gardes-robes , fans être aperçu de l’inté- 
rieur, fe fera dans des lieux d’aifance ifolés du corps de 
la falle, & placés aux deux extrémités de ces corridors. 

Les deux circonférences extérieures & intérieures 
font formées par deux galeries en arcades, qui fervent 
de communication aux {alles & en même temps de pro- 


DES U SAC IIÉEUNTE ES 79 


menoirs aux convalefcens. Entre les falles difpofées en 
rayons, font des .cours particulières; ces cours font def- 
tinées à donner de l'air & du jour aux falles, & elles 
offrent des promenoirs en plein air aux convalefcens. Enfin 
chaque falle étant ouverte à fes extrémités, fur les deux 
galeries, & par leur moyen, fur les deux cours extérieure 
& intérieure , on a fa facilité de faire pafler un courant 
d'air dans la longueur de ces falles. 


Le rez-de-chauflée eft employé aux offices, cuifine, 
pharmacie, chambre de bains & autres accefloires. Des 
entrefols pratiqués fur la hauteur de cet étage, feront le 
logement des Sœurs, des Officiers & des gens de fervice. 
Les trois étages fupérieurs feront confacrés aux malades ; 
& comme les deux premiers en contiendront 3456, ce 
nombre fufhra aux temps ordinaires ; & le troifième étage 
fera réfervé aux temps de calamité, où les maladies font 
augmentées dans une proportion rare & extraordinaire. 
M. Poyet a ménagé, dans les entrefols du rez-de-chauffée, 
‘$00 chambres à lit & à cheminée, qui pourront être 
louées par jour à des voyageurs, à des gens fans domicile 
fixe. Les étrangers, qui tombent malades à Paris, trou- 
veroient dans cet hôpital un afyle für, tandis que l’hôpital 
en tireroit une augmentation de revenu. M. Poyet élève 
à quelque diftance du corps principal, quatre corps de 
bâtimens, où font placés les pompes pour le fervice, & 
des Jazarets pour les maladies contagieufes. H établit un 
conduit fouterrain, dans lequel pafle l’eau même de la 
rivière. Ce conduit continuellement lavé par une eau cou- 
rante, fert d'égout & va porter les immondices loin de 
tous les bâtimens de Paris, & même 300 toifes au- 


deflous de 1a pompe à feu. 


Cet expolé fuffit pour faire connoître à l'Académie 
le projet du nouvel hôpital propofé par M. Poyet. Nous 
devons dire d’abord que ce projet, pris dans fon en- 
femble, n’eft pas nouveau. Après l'incendie de lHôtel- 


Ce projet neft 
pas nouveau, 


If faut le juger 
relativement 
à fon utilité. 


L'ile des Cygnes 
doit être fouvent 
Mmondée. Eft-il 
convenable 
d'y placer 
un hopital ! 


76  HisToiRE DE L'ACADÈMIE ROôyaLeE 
Dieu en 1737, M. Turgot, Prévôt des Marchands « con- 


» fidérant la fituation incommode & ferrée de cet édifice 
» au centre de Paris, fa mauvaife conftruction, le peu 
> de proportion de fon étendue, avec l'objet auquel il 
» eft deftiné, conçut le projet de tranfporter cet établif- 
fement dans l'ile des Cygnes » fa). Après l'incendie de 
1772, ce projet a été renouvelé par M.° Caqué, Regnier, 
Panferon. Le bureau de l'Hôtel-Dieu a lui-même indiqué 
ce local, dans un écrit qu'il publia Ja même année /4). 

Quant à la forme circulaire du bâtiment & à la difpofi- 
tion des falles en étoile, elle a été propofée par M. A. 
Petit, de cette Académie, dans le Mémoire qu’il donna 
en 1774, fur la meilleure manière de confiruire un hpital 
de malades. M. Prunneau de Monlouis, Architette, eut 
auf cette idée dans le même temps fc). 

. Mais nous devons juger le projet de M. Poyet plutôt] 
relativement à fon utilité qu’à fa nouveauté. Tous les moyens. 

ui. pourront foulager les malades & hâter leur guérifon, 
ti également intéreflans. I s’agit d’abord d'examiner fr 
l'Hôtel-Dieu doit ou peut être placé dans l'ile des Cygnes. 
Cette île eft en grande partie inondée dans les débordemens; 
& fi elle n’eft pas au milieu de l’eau, parce qu'un des bras 
de la rivière eft maintenant à fec, elle y tient, elle y avance. 
de manière qu’elle eft pleinement expofée aux brouillards 
& à l'humidité. È 

I eft certain, par le nivellement que M. Poyet nous a 
fourni lui-même, que l'ile eft dans toute fon étendue au- 
deflous du niveau des grandes eaux de 1740, & que dans 
le plus grand nombre de {es parties elle eft de quatre à cinq 
pieds au-deflous de ce niveau. De-fà réfulte la nécefité 
d’en exhauffer le fol. Ce débordement eft le plus grand dont 


—— 


(a) Mém. Acad. Infcript. tome XXV,page221, Éloge de M. Turgot. 
(b) Récit de ce qui s’eft paflé, tendant à a conftruétion d’un nouvel 
Hôtel-Dieu, 1773, pege 5. ; È 
(e) Mémoire de M. Petit, page $; 
ROUS 


BI STESNCUMIEUNNCE E 5 8x 


nous, ayons connoiflance dans ce fiècle ; & lorfque fe fol en 
excédera le niveau, on peut être prefque afluré que les 
plus hautes eaux ne l'atteindront pas. Maïs cet exhauf- 
fement s’étendra fur une grande furface & à une profondeur 
moyenne de 12 pieds. Ce fera peut-être un volume de 
150000 toiles cubes à remblayer, & par conféquent un 
objet de dépenfe. Les fondations auront 27 ou 29 pieds, 
s ou 7 au-deflus /4), 22 au-deflous des grandes eaux. Le 
fol des fouterrains fera de 2 pieds plus bas que le niveau de 
ces eaux; c’eft la même profondeur que certaines caves de 
l'Hôtel-Dieu. Ces caves doivent avoir rarement de l'eau, 
& celles de File des Cygnes jouiront du même avantage. 
Mais il n’en eft pas moins vrai que, dans les débordemens, 
le nouvel Hôtel-Dieu fera comme une île, que l’abord 


en deviendra plus ou moins difhcile, en proportion de- 
l'étendue & de la hauteur du débordement, & qu'il faudra. 


conftruire une chauflée pour y conferver une avenue, qui 
foit toujours libre & hors de la portée des eaux. 

Quang à la falubrité, & à la queftion fi des malades 
peuvent être placés dans l'ile des Cygnes, c’eft-à- dire, 
non-feulement au bord, mais prefque au milieu de la 
rivière, il n'y a point de doute que les lieux élevés & fecs 
ne foient plus fains ; le bord des fleuves a l'avantage de 
procurer de l’eau en abondance, & de faciliter les appro- 
vifionnemens. Un petit hôpital qu'il eft aifé d'approvi- 
fionner , fera donc mieux fitué dans un lieu élevé : un grand 
hôpital à qui il faut beaucoup d’eau & de grands approvi- 
fionnemens, fera moins difpendieux au bord d’une rivière. 

Nous pañfons aux détails du projet. La difpofition des 
falles terminées aux deux galeries circulaires, qui font 
une communication générale, nous a paru aflez bien en- 
tendue. Cette difpofition eft infmiment préférable à celle 


ns 


(d) Nous difons cinq ou fept, parce que certaines parties plus élevées, 
telles que la chapelle du centre, en auront fept, tandis que le bâtiment 
circulaire en aura cinq ou fix. 


Hif. 1785. L 


La difpofition 
des falles, 
eft affez bien 
entenduc. 


C’eft trop 
de trois étages 
de falles, 


Les falles font 
op élevées. 


ÿ2  HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


de l'Hôtel - Dieu actuel, où les falles font accouplées , à 
celle même de la plupart des hôpitaux, dont les falles 
s'enfilent réciproquement, & où Vair en circulant peut 
porter dans l'une ce qui fort de l’autre. 

Nous penfons cependant que l’on ne doit point placer 
trois étages de falles les uns, fur les autres. C’eft un des 
défauts que nous avons reprochés à l'Hôtel-Dieu. On s'élève 
ainfi pour épargner fur la fuperficie; mais le fervice eft 
plus gèné, mais les convalefcens font plus fatigués, quand 
il s'agit de monter & de defcendre, mais il y a l'inconvé- 
nient du feu, & du danger des malades à cette hauteur. 

Nous croyons que M. Poyet a trop exhauffé fes falles, 
en leur donnant vingt-fix pieds d'élévation. Cette éléva- 
tion eft exceflive ; elle conviendroit à peine aux maladies 
inflammatoires , aux petites véroles, aux fous, qui de- 
mandent un grand volume d'air. Chaque malade auroit 
ici environ onze toifes cubes à refpirer. Mais ces failes 
feroient difficilement échauffées, & leur hauteur feroit 
nuifible à toutes les autres maladies, qui ont befoin 
d'un air tempéré. Ce défaut eft aifé à corriger; & M. 
Poyet eft lui-même difpofé à diminuer cette hauteur /e). 
Nous ne croyons pas que l’on doive admettre le corridor 
placé entre les lits & les murs, & deftiné au fervice des 
garde-robes. Dès que les cloifons ne s'élèvent pas jufqu'au 
plancher, elles ne peuvent préferver l’intérieur des falles 
de toute infection; & cés couloirs donneront lieu à un 
courant rapide & glacial, qui fera nuïfible aux malades 
lorfqu'ils iront à la garde-robe. D'ailleurs ces couloirs 
forcent de donner trente pieds de longueur aux falles, 
& ïil en réfulte deux inconvéniens; le premier, que la. 
longueur des bois employés dans cette portée, augmen- 
téroit infiniment les frais de conftruction; le fecond, que 


ces larges galeries feroient ou trop froides ou trop difh- 
cilement échauffées. 


{«) Supplément au premier Mémoire, page s 8. 


BEUSMISNO H'E:NC E 5. 83 


. Nous approuvons le conduit fouterrain, que M Poyet 
fait pafler {ous l'édifice de fon hôpital, & qui, à la faveur 
du courant de la rivière, fert à balayer les fofles d’aifance, 
& à emporter toutes les immondices de l'hôpital. Ce 
courant que M. Poyet fe procure, eft un des grands avan- 
tages de la pofition au bord de Ia rivière. 


Mais nous ne pouvons approuver Îes chambres Qu'il 1 ne faut pas 
deftine à des malades payans. Nous favons que l'Hôtel- a 
Dieu de Lyon a des chambres de cette efpèce. Ce feroit 
peut-être une augmentation de revenu pour l'Hôtel-Dieu, 
mais ce feroit certainement une grande fource d'abus. Un 
hôpital eft l'afyle de fa pauvreté ; il ne faut pas que l'argent 
y paroïfle, ou bien ïl corrompt tout. Les foins qu'on 
vendroit aux payans feroient toujours aux dépens de ceux 
qui ne payeroient pas. 


IL y à lieu de croire que cet hôpital deftiné à contenir Lédsicel 
près de 5200 malades, feroit fuffifant pour les befoins Rpee 
de la Capitale; mais fa pofition auroit une grande incom- ar ne 
modité, c’eft l'éloignement d’un nombre de quartiers de ER sè 
Paris, du faubourg Saint-Antoine, par exemple, & de la à feroir trop 
paroifle Sainte - Marguerite, où il y a plus d'ouvriers & FRE 
de misère que dans tout autre. Le tranfport feroit long Éartiers* 
dans un chemin fi confidérable. La paroïfle de Sainte. dk ville, 
Marguerite eft diftante de l'île des Cygnes à peu- près de 
3000 toifes en ligne droite & fans compter les détours; 

& de 800 toifes du bord de 1a rivière le plus prochain. 
Dans les temps où cette voie feroit ouverte » Ï y auroit 
donc 800 toifes à faire par terre & 3000 par eau; mais 
lorfque la rivière feroit fermée par les glaces, ou rendue 
innavigable ‘par les débordemens, il faudroit que les ma- 
lades fuffent portés dans un trajet de 3000 toifes, cell- 
à-dire, de plus d’une lieue, fans compter les détours & 
à travers tous les embarras de Paris. Cette difficulté eft 
très-forte contre le projet d’un hôpital unique placé dans 
lie des Cygnes. 

E 1j 


faconvénient 
du projet. 


M. Poyet 
mérite 
des éloges. 


Avantages 
du projet. 
Cet Fépttal 
eft infiniment 
fupérieur 
à l'Hôtel-Dieu. 
S'il étoit 
conftruit, il 
mériteroit d’être 
approuvé. 
Comme il eft 
encore en projct, 
il faut chercher 
à faire mieux. 


84 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Il réfulte de tout ce que nous venons de dire, que Îes 
objections qu'on peut faire au projet de M. Poyet ont 
principalement pour objet, 1° la pofition ; elle eft fans 
doute avantageufe aux approvifionnemens, mais moins 
falubre que les lieux élevés. 2.° La dépenfe qu'exigeroit 
l'exhauffement du fol, les pilotis fur lefquels il faudroit 
peut-être bâtir, les quais, le canal qui enfermeroit l’h6- 
pital du côté du nord, les ponteaux fur ce canal, a 
chauffée néceffaire pour conferver une avenue dans les 
grandes eaux; dépenfes qui font étrangères à la conftruétion 
d'un hôpital. 3.° La diftance où feroit cet hôpital de plu- 
fieurs quartiers de Paris, & la difficulté du tranfport d’une 
partie des malades. 4.” L'étendue , a grandeur de -cet 
hôpital, qui raflembleroit un fi grand nombre d'individus. 
Ces objections font du plus grand poids. 


Mais nous louerons M. Poyet d’avoir attiré les regards 
du Roi & du Miniftère, & réveillé l'attention publique fur 
un objet important. Nous fouerons l’auteur du Mémoire, 
qui a fi bien plaidé Ia caufe de l'humanité, & nous dirons 
encore que Île projet même de cet hôpital mérite des éloges, 
que fa difpofition eft bien entendue & remplit fon objet 
à beaucoup d’égards, que cette conftruttion auroit une 
grande ‘fupériorité pour fa falubrité, pour la commodité 
des malades & Ia facilité du fervice, fur l'Hôtel-Dieu. 


Si l'hôpital de M. Poyet étoit conftruit, nous conclurions 
à l'approuver dans fon entier, à y tranfporter fur le champ 
les malades ; la nation & fur-tout les pauvres béniroient le 
Roi de cet heureux changement. Mais cet hôpital eft encore 
en projet; le Roï a fait l'honneur à l’Académie de la con- 
fulter; elle doit donner fon avis, non-feulement fur ce qui 
eft bien, mais fur ce qui feroit mieux. Nous penfons que 
le Gouvernement faura gré à l’Académie de lui indiquer 
les meilleurs moyens de foulager les pauvres malades ; & 
de déterminer ici quelle eft la difpofition qu’il convient 
de donner aux bâtimens qui doivent leur être confacrés. 


BPEPSAISNCIT'E Nc E si 8s 
L'intérêt que cette grande queftion infpire, & dans ’Aca- 
démie & dans le public, a engagé plufieurs perfonnes à 
nous aider dans notre travail. M. le marquis de Condorcet, 
M. l'abbé Teflier, parmi nos confrères; M. Dupont, M. 
Regnier & plufieurs hommes éclairés, nous ont fait pafer 
des Mémoires ; nous les avons reçus avec reconnoiflance, 
& nous avons profité de leurs lumières. Nous allons ex- 
pofer à l’Académie nos réflexions fur les fecours que lon 
doit donner aux pauvres; nous allons lui foumettre 1e 
plan d’un nouvel hôpital, & les moyens d'y réunir tout ce 
qu'on peut attendre des connoiffances actuelles pour la 
falubrité du lieu, la facilité du fervice, la commodité des 
“habitans de la ville, & le foulagement des pauvres. 


RÉFLEXIONS 


Sur les moyens de fecourir les pauvres malades, à 
Jur la meilleure difpofirion des bâtimens deftinés 
à les recevoir, 


Le projét de M. Poyet, le nouvel Hôtel-Dieu qu'il 
propofe de conftruire à l'ile des Cygnes pour 5184 ma- 
lades, malgré tous fes avantages, a un inconvénient qui 
lui eft commun avec cet ancien hôpital, c’eft celui de raf- 
fembler un nombre énorme de malades dans un même lieu; 
de les concentrer, pour ainfi dire, dans un point, eux & 
tout l'appareil, tout l'embarras qu’entraînent le fervice, les 
approvifionnemens , les boulangeries, boucheries, buan- 
deries, &c. Un hôpital de $coo malades eft une ville, & une 
ville plus peuplée que les trois quarts des villes de France. 
C'eft déjà un grand inconvénient de reflerrer tant d’habitans 
dans un efpace difproportionné; mais un hôpital, quel 
que bien tenu qu'il foit, eft toujours un réceptacle de 
maux & de misère. C’eft un tableau effrayant de confidérer 
ces maux accumulés au nombre de 5000; de penfer 


On doit éviter 

de faire un feul 
hôpital pour 
5000 malades, 


On fe propofe 
que les malades 
foient bien, 
& que leur 
traitement ne 
foit pas cher. 
I} faut 
par conféquent 
les réunir en 
nombre, mais 
non pas 
en nombre 
trop grand, 


Trois moyens 
de traiter les 
malades. Le 
premier eft de 
les traiter chez 
eux, & on ne 
peut l'employer 
pour tous 
les malades, 


86 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE " 


qu'on charge ainfi fans celle un même volume d'air, non- 
feulement des émanations de $ooo individus, mais des 
miafmes & de l'infection de ces corps malades, dont le 
lieu le plus aéré & une propreté toujours vigilante, ne 
peuvent entièrement les dépouiller. Eh! quelle complica- 
tion que celle qui naît des mouvemens de cette grande 
machine ! quel fardeau pour fadminiftration qui doit y 
préfider! que d'embarras dans le fervice! que d’abus dans 
les détails! que de méprifes inévitables dans la diftribu- 
tion des alimens & des remèdes! Si cette machine vafte 
& compliquée étoit abfolument néceffaire , ce feroit un 
malheur de plus à compter dans les misères humaines 
qui naïflent de l’état de fociété ; mais cette néceflité eft 
une queftion. 

Quel eft le but qu’on fe propofe en conftruifant un 
hôpital? c’eft de foulager le pauvre malade; c’eft de le 
traiter avec le plus de foin & en même temps avec le plus 
d'économie poflibles. Ces deux objets prefque contraires 
femblent impofer des obligations différentes ; le befoin, 
le bien-être du malade, exigeroïent qu’il fût traité chez 
lui, dans fa famille, s’il en a une, ou confié à une garde, 
s’il vit feul & ifolé, & à un Médecin, à un Chirurgien qui 
le vifiteroient. Ces fecours que fe procurent les gens aifés, 
ne font-ils pas trop difpendieux, pour que la fociété 
s’en charge en faveur de tous les pauvres? On ne peut 
leur procurer ces fecours, quand ïls font malades, qu’en 
les réuniffant; & cette économie eft le principe qui femble 
établir la néceffité des hôpitaux. 


Nous ne voyons que trois moyens de foigner les pauvres 
malades. Le premier eft de les traiter chez eux-mêmes; 
le fecond eft de les recevoir dans un hofpice où ils feront 
traités en commun; le troifième eft de les réunir en nombre 
dans un ou plufieurs grands hôpitaux. 


Le premier moyen, celui de faire traiter les malades 
chez eux, demanderoit un partage des revenus de l’'Hôtel- 


DE S/NSkC, IE N°G: ES 87, 

Dieu entre les différentes paroifles de Paris. Nous ignorons 
fice partage feroit praticable; nous croyons qu’il auroit 
des inconvéniens. Ces malades feroient-ils défrayés felon 
leurs befoins? alors la diftribution des remèdes & des alimens 
feroit fujetie à une infinité d'abus. Comment feroit-on für 
que les remèdes payés ont été fournis, & que les alimens 
diftribués n’ont pas été détournés? S'il y avoit un prix 
fixé pour la journée des malades, ce prix feroit trop fort 
pour les uns, ou trop foible pour les autres; le prix moyen 
ne peut s'établir que fur un grand nombre & par la com- 
penfation. Ici la compenfation feroit au détriment d’une 
partie des malades. Tous les pauvres malades de Paris font 
foulagés par les fecours réunis & des revenus de l'Hôtel- 
Dieu & des charités des paroïfles. Si on verfoit dans ces 
paroilles les revenus de l'Hôtel-Dieu, la charité particulière 
fe repoleroit peut-être fur la charité publique; & il y a lieu 
‘de craindre qu'on ne diminuit, fi on ne tarifloit pas la fource 
des aumônes. Mais en fuppofant que l’on pût remédier à une 
partie de ces inconvéniens, & que les autres n’euffent pas 
lieu, on ne peut traiter les malades chez eux que lorfqu'ils 
ont un domicile; beaucoup de pauvres habitent en chambre 
commune & dans des lieux où ils ne pourroient refter 
malades. H faut des hôpitaux pour cette efpèce de pauvres. 
Le foin de les foulager malades dans leur propre afyle 
appartient à M.” les Curés; ils s’en acquittent avec un zèle 
exemplaire; ils follicitent les aumônes & les répandent avec 
autant d'économie que de fidélité. Ces aumônes fufffent dans 
un nombre de paroifies ; il y en a plufieurs qui n’envoient 
point de malades à l'Hôtel-Dieu : la charité publique ne doit 
faire que ce que ne fait point la charité païticulière. I paroît 
donc naturel de laifler les chofes comme elles font à cet 
égard, & de réferver les fonds publics pour les hôpitaux. 
Mais doit-on divifer les fecours de la charité publique, 
& fubftituer un nombre d’hofpices établis dans les paroïfles, 
à un hôpital unique! C’eft le fecond moyen de foulager les 


Le 
fecond moyen, 
eft de fubftituer 
à l'Hôtel-Dieu 


des hofpices 
fondés dans 
chaque Paroiffe, 


Ces hofpices ne 
pourroient être 
ni placés ni 
conftruits, 
fuivarit de bons 
principes. 


88  HiSToiRE DE L'ÂACADÉMIE ROYALE 
malades /f). L'hofpice de Saint-Sulpice, où règnent l’ordre, 
la propreté, l’économie, où l'humanité veille aux befoins' 
des pauvres, & où les mêmes foins guériffent à peu-près 
autant de malades qu'à la Charité, a fait naître l’idée des 
hofpices. Il eft naturel de vouloir procurer des fecours 
femblables à toutes les paroïfles, & de répéter par-tout 
une inftitution qu'on admire avec juftice. Il eft certain que 
moins il y a de malades réunis, plus il eft aifé de les bien 
foigner; mais fi un hôpital unique a de grands incon- 
véniens , les hofpices en ont aufli qui ne font pas moins 
importans, & qui fufhfent pour les exclure quand on les 
propofe comme moyen unique. 

Comment pourroit-on conftruire ces hofpices fuivant 
les principes que nous avons établis dans ce Rapport? Le 
terrein manqueroit dans la plupart des paroiïfles de l’inté- 
rieur de Paris; on y retrouveroit en petit les vices qui 
tiennent au défaut d'emplacement, & tout ce qui rend 
THôtel-Dieu infalubre. Ces hofpices fervient refferrés ,. 
abrités; la circulation de Fair y feroit gènée par les 
édifices voifins. Il faudroit ou accoupler les falles, ou les 
élever par étages. Où placeroit-on les convalefcens pour 


(f) Un Citoyen zélé, M. Dupont, nous a fait pafler un Mémoire 
manufcrit rempli de vues intéreffantes, & imprimé depuis fous le titre, 
Îdée fur Les fecours à donner aux malades d’une grande ville. 1 y propofe: 
entr’autres moyens, celui d’établir des maïfons où des Entrepreneurs 
foigneroïient les malades pour un prix modique. Ce moyen eft excellent 
fans doute; il convient aux indigens qui ne font pas en état de fe faire 
traiter chez eux, & dont la délicate e fe refufe aux foins gratuits des 
hôpitaux. I[ convient aux domeftiques des gens peu riches. 1] faudroit, 
s’il étoit poffible, interdire aux maîtres la reflource de les envoyer à J’hôpi- 
tal. C'eft bien le moins de faire foigner malades ceux qui, en fanté, nous 
ont fervis. Ces maïfons feroïent encore l’occafion d’une bienfaifance facile, 
& le pauyre accueilli par cette générofité, laïfferoit une place à l'Hôtel 
Dieu. Nous penfons donc, comme ce zélé Citoyen, que ces maifons 
feroïent utiles, & que le Gouvernement pourroïit en protéger, en provoquer 
même l’établiffement. If y a déjà des maïfons de cette efpèce, & entr’autres , 
la Maïlon de Santé, deflervie par les Religieux de la Charité, près la 
barrière d’Enfer, & celle des Dames Hofpitalières, de la rue Moufetard, 
& du faubourg Saint-Antoine. 

les 


DIRE OIE-TE D © ES. 839 


les féparer des malades? Où feroient les promenoirs de 
ces hofpices! Chaque quartier auroit donc dans fon fein 
un foyer de maux & un fpeétacle de misère; il en ré- 
fulteroit que, par une trifte réciprocité , les habitans de 
la ville incommoderoient par - tout les malades, & les 
malades incommoderoient par-tout les habitans. 

Mais fi nous examinons la deftination des hôpitaux, qui 
eft de foulager tous les malades, fans en excepter aucun, 
nous verrons que les hofpices n’y fufhroient pas, & que 
cet objet ne peut être rempli dans fon entier, que par un 
ou plufieurs hôpitaux communs à tous. 

Ces hofpices n'auroient qu'un nombre borné, un petit 
nombre de lits. Ils feroient fans reflources dans les mau- 
vailes années, où le nombre des malades eft confidérablement 
augmenté. Le calcul des probabilités enfeigne que les petites 
caufes inconnues, auxquelles on eft convenu de donner Île 
nom de hafard, ne fe compenfent que dans les grandes 
combinaïfons, & ont une influence très-marquée dans les 
petites. Lorfque ces caufes augmentent d’un quart ou d'un 
cinquième le nombre des malades à l'Hôtel-Dieu, il n'y 
a point de doute qu'elles ne puiflent doubler ou tripler 
les malades de telle ou telle paroifle. Les lits étant pleins, 
il faudra refufer les malades; que deviendront-ils? Alors 
on aura befoin de protection pour étre admis, & bientôt 
les indigens feront préférés à des nécefliteux fans recom- 
mandation. Dans une ville immenfe comme Paris, où 
tout eft confondu, où arrive tous les jours, où vit une 

_ multitude d'hommes inconnus, qui n’ont que des befoins 
& point de reflources , il faut un hôpital où on ne 
refufe perfonne. Première raifon qui néceflite un hôpital 
commun. - 

L'hôtel-Dieu n’eft point pour Paris feul; les pauvres 
des campagnes voifines ont befoin de cet afyle. Dans quels 
hofpices des paroilles feroient-ils reçus? il faut cependant 
qu'ils le foient. La ville, le chef-lieu des habitations, doit 
avoir des fecours pour toutes fes dépendances. Il faut donc 


Hif 1785. 


Les hofpices ne 
rempliroïient pas 
les deftinations 
de l'Hôtel-Dieu. 
JI faut un hôpital 
commun pour 
la ville de Paris, 
Le 


Raïlow, 


À] 
Raiïton, 


111.° 
Raïlon, 


Nr? 
Raïfvn, 


\ 


90 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


que Paris ait d’autres fecours que ceux des paroïfles, & um 
hôpital ouvert pour les pauvres des campagnes. Seconde 
raifon qui néceflite un hôpital commun. 

Suivant le témoignage de M. les Curés, il eft des 
hommes humiliés de leur pauvreté, des hommes que des 
revers ont conduits à la misère, qui vont comme inconnus 
à l'Hôtel-Dieu, & qui rougiroient d’être vus à lhofpice.. 
Une malheureufe fille, honteufe de fa foiblefle, iroit-elle 
à l’hofpice de fa paroïfle? I faut, fur-tout dans ce dernier 
cas, favorifer le defir de fe cacher, qui eft un-refle de 
mœurs; il faut tendre une main fecourable à la foibleffe, 
pour empêcher les crimes. Cette confidération appartient 
à la politique comme à la morale. Toutes les naïflances 
à l'Hôtel-Dieu ne font pas fans doute illégitimes ; mais ül 
s’agit, année commune, de 1402 enfans qui naïflent pour 
Etat /g), & de 1433 mères qu'on doit ou cacher ou 
conferver /4). H faut donc'un hôpital pour les femmes en 
couche, où les filles devenues mères puiflent être con- 
fondues. Troifième raifon qui néceflite un hôpital commun. 

Il y a des traitemens à Paris, tels que celui des fous ; 
il y a des opérations chirurgicales, telles que la taille, fe 
trépan, l'opération céfarienne, l'extraction de la cataracte, 
l'amputation des membres, qui demandent ou un local 
vafle, ou des mains habiles, exercées & furveillées par 
un Chirurgien confommé. C’eft ce qu’on ne peut réunir: 
que dans un grand hôpital; il offre gratuitement aux plus. 
pauvres les mêmes avantages que l'or procure aux plus. 
riches. I faut donc un hôpital où l'on traite les fous, & 
où fe faflent les grandes opérations chirurgicales. Quatrième. 
raifon qui néceflite un hôpital commun. ; 

Enfin {a dernière raifon qui néceffite un hôpital commun, 
eft celle des maladies contagieufes. Ces maladies feront-elles: 


(g) Depuis 1712 jufqu'en 1785, il a été baptifé à l’Hôtel.- Dieu 
12355 enfans. Ce relevé a été fait fur les états de baptème de la 
ville de Paris. 


(4) Supra, page 49. 


DES SCIENCES. ox! 


reçues dans les hofpices! on y fera forcé lorfqu'il n'y aura 
pas d'autre hôpital. Mais alors il faudra des falles particu- 
lières pour les maladies contagieules; il en faudra pour 
féparer les différentes maladies ; il en faudra pour les 
hommes & pour les femmes. Ces difpofitions exigeront 
une certaine étendue; & comme il arrivera fouvent que le 
Iocal dont on pourra difpofer, n'aura point aflez d’étendue, 
il faudra accoupler les falles, multiplier les étages, re- 
nouveler tous les inconvéniens de l'Hôtel- Dieu; & ces 
maladies étant mêlées , traitées avec les autres, on re- 
produira tous les maux qui réfultent à l'Hôtel-Dieu de 
ce mélange. Si ces maladies ne font pas reçues dans les 
hefpices, il faut donc encore un hôpitaf pour les maladies 
contagieules. 

Ces confidérations nous conduifent à préférer le troi- 
fième moyen, celui d’un ou de plufieurs hôpitaux ouverts à 
tous les malades; mais nous ne renonçons pas au bien que 
peuvent faire les hofpices; nous favons que les malades y 
font plus fuivis, mieux traités, mieux confolés. Un avantage 
ineftimable de ces établiffemens, quand ils ne font pas un 
moyen unique, quand ils nexiftent que pour aider & 
foulager les hôpitaux, c’eft que fans injuftice les malades 
peuvent y être choifis. L'humanité, qui refufe un infortuné, 
fait qu'il trouvera d’autres fecours; elle s'attache d’autant 
plus à fes adoptions, & le petit hôpital reffemble à une 
famille, où des enfans feroient traités par leurs parens. Le 
Gouvernement doit donc encourager, [a fociété doit payer 
de fon eftime les perfonnes. vertueufes qui établifient des 
hofpices, comme ceux de Saint-Sulpice, de Saint-Jacques- 
du-haut-pas, de Saint-Médéric, de Saint-André. Mais ce 
font toujours des charités particulières , elles ne doivent 
rien Ôter à la charité publique. Ii ne faut rien de borné, 
il faut un grand hôpital commun dans une ville confidé- 
rable, oùla misère foumet tant d'individus à une deftinée 
commune. Elle à befoin d’un hôpital où on ne refufe 


perfonne, où les pauvres de la campagne foient admis ; elle 
M ij 


I faut 
encourager fes 
établiffemens 
des hofpices où 
les malades font 
mieux traités, 
mais comme 
fecours de 
l'hôpital 
commun, & 
non comme 
moyen uniques 


92  HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


a befoin d’un hôpital où fe faffent les opérations difficiles, 
difpendieufes ; d'un hôpital qui, par fon étendue & fa dif- 
pofition, permette de féparer & d’éloïgner les maladies 
contagieufes des maladies ordinaires. 4 
Les grands On peut encore obferver qu’en multipliant trop les 
Me ue hôpitaux, on les fouftrairoit en quelque forte aux regards. 
à l'Etat. Ils font de la nation; l'attention publique, à force d'être partagée, 
duxables  jeviendroit prefque nulle. Dans un grand Etat, les grands 
établiflemens femblent feuls lui appartenir; feuls ils ont une 
mafle qui réfifte au temps, & une importance qui fe fait 
toujours refpecter. L'Etat qui les a élevés doit les foutenir; 
leux confervation devient un devoir facré , un devoir 
d'autant plus indifpenfable , que tout fe pafle au grand jour. 
Si l'hôpital manquoit de fonds pour foulager les malades, 
l'édifice, en partie défert, recevroit les malédiétions du 
pauvre; & l’homme dur qui Fauroït ainfr fermé à la misère, 
n'échapperoit pas aux reproches de fa Nation. Cet avantage 
des grands hôpitaux eft précieux, car fi les vertus privées 
font d’autant plus eftimables qu’elles font plus libres, if 
eft bon, il eft néceflaire que les vertus publiques foient 
commandées par les circonftances, & que les hommes foient 
enchaïnés par ces circonftances mêmes aux devoirs de pre: 
mière néceflité. C’eft encore un avantage de ces hôpitaux, 
que f’adminiftration en eft plus facilement éclairée; cette 
lumière encourage les hommes qui fe dévouent à des fonc- 
tions pénibles & gratuites; & c'eff pour leur ménager le tribut 
d'opinion qui efl leur récompenfe, que les Lettres patentes 
du 22 avril 1781, ordonnent que les comptes de recette 
& de dépenfe de l'Hôtel - Dieu feront annuellement im- 

primés. 
ile. S'il ne paroît pas convenable de conflruire pour 5000 
pen d'u individus un grand hôpital, qui feroit une ville de ma- 
conftruire lades, on voit qu'il y auroit des inconvéniens à trop fub- 
Te divifer cet hôpital, & à Îe diftribuer dans Paris en petites 
parties. I y a donc un milieu à prendre entre un hôpital 


unique qui feroit trop grand, & vingt ou trente hofpices 


DESSIN CITE Nic É'S$ 93 
qui feroient trop petits. Il femble que fa néceffité de retirer 
FHôtel-Dieu du centre de Paris, & celle de le placer aux 
extrémités, jointe à la confidération de Ia diftance trop 
grande, où cet hôpital placé à une extrémité feroit de 
toutes les autres, doit conduire à établir quatre hôpitaux 
dans quatre points choiïfis de fa circonférence de Paris. 
Et ce qu'il y a de fmgulier, c’eft que l’état des chofes 
rameneroit le fyflème des hofpices à celui de ces quatre 
hôpitaux. 

Toutes les paroïfles de Paris ne fourniflent pas des 
malades à l'Hôtel - Dieu proportionnellement à leur éten- 
due.*La médiocrité a fes quartiers comme Ia richeffe, & 
la grande misère eft reléguée aux extrémités & dans les 
faubourgs. Les claffes qui fourniffent le plus à cet hôpital, 
font celle des maçons & des manœuvres, qui abondent 
dans une ville où on bâtit fans cefle & de toutes parts; 
celle des Savoyards, des Auvergnats, qui font ramoneurs 
& Porte-faix; enfin celle des artifans & des ouvriers 
gagnant journées, & qui font fans reflources, lorfque {a 
maladie interrompt le travail: La plupart de ces individus 
habitent en bandes dans des chambres communes, & dans 
des quartiers où ces chambres font moins chères, c’eft- 
à-dire, dans les faubourgs. Ces claffes, qui fournifient 
tant de pauvres malades, obligeroient donc d'agrandir en 
conféquence les hofpices des faubourgs. On ne peut guère 
avoir une idée de la population des paroïfles , qu'en 
comparant leur mortalité à la mortalité totale de Paris. 
Ainfi, par exemple, cette mortalité totale a été en 1785 
de 20365 perlonnes; & en retranchant de cette quantité 
les Proteftans, & tout ce qui eft mort en religion & dans 
les hôpitaux, il en reftera 13345 pour la mortalité des 
paroifles /i). Sur cette quantité, Saint-Euftache a eu 


(2): Nombre: total des morts .. ... . , . . . . . + 20365. 
Morts en religion & Proteftans , . . . .. ns 2,20 
Morts dans les ét e CNE RME 6792. 


Morts des Paroifles 


Dans l'exécution, 
le fyftème 
des hofpices 
reviendroit à 

peu-près à celui 

de ces 
quatre hôpitaux; 


94 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


1224 morts, & Sainte Marguerite 1097 /4); de forte 
que la mortalité de ces paroifles eft à la mortalité générale, 
comme un à onze, & comme un à douze. Nous la fuppo- 
ferons égale, pour l'une & l'autre de ces paroifles, & 
comme un à douze. Or nous avons établi que le nombre 
commun & journalier des malades de l'Hôtel - Dieu eft 
de 2500, & que ce nombre, dans les mauvaifes années, 
peut aller jufqu'à 4800. On pourroit donc croire que 
les hofpices de ces deux paroïfles recevroient, dans Îa 
raifon d'un à douze, 200 malades dans les temps ordi- 
naires, & 400 dans les temps de calamité. Il faudroit 
donc un local difpofé pour 400, puifque, fans égard 
aux temps, c'eft le plus grand nombre des malades qui 
doit régler la capacité des hôpitaux. Un hofpice de 400 
malades eft déjà un véritable hôpital. Mais fi l'on confi- 
dère que les paroifles de Saint Euftache & de Sainte 
Marguerite renferment les faubourgs Montmartre & 
Saint-Antoine , peuplés de pauvres & où habitent en 
grande partie les clafles ouvrières & indigentes, dont 
nous avons parlé; on verra que ces paroïfles doivent en- 
voyer à l'Hôtel-Dieu, relativement aux autres, un nombre 
bien plus grand de malades, que celui qui réfulteroit de 
leur. étendue comparée. Ce n'eft pas trop de doubler le 
nombre 400 que cette étendue nous a indiqué, & de 
les porter à 800 ; fur-tout en obfervant que nous avons 
fuppolé les variations du nombre des malades, dens ces 
hofpices, proportionnelles à celles de l'Hôtel-Dieu, tandis 
que les règles de la probabilité font connoîïtre que ces 
variations y peuvent être beaucoup plus grandes. H en 
réfulte que certaines paroifles des faubourgs auront befoin 
de femblables hofpices , placés dans cette circonférence 
où la misère habite; & ces hofpices de 800 malades font 
précifément les grands hôpitaux, dont nous croyons avoir 
montré la néceflité. Nous penfons feulement que quatre 
hôpitaux fufhront, & qu'il convient de les porter de 8. 


(k) Voyez les états imprimés. 


D'Es Se FE N CE S 9$ 
à 1200, pour embrafler le nombre de 4800 malades, , 
que paroît demander , dans les cas extrêmes, la population 
de Paris. 

Nous croyons donc que FAcadémie doit propofer au 
Gouvernement de partager le nouvel hôpital, qui doit 
fuffire à 4800 malades, en quatre hôpitaux de 1200 
malades chacun, & qui pourront être placés aux quatre 
extrémités de la ville de Paris. Nous fuppofons que les 
bâtimens de ces hôpitaux feront compofés d’un rez-de- 
chauffée & de deux étages, avec caves voûtées & greniers. 
Nos defirerions que les malades n’occupañlent que le pre- 
mier étage; mais comme une pareille difpofition produiroit 
un grand développement, & prendroit trop de terrein , nous 
propofons de placer les Officiers au fecond étage, les ma- 
. Jades au premier & au rez-de-chauffée. Le rez-de-chauffée 
fufffamment élevé au-deflus du fol, fera particulièrement 
réfervé aux convalefcens qui font à peu-près un tiers des 
malades. Ï1 n'y aura donc jamais qu'un petit nombre de 
malades proprement dits, dans le rez-de-chauflée ; & cet 
arrangement facilitera aux convalefcens la promenade & 
exercice de leurs premières forces en plein air. 

Quant à la difpofition générale des bâtimens, nous 
croyons que la forme circulaire, adoptée par M. Poyet, 
n’eft pas la meilleure. La forme carrée a l'inconvénient 
que les falles rentrent les unes dans les autres, & que 
les croifées des angles font trop voifines; lorfqu'elles font 
ouvertes l'air infecté peut pañler facilement d’une falle 
dans l'autre. La direction des falles en rayons eft dans 
le même cas; les croifées font trop voifimes en approchant 
du centre, & la forme circulaire des galeries où elles 
aboutiflent, n’eft pas la phus favorable au renouvellement 
de air vicié. D'ailleurs ces rayons dirigés à tous les 
points de la bouflole ont tous des expofitions différentes; 
or, parmi ces expofitions il y en a une meilleure qui, dans 
un édifice conftruit pour un hôpital, doit être la feule 
employée. Les falles affemblées.en croix ont les mêmes: 


Difpofition 
intérieure de 
ces hôpitaux. 


Difpofition: 


extérieures 


Difpofition 
intérieure 


des falles, 


96 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


inconvéniens que les formes carrées; ces falles s’enfilent 
& communiquent trop directement. On peut fans doute 
en renouveler l'air au moyen d'un dôme placé au centre, 
qui fert de ventilateur, comme l’a propofé M. Petit en 
1774, & rendre, comme lui, ce ventilateur plus actif 
par le feu; mais quelque utilité que puifle avoir le ven- 
tilateur, il vaut encore mieux n’en avoir pas befoin. Nous 
croyons que Îa difpofition la plus falubre pour {es hôpi- 
taux feroit celle où chaque falle, fr cela étoit poffible, 
formeroit un hôpital particulier & ifolé ; mais ce qui n’eft 
pas praticable fans une grande dépenfe quant aux falles, 
le devient quant aux bâtimens. Au lieu d'enfermer une 
cour par trois ou quatre corps-de-logis, on peut les déve- 
lopper, les ifoler, les efpacer. Nous propofons que ces 
bâtimens foient des parallèles, auxquelles on donnera Ia 
longueur qu'on voudra, & que nous fuppofons ici de 110 
à 120 toiles: ces parallèles feront féparées par des cours 
de la même longueur, & larges de 20 à 30 toiles, qui 
formeront de vaftes promenoirs. Nous devons dire que 
l'idée de cette forme d’hôpital appartient à M. Leroy, de 
cette Académie, qui l'a expofée dans un Manufcrit {ù en 
1777, non encore imprimé, & dont nous regrettons de 
n'avoir pas eu connoiffance. Nous propofons de diriger 
ces bâtimens de l’eft à l’oueft, afin que les croifées donnant 
du nord au midi, le vent du nord puifle rafraichir les 
falles pendant d'été, & fournir un moyen de fécher les 
planchers quand on les a Javés; & que l’expofition au midi, 
en offrant d’autres moyens de fécher, procure aux malades 
un jour qui leur eft toujours agréable, & une chaleur qui 
leur eft fouvent néceffaire. L’excès de cette chaleur eft rare 
dans nos climats, & il eft par conféquent d'autant plus 
facile d'y remédier. 

Nous infiftons pour que Îes malades foient à jamais 
couchés feuis, conformément aux principes phyfiques que 
nous avons expolés, & fuivant ce qui a été décidé & arrêté 
par la bonté du Roi. Nous infifons pour que les lits, 

chacun 


DPELSIMSACLIMENN de Et 97 


chacun de trois pieds, foient féparés par des ruelles de 
même largeur, & qu'il n'y ait jamais que deux rangs de 
lits. Ces falles ayant 24 pieds de large, on aura dans le 
milieu un paflage de 12 pieds. Nous confeillons de faire 
les couchettes en fer, & nous infiftons fur la néceflité de 
garnir ces lits de matelas de laine & non de matelas de 
plume; de ne jamais vider les paillafies dans les falles, 
mais de les vider & d'en brüler la paille dans es cours, 
à une diftance fufhfante des bâtimens de l'hôpital. 

Il fera convenable que les planchers des falles foient 
dallés en pierres, autant que cela fera poflible. Les joints 
dégradés des carreaux forment néceflairement des creux où 
fe logent toutes fortes de faletés & de matières fétides qui 
y fermentent; ces planchers ne peuvent jamais être bien 
lavés: il faut au moins qu'il y ait des dalles fous les lits, 
dans les ruelles, .& que le refte de la falle foit carrelé en 
carreaux de grand échantillon. Mais nous croyons que, 
fans trop charger le plancher, on pourra le earreler en 
entier de dalles, pourvu qu'elles n'aient que deux pouces 
d'épaïfleur. Alors, en inclinant ces dalles vers le milieu de 
la falle, on y ménagera une rigole pour l'écoulement de 
l'eau, & pour difiper plus facilement l'humidité après le 
lavage du plancher //). Ces dalles feront fimplement fciées; 
fr elles étoient polies, elles feroient gliffantes; & comme 
elles peuvent le devenir par l'ufage, on en préviendra le 
danger en y repandant du fable. 

Quant au plancher fupérieur, nous n'avons pas propofé 
des voütes qui exigeroient des murs trop forts & une 
dépenfe trop confidérable ; mais il faudra plafonner ce 
plancher, pour que les intervalles des folives n'offrent 
point à l'air infecté une retraite d'où il eft difficile de le 
chaffer. Les croifées monteront à la hauteur du plafond & 
s’ouvriront jufqu'à cette hauteur, afin que la couche fupé- 
rieure de l'air, qui eft toujours la plus infeéte, ait une libre 


(1) M: Tenon. Mém. Acad. des Sc. 1780, page 440, 
Hif. 1785. N 


Département 
des maladies 
contagieufes. 


08 Histoire DE L' ACADÉMIE RoyaLe 


iflue. Les efcaliers doivent être ouverts de manière que l'air 
du dehors circule librement dans toute eur hauteur. L'in- 
térieur des falles fera échauflé l'hiver par les moyens ordi- 
naires, c'eft-à-dire, par des poëles. 


La chapelle pourra être conftruite hors des bâtimens 
arallèles & à une diftance convenable. I n’eft pas poffible 
qu'elle foit à portée de toutes les falles de malades; elle eft 
principalement deflinée aux gens de fervice & aux malades 
convalefcens: mais on pourra, comme à l'Hôtel - Dieu 
actuel , placer des autels, & avoir ainfi de petites chapelles 
particulières dans l’intérieur des falles. 


On a toujours lieu de craindre le feu dans une maïfon 
où il y a beaucoup de monde, & où le fervice compliqué 
eft très-aétif; il convient donc de prendre d’avance des 
précautions pour en prévenir le danger. C’eft une des xai- 
{ons qui nous ont portés à confeiller de faire les couchettes 
en fer. Nous confeillons également d’employer le fer pour 
les chaflis des croifées ; de l’employer, au lieu de bois, 
par-tout où cela fera poffible; d’imprégner d’une diflolution 
faline, telle que celle de lalun, les bois qui entreront 
dans la conftruétion; & d’avoir des iffues par des efcaliers 
fuflifamment larges, tant au milieu qu'aux extrémités de 
chaque bâtiment. 


Cette difpofition en bâtimens parallèles aura cela d’avan- 
tageux, qu'on pourra, felon le befoin, deftiner un ou 
plufieurs corps de bâtimens aux maladies contagieufes. On 
prendra de préférence le bâtiment extérieur du côté du 
midi, parce qu'il fera fous le vent du nord, & que ce 
vent eft celui qui balaye le mieux le mauvais air. Ce corps 
de bâtiment étant fpécialement deftiné aux maladies con- 
tagieufes, on pourra y établir des fubdivifions & les claffer. 
Le pavillon du milieu fera une féparation entre la falle 
de la droite & celle de fa gauche; & cette féparation 
exiftant au rez-de-chauflée, comme au premier, le bâtiment 
aura quatre quartiers différens dont on pourra faire l’ufage 


DEL SL OS MCUIVEN NEC: Ey. Se 99 


convenable, c'eft-à-dire, celui qui fera prefcrit par les 
Médecins. 


Les latrines & leur pofition font un objet important 
dans fa conftruétion d’un hôpital: il feroit bon qu'elles 
fuffent ifolées & éloignées des bâtimens, afm que leurs 
émanations n'atteignifient pas les falles des malades; mais 
la commodité peut engager à les placer aux extrémités 
des parallèles. Nous n'entreprendrons point cette difcuf- 
fion ; nous croyons que cet objet doit être médité & 
combiné avec l’Architecte , les plans à la main, pour fe 
décider fur le local & en mettre à profit tous les avantages. 
Mais ïl fera eflentiel, lorfque le voifinage de a rivière 
le permettra, de pratiquer un égout fouterrain où fe 
rendront les vidanges des fofles, les immondices, &c 

u’on lavera en y faifant paffer l’eau même de Ia rivière, 
comme M. Poyet l'a pratiqué dans fon projet; ou du 
moins on nettoiera cet égout par des eaux retenues dans 
un baffin, & qu’on y fera tomber & pafler en grande mafle , 
plufieurs fois dans l'année. 


I n’eft pas néceffaire que nous entrions ici dans les 
détails, foit de conftruction, de diftribution ou de police 
intérieure, que pourront exiger la falubrité, la propreté de 
l'hôpital, & la commodité des malades. Ces détails feront 
confignés dans un ouvrage que l’un de nous, M. Tenon, 
nous a communiqué, & qu'il a deffein de publier inceflam- 
ment. Il y a recueilli le fruit de vingt années d'obferva- 
tions fur les hôpitaux. Cet ouvrage fera utile & à l’Architecte 
chargé de conftruire un hôpital, & à l’Adminiftrateur qui 
en réglera le fervice. I nous fuffit d’avoir mis fous Îles 
yeux de l’Académie le plan général de la conftruétion d'un 
hôpital. Nous croyons que, par la difpofition que nous 
avons indiquée, il aura toute la falubrité qu'un hôpital 
puifle avoir. Ce ne fera plus un lieu d’effroi & de douleur; 
les malades béniront le nom du Roï; la mortalité y dimi- 
nuera, & les hommes y feront confervés. 


N j 


Latrines 
& ésout 
fouterrains 


Ces hôpitaux 
feront falubres, 


L'Hôtel-Dieu 
eft-il en état de 
fournir à la 
dépenfe de 
4300 malades! 


100 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


On demandera peut-être fi l’'Hôtel-Dieu eft affez riche 
pour fubvenir à la dépenfe de 4800 malades. I] ne paroït 
pas qu'on en puifle douter, puifque les Lettres patentes du 
22 avril 1781, parlent d'une poflibilité de 4000 malades, 
& même de la poflbilité d’un concours plus grand que 
le bien - être pourroit y amener. Mais il faut toujours 
confidérer que 4800 eft le nombre extrème, le nombre 
qui n'aura lieu que dans les cas rares & extraordinaires. 
On ne peut rien établir que fur le nombre moyen. Or 
ce nombre eft de 2500, & il eft aifé de voir f1 'Hôtel- 
Dieu eft en état de les entretenir. Nous avons dit que, 
dans l’hofpice de Saint-Sulpice, les malades ne coûtent que 
dix-fept fous par jour, compris tous les frais de fervice. 
Si dans un grand hôpital de 2500 malades, les abus font 
plus coûteux, il y a aufli plus de reflources pour léco- 
nomie; & en fuppofant que les malades y doivent coûter 
vingt fous, nous leur attribuerons une dépenfe plus que 
fufifante. Cette évaluation eft conforme à celle des Lettres 
patentes du 22 avril 1781. Or, fuivant l'état de recette 
& de dépenfe préfenté au Roï en 1773, par M.° les 
Adminiftrateurs /”), l'Hôtel-Dieu paroît avoir de revenu 
net 1022520" {”"), ce qui fait environ 2801 à dé- 
penfer par jour pour le foin des malades; & en fuppo- 
fant qu'ils coûtent vingt fous , cet hôpital peut en dé- 
frayer 2800, c’eft-à-dire, beaucoup plus que le nombre 
moyen. Et il faut encore obferver que fr l'Hôtel - Dieu 
étoit rendu plus falubre, fi la durée moyenne des malades 
n'y étoit que de vingt-trois jours, comme à fa Charité 
ou à Fhofpice de Saint-Sulpice, l’afHuence pourroit fans 
doute être plus grande; mais l'Hôtel-Dieu, gardant une 
fois moins fes malades , pourroit en recevoir dans l'année 
une fois davantage. S 


(m) Récit de ce qui s’eft paflé, tendant à la conftruélion d’un nouvek 
Hôtel-Dieu, page 16, ëT fupra. 


(n) Suprä, page 77. 


DES SN COMEIN C E 9 Tor 
La conftruction des quatre hôpitaux que nous propo- 
fons, ne fera pas d’une dépenfe confidérable, du moins 
relativement à l'utilité de fon objet, fi on exclut du projet 
de ces bâtimens toute magnificence extérieure, toute dé- 
coration de luxe, & fi la dépenfe eft faite avec intelli- 
ence & avec économie. L'hôpital eft la maifon du pauvre: 
la bonté du Roi peut y prodiguer les fecours, les com- 
modités au-dedans; mais il eft décent qu'une fimplicité 
noble annonce au-dehors la demeure de l'indigence. Au 
refte, la difpofition des bâtimens que nous avons indiquée, 
a cela d’avantageux que, fi cependant on vouloit que cet 
édifice, comme monument public, eût quelque décoration 
extérieure, il fufhroit d’orner une des faces d’un feul bà- 
timent, fur la longueur de 110 ou de 120 toifes; & ces 
ornemens diftribués avec goût, pour conferver le carac- 
tère du monument, ne feroient pas coûteux. 

Nous croyons, d'ailleurs qu'on pourroit épargner beau- 
coup fur ces conftruétions, en retranchant une partie des 
accefloires, qu'on à regardés jufqu'ici comme néceflaires. 
L'Hôtel-Dieu a fa boulangerie, fa boucherie, fa buanderie. 
Ce feroit infmiment multiplier les êtres & fans néceffité, 

ue d'en établir également pour chacun des quatre hôpi- 
taux. IH faudroit, {1 on vouloit abfolument continuer ce 
fervice, placer toutes ces dépendances de l'Hôtel - Dieu 
dans une maifon, telle que Sripion, où fe fait le pain 
de hôpital général. Mais nous croyons que l'adminiitra- 
tion de l'Hôtel - Dieu auroit beaucoup à gagner fur fa 
dépenfe annuelle, en mettant à l'entreprife les fournitures 
de pain & de viande. L'adminiftration, dans ces marchés, 
voit & fait ce qu’elle fait; les prix de la ville font connus; 
on peut apprécier les rabais que permet une grande four- 
niture, & les marchés peuvent être faits, renouvelés, avec 
une économie fatisfaifante. En ayant une boucherie & une 
boulangerie pour fon compte, on ne peut épargner que 
le gain des fournifieurs ; & ce profit doit difparoïtre faci- 
lement, au milieu des abus inévitables dans une grande 


La confiruéion 
de ces quatre 
hôpitaux ne fera 
pas une dépenfe 
confidérable , fi 
on fupprime Îa 
décoration 
de luxe, 


I y a d'ailleurs 
plufieurs moyens 
d'économie, On 
peut retrancher 
la Boulangerie 


& la Boucherie, 


On n'a befoin 
que d'une 
médiocre 
Buanderie, 


102 HIisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


adminiftration. Mais cette économie n'’eft point de notre 
objet; nous ne propofons de mettre ces fournitures à 
l'entreprife, que pour épargner & le terrein & les bä- 
timens que ces accefloires exigent ; & nous obfervons 
feulement que le bureau de 'Hôtel- Dieu pourroit ajouter 
une économie annuelle à cette économie de première 
conftruétion. FT 

Quant aux buanderies, on ne peut les fupprimer & 
mettre le blanchiflage du linge à lentreprife, qu'avec 
quelques reftrictions. Le linge qui a fervi aux malades 
attaqués de maladies contagieufes, ne doit point fortir, 
tel qu'il eft, de l'hôpital, fuivant le principe de police que 
toute communication, foit du dehors au-dedans, foit du 
dedans au-dehors, doit être interceptée. II faut donc qu'il 
y ait une buanderie attachée à Fhôpital, mais feulement 
pour les maladies contagieufes; & le refte du linge pou- 
vant être donné à l’entreprife, il s'enfuit que la buanderie 
de l'hôpital peut être plus petite, occupera moins de terrein; 
& aura moins de bîtimensy ce qui eft une économie de 
conftruction. Cette buanderie particulière pourra même 
être bornée à un lavage préparatoire, à une première 
opération, qu'on appelle échangeage. Le linge ainfi lavé 
eit déjà purifié, & il peut être tranfporté fans rifque 
chez les entrepreneurs pour la buanderie. II fera cependant 
encore de la prudence d'employer deux précautions : l’une 
de tranfporter ce linge dans des caiflons fermés ; l’autre 
d'exiger des entrepreneurs de faire une leffive à part pour 
le linge des maladies contagieufes, qui, à cet effet, fera 
marqué & diftingué. Il feroit d'autant plus avantageux de 
donner le blanchiffage du linge à lentreprife, que les 
entrepreneurs fe placeroient néceffairement au bord de 
la rivière, & qu’on pourroit les obliger à s'établir au-deflous 
de Paris, afm que les-eaux de la Seine, deftinées à abreuver 
les habitans, ne coulent point chargées des faletés que 
renferme ce linge. 

Mais la plus grande économie qu'on pourroit faire; 


DES SCIENCES. 103 
feroit fur les hôpitaux mêmes à conftruire. Nous propofons 
d'en établir & d’en conftruire quatre, & ces conftruétions 
nouvelles feroient fans doute les plus avantageufes, parce 
qu'on pourroit choifir le local, l'expofition, les convenances 
pour les mieux placer ; mais s’il étoit poflible de trouver des 
hôpitaux déjà conftruits, ce feroit une économie & d'argent 
& de temps. Or, nous voyons que l’'Hôtel-Dieu actuel a 
deux maifons dans fa dépendance, l'hôpital Saint-Louis 
& l'hôpital Sainte-Anne ou de Ia Santé, fun au nord de 
Paris, entre les faubourgs du Temple & Saint-Laurent, 
l'autre au midi près l’Obfervatoire. Ces maifons ont deux 
des quatre pofitions que nous avons demandées. L'hôpital 
Saint-Louis eft un fuperbe bâtiment que nous devons à 
Henri IV. M. Duhamel le cite comme digne de fervir de 
modèle en ce genre (0). Les corps-de-logis ne fuivent 
point la difpofition que nous avons préférée ; ils forment 
un carré. Cependant cette maifon renferme de vaftes bâti- 
mens, qui font tout difpofés pour des malades; elle eft 
fur un terrein élevé & en bon air; & ces confidérations, 
jointes à celle de l’économie, femblent permettre de 1a 
choifi” pour un des quatre hôpitaux propofés. On y 
compte huit falles, quatre au rez-de-chauflée & quatre au 
premier étage, chacune de 72 toifes de long: mais les 
falles du rez-de-chauffée font bafles & humides: on ne 
peut employer que celles du premier étage, qui offrent 
un développement de 288 toiles, & où l’on peut placer 
(576 lits, en les rangeant fur deux files; fans compter 
les logemens particuliers des malades que renferment les 
pavillons aux quatre angles de la cour. Cette maïfon peut 
donc offrir plus de 600 lits. Il y a affez de logement pour 
les gens de fervice; il ne s’agit que d'élever les bâtimens 
parallèles propres à loger 600 autres malades. Et fi on 
choïfit cette maifon pour y établir un des quatre hôpitaux 
222 Anh tnt à Blida 4 ob AS LU AE LI LUE EDS 

(o) Moyens de conferver la fanté aux Équipages des Vaifleaux , 
page 227, 


On peut trouver 
des hôpitaux 
déjà conftruits, 
tels que 
Saint - Louis 


Sainte-Anne. 


Changement 
facile à faire 
a l'hôpital 
Saint - Louis, 


L'hôpital 
Saïnte - Anne 
neft pas affez 
grand, mais on 
Feiit augmenter, 


HT y avroït pour 
un troifième 
hôpital un terrein 
& quelques 
bâtimens tout 
prêts au couvent 
des Céleftins, 


>, 
i, 
104 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


de 1200 malades, on aura une économie de plus de a. 
moitié de la dépenfe. 

Les falles du premier étage, deftinées à des maladies 
contagieufes, feroient fans doute trop élevées pour les 
maladies ordinaires; mais fi ces falles ont 24 pieds, ül 
fera aifé d'y pratiquer un entrefol de 7 à 8 pieds, qui 
en réduira fufhfamment la hauteur. Et fi cet hôpital a été 
bäti pour des maladies contagieufes, rien n'empêche qu’on 
ne le réferve plus particulièrement à ces maladies; & 
que, Jorfqu'’il faudra les féparer entr'elles, on n’emploie 
dans les pavillons des angles Îles précautions néceflaires 
pour fermer toute communication. 


L'hôpital Sainte-Anne ne forme pas une maifon fi con- 
fidérable. Il contient fix falles, trois au rez-de-chauflée & 
trois au premier étage, donnant enfemble 190 toifes de 
développement. I fembleroit donc qu'on pourroit y placer 
380 lits, fi les bâtimens étoient en bon état, On afiure 
qu'ils font étayés & qu'on ne peut en faire aucun ufage; 
mais le fol fubfifte. Ce fol a une étendue de 15 arpens; : 
& c'eit toujours une grande économie que celle de l'achat 
du terrein néceflaire à un hôpital de 1200 malades. 


Nous voyons encore Îa poffbilité de placer un troïfième 
hôpital dans un Îieu où fe Gouvernement aura des moyens 
d'économie, tout au moins fur l’acquifition du terrein; 
c'eft dans le couvent des Céleftins. Leur maifon eft près 
de Îa rivière ; une pompe peut y fournir autant d’eau 
qu'on voudra. Nous favons qu'on y a confiruit un égout 
pour conduire les immondices à la rivière. Le couvent 
& le jardin nous ont paru occuper une fuperficie de plus 
de 8000 toifes. Il eft vraifemblable que quelques-uns des 
bâtimens exiftans, dont plufeurs font prefque neufs, & 
qui compofoient Îe couvent, pourroient fervir à établir 
des falles de malades, Les étages font peut-être un peu 
bas, mais fans doute qu'il feroit poflible , en confervant 
les gros murs, de changer la difpofition intérieure ; il y 

aurojé 


DIRARSLUOMCHINENNÈCLE IS. 105 


auroit donc économie de Fachat du terrein, mais aufii 
économie de bâtiment. 

Nous ne penfons pas qu'on doive placer Île quatrième 
hôpital à l'ile des Cygnes, parce qu'on feroit obligé de 
faire des quais, des revètemens. Ces frais extraordinaires 
montent, dans le devis de M. Poyet, à plus de 1400000 
livres. Il en réfulteroit une augmentation confidérable fur 
la dépenfe de conftruction de hôpital. Ces frais pouvoient 
paroïtre moindres dans Îe vafte projet de M. Poyet, mais 
ils paroïfent d'autant plus grands qu'on reftreint plus 
l'étendue de ce projet. Nous croyons qu'il vaudroit mieux 
porter cet hôpital un peu plus loin au-delà de l'École 
militaire , vis-à-vis les premières maïfons de Pafly. La 
diftance de Paris n'eft pas beaucoup plus grande; Îe terrein 
n'y feroit pas cher, & on pourroit s'y paffer de ces quais 
néceffaires à l’embelliffement de Paris; mais qui, pour un 
hôpital, font un objet de luxe & de dépenfe. 

Si l’on jugeoit qu'il valüt mieux laïfler Fhôpital Saint- 
Louis tel qu'il eft, & le borner à recevoir 6oo malades, 
ou fi les travaux qu’on feroit dans les deux hôpitaux ne 
fufhloient pas pour y placer 2400 malades, on pourroit, 
comme fupplément, & pour compléter ce qui manqueroit 
à ce nombre, établir un cinquième hôpital placé au bas 
de Montmartre, qui répondroit particulièrement aux be- 
foins de la paroïfle Saint-Euftache, chargée de pauvres; 
& qui d’ailleurs étant intermédiaire entre l'hôpital de 
Saint-Louis & celui qui feroit fitué à l’oueft de Paris, 
païtageroit Ja diftance trop grande de ces deux hô- 
pitaux, 

On pourra objecter, contre ce plan d'économie, que les 
deux maiïfons de Saint-Louis & de Sainte-Anne ne doivent 
fervir que dans les temps d'épidémie contagieufe. On penfe 
qu'il eft néceflajre d’avoir des hôpitaux de réferve, & 
tout prêts à ouvrir dans ces temps de calamité générale. 
On cite, pour établir cette néceflité, une contagion arrivée 


en 1348, pendant laquelle if périfloit 520 perfonnes par 
CHR 1785. 


Le quatrième 

hôpital pourrait 

être placé près 
FA 


l'École militaire. 


Objections 
contre ce plan. 
Saint - Louis 
& 
Sainte - Anne 
ont été réfervés 
pour 
les épidémies. 


Les épidémies 
font {1 rares, 
qu'on peut 
croire que les 
caufes ne 


fubfiftent plus. 


106 Hisrorre DE L'ACADÉMIE ROYALE 
jour à l'Hôtel-Dieu; une difette de grains qui, en 1361, 
obligea les pauvres des villages voifins à refluer à {'Hôtel- 
Dieu. On cite les fièvres de prifon , & la pefte dont les pri- 
fonniers de la conciergerie furent attaqués en 1548. On 
cite fept autres contagions depuis 1481 jufqu'en 1580. 
Des baraques furent élevées au milieu de la plaine de Gre- 
nelle; on y conftruifit depuis un hôpital qui fervit, lors de 
la famine & de la pefte de 1587; 2000 malades y furent 
envoyés. Les hôpitaux de Saint-Louis & de Sainte-Anne 
furent fondés en 1607, pour ces temps de contagion; on 
les ouvrit, pour la première fois, au moment des contagions 
de 1619 & 1631. I y en eut d’autres en 1638, 1662, 
1668 ; une difette de grains en 1693. Nous ignorons fr 
ces hôpitaux furent alors ouverts; mais ils le furent dans 
une nouvelle difette de grains qui furvint en 1699. 
Rien m’efl’plus fage fans doute que d’avoir des fecours 
de réferve pour des calamités extraordinaires & fubites, 
quand on eft dans le cas de les craindre. Les exemples 
cités prouvent que, dans les fiècles où ils font arrivés, {a 
contagion avoit réellement lieu , & avec des retours aflez 
fréquens. Mais on peut remarquer que tous ces exemples 
finiflent à l’année 1699, & la raïfon en eft fimple : Ia 
lumière des Sciences qui a commencé à briller , particu- 
lièrement au milieu du dernier fiècle, a donné lieu, finon 
de connoître la nature de ces fléaux, du moins d’indiquer 
les moyens d’en prévenir la contagion. Un Gouvernement 
plus éclairé, une Police plus vigilante, les a fur-tout écartés 
de Paris ; la pefte n’y arrive plus, au moyen des précautions 
prifes aux frontières ; dans le temps même où elle infeéta 
Marfeille, elle ne s’étendit pas, parce qu’on coupa toutes 
les communications de cette ville avec les lieux circonvoi- 
fins. La caufe des épidémies proprement dites femble 
détruite depuis que Paris eft pavé, que les rues font élar- 
gies, & que la propreté y eft mieux entretenue. Paris ef 
certainement devenu plus fain; & une preuve fans replique, 
c'eft qu'il n’y a point eu d’épidémie dans ce fiècle déjà f 


DIE 61910 L'EINE B-$. 107 
avancé. II ne faut donc pas fe priver d’un fecours tous Îes 
jours néceflaire, pour des cas qui deviennent de plus en 
plus rares, & qui n'arriveront peut-être plus. C'eft dans 
cet efprit que les Lettres patentes données en 1773 par 


le feu Roi, ordonnent que l'Hôtel-Dieu fera transféré. 


dans les hôpitaux de Saint-Louis & de Sainte-Anne, fans 
avoir égard à leur ancienne deftination pour les temps 
d’épidémie. Cette difpofition du feu Roi, quoiqu'élle n'ait 
pas eu fon eflèt, a été déterminée par les vues d’éco- 
nomie que nous propofons. 

D'ailleurs, pour raflurer pleinement fur les dangers & 
fur l'embarras de ces épidémies, nous ferons obferver que 
l'Hôtel -Dieu, tout reflerré qu'il eft aujourd'hui, n’a pas 
toujours été aufli étendu. Toutes les fois que le nombre 
des malades étoit fenfiblement augmenté, ce furcroït pou- 
voit paroître une épidémie. Nous avons eu une difette 
de grains en 1740; alors, comme en 1741, en 1752, 
le nombre des malades prefque doublé a été jufqu'à 4000, 
& on ne compte point d'épidémie dans ces années, & 
l'Hôtel-Dieu n’a point demandé de fecours extraordinaires ; 
les malades y ont été fans doute entaflés, mais ils y ont 
été tous reçus; mais Saint-Louis & Sainte-Anne n’ont 
point été ouverts. C’eft pour régler l'Hôtel-Dieu fur ces 
temps extraordinaires, que nous avons penfé qu'il devoit 
contenir 4000 lits; & c’eft en faifant attention que les 
malades y vieéndroient peut-être plus volontiers, en plus 
grand nombre, lorfqu'ils y feroient couchés feuls , lorf- 
qu'ils y feroient mieux, que nous avons cru devoir porter 
le nombre des lits à 4800. Avec ces fecours, on n’a rien 
à craindre dans des événemens femblables à ceux de ce 
fiècle. Nous obferverons que des hôpitaux qui ont de fi 
grands moyens, ont aufli de grandes reflources dans 
des befoins imprévus; & pour tranquillifer ceux qui fe 
figureroient que les maux arrivés peuvent arriver encore, 
quoique Îles caufes ne fubfiftent fans doute plus, nous 


dirons que l'on peut placer des lits fur leur longueur, dans 
O ij 


C'eft pour 
fufñre aux 
faifons les plus 
ficheufes, qu'on 
a demandé 
4800 dits. Les 
hôpitaux en 
recevroient » 
encore 2400, 
dans un befoin 
extraordinaire. 


Les deux 
hôpitaux placés 
près de l'Arfenal 
._ & de 
l'École militaire, 
auroient de l’eau. 
On pourroit en 
fournir aux deux 
autres, au moyen 
des rivières 
qu'on projette 
d'amener 
à Paris, 


108 Hisroire DE L'ACADÉMIE ROYALE 
le paflage du milieu de chaque falle. Ce pañlage aura 12 


pieds, le lit en prendra trois, il reflera donc des deux 
côtés quatre pieds & demi pour pañler. C’eft bien peu 
fans doute ; mais c’eft aflez pour un cas très-rare, pour 
un temps qui fera court, & où une calamité extraordinaire 
permet d'employer un remède extraordinaire. Cette addi- 
tion de lits fufhroit à 2400 malades, & les quatre hôpitaux 
en recevroient 7200. $ 

es deux hôpitaux placés vers l’Arfenal & vers l'École 
militaire, dans le voifinage de la rivière, auroient de l’eau 
abondamment. Il feroit aifé de es en fournir, au moyen 
d'une pompe conflruite fur le bord même de la rivière, 
ou placée dans un puits creufé à cet effet; mais il n’en 
feroit pas de même des hôpitaux de Saint-Eouis & de 
Sainte-Anne. Saint-Louis eft fourni par les eaux qui def- 
cendent de Belleville; on dit qu'il eft des temps où il 
manque d’eau. L'hôpital Sainte-Anne, quoique fourni par 
les fources d’Arcueil, peut en manquer aufli quelquefois, 
ou du moins n'en avoir pas une quantité fufhfante pour 
les befoins d’un hôpital de r200 malades. Cette confidé- 
ration mérite toute l'attention du Gouvernement; car fi 
la falubrité dépend en grande partie de la propreté, c'eft 
Peau qui maintient & conferve fa propreté dans un hôpital. 
H eft aifé de fournir celle qui pourroit manquer à l'hôpital 
Saint-Louis ou à Fhôpital Sainte-Anne, foit par des puits 
femblables à celui de Bicètre., foit par le moyen des 
pompes à feu. On a propofé au Gouvernement diflérens 
projets qui ont été approuvés par l'Académie, & dont 
l'exécution, fi elle a heu, favoriferoit l'établiflement des 
deux hôpitaux dont il eft queftion ici. Dans le eas où la 
rivière d’Y vette feroit amenée à Paris, fa première utilité 
feroit de fournir de l'eau à l’hôpitaf Sainte-Anne; & fr 
la Beuvronne eft amenée au nord de Paris, dans un baflin 
creufé exprès au-deffous de Belleville, & précifément vis- 
à-vis Saint-Louis, il fera facile d’en tirer un filet d’eau 
qui fera conduit à cet hôpital. C’eft au Gouvernement à 


Dre SsSIc LE NC Es 109 


juger jufqu'à quel point doivent concourir enfemble ces 
diférens projets, deftinés à immortalifer un règne. 

Mais nous croyons qu'en établiffant ces hôpitaux, il 
feroit encore convenable de laïfler un dépôt de malades 
dans le lieu où eft l'Hôtel-Dieu ; & lorfque l'on auroit 
pris fur l'emplacement aétuel le terrein néceflaire à la conf. 
truclion des quais qui doivent embellir la ville, découvrir 
en entier les bords de la rivière, & faciliter {a circulation 
de l'air, l'Hôtel-Dieu réduit aux bâtimens qu'il a dans fa 
Cité, offriroit un afyle au centre de Paris, à des blefés, 
à des malades qui ont befoin de fecours prompts. Ces 
malades , toujours en petit nombre, pourroient être à 
l'aife dans un emplacement borné. On en éloigneroit tout 
ce qui met en danger du feu; & en y facilitant le renou- 
vellement de l'air, on rendroit ce dépôt utile & falubre 
pour les pauvres, fans qu'il püt nuire aux habitans de 
Paris. 

Nous finiflons en réfumant les conclufions portées dans 
ce Rapport, & nous difons que l'Hôtel-Dieu ,: placé où 
il eft aujourd’hui, n’eft pas fufhfant pour le nombre de 
malades que la population de Paris & les années calami- 
teufes peuvent obliger d'y placer: que cet hôpital eft le 
plus incommode & le plus infalubre de tous les hôpitaux ; 
ce qui eft prouvé, tant par les raifons phyfiques que 
nous avons expofées, que par la quantité de malades qui 
y périflent annuellement. Nous difons que le nouvel 
Hôtel - Dieu dont M. Poyet a donné le projet, a une 
grande fupériorité fur l'Hôtel - Dieu a@uel: mais nous 
croyons que cet hôpital eft trop vaite & a l'inconvénient 
de raffembler trop de malades dans"le même lieu. Enfin 
nous propofons de divifer ce projet trop vafle, & de 
conftruire quatre hôpitaux, chacun pour 1200 malades, 
les bâtimens étant difpofés en longues galeries parallèles. 
Et dans le cas où l’on voudroit réduire la dépenfe & 
chercher des moyens d'économie, nous croyons que 
l'hôpital Saint-Louis & l'hôpital Sainte-Anne pourroieni 


I! feroit bon de 
conferver un 
dépôt à 


l'Hôtet - Dieu. 


5 
Conclufrons 
générales de tons 


Je Rapport, 


110 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


être pris pour former deux de ces hôpitaux , & que les 
deux autres feroient bien placés, l'un fur le terrein des 
Céleftins, & l'autre près de l'Ecole militaire. 

Nous devons dire à l’Académie, & nous tenons de 
M. le Baron de Breteüil lui-même, cette circonftance 
intéreflante , que fi le Roï n'a encore rien ftatué à cet 
égard, il a pelé dans fon cœur les intérêts de l’indigence 
fouffrante. H a fenti qu'un grand hôpital eft une grande 
calamité , & la bonté fouveraine a eu la penfée d'y fub- 
ftituer plufieurs hôpitaux. IL faut que le pauvre le fache, 
le pauvre ne loubliera pas. Il faut fur-tout qu'il fe 
fouvienne, forfqu'il fera couché feul dans ces hôpitaux, 

w’il le doit autant à la fenfibilité de l'homme, qu'à la 


bienfaifance du Monarque. 


Fair à l’Académie ce deux décembre mil fept cent 
quatre- vingt-fix. Signé LASSONE, D'AUBENTON, 
TENON, BaiLzy, LAVOISIER, LA PLACE, CouLoms, 


D'ARCET. 
Je certifie le préfent Extrait conforme à fon original 7 au jugement 


de l’Académie. Ce neuf décembre mil fept cent quatre-vingt-fix. 
Signé LE M.“ DE CONDORCET, Secrétaire perpétuel. 


gs \ 
DES SciENCE'R# LÉ 


REA POP COUR CT 


Fait à l’Académie des Sviences , par M" l'abbé 
BOSSUT, l'abbë ROCHON, DE FOURCROY, 
7 le Marquis DE CONDORCET, Jur la 
Navigation intérieure de la Bretagne, 


Poinses la Vilaine à 1a Rance, pour établir une 
communication entre les deux côtes oppolées de la Bre- 
tagné, par un canal qui la traverferoit dans fa plus grande 
largeur de Saint-Malo à Rhedon; rendre enfuite navigable la 
rivière de Châteaudin & l'Hières jufqu'au-deffus de Carhaix: 
joindre lHières au Blavet, pour établir une commu- 
nication entre l'Orient & Breft; joindre encore le Blavet 
à l'Oueft qui tombe dans la Vilaine au-deffous de Rhedon ; 
former enfuite un canal de la Loire à la Vilaine, & par 
ce moyen, établir une navigation qui traverfe la Bretagne, 
dans toute fa longueur, & qui ouvre une communication 
entre les provinces de l'intérieur du royaume & Breft, 
YOrient, Saint - Malo. 


Tel eft le fyflème général de navigation, fur lequel les 

tats de Bretagne ont fait à l’Académie l'honneur de fui 
demander fon avis. 

Avant de mettre fous fes yeux Îles réflexions que les 
Mémoires qui nous ont été remis, & nos propres obfer- 
vations, nous ont mis à portée de faire, nous croyons 
devoir lui expofer quelques principes généraux qui nous 
ont fervi de guides. 

La poññbilité de quelques-unes des communications 
propofes, eft un des points fur lefquels on a demandé 


12  HISTO4RE DE L'ACADÉMIE ROYALE 

l'avis de l’Académie; mais il eft clair qu'on ne peut 
entendre une poflbilité purement phyfique; il eft toujours 
pofhble d'établir, à plus ou moins de frais, une commu- 
nication entre deux points donnés, qui puilfe fervir pour 
une navigation plus où moins active, plus ou moins utile ; 
v’elt uniquement de f'impoflibilité des moyens particuliers, 
propofés pour létablir, qu'il peut être queftion; & c'eft 
en comparant enfuite les avantages que peut procurer un 
canal, avec la dépenfe qu'il doit coûter, que l'on peut 
prononcer s’il efl utile ou non de le conftruire. 

On peut regarder un canal comme utile à une province, 
toutes les fois que l'augmentation du revenu territorial qu'il 
produit, excède les intérêts des fommes que fa conftruétion 
a coûtées, & la dépenfe de l'entretien: fi cet avantage n'a 
lieu que pour la totalité de l'Etat, & non pour Ja Province 
ifolée, alors le canal eft utile à l'Etat, & ne left réellement 
pour la province particulière, qu'autant que Îles autres 
provinces contribueroient à une partie de la dépenfe. 


S'il ne pafñoit par un canal, précifément que la même 
quantité de denrées qu'on tranfporte par terre, il feroit 
facile d'évaluer avec aflez de précifion la dépenfe qu'il 
doit épargner, & qui alors égaleroit les avantages qu'il 
procure; mais il a un autre effet, celui de donner au 
Commerce plus détendue & d'activité, & cet eflet ne peut 
guère s'évaluer avec précifion : cependant, toutes les fois 
qu'il ne s'agit pas de ces grandes communications, qui 
peuvent créer de nouvelles branches de Commerce, on 
peut, d’après l'étendue, la fertilité, la population, la nature 
des produétions du pays que traverfe un canal, fixer avec 
aflez de probabilité les fimites plus où moins exactes de 
J'utilité qu'on en peut attendre. | 

Nous allons maintenant expofer & difcuter les différentes 
parties du Projet général pour la navigation, intérieure de 
la Bretagne, 


ARTICLE 


DRE SION C CIE NTIC: 27 Si ti 


Lo 


ARTICLE PREMIER. 


Communication entre Saint - Malo à l'embouchure 


de la Vilaine. 


CETTE communication a deux parties; Îa première, 
de Rennes à l'embouchure de a Vilaine par Rhedon; 1a 
feconde, de Rennes à Saint-Malo par Dinant. 

De l'embouchure de la Vilaine à Rhedon, de gros 
bâtimens marchands, remontent à la marée haute, & la 
uavigation de Rennes à Rhedon, faite fous le règne de 
François [.®, n’a befoin que d'être perfectionnée. 

«1 Mais celle de Rennes à Saint-Malo, exige deux chofes: 
Fune;.qu'on joigne la Vilaine à la Rance; l'autre, qu'on 
rende, la Rance navigable depuis cette jonction jufqu'à 
Saint-Malo. On a propofé deux projets pour joindre Îa 
Rance à la Vilaine; l'un, en fuivant la rivière d'Ifle, 
l'autre, en fuivant le Meun. Les plans & les devis des 
deux projets paroiffent avoir été faits avec foin; le pre- 
mier par M.:Liard, le fecond par M. Bremontier, tous 
deux Ingénieurs des ponts & chaufiées. La communication 
par la rivière d'Ifle nous a paru avoir trois avantages; 
le premier, de pafler par Rennes, capitale de la province; 
le-fecond, d’être moins cher d'environ un quart de la 
dépenfe totale, en nous en rapportant aux devis, qui 
méritent tous deux une confiance égale; le troifième enfin, 
d'être difpofé d’une manière plus commode pour s’unir à 
la navigation de la haute Vilaine & à celle du canal qui 
joindroit la Loire avec la Vilaine en remontant la Mayenne. 
Ce dernier avantage ne devroit pas être négligé, quand 
même on renonceroit, pour le moment préfent, au projet 
de jonction entre la Mayenne & la Vilaine. 

+ I faut obferver, relativement au premier avantage, que 
le canal ne peut jamais fervir à un commerce éloigné, aflez 
confidérable, pour que la confommation des denrées que 
la ville! de Rennes tirera, foit de Saint-Malo, foit des 

Hiff. 1785. 4 


114 HisToiRe DE L’ACADÉMIE ROYALE 


campagnes fituées fur le bord du canal, puiffe cefler d’être 
regardée comme un des premiers objets d'utilité qu'en 
doive attendre de ce travail. À la vérité, en fuivant le 
fecond projet, on a un embranchement qui conduit à 
Rennes, mais tant que cet embranchement s'y arréteroit, 
c'eft-à-dire; tant que fa jonction de la Mayenne à la 
Vilaine ne feroit pas ‘achevée, Favantage ne feroit le 
mème, ni pour cette capitale, ni pour les campagnes fituées 
fur les bords du eanal : fi donc on n’exécute pas cette 
jonction, la communication par l’'Ifle mérite d’être préférée, 
puifqu'elle eft alors la moins chère & la plus avantageule , 
& qu’elle pañle par la ville de Rennes; fi au contraire, 
on exécute la jonction de a Vilaine à fa Mayenne, la 
difpofition de tout le fyftème de navigation devient plus 
fimple en formant la communication par la rivière d'lfle, 
& ce projet mérite encore la préférence. 

En examinint enfuite le projet de M. Liard, dans tous 
fes détails, no is avons trouvé qu'il avoit adopté en général 
pour princip>, de fe fervir très-peu de ancien cours 
de Ia rivière, de foutenir fon eanal dans la partie fupé- 
rieure du vallon, de chercher à conferver le plus de 
moulins qu’il eft pofüble. 

Nous croyons au contraire, qu'il vaut mieux préférer 
l'ancien lit, lorfqu’il n’oblige point à de trop grands détours, 
qu’il ne forme pas des coudes qui puifient gêner la navigation; 
nous penfons qu'il eft plus avantageux de placer le canak 
au fond de la vallée, en empêchant, par des contre-foffés, 
les eaux de pluies d'y tomber & de le dégrader, parce 
qu'autrement, il eft à craindre que les infiltrations ne faffent: 
perdre une partie des eaux du canal, n'inondent & ne 
gâtent les prairies inférieures, ce qui fait une perte réelle, 
& nuit à la falubrité de Vair: s’il y a une très-grande quan. 
tité d’eau dans le canal, l’inondation qui en réfulte, fait 
un très-grand mal aux prairies & à la fanté des habitans; 
s'il y en a peu au contraire (& c’eft ce qui arriveroit dans 
une grande partie de la communication de FIfle } la avi. 


PMEUSNISTCOME NC Es: 115 


gation fera fouvent interceptée, & Jon ne peut remédier 
à l'un ou à l’autre de ces inconvéniens, & fur-tout au 
dernier, que par des travaux très-coûteux. 

Nous n'ignorons pas que des principes qui viennent 
d'être expolés, font contraires à ce qui a été pratiqué ou 
confeillé par des hommes très-éclairés, mais nous croyons 
qu'ils ont cédé trop aifément à des vues de facilité dans 
l'exécution, peut-être d'économie dans la dépenfe; écono- 
mie qui n’auroit lieu cependant qu’en faifant abftraction 
des pertes réelles caufées par les inondations. 

Nous croyons enfin, qu'il vaudroït mieux que la pro- 
swince acquit la totalité des moulins auxquels elle pourroit 
donner alors la difpofition la plus utile pour les befoins 
des campagnes, & {a moins gênante pour la navigation; 
elle éviteroit par-là les difcuflions qui s’élèveroient entr'elie 
& les poflefleurs des moulins; difcuflions où il feroit à 
craindre que l'avantage commun ne füt fouvent facrifié. 
D'ailleurs, il y :auroit beaucoup de circonftances où les 
propriétaires des moulins fe croiroient en droit d'exiger 
des dédommagemens; & fr l'on calcule la valeur de ces 
dédommagemens, en y ajoutant les dépenfes que la province 
feroit obligée de faire, pour examiner la validité des 
demandes, & les -faux-frais qui en réfulteroient pour les 

rticubiers, on ne la trouveroit pas fort au-deffous de la 
waleur réelle des moulins, qui me rapportent, dans cette 
partie de la Bretagne, qu’un très-modique revenu. 

Nous obferverons enfin, que l’on perdroit une grande 
partie des avantages de la communication projetée, fi l'on 
n'ajoutoit au projet de M. Liard, la conftruction d’une 
éclufe placée au-deffous de Dinant, à l'endroit où ïül eft 
poflible de remonter de Saint-Malo, tous les jours, dans 
4e temps dela haute mer; autrement la navigation feroit 
bornée aux jours des grandes marées, c’efl-à-dire, à 
environ:fix jours par mois, ce qui la rendroit mcommode 
& difpendieufe, à. caufe des féjours forcés, & nuiroit à 
d'activité du commerce. On choïfiroit, pour placer cette 

P i 


116 HisTorre DE L'ACADÉMIE ROYALE 


éclufe, le lieu où {a rivière a le moins de largeur, & où la 
conftruétion entraîneroit le moins de dépenfe: M. Abeille, 
dans le projet qu'il a préfenté le premier pour cette com: 
munication, a propolé de placer l’éclufe au Chätelier. 

La communication entre Rennes’ & Saint-Malo, nous - 
paroît pouvoir être utile: on pourra fe procurer au point 
de partage une quantité d’eau fufhifante, fans recourir à des 
conftruétions difpendieufes; toute {a partie de la Bretagne, 
fituée entre Rennes & Saint-Malo, trouvera dans la eon- 
fommation de ces deux villes, un débouché pour fes den- 
rées, un encouragement pour la culture. La ville de Rennes 
trouvera des avantages réels dans une communication facile 
avec celle de Saint-Malo, qui, par conféquent; en retirera, 
aufli quelqu'avantage: le pays fitué entre Rennes & l'embou- 
chure de la Vilaine, profitera également de ces travaux, 
dont l'utilité deviendra encore plus fenfible en temps de 
guerre, fur-tout pour la ville de Saint-Malo, qui n’aboutit 
à aucune rivière navigable, & où, par ‘conféquent; de 
commerce eft alors expolé à de doubles rifques. #30 

Mais nous penfons en même temps, qu'il faudroit faire 
un nouveau plan & un nouveau devis de ce travail, en 
fe conformant aux principes que nous avons expolés, & 
que nous croyons devoir être adoptés en général: dans 
prefque toutes les conftruétions de! canaux, &,encompre- 
nant dans le devis, la conftruction de léclufe: qu'il faut 
placer fur la Rance, vers l'endroit où‘elle cefle d'être-navi- 
gable tous les jours, dans le temps de la haute-mers 


À RTL EUC UE LE 
0 Communicarion, de Breff à l'Orienr. 


Pour former cette communication; il faut d’abordiren- 
dre la rivière d'Aulne navigable, de Château-lin jufqu'au 
confluent de cette rivière & de celle d'Hières, remonter 
l'Hières jufqu’à la hauteur de Cärhaix, former entre .cètte 
rivière & le Blavet une communication, en. plaçant un 


DE s11 Sac 1: N2 Ç- mus. 217, 
point de partage, dans des landes très-élevées du côté de 
Rofternen, & rendre enfuite la rivière de Blavet navigable, 
depuis Gouarec jufqu'à Hennebond. 

D'après les plans &-les nivellemens qui nous ont été 
préfentés, il paroït que le feul des points de partage pro- 
polés, qui puifle mériter quelqu'attention, eft celui qui 
traverferoit la lande de Plévan, au-deflus des étangs de 
Glomel, & duquel on defcendroit dans la rivière d'Hières, 
par le’ruiffeau de Kergoët; &]dans celle de Blavet, par 
la rivière de Doré. | 
Mais il feroit diflcile de’ raffembler à'ce point une 
quantité d’eau ‘fufhfante, fans ‘baïfler de: plus de quatre- 
Vihgts pièds le feuil actuel de cette Fande: c'eft le feul 
Moyen de fe trouver au niveau du point, où} dans cette 
partie, les eaux commencent à être un peu abondantes, & 
c'eft pour cè niveau qu'il faudroit faire une’ jauge nouvelle 
dé aux que lon pourroit y conduiré & ‘conferver dans 
des référvoirs, dont és étangs! déjà ‘exiftans pourroïènt 
former ‘une: partie, Hp, 4 GUOMEAN ALIEN LOIR AL 231 

ll it, felon 1é$ nivellémens qui nous ont été en- 
_ H y auroit, fel qui nous Oo ñ 
voyés, environ. trois cents quarante pieds pour defcendre de 
ce point de partage dans l’Hières,/& cent cinquante*pour 
defcendre dans te Blavet, ce qui obligeroit à conftruire plus 
de foixante éclufes x châcune delhuit pieds de chute. 

… De;plus, la Jande dont il faudroit Paiffer Je feuil, de 
quatre-vingts pieds, eft parfemée à fa furface_d'affez gros 
rochers de, quartz, qui donnent lieu de craindre que cette 
coupure ne devint trèsdifpendieufe. 

1 On: voit. donc; .qu'indépendamment de. ce qu'il en coû- 
teroit-pour;rendre le, Blavet, navigable, jufqu'à Gouarec, 
-olcette riyière-reçoit.celle de Doxé,.ce sprojet exigeroit 
dés dépenfes énormes, dont l'utilitéqu'enrretireroit la pro+ 
ince de Bretagne, ne pourroït jamais la dédommager. 

HOME ENPOQNIVIISS 19) ÉMOL ,9OUEI FE JIE2 I | Di 


: 4 4 n:ià ue. re 
: HUUHISO IGN HA AUL, HR: 


1:23 Histoire DE L'ACADÉMIE RoYÿALE 


ARROTEITC L'ÉCITEIMI, 


De la communication entre le Blaver à la Vilaine, 
par la rivière d'Ouff. 


D'arrÈs les plans, les nivellemens .& les jauges qui 
nous ont été envoyés pour cette communication, il paroïit 
que l’on peut réunir environ huit cents pouces d'eau à 
celui des trois points de partage indiqués, qu'on voudra 
choifir; ces huit cents pouces d’eau qui, par l'évaporation 
&les infltrations, fe réduifent;à peu-près à feize cents toifes 
cubes par jour, formeroient une navigation fufflante poux 
la quantité des bateaux qui pourroient vouloir fuivre cette 
route, puilque cette communication n’eft. réellement qu'un 
fupplément au tranfport par mer. él u En 

Mais nous ne croyons pas que lon doive compter fur 
l'exactitude des jauges qui, nous ont été préfentées. L’inf 
pection du pays montre que la quantité d'eau des.ruiffeaux 
& des rivières, y varie beaucoup, n’eft pas confidérable en 
été, .quoiqu'elle puifle être abondante en hiver. 

Nous avons trouvé, par exemple, très-peu d’eau au-mou- 
Jin de Saint-Caradec, qui étoit alors,en chômage, quoique 
les jauges qui nous ont été envoyées, portent à plus de 
quatre mille pouces, fa quantité d’eau que cette rivière 
fournit à ce même endroit; & que, foit la conftruction de. 
ce moulin, foit le prix du fermage, annoncent qu'elle doit 
fouvent être affez confidérable, 

If auroit donc fallu que ces jauges euffent été faites 
dans plufieurs faifons de l’année, & à peu-près aux mêmes 
époques, ‘pour les diérens ruifleaux dont les eaux doïvent 
être amenées au ipoint de partage; qu'en même-temps on 
eût foi, fi\Yon prend la méthode des fe&tions, defaire 
les opérations dans le temps 6ù'les moulins placés fur 
les diférens rnifleaux, foit au-deflus, foit.au-deflous dé 
l'endroit où l'on fait la jauge, font en activité; d'examiner 
fi la haujeur de l'eau n'a pas changé pendant l'opération; 


DES" IS GC FE Nc Es 19 
enfin, foit que lon prenne cette méthode, foit qu'on 
préfère celle où l'on évalue la quantité d’eau par la dé- 
penfe des moulins, de s'affurer du temps qu'ils peuvent 
tourner, de celui pendant lequel ils font en chômage. 

H y a tout lieu de croire qu'il réfulteroit de ces epé- 
rations faites avec exactitude, limpoflibilité d'avoir pendant 
toute l’année, une quantité d’eau fufhifante pour alimenter 
le point de partage, fans la conflrution de grands réfer- 
voirs deftinés à conferver les eaux de l'hiver. Les travaux 
confidérables qui feroient néceflaires pour établir le point 
de partage, auxquels il faudroit encore ajouter laconftruétion 
des réfervoirs, nous paroïflent exiger une trop grande 
dépenfe, relativement à l'utilité dont cette navigation: peut 
être fufceptible; ainfi nous croyons qu'on ne doit pas 
confeiller de l'entreprendre. 

IH exifte un autre intérêt que nous ne devons point 
pafler fous filence. Le plus grand avantage de cette com- 
munication, comme de celle qui joindroit le Blavet & la 
rivière de Chäâteau-lin, feroit d'ouvrir, par la Loire, une 
communication par l'intérieur du royaume, entre Breft, 
la Méditerranée, la Flandre, & une très-grande partie de 
nos provinces. Mais fi le Gouvernement le regardoit comme 
vraiment important en temps de guerre, relativement à 
la Marine, & qu'il voulüt l’effectuer, alors la dépenfe de 
cette communication ne pourroit regarder une province qui 
n'en tireroit prefque aucun avantage particulier. 


Ai 3015/2098 :0V. 
Communication de la Loire avec la Vilaine, par Nantes. 


D'APRÈS la délibération des États de Bretagne, envoyée 
à PAcadémie, on a: propofé deux moyens pour joindre , 
dans cette partie, 14 Loire à la Vilaine, mais nous n’a- 
vons reçu aucun plan détaillé, aucune jauge, aucun devis 
de ces projets. | î qui 
 Dans'le premier projet, le point de partage feroit dans 


320 HisToiREs DE L'ACADÉMIE RoYALE 


Vétendue des marais de l'Edre; on defcendroit vers Nantes 
par cétterr rivière y &rrvers Rhedon, en fuivant le cours 
delIfac. 

Si les eaux des marais de l'Edre, ne fufhifent pas pour 
alimenter ces deux branches du canal, il paroît pofhble 
d'y fuppléer, en faifant tomber dans l’Ifac les eaux ‘du 
Don, qu'on y conduiroit par une rigole, ce qui lauroît 
de plus l'avantage de fervir au defléchement ‘des marais 
de :Brains,  fitués au ‘confluent du Don & de a Vilaine: 
L’Edre aboutit dans la ville même de Nantes, où il fe 
jette dans la Loire, & 1e canal qui fuivroit le cours de 
Flfac, pourroit facilement être conduit à portée du con- 
fluent de l'Ouift & de la Vilaine, au-deflous de Rhedon ? 
pofition avantageufe dans le cas où les communications dont 
nous avons parlé dans les deux articles précédens, feroient: 
éxécutées. FOR Op. 14% 


Dans le fecond projet, on part de même des marais de 
l'Edre, pour defcendre vers Nantes par cette rivière; mais 
on defcend dans Ja Vilaine par le Don, qui fournit plus 
d'eau que lac. I eft encore poffible de diriger le canal, 
de manière à le faire fervir au defléchement des marais 
des Brains, il tomberoit dans la Vilaine au-deflus de Rhedon, 
& à deux lieues environ de l'embouchure de l'Ouft, 


Ces deux projets paroiflent praticables, mais avant de 
prononcer en faveur, de l’un & de,lautre, il faudroit en. 
avoir un plan & un devis détaillé & comparatif, en ayant 
foin, 1.° pour le projet de FIfac; de diriger l'embouchure 
du canal à une petite diftance. du confluent de l’'Ouft ; 
2.° en comparänt, d'après des mefures exactes, la quantité 
d'eau que peut:donner le Don, & celle que fournit l'Ifac, 
réuni avec la portion du Don qu'on pourrroit y amener; 
3: en faifant enfin, entrer dans. les idépenfes comparatives, 
des deux projets, des stravaux Idifférens Iqu'il.conviendroit, 
de faire en adoptant l'un ou f'autre, pour.-déflécher-les, 
marais ideBiains; te, eniayant égard à çe que-l'entrée sé 

F'r 628 


2 2 A NDISE 151 8 «CH EN: QC RAGOTE M 28 
canal, dé Flfac dans la Vilaine, éxigeroit de travaux arti- 
culiers pour le mettre à l'abri des énvafemens, ou à ceux 
quiferoient néceffaires pour faire tomber l'embouchure de 
lfac au-deflus de l’éclufe de Rhedo, fi, après uñ-nouve 
examen, on préfère ceite dernière; difpoñtion. 
Il eft clair que l'exécution de Fun:ou de l'autre projet 
feroit utile, puifqu'ils ouvrent. une, communication facile 
entre Nantes, Rennes.& Saint-Malo, entre une partie 
confidérable de Ia Bretagne, &,uné, ville riche, commer: 
çante,& très-peuplée: quant à leur utilité locale, la diffé- 
rence nous,a paru, trop petite pour influer beaucoup dans 
la balance.\ Tous deux, ferviroient: à l'exploitation {d'une 
forêt. confidérable ; qui fait partie du domaine du Roi, 
& il en réfulteroit une augméntation de) revenu qui ne 
doit pas être négligée. se à 
» A faut donc, fans s'arrêter à aucune autre confidération, 
préférer celui des deux projets qui, à dépenfe égale, per- 
mette)de difpofer d’une plus, grande quantité d'eau, ou 
plutôt celui qui, pour fe procurer la. même.quantité, d'eau, 
exigera une moindre dépenfe. | Gb 10 
+ MAUR Œ'E CL E VV. 

De la communication de la Loire à la Vilaine, par Angers, 


ON, propofe ici de remonter la Mayenne jufqu'à la 
rivière d'Ernée, au-deflus de Laval, de fuivre enfuite cette 
rivière jufqu'à un: point de partage alimenté par un grand 
étang, nommé J'£tang neuf, que le canal doit traverfer , 
&, par les eaux de plufieurs étangs fupérieurs, qui y feront 
amences par des, rigoles; on defcendra de ce point dans 
a, Vilaine, au-deffous du pont de Vitré, par le ruiffeau de 
Princé, & on fuivra enfuite jufqu’à Rennes, le cours de Ja 
Vilaine, ILexifte un plan détaillé &un devis de {a partie de 
ce projet, qui s'étend depuis Vitré jufqu’à Laval. LU 
4,Nous croyons devoir, appliquer ici les réflexions que 
nous, nous ionimes permis de faire fur les principes fuivis 


Hip. 1785. 


122 Histoire DE L'ACADÉMIE ROYALE 

par M. Liard, quoique M. de Brie, auteur du devis de ce 
dernier projet, nous ait paru s'écarter moins dans le tracé 
de fon canal, de ceux que nous croyons devoir adopter. 

On eft afluré d’avoir, au point de partage, une quantité 
d'eau fuffifante pour une navigation active. Mais il faut 
obferver: 1.° que cette partie feule du projet exige trente- 
trois éclufes pour monter de Laval au point de partage, 
& vingt-fix pour defcendre du point de partage au pont 
de Vitré; 2.° que la dépenfe fur le territoire de Bretagne 
eft eftimée à 1,095000, & fur le territoire du Maine à 
4,83 1000", en tout 5,926,000!; 3.° qu'il faut de plus, 
faire les travaux’ néceflaires pour rendre la Vilaine navi- 
gable de Vitré au pont de Ceflon, & perfectionner la 
navigation de Ceflon à Rennes, de manière à pouvoir 
répondre au refte de cette communication; 4° que la 
navigation de la Mayenne eft fort imparfaite, elle n'a 
lieu qu'au moyen de portes marinières à aiguilles, en 
général très-mal conftruites & placées au hafard : elle eft 
difficile en montant, & toujours dangéreufe, foit en mon- 
tant, foit en defcendant; de plus, les crües de la rivière 
Fempêchent une grande partie de année. Il eft donc 
néceflaire d’ajouter aux travaux, dont M. de Brie a donné 
le devis, ceux qu'il faudroit faire pour perfectionner la 
navigation de la Mayenne. 

C’eft donc dans cet état qu’il convient de confidérer ce 
nouveau projet, dont la dépenfe excéderoit alors de beau- 
coup les fix millions portés dans le devis. 

Les avantages de ce projet, feroient de vivifier la partie 
de la province de Bretagne, qui s'étend depuis Vitré juf- 
qu'au pont de Cefon; car depuis ce pont jufqu'à Rennes; 
la navigation imparfaite qui fubfifte actuellement, fufht pour 
ouvrir un débouché aux denrées. | 

2.7 D'établir une communication entre Rennes & Saint- 
Malo, & les provinces de l'intérieur du royaume. 

ll eft clair que le fecond objet feroit également rempli 
par le canal qui conduiroit de Nantes à Rhedon;, quant 


VDAE SN STE MRETUN EC SF 2 
au premier, les deux communications le rempliroïent aufi 
également, en vivifiant d’autres cantons de la province 
de Bretagne. . 

+ Le troifième objet de ce canal feroit de fuppléer à a 
navigation, quelquefois difficile, de la Loire, depuis Angers 
jufqu'à Nantes. Nous obferverons d’abord que le commerce 
eft néceflairement aflujetti à une deftination déterminée; 
les bâtimens ne s’expédieront pas tantôt pour Saint-Malo, 
tantôt pour Nantes; les vaifleaux marchands n'arriveront 
pas tantôt à Nantes, tantôt.à Saint-Malo, fuivant la faifon: 
ainfi, pour que ce canal füt vraiment utile, il faudroit 
que la communication de Nantes à Rhedon füt déjà exé- 
cutée, c'eft alors qu’il pourroit fuppléer à fa Loire, dans 
les temps où la navigation éprouve de longs retardemens. 

* Pour nous mettre à portée d'évaluer cet avantage avee 
quelque précifion, nous avons cru devoir nous adrefler à 
la compagnie des Fermiers généraux, qui, faifant tranf- 
porter des {els par une grande partie des rivières ou canaux 
navigables du royaume, a néceflairement une connoïffance 
exatte des différentes inavigations : nous voyons par les 
Mémoires, qu'elle a eu la bonté de nous'envoyer, que 
Le prix, pour remonter la Loire de Nantes à Orléans, efl 
évalué de dix à douze livres le millier : fuppofons cette 
diftance foixante-dix lieues, dont celle de Nantes au Pont- 
de-Cé, forme environ vingt, il en coûtera pour remonter 
de Nantes au Pont-de-Cé, à peu-près de deux livres dix- 
fept fous, à trois livres huit fous; donc, comme dans l’état 
aétuel,: pour defcendre de Laval au Pont-de-Cé, il en 
coûte. de une livre cinq fous à deux livres, nous n'avons 
qu'une livre deux fous ou une livre huit fous par millier, 
pour repréfenter le prix de ce qu'il en coûteroit pour aller 
de Nantes à Rhedon, de Rhedon à Rennes, à Vitré, pour. 
remonter les vingt-fix éclufes, & defcendre les trente-trois 
éclufes du nouveau canal : or, cet efpace étant d'environ 
quarante-huit lieues, on peut porter le prix du tranfport à 
déux livres par millier, c'eft ce qu'il coûte a un pareil 

Del} 


124 Histoire DE L'ÂcADÉMIE RoYALE 


efpacé, fur Je'canal de Languedoc, les droits: défalquéss 
On voit donc que la navigation ‘du nouveau canal n’auroit 
aucun avantage pour remplacer celle où l’on. remonte da 
Loire, de Nantes au Pont-de-Cé. Sï on fuppofe que 
les bateaux partent de Saint-Malo, ou plutôt de l'éclufe 
du Châtelier, au lieu de partir de Nantes, le chemin fera 
moindre ‘d'un tiers, & il en réfuitera que la navigation 
fera auf coûteufe que de'Nantes au Pont-de-Cé 1 © 01 

Ce canal ne fera donctutile pour fuppléer ‘à la navi- 
gation de la Loire, que dans des temps ‘extraordinaires; 
il ne fera point prendre au commerce qui {e fait pour 
Nantes, la route de Saint-Malo, mais il pourra feulement 
être utile à cette dernière ville, en ouvrant poùrles bran- 
ches'de commerce étranger, 'qui s'y font déjà, des débou- 
chés plus avantageux, & une communication‘avec l intérieur 
du royaume. : 

Quant aux denrées qui viennent de l'intérieur, il a 
facile de voir que la ville de Rennes ne trouveroit aucun 
avantage à les faire venir par le canal de Laval: plutôt 
qu'en Hefcendnt ka Loire, & en:fuivant de canal formé 
de! Nantes à Rhedon; & que même dans l'état. aétüel, lé. 
prix du millier pour remonter du‘Pont-de-Cé à, Lavah} 
étant depuis: eine" jufqu'àfept francs le millier, ‘les mar 
chandifes même “néceflaires pour : Ja’ confommation de 
Samt:Malo, & pour’ Fesrexpéditions de'commerce qui sy 
font, pañleront "par Nantes; de préférence; qu'enfin/il ÿ 
auroit mêmey}'après)avoir perfectiénné là navigation de là 
Mayenne, un ‘trèS-grand avantigeà expédier les denrées 
de l’intérieur par Nantes, plutôt que par: Saint:Malo.… > 

I eft jufte d’obferver ici que ces calculs font trop favo- 
rables à la navigation: parles canaux, ‘parceque nousoy 
avons. fuppofé lesl ‘droits : bol sf rtenk nuls, &rmêènre 
ceux pour 1" ouverture des échufes ; dont ïl eft cependant 
prefque nécéflaire de charger la navigation, “quoiqu'il! foit 
très-utile deles établir. furcun pied: très-bas. SU DE 


1 D'après ces obfervations, ‘il eftfacile “d'apprécier: 1 


DIE seu LS CG JE: NC E 1186 12$ 


degré d'utilité du canal de Vitré & de Laval; nous fommes 
cependant bien éloignés de le regarder comme n'en ayant 
aucune, fur-tout pour les provinces qu'il doit parcourir ; 
nous croyons même qu il peut dans la fuite fe lier avec 
beaucoup d'avantage à de plus vaftes projets de:navigation 
relatifs à la Normandie;:mais nous penfons en même temps 
que pour l'utilité de la province de Bretagne, la conftruc- 
tion en doit être fubordonnée à celle d’une communication 
entre Nantes & Rhedon. 

-: Plufieurs perfonnes ont paru regarder Ja communication 
par Nantes, comme moins avantageufe, & penter qu'elle 
tend à fivorifer une ville déjà très-riche &:très:commer- 
çante : mais nous obferverons qu'il faut pour le fuccès du 
commerce, des capitaux, & l'intelligence que donne Fha- 
bitude; & qu'ainfi il faut bien mieux réunir par des. com- 
munications, & en leur donnant un intérêt commun, les 
autres villes de Bretagne, avec {a ville de a province fa 
plus riche &!1a es commerçante, que de chercher.àles 
en féparer. :: 41: | 

“IL nous refle à examiner une autre né ete la 

proviure: de Bretagne ne peutêtre chargée que de la partie 
de la dépenfe qui a pour objet les travaux à conftruire 
fur: fes-terres, cette partie ne doit coûter; au moins d’ après 
les devis, qu'un peu plus de deux millions; & la province 
a lieusd'efpérer que le refte s’exécutera en frais de, Gou- 
Vernement : mais, alors elle feroit dépendre le fuccès de fes 
travaux particuliers, & l'utilité d’une dépenfe. déjà très- 
forte, de l'exécution de travaux qui ne. dépendent point 
d'elle. D'ailleurs, la dépenfe .de la. communication. entre 
Nantes & Rhedon, ne peut excéder de beaucoup, dans fa 
totalité, celle du scanal de la frontière de 1a Bretagne à 
Rennes; & comme le domaine du Roi retireroit un avan- 
tage direct de ‘cette. conftruétion, Âa province pourroit 
également efpérer d’être, foulagée. au moins d’une partie de 
cette dépenfe, en forte que, même fous ce point de vue 
d'économie particulière, la communication de Nantes à 


126 Histoire DE L'ACADÉMIE RoYALr- 


Rhedon, nous paroït encore avoir de l'avantage, comme 


ele en a du côté de l'utilité pour la province. : 44, 

D'après ces réflexions, nous penfons que f’intérêt de la 
Bretagne, eft de s'occuper d'abord de rendre navigables 
les rivières d’Aulne & d'Hières, jufqu’au point où elles 
commenceroient à exiger des travaux confidérables; de 
rendre le Blavet navigable jufqu'à Pontivi, de faire enfuite 
la communication de Nantes à Rhedon, foit par {a vallée 
de lfac, foit par celle du Don; de lier ces travaux 
avec ceux qui fe font fur la Vilaine, & pour cela, de 
faire lever les plans & rédiger les devis néceflaires pour 
prononcer, en connoiflance de caufe, entre les deux pro- 
Jets: de former enfuite la communication par l'ile entre 
Rennes & Saint-Malo; & c'eft alors feulement, &: après 
que la province jouiroit du fruit de fes premières dépenfes, 
qu'elle pourroit, fuivant les circonftances, s'occuper dé 
projets plus difpendieux & plus vaftes. | 

On chercheroiït, dans tous ces travaux, à diminuer Île 
plus qu'il eft poflible, les ouvrages de l'Art; à ne point 
s'écarter du cours naturel des rivières, lorfqu’on n’a d’autre 
motif que d’abréger un peu la longueur du chemin, & 
fur-tout à ne rien négliger, pour que Îes canaux, au lien 
d'inonder les terres voifines, fervent à les deflécher: On y 
trouvera plufieurs avantages, une économie réelle dans 
prefque toutes les occafions, la confervation d’une plus 
grande quantité d’eau (-& dans aucune de ces communi- 
cations, on ne peut fe flatter d’en avoir plus qu'il n’en 
fæadroit pour une navigation un peu aëive}), enfin le 


bien qui réfulteroit de la falubrité de l'air & de lamélio- 


ration des terreins: non-feulement j’intérêt commun exige, 
mais même la juftice rigoureufe; aucun motif d'utilité de 
commerce ne peut juftifier des. opérations qui condamne- 
roient à fa maladie & à la mort, les malheureux habitans 
des terreins {ur efquels. on les exécute. Nous infiftons fur 
cet objet, parce qu'il a été négligé dans un grand nombre 
de travaux publics, & que le profit qui peut réfulter de 


DES SCIENCES. 127 
J'amélioration de terreins, dans la plupart des travaux à 
faire en Bretagne, feroit une des premières utilités de ces 
travaux; ce feroit donc d’après ces principes, & en évitant, 
comme nous l'avons obfervé, de laifler dans les mains des 
particuliers, les moulins dont les eaux font les mêmes que 
celles qui alimentent les canaux; qu’il faudroit faire de nou- 
veau les plans & les devis des travaux. propofés. 

Enfin, nous croyons qu'il doit nous être permis d'ajouter, 
que pour aflurer le fuccès de ces diflérens projets, & l'éco- 
nomie dans les dépenfes très-grandes qu’ils entraîneroient, 
il feroit utile d'en confier la direction générale à un feul 
homme, à qui fa province accorderoit une confiance entière 
pour.tout ce qui regarde la partie de l'art, & qui feroit 
uniquement attaché à fon fervice; c’eft le feul moyen de 
mettre de l’enfemble & de l'unité dans les différens tra- 
faux, d'éviter une foule de faux-frais, de dépenfes inutiles 
qu'entraïnent néceflairement les incertitudes, les variations 
dont il eft impoflble de fe préferver par un autre moyen. 
On doit en effet regarder le fyftème entier de navigation, 
propofé pour la Bretagne, comme une opération unique, 
qu'on peut diviler en plufieurs parties, à la vérité, mais 
dont chacune eft liée avec toutes les autres. 


Au Louvre, le deux feptembre mil fept cent quatre- 
vingt-fix. Signé Vabbé BossuT, abbé RocHON, DE 
Fourcroy, & le Marquis pe CoNDoRcET. 


| at] 


> 


128 HISTOfRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


, OUVRAGES. db rl. 
|PRÉSENTÉS à LACADÉMIE” 


À Lt de 0 de. à 
Preis a remis une féconde fois le Prix fur 1 
Théorie des Afurances maritimes , déjà propolé pour l'attiée! 
17 7 78 3° ” 

L' Académie avoit propofé pour à année 1783, de donner. 
les meilleurs moyens de préferver les Doreurs fur. métaux, des, 
malades auxquelles leurs travaux les expofent, ca de déter- 
giner la nature © les caufes de ces maladies. Ce Prix, remis 
à l'année 1785, a été décerné à Ja pièce, n° ZI, ayant 
pour devife Non ignara mali m'feris Juccurrere difco, dont 
l'auteur eft M. Henri-Albert Gofe, citoyen de Genève. 


Lise Mémoires que l’Académie a jugé dignés d'être inis 
primés dans’ le’ volume des :Savans Etrangers ;: ont au. 
nombre de vingt-trois. 

Sur l'aberration des Étoiles : par M. l'abbé de pasipié. 

Sur Ja planète d'Herfchel : par M. Monge. 

Sur une méthode de lever les Plans: par M. Tétevide 
& Begidis. 

Sur la Plombagène & é Mofibdène: par M. Peletier, 

Sur une pierre d’Aiman fonore: par M. le baron Dietrick, 
depuis Membre de l'Académie. 

Sur 


LIAMÉ SL MAP ÆINTE 8 as60 7 21H 1291 
S 1e efpèce de Poiflon: -par M. Brouflonnet. depuis. 
deb de VApidémes de À AR 
Sur F’Acide marin déphlopiftiqué : par M. Pelétier, 
: Sur l’Acide vitriolique glacial : par M, de Fourcroy, 
depuis Membre de Académie. ne HR DE do 
Sur les Différencès finies :(bar M. Tétenat. 
Sur les Forges Gatalanes : par M. Duhamel, depuis 
Membre dejlAcadémies (| 2111048 4 à | 
Sur le Phofphore : par M. Peletier. 
Sur l'Air inflammable & fur l'Air hépatique: par M}, 
GHÉpré, 21 10//LIUpT D 9b Ne AMAR 
” Obfervations aftronomiques : par M. de Lague. Hi 
Sur les écailles des Poiffons: par M. Broufonnet, 
Sur les organes. de la refpiration des Poiflons: par {e 
même. l'el cn. ets syniup sb'ec “net 
Sur les dents des Animaux de différentes clafles , deux 
Mémoires : par le méme: Eli ré 
® Sur l’anatomie comparée des Animaux & des Végétaux: 
par Île mêmes : £ . 
- Sur le Voilier, efpèce de poiffon des Indes? par Îe même. 
Sur l'irritabilité des Artères : par M. de Chambon. 
Sur la viteffe de l'Eau : par M. l'Allemand. 
: Sur un Sel particulier . analogue aux fels acides des 
végétaux : par M Peletier, 


© 1 Obfervations météorologiques faites à Turin: par M: 
= Beraud. 


LI 


m30o1 HIisTOëRE DE. L'ACADÉ 


MIE ROYALE 


cu C1:  ? #4) 


A|| 
C2] 


S< 


Crea 
TES 


G 


a 
Se 
LES 


US S 


U 
M 
à 

), 


ie PARD le Compaffeur de Créqui-Montfort » marquis 
de Courtivron, Meftre-de-camp de cavalerie, Penfion- 
naire-vétéran de l’Académie royale des Sciences, naquit, 
en1715,de Jean Le Compaffeur » marquis de Courtivron , 
& de Charlotte de Clérmont/Tonnerre. ETA 

H entra, dès l’âge de quinze ans, dans le régiment du 
marquis, depuis maréchal de Clermont - Tounerre, fon 
oncle, alors Commiffaire général de da cavalerie; & à 
feize ans , il y eut une compagnie. La guerre fe déclara 
bientôt après, & M. de Courtivron fuivit le.marquis de 
Tonnerre en qualité d'aide-de-camp au fiége de Philifbourg 
& dans les campagnes qui fuivirent ce fiége. 

Une éducation interrompue à quinze ans, dans un temps 
où en général elle commençoit plus tard qu'’aujourdhui, 
& interrompue pourle fervice &-pour laguerre, ne: devoit 
pas faire préfumer que la vie de M. de Courtivron feroit 
piéfque uniquement confacrée aux. Sciences. Mais, n'ayant 
‘que vingt-un ans à l'époque de Ja paix, il fe trouva encore 
affez jeune pour faire de nouvelles études. Bientôt il aima 
pour elles-mêmes les fciences qu'il n’avoit d'abord cultivées 
que pour remplir dans toute leur étendue les devoirs de 
fon état: vécut avec M. Clairaut beaucoup plus qu'avec 
fes camarades; & dans un-âge, dans une poñition où il 
eût été excufable de fe laïffer éblouir par les brillans 
phantômes de ambition, une place à l'Académie des 


SH ATDÉE SimS0aQ SAËINTE EnSTeiil Eyx 

Sciences, étoit. devenue objet fecret de fes defirs & de 
fes travaux. 
_ La môrt de Tempereur Carles VI ralluma Ja guerre en 
Europe ‘le cardinal de Fleuri avoit foutenu avec trop de 
foibleffé le parti de a paix; parte !'qu'il’ craïgnoit ‘de 
s'expofer à Ja néceflité de rénoncer' une placé dont, à 
l'âge de quatre-vingt-dix ‘anis } il n’avoit pas fa force d’en- 
vifager ‘la perte fans regrets; & fuivant avec répugnance 
des vues ambitieufes dont il éonnoifloit toute l'illufion, il 
mettoit une fenteur & une économie nuifibles au fuccès , 
dans’ l'exécution dés plans vaftés , mais mal combinés, 
qu'il défapprouvoit autant par figefle que par timidité. 

M. de Courtivron fervit dans l'armée de Bohème. L'ac- 
vité &T intelligence qu'il avoit montrées dans fes premières 
campagnes, la réputation d’officier appliqué & inftruit que 
fon gout pour. l'étude lui avoit méritée, Je firent choifr 
pour Aide-maréchal général des logis de fa cavalerie dans 
l'armée aux ordres .du feu maréchal de Broglie; & plus 
d'une, fois il remplit dans des corps féparés les fonctions 
de Maréchal général. C’eft en cette qualité qu'il, fuivit 
le marquis de Tonnerre au ravitaillement du chateau 
de Fravenberg, expédition dans faquelle if fut bleffé. La 
même année il fut chargé des mêmes fonctions dans la petite 
armée que le comte.de Saxe commandoit en Bavière: eut le 
bonheur de le tirer d’un péril éminent où l’impétuofité de 
fon courage & fon zèle pour le falut des troupes l'avoient 
engagé, & de conferver à fon pays l'homme dont le génie 
devoit, bientôt faire changer la face de la guerre. Il le 
fuivit dans fa marche des bords du Danube à Prague. If 
falloit chafler les ennemis du château d'Ellenbogen , où 
ils ayoient raflemblé tout ce qu'ils pouvoient oppofer de 
troupes à a petite arméee Françoife. Chargé d'examiner 
cette fortereffe, M. de Courtivron manda au comte de 
Saxe que la garnifon de ce château étoit au moins auffi 
nombreufe que fon armée : Mon cher Courtivron , j'arrives 

R ïj 


#32 HisToiRE DE L'ACADÉMIE RÔYALE 


fut toute la réponfe du Général, & le fort fe rendit le 
lendemain. 

La bleffure que M. le marquis de Courtivron avoit reçue 
l'obligea de renoncer l’année fuivante à l’état militaire, 
après avoir obtenu pour récompenfe, de fes fervices la 
croix de S' Louis & le brevet de Colonel. I prit alors le 
parti de.fe livrer, tout entier aux Sciences; &. l'Académie ‘ 
qui avoit reçu avec un intérêt mêlé de furprife les effais 
qu'il lui avoit adreffés des. camps de la Bohème, l'adopta 
En 1744, comme Adjoint-mécanicien. 

Différens Mémoires qui renferment prefque tous dé 
applications du calcul à des queftions de mécanique , d’af- 
tronomie , d'optique , & un traité fur cette dernière fcience 
qu'on peut regarder comme un commentaire mathématique 
de Foptique de Newton, ont été les fruits du loifir de 
M. de Courtivron. On voit briller dans tous ces ouvrages 
üne modeftie vraie, un defrr d’être utile qui l'emporte fur 
celui de la célébrité : un amour de fa fcience qui fait 
entreprendre des travaux Tongs & pénibles, pour en faciliter 
aux autres l'étude ou es applications, Si on y aperçoit 
fouvent combien il avoit approfondi plufieurs parties des 
mathématiques , C'eft uniquement dans les circonftances où 
il n’auroit pu le cacher fans nuire à la facilité, à Ha fim- 
plicité qu'il vouloit donnér à fes folutions. Ainf, même 
dans un ouvrage de géométrie , au milieu des calculs & 
des formules, un Savant laïfle échapper : ‘des traits qui 
pit fon ame & fon caractère. Dans ces Mémoires, 

.- de Courtivron fait un ufage prefque continuet de 
l'analyfe algébrique ; & on doit lui favoir gré d’avoir 
connu toute l'utilité de cette méthode dans un temps où 
fon ne pouvoit encore que {a deviner. 

Les Savans fe renferment rarement dans es limites d’une 
feule fciénce : üs fe livrent prefque toujours” à ‘d'autres’ 
études’ dont a liaifon avec feur étude principale, Teur 
infpire le goût & leur fait fentir l'utilité, Quelquefois 
même ils ne‘ cherchent dans ce nouveau travail qu'un 


DES SCtrENCES. 133 
délaffement néceffaire à des hommes pour lefquels Fhabi- 
tude d'exercer Jeur raifon rend infipide tout ce qui n'eft 

ue mouvement, mode ou diflipation. Mais fouvent celui 
qui. vit dans Ja Capitale, loin de s’enorgueillir de l'étendue 
ou de la variété de fes! connoiffances, cherche à a cacher, 
Comme il fent, par fa propre expérience ; eombien 
Jhomme qui n’a cultivé une fcience que par intervalles, 
eft prefque néceflairement: inférieur à ceux qui en ont fait 
Yobjet de leurs méditations habituelles, il ne veut pas fe 
montrer à côté d’eux!'parce’qu'il y feroit vu avec trep 
de défavantage. Le Savant au contraire qui , comme M. le 
-marquis de Courtivron, ‘vit beaucoup à 14 campagne, 
entouré d’ hommes dont il e'peut fe diffimuler l'infériorité, 
mére dans les genres:de connoiffances qu'iln à qu'efHeurés, 
éprouvant à! tout moment le befoin: de ces ‘connoiffances 
pour lui-même, leur utilité pour les autres , & voyant 
des obfetuit ce intéreflantes : ‘prêtes à fe perdre faute 
d'yeux qui fachent les faïfir, doit inéceffairement Jaifler 
échapper le fecret ique’ fa modeftie & fa fagefle 1 'auroient 
ailleurs engagé à garder. 

M: le marquis de Courtivron fes faifoit: un nes 
7 exactement à l’Académie fes obfervations : 
toire naturelle , ‘de phyfique , d'art vétérinaire. 

: Nous citerons ‘ici plufieurs Mémoires fur une épiuaouie 

ni fit en Bourgogne les plus grands ravages. Des bœufs 
amienés d’Aflemagneià la fuite de l’armée , avoient répandu 
cette maladie dans nos provinces; car il eft-rare que la 
guerre n’amène pas à fa fuite quelque fléau de cette efpèce, 
qu'elle ne répande pas quelque maladie contagieufe, quel- 
que vice ignoré , quelque corruption nouvelle , comme 
$ a Nature avoit voulu préparer au crime de la guerre, 
une punition à laquelle les Nations mêmes le ns conftam- 
ment viétorieufes ne pourroient: échapper. es Mémoires. 
de M.. de Courtivron font un des premiers ouvrages fran- 
çois où des queftions importantes fur la manière dont les 
épizooties fe répandent, les moyens de les arrêter , le peu 


134 Hisroime DE. L'AcADÉMIE RoyALeE 
de fuccès des: remèdes connus, ajent été traités d’après 
l'obfervation, & en fe préfervant avec un foin égal des 
préjugés populaires & des fyftèmes. La fagefle de fon 
efprit le mettoit à l'abri de ces deux genres de féduction 
qui paroiïfflent oppofés, & qui cependant naiflent d’une 
même caufe , l'empire d'une imagination forte fur une 
raifon foible, v 

M. le marquis de Courtivron donna aufh plufieurs 
Mémoires fur les forges, & une defcription de cet art 
important qu'il avoit étudié & comme phyficien &-comme 
propriétaire. Ses connoiflances en phyfique lui ont été 
très-avantageufes pour l'amélioration des forges qui lui 
appartenoient. Cette utilité immédiate des fciences eft fans 
doute un de leurs moindrés mérites; mais c'eft'un des plus 
propres à frapper. la: multitude, & il eft bon. qu'elles 
puiffent s’en parer quelquefois. On prétend que les Abdé- 
ritains ne commencèrent à regarder l'étude comme. une 
occupation digne d'un homme raifonnable, qu'après avoir 
yu, un. thilolophe célèbre, deux compatriote ; s'enrichir 
par une fpéculation de commerce; &.il y a beaucoup. 
d'Abdéritains même au milieu dés Nations les plus éclai- 
rées. AFIN E 
M. de Courtivron étoit père de famille , &-les obligas 
tionsiattachées à ce titre, parmi lefquelles celle de veiller-fur 
- fon patrimoine doit fans doute être comptée; l'éloignèrent 
peu-à-peu de la Capitale & de l'Académie. I obtint de:titre 
de Penfionnaire-vétéran, & fe retira. prefque abfolument 
dans fes. terres. | sq or S 11062 
- I s'étoit marié deux fois : [a première, avec: mademoi-. 
felle de Saint-Cyr-Caœli, qu'il eut le malheur de perdre 
peu de temps après fon mariage; elle. lui. laïfa un fils, 
M. le comte, de Countivron, aujourd’hui capitaine: dans: 
le corps des Carabiniers. En 175.9, 4 époufa mademoifelle: 
de Fuflei, qui-luia furvécu, &lui:a donné trois fils,. dont 
deux font chevaliers. de. Malte, & une fille chanoineffe 
du chapitre d'Adix. Il avoit: eu. Ja confolation avant:.fe 


s11VDME Sin 0G PANNE Enfor2tll 3% 
mort, de marier. deux de, fes fils; l'un avec mademoïfelle, 
de Clermont-Tonnerre -petite- fille du maréchal de Ton- 
nerre fon oncle; l'autre avec mademoifelle Briflon. 

. H fut attaqué d’une maladie vive vers da fin du mois de 
feptembre 1785, & mourut le 4 oétobre fuivant. 
Son abfence ‘habituelle ne.m’ayoit point permis de, le 
connoître affez, pour prélenter aux yeux de Les Confrères,, 
plus sd que. moi, de Nb sai vertus ai Ji ont 


DT: 


fais Sans. qu’ " ar à; être Rs par doi d 
manières, il étoit également impoffble. d'être familier. avec. « 
lui, &, de ne pas. lui. accorder une, entière confiance: HAirié 

. connoifloit les. devoirs de d'amitié &.les. remplifloit « 
Lin fenfible aux moindres. attentions, 8e ne Les au cé 
jamais, il n'en exigeoit auçunes. 7 

+ Sa. çonverfation! étoit toujours sente Je Envoie. dé: 
inrudive ; joib fvoit beaucoup, parloit, bien. &.fansipréz, « 
tention. de ce. -qu'ilfvoit, jamais.de lui-mème ; RQ QU'IE <e 
ne fût fincère, &, vrai; mais. il à paru, s’oublier toute {0 « 
vie: pour. ne s'occuper queodu bien qu'il pouvoit faire &- «- 
de {es devoirs quil remplifloit avec l& plus. grande exac-, « 
titude , fans paroître are pe d'autre approbation que e 
celle, de; fa, gonfciencg: Fr, Stv el dbrqde tiovs li Sear “ 
5$a philofaphie, étoir celleide he REX à “ncelle;que M, « 
une raifon édlairée; mais. alle fe, montroït dans fes actions r«e 
plutôt .que -dans es. difcours: 11 refpeétoit.. les. préjugés | « 
établis, fans ètre. l'efçlave. d'aucun: Son, ame, étoit forte; « 
mais il laifloit aux ames. foibles Les reffources qu'il croyoit « 
pouvoir leur être utiles, quoiqu'il n’en eût pas befoin « 
pour lui-même. Toujours jufte fans auftérité, fenfible fans « 
foibleffe,  vouloit fincèremént le bonheur de fes fem- » 
blables , il y contribuoit autant qu'il étbit en lui; mais il « 
trouvoit - bon que chacun jouît en paix de la liberté de « 


136 HisToiRe DE L'ACADÉMIE Roôvarr 
» choifir des' moyens d'être ‘heureux, “parce qu'il ne penfoit: 
»” pas que”’cés * moyens fuflent es mêmes par tous /les” 
» hommes #1" PR PEN " 3h du 
» A1 plaçoit fes bienfaits avec fagefle, ne négligeant rien . 
” pour s’aflurer qu'ils auroïent une! ütilité réelle & durable ; 
” mérite fans lequel Ja‘‘bieñfaifince peut être encore un 
» fentiment efHmable’;- mais n'éft ‘plus une vertu. Jamais il’ 
” ré s’éft plaïnt de l'iigratitude’, parce que le défir d’ob-! 
» ténir de {a réconnoïflance n'étoit pas ce qui le portoit à 
» faire le-bien.:-IF connoiïfloit troprles hommes pour les: 
” eftimer beaucoup; maïs il les plaignoit, & c'eft aflez 
7 DOME MR TP LD. 2 TRS NN MIO | wa 
». :20n pouvoit quelquefois le trouver filencieux, froid & 
»: réfervé, peut-être parce qu'il favoit qu'il ne feroit pas 
* entendu; mais pour attribuer fon fHence à! cé motif, il 
»; falloit le deviner; jamais il ne s’eft permis une expreffion 
», qui donnit lieu de l'en foupçonnér: cas SR leo) 
».  J[ a eu ce mérite fi rare d’avoir voulu être meilleur 
*.avec les années & d'y avoir réufl. H'favoit qu'on ne 
» vieillit pas impunément, &äl fémbloit fe croire ‘obligé: 
# déréparér :fes pértes par ‘165! agrémens !’de” l’efprit; 8e 
»> fur-tout pär la douceur de!fa fociété. Les défauts qu'on 
“avoit pu cbférver-en lui, avoient ceflé de frapper les’ 
» yeux de fes amis, & fâge ne lui en avoit point donné 
»- dé nouveaux, 4 © Hong ent “ide 
» Comme il avoit apprécié la vie, il Pat ittéé faris trouble;” 
» peut-être fans! lrègret: & 1e feul fentiment ‘'qu'iliait sété 
»poflible d’apercevôir à travers lle calme & le fiènee de 
» fes derniers !momens , a!été 44° reconnoiflänce ‘des foins: 
» qu'on lui rendoit, & l'attention foutenue”4é ménagkr a 
> fenfbilité de fes amis & de fa famille, 575 500101 1 aie 
rois eng 39 1 ‘ft spioup. «291: 2190 1u5È 110VH0q 
bide r il Sfuii zivoiuo'l .onpriltiuod 
2 ausdrod Rat Méouit sioluot di. shskdioi 


ioudiitnos li ,2éldsid 


3211919199 «311 Î & QUE 


3 13 


524 AH ii V GU250)9 MP) AOU:UIONHION 


‘ ÉLOGE 


| ÉLOGE 
DE M LE DUC DE PRASLIN 


hisser DE CHOISEUL, DUC DE PRASLIN, 
Pair de France, Lieutenant général des armées du Roi, 
Chevalier de fes Ordres, Miniftre d'État, Préfident du 
Confeil des finances, Honoraire de l’Académie des Sciences, 
naquit à Paris le 1$ Août 1712, de Hubert de Choïilfeul 
& de Louife-Henriette de Beauvau. 


M. de Praflin, très-jeune encore lorfqu'il entra au 
fervice, avoit un efprit déjà trop formé pour regarder 
J'état militaire comme un métier auquel l'ufage appelle 
tout gentihomme François, où l’on peut, au prix de 
quelques dangers & de fatigues pañagères, acquérir le 
droit de fe livrer à Ja diflipation, au plaifir & même à a 
molleffe ; où enfin lavantage de porter un grand nom 
difpenfe de tout, excepté d’avoir du courage. 


Müis il fentit que toute profeflion impofe Ie devoir 
d'acquérir des lumières, parce qu'il n’en eft aucune où 
l'efpèce d'inftruétion qui lui eft propre, ne ferve à déve- 
lopper le talent, à en diriger l'emploi d’une manière plus 
utile: il vit que depuis le commencement du fiècle der- 
nier, l'art de Ia guerre avoit eu, comme toutes les 
connoifflances humaines, des progrès qui devoient en faire 
prévoir de nouveaux; & que fi la loyauté & la bravoure 
fufifoient encore pour conduire aux honneurs & mériter 
l'efime publique, ül falloit, pour afpirer à la gloire mili- 
taire, & pour sillufirer par de grands fervices, éclairer 


Hif?. 1785: S 


138 HisroiRe DE L'ACADÉMIE RoyxALeE 


une pratique conftante de l’art, par une étude aflidue &c 
réfléchie de fes principes. 

Déjà on comptoit M. le duc de Praflin dans le nombre 
des jeunes Officiers généraux qui donnoient les efpérances 
lés plus brillantes & les plus certaines, lorfque fa fanté 
l'obligea de renoncer au fervice, & qu'à l’âge de trente- 
trois ans il eut la douleur de fe voir réduit à un état de 
nullité abfolue. C'étoit fon expreflion, & elle montre qu'é- 
loigné de toute ambition, il n’avoit pas même l'idée de 
s'ouvrir une autre carrière. 

Alors cette même habitude de l'application, qu’il n’avoit 
encore regardée que comme un des moyens de fe rendre: 
plus capable d'agir, devint fa reflource contre l'ennui d’une 
cifiveté forcée ; car tel eft l'avantage inappréciable de 
étude, que lors même qu'elle devient inutile au but 
qu'on s'étoit propolé en s'y livrant, elle fert encore. à 
nous confoler de lavoir manqué. Borné à Ja fociété . d’un 
petit nombre d'amis, fe répandant peu dans le monde, 
M. de Praflin employoit à orner & à fortifier fa raifon, 
le temps où fes maux lui permettoient quelqu'application. 
Le goût des fciences, beaucoup plus rare parmi les gens 
de la Cour qu'il ne left aujourd'hui, fon amour de la 
retraite, des idées de tolérance & de liberté qui n'étoient 
pas encore devenues communes & populaires, lui don- 
nèrent la réputation d'un homme d’efprit , d'un homme 
éclairé, même celle d’être un philofophe ; & cette dernière 
réputation n'étoit pas alors dangereufe. On diloit que 
M. le comte de Choifeul (c'étoit le nom qu'il portoit } 
feroit capable des grandes places; & on le difoit d'autant 
plus volontiers, qu'on étoit plus für qu'il n'en recherchoit, 
qu'il n’en defiroit aucune. Les ambitieux eux-mêmes lui 
rendoient avec plaifir ce témoignage, qui ne les expofoit 
à aucun rifque, & fe faifoient honneur d'une équité qui ne 
pouvoit nuire à leurs projets. Cependant M. le duc de 
Choifeul, fon parent & fon ami, fut appelé, en 1758, 
au minifière des aflaires Etrangères, & laifla vacante la 


DIENSUIS CNE Nic E S 129 


place d'ambaffadeur à Vienne. Il étoit important qu’elle 
ne füt donnée qu'à un homme dont l'efprit, le caractère, 
la probité, infpiraflent une entière confiance au Miniftre 
qui l'employoit; & cette confiance entière ne peut exifter 

u’entre des amis qu'une liaifon intime a montrés l’un 

à Vautre dans cet état d'abandon & de négligence où les 
hommes ne paroiffent que ce qu'ils font. M. le duc de 
Choïlfeul jeta les yeux fur M. de Praflin. I n’avoit qu'un 
feul moyen de refufer , c'étoit de trouver un honime digné 
de remplir cet emploi, à qui fon ami püt fe livrer avec 
une égale fécurité; & M. de Praflin mit, pour le trouver, 
pour fairé agréer cet échange au Miniftre, en un mot, 
pour ne pas avoir une belle place, autant d’aétivité qu’un 
ambitieux en auroit pu mettre pour l'obtenir. Obligé d’ac- 
cepter enfin, il partit pour Vienne. 

_ « Un ambaffadeur dans une grande Cour, a deux grandes 
tâches à remplir: la première eft de bien faire les affaires 
du Souverain qui l'emploie ; de bién connoître les véri- 
tables intérêts de fa nation, de ne jamais [es perdre de 
vue, de les foutenir avec une dignité ferme, mais fimple 
& modefte: de faifir, de fufciter même quelquefois les 
affaires qui peuvent être à l'avantage de fa Cour, mais 
plus fouvent de les prévoir pour les prévenir, pour les 
empêcher de naître: adrefle d'autant plus méritoire, qu’elle 
refte toujours ignorée, & prive de l’honneur de les avoir 
terminées. I faut favoir prendre à propos fur foi, quand 
le temps ne permet pas de fe faire autorifer, & mettre 


enfin afflez de précifion, de clarté & d'intérèt dans fa « 


correfpondance , pour dire tout fans fatiguer par la lon- 
gueur & l'infipidité des détails. 

Le fécond objet d’un ambafladeur doit étre de fe rendre 
agréable à la Cour où if réfide, fans cependant s’annoncer 
pour un homme facile à éblouir ou-à tromper; de s’y attirer 
une confidération perfonnelle & indépendante de fon titre; 
de s’y faire des amis, afin d'être informé de ce qui peut 
intérefler fon Souverain, par un moyen plus für & plus 


S ij 


Lo4 


« 


140 HisToirE DE L'ACADÉMIE ROYALE 

noble que la foible & trompeufe reffource d'un efpionnage;, 
toujours aviliflant pour celui qui Femploie; d'obtenir la 
confiance du Prince & de fes Miniflres, par une jufte 
réputation de franchife & de probité; d'avoir un maintien 
également éloigné de la fierté qui révolte & de la fami- 
liarité qui dégrade ; enfin de traiter toutes les affaires avec 
fang-froid, noblefle & fermeté, en fe fervant quelquefois 
avec adrefle de l'art de la perluafion, maïs en ne paroiffant 
employer que la force de [a raifon. » 

Tel eft le tableau des devoirs d'un ambaffadeur ; c’eff 
d’après M. de Praflin lui-même, d’après les inftructions 
données par lui à fon fils, que nous l'avons tracé; & ce 
tableau ett celui de fa conduite. : 

Mais fon ambaflade à Vienne étoit plutôt une efpèce de 
miniftère qu'une ambaflade ordinaire. La France, la maifon 
d'Autriche ; la Rufie, la Suède, éjoient alors réunies 
contre le roi de Pruffe; une partie des princes de l'Empire 
avoient embraflé leur querelle: les armées de toutes ces 
Puiffances devoient agir de concert & tendre au même but; 
mais chaque État avoit fes intérêts particukers, fes opinions, 
fon fyftème militaire ou politique, fes vues féparées. C'étoit 
à Vienne que fe préparoient tous les plans, qu’on prenoit 
toutes les réfolutions importantes; que parmi tant d'intérêts 
diflérens, on cherchoit à démêler celui qui pourroit être 
regardé comme l'intérêt commun, où du moins auquel 
on confentiroit à en donner le nom. L'ambafladeur de 
France correfpondoit non-feulement avec fa Cour, mais 
avec les Miniftres de fa Cour auprès des Puiflances con- 
fédérées, avec les Généraux des différentes armées, avec 
les officiers que le Roi avoit envoyés dans celles de fes 
Alliés. I étoit autorifé à ouvrir toutes les dépêches 
adrefes au Miniftre de France, & toutes celles que ce 
Miniftre avoit expédiées & qui pañloient par Vienne; à 
Joindre aux unes fes réflexions, à faire aux autres {es chan- 
gemens qu'il trouveroit convenables; enfin à donner, au 
nom du Roi, des ordres proviloires, lorfque le retard 


DES S'CTIÉÈNCE S: 141 
néceffaire pour avoir une réponfe de Verfailles, Iui paroif- 
foit dangereux. 

Pendant les deux années que dura l’ambaffade de M. de 
Praflin, les événemens de la guerre, en augmentant le 
befoin que la France avoit de la terminer, lui enlevoient 
même l'efpérance de faire une paix avantageufe. La fituation 
de fes Alliés étoit diflérente, & il falloit les obliger à 
montrer qu'ils vouloient la paix, à le prouver par des. 
démarches non équivoques; car il eft prefque convenu en 
politique, d'en affecter toujours le defir: efpèce d'hommage 
qu'on veut bien rendre à Fhüumanité. M. de Praflin eut le 
bonheur de déconcerter tous les obftacles par lefquels, en 
paroiflant vouloir la paix, on cherchoït à retarder l'indi- 
cation du congrès où elle devoit fe concluie. I fut enfin 
arrêté qu'il s'aflembleroit à Aufbourg. M. de  Choifenl 
propofa fon coufin pour Plénipotentiaire unique; & que 
ques follicitations qu'ait pu faire M. de Prafiin pour obtenir. 
un collègue, elles furent inutiles: M4 de Choifeul favoit 
trop qu'un ouvrage important n'eft jamais bien fait que 
par un feul homme, & que s'il avoit eu déjà le bonheur 
très-rare d’avoir un Plénipotentiaire auquel il put fe livrer. 
fans réferve comme fans défiance, il y auroit de la témérité 
à compter fur un bonheur égal dans un fecond choix, 
À fon retour en France, M. de Praflin trouva qu'on lui 
deftinoit, au lieu du titre de Plénipotentiaire au congrès, 
une place dans le Confeil; il erut devoir infifter pour que 
fa deftination ne füt pas changée. Nous ne le louerons pas 
ici de cette modération; pour un homme tel que lui, 
une grande affaire étoit plus qu'une grande place; & quelle 
dignité pouvoit-il préférer à l'honneur de faire une paix 
defrée par toute l'Europe, & néceflaire à la France? Ses! 
équipages étoient déjà fur le chemin d'Aufbourg, lui-même: 
partoit le lendemain, lorfqu’une attaque de goutte le retint 
à Paris. Bientôt les circonftances changèrent; l'inutilité du 
congrès projeté ne fut plus douteufe: M. de Praflin entra 
au Confeil, & peu de temps après, M. le duc de ChoifeuË 


242 HisToiRE DE L'ACADÉMIE ROYALE 


lui remit [a place de Miniftre des affaires étrangères, qu'il 
accepta dans l’efpérance de concourir avec fon ami, à ce 
grand ouvrage de fa paix dont il s'étoit depuis long-temps 
occupé. I ne put convenir des préliminaires, & les figner 
qu'au mois de Novembre 1762. Peu de jours après, le 
Roi le créa Duc & Pair, & il prit alors le nom de duc 
de Praflin, nom fous lequel s’étoit illuftré, dans le dernier 
fiècle, le fecond maréchal de Choifeul, qui, après avoir 
gagné la bataïlle de Rethel, contre M. de Turenne, avoit 
vu depuis fa gloire s’'augmenter par tous les triomphes dw 
grand homme de guerre qu'il avoit vaincu. | 

L'époque de cette paix eft la plus importante de Ia 
vie de M. de Praflin; c’eft un de ces événemens d’après: 
lefquels 1a voix publique prononce pour ou contre um 
homme, un jugement irrévocable, & qui répandent fur le 
refte de fes actions, une teinte qui en relève l'éclat ou qui 
les ternit, mais que rien ne peut effacer : qu'il me foit donc 
permis d'entrer ici dans quelques détails. Ces objets, je le: 
fais, font étrangers à ceux dont l’Académie s'occupe ; mais: 
le titre d'homme, de citoyen, en impofant l'obligation com- 
mune de fe dévouer au bien dela patrie, donne à tous, par 
une conféquence néceffaire, le droit d’avoir une opinion fur 
les intérêts publics, & ce droit eft inféparable de celui de 
la dire. D'ailleurs, fr en faifant l'éloge des Savans, nous 
rendons compte de leurs ouvrages, c’eft moins encore pour 
honorer Îeur mémoire, que pour expofer aux yeux dw 
public les motifs de notre choix, & les foumettre à fon. 
Le sp Aïnr, Jorfque nous avons appelé un homme 
d'État à remplir une des places deftinées parmi nous aux 
amateurs éclairés des Sciences; puifque fes aéions, puifque- 
l'influence qu'il a eue fur la profpérité nationale ont été 
fes titres, nous en. devons compte au public, afm qu'il 
juge fr c’eft à un bienfaiteur de la patrie que nous avons 
rendu un hommage mérité, 

La guerre de 175 $ avoit: été malheureufe : les politiques 
qui l’avoient préparée, n'avoient calculé ni la puiflance du: 


\ 


Dei SEE mic ES 147 
génie de Frédéric, ni tout ce qu'un homme éloquent & 
audacieux oferoit exiger de la nation Angloife & fauroit 
en obtenir. De toutes les poffeiions de Ia France en 
Amérique, en Afie, en Afrique, il ne lui reftoit que Saint- 
Domingue, les îles de France & de Bourbon, & des 
établifiemens , jufqu'alors inutiles, à Cayenne & fur le 
Miflifipi. La perte de ces pofiéffions paroifloit inévitable, 
fi la guerre étoit prolongée; l'Efpagne notre alliée s’étoit 
déjà vu enlever l'ile de Cuba; on craignoit pour celle de 
Manille: crainte que l'événement à juftifiée. Si nous avions 
pris Minorque au commencement de Ja guerre, Belle-ifle 
étoit tombée depuis aux mains des Anglois, & il ne reftoit 
fur mer que de nouveaux défaftres à prévoir pour nos 
Alliés comme pour nous-mêmes. En Allemagne, nousavions 
à craindre d'être réduits à foutenir une guerre défenfive fur 
nos frontières. La Ruffie paroïfloit décidée à renoncer à 
des alliances qu’elle avoit formées fans aucun intérêt réel, 
& les fuccès de l'Autriche contre le roi de Prufle, étoient 
au moins incertains. Cependant dans les dernières années, 
l'épuifement des finances n’avoit permis à la France que 
des efforts trop foibles pour reprendre la fupétiorité ; 
chaque jour voyoit diminuer .fes reflources &. tomber. fon 
crédit bien au-deffous de fes reflources réelles. Toutes les 
claffes de citoyens demandoient la paix; les militaires eux- 
mêmes ne craignoient plus d’unir hautement leur voix à 
celle du peuple. À quoi devoient donc alors fe borner nos 
éfpérances? à celle d’une paix par laquelle la France con- 
ferveroit cette partie de honneur d’une nation,rque les 
malheurs de la guerre ne peuvent: lui ôter, & ne fe verroit 
pas déchue, dans opinion de l’Europe, du rang que fa 
puiflance réelle Jui a donné. Or, la paix de 1763 a 
rempli ces efpérances, les feules que les malheurs de la 
guerre nous euffent laiffées. La France fe montra, dans le 
traité, plus fidèle à fes Alliés, que des nations puiffantes, 
qu'elle-même ne avoit été quelquefois après des viétoires. 
On n'y facrifia rien de ce que l’opinjon commune pouvoit 


144 HIisToiRE DE L’'ACADÉMIE RoYALE 


regarder comme un moyen de réparer nos pertes; on 
exigea la reftitution des établiflemens, des colonies qui 
paroïfloient d’une utilité plus réelle, fur-tout des îles qui 
nous avoient été enlevées dans les Antilles, & la France 
obtint l'ile, alors neutre, de Sainte-Lucie, dont fes Minif 
tres connoifloient l'importance pour Îa fureté de cette partie 
de fon empire. Elle conferva, foit en Afie, foit fur le 
banc de Terre-neuve, tout ce qui pouvoit être néceflaire 
pour l’établiffement d’un commerce floriflant, fans annoncer 
la prétention alors chimérique d'y élever une Puiffance 
rivale de la puiflance Angloife : on abandonnoit feulement 
celle de nos pofieflions dont la conquête flattoit le plus 
l'orgueil de nos ennemis, qui ne nous oflroit que des 
avantages éloignés, qui pouvoit enfin devenir dangereufe 
our fes nouveaux maîtres. Aïnfi le Canada, avec [es 
dépendances, fut laiffé aux Anglois: en le reftituant à Ja 
France, l'Angleterre fe fut afluré un moyen de nourrir, 
par la rivalité qui s'établit entre deux nations voifines, * 
la haine des Américains, pour le feul Allié qui püt les 
aider à défendre leur indépendance contre la mère-patrie, 
& de les attacher à elle par la crainte de la domination 
d'un peuple, dont les loix ne pourrojient convenir à des 
hommes qui n'avoient quitté l’Europe que pour jouir de: 
l'égalité politique & de la liberté religieufe. D'un autre 
côté, cette mème crainte du voifinage des François pouvoit 
arrêter les chefs de la nation Angloife, s'ils étoient un 
jour aflez imprudens pour eflayer d'impofer un nouveau 
joug à un peuple qui ne portoit déjà qu'avec une impa- 
tience menaçante, celui auquel il étoit foumis. Aufli les 
miniftres Anglois avouèrent-ils que c'étoit à regret, qu'en 
abandonnant {eurs conquêtes dans les Antilles pour garder 
le Canada, ils cédoient à l'opinion populaire, qu’une conf- 
titution orageufe les forçoit de ménager. À la vérité, la 
France déjà juftement affligée de ces facrifices néceflaires, 
vit, avec un fentiment d’indignation, détruire encore une 
fois les travaux de Dunkerque, & un commiffaire de Ia 
Grande-Bretagne, 


DE SMS MC T'EUN C ES 145 
Grande-Bretione, exercer dans une de nos villes, fon au- 
torité étrangère. Mais cette condition, exigée par Ja paix 
d’'Utrecht, à à laquelle on s’étoit foumis à Aix-la-Chapelle 
après une guerre glorieufe, étoit encore un article nécef- 
fire à la füreté du miniftère Britannique. En amufant 
Forgueil de la populace de Londres, elle fui fermoit les 
yeux fur des objets plus importans. Peut-être même cette 
condition, qui, répétée à chaque traité, devenoit de plus 
en plus infupportable à la nation Françoiïle, étoit-elle un 
moyen de lui faire fentir plus vivement la néceflité d’une 
marine puiflante, qui la mit en état de fecouer un joug 
odieux; & l'on pouvoit croire qu’elle feroit plus frappée 
de cette humiliation, que des intérêts de fon commerce. 
C'’eft ainfi qu'on a vu quelquefois des mères courageufes 
placer fous les yeux de leurs enfans, les monumens qui 
atteftoient les défaftres de leur famille, pour les forcer à 
s’en occuper fans cefle, & à nourrir fans relâche le defir 
+ 0e de les réparer. 

* Nous’ avons tiré ces réflexions d’un mémoire que M. le 
duc de Praflin avoit rédigé fur le traité de 1763, pour 
préparer d'avance à fes amis & à fa famille une réponfe 
contre ceux qui, accoutumés à juger fur les apparences , 
ne verroient, dans cette paix, que les facrifices qu’ ’elle a 
confommés , & oublieroient que ces facrifices n'étoient 
qu'une partie de ce qu’on avoit perdu par la guerre, fans 
qu'il reftät aucune efpérance de rien recouvrer. On voit 
dans ce mémoire, qu’en fignant le traité, M. le duc de 
Praflin avoit prévu l'événement qui: devoit amener une 
guerre nouvelle, dans laquelle Ia France auroit une jufte 
éfpérance de diminuer ou de détruire la fupériorité navale 
de l'Angleterre, & de lui enlever cet empire des mers, 
fur Jequel elle affectoit dépuis long-temps un droit chimé- 
rique. Ce droït, devenu réel par le fait, ne pouvoit que 
foulever les autres nations , & des engager à feconder ou 
du moins à fouflrir les efforts que feroit la France pour 
Ja liberté commune. Auf M. de Praflin ne néolisea rien 


if. 1785. 


146 Hisroire DE L'ACADÉMIE ROYALE 


pour infpirer aux diverfes Puiflances de l'Europe, de Ia 
confiance dans les vues équitables & modérées de fa 
France; pour détruire les préventions que nos malheurs 
& notre zèle trop ardent pour les intérêts de nos alliés, 
avoient pu donner à quelques-unes. H y réufit, & un an 
feulement après la paix, le roi de Prufle rendit un témoi- 
gnage honorable à {a probité, à fa franchife dans les aflaires, 
à fes intentions droites & pacifiques. L 

Mais la place de Miniftre des affaires étrangères exigeoit 
un travail réglé, & la fanté de M. le duc de Praflin.ne lui 
permettoit pas de s’y livrer. Quoiqu'il füt attaché à fes 
devoirs, qu'il eût naturellement du courage &; de l'empire 
fur lui-même, il éprouvoit fouvent, fans avoir aucune 
maladie grave, une difhculté de s'occuper ou d'agir, qu'il 
lui étoit impoffble de furmonter ; plus d'une fois il avoit 
demandé au Roi fa retraite, mais toujours inutilement : 
enfin, on lui propofa le miniftère de la Marine, que M. le 
duc de Choifeul devoit quitter pour reprendre celui des 
affaires étrangères. M. le duc de Praflin accepta ce nouveau 
département, parce qu'il fentoit que les aflaires y {ouffri- 
roient moins d’une interruption de travail que fa confti- 
tution rendoit inévitable, & qu'il pourroit plus facilement 
réparer par une plus grande aélivité, dans les intervalles 
de fes fouffrances, le temps qu’elles auroient enlevé à fes 
devoirs. 

Etablir dans un corps d'Officiers deflinés à exercer un 
art difiicile & compliqué, ce goût de l'inftruétion & cette 
étude de la théorie, néceflaires pour empêcher la valeur 
de refter inutile ou de devenir dangereufe, & la pratique 
de dégénérer en routine, d’infpirer des préjugés ou de les 
rendre indeftructibles ; faire exécuter ces voyages, qui, 
utiles à la perfection de la géographie, comme au progrès 
des fciences, fervent encore à exercer les marins en temps 
de paix, & à foutenir leur émulation; réparer les maux 
que la guerre avoit faits à nos Colonies & au Commerce 
maritime; fe préparer enfin une Marine puiflante, qui püt 


PME AS NO NE IN c' El: 147 
#e Toutenir contre celle de l'Angleterre; & cependant ne 
pas réveiHer, par des conftrudions faites avec trop d'éclat, 
la jaloufie de cette Puiflance: tel étoit le plan. que fe forma 
"M: le duc de Praflin. Les faits feuls doivent prouver sil 
d'a rempli. ' 

Les Élèves de la Marine furent foumis à un examen 
Hévère, & on exigea d'eux, pour être admis, toutes les 
connoiflances préliminaires qu'un favant, exercé dans la 
théorie, jugea pouvoir être utiles. Les Profefleurs furent 
multipliés, & le choix en fut confié à l’Examinateur que 
l'intérêt de fa confidération perfonnelle devoit engager 
à n'en propoler que de bons. M. de Praflin appela dans 
e corps de {a Marine, en le difpenfant de pafler par Îes 
grades inférieurs, un Géomètre célèbre, déjà depuis long- 
temps Membre de cette Académie; il fut prévoir à la fois 
combien les lumières & les talens de M. de Borda offi- 
roient de reflources à un Miniftre éclairé, qui fauroit les 
employer, & tout le bien que cet exemple pourroit pro- 
duire. I favoit que la fupériorité dans Finftruétion, dans 
la théorie, étoit le moyen le plus für, le feul moyen même 
de balancer une fupériorité de pratique & d'expérience, 
fuite nécéflaire de la pofition des îles Britanniques. 

M.° de Chabert & de la Cardonnie furent chargés, 
lun de continuer fes obfervations fur 1a Méditerranée, 
autre de lever une carte des approches de l'ile de Saint- 
Domingue. À peine eut-on ‘appris qu'il exiftoit en Angle- 
terre une Montre qui pouvoit être employée avec füreté 
à la détermination des Longitudes, que M. de Praflin s’em- 
prefla d’'exciter l’émulation des Artiftes françois, & bientôt 
après il ordonna, pour éprouver les montres de M. Leroy 
& Berthoud, deux voyages qui, par leur durée, le nombre 
des reläches, la différence des températures que les Vaif- 
feaux devoient éprouver, la nature des différentes mers 
qu'ils auroient parcourues, ne laiffleroient aucun doute 
fur le degré de confiance que mériteroient ces nouvelles 
machines. 

a pr 


148 Histoire DE L'AcADÉMIE RoYALE 


Le fuccès de ces voyages fut tel qu’on pouvoitd'atténdre 
de l’habileté de ces artiftes célèbres, du zèle & de l'intel- 
‘ligence des Officiers qui commandoient, de la réputation 
des favans qui les ont accompagnés; & fi les horloges 
marines ont un jour le degré d'utilité dont elles font fuf- 
ceptibles, les François devront au miniftère de M. le duc 
de Praflin, lavantage de partager avec les Anglois, la 
reconnoiflance de toutes les nations navigatrices. 

Un Vailfeau françois avoit exécuté un voyage oh 
du monde, en 1720; mais la nation, alors trop. peu 

ccupée de ces objets, avoit laïffé dans une égale obfcurité 
l'entreprife & le fuccès. M. le duc de Praflin chargea 
M. de Bougainville de la tenter une feconde fois; & ce 
voyage eft le premier où les navigateurs, en menant avec 
eux des naturaliftes & des aftronomes, aient eflayé: de 
rendre leur expédition utile aux fciences. Jufqu'à cette 
époque, les voyages entrepris dans des vues de domination 
ou de commerce, navoient encore fervi qu'à fatter la 
vanité des peuples, aux dépens defquels des nations .nou- 
velles apprenoient à redouter & fur-tout à haïr le nom de 
l'Europe. M. de Commerfon étoit un de ces favans, & 
nous lui devons fa /connoiffance de plufeurs milliers d’ef 
pèces nouvelles de plantes. M. l'abbé Pingré, M. abbé 
Chappe trouvèrent dans M. de Praflin les mêmes marques 
de zèle pour les fciences, & de confidération pour ceux 
qui les cultivent, qu’ils avoient obtenues de M. fe .-duc 
de Choifeul. 

M. de Praflin avoit fenti qu'un des plus grands ete 
qu'il püt rendre à nos Colonies, étoit de leur donner une 
légiflation nouvelle. I connoïifloit toute la difficulté: de 
cette entreprie ; les commerçans de Ja métropole croyoient 
avoir droit d'exiger que leur intérêt diétät les loix impo- 
fées aux Colons ; & cependant une loi ne peut être 
qu ‘injufte fi elle n’eft pas faite pour Putilité des hommes 
qui doivent y être foumis. Une longue expérience. a 
prouvé que jamais un pays où l'efclavage eft établi, n& 


DIE: Sy SLCALUE NC EE, 69 . 149 
:jout d’une légiflation paifible & modérée; & Ia deftruction 
-de la fervitude des Nègres, quoiqu'elle fut aux yeux de 
M. de Praflin, un devoir de juftice, étoit, à cette époque, 
-au- deflus du pouvoir d'un Miniftre , & peut-être des 
lumières & des vertus de Ja nation. Enfin, tous les préjugés 
_de commerce, de finance, de politique, fembloient s'être 
-xréunis pour embarrafler par des fophifines, les principes 
fimples qui devoient fervir. de bafe à cette légiflation. 
M. le duc de Praflin eut le courage de commencer cet 
ouvrage difficile en lui-même, & dont un, Miniftre jaloux 
.de conferver la place, eut craint même de paroître s'oc- 
-euper. Des Jurifconfultes habiles y ont long-temps travaillé 
d’après fes vues & fous fes yeux: La durée trop courte de 
{on miniflère, & fa fagefie, qui lui faifoit un devoir de 
n'adopter qu'un {y fine, de égiflation bien combiné, l'ont 
_feules empêché de rendre ce fervice à la métropole, comme 
aux Colonies ; car, aux yeux de tout homme éclairé, 
elles n’ont qu'un feul & même intérêt: c’eft que la légif- 
ation foit humaine, {oit jufte, & qu elle refpecte, dans 
-toutes les clafles d'hommes, les droits de la liberté. 
- Nous avons dit dans l'éloge de M. de Maurepas, que 
fous fon miniflère , le café tranfporté dans les îles de 
Amérique, y ouvrit une nouvelle fource de richefles. 
-Ce fut fous celui de M. de Praflin, qu'un homme à qui 
fes vertus, fon patriotifme, fes lumières, ont mérité l'eflime 
publique & la reconnoiffance de la CU qu'il a long- 
temps adminiftrée ;. M. Poivre, Correfpondant de 'Aca- 
.démie, enleva De épiceries dans les Moluques, & les 
tranfporta aux îles de France & de Bourbon, d'où elles 
-ont pañlé à Cayenne. Mais la France ne devoit pas jouir 
feule des avantages de cette opération, qui, un jour, 
délivrera l'Europe d’un monopole onéreux, en méme temps 
qu elle a donné aux nations, de l'Afie, une -efpérance cer- 
taine de n'avoir plus à gémir fous lé poids des. yexations 
& des cruautés que le maintien de ce monopole y a mul- 
tipliées., Ain, ce feroit mal juger de cette. introduction 


so HisroïrE DE L'ACADÉMIE RoYyALE 
des épiceries dans nos Jfles, fr on 1a regardoit feuleméent 
Tomme celle d’une nouvelle branche dé commerce, comme 
un furcroit de produétion & de richefle: c’eft la deftruction 
d’une grande injuftice qu'il faut fur-tout y reconnoître; & 
Von pourra un jour écrire fur la tombe du Minifire qui a 
favorifé cet établiflement, & fur cellé de l'homme refpec- 
table qui fa formé: J/s ont épargne des crimes à l'humanité ; 
d', grâces à leurs foins, elle a vu tomber une de fes chaînes. 

On peut encore mettre au nombre des fervices que 
M. le duc de Praflin a rendus au commerce maritime & 
à la France, la deftruétion du privilége de l’ancienne Com- 
pagnie des Indes, qui a été faite pendant fon miniftère, & 
à laquelle ïl à eu l'honneur de contribuer. | 

Il avoit porté le nombre des Vaïfleaux de ligne en état 
‘de fervir à foixante-dix; les bois fufhifans pour en conftruire 
dix autres, étoient en réferve dans les arfenaux; il y avoit 
raflémblé les approvifionnemens de toute efpèce, nécef- 
faires pour les armer; le port de Breft avoit été agrandi; 
des magafins, de vaftes ateliers s'étoient élevés fur fes quais 
immenfes; une artillerie pour la fonte de laquelle on avoit 
profité des connoïffances nouvellement acquifes, n’expoloit 
plus les matelots à craindre leur canon plus que celui de 
l'ennemi. Tout cela s’étoit exécuté fans exciter , de la part 
de l'Angleterre, une feule plainte, un feul mouvement 
d'inquiétude. H eft vrai qu'en France on fignoroit ‘éga- 
Tement. Si M. de Praflin faifoit conftruire un nouveau 
Vaïfleau, ïl lui donnoit le nom d’un vieux navire hors 
de fervice. Aïinfi, une conftruétion nouvelle pafloit pour 
une fimple réparation. I avoit fenti qu'il ne pouvoit faire 
le bien qu’en fecret; & ce facrifice d’une réputation paf- 
fagère ne lui avoit rien coûté. 

Lorfque vers la fm de 1770, la guerre menaça de s’al- 
lumer, Îa France fe trouvoit en état d’avoir au premier 
ordre, vingt Vaïffleaux de ligne prêts à fe mettre en mer, 
vingt autres étoient préparés pour les fuivre; le refte devoïit 
‘fe joindre à une éfcare efpagnole pour forcer l'Angleterre 


Une c LE NE ES LS1 

à tenir dans la Manche une partie de fes forces.. Cette 
Puiflance n’auroit eu, dans le premier moment, que quinze 
vaiffeaux à nous oppofer ; la fupériorité de la France étoit 
affurée durant la première année dela guerre dans les 
Antilles comme dans l'Inde, événement qui eût été unique 
dans notre Hifloire navale. Déjà les négocians anglois 
établis dans les Antilles, avoient fenti le danger de leur 
pofition ; ‘ils s'étoient adreflés. à leurs correfpondans à Ja 
Martinique, pour y mettre en füreté leurs effets les plus 
précieux. L'état floriflant de la marine Françoile con- 
tribua fans doute alors au maintien de la paix, dont la 
rupture trop prompte eût retardé la révolution heureufe 
à laquelle les mers & le commerce devront leur. liberté. 

Ces détails fufhroient pour répondre aux feufs reproches 
qu'on ait faits au miniftère de M. le duc de Praflin. Si l'on 
étoit forcé de refpecter fon équité & de convenir qu'il 
étoit éclairé, ami de l’ordre, économe du tréfor de la 
nation, dans ce département comme dans le premier qui lui 
avoit été confié, {es fouflrances habituelles pouvoient. faire 
croire , ou du moins permettoient de dire qu’il manquoit 
d'aétivité & d'application. d prbeué 

Mais nous pouvons.ajouter que; chargé comme Miniftre, 
de rapporter des affaires au Confeil, jamais il ne fe permit 
d'en rapporter une fans avoir vérifié fur les pièces origi- 
nales les extraits, les citations des mémoires rédigés dans 
fes bureaux : « Si je me trompe en jugeantd'après vous, 
difoit-il à fes commis, je fuis refponfable de votre erreur; 
fi-c'eft en jugeant d’après moi-même, j'ai rempli mon 
devoir, & ma confcience ne me reprochera rien ». Enfin, 
lorfqu'après fa retraite du miniftère, des hommes dont il 
ne, devoit pas attendre de lindulgence, fe firent rendre 
compte de fon département, & qu'ils furent initiés dans 
le  fecret de fes vues & de {es plans, ils fe virent contraints 
de. lui rendre un témoignage dont les circonflances, ne 
permettoient pas de foupçonner la fincérité, : : 

L'union de M. le duc de Praftin avec M, de Choifeul, 


A 


F$% HistoiRe DE L'ACADÉMIE ROYALE 
fut inaltérable, malgré a différence de Ieurs caractères , de 
leurs goûts, de leurs opinions, & peut-être même à caufe 
de cette différence qui les rendoit fouvent néceflaires lun 
à l'autre. Elle contribua aux fuccès de leur adminiftration 
en portant dans trois grands départemens Îiés entr'eux par 
la nature des affaires, cette unité de vues & de principes 
fi néceffaires, & cependant fi difhciles à établir entre des 
miniftres qui agiflent féparément & d’une manière indé: 
pendante : car la probité & le zèle pour le bien public, - 
ne pourroient peut-être même établir un tel concert entre 
deux hommes dont l'amitié & la confiance n’auroient pas 
précédé leur réunion dans le miniftère. En parlant des 
opérations exécutées fous M. de Praflin, dans ‘deux dépar- 
temens confiés l’un & l’autre à M. de Choifeul, avant ou 
après lui, il feroit fouvent impoflible de diftinguer cé qui 
leur appartient en particulier; mais chacun d'eux eût con- 
fenti à en partager l'honneur avec fon ami, eût vu avec 
peine qu'un zèle indifcret tentât de Ini aflioner une part 
féparée ; &nous croyons devoir refpeëter, aujourd hui même 
qu Ets ont ceflé de vivre, le fecret de leur amitié & de leur 
confiance. Ils eurent encore un mérite commun, d'autant 
plus digne de 1a reconnoiffance fécrète des citoyens, qu’il 
peut difficilement être l'objet d’un Éloge public, & qu'il eft 
trop fouvent oublié par l'hiftoire; c’eft celui d’ofer prendre 
la défenfe des opprimés, d'écouter la voix de fa confcience 
plutôt que celle de fes intérêts politiques, & de s’expofer 
par amour pour fa juftice, à la vengeance de particuliers 
accrédités ou de corps puifflans, dont la haîne eft encore 
plus dangereufe , & frappe avec moins de fcrupule # 
défenfeurs à côté de la victime. 

M. le duc de Praflin avoit été nommé Honoraire 4 
l'Acadeïnie en 1770, Cétte Compagnie s’eft toujours fait 
ün dévoir d'appeler dans fon fein ceux dés Miniftres de 
fa Marine, qui, en cherchant à répandre l'inftrution, en 
employant leut pouvoir à favoriler les progrès des'u- 
Mières, ont acquis des droits à notre reconnoiflance. C'eft 


un 


DE s Sc1E NEC Es. 153 
uf moyeñ de reflerrer une liaifon déjà formée par le befoin 
qu'a fouvent l'Académie du Miniftre de la Marine, pour 
des recherches importantes, & celui que Je Miniftre daigne 
paroître avoir quelquefois des avis & des lumières de 
l'Académie. 

M. de Praflin avoit defiré cette place, & c'eft la fèule 
pour laquelle ïl ait montré quelque ambition. Il aimoit 
les fciences & en avoit étudié quelques-unes : il ne comp- 
toit pas fe borner à paroître quelquefois dans nos féances, 
 favoit qu'une affiduité habituelle à nos aflemblées, lui 
éfriroit un délaffement accompagné d’inftruétion & d’uti- 
lité; avantage précieux pour un efprit müri par l'âge, les 
réflexions & l'habitude des grandes affaires. C'étoit une 
reflource qu'il s'étoit préparée pour le temps où il devoit 
les quitter. 

H fentoit bien que fa fanté l'en priveroit fouvent; mais 
ne s'étoit pas prononcé qu'il ne pourroit jamais en jouir. 
Le fentiment qué ce mot exprime, eft un de ceux que 
Fhoñime fouffrant repoufle avec le plus de force; & les 
efpérances vagues & chimériques d'un état plus heureux, 
foñt la dernière jouiffance que laifle La nature à ceux qu'elle 
accable de privations. 

Au mois de Décembre 1770, M. le duc de Praflin 
teçut l'ordre de. fe démettre de fa place & de fe retirer 
dans fes terres: il apprit avéc tranquillité la nouvelle d’une 
difgrâce qu'il avoit prévue, & dont les motifs lui étoient 
abfolüment étrangers. H fe foumit avec réfignation à une 
rigueur dont il avoit efpéré que fes infirmités habituelles 
le préferveroient, fur la foi de promefles, de l’exécution 
défquelles {a fage modération de fa conduite paroifloit 
dévoir lui répondre. IL dormoit après fon dîner, fuivant 
fon ufige, Jorfqu'if apprit fon exil; & quand celui qui 
étoit chargé dé J'ainoncer fut forti, il fit refermer fes 
rideaux &c:fe rendormit. Cet exil ne dura que huit mois, 
& Mi le due de Praflin ne crut pas avoir payé trop cher 
là hberté de’ pafler le refle de fa vie, loin des affaires, 

Hiff, 1785. U 


154 Histoire De L'ÂCADÉMIE ROYALE 


. dans le fein de fa famille & auprès de fes amis. Ses infir- 
mités augmentèrent avec l'âge : dans l'automne de l'année 
dernière, il eut une maladie vive qui épuifa fes forces : 
fa convalefcence fut longue & pénible; & fa mort, caufée 
par le dépériflement & la foiblefle, termina quarante ans 
de fouffrances. Il mourut le 1 $ Oétobre 1785, âgé d’en- 
viron {oixante-quatorze ans. 

M. le duc de Praflin avoit un efprit réfléchi & férieux ; 
fon extérieur étoit froid, fon ame étoit calme; il favoit 
cacher les émotions & les peines qu’elle pouvoit éprouver; 
mais il étoit capable de fentimens tendres & conftans: 
comme homme public, fon accueil étoit réfervé, pouvoit 
même paroître févère ; il promettoit peu, parce qu'il ref- 
peétoit fes engagemens; donnoit rarement des efpérances, 
parce qu'il favoit qu'on peut les prendre pour des pro- 
mefles:; mais fans dureté comme fans humeur , il mon- 
troit de la bonté aux malheureux, de d’eftime & de l’intérèt 
aux gens de mérite, de la politefle à tous les autres. II 
avoit, avant d’être en place, des amis qu'il a confervés, 
auxquels, foit pendant fon miniftère, foit dans fon exil, 
foit dans fa vie privée, il a témoigné les mêmes fentimens, 
& qui, dans ces différentes époques , lui ont montré un 
attachement toujours égal. I en eut parmi les gens de Îa 
Cour, dont plufieurs, employés par lui dans des ambaffades 
importantes, ont fait honneur à fon choix; & ceux qui 
lui ont furvécu, fidèles à fa mémoire, ont bien voulu 
m'aider à lui rendre un foible hommage. IL en eut parmi 
les hommes attachés à fes départemens, qui m'ont offert 
les mêmes fecours avec un intérét vif & tendre, que le 
feul devoir, uni même à la reconnoifflance, ne peut inf- 
pirer. Il étoit aimé de fes enfans, des perfonnes qui, en 
entrant dans fa famille, en avoient pris le titre & les fen- 
timens. Malgré lauftérité apparente de fon extérieur, fa 
bonté facile avoit gagné ceux même que leur âge fem- 
bleroit devoir éloigner de la vieilleflé sers & fouffrante; 
ils s'emprefioient de lui rendre des foins, vouloient être 

’ 


EMEIS INUIG LIÉE NC E s. 155$ 
à fes côtés, aimoient à l'entendre & fe plaifoient avec lui. 
Il a été vivement regretté de fes domeftiques, qui, de 
même que fa famille, & tous ceux qui dépendoient de 
lui, l'avoient trouvé conftamment jufte, bon, bienfaifant, 
quelquefois même généreux dans des occafions importantes, 
malgré fon économie, ou plutôt parce que fon économie 
lui permettoit de l'être. Son fils a écrit des Mémoires pour 
fa vie, que je ne me permettrai de louer, qu'en regrettant 
de n'avoir pu conferver ici en entier ce monument de fa 
tendrefle du fils & des vertus domefliques du père. Ce zèle 
pour la mémoire de M. de Praflin, fi général dans ceux 
qui ont été liés avec lui par le fang, par l'amitié, par la 
reconnoïflance, ne doit pas être oublié dans fon éloge. 
On s’intérefle fr foiblement à la gloire de ceux qui ne font 
plus : les hommes autour defquels une foule emprefiée 
prodiguoit les louanges & Îles hommages , font-ils def- 
cendus dans le tombeau, elle s’en éloigne, & laïfle leur 
nom s'y enfevelir avec eux: on les louoit par intérêt, par 
efprit de parti; mais l'intérêt & l'efprit de parti ne louent 
point les morts :. & fans doute celui dont la mémoire, 
loin d’être entourée d’un fi trifte filence, a mérité que tant 
de voix s'empreflaffent de la bénir ou de 1a célébrer, 
n'auroit point obtenu cette exception honorable, s'il ne 
l'eût méritée par des vertus. 


np no. 91 
“li AE sui dés 


È ju ” £ kde re 


i 


MATHÉMATIQUE 


DE PHYSIQUE, 


TRES DES REGISTRES 
de l’Académie Royale des Sciences. 


Année M. DCCLXXX V. 


MEMOTRE 
7 SU Ris 
LA QUANTITÉ DE L'APLATISSEMENT 


do) À Dome DS: me LISE ces Cp dal 2 
Par M. DE LA LANDE. 
Où a fouvént répété depuis Newton, que Îles obfer- 


vations faites fur {a longueur du pendule, donnoient 

pour la Térre un aplatiffement différent de celui que la 

théorie & les mefures des degrés paroïfloient indiquer: il 
Men, 1785. 4 


2 MÉNOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
m'a femblé reconnoître entre ces trois fortes de moyens um 
accord affez fatisfaifant pour mériter d'être remarqué. 

La plus grande longueur du pendule à fecondes, qu’on 
ait jamais obfervée, eft celle qui réfulte des obfervations 
de M. Lyons, lors du voyage de Phips à la mer glaciale; 
c'eft peut-être la plus forte qu'il foit poñlible d’avoir , 
puifqu’elle a été faite à 794 so’ de latitude ; elle ne diffère 
même que de -Z- de ligne de Ja plus grande, c’eft-à-dire, 


100 
de celle qu'on obferveroit fous 1e pôle même de la terre. 


C’eft aufli l’obfervation la plus exacte, puifqu’elle a été 
faite en deux endroits diflérens, les 16 juillet & 14 août, 
& avec un inftrument très-bien fait, de M. Cumming, 
habile artifte d'Angleterre; & que cet inftrument fut mis 
en expérience à Londres, avant le voyage & après le re- 
tour. Le réfultat de ces importantes obfervations eft que le 
même pendule accéléroit de 72"+ par jour, au Spitzberg, 
de plus qu'à Londres / I CM. 3 pôle boréal, fait en 1773, 
par ordre du roi d'Angleterre, par Conflantin- Jean Plips; 
Paris, 1775, in-4+ page 1 82). 

M. Samuel Horfley, fecrétaire de la Sociéte royale, 
publia, en 1774, des remarques fur ces obfervations, em 
quinze pages in-4° (chez Elmfley), dans lefquelles on 
difoit qu'il y avoit quelques nuages répandus fur l’exadti- 
tude de ces obfervations. J’attendois ces remarques pour 
tirer mes conféquences ; mais après avoir demandé long- 
temps le Mémoire de M. Horiley, je lai reçu enfin; je 
l'ai {à avec attention, & je n’y ai rien trouvé qui puiffe 
préjudicier à l'authenticité de fobfervation du pendule, 
faite au Spitzherg, par M. Lyons. 1. L'erreur que M. Horfley 
a remarquée, & qu'il attribue au dérangement de la lunette, 
n'empêche pas que la comparaifon du pendule avec lhor- 
oge marine ne donne le réfultat néceffaire. 2.° 11 y a une 
feconde obfervation dans laquelle if n'y a point d’incer- 
titude, & qui donne le même réfultat que la première. 
Enfin j'ai eu Ja fatisfaétion de voir que ces oblervations 
s'éloiguoient peu de celles que j’avois toujours regardées 


DR ASSNC AE A CS 3 


comme les plus exactes; j'ai donc cru qu'on pouvoit en 
tirer un réfultat précieux pour la figure de la Terre. 

Pour déduire la fongueur du pendule de l'obfervation de 
M. Lyons, il faut ajouter aux 72° +, ou aux ofcillations que 
le pendule faifoit de plus qu'à Londres, 1 o",7 qu'il y a de 
plus à Londres qu'à Paris. Ce feroit 7",7, fuivant M. de 
Maupertuis { Figure de la Terre, page 173 ), & 9",8, fuivant 
M. Graham; mais j'aime mieux la déduire de la théorie /a); 
ainfi l’on trouve 83" à 794 so’ de plus qu'à Paris, ce qui 
répond à #5 de ligne pour la longueur du pendule /L). 

Je fuppofe la différence entre le pendule équinoxial & 
celui de Paris, de 1° #5, d’après M. Bouguer { Figure 
de la Terre, page 342), parce que cette différence étoit 
tirée de différentes obfervations : la fomme de ces deux 
quantités eft 2,31, qui, divifée par le carré du cofinus de 
la latitude, donne 2,38 pour l'alongement total du pen- 
dule, depuis l'équateur jufqu’au pôle. 

Cette quantité eft 5 de la longueur du pendule fous 
le pôle, que je trouve de 441,45; ainfi la pefanteur aug- 
mente de + depuis l'équateur jufqu'au pôle ; laugmen- 
tation eft plus forte que =, quantité que l’on devroit 
trouver dans le fphéroïde homogène , fuivant la théorie 
de Newton. C’eft ce que Fon avoit déjà remarqué depuis 
long-temps: « toutes les expériences, dit M. de Maupertuis, 
que les Académiciens envoyés par le Roi au Pérou, ont 
faites, tant à Saint-Domingue qu'à l'équateur, s'accordent 
avec les nôtres à donner l'augmentation de la pefanteur 
vers le pôle, plus grande que celle qui fe trouve dans la 


ee 


(a) Dès que l’augmentation to- 


pendule, on trouve facilement lac- 
tale de l’équateur au pôle eft de 


célération qui en réfulte, ou réci- 


lignes, 38, cette quantité divifée par 
1a différence des carrés des finus de 
atitude, donne 1 1 centièmes ou 11° 
de temps ; & cette quantité eft affez 
petite pour qu'il n’y ait pas d’erreur 
à craindre en l'empruntant du calcul. 


{b) Quand on à Falongément du 


proquement, par le rapport de $0” 
à sx centièmes de ligne; les 21,38 
ef y a de l'équateur jufqu’au pôle, 

onnent 3’ 54” d'accélération. M. 
Bradley trouvoit 3’ 49”, M. de Mau- 
pertuis, 3° 34"; la table de Newion 
ne donneroit que 3° 8”. 


À ij 


« 


« 


4 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALE 


» table de Newton, & par conféquent la terre, felon fa 
théorie, plus aplatie qu'il ne l'a faite ». 4 
C’eft encore la conféquence que M. Lyons tiroit des 
nouvelles obfervations; mais M. Horfley remarque, avec 
raifon, que la feule conféquence légitime eft une plus 
grande augmentation de, pefanteur, & non pas un plus 
grand aplatiflement. Ces deux chofes ne doivent point fe 
confondre ; elles ne feroient égales que dans le fphéroïde 
homogène, & on ne peut plus le fuppofer tel, dès que 
l'augmentation de pefanteur eft inconteftablement plus 
grande que +. D'ailleurs, on ne conçoit point de caule 
qui puifle rendre l'aplatifiement de la terre plus grand que 
33e tandis qu'il eft aifé de comprendre qu'il peut être 
plus petit par le feul défaut de fluidité parfaite, qui a dù 
empêcher, dès le principe, que la terre ne prit tout l'apla- 
tifflement que fa rotation tend à produire. 

M. Clairaut donna, dès 1743, le dénouement de cette 
difficulté que Newton & tous ceux qui le fuivirent n'a- 
voient pas aperçue; il fait voir qu'en fuppofant la terre 
compofée d'une infmité de couches elliptiques, dont les 
denfités & les ellipticités varient d’une manière quelconque, 
l'augmentation de pefanteur doit différer de —ÿ, autant que 
l'aplatiflement, l’une en plus & l'autre en moins {Théorie 
de la figure de la terre, pages 243 © 249). 

Nous venons de trouver l'augmentation de pefanteur, 
rs qui eft plus grand que 33 de 0,001042; cette 
quantité Ôtée de =, donne -+ pour l’aplatiflement de 
la terre. 

Examinons actuellement la quantité d’aplatiflement qui 
réfulte de tous les degrés mefurés jufqu'ici. Cet article 
a été difcuté par M. Bofcovich, avec autant de fagacité 
que d'intelligence, foit dans la théorie, foit dans la pra- 
tique, par la folution du problème fuivant. Étant donné 
un certain nombre de degrés, trouver la correction qu'il 
faut faire à chacun des degrés, en obfervant ces trois 
conditions; la première, que leurs différences foient pro- 


D'EeltSU IS C'I EN © Es. 


portionnelles aux différences des finus verfes d’une latitude 
double; la feconde, que la fomme des correttions pofitives 
foit égale à la fomme des négatives; la troifième, que la 
fomme de toutes les corrections, tant pofitives que néga- 
tives, foit la moindre poflible, pour le cas où les deux: 
premières conditions font remplies. 

Ayant appliqué la folution de ce problème à onze me- 
fures de degrés, M. Bofcovich trouve pour l'aplatifiement 
sr ( Voyage aflron. dc. 1770, page ÿ 12). En n'employant 
que les fix degrés qui s'accordent fe mieux, & où les 
corrections ne paflent pas 41 toiles, il trouve =. Cette 
quantité diffère bien peu de celle que nous &, donnée 
F'expérience du pendule; & le milieu, ==, peut être re- 
gardé comme le réfultat le plus vraifemblable qu'il foit 
poilible d'adopter, quant-à-préfent, pour le véritable apla- 
tiflement de la terre. Il eft vrai que les degrés d'Amérique, 
du Cap & de Lapponie, s’écartent beaucoup de ce réfultat 
moyen, mais cela tient probablement à l’hétérogénéité de 
Îa terre, ou-à l'attraction des montagnes. 

Nous avons encore deux bonnes déterminations de 1a 
Jongueur du pendule, qu'il eft utile de comparer avec 
celle de M. Lyons. La plus ancienne eft l’obfervation que 
M. Graham fit à Londres, en 1732, comparée avec celle 
que M. Campell fit à la Jamaïque, avec le même inftru- 
ment; M. Bradley lannonçoit comme étant très-exacle, 
& il en avoit fait le fondement d’une nouvelle table des 
longueurs du pendule {Philof. tranf. 1734) (c); y donne 
228",3 pour l'accélération totale de l'équateur vers les 
pôles, pendant une révolution des fixes, ce qui fait 229" 
pour la durée du jour moyen; il y a donc 2°, 34 pour 
l'alongement du pendule fous le pôle, au lieu de 2,38 


(€) Cette obfervation donna lieu | tions philofophiques. On y trouve 
à M. de Bremond , de faire une | aufli la carte que M. Buache publia 
colleétion complète de toutes les | em 1740, où toutes ces obferva- 
obfervations du pendule, dans la | tions font rapportées. 
traduétion françoile des Tranfaç- 


6 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


que nous avons trouvées par l'obfervation de M. Lyons. 
Cette obfervation de M. Graham donne augmentation 
de pefanteur -4, d'où réfulte un aplatifiement de 357: le 
milieu entre celui-ci & celui de + que donne fa mefure 
des degrés, eft f | 

L’obfervation des Académiciens françois en Lapponie, 
donne 0,60 de diflérence entre Paris & Pello, qui eft 
à 6614 48! de latitude : (M. de Maupertuis page 1 80); ajou- 
tant 1,46 qu'il y a de Paris à l'équateur, on a 2,06, ce 
qui donne au pôle 2,44 pour lalongement total du pen- 
dule, où + pour l'augmentation de pefanteur; cela fait 
3 pourd'aplatiflement, ou > en prenant le milieu entre 
le réfultat des degrés & celui du pendule. | 

Ainfi l'obfervation du Spitzhberg tient un milieu entre 
les deux que je viens d'examiner, & qui font, felon toutes 
les apparences, les plus exactes; cela augmente a confiance 
qu'elle méritoit déja, & comme elle eft a plus concluante 
de toutes, elle me perfuade que pour calculer les dimi- 
nutions du fphéroïde terreftre, on peut employer lPapla- 
tiffement de =; ce qui fait pour la parallaxe horizontale 
fuppofée d’un degré, 12 fecondes de différence entré 
l'équateur & les pôles /d). 

H eft vrai que l’obfervation de M. Mallet, à Ponoi 
(Mém. de Péterfbourg, 1769), donne 2,49 pour Falon- 
gement du pendule, ce qui eft encore un peu plus que 
l'obfervation de Pello ; mais la différence n’eft pas plus 
grande que celle qu’il y a entre les deux obfervations de 
Pello & du Spitzherg. 

Ces calculs m’ont donné lieu de faire quelques remarques 
fur fa véritable longueur abfolue du pendule à Paris. Tout 
le monde a employé, d’après M. de Mairan, de 3% 
OP ES, 67, à la température de 10 degrés. On peut 
compter fans doute fur l'exactitude de fes opérations ; 


(d) Le dénominateur 300 augmentera environ d’une unité pour chaque 
centième de ligne qu'on ajoutera au pendule polaire. 


DES SCIENCES. 
mais fa toife étoit plus courte de - de ligne que celle du 
Pérou qu'on a généralement adoptée. Je m'en fuis afluré 
en faifant moi-même la comparaifon, après avoir acquis la 
toife de M. de Mairan ; il faut donc diminuer la longueur 
du pendule de o “#, 045,& il reftera 440,52 pour Paris. 
M. Graham, qui étoit un obfervateur fort exaét & un 
artifte très-adroit, détermina la Jongueur du pendule, à 
Londres, en 1739, de 39,129 pouces anglois (phil. tranf. 
11734 ):fuivant la comparaïfon faite à Londres, d’une toife 
que j'envoyai à M. Maskelyne (philof. tranf. 1768), cela 
revient à 36 "*®, 8 "#%, 58 de France. H ne dit pas de quel 
thermomètre il fe fervoit ; mais vers le 25 août, temps où 
il faifoit fes expériences , la chaleur moyenne, à Paris, a été 
de 16 degrés(Conuoif. des temps, 177 5) : ainfi il faut ajouter 
+ à cette longueur du pendule. La différence des pen- 
dules, entre Paris & Londres, fuivant la théorie, doit être 
de 11 à ôter; il reflera 440,5 1, ce qui s'accorde fort bien 
avec le réfultat de M. de Mairan. 

M. Bouguer, qui avoit aufli fait des expériences fur le 
pendule avec M. de la Condamine, donne, pour Paris, 
440,58 ( Fig. de la terre, page 342 ); j'en Ôte 6 qu'il ajoutoit 
pour le poids de Fair : cette réduétion eft à peu-près conf- 
tante dans tous les pays, & comme nous n’opérons jamais 
dans le vide, il eft inutile de dénaturer ainfi nos réfultats. 

M. Bouguer ne dit pas à quel degré de chaleur il faïfoit 
fes expériences /page.3 39 ); mais il paroïît qu’il avoit tout 
réduit à la température de Quito , qui eft celle de Paris, 
au milieu du printemps, & ce fera plutôt 16 degrés que 10. 
Dans ce cas il faut ajouter 4 centièmes, & lon aura 
440,56 pour la température de 10 degrés. Ce troifième 
réfultat excède un peu les deux autres, & je crois qu’on 
peut, en s’en rapprochant un peu, prendre 440,53 pour Îa 
longueur du pendule à Paris, à la température de 1 0 degrés, & 
45 toiles au-deflus du niveau de la mer, qui eft Ja hauteur 
de la grande falle de l’obfervatoire : cette hauteur n'excède 
que de 10 à 12 toifes celle où M. de Mairan obfervoit, & 


8. MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


encore moins celle où habitoit M. Bouguer, dans fa rue 
des Poftes. 

Le pendule fous l'équateur, à {a même température, 
doit être fuppolé 439,07, puifque celui de Paris ayant 
été déterminé, par plufeurs obfervations, de 440,53, & 
la diférence de Paris à l'équateur, fixée auffi de plufieurs 
manières à 1,46, la différence donne le pendule fous l’é- 
quateur ; il diffère de la quantité donnée par M. Bouguer, 
439,21, à raifon de la température & de la réduétion qu'il 
failoit pour le vide. En 1740, les obfervations envoyées 
du Pérou donnoient 438,83 pour Quito; mais, fuivant 
M. Bouguer, la différence eft 33, depuis Quito jufqu'au 
niveau de la mer, toute réduction faite; ce feroit 43 9,16, 
qui approche encore plus de la quantité que ÿ'ai choifie. 

Le réfultat de ce Mémoire eft que les obfervations du 
pendule s'accordent avec la mefure des degrés, quand on 
difcute les unes & les autres d’une manière convenäble; 
elles s'accordent également avec la théorie & les loix de 
l'hydroftatique; mais pour apercevoir cet accord général, 
il faut renoncer à l’homogénéité de la terre, & admettre 
l'augmentation de denfité des couches terreftrés en allant 
vers le centre; fuppofition d’ailleurs très-naturelle, & qui 
eft une fuite néceffaire de la grande compreflion que les 
parties centrales éprouvoient lorfque la rotation de la terre 
déterminoit l'aplatiflement que nous obfervons aujourd'hui. 


& 


ds 


MÉMOIRE 


DUrÉsAUSTCIITE Ne C:E::S, 9 


MÉMOIRE 


SUR L'ORIGINE DUZODIAQUE, 
L'EXPLICATION DE SES DOUZE SIGNES, 


Er fur le Syfième chronologique de Newton. 


Par M. LE GENTIL. 


Lû 


| E Zodiaque eft un des plus anciens monumens de j ;2 Nov. 


l’hiftoire de l’Aftronomie , & l'époque de fon origine 
bien déterminée, répandroit un grand jour fur cette hif- 
toire; mais gomment débrouiller cette origine au milieu 
d'une confuffon de fables parmi lefquelles elle eft enve- 
loppée? & où allumer le flambeau pour fe conduire dans 
cette recherche? nous en avons déjà reconnu & avoué 
limpoffbilité. En eflet, un filence profond règne, à cet 
égard , dans toute l'antiquité; & ce qui devroit fans doute 
nous-faire abandonner toute efpèce de recherches fur cette 
matière , c'eft qu'il femble que les premiers inftituteurs 
n'ont cherché , dans leur travail, rien autre chofe que 
leur intérêt perfonnel, fans fe mettre en peine de la pof- 
térité, ni de lui tranfmettre l’époque de leurs connoiffances : 
femblables , en quelque forte, aux Brames, quels qu'ils 
foient, on voit qu'il leur importoit beaucoup moins de 
conferver cette époque, que de fa faire oublier, en l’en- 
veloppant de fables & d’allégories pour en dérober le fens 
& l'origine. 

C’eft fous cette forme voilée, que fe préfente à nous 
le zodiaque, deux à trois mille ans avant Jéfus-Chrift : on 
eft étonné de le trouver formé à cette époque, fans pou- 
voir entrevoir ni débrouiller d'où il vient. Voilà fon 
hiftoire en deux mots, & nous devrions peut-être nous 
en tenir là; mais notre curiofité qui s’en irrite davantage, 
ne feroit pas fatisfaite : nous allons donc effayer fi, à l'aide 


Men. 178 IL 


1785. 


10 MÉMOIRES DE L'ÂCADÉMIE ROYALE 


de l'aflronomie, nous ne pourrions pas tirer quelques 
conjectures fer cette origine. 

Cette matière fur laquelle je me fuis beaucoup exercé 
depuis quelques années, fait aujourd’hui le fujet d’un tra- 
vail très-confidérable que j'ai préfenté à l’Académie, au 
mois de Juillet dernier ; je ne puis en donner ici qu'une 
très-iégère idée. 

N'étant pas fatisfait des fyflèmes qu’on a formés jufqu'ici 
fur l'origine du zodiaque & fur l'explication de fes douze 
emblèmes, voyant dans tous des difhcultés infolubles, j'ai 
effayé de lui chercher une autre origine : j'ai cru la voir 
dans les fignes même de la vierge & des gémeaux réunis. 
Pluche à voulu que la vierge füt le fymbole & l'afhiche, 
pour ainfi dire, du temps des moiflons; mais, outre les 
difficultés infolubles que je remarque dans cettéexplication, 
& que je détaille dans mon ouvrage , je me fuis fouvent 
demandé à moi-même, pourquoi les inventeurs du zodia- 
que auroient placé dans le ciel une moiflonneufe & non pas 
un moiflonneur ! comme fi la moiflon étoit l'ouvrage des 
femmes, de préférence & exclufivement aux hommes. 

On convient généralement que le zodiaque eft originaire 
d'Afie, de la Phénicie, ou de la Chaldée, ou de l'Inde : or, 
en Orient, les hommes font prefque feuls les travaux de 
la campagne, au moins la campagne occupe beaucoup plus 
les hommes que les femmes; c’eft un fait inconteftable, 
es femmes des Orientaux n’ont guère que le détail de 
Tintérieur des maifons, où elles fe tiennent prefque tou- 
jours renfermées, hors de la vue des hommes & de leur 
commerce. Pourquoi donc auroit-on choifi une femme 
pour la placer dans le ciel, contre le coftume oriental qui 
n'a jamais varié? pourquoi n'y avoir pas placé un moif- 
fonneur? cette réflexion a été {a fource de tout le travail 
que j'annonce aujourd'hui; elle m'a conduit à trouver trois 
époques dont Faccord fingulier m'a frappé au point que 
je fuis parti de ces époques pour bâtir mon fyftème. La 
première eft le fiècle d’Atlas; la feconde eft la pofition 
des é oïles principales de la tête de la vierge, au folflice 


DRE Su SC SIL EL NLeC. Er :S; 17 


d'été pour ce fiècle; la troifième eft le renouvellement de 
la période caniculaire de quatozre cents foixante ans, 
encore pour le même fiècle: j'en ai conciu que ces trois 
époques n’en font qu'une feule ; &, avec aflez de vraifem- 
blance, je penfe que l’époque d’Aras n’eft autre chofe 
que celle où les premières étoiles de la vierge étoient au 
folftice d'été, en même temps que firius renouveloit 1a 
période caniculaire. 

Selon M. Bailli, Atlas auroit vécu quatre mille ans avant 
Jéfus-Chrift. 

Les premières étoiles de Ia vierge étoient, à cette époque, 
au folftice d'été, fait extrêmement remarquable, car 8 au 
haut de l'aile auftrale, avoit, en E 220, F4 234 11/ de 
longitude: or, les étoiles avançant d’un degré en foixante- 
douze ans, il s'enfuit que cinq mille neuf cents foixante- 
feize ans avant cette époque, cette étoile étoit au folftice; 
c'eft juftement quatre mille deux cents cinquante - fix ans 
avant Jéfus-Chrift. 

M. Fréret démontre que la période caniculaire avoit 
recommencé chez les Égyptiens, mille trois cents vingt- 
deux ou treize cents vingt-trois ans avant Jéfus-Chrift, 
& qu'il y avoit déjà eu un premier renouvellement chez 
eux, confirmé par Manethon, l'an 2782 avant Jéfus- 
Chrift ; ajoutant à cette époque la durée de Ia période cani- 
culaire de quatorze cents foixante ans, il nous vient encore 
quatre mille deux cents quarante - deux ans avant Jéfus- 
Chrift- à 

C'eft donc quatre mille deux cents quarante-deux ans 
avant Jéfus-Chrift, que je fuppofe qu'Atlas ou d’autres 
aftronomes de ce fiècle ont imaginé & établi {a période 
caniculaire , lorfque les premières étoiles de la vierge 
étoient au folftice d'été. Ce fut-là, felon moi, le premier 
travail ; c’eft à cette époque que je place l'origine du 
zodiaque, lorfque Ia pofition des premières étoiles de la 
vierge au folftice d'été, coïncidoit avec le lever héliaque 
de la canicule. 

La vierge ne {era donc plus déformais une fimple mois 

B ïj 


12 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fonneufe, une femme en peinture, qui n’eft dans Îe ciel 
que comme en fentinelle pour avertir fes compagnes du 
temps des moiflons, pour indiquer le mois ou la faifon 
de les faire, & de ramafler les grains: c’eft la déefle qui 
répand également fes bienfaits fur tous les hommes, qui 
donne fes loix aux mortels; c'eft /fs ou Céres, la déeffe 
des Syriens & de tout l'Orient; en un mot, ce fera 
l'apothéofe de la terre, fous la figure ou l'emblème de 
la femme. | 

Terra Ceres, dit Orphée, cundlis mater, dans omnia larg 
{Diod. liv. 1). 

I eft certain que la femme, qui eft mère & nourrice, 
a très-bien pu être regardée par les premiers hommes 
comme une image très-naturelle de la terre & de fes 
productions. 

La terre enfante toutes chofes, c’eft la mère-nourrice 
de tout ce qu’elle renferme; ainfi rien ne fut fi naturel 
que de peindre Îa terre fous la figure de la femme. Nous 
devons faire remarquer, à cette occafion, que l'ancien nom 
de la femme eft iffa ou ifis ; cela fe trouve prouvé par le 
fecond chapitre de la Genefe, par l’hiftorien Joséphe, & 
par les notes du favant Bochard, 

En plaçant ainfi la terre au folftice d'été, fous la figure 
d'une femme ou d’/fs, l’année devoit commencer par la 
fète de cette divinité , comme en effet cela fe pratiquoit 
chez es anciens; aufli je fuppofe que ce fut à cette même 
époque de quatre mille deux cents quarante-deux ans 
avant Jéfus-Chrift, que cette célèbre fête fut inftituée dans 
l'Orient: cette inftitution ne fut autre chofe, dans l’in- 
tention des fondateurs , qu'un aveu de reconnoiflance 
envers la terre, fous la dénomination d’/fa ou d’{fs, pour 
la remercier des fruits qu’elle avoit procurés pendant 
l'année. On ne pouvoit donc pas mieux la placer qu'à Ja 
fuite de toutes les récoltes & au renouvellement de l’année 
au folftice, pour la prier de continuer de répandre fes 

\ mêmes bienfaits fur l'année fuivante. 
La canicule, frius enfin, la plus belle étoile du ciel, 


DAEMSNIS ICULE NC ES: 13 


qui précédoit de très-peu de temps le lever du foleil & 
de la vierge, fut choifie pour avertir le peuple, par fon 
lever héliaque, du jour de Îa célébration de cette folemnité. 

Je pafle ici fous filence une foule d’autorités que je 
rapporte dans mon ouvrage, & les conféquences que j'en 
tire en faveur de mon opinion; mais je dois dire un mot 
de l’application que j'ai faite de cette hypothèfe à un des 
autres fignes du zodiaque : elle m'a paru fi frappante & 
fi naturelle, que j'en ai fait, avec le figne de la vierge, 
la bafe de mon fyftème. Je veux parler des deux gémeaux, 
vrai fymbole de fécondité ; ils font placés à neuf fignes 
ou neuf mois précifément de la vierge, de la femme ou 
d'Hfis; comme fi on eût voulu dire par cet emblème, que 
cette femme qui défigne la terre, comme nous avons vu, 
& fes produétions, fut la mère de ces deux gémeaux : 
rien n'eft plus frappant, felon moi, que ce fymbole de 
fécondité, marqué dans le ciel par deux enfans gémeaux 
naiflans. Or les deux gémeaux, dans mon hypothèfe, 
répondent au mois qui ouvre les moiflons dans la Syrie, 
la Phénicie, Paleftine, Chaldée ou Babylonie , & même 
dans une très-grande partie de lInde, favoir en Avril: 
ne femblent-ils donc pas avoir été placés -1à comme la 
marque la plus évidente de Îa fécondité de la terre, 
ou d’/fs qui la figure? C’eft dans le mois des premiers 
fruits & des moiflons, que la terre ouvrant fon fein aux 
hommes, eft cenfée enfanter, & leur préfenter fes pro- 
duétions en tout genre: pouvoit-on mieux défigner que 
par deux gémeaux naïflans, cette grande fécondité de fa 
terre dans ces climats fortunés dont je viens de parler, où 
la nature femble fe furpaffer elle-même dans fes produc- 
tions, en donnant aux hommes deux cents & même trois 
cents pour un des fruits qu’ils lui confient? 

Dans la crainte de pañler les bornes que j'ai dû me pref- 
crire, je m'arrête ici pour dire un mot de {a fphère d'Eudoxe 
& du fyftème chronologique de Newton; parce que j'ai 
fait, au fujet du fyflème de ce grand homme & de la fphère 
d'Eudoxe, quelques remarques qui rentrent naturellement 


14 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 
dans les recherches dont je me fuis occupé fur l’origine 
du zodiaque. 

Eudoxe, en décrivant es conftellations, dit que le co- 
lure d'été pafle par le milieu du cancer & du capricorne, 
& l’autre colure par le milieu du bélier & des pinces ; or, 
M. Newton fuppofant que la fphère d'Eudoxe eft celle de 
Chiron, & comparant enfuite la pofition du milieu du 
bélier dans cette fphère , avec le même point pris du cata- 
logue de Flamftéed, pour 1690, il trouve que ce point 
a rétrogradé, par rapport aux étoiles, de 364 29’, qui 
donnent neuf cents trente-fix ans avant Jéfus-Chrift, pour 
l'âge de Chiron. 

Ce fyflème a été généralement attaqué. M, Fréret a 
fortement combattu Newton , ainfi que l'a fait le père 
Soucier, Jéfuite. Wiflon Va aufli attaqué, mais avec les 
armes de l’aftronomie. Je ne connoïis que Halley qui ait 
cherché à défendre Newton, en répondant au père Souciet, 
mais avec très-peu de fuccès. é | 

L'étude particulière que j'ai faite de 'aftronomie an- 
cienne, ma mis, j'ofe le dire, en état de me préfenter 
ici en faveur de Newton; & puifque Wiffon Va attaqué avec 
les armes de l'aftronomie, ce fera aufli avec les mêmes 
armes que j'en uferai avec lui, fes obfervations fur le fyf- 
tème chronologique de Newton ne nous ayant paru rien 
moins que concluantes. Je prouve, dans mon ouvrage, 
que le fyflème de ce grand homme eft vrai dans le fond, 
& qu'il s’eft feulement trompé dans la forme du calcul. 

La plus forte objection que Wiflon a faite à Newton, fe 
réduit à celle-ci: les colures doivent fe couper à angles 
droits; or, cela ne fe peut dans le fyftème de Newton : 
auf, ait Wiflon, Newton a-t-il négligé de nous donner 
aucun calcul fur les étoiles de la balance; cette négligence 
étoit bien entendue, continue-t-il, pour fon fyftème, car 
cette conftellation ne peut s'y ajufter. 

Il eft vrai que Newton n'a point du tout parlé des étoiles 
de fa balance ; mais c’eft que Newton, tout favant qu'il étoit 
d’ailleurs, n'étoit pas aflez verfé dans la conuoïffance de 


DES SCIENCES. 7$ 


Yaftronomie ancienne; car on peut dire à Wiflon que c’eft 
fa propre fuppofition qui porte à faux. En effet, Wiflon 
fe trompe, lorfqu’il fuppofe qu'Eudoxe, par les pinces du 
fcorpion , entendoit la balance ; il confond perpétuellement 
fun & l’autre; il fuppofe que la balance occupe 18 à 20 
degrés dans le ciel: cela eft vrai dans le deflin que nous 
en avons & que nous tenons de Ptolémée: mais ce n’eft 
point de la balance, telle que nous l'avons, dont il s’agit 
dans la fphère d’Eudoxe & d'Aratus, c'eft des pinces du 
fcorpion, compofées de quatre étoiles feulement, qui n’ont 
que 74 10/ d’étendue en longitude. Les termes d'Evdoxe, 
d'Aratus & d’'Hygin, font formels; felon les deux premiers, 
le colure pafle par le milieu des pinces, per medium che- 
darum, & non pas per medium libre, 

Or, le mot latin chelæ, ne veut point dire la balance, 
il fignifie proprement les mains, pour ainfi dire, des ani- 
maux que nous nommons /corpions & crabes, parce que ces 
efpèces de mains font faites en forme de forcettes où de 
cifelets dentelés, que les Grecs nommoient che/as : Eudoxe 
& Aratus entendoient donc que le colure pañloit par les 
quatre étoiles qui étoient dans les forcettes ou cifelets den- 
telés du fcorpion, & non par le milieu de Ia balance, telle 
que nous l'avons. Hipparque lui-même, qui n’aimoit ni 
ÆEudoxe ni Aratus, emploie par-tout 1s mot chelæ, & entend 
par-là, comme tous les anciens, les quatre étoiles 4,8, 1,e, 
de la balance, qui, dans f’ancienne fphère grecque, nous 
le répétons, formoient les pinces du fcorpion, Au moyen de 
cette obfervation qui me paroït très-vraie, l’objection de 
Wiflon tombe, & les colures fe coupent à angles droits dans 
le fyftème de Newton. Le calcul que j'en ai fait, d’après 
cette fuppofition , m'a appris que depuis cette époque indi- 
quée par la fphère d’Éudoxe & d’Araius, les points équi- 
noxiaux paroiflent avoir rétrogradé de 434 18 à 20/; en 
partant de 1720; ce qui remonte à treize cents quatre- 
vingt-dix-huit ou quatorze cents ans avant Jéfus-Chrift. 
Je vais finir en jetant un coup-d’œil feulement fur les tro- 


# 


piques décrits également par Eudoxe & Aratus. Celui d'été 


16 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


pañloit, felon ces anciens auteurs, par le genou du cocher, 
& par le milieu des têtes des gémeaux & du cancer; & le 
tropique d'hiver par l'aiguillon même du fcorpion. Or, j'ai 
trouvé que ces pofitions n’ont pu avoir lieu que deux mille 
trois cents ou deux mille quatre cents ans avant Jéfus-Chrift. 
l paroïtra peut-être fmgulier que les colures donnent ici une 
époque, & les tropiques une autre beaucoup plus éloignée; 
mais je n’en ai point été furpris, car nous penfons, & nous 
l'avons déjà dit, que l'aftronomie folaire a commencé par 
fixer les limites bizarres des excurfions du foleil, tantôt vers 
le nord, tantôt vers le fud; & que par conféquent les tro- 
piques ont dùû être fixés les premiers, & les colures après, 
Mais d’où peuvent venir ces deux époques de quatorze 
cents & de deux mille cinq cents ans avant Jéfus-Chrift? 
les Grecs les tenoient certainement de l’Afie ; car comme 
nous penfons que c’eft en Afie que le mouvement des étoiles 
a été d’abord connu, nous croyons que les aftronomes de 
ces contrées avoient des cartes céleftes de diflérentes épo- 
‘1 & qui marquoient des états du ciel tout différens; les 

recs, peu aftronomes, n'y regardoient pas de fr près, & 
leurs poëtes encore moins. 

Eudoxe aura donc compofé fon ouvrage de morceaux 
découfus, fans favoir ce qu’il faifoit, c’eft-à-dire, fans voir 
fi les cercles qu'il décrivoit avoient ou n’avoïent pas dans 
le ciel la pofition qu'il leur affignoit: de cette façon, il a 
compofé une fphère monftrueufe, mais cependant bien pré- 
cieufe pour nous qui connoiffons fe mouvement des étoiles. 

Nous concluons de ceci, que quoïque les Grecs nous 
aient laiflé l'explication des douze fignes du zodiaque, tirée 
du fond de leur hiftoire, ce cercle avoit été imaginé dans 
le ciel, ainfr que les tropiques, mille ans au moins avant 
qu'il füt queftion de ces peuples dans le monde, 


COMPARAISON 


pes CS: c-DE N° CE -S 17 
EEE 


C'OM-P'AR AT SON 
Du Zodiaque Indien, des Tranfattions philofo- 


* phiques, année 1772, avec celui que l'on voit au 
bas d’une des tours de Notre-Dame de Paris ; 
avec des réflexions fur ces deux monumens. 


Par M. le GENTIL. 


#6 zodiaque indien que l’on trouve dans les Tranfactions 
philofophiques (année 1772), nous préfente, pour le 
capricorne, une chèvre unie avec un poitlon : mais nous 
ne penfons pas que ce zodiaque foit des premiers temps, 
ni même aufli ancien que le penfe M. Dupuis : je ne peux 
être de fon avis quand il prétend que ce monument repré- 
fente l’état du ciel dans l’âge où la vierge-occupoit le folftice 
(page 399 ), quoique cette opinion düt extrêmement favo- 
rifer mon {yftème ; car ce ne font pas, à mon avis, les angles 
des quadrilatères qui défignent, dans ce planifphère, les 
folflices & les équinoxes, attendu qu'il fe trouve quatre 
fignes dans chacun des quadrilatères, & qu'il ne devroit 
y en avoir que trois; c'eft-à-dire, que les douze fignes du 
zodiaque devroient aller ou marcher par divifions en 
quatre parties, & par conféquent de trois'en trois, relati- 
vement à la divifion du zodiaque, en quatre portions 
égales de trois fignes pour une faifon ; & c’eft en eflet ce 
qu'on obferve dans ce zodiaque. On y voit que ce zo- 
diaque eft divifé de trois en trois fignes, & que les divi- 
fions font bien indiquées & bien marquées au milieu de 
chaque quadrilatère , de: haut en bas qui repréfente la 
ligne nord & fud, & de droite à gauche qui repréfente a 
ligne de l’eft à l’oueft; qu’une de ces divifions eft terminée 
par le bélier; que là fuivante commence où celle-ci finit, 
c'eftà-dire, au commencement du taureau; que celle-ci finit 


Mém. 1785. é 


18  MÉmorres DE L’'ACADÉMIE ROYALE 

avec le cancer, & qu'il en commence une autre au lion, 
&c. d’où il nous a’ paru naturel de conclure que cé monu- 
ment repréfente, non l’état du ciel dans l’âge où la vierge 
occupoit le foiftice, comme le pente M. Dupuis, mais au 
contraire celui où le lion occupoit ce folflice; ce feroit 
donc l'ordre des fignes du zodiaque, deux mille cinq cents 
ans environ avant Jéfus-Chrift: par conféquent quoique 
nous foyons bien perfuadés de fon ancienneté , nous ne 
pouvons rien remarquer dans ce zodiaque qui puifle nous 
donner à foupçonner qu'il prouve d'une manière même 
indireéte , comme f'aflure M. Dupuis, que le capricorne a 
occupé, dans le principe, le folftice d'été, puifqu'’à la rigueur 
c'eft le lion qui occupe le folftice dans ce planifphère. 
De plus, je ne peux diflimuler ici une obfervation très- 
Amportante qui m'eft venue dans l’idée au fujet de ce 
zodiaque, & que j'ai honneur de propofer au public. 

Qui peut avoir dit à M. Dupuis qu’un zodiaque fculpté 
fur la voûte d’un temple, & dont les figures vont dans un 
fens contraire à celui qu'elles doivent tenir, qui lui a 
répondu, dis-je, que ce zodiaque foit l'ouvrage d’un 
aftronome ? 

Lorfque des Indiens aftronomes me difent qu'ils ont 
comme nous un zodiaque compofé de douze fignes; qu'ils 
me nomment ces fignes ; que ces fignes fe trouvent être 
les nôtres avec quelques différences qui ne font qu'en 
indiquer l'origine ; & qu'ils appellent ces fignes, bélier, 
taureau , &c. lorfque ces noms qu’ils m'ont donnés fe 
apportent à ce que je trouve, enfuite, imprimé dans 
une grammaire faite fur les lieux, par un miflronnaire 
qui na nul intérêt de changer ou d’altérer ces noms, 
je dis qu'un pareil zodiaque eft un zodiaque authentique, 
en ufage parmi les Brames ou les aftronomes de Inde : 
or, tel eft le zodiaque, j'ofe l'affurer, que j'ai rapporté 
de l'Inde. 

Mais lorfque je trouve un autre zodiaque qui diffère 
de celui-là dans quelques points eflentiels, fculpté fur un 


TS ST OS ETS 


at dinénine di ns 


DES SCTENCES. 19 
mur, ou fur la voûte d’un temple Indien, ne me feroit-il 
pas permis de conjeéturer que ce zodiaque eft celui d'un 
maçon ; c'eft-à-dire, ce maçon, que je fuppofe, ne peut-il 
pas avoir fculpté un tel zodiaque d’après une connoif- 
fance vague que je lui donne de ces fignes, fans qu'un 
Brame aftronome les lui ait donnés par ordre! Je ne 
prétends point, je le repète ici, chercher à rejeter ce 
zodiaque, qui n'eft nullement contraire à mon hypothèfe, 
& qui, quand il feroit rejetable ici, ne toucheroit aucu- 
nement à {antiquité que je fuppole aux Indiens & à leur 
aftronomie. Je ne cherche que a vérité, j'expofe des faits 
au public, & je le laifle le juge ; je fuppofe donc qu'au 
bout d’une très-longue fuite de fiècles, nous foyons mal- 
héureufement réduits à l'état actuel de l'Inde ; & que des 
curieux voyageurs & inftruits, de contrées fort éloignées 
d'ici, où les fciences auroient paflé & fleuriroient, trou- 
vaflent parmi les ruines de quelques-unes de nos églifes 
gothiques un zodiaque, dans lequel Îe lion füt placé entre 
les gémeaux & l’écrevifle; & à la place de Ia vierge & de 
la balance, deux autres figures fymbolique aflez différentes 
de celles-là : je demande fi ces voyageurs pourroient regarder 
un tel zodiaque comme l'ouvrage des aftronomes françois, 
& en conclure que nous plaçions le lion entre les gémeaux 
& l'écrevifle; & que nous n'avions ni la vierge ni Îa 
balance dans notre zodiaque : or, nous allons convertir ceci 
en réalité. 

Je favois que le génie qui a guidé les maçons ou archi- 
tectes Indiens dans Îa conftruétion de leurs pagodes, eft 
le même qui a préfidé chez nous à Ia conftruction de nos 
églifes gothiques : d’après cette réflexion, qui étoit bien 
fimple pour quelqu'un qui connoiffoit l'Inde, j'ai cherché 
fi je ne trouverois pas parmi quelques-uns de nos temples 
gothiques quelque zodiaque dans le goût de celui dont 
nous parlons, des Tranfaétions philofophiques. Cette idée 
métant venue dans un de mes voyages en Normandie, 
remplie d'églifes gothiques très-anciennes, je vifitai fort 

\ Ci 


20 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


attentivement tous ces anciens édifices dans les villes par où 
j'ai coutume de paller , fur-tout à Caen, fans rien trouver 
qui eût le moindre rapport avec le zodiaque ; je ne favois 
pas qu’il exiftoit dans fa capitale, & qu'il étoit inutile de le 
chercher ailleurs : en eflet, j'ai eu la fatisfaétion de le 
découvrir depuis dans l'églife de Paris, à la porte collatérale 
de l'entrée, au bas de la tour feptentrionale. Ce zodiaque 
eft un monument qui m'a paru fi fingulier & fi digne de 
notre attention , que jai cru qu'il méritoit bien d’être 
placé à côté de celui des Tranfactions philofophiques. 


Defcription des douze Jignes du zodiaque que l'on trouve à 
l'entrée de l'églife de Paris , au bas de la tour fepten- 
trionale; © de quelques figures fymboliques qui les 


accompagnerte 


À gauche font placés: 
1.” au-deflous du pilaftre & du cordon...... Ze Verfeau, 


ou plutôt l’on voit le plus fingulier fymbole aqua- 

tique qu'il foit poffible de fe figurer. If repréfente 

un homme affourché fur un gros poiflon, tenant 

de fa main gauche une bride qui pafle dans la gueule 

de ce poiflon; de fa main droite, il foutient un bateau 

qui eft fur l’eau, & à la voile. Le poiflon, qui 

paroît être un très-gros poiflon, a le bout de fa 

queue appuyée à bas. Le verfeau eft-là, & aflis fur 

le bas du dos du poiflon, & fa main gauche élevée; 

il eft entouré d’un courant d’eau, comme feroit 

celui d’une rivière. \ 
2.° Au-deffous du pilaftre & au-deflus du cordon, %s Poiffons ; 
3-° Sur le pilaftre...................... le Bélier; 


APRES RO AE MAT AA 


ose 


‘ ...... les Gémeaux; 


Sels halo jeleiele eurlalnie 6 0e o + ee ee eee CN 

6. À Ja place de l'écrevifle...,........., le Lion. 
À droite font placés: 

1.” Vis-à-vis le lion, & à fa place........., l'Écreviffe; 


vi 


Eee 


2x 
la Vierge, 


DES (SCIE NC EE. 

2. À Ja place de... .........,........ 
une jeune fille tenant fes mains devant elle, & 
dedans fes mains, les bras, à ce qu'il fembleroit, 
d’une petite balance, ou peut-être un petit marteau; 


3.° À la place de...................... la Balance , 


A . 
un jeune homme, un bonnet fur fa tête, & qui 
paroît tailler de la pierre; 
En oeseleelenie tisse SCOrDIOR: 


o 
Wosvosssesee: 


. le Sagittaire; 


Su rmsssssressssereesseseseseeese 
DIE RE MEN S lACapricorne ; 


il n’a rien de remarquable, La tête eft mutilée 
par le temps; mais on voit encore le-bout d’une 
de fes cornes. 


Douze autres figures fymboliques accompagnent ces 
douze fignes, nous allons les rapporter dans l'ordre qu'on 
les trouve. Ces figures répondent chacune à un des lignes 
du zodiaque, & font placés fur fe côté du pilaftre. 


1. Une figure à table, Cette figure a le bras droit caflé; à 
fa gauche eft une autre figure à genoux, vêtue d’une robe, & qui 
femble repréfenter une femme. Le temps a détruit la tête & le bras 
gauche, 


2.7 Un vieillard vêtu d’un manteau ; la tête manque ; il paroît 
aflis devant le feu, tenant fon foulier de la main gauche. On voit 
au haut de l'appartement quelque chofe d’accroché, comme fi 
c’étoient des fauciffles & un jambon. 


3° Un vieillard qui abbat & coupe des branches d'arbres , avec 
une petite ferpette qu’il tient de fa main droite, L’avant-bras de Ia 
main gauche eft détruit, 


4. Une figure de femme, tenant dans chacune de fes mains 
une poignée d’épis de blé. Elle eft vêtue de deux robes l’une 
fur l’autre, ce qu’on aperçoit à ce que celle de deflous pañle 
Fi é Cerie figure a à fes pieds une poignée également d’épis 
de blé. 


5": Une femme vêtue d’une forte de jupe. EHe a la main droite 
élevée tenant un bouquet ; fur fa main gauche on voit une efpèce 
de perroquet, 


À côté du 
Verfeau. 


À côté des 
Poiffons, 


À côté du 
Bélier. 


À côté du 


Taureans, 


À côté des 
Gémeauss 


À côté du 
Lion. 


L # 
À côté de 
l'Ecreviffe. 
à côté du tailleur 
de pierre qui re- 
pond à {a Vierge. 


à côté de la fem- 
me qui répond à 
da Balance. 


À côté du 
Scorpion, 
À côté du 
Sagittaire, 


À côté du 
Capricornes 


é LS « nn: ?” OT l'ai 


: : its Fe Ney <- ” KR È 4 ! 
23 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

6. Un homme portent un paquet fur fon dos, & qu’il appuie 
de fa main gauche; de l’autre main il tient une faucille dont le 
bout eft cafié. 


7 Un moiffonneur debout qui aiguife fa faux. 
8° Un moiflonneur qui abbat & coupe du blé. 


9° Un jeune homme en chemife qui foule le raïfin dans uné 
haute cuve. Il à la maïn droite appuyée fur fon côté, paroiffant 
porter la gauche à fon bonnet. 


10.” Un vieillard qui sème du blé dans un champ. 


11. Une figure que le temps a très-mutilée, fans bras, fans 
tête, qui paroït avoir dans un grand tablier devant elle, comme 
des graines. Cette figure eft accompagnée de deux pourceaux. 
11 y a toute apparence que ces graines font des glands de chêne, 
pour nourrir ces pourceaux pendant l'hiver. 


12.” Une figure dont le bras ‘droit manque : elle a le bras 
gauche élevé, & paroît être dans la pofture de frapper ou d'af 
fommer un porc qui eft couché ou accroupi à fes pieds. 


f* La planche première qui aceompagne ce mémoire repréfente la porte, 
telle qu'elle eft: & la planche feconde repréfente en grand les parties 
indiquées dans la planche première , & qui font l’objet de ce mémoire. 
J'ai auffi fait graver, dans cette feconde planche, le zodiaque indien des 
Tranfaétions philofophiques. 


Cés monumens font moins rares qu’on ne penfe parmi 
les églifes gothiques. À Saint-Denys en France, on en 
voit un; il eft également au bas de la tour feptentrionale 
de abbaye des Bénédictins; il commence à la gauche 
comme à Notre-Dame de Paris, & fi je me le rappelle 
bien, par le bélier ; mais le figne correfpondant du bélier, 

ui devroit être une balance, eft un crapaud. Le verfeur 
d’eau a cela de remarquable, qu'il eft fait à peu-près comme 
dans le deflin d'Hygin, du temps d'Augufte : un homme 
debout qui renverfe un pot à l’eau. 

M. Pigott fils, gentilhomme Anglois, dont le nom eft 
connu des favans, ayant I dans les Journaux, que je 
m'occupois à faire des recherches fur les fignes du zodiaque, 


L. 


; 


£ it -0 + jte, ‘ 


Men, de VAe.R, des Se, An1785. Page 22.711 


Porte de la Tour Septentrionale de l'Eghse de N.D. de Paris. 
Dessinee pour indiquer la place (A.B.C.D) ou se trouve le Zodiaque détaille dans lz PL, Suivante? 
| N® Zopree de cette PL. étant de … montrer Le Zohaque;onn'a pont Dessinée les autres figures Serupuleurement: 


dim e-2n S 
CR ee Dan dr ap Ram 
ARR RO eee 


D A 


$ 
e. 
+ 
+ 
nt 
… 
3 
+ 


PL.u. ; Men. de lAc.R. des Se. An.3785 Page 22 PL I. | 


Zodeagu tre de l'Eghse N.D,. de (F4 | 
€ SE d'A : Paris | | 


Zodiaque k Lre d'un | 
| Temple Znden , 


FE Cour 


5 + 

dr 

PpilE:s IS IC)L EN CES 23! 
& que les figures d’un zodiaque qui fe voit à l'églife de 
Notre-Dame, à Paris, avoient attiré ma curiofité , m'écrivit 
de Louvain, le ro Décembre 1 786, qu'il me fait part, 
avec bien du plaïfir, d’avoir vu, à ce qu’il fe rappelle, 
un pareil zodiaque fur le portail de l’églife de Walmgate à 
York; que cette églife eft très-ancienne : les fignes du 
zodiaque y font fculptés en pierre; mais que quelques-uns 
diffèrent des repréfentations reçues à préfent ; qu'entre 
chaque figure on voit quelque chofe de {culpté, mais qu'il 
en avoit entièrement oublié les fujets; que le premier 
figne étoit aquarius , autant qu'il fe le rappeloit, que Drake 
en parle dans fon hiftoire d'Angleterre , & en donne 
une figure qui n’eft pas cependant, à ce qu'il croit, parfaite- 
ment exacte : il m'indique encore. Camder's Britannia, 
qui en fait, dit-il, probablement mention. Enfin, M. Pigott, 
s'offre, le plus obligeamment du monde, à s’employer pour 
me procurer, au fujet de ce zodiaque, un détail plus exact 
& plus correct. 

Mais pourquoi trouve-t-on dans nos anciennes églifes 
un zodiaque fculpté, comme on en voit dans les temples 
Indiens & Égyptiens? Nous croyons en avoir trouvé Îa 
raïfon ; nous a donnerons dans l'ouvrage aüquel nous 
travaillons, & que nous venons d'annoncer, fur l’origine 
du zodiaque, 


# Le 


24 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


MÉMOIRE 
SUR L'E.M P LO.I | 
D É'ENEC OR GED VU PL, APAUNPE 
Pour tanner les Cuirs. 


Par M. FoucEroux DE BONDAROY. 


pen conce eft, comme on fait, la partie extérieure 
qui couvre toute la plante, depuis fes racines jufqu’à 
l'extrémité de fa tige & de fes branches ou rameaux. 

Cette écorce eft compofée de plufieurs parties. La plus 
extérieure fe nomme lepiderme ; on trouve enfuite l’erve- 
loppe cellulaire; & Ya dernière couche la plus intérieure & 
la plus voifme du corps de arbre, efl connue fous le 
nom de /iber. : 

Chaque plante offre des variétés dans la ftructure , & 
particulièrement dans l’épaifleur des différentes parties que 
nous venous de nommer, qui conftituent l'écorce; & fans 
entrer dans tous les détails, nous croyons devoir parler 
encore de l’épiderme & de l'enveloppe cellulaire. La partie 
de l'écorce qu'on nomme lépiderine, fe diftingue de l'enve- 
loppe cellulaire & du liber, par fa couleur; il varie beau- 
coup par fon épaifleur, même fur les arbres; il s’en détache 
aifément, & fouvent de Îui-même, dans le bouleau, le 
merifier, &c =: 

Dans plufieurs arbres, cet épiderme eft réuni tellement 
avec l'enveloppe cellulaire, que ces deux parties de l'écorce 
fe détachent du liber, & tombent chaque année ; comme 
dans le platane, le Jpiræa opuli folio, &c. 

L’enveloppe cellulaire renferme les vaiffeaux propres, & 
c'eft par conféquent dans cette partie de l’écorce que réfr- 
dent principalement les liqueurs; & dans certaines plantes, 

comme 


OUE S'281C i E NC &:Ss. 2$ 
comme dans celles du chêne, Îes vertus aftringentes pro- 
pres à la tannerie des cuirs. 

Chaque année, aux changemens de faifon, cette écorce 
fe fend; & dans le platane, le fpiræa opuli folio fe détache 
de la plante & tombe par lambeaux; cette perte {e répare 
l'année d'après, & il feroit hors de mon fujet de parler ici 
de la manière dont ces deux parties de l'écorce fe régé- 
nèrent. Puifque le nouvel épiderme paroît formé par les 
lames fupérieures de l'enveloppe cellulaire, on peut con- 
clure qu'il y a peu de différence dans l’une & l’autre de 
ces parties qui conftituent l'écorce. Dans le /piræa opuli 
folio , j'ai remarqué que ces deux parties qui s’exfolient, 
fe divifent fouvent en dix, douze lames très-diftinétes, ce 
qui lui a fait donner par les habitans de l'Amérique fep- 
tentrionale, le nom de bois à fept écorces. Dans le platane, 
ainfi que je l'ai dit, l’épiderme fe trouvant lié avec l'enve- 
loppe cellulaire, ces deux parties ne forment qu’une lame 
épaïfle fouvent d’une ligne & demie ou de deux lignes; 
à moins qu'il n'y foit refté adhérens quelques lambeaux 
de l’écorce de l’année précédente, & pour lors elle eft du 
double d’épaifleur. 

Immédiatement fous ces parties de l'écorce, on retrouve 
le liber qui reproduit, dans les principes de la plupart de 
ceux qui ont traité cette partie de la phyfique végétale, 
l'épiderme & l'enveloppe cellulaire. 

H eft donc des arbres qui fe dépouillent naturellement 
de ces deux parties qui conftituent leurs écorces; d’autres, 
comme Îe liége, permettent aufli ce retranchement, pourvu 
qu'on n’attaque pas celle appelée /iber: mais il en eft, & c’eft 
le plus grand nombre, où le /iber étant adhérent aux deux 
parties que nous venons de nommer, périflent lorfqu’on 
le leur enlève ; c’eft par cette raifon qu’en Ôtant l'écorce 
des jeunes chénes, pour en tirer le tan propre à paller les 
cuirs, on occafionne a perte de l'arbre qui, fi on le Jaïfloit 


fur pied, donneroit des feuilles la première année, mais 
ne tarderoit pas à périr. 


Mém. 1785, D 


26 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


C’eft fur les baliveaux de chêne du premier & du fecond 
âge, deftinés à être abattus, qu’on peut fever cette écorce. 
Plufieurs croient que cette opération nuit à la fouche, 
parce qu'on eft obligé, pour Îa dépouiller, d’attendre le 
temps où la sève eft montée; au moins eft-il certain que 
cela retarde d’une demi-année fa poufle des rejets, qui 
fouvent n'ont pas le temps de mürir leurs bois avant les 
gelées d'automne ou d'hiver. 

On convient aufli que le bois dépouillé de fon écorce, 
perd de fon prix, & ne peut plus être livré en bois de 
chauffage, que comme bois pelard, qui eft d’une moindre 
valeur que le bois garni de fon écorce, nommé bois neuf. 

On jugera de la quantité d’écorce de chêne qu’on doit 
confommer dans les tanneries, lorfqu'on faura qu’on y 
emploie pour cette opération, en écorce, environ quatre 
fois la pefanteur du cuir qu’on fe propofe de tanner. 

Ce font ces motifs & Îa rareté des écorces de chêne 
qui m'ont conduit à chercher, s’il étoit poflible d’ajouter 
aux plantes déjà connues comme pouvant fuppléer au tan 
d’écorce de chêne, principalement des écorces d’arbres 
& d’arbrifleaux, qui réuniroient des qualités propres aux 
tanneries *. 

On fait que dans les pays méridionaux, on deftine 
à ce même emploi, non-feulement l'écorce , mais la fciure 
& le bois pilé du chène blanc & du chêne verd, même 
du kermès, lex cocciglandifera ; & de plufieurs autres 
piantes, telles que le cotinus coriaria, thymalea, arbutus, 
ava urfi, tamarifcus , les rhamnus, les rubus, fumacs, mème 
certaines feuilles d'arbres {voyez l'art du Tanneur déjà cité); 
que l'on tire, à Marfeille & dans tous les ports d'Italie 
de gros glands avec leurs cupules, provenus d’un chêne 
de l’Albanie & de la Dalmatie. Ce chêne eft connu par les 


* On peut confulter le mémoire | vent s’employer dans les tanneries; 
de M. Gieditfch, de l’Académie de | & l’art du Tanneur, par M, de la 
Berlin, année 1754, où äl donne | Lande. 
lénumération des plantes qui peu- 


Des: SC07rE NCE S. 27, 
botaniftes, fous le nom de guercus agilops; Ü craint nos 
hivers, mais il paroîtroit qu'on pourroit, aux environs de 
Paris & ailleurs, multiplier le cotinus coriaria & les fumacs 
qui font robuftes & peu délicats fur la nature du terrein: 
on les placeroit avec avantage pour les tanneries, & fans 
doute pour les teinturiers, dans fes garennes, côtes, & dans 
différens autres terreins de la France, qui fe refuferoient 
à nourrir de plus grands arbres. 

L’écorce des racines de chêne, lorfqu’on arrache les 
fouches, fert encore aux tanneries; enfin, on emploie, en 
Allemagne, pour tanner les cuirs, jufqu’à l'écorce du tronc 
du bouleau {voyez l'art du Tanneur), 

En réfléchiffant fur les avantages qu'offrent les plantes 
propres aux tannéries , j'ai cru trouver dans le platane 
un nouvel objet d'utilité: la beauté de fon feuillage, l'avan- 
tage qu'on peut efpérer de fon bois, devoient déjà nous 
exciter à multiplier cet arbre précieux que nous devons 
à l'Amérique feptentrionale, car cette efpèce réuffit mieux 
dans nos climats que celle orientale. Le bois de platane 
eft lourd, ferré, propre à la charpente, & fur-tout à la 
menuiferie; & voyant la quantité d’écorce qui fe détache 
de fon tronc & de fes branches chaque année, j'ai penfé 
qu'il convenoit s’aflurer fi on ne pouvoit pas en tirer un 
nouvel avantage , en employant comme l'écorce du 
chêne, à la fabrique du tan. 

Vers les mois de mars & d'avril, il eft aifé de ramaffer 
une grande quantité de ces écorces qui tombent aux pieds 
de ces platanes. On jugera aifément de la quantité où peut 
monter cette dépouille, lorfqu'on fe repréfentera la totalité 
de l'écorce d’un arbre de 30, 40 où 50 pieds de hauteur, 
de 5 à 6 pieds & plus de circonférence, qui fe détache 
chaque année du tronc de l'arbre, fans compter celle des 
grofles branches. ” 

Je fis donc ramañler, le printemps dernier, une cin- 
quantaine de livres de ces écorces; & je dois au defir 
d'obliger en concourant au bien, l'examen qu’en a bien 


D ij 


Première 
expérience. 


Deuxième 


expérience. 


Troifième 
expérience. 


28 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


voulu faire M. Vaflou, directeur de {a pharmacie de hôtel: 
dieu de Paris, avec la comparaifon des produits de cette 
écorce & celle du chêne, comme on l’emploie réduite en 
poudre, pour fervir dans les tanneries. ! 

C'eft cet examen, tel qu’il m'a été remis par M. Vañou, 
dont on connoît les talens & l'exactitude, que je joins à 
ce mémoire, que j'ai l'honneur de préfenter à l’Académie, 

Quoique par le réfultat de cet examen ïl femble prouvé 
que l'écorce de platane a moins de force que celle  « 
chêne, & agiroit avec moins de vertu fur les cuirs, 
cependant il annonce que l’écorce de platane ferviroit 
avec avantage dans les tanneries, qu’elle peut être utile 
pour les teintures, & que c’eft aflez pour mériter un effai 
en grand, qui exciteroit les cultivatetrs à multiplier les 
plantations de cet arbre infiniment précieux d’aïlleurs. 


Anabfe de l'écorce de Platane, comparée avec celle 
du Chêne. 


Nous avons mis dans un matras une livre d’écorce de 
platane, réduite en poudre groffière, & nous avons verfé 
deflus huit livres d’eau diftillée. Après une ébullition 
d’une heure, au baïn de fable, nous avons filtré la liqueur, 
elle avoit la couleur de la bière la plus foncée : nous 
avons réitéré les ébullitions, quatre fois, avec huit livres 
d’eau diftillée, & fitré la liqueur chaque fois. Nous en 
fommes reftés à ces cinq ébullitions, la dernière n'ayant 
donné qu’une légère couleur ambrée. 

Toutes ces liqueurs réunies & évaporées dans des cap- 
fules de verre, au bain de fable, nous ont donné une 
once un gros de matière extractive, dont la nature fe rap- 
proche des fubftances réfino-extractives. 

Une once de cette écorce en poudre groflière, mife en di- 
geftion dans quatre onces d’efprit-de-vin, fur un bain de fable, 
à un feu doux, ce qui a été répété quatre autres fois fur la 
méêmé once d’écorce, avec quatre onces de nouvel efprit-de- 
vin chaque fois, cette écorce n’a pas été totalement décolorée. 


DES SCIENCE Ss: 29 


L’alkali fixe en liqueur, verfé fur cette écorce en poudre 
groflière, enlève très-promptement Îa partie colorante. 

Une once de cette écorce en poudre groflière, bouillie 
cinq fois, avec quatre onces d’eau diftillée à chaque fois, 
filtrée, fur laquelle nous avons verfé une diflolution de 
deux gros de vitriol martial, diffous dans fix onces d’eau 
diflillée & fltrée ; à l’inftant du contaét de cette dernière 
liqueur, il s’eft fait un précipité d’un bleu-noir, lequel, 
lavé avec l’eau diftillée & féchée, a pefé feize grains. 
La décoétion d’écorce de platane alunée, a teint 1a toile 
d’une légère couleur de feuille-morte, que le lavage & le 
débouilli n’ont pu lui faire perdre 


Analyfe de l'écorce de Chêne. 


Nous avons fait les mêmes expériences fur l'écorce de 
chêne, mais ïl n’a fallu que huit livres d’eau en deux fois: 
à la feconde, le magma s'eft trouvé épuifé. 

La liqueur en provenant, traitée comme dans la feconde 
expérience, nous a donné trois onces cinq gros d'une fubf- 
tance extraéto-réfineufe. 

Une once de cette écorce, traitée comme dans la troi- 
fième expérience, a à peine donné une légère teinte à 
l'efprit-de-vin. 

Traitée avec l’alkali fixe, en liqueur, comme à la qua- 
trième expérience , {a liqueur ne la prefque pas attaquée. 

Une once de cette écorce, traitée avec huit onces d’eau 
diftillée, & Ia diffolution du vitriol martial, comme dans 
l'expérience cinquième, le précipité a pefé un gros dix 
grains. . 

Traitée avec Ia décoction alunée , comme dans l'expé- 
rience fixième , elle a donné à la toile une couleur de cuig 
tanné: e lavage & le débouilli ne l'ont point altéré. 


SES 


Quatrième 
expérience. 
Cinquième 
expérience. 


Sixième 
expérience, 


Lû 
le 18 juin 
1735. 


30 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


M ÉMOTITRE 


Sur l'ufage qu'on pourroit faire des peaux 
de Vaches marines. 


Par M. FouGEROUXx DE BONDAROY. 


E crois devoir communiquer à l’Académie ce qu'a fait 
M. Duhamel du Monceau if y a plus de trente ans, pour 
s’aflurer de quelle utilité pourroient être les peaux de 
vaches marines paflées au tan ou à l'huile, puifqu'il feroit 
moins aifé maintenant de répéter cette expérience, & 
u’elle feroit coûteufe. 

Il eft bon d’ailleurs de ne pas ignorer comment elles 
pourroient fuppléer aux peaux des quadrupèdes qui de- 
viennent rares en France, par la réunion de diverles cir- 
conftances. 

La vache marine, le grand lamentin des Antilles, {a 
bête à fa grande dent, Mors d’Iflande & du Groenland, 
odobenus vel rofmarus, efteun très-long & gros cétacée am- 
phibie qui ayant befoin de refpirer l'air, femble cependant 
par la ftruéture de fon corps ( j'entends fes bras & fes pieds 
qui lui fervent de nagecires), plus fait pour vivre dans 
l'eau que fur la terre où il fe traîne, gagne le rivage & 
s'y repofe. Il étoit commun aux Antilles, & fur-tout vers 


de golfe Saint-Laurent; mais des chafles trop multipliées 


en ont beaucoup détruit l’efpèce , qui y eft rare main- 


tenant. 


Ces animaux ont fouvent jufqu'à 20 & 25 pieds de 
longueur ; leur peau eft très-épaifle, ce qui engagea feu 
M. Duhamel à sen procurer du Canada, que nous pof- 
fédions alors, pour les faire pafler au tan ou à l'huile, & 
à en faire préparer ce qu'on nomme des cuirs forts ou des 
cuirs blancs. 


DES SCIENCES. 91 
M. Duhamel eft entré dans des.détails fur la pêche de 


cet animal, mais n’a parlé que très-légèrement du réfultat 
de l'expérience qu’il a faite : c’eft donc fur ce feul article 
que j'infiflerai ici. 

Les peaux deftinées à être paflées au tan, ont été portées 
à la manufacture royale de Saint-Germain-en-Laie. Je me 
rappelle qu'on y a pris toutes les attentions pour les bien 
préparer, qu’elles ont féjourné plufieurs mois dans les fofes, 
* qu'on les a renouvelées d'écorce de chêne; enfin, qu'on y a 
donné le temps & les foins néceflaires. 

Cependant la peau, eu égard à fon épaifleur, n’a pas 
été bien paflée dans fa partie moyenne, elle a confervé 
des graifles ou fon huile naturelle ; lorfqu'on a voulu l'em- 
ployer en femelles pour fouliers , le cuir a été perméable 
à l'eau, il s’y eft amolli & s’eft détruit promptement. 

Maintenant (en 178$ ), au contraire, ce cuir eft trop 
fec ; les pores de la peau fe font rapprochés, il eft comme 
brülé, il fe fend & ne peut être employé à cet ufage. 

1 n’en a pas été de même des peaux pañées à l’huile, 
ce qu'on appelle en cuirs blancs ; ils ont bien réufli en 
foupentes, traits & guindages pour les voitures. M. Duhamel 
fit préfent à une perfonne qui fe difpoloit à faire un long 
voyage dans fa chaife de pofte, d’une paire de ces foupentes, 
& il en a été très-fatisfait. Depuis plus de vingt ans j'ai 
des traits de voiture formés d’une feule lanière de ces 
peaux ; ils font comme neufs; & auparavant, les cordes ou 
peaux ordinaires ne duroient pas plus d'un ou deux ans. 
Ces peaux peuvent donc être employées avec avantage 
à cet ufage, & la préparation avec l'huile leur eft plus 
convenable que celle dans laquelle entre l'écorce de chêne. 

Les traits de chaïfes ont plufieurs fois attiré attention 
des felliers & bourreliers , qui jamais n’avoient eu occafion 
d'employer des cuirs d’une pareille épaiffeur. Le cuir brun 
ou cuir fort paflé au tan, a 6 lignes d’épaifleur, & le cuir 
blanc ou pañé à l'huile a 8 lignes. 

Je cite l'ufage qu'on pourroit faire des peaux de vaches 


32 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


marines lorfqu'on defireroit fe procurer des cuirs épais; 
mais il feroit à fouhaiter qu’on tirt parti de certains poiflons 
de nos mers, dont la peau eft fufffamment épaifle, par 
exemple, de celles du marfouin, du requin & des chiens 
de mer, qui pourroient fervir à couvrir les livres, &c. 
Ce nouvel emploi donneroïit lieu à des pèches plus fré- 
quentes de ces poiflons voraces qui fe multiplient fur nos 
côtes, & auxquels on femble attribuer, avec raifon, la 
diminution des autres plus petits poiflons infiniment plus : 
utiles, puifqu'ils nous fervent d’alimens, qu'ils fe tran{- 
portent & donnent lieu, en France, à un commerce confi- 
dérable, qui entretient nombre de matelots, & forme la 
meilleure école pour tous ces gens de mer, 


THÉORIE 


mes 1$ C'TE NC ES 3 


THÉORIE 
DE JUPITER ET DE SATURNE 


, 
Par M DE LA PLACE. 


F:= obfervations ont fait apercevoir dans fes mouvemens 

de Jupiter & de Saturne, des variations confidérables 
dont on ignore les loix & la caufe: La comparaifon des obfer- 
vations modernes aux anciennes, paroît indiquer une accé- 
lération dans le mouvement de Jupiter, & un ralentiflement 
dans celui de Saturne ; mais les obfervations modernes com- 
parées entr’elles, offrent un réfultat contraire, & M. Lam- 
bert a remarqué, que depuis Hevelius jufqu’à nous , Ie mou- 
vement de Jupiter s'eft ralenti, & que celui de Saturne s'eft 
accéléré d’une manière fenfible. M. de 1a Lande a de plus 
obfervé que le moyen mouvement de Saturne , conclu des 
oppofitions de cette planète, vers l’équinoxe du printemps, 
eft depuis un fiècle, plus rapide que celui qui réfulte des 
oppofitions obfervées vers l’équinoxe d'automne ; & pour 
prouver que cette différence ne dépend point de l'attraction 
de Jupiter , il l’a établie fur des oppofitions dans lefquelles 
les circonftances des mouvemens de Jupiter & de Saturne 
étoient à peu-près femblables. 

Jufqu’à préfent , la théorie de la pefanteur univerfelle n'a 
pu rendre raifon de ces phénomènes ; on ne voit même rien 
dans les réfultats analytiques auxquels les géomètres font 
parvenus fur cet objet, qui puifle conduire à les expliquer. 
Je me propofe ici de faire voir que loin d’être une exception 
au principe de la pefanteur , ils en font une fuite néceffaire , 
& qu'ils préfentent une nouvelle confirmation de ce principe 
admirable. . 

Cet ouvrage eft divifé en trois feétions; j’expole dans Îa 
première , une théorie analytique des inégalités périodiques : 


Mém. 1785. 


; 
34 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RotALE 


& féculaires de Jupiter & de Saturne, qui naïflent de leur 
action mutuelle. Je me fuis fur-tout attaché à donner à mes 
réfultats, une forme fimple & commode pour le calcul, 
& comme je les ai vérifiés avec beaucoup de foin & par 
différentes méthodes , je crois pouvoir répondre de leur 
exactitude. Ce qui diftingue principalement cette théorie, 
de celles qui lent précédée , eft la confidération des inéga- 
lités dépendantes des carrés & des puiflances fupérieures des 
excentricités & des inclinaifons des orbites. Les géomètres 
n’avoient eu égard dans ces recherches, qu'aux premières 
puifflances de ces quantités ; mais j'ai reconnu que cette 
approximation eft infufhfante dans la théorie de Jupiter & 
de Saturne , & que leurs principales inégalités font données 
par les approximations fuivantes, qu’il faut étendre jufqu’aux 
quatrièmes puiflances des excentricités. Les moyens mouve- 
mens de ces deux planètes, font tels, que cinq fois celui de 
Saturne eft à fort peu près égal à deux fois celui de Jupiter ; 
& ce rapport produit dans les élémens de leurs orbites , des 
variations confidérables dont les périodes embraflent plus 
de neuf fiècles , & qui font la fource des grands dérange 
mens obfervés par les aftronomes. Les méthodes ordinaires 
conduiroient pour les déterminer, à des calculs d’une exceflive 
longueur ; heureufement, la même confidération qui force 
de recourir à ces inégalités , fimplifie leur détermination : 
je donne pour y parvenir, une méthode facile & très ap- 
prochée. 

La feconde feétion a pour objet, la théorie de Saturne. 
Pour avoir fes inégalités , il fufht de fubfituer fes élémens 
& ceux de Jupiter, dans les formules analytiques de fa 
première fection ; mais les élémens des tables aftronomiques 
n'ont pas la précifion nécefflaire dans une recherche aufft 
délicate , parce que dans la formation de ces tables , on n’a 
point fait entrer les différentes inégalités de Jupiter & de 
Saturne. Une première approximation m'a fait connoître 


x 


à fort peu-près les changemens qu'ils doivent fubir, & ces 


/ 


élémens ainfi rectifiés , m’ont donné les valeurs exactes des 


D'HiSN S1C LT E IN CE S 35 


inégalités de Saturne. La plus confidérable de toutes ces 
inégalités , dépend de cinq fois le moyen mouvement de 
Saturne moins deux fois celui de Jupiter ; fa période eft 
d'environ neuf cents dix-neuf ans, & fa valeur qui diminue 
par des degrés infenfibles , étoit au milieu de ce fiècle, 
de 48! 44". Le mouvement de Jupiter eft foumis à une 
inégalité correfpondante , dont Îa période eft exaétement 1a 
même, mais dont la valeur affectée d’un figne contraire , eft 
plus petite dans la raifon de 3 à 7. On doit rapporter à ces 
deux grandes inégalités jufqu’à préfent inconnues, le ralen- 
tilement apparent de Saturne, & l'accélération apparente 
de Jupiter, Ces phénomènes ont atteint leur maximum vers 
1560 ; depuis cette époque , les moyens mouvemens appa- 
rens des deux planètes {e font rapprochés fans cefle de leurs 
véritables moyens mouvemens. Voilà pourquoi , lorfque 
l'on a comparé les obfervations modernes aux anciennes , 
le. moyen mouvemeñt de Saturne a paru plus lent , & 
celui de Jupiter pl pide que par la comparaifon des 
obfervations moderMentr'elles: tandis que ces dernières 
ont indiqué une accélération dans le mouvement de 
Saturne & un ralentiffement dans celui de Jupiter : fi 
l'affronomie eût été renouvelée trois fiècles plus tard, les 
obfervations auroient préfenté des phénomènes contraires. 
Les mouvemens quel’aftronomie d’un peuple afligne à Jupiter 
& à Saturne, peuvent donc nous éclairer fur le temps où 
elle a été fondée ; je trouve ainfi par mon analyfe , que les 
Indiens ont déterminé les moyens mouvemens de ces deux 
planètes , dans la partie de {a période des deux inégalités 
précédentes, où ke moyen mouvement apparent de Saturne 
étoit fortMllent, & celui de Jupiter, très-rapide. Deux de 
leurs principales époques aftronomiques , dont l'une 
remonte à l'an 3102 avant notre ère, & dont l'autre 
fe rapporte à an 1401, rempliflent à peu-près cette 
condition. 

La théorie de Saturne renferme encore une inégalité 
remarquable dont la valeur eft à peu-près de 10 minutes, 


E i 


36 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


& qui coincideroïit avec les inégalités du mouvement 
elliptique, fi le double du moyen mouvement de Jupiter 
étoit parfaitement égal à cinq fois celui de Saturne. C’eft 
d’elle que vient en grande partie, le dérangement obfervé 
par M. de la Lande, dans le mouvement de Saturne, & 
le peu d'accord des variations de l’aphélie de cette planète, 
avec la théorie de fes inégalités féculaires. 

La réunion des inégalités produites par l'action de Jupiter, 
avec celles du mouvement elliptique , forme la théorie 
complette de Saturne ; mais les élémens de fon orbite, 
quoïque fort approchés , avoient encore befoin de légères 
corrections. J'ai choifi pour cet objet , vingt-quatre obfer- 
vations difpofées d’une manière avantageufe , & je fuis 
ainfi parvenu aux véritables expreflions du rayon vecteur 
de Saturne , & de fon mouvement en longitude & en 
latitude. On peut fans. erreur fenfible, étendre ces formules 
à plus de deux mille ans dans le paflé, & à mille ou douze 
cents ans dans l'avenir. Leur accord ayec un grand nombre: 
d'oppofitions modernes , & avec les | nn anciennes ;, 
prouve à la fois la juftefle & la néceflité des grandes 
équations que j'ai introduites dans la théorie de Saturne, 
& que les fiècles fuivans rendront de plus en plus fenfibles ; 
il fait voir encore le peu d'influence des comètes fur notre 
fyftème planétaire , puifque Saturne , à raifon de fon éloi- 
gnement du Soleil, en auroit éprouvé des dérangemens 
remarquables, fi leurs mafles étoient comparables à celles 
des planètes. 

Un réfultat intéreffant de ces recherches , eft la déter- 
mination du moyen mouvement fidéral de Saturne, & fon 
uniformité. Vingt-quatre oppofitions modernes#omparées 
deux à deux & refpectivement éloignées de deux, de quatre 
& de fix révolutions de Saturne, m'ont donné ce mouve- 
ment égal à 12912! 46",6, dans l'intervalle de 365 jours. 
L’obfervation 1a plus ancienne & la meilleure de Saturne, 
que Ptolémée nous ait tranfmife, & que les Chaldéens firent 
le 1° Mars de an 228 avant notre ère, conduit à + de 


Des S"CrEN ec r's 3 
feconde près, au même réfultat; ainfi les obfervations fe 
réuniflent avec la théorie de la pefanteur , pour bannir 
l'équation féculaire de Saturne qui de toutes les planètes, 
avoit paru aux aftronomes exiger la plus grande équation 
féculaire. 

La théorie de Jupiter expofée dans la troifième feétion , 
& comparée aux obfervations anciennes & modernes , 
préfente des réfultats femblables & le même accord ; {a 
pefanteur univerfelle eft donc la véritable caufe des varia- 
tions obfervées dans les mouvemens de Jupiter & de 
Saturne. La précifion avec laquelle ces deux planètes ont 
obéi dans tous les temps, aux loix que la géométrie leur 
afligne en vertu de leur action mutuelle , eft un des 
objets les plus curieux du fyftème du monde. H auroit fallu 
plufieurs fiècles d’obfervations fuivies , pour déterminer 
empiriquement ces inégalités , à caufe de Îa longueur 
de leurs périodes ; ainfi fur ce point , Ia théorie de Ja 
pefanteur a devancé l’obfervation. Cette confirmation nou- 
velle d’une loi qui s'accorde admirablement avec tous les 
phénomènes céleftes , & à laquelle les feuls dérangemens 
de Jupiter & de Saturne fembloient faire exception , n€ 
laifle aucun doute fur fon exiftence & fur fes avantages , 
en forte que fes réfultats doivent obtenir la même confiance 
que les obfervations les plus précifes. 


SECTION.PREMIÉERE. 


Théorie analytique des perturbations de 
Jupiter à’ de Saturne. 


L 
Equations générales des mouvemens de Jupiter &r de 
Saturne, 


SOIENT x, y, z les coordonnées rectangles de Jupiter, 


rapportées au centre du Soleil; foit , la mafle de cette 


38, MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
planète, celle du Soleil étant prife pour unité; foient x', y’, g' 
les coordonnées de Saturne, & #° fa mafle; foit de plus 
F 2 12 
EVE ES FT VIR ET + TC), 
Li 

VLC — af + 0 —9) + —v1] 

L'action du Soleil fur Jupiter, décompofée parallèlement 


AE 


OS 9 . * . 
à l'axe des x, & dirigée vers leur origine, fera à Yation 


de Saturne fur Jupiter, décompolée parallèlement au 
même axe, & dirigée dans le même fens que la première, 

4 2 à 
5, /. Ces deux 
aétions réunies folliciteront donc Jupiter parallèlement-à 
l'axe des x & vers l'origine des coordonnées, avec une 


fera m°./x — x').N, où — m'./ 


L SA eu t ù À : - 
force égale à — — m'./{-—). Mais comme dans la 


théorie des planètes, on fuppofe le Soleil immobile; ïl 
faut tranfporter en fens contraire, à chacune d'elles, es 
forces dont ‘ik eft animé : or, cet aftre, en vertu des actions 
réunies de Jupiter & de Saturne, eft follicité parallèlement 
à l'axe des x, & en fens contraire de leur origine, pax 


m x 7 


« m' x F À 
une force égale à + —- ; ainfi Jupiter, dans fon 
ri r' 
mouvement relatif autour du: Soleil , eft follicité vers cet 
aftre, par une force parallèle à l'axe des x, & égale à 


+ "). mb x° ES 
( m).x 27 x Ja 


— — m.( 
2 ra : d x 
Si l'on change fucceflivement, dans cette expreflion, x & x 
dans y & y', & dans 7 & 7', on aura les forces qui folli- 
citent Jupiter parallèlement aux axes des y & des 7, & 
vers Porigine des coordonnées; en nommant donc dt, 
l'élément du temps, & en le fuppofant conftant, Îes prin- 
cipes connus de dynamique donneront les trois équations 
différentielles fuivantes, 


LE 


DES ScrENCcESs 39 


d0+ GO +m).x mx" 1 ÿ DA 
D nd re ee M — 
Le 7. LE 


ddy (+ m).s my 5 y DA 
— = ——— JÈù — © = pp] — ; 
= TA : ET (A) 


dr ri 
d) 1 Æ mn). m° 7" CE 
RE Li LEA Or £ — M. ( —) 
27 


3 
3 £ 


dr r 
La confidération du mouvement de Saturne autour du Soleif, 
donnera pareillement les trois équations füivarites, 


20%" FA (+ m').4" nu m x —m.( 2. 


"Tr. 3 


dr* r' r? 


à x° 
dy" 1 1),9" om à 
— >y USE 2e + » 4 — n.( =) : (B) 


[2] 
| 


dr a ï r° d y 

227" G+n).r ñ T LE 
Dr mn dt 1 M (2) 

La #5 r LEA 


C’eft de l'intégration de ces fix équations diflérentielles , 
que dépend toute la théorie des mouvemens de J upiter &c 
de Saturne. 


LEA 


ON peut facilement en obtenir quatre intégrales pre- 
mières, de la manière fuivante. 


On multipliera la première de ces équations par 


2m.{mdx + m'dx!) 


2 OK — "2 
1+m1+ mes 


la feconde par 
2n.(ndy RE md 
2 my ( À eo ; 
1 + mn + m 
la troifième par 
2m.{md7 + m'd7' 
2 m0 (mD7z + 2t) à 
++ m 
la quatrième par 
2m'.(mdx + m'dx') 
AO DE DA 2 TEE 
1+nmn+ m 


40 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
la cinquième par 


2m'.{mdy + m'dy') 
2m 0ÿ — Fa 


%e 


L+n+m 
enfin, la fixième par à 
RCE 2m. (mdr + m'd7') 
2 ————— —— " — ; 
++ nm 


en ajoutant enfuite toutes ces équations, & ‘en obfervant 


que l'on a 
2n ; DEN 
pr: (bel Er 
dn . EN 
dif 7 ) + ( —) ; 


d A : d A 
on formera l'équation fuivante : 
2m.(dx d0x + dy.ddy + d7.d07z) 


on A 
am'. (dx. dùx" + dy". 00 y" + 27.007) 
dr 
2.(mdx + m'dx') (mD0x + m'ddx') 
Se ——_— ——*‘f 4 ————_— 
1+m+n dF 
2.(mdy + m'dy') (mdDdy + m'ddy') 
— — 
1 +m+m f ra 
2.(mdz + mdr) (ndDz + m'0dr) 
1m M. k 2 1° 
mdr mdr D 
+ 2 — —- =) = 2'MM 07 
7 y" 
Cette équation donne, en l'intégrant, 
2 : 2 
mx + dy +07) mo. (2x +dy +07 } 
D = er À 0 er 


Léndx + md) + (mdy + my) + (md + m' 07 )] L ( à ) 
G+m+m)2r { d 

L] mn" 
12 ) — 2mm A 


r r' 
f étant une conftante arbitraire. 


— 2.{ 


BE S" SSCHE N CES: AT 
Si l'on multiplie encore la première des équations dif- 
férentielles de l'article précédent, pax 


m.(my + m'y) 
— My + - 
} L+nm +4 
la feconde par 
mifmx + mx) 
ÿ1 X — 1 
L+m+ 
la quatrième par 
N m' (my + m'y 
my" (my 2 Di ; 
IHM M 
& la cinquième par 
m'.(mx + mx) 


mx — : 
1+n+ M 


0 
’ 


fi l'on ajoute enfuite ces équations, en obfervant que l’on a 


da PES = DEN = ES 
=» F D — y )+x 4 T D —ÿ (=); 
dA DA LES dA 
ER — +) t (5, 2 L ES Ù Ex 
on aura 
M. (xddy — yd0d4 m',(x"d20y" — y'ddx 
pue (“dy L »ùds) (x 0dy" — y ) 
ds dr 
(mx + m'x°) (mddy + m'ddy') 
1+m+m FE dr 
my + my) (mddx + m'Ddx" 
j (rs ») 2 : À 
++ m ds 
équation dont l'intégrale eft 
| NV m.{(#dy — ydx) : mm. (4"0y" — y'dx') 
dt + D? 
(mx + mx) {(mdy + m'dy') 
METRE # d: ? (2) 
(my + m'y" mdx + mx) 
A en ET LL 
1+m + m ds 


s Étant une conftante arbitraire, 


Mém. 1785. F 


42 Mémoires DE L’ACADÉMIE ROYALE 
Si l'on chänge dans cette intégrale, y en 7, on aura 


Me m.(xd7z — dx) me (x' dE — gdx') 

‘re d2 dr 
(mx + m'x') (md z + m'dz) à ( } 
I +m+m 3 dr ñ LR 
(mz + mT) (nmdx + mx) 
1 + M + m dr 


c' étant une nouvelle arbitraire. 


Enfin, fi dans cette dernière intégrale, on change x en 


ÿ, On aura 
m.(9Dz — 70») mn". ("dr — dy") 
t ds 
(my + m'y") f (dx + mdr) ( é 
F FU re re q d é 4) 
(mz + m7) fmdy + m'y") ! 
RES 
++ M èt 


AN 7 


c'° étant une arbitraire. 


A NP 


_ Les quatre intégrales précédentes font les feules que l'on 
peut obtenir dans l’état actuel de l'analyfe; elles font infuf- 
ffantes pour déterminer le mouvement des deux planètes 
m & m'; mais elles donnent, entre les variations féculaires 
des élémens de leurs orbites, des rapports intéreflans que 
nous allons déterminer. 

Pour cela, nous obferverons que les mafles #1 & m° étant 
fort petites, on peut, à chaque révolution, confidérer les 
orbites de Jupiter & de Saturne, comme étant à très-peu- 
près elliptiques; mais l'action mutuelle de ces deux planètes 
change la nature & la pofition de leurs ellipfes, par des 
nuances infenfibles dans un court intervalle, & que la fuite 
des temps rend très-remarquables. Ces ellipfes, dans leurs 
Variations, confervent entr'elles des rapports conflans qui 
réfultent des intégrales précédentes. Soit 4, le demi-grand' 


D'AS ISCHENCES 43 
‘axe de l'ellipfe de m; ea, fon excentricité; 4, latangente 
-de l'inclinaifon du plan de cette ellipfe fur le plan des x & 
des y; 1, l'angle que fait l'interfection de ces deux plans, 
avec J'axe des x; {oit de plus, 


dsinldrehpst 00,07 tag} 


on aura, par la nature du mouvement elliptique, & én 
négligeant », vis-à-vis de l'unité, 


dx + dy + 2 jhrsie TES. 
d 1° r TR EML? 
xdy — ydx a.(i — à) 
dr ra v + IE 
47 — qdx dk v[ a.(i — #) 1; 
dr SARA 1+f ; 
Sdz — zèy LA AI a.(1 — à) 1: 
dr KL” 1 + à 


Si lon marque d’un trait, les lettres a, e,0, p, q, pour avoir 
celles qui font relatives à m', ces équations fubffteront 
encore, en accentuant Îes lettres qu'elles renferment. Cela 
pofé, fi l’on fubftitue les valeurs de leurs premiers membres, 
dans les intégrales (1), (2), (3) & (4); fi l’on néglige 
enfuite. les quantités conftantes ou périodiques de l'ordre 
”°; on aura entre les élémens des ellipfes des deux planètes, 
les quatre équations fuivantes : 
m m' 

== + — ; 


a a 


a.(s — €) * - mie pt .) 
Cm] + . ee 
; (C) 


ce = mg vf 2] So PA EL. 7, 


1 +0", 
rade a.{r —*) : a'.(r La . 
€ — FIN CRE + mp VI RE 
ainfr, en fuppofant que par l'action mutuelle des deux pla- 
nètes, ès élémens a, a’, e, e', 0, 8°, p,p', g, 4, fubifient 
Foy 


44 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


des variations très-fenfibles dans la fuite des fiècles, ces 
élémens doivent toujours fatisfaire aux quatre équations 
précédentes dans lefquelles es conftantes f, c, €, € 
font invariables. 


Dans le cas où le fyflème renfermeroit encore les pla- 
nètes #1", m'°, &c. il eft aifé de voir que ces équations 
fubfifteroient toujours, en ajoutant à leurs feconds mem- 
bres, des termes femblables à ceux qu'ils renferment, & 
relatifs à chaque nouvelle planète. 


LENS 


REPRENONS les équations (À) de l'article premier. Si 
on multiplie la première par dx, la feconde par dy, la 
troifième par 27, & qu’on les ajoute; fi l’on fait enfuite 

ONCE ATEN 
RE— ER EI PER AEOeS ENS 


: 


r 
on aura 


dx. dx + dy.ddy + d7.ddy 
dr 


o — 
Ù | 
AMEN mn). —— + m'.dR, 


la caractériftique différentielle 4 ne fe rapportant qu'aux 

coordonnées x, y, 7 de la planète m.; On aura donc, en 
intégrant, 

dx + +dT 2.(1+m) 1+m 

EE re M AT D VE D OS À “fdR; (a). 

Si l'on multiplie pareillement la première des équations 

(A) par x, la feconde par y, la troifième par 7, & que l’on 

ajoute leur fomme à l'équation /a), on aura 

RDA 9 D dy + 77 + dx + dy + DT + m 1+m 

D = —— —— EE ee 


L£ 


DE RE Ed 


+2 m'.fdR 


DES SCIENCES. 45 
ou, ce qui revient au même, 


RE d.r dE 2.(1 + m) ne + 4m [dR 


dr r 


, DR >R )R 
na auhen MT ef Tas di mir (n /]e 
L'intégrale de cette équation donnera la valeur de r, dans la 
fuppofition du mouvement elliptique, en y faifant m' — o. 
Suppolons que l'action de m', augmente cette valeur de fa 
quantité mdr; on changera, dans l'équation précédente, r 
dans r +1" .d'r,rétant ici le rayon vecteur dans l'hypothèfe 
du mouvement elliptique; en développant enfuite les dif- 
férens termes de cette équation , par rapport aux puifflances 
de m', les termes indépendans de »° fe détruiront d'eux- 
mêmes, par La nature du mouvement elliptique; & fi lon 
néglige, comme nous le ferons toujours dans la fuite, les 
carrés & les produits des mafles perturbairices, on aura pour 
déterminer d'r, l'équation différentielle 


dR 
d x 
>R 
Fe 


Y (rdr) 


d r° 


s 
RS + 2.fdR + x.( 


e) ; (b 
y.) ul 4 


les valeurs de r, x, y, 2, r', x", y', q, étant relatives au 
mouvement elliptique des planètes m & mm. 
Maintenant, les équations / À ) de article 1 donnent, en 
; fuppofant » & m nuls, 
d » f: d y y 


= — + 0e + 5 
O dr 1 2 2" DE , 


fi Jon multiplie la première de ces deux équations, par 
r dr, & qu'on lajoute à l'équation différentielle en dr, 
multipliée par — x, on aura 


TE y dr.dx — x.0° (r d\r) dR 
DRE CP TRES frpes 


: 2R 2R 
A d'énrtiou à ler E 


46 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


d'où lon tire en intégrant, 
rd\r.dx—x.d/rdr) 


DE nn 
+ PS) + ne 


En changeant x en y, & HR CR dans cette inté- 
grale, on aura Îa fuivante : 
” x Î\y.d y — y .d/r d\r) 


R >R 2R 
EEE den en to ro et dec 
En ajoutant la première de ces mtégrales, multipliée par y, 


à la feconde multipliée par — *, on aura, 


rodr, 122771. EN ge qe | 
> R 
x [refus JA) +? (+ 5] 
— 27y.fxd0t.[dR — pan 


>R )R )R 
CR A er Pet 
mais on a dans l’hypothèfe elliptique, 
dy — ydx = VI a.(i1—*) 1: 


dr ner 


& fi l'on nomme # #, le moyen mouvement fydéral de ”, 
on a 


on aura donc 
24. fnd6.y JdR+ x fndt.y.[x (ot a Te. D 


—29,fndt,x [dR—y.fndt.x.[x. an = + en 
= ———————— ©" © —; (5) 


PER 


L + 


DREtsSMSICUT E NUÜCIE:S 47 
| é k 
Cette expreffion de ——" ne dépend que des quadratures 
3 a 


des courbes, puifque les quantités 7, x, y, 7, r', x',y',2 
qu'elle renferme, étant relatives au mouvement elliptique 
de m, & de ”', elles font données par la nature de ce 
mouvement, en fonctions du temps # 


V. 


Les équations /A) de l'article I, multipliées refpedi- 
vement par #, ÿ,7, & ajoutées enfemble, donnent 


#.d00x + 9.00y + 7.ù D TH" 
DE — cn Dh ph ——- 


+ me RE) + pl + 2 (I 


or on a 
x OOX + y.d00yÿ + 7.007 

= 2, (r) — (D + 0 + 07); 

& fi lon nomme à », l’angle infiniment petit intercepté 

entre Îles deux rayons vecleurs 7 & r + dr, on aura 

dx + dÿ +0 = Or + rdv: 

on aura donc 

x .OOx + y.00y + 7.007 = r.d00r — r dv; 

partant | ke 


700 — rdv 1 +7 
dr 


ne (Ep) + (IT 


Suppofons que laétion de ”', augmente Ia valeur de y, 
de la quantité m°.9 y, en forte que lon ait y — v + m dy, 
la quantité y, dans le fecond membre de cette équation, 
étant relative au mouvement elliptique ; fi dans l'équation 
différentielle en r, on fubflitue cette valeur de y, & au lieu 


= 


48 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
de 7,r + m'A\r; les termes indépendans de x, fe 
détruiront d’eux-mêmes par {a nature du mouvement 
elliptique, & la comparaifon des termes multipliés par #', 
donnera 

00 y + d\r,d0r — 2» y.dp — 2° 0v.0 dy dy 


or Fa 


== 


Ha) + JE) + vE: 


or on a, par la théorie du mouvement elliptique, 
dy — d1.VTa.(1 — &)], 


& l'équation différentielle précédente en r, donne dans la 
fuppofition de »,& de m° nuls, 

r.d y* 2 ddr ï 

die Den Dre R° 


on aura donc, 


7.00 dy — Îy ddr d'y 2.0 d\ 
Q— Se — ÊT —. Var — )] 
dR 
HAE M DS Sen ee es 


Si l’on fubftitue dans cette équation, au lieu de Ps fa 
valeur tirée Le l'équation /b) de l'article précédent, on 


2.dd V à. r ù d Y — d r dr, 3 dt rd\y 


+ nn. + 4.[x.( (=) UC D) +2 EAIE 
d'où l'on tire en intégrant, & en fubftituant _, au lieu 


2 
de aï, 
aràd y + d\rà dR dR 
EE Psdent ie DEL 2afndr.[x(— RE nl FR (5/1 
fe a*.nt r dy ùz 3 (6) 
== Vo = 6) ; 


DIE :S M S:xCAILE NC 2E 49 


vor 
Sr lon multiplie la première des équations / 4) de 
l'article 1, px — y,& qu'on l’ajoute à la feconde mul- 


tipliée par x, on aura 


À dR )R 
+ "M G EET des = STE 


4 dy — y ddx 
dr 


, 


Dr 
ce qui donne, en intégrant, 


xdy — ydx 
6 + mf0e (5) — (ET 
c étant une conftante arbitraire. On aura pareillement les 


deux intégrales, 
1 1 èR dR 
= + mor [7 (———) — x Der 


HÙz — dy 
He Gran ARS =) = y 42 =): 
c'-& c'” étant deux arbitraires. En MER Ia hote 
de ces deux intégrales, par y, & en J'ajoutant à la feconde 


multipliée par — x, on aura 
*dy — ydx 
SEL ent LE 2 2) )=cy — c'x + m'y. for. Le — EH 
ne 
nv for [ep Ep 


die 
. Ë ax dy — ydx 
on aura donc en fubftituant au lieu de ———, fa 


xd7 — qdx 
(à SRE mine 2 2 
dt 


valeur, & en négligeant les quantités de ue mm, 

TE Des “45 1] 
Le pr ur —)] 

"US (=) 


L’équation 7 = en eft celle d’un plan fixe que 


Mém, 1785. | G 


5o MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 

nous pouvons confidérer comme le plan de l'orbite primitive 
dé m; en fuppofant donc que la planète ne quitte point 
ce plan, on aura 


y — c'x 
, 


ARE CNMBPUROEE 
mais comme le plan de l'orbite eft variable, nous ferons 
# 1 
D et dite Er UN 
LEE mi d\'z 
HSE 


, & par 


La tangente dé la latitude de 7» fera 


conféquent l’accroiflement de cette tangente, dù à ce que la 
planète quitte le plan. de l'orbite primitive, fera EURE TT 
V7 
Si l’on nomme s, le finus de Ja latitude de », dans la fup- 
pofition où cette planète refteroit fur le plan de l'orbite 
primitive, & m'd\s 'accroiffement de s, dù à ce qu'elle 


quitte ce plan, on aura 


m°.d\7 m' ds 
V(E + S) CE (: Pere ki 


mais on a 
VARIE r Vi — ss); 


partant , 
. m .rd\s 
711 d TZ EnxrA Enr . 


Cela polé, fi dans l'expreflion précédente de 7, on fubftitue 
au lieu de 7, 


y — cx Ty PEU mr ds 


x € = ; 
+ m Ÿ7, ou - al à 


fi lon obferve enfuite que l’on a par Z'art. II], 
ARC re 2 


“HÉTE TESTS 


D Es S'CTEN CES. SI 


on trouvera 


asils — ss).v{(1 9°) 2R dR 
ds = OR fudt [x (RE) I DE /] 
fi —5ss).V(r +6) DR My TR ! 
 fndt [rx )) 1107) 


ax.fi —ss).vV(i +6) 2R 2R 
not r Va — €) -fnot. els A Pise /] 


les valeurs de r, x, y, z, x',y', Z , étant relatives au mou- 
vement elliptique des planètes # & m'. 


VAR 


Des perturbations de Jupiter à de Saturne, en. portant 
l'approximation jufgw'aux premières puiflances des excen- 


tricités © des inclinaifons des orbites. 


Les formules (5), (6), (7), fufhfent pour déterminer le 
mouvement de la planète w. Elles peuvent être employées 
avec avantage dans fa recherche des perturbations des 
comètes, par l’action des planètes. Le calcul des altérations 
qu'éprouvent leurs rayons vecteurs, & Îeurs mouvemens 
en longitude & en latitude, fe trouve ainfi réduit à des 
quadratures que l'on peut toujours obtenir par les méthodes 
connues d’interpolation ; mais dans la théorie des planètes, 
la confidération des orbites peu excentriques & peu inclinées 
les unes aux autres, peut conduire à des expreflions 
analytiques de ces perturbations, & faire connoitre la 
rature des orbites qu'elles décrivent, par des équations 
fort approchées , qui embraflent les fiècles paflés & à venir. 

Pour avoir ces équations, nous reprendrons les for- 
mules (5) & (6) des articles IV & V. Si Ton prend pour le 
plan fixe des x & des y, celui de l'orbite primitive de », 
& que l'on nomme y, l'angle formé par le rayon r, & par 
l'axe des x; on aura 


Gi 


5% MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE RoYALE 
=: À — no ede ons PE TS IL W SZ —— 0 0 ON 


Si lon nomme enfuite v' l'angle que la projetion de r' 
fur le plan fixe, fait avec l'axe des x, & 5° le finus de fa 
latitude héliocentrique de #", au-deffus de ce plan, on aura 


Ne rares tel 


LA r'ofar— ss"). far 


Î 


Lai 
=) 
CA 
» 


on aura ainfi 


Vi —s's : $ 
IR = NE of y — y) — —. 
r' VE —arr vai s's").cof.(v—1) +7 ] ? 
DR 2R dR dR 
x.( =) ln + ts) = (OT Mc PA 
& les formules (5) & (6) deviendront, 
2 cof.v.fndt,r.fin. vf d R + cof v.[ndr.rfin.v.{ _ } 
r 
2R ) 
— 2finv.fndr.r.cof. v.fdR — fin.v.fndr.r cof.».( = ) 
r a} 
AA ; (8) 
a vi — €) 


TEL hr.d 2R 
dy TT ES A Rue) : 
dr (9) 


3 
a°.ndt F. 


va — é) 


Le calcul de Ia valeur approchée de 4\7, fera plus fimple, 
fi, au lieu de la formule (8), on emploie l'équation ditié- 
rentielle /b) de l'article IV, qui, à caufe de #° a? — 1, peut 
être mile fous cette forme 
RER, EE dr + 2fIR +r (=); (ro). 


dr r? 


Lo} 


Nous confidérerons ainfi les équations (9) & (10}, & 
nous négligerons d’abord les carrés & les puiflances fupé- 
rieures des excentricités & des inclinaifons des orbites. 


mEs SCIENCES. 53 


NAT 
DANs ce cas, la valeur de R devient 
Die 7. (cof.v" — 1) 4 A f 
14 ñ VErf = 2rr'.cof. (rs — y) + 7] s 


Pour développer cette fonétion en férie, nous obfer- 
verons que fi l'on nomme #1 + e, la longitude moyenne 
de m comptée de l'axe des x} n°1 + «', celle de »': æ la 
longitude de laphélie de #1, & a” celle de l’aphélie de »'} 
on a par la nature du mouvement elliptique, 


r = a.fi + e.cof. {nt + € — &)], 
VON He — 2e.fin. [nt + 6 — æ), 
rain = col (nr 4 a')], 
vont He — 2e fin fn't +  —m'), 
Soit 

hk = e.fms;l — e .cof.w, 
E = e fins; — e'.cof. &’, 
On aura 


T7 —a.[1+ 4 fin/nt+e) +7 .cof, (nt + e«)], 
V—=nit+e + 2h .cof. {nt + €) — 21.fin.fnt + &), 
ra" .[1 + 4 fin (nt + €) + T .cof(n't + AC 
V'—=nt+e + 2h" .coffn'r +e) — 2/ fin. fn't + «'), 
Maintenant, on a par la théorie des fuites, 


HN der” AL ONCIENS EST | -cof. (nt + 2) 1 
+ a'.[#.fin. (n't + €) + l'.cof. (n'r + e)] (— 
+ [24 + of. (at e)— 21 .fin.{n t+e)].( 


+ [2h cof. (at + 6) — 27 finfn't + e)].( 


dR 
— 
>R 
PA 


R 


), 
+. 
) 
/ 


r 
id 


? 
1! 


» 


54 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


en ayant foin de changer, dans le fecond membre de cette 
équation, r en a, r en a, v dans 1 + €, & v' dans 
n't + £. Soit S ce que devient À dans ces fuppofitions, 
en forte que l'on ait 
«a 
La - of (tt — nt 4e — 0) 


1 
a 


os 


Va — aaa' co. (ut — nt He — €) + a] 

& fuppofons qu'en développant cette fonétion, dans 

une fuite ordonnée par rapport aux cofinus de d'angle 
nt — nt + & — ce, & de fes multiples, on ait 

S = 5. A9. + A, cof. [nt — nt + e —:) 

+ À. cof. 2 (nt — nt +  —6c) + &c; 

on pourra mettre cette expreflion fous la forme fuivante : 
S — <.S.A% col. i (nt — nt + e — ec), 


dans laquelle Y eft Ie figne intégral des différences finies , 
qui, dans ce cas, fe rapporte à la variable, & qui embraffe 
toutes fes valeurs entières, depuis / — — oo jufqu'à i = oo. 
On doit obferver que AT? eft égal à A”, & qu'il fufft 
par conféquent de connoître les valeurs de A‘, relatives 
à à pofitif. 

Il eft vifible, par la nature de À, que l'on a 


AS 4 7 DEN CE AE 


de plus, cette quantité étant une fonétion homogène en r &r", 
de la dimenfion — 1,ona 


>R = AMIR 
LT MS MAT Gr nt À 
d’ailleurs À étant fonétion de y‘ —— y», ona 


“> a boom er à 


Des SCIENCES. 55 
HÉROTR" 
& fi dans /——), on change r en a, ren a’, y dans 


nt + €, & y dans n°t + €, on aura 


(= —— (Sd: 


on aura, cela pofé, 


R=S + a (2 )[hfin (ur + €) + Lcof (nr + e)] 


—[S+ af 2] L'fin(at T &) + Fcof.(n'r+ e')] 
>S h.cof. (nt +<) — I. fin. {nt ++) 
4 2 me + €) + l'fin. (nt + x ; 


I > 


Supposons maintenant dans Îes équations (9) & (10), 
de Yart, VII, 
tutos D = + Vy 


A d LS 
z & V, étant les parties de — & de Sy, indépendantes 


des excentricités des orbites, & 2, & W, étant les parties 
de ces mêmes quantités, qui en dépendent. Si dans ces 
équations, on compare les termes indépendans des excen- 
tricités, on formera les deux fuivantes, en obfervant que 


Ê ï 
Lt 


. 


a ? 


Le? EE - gi 2 1 ,2 2 24 
Ce PSE ee = ) 


se Late FAR NTESES LE — J-cofi(” tnt + —<); 


x 3.5 ——.440 +2 a". ( 


56 MéÉmoïres DE L'ACADÉMIE ROYALE 


«) L 
VE 3gnu8 + (IE june + 


d a ndt 


4 


= )} —.fin.i(n't —nt+ é —e). 


Dans ces équations, 1° le figne intégral Y s'étend à toutes 
les valeurs entières de ;, Îa feule valeur / — o, étant 
exceptée, parce que nous avons fait fortir hors de ce figne, 
les termes dans lefquels / — 0; 2.° {a conftante g eft une 
arbitraire ajoutée à l'intégrale 4.f/d R. 

Pour déterminer cette conftante, nous fuppoferons que 
nt repréfente le moyen mouvement fidéral de #1. Dans 
ce cas, le terme proportionnel au temps, de fexpreflion 
de PF, doit difparoitre. Cette condition donne 


rte 
EE = — 3 du —): 


Si l'on fubftitue cette valeur, dans l'équation différentielle 
en 4; on aura, après les intégrations, 


2 FE dub + 2.4 À 
(0) 4 a .( 
4 d À ) da 7 s d a 171 ‘ 
da ZEN Ut (un — 1) => d 


x COL (nt — nt + € — 6) 


l'expreffion de F, devient ainfr, 


= 


ti) ti) 
se. $ et Ve jp 1 AS 
# ; d a Zn — 7 
TOSRLTEREE D ——  — — 
i(n—n'} «a À i ifn— n)[F(n — nn) — x] 3 
x fin. (ut = ji 2 e-—#} 


Le figne Z s'étend dans ces expreflions, à toutes Îles 
valeurs entières, pofitives & négatives dei, a feule valeur 
i — o, étant exceptée; on peut ne l’étendre qu'aux feules 
valeurs pofñitives de À, mais alors il faut doubler les coéfh- 


ciens des finus & des cofinus renfermés fous ce figne. Je 
n'ai 


pofresn'Se cr DE N.c:E $ 57 
n'ai point ajouté de conftantes aux expreflions de z & de 
V', parce que toutes les arbitraires du problème peuvent 
être cenfées renfermées dans les parties de 7 & de y, qui 
dépendent du mouvement elliptique. 

Ces valeurs fort fimples de # & de W, renferment la 
théorie des inégalités du mouvement des planètes, lorfque 
lon n'a égard qu'aux termes indépendans des excentricités 
& des inclinaifons des orbites, ce qui fuffit dans plufieurs cas. 


Nous obferverons ici que, quand même Ia férie repré- 
fentée par l'intégrale Z . A, cof. à. (nt — nt + e —c), 
feroit peu convergente, Îles expreffions de # & de le 
deviendroient par les divifeurs qu'elles acquièrent au moyen 
des intégrations fucceflives. Cette remarque dûe à M. Euler, 
eft d'autant plus importante, que fans cette convergence, 
il eût été impofhble d'exprimer analytiquement les pertur- 
bations réciproques des planètes dont les rapports des 
diftances au Soleil ne diffèrent pas beaucoup de l'unité. 


X. 


ConsipéRoNs préfentement les valeurs de x" & de F. 
Si l’on fait 
ns 


== — [Afin {ut+e) + Lcof. (nt + e)] al) 218$ 5 ) 
+ Cecol ur) — Lfin.fut + Le (RE) 


— — [hinqurte) + lcof (nee) + a] 
TR [4 .cof. (are) — [fin (nt + «')] AY 
area) ecoles mutela( 2) l 


— LE fin (nie) 4T cof (re e)] [aa ()+ 2( 5/1 


: 


Æ = ’ (2). [4.cof. (nt + e) — fin. (nt + «)- 


 — Ricof (ar He) + Fofin (ns + 67]: 
Mém, 1785. H 


53 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
la comparaifon des termes dépendans des excentricités , 
dans les équations différentielles /o) & (10) de l'article VI, 
donnera les deux fuivantes : 

o —"* + nu, + re zu). [Afin (ut +e) + I cof. (nt +e)] 


M _ «[4.cof. (ut + e)—]1.fin. (ar+e)] 


+28 JXndi + n.Y 


P — 200 — [4 fn. (ut+e) + L.cof. (nt + e)] 


SET à AT 
+ 2 [hccof. (nt + e) —]Ifin {at + e)] 
+ 3 JAXnNdOË + 2.[Y:ndt. 
Si, dans l’équation différentielle en z,, on fubftitue au lieu 
de #, fa valeur, & que, pour fimplifier, on fafle 


(o) (o) 
int d À F 3 dd À : 
B=(———)+ta.(——); 
AU) A LE dat ro 
Ca A — do (—) — ir (——); 
D‘? Le 2 A SEE LEUR AU AE  (e PIS 
CET ÊF(n—n ff — 
() QG) Gi} 
2na À d À 20 A 
nl nl te ee Ji 
pe « (i—1) 
(EU fimr).(2i—r)en (i=1) LÉ. (u—n')—1] : d A 
E _— m—i(nm—r#) .a À Fra .a me ss ), 
(is) 
A 
Fr: 2 D. da ie 


cette équation différentielle donnera, après l'avoir intégrée, 

2, = f.fn (nt +:) + f'.cof. (nt +e) 

+Z.(RB+RC)nt.cof.(nt+e) —2.(IB+4+TC):ntr.fm.(ur+e) 
| BD +E") 

[r—ifs sl z# 


ÿ (DL PE) 


+ Euh (un) ln L 


fin[Afn'i=nr + —)+ni+e] 


0 
e 


cof.[i{n't—nt+ <<) + nt + «] 


DES SCIENCES 59 
Le figne intégral Z s'étend, comnge dans les expreflions 
de u & de PV, à toutes les valeurs entières pofitives & néga- 
tives de À, la feule valeur / — o étant exceptée, parce 
que nous avons fait fortir hors de ce figne, les finus & les 
cofinus de l'angle dans lequel ? — 0; f & f' font deux 
conftantes arbitraires introduites par les intégrations. 
Si l’on fubftitue dans l’expreflion de F , au lieu de # 
& de z, , leurs valeurs, & que l’on fafle 


ANT GA ÿ Dd A 
f= Ebe(--)+ se) 


d a° 
(1) Ga) 
z° > À 29 A 
HEURE AE Le med Lit PGA 
MAT” "19. Lu 


PES (=) re 


() (x) 
d' 7e 2 ù À dd A 
+ La A0 — a (I) — à. ( )1 


da 


da. 
in 
AU == Énna A7 ÿ 5 — ins in — n)1À 
— Do D Ù (nn) mn 
Ég (2 (i) 
is A 2n°.D 
AR joe Jè he 2 6uine 
.A1—27 da [mr ifn—n)} — 7 
(i—:) 


34 té 
Gi Ar natAt VE rratn est , ) 
= NE s 


FR [re —ifnp— nr) — rm ® 


V = — (hB + K'C).nt.fn/nt + <) 
— (1B + FC}:nt.cof (ut + e) 
ide e:Ci) 
LI SRI TRUE PR Lé(ut- nt) + nt +] 
CE rE. 2 ER ET de $ 


(i) MAD) ; 
Pa 2 —— «of. [ifn't—nt + —e) + nt+i] 
Room | ,{7 1 
EH à 


on aura 


6o MÉMOIRES DE L'ACADÈÉMIE ROYALE 

Le figne intégral Z s'étend encore à toutes les valeurs-entières 
pofitives & négatives de 5, a feule valeur / — o, étant 
exceptée. En déterminant, comme nous venons de le faire, 
les arbitraires f, & f", la valeur de F ne renferme le finus 
& le cofinus de #1 + €, qu'autant qu'ils font multipliés 
par l'arc #1; & par ce moyen, 2e & æ expriment dans 
la formule de la longitude de 1a planète #, fon équation 
du centre, & Ja longitude de fon aphélie, à linftant où 
l'on fixe l’origine du temps #. 


QU A 


REPRENONS maintenant l'équation (7), de l’art. VI, 
& fuppofons d’abord, pour plus de fimplicité, que le plan 
fixe des x & des y, foit celui de l'orbite primitive de m ; 
on aura, dans ce cas, s — 0, & 7 — o. Si l’on néglige 
les carrés des excentricités & des inclinaifons des orbites, 
& leurs produits, on pourra fuppofer 


z = a".[Q'.fin. fn'rt+e) — P'.cof [nt + e)], 


P' & Q' étant deux arbitraires qui dépendent de Findli- 
naifon & de la pofition des nœuds de l'orbite de #w', 
relativement au plan de l'orbite primitive de ». Si lon 
fait enfuite 


IT: ï Li 
— RE MT) 
ee — 


2 5 
[ef — 2aa",cof. (nt = nt +e — 6) + a ]° a 


l'équation (7) deviendra celle-ci, 
0 = Ÿs — d'a .fin.(nt + «).fndr.T.cof.{nt + €) 
x [Q'.fin. fre +) — P'.cof.{n't + «)] 
+ da .cof.{nt + «).[ndt.T.fin{nt + +) 
x [Q'.fin.fn'r + 7) — P'.cof. (nt + 4] 


que l’on peut mettre fous cette forme différentielle: 


DMESMISICIME N:C'E S 61 


22. ds 
2 


x [Q'.finfrt +) — P'.cof.{(n't + «)]. 


ds eft à très-peu-près Ja latitude de », au-deffus du plan 
de l'orbite primitive; mais fl, au lieu de ce plan, on 
prend pour celui des x & des y, un autre plan quelconque 
qui lui foit très-peu incliné, il eft vifible que ? s féra encore 
ce qu'il faut ajouter à la latitude: de m, calculée dans 
l'hypothèfe où le mouvement de cette planète auroit lieu 
fur le plan de fon orbite primitive. Maintenant, s & s" 
étant à fort peu-près les tangentes des latitudes de » & 
de m' au-deflus du plan fixe, dans le cas des orbites inva- 
riables, on peut fuppofer 


— 
— 


+ nadso— na a .T 


s — q.fm{nt + ce) — p.cof (nt + 4) 


5" — g'fin(n's + €) — p'.cof(n't + €); 


DD id étant des conftantes qui dépendent de la 
pofition des nœuds & de linclinaifon des orbites, & qui 
font telles qu’en nommant 8 & 0° les tangentes de ces 
inclinaifons, & Z, 1°, les longitudes des nœuds, on a 


Pi An Ligi= coll; 
Dire RAT A => 0 .cof J: 
Il éft facile d’ailleurs de s’affurer que l’on a 
P=p—pQ—g — 3: 
Suppofons qu’en réduifant T'en férie, on ait 
T = :.X,L ,cof à (nt — nt + e — :); 


le figne intégral fe rapportant à toutes les valeurs entières 
pofitives & négatives de ;, fans en excepter la valeur 
i — o; on aura L(—?— L(?; cela pofé, l'équation 
différentielle précédente deviendra 


62 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


d0d's 
OZ —— + ds + sa a. 


3 (p — p}.L.cof[ifn't — nt He — + nt+e] 
7 + (9 —g)LOfnlint—nt+e —e) + nt +de 


d'où l'on tire, en intégrant, 


DR, =— 


«d'a .(p — p).L® ent finfnt + €) 
da .(g — g').L" .n2cof. {ut + €), 


1) 


= 


CICR 


1 (= 
Eh 2 MS à Cfn't—nt + —e) tnt +] 
1.» 2 {r—ifn— n') fn 
+ za.a'n 2e pr n ‘ 
(g — 9).L TNT ' 
IN ee LAIT € —€ nt € 
Lu—ifu—n') n° [ k # + Dé ] 
On doit obferver que, dans cette valèur de ds, ainf 
que dans Îes valeurs précédentes de #, ,, V, VF, le figne 
intégral Z s'étend à toutes les valeurs entières pofitives & 
négatives de i, la feule valeur : — o étant exceptée, 


X IT. 


RASSEMBLONS maintenant les réfultats que nous 
venons de trouver. Nommons /r) & (r) les parties du 
rayon vecteur r, & de la longitude y fur l'orbite, qui 
dépendent du mouvement elliptique ; nommons enfuite (5) 
la partie de la latitude 5 que l’on trouve en fuppofant que 
la planète # fe meut fur le plan de fon orbite primitive; 


on aura ” 
r = (r) + m'a. (u + à). 
v= (v) + nm, (HV). 
(5) Hmds 


Ces expreflions renferment toute la théorie des planètes, 
lorfqu'on néglige les carrés & les produits des mafles per- 
turbatrices, ainfi que les carrés & les produits des exeen- 


DEËSN SU CHE NC: SR 6; 


tricités & des inclinaifons des orbites, ce qui eft prefque 
toujours permis; elles ont d'ailleurs lavantage d'être fous 
une forme très-fimple qui laiffe facilement apercevoir 1a 
loi de leurs différens termes. Pour les tranfporter à Ia 
planète #=', il fufhit d'y changer a, », h, 1, e,p, q, & m', 
dans a',n',h,l,e,p', g', & m; & réciproquement. 

+ Les approximations dans lefquelies on auroit égard aux 
carrés & aux puiflances fupérieures des excentricités & des 
inclinaifons des orbites, introduiroient de nouveaux termes 
qui dépendroient de nouveaux argumens; elles repro- 
duiroient encore les argumens que donnent les approxi- 
mations précédentes, mais avec des coéfficiens de plus 
en plus petits, fuivant cette loi: fi lon nomme quantités 
du premier ordre, les excentricités & les inclinaifons des 
orbites; quantités du fecond ordre, leurs carrés & leurs pro- 
duits deux à deux, & ainfi de fuite; un argument qui, 
dans les approximations fucceflives, fe trouve, pour la 
première fois, parmi les quantités de l'ordre r, ne fera 
reproduit que par Îes quantités des ordres r + 2, 
r.+ 4, &c. 

Il fuit de-là que les coéfficiens des termes de a forme 
t. fin. cof. {nt + €) qui entrent dans les expreffions 
de r, y & 5, font approchés jufqu’aux quantités du troifième 
ordre, c’eft-à-dire, que l’approximation dans laquelle on 
auroit égard aux carrés & aux produits des excentricités 
& des inclinaifons des orbites, ne changeroït point leurs 
valeurs. On voit ainfi qu'ils ont toute la précifion que 
Ton peut defirer; ce qu’il eft d’autant plus effentiel d’ob- 
ferver, que de ces coéfficiens dépendent les variations 
féculaires des orbites. | 

Les différens termes des expreflions de r, » & 5, font 
compris dans la forme 


Æ. fin. co. [é. (n°8 — nt + & — ©) < rnt + rel, 
? étant un nombre entier pofitif ou négatif, ou zéro; & 


r étant un nombre entier poñitif, ou zéro ; Keft une fonction 


64 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 

des excentricités & des inclinaifons des orbites , de l’ordre r. 
On peut juger par-là de quel ordre eft un terme qui dépend 
d’un angle donné: pour favoir, par exemple, dans la théorie 
de Jupiter & de Saturne, de quel ordre eft le terme qui 


dépend de l'angle $ #'t— 2nt+ $e — 2e, on mettra 
cet angle fous cette forme: $ ./n't —— nt + « — e) 
+ 301 + 36e; & comme alors r — 3, il en réfulte 


que le terme dont il s’agit dépend des cubes & des pro- 
duits des trois dimenfions, des excentricités & des incli- 
naifons des orbites, | 


D 0 Lo AU à 


Pour réduire en nombres les réfultats analytiques que 
nous venons de préfenter, il faut déterminer numérique- 
ment les valeurs des quantités A, 4"), 4%, &c. L®, 
L'), &c. & de leurs différences. La principale difficulté 
que préfente leur formation, tient au développement en 
férie, des radicaux 


#, 


: — 

[a — 2aa".cof. f't— nt+e —c) + a ] 
2 — + 
& [a — 2aa'cof. (nt — nt+e —e) + 1 AE 
Soit = — a; nt nt + e — € —= À, & confr- 


F4 


dérons généralement Ia fonction {1 — 2 &.cof. 8 + «°) 7". 
En la développant dans une fuite de cofmus de F'angle 8 
& de fes multiples, on aura une expreflion de cette forme: 


fi = 2acoft + a) = 2.80 LE 80) .cof.8 
+3" .cof. 2 8 + &c. 


pi 30, &c. étant des fonctions de s & de a. Si l'on 


prend les différences logarithmiques des deux membres de 
cette équation, par rapport à la variable 4, on aura 


els Stcr & N'C.E 5: 65 


(1) .fin.ÿ — 18 @) .fin.29 — &ec, 
s 


AE) 


5 5 


— 25a.fn.ÿ 
Rt— 


1 — 2a,.co{.f + æ 


.cof.ÿ + 3 (1 .cof,2ÿ + &c, 
$ 


En multipliant en croix, & en comparant es cofinus fem- 
blables, on trouve 


fi s).fr Par HP SCA 


(i— 2} 
(i— 5).a p ÿ (a) 


g° = 


on aura ainfi pe}, gl"), &c. lorfque l’on connoîtra p°) & gt” . 
Si l'on change sens + 1 dans l'expreflion précé- 
dente de /1 — 2«.cof. 8 + a°) —*, on aura 


fi —2acof.0 + a)=s—1 — 1,40) + . cof. à 


SI 
+8. …cof. 20 -p &c. 


En multipliant les deux membres de cette équation par 
1— 2a.cof. 0 + &, & en fubftituant enfuite, au lieu 
de {1 — 2 a.cof. 8 + «°) 7°, fa valeur en férie, 
on aura 


nn es 0. pcofe et 40), cof 20 4 &c 
(0) 


S+1 


—(1—2acof0+a)fr 00 +6 col + &c.); 


d'où l'on tire, en comparant les cofinus femblables, 
De 2 ( (i—3) +) 
= 1, Shi ch a.b 
La formule /a) donne 
PE nn ester A 
PR LA LU PE s+: s +" 


———————]—"——————…"— rs 
SRE LR Li © > 


Mém. 1785. I 


66 MÉMOIRES RE L'ACADÉMIE ROYALE 
‘équation précédente deviendra ainfr, 
tin 4 (D 


2sa.b — s.(1 TL LP , 


En changeant ; dans À + 1, on aura 


sn PRE U— s.{1 + PR 7 ; 


SFA 


4" + 1) 
& fi l’on fubflitue, au lieu de 11 d ke: fa valeur, on aura 
(i} 


s+1 


Get + ET be (ie). 


(is) {(i—s+31).a. 


Ces deux expreffions de De & de pet te donnent 


FORT 
à = 


i+s ; :) ne fÜ—s+:) PUS 1) 
ci LRU BP qe TT ET Er Ne ) 
Sr ne (i—&) 3 (b) 


on aura donc, au moyen de ceîte formule, les valeurs 


de 4°) k a") 8°) , &c. lorfque celles de 3°), gl? 


slsis S'ARITAENS El 


2 
pi , &c. feront connues. 


Nommons, pour abréger , À Ia fonction 1 — 2 «.cof. 8 
+ «°; fi l'on différencie par rapport à «, l’équation 


A = 460 EE, cof 0 + 80. cof. 2 0 + &c. 


on aura 
a ET 
2 5.(cof.0— à). rt CO0 + —.cof.20+ &c. 
mais on à 
1— dd — 


— ù + CO = —_—_———> ; 


24 


DES SCIENCES. 67 
-on aura donc 


; it n°) 
a =. —— € + -— co. 0 + &c.; 
d’où l'on tire généralement 
5? i 
LE __  s.{(1—… g? sea, 
da Fc æ HAS nr F3 Re 


En fubftituant au lieu de gs y fa valéur, on aura 


(04 
de Fay ia (Dates) fn 
ee n 
à œ a.(s — x) 4 Lt — a* 


Si l'on différencie cette équation, on aura 


3), # 4 (i) é 
_ p i+litas).at its 2fits)(i— 3e) (à) 
ouate 4 
(+ 1) 
2./0—s+ 3) Me 4(i— SH i).e HE 
)L adieu v NE é 


en différenciant encore, on aura 


s © 4? ) 
1e __ pi+(i+ as) 1+a2s 2.(1+s).f1—30ù 
da =Î a,(1 — a’) ]- à a? Rte 2: Ée ES a.(1,— a°}° ] 

157 
5 A+) (se + 6)  afitss eu 
“Ts [ (1 — x} Ex a SO 
J +1) : < Wa 1) 
M” 2.(i—s+i1) À 8./i—s+1).e s 
NP SEEN NT NET Te Care" 22 
4(—=s+i)(i +3) Ho 
rh ( — y 


I ij 


68 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

On voit ainfi que, pour connoître les valeurs de 8 de 
fes différences fucceflives, il fuffit de connoître les deux 
quantités 3° & 3" . On déterminera facilement ces deux 


quantités de la manière fuivante. 
X I V. 


S1 l'on nomme c, le nombre dont le logarithme hyper- 
bolique efl l'unité, on pourra mettre l’expreflion de A—;, 
fous cette forme : 


AS — [1 — act), [r — act v]-s 
En développant le fecond membre de cette équation, par 
rapport aux puiflances de c8"{— 1), & de c— f"{— 1/; les deux. 
exponentielles ci8V(—1/, & c—i8v{— 1), auront le même 
coéfficient que nous défignerons par u. La fomme des deux 
termes nm c'OV(—n) & u c—i8V(—1),eft 2 u.cof. 50; ce 
fera la valeur de is . cof. ; 8: on aura donc 20? =staue 


Maintenant, l’expreflion précédente de À — * eft égale au 
produit des deux féries, 


1 sache) LCR Lo cbr) cp &e. 


1.2 


IH sac—bV 3) 4 CCR PAR EEE T PART ET. 


1,2 
En multipliant donc ces deux féries l’une par l'autre, on 
aura, dans le cas de À — 0, 
s. (5 + 1) 6 


1,4 


= Hs. + [ . + &c; 


& dans le cas di = 1, 
s  s.(5+3) à s.(5+ 1) ,5.(54+13).(5+2) 


_—— PARLE De ei 24 AL HE A # 2 
u— aise ep FRE + &c.]; 


1,2 


pets SICILE Ne CUENSs 69 
partant 


Ds fige + NT at + [RE Prat &c.} 


1,2 1:2,3 


Da. fs + + A a 4 LÉ OS, ad + Bee]. 


Dans la théorie des planètes, s — +; en fubftituant donc 
Le) 
cette valeur dans les expreflions précédentes de 3° & 
de 81) , on aura les valeurs relatives à cette théorie; mais 
s 


ces valeurs ne feront pas fort convergentes, fi & n’eft pas 
une petite fraétion; elles convergent davantage dans le 
cas de s = — >, & l'ona 


(0) 1 }2 2 1.1 2 .1.3 
F 4 41 154 CPR PE : at 
2 2° 3.4 2,4 22.6 * , 


—+ 2.153 i.1.30$ dé &c 


244,6 ‘-2.4.6.8 


Ces deux fuites feront très-convergentes, fi «* eft moindre 
que + ; or dans la théorie de Jupiter & de Saturne, «° eft 
au-deflous de +; il fufhra par conféquent de prendre Ia 
fomme de leurs dix premiers termes, en négligeant les 
termes fuivans, ou plus exaétement, en les fommant comme 


une progreflion géométrique dont la raifon eft 1 — &°. 
Lorfqu’on aura déterminé po) & a), on aura pl) ? 
SL | 71e : 
en faifant s — — + & i — o, dans la formule /b) de 
Varticle précedent, & Von trouvera 
+ PE + FN 
(it — «°)° 
» 


Si dans la même formule, on fuppofe i = 1,&s5——;, 


3°) dt. 


70 MÉMOIRES DK L'ACADÉMIE ROYALE 


on aura 


g°) Æ 10.æ.0 0), — (1 + a). 61) ; 


= — + 


mais Ja formule {a) de l'article précédent donne, en y 


flan is 2, rs ==: 


10.4 gpl. = 2e.) + 4. [1 + a) 60; 


on aura donc 
(o) (1) 


2ab , +3.(1+e).b 


PAU) Le = 


MVVE 
Pour déterminer préfentement les quantités A, 


A, A, &c, & leurs différences, on obfervera que la 
fuite 


2 A9 + AM .cof. À -H A ,cof. 2 8 + &c. 


réfuite par l'article VIII, du développement en férie de {a 
fonction 


a: cof, à 1 


2 


a  asareonel an /* $ 


. 14 
en faifant donc = 4 0n aura, 


a.col.f PE TE L 
es s = +A°) + AN) ,cof 8 + &c. 
a° a'.(r — 2a.cof.ÿ + «)+ 


‘ce qui donne généralement 

D 10 MP : li) 

A + FA L b, L 
Cette équation a lieu depuis ? — 0, jufqu'à : — ©, 
excepté dans le cas de à — 1, où l'on a 


HÉNEUAAES À ns ue Ale 


a € = 


DES SCIENCES. 74. 


On aura enfuite 


! (i) 
à A? AU TUE À 2e 
da ) = ‘a da ? 
. d & Li 
mais On a —— == -; partant 
&) >? 
17 DA 2 1 z 
( AGE ru ; 
da a° da 
& dans le cas de ? = 1, on aura 
; 40) 
à da ) : + 
"4 LR d- 
da a daæ 
Enfin, on aura 
Aer Le 5? 
CL) = — Ti ——; 
— SEC AS 
DatounN # da 
k . (ÿ 
{ à 41° ) Li ».b, 
= — —. ; 
d « a da? 
&c. 


& ces équations auront lieu dans le cas même dei = 1: 
Pour déterminer les quantités L®, L®, L®, &c. on 
obfervera que par Var. X7, on a 


Le LI 


La (nu à .cof.é + a°)* a 
+ LM, cof. 8 = L®,cof 20 + &c: 
d'où lon tire 
L®O — — 6". 


a 


Cette équation a lieu depuis = 1, jufqu'à i — c; 
mais dans le cas de i — 0, ona 


72 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
; (o) 
Lo — —.[b, — 2}. 


: ë 2 à Fr 
Quant à la valeur de 8, on fa déterminera, en faifant, 


dans la formule /6) de l'art. LIT STE 


Le calcul des perturbations de #7 par l’action de #', facili- 
tera celui des perturbations de #' par l'action de #. En 
effet, il eft vifible que les valeurs de 4° & de L(? font 
les mêmes dans ces deux calculs, à l’exceptton des valeurs 
de A!) & de L® qui font. différentes, & qui, dans la 
théorie des perturbations de m° par l'aétion de ”m, deviennent 


Le 


a 


x 


AD AE 2e afte 


2 
a 


ASE NC RS 


#3 
a 


a 


Dans cette dernière théorie, les différences de A°, au 
lieu d'être prifes relativement à [a quantité 4, le font 
par rapport à a°; mais on peut ramener ces différences 
les unes aux autres, en obfervant que A” étant une fonc- 
tion homogèrie en a, & a° de la dimenfion — 1,0on a 
par la nature de ce genre de fonétions, 

PO) AC 


a Se EL A Er CO 5 Je! 


d'où l'on tire 


à AG) , DAC dd A) 
a .( a | it 2.( da ) SAN Se 
), DA : d AG AE AA 
A D TE un 
a À 
: AG d AG DAG) d AG) 
DE À — 6.(——) + 6a.( J+e(d 
4° da x | 
= i à d AG) DAG) 
Pur Ce s ) pp = 6A° ire 18.4({ - ) des gù.(——) 


AO 
F0 &.( FPE > 


&c, ainfi 


DES SCIENCE Ss. 7Y 
ainfi 4° & fes différences relatives à a, ayant été déter- 
minées dans Île calcul des perturbations de " par l'action 
de "m'; on aura facilement fes différences relatives, foit à a 
feule quantité 4, foit aux deux quantités a & a’. 


X V I. 
Des inégalités féculaires de Jupiter & de Suturne. 


UN des objets les plus importans de Ia théorie des 
planètes, eft celui de leurs inégalités féculaires. On à vu 
dans les articles précédens , que les intégrations introduifent 
dans lexpreffion des coordonnées des orbites, des arcs- 
de-cercle qui doivent, à la longue, en altérer d’une ma- 
nière fenfible les élémens; ils rendroient même, après un 
temps confidérable , les orbites fort excentriques, & par 
conféquent les fuppofitions dont nous fommes partis, très- 
défectueufes, s'ils exiftoient dans les expreflions rigoureufes 
des coordonnées ; mais comme ils ne font donnés que par 
des approximations, il eft naturel de penfer que Ia forme 
fous laquelle ils fe préfentent, eft dûe à ces approximations 
fucceffives, & qu'ils ne font que le développement en féries, 
de fonétions périodiques qui croiffent avec beaucoup de 
lenteur. La détermination de ces fonctions eft Je point le 
plus délicat de cette analyfe : j'ai donné autrefois , pour 
Y parvenir, une, méthode nouvelle fondée fur {a variation 


des conftantes arbitraires ; je vais la rappeler ici en peu 
de mots. 


Si, dans l’expreffion de la longitude » de Ia planète w, 
on ne conferve que Îa longitude moyenne, & les termes 
multipliés par le finus & le cofinus de ut. €, On aura 
par les articles VIII, X & XII, 


DÉRRNTE 2h /ar et) + 24,cof. {nt + e) 
mn .(hB + k'C).nt.fin. (nt + c) 


RIRE 7 Cint.cof(nt + 6). 
Mémn. 1785. K 


74 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 

Si lon confidère les arcs-de-cercle de cette expreflion, 
comme réfultans du développement de / & de x, en féries, . 
& que l’on nomme 47 & d\4 les variations de / & de 4, 


correfpondantes au temps Î, on aura 
DIE UE PRE EC) RE; 
Sh = —  .(1B + l'C)int: 


or, on a par la théorie des fuites, 
d1 toi »'7 


SUN ee de pal + 
2 ef #4 YA 
RENE ESS 1 CC 


en comparant donc les termes affectés de la première 
puiflance du temps, & qui font Îles feuls auxquels nous 
ayons eu égard dans lexpreflion de y, on aura 


Din RÉ LS M eV re 


nds 


2h m° 1 
ST = — —.(IB + FC) 
L'inftant de l'époque où l’on fixe l'origine de #, étant arbi- 
traire, il eft clair que ces équations ont lieu pour un inftant 
quelconque; ainfi, en les intégrant, on aura les fonctions 
tranfcendantes qui, par leur développement en féries, ont 
introduit les arcs-de-cercle que renferme lexpreflion 
de . Mais pour intégrer ces équations, il faut les réunir aux 
deux équations différentielles entre les mêmes variables, 
ui réfultent des variations de 4° & de /', & qu'il eft 
fcile de tirer des précédentes, en y changeant les quan- 
tités relatives à #, dans celles qui font relatives à m°', & 
réciproquement. 
On peut fimplifier les valeurs de B & de C, en obfer- 
vant que l’on a; par l'article 7, 


MES SICAAE NC EE S 7$ 


rh 90% Là à A(o) 1 PT 2 3 > A(°) 2 
RNA or Matteo Ms a 


ce qui donne, par l'article précédent, 


: 24, 24, 
B ‘== EDP RIT ERA" Rte 4 
à «* RAT RES ET 
o) o 
1! nE 
En fubftituant, au lieu de —— & de =— , leurs valeurs 


da 
en gt & pu , que l’on trouvera par l'article X111, on aura 
B—= — —"— [ui si +) 


A — «) 
Or on a, par le méme article, 


mu _ (+ ).8 0) 
Ge) Spa Cie, oU crue 17 OR 
b TE 2 
+ e — a) 


partant 


B—— 1.00, 


Hi fuit de-à que fi l'on fuppole 


(e* — 2aa'.cof,ÿ + a° }* 


an) (aa) LE Bc: 
on aura 
B— — ; fé #.{a, a). 
On trouvera, de la même manière, 
C— a(À + a').(a,a) — 34 a".(a, a'}. 


DEA ; 
Si Von change, dans ces expreflions, a en a”, & réci- 


proquement, on aura les valeurs de B & de C, relatives 
K ij 


76  MÉMoIREÉs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
aux perturbations de #', par l’action de #1; & Von doit 


obferver que les fondions (a, 4°) & (a, a). ne changent 
point en vertu de ces.permutations. Cela polé : 

Soit ; le nombre des années juliennes écoulées depuis 
l'époque où Pon fixe l’origine du temps t; foit 7 la durée 
d’une année julienne; 7 T fera le moyen mouvement de # 
dans cet intervalle; nous le fuppoferons réduit en fecondes 
de degré: foit encore 


_— .d a". (a, #) == (Or): 
7. [ {a + 2) Mae) — jaa'.(aa')] = [o,1|; 
_- VE OA Eh EAN (r;0): 
mu “a. [(a + a) (aa) — zaa'(aa)] = [ol ; 


on aura, par ce qui précède, entre les quatre variables /, 4, 
F & k’,les quatre équations fuivantes : - 


0 — ——, + (1).4 — [o,1].4" 
0 5 — (oi). + [or|.7 
0 + (10).# — [r,0].4 
Oo  — (no).7 + [nol.4 


X VIT. 


CEs quatre équations différentielles renferment toute Ia 
théorie des variations féculaires des excentricités & des 
aphélies des deux orbites. Pour les intégrer , on fuppofera 


h = M .finiffi + 6); 1 — M. cof. (fi + €) 
F = M'finffi + GC); = Micl(fi + GC). 


MANU BEC ILLE N C'E S: FA a 
En fubftituant ces valeurs , dans les équations différentielles 
précédentes, ou aura celles-ci : 


o = Mf— (o1).M + [o1|.M 
0 = M'f— (1,0).M' + [no|-M; 


D'où l’on tire 


& par conféquent 


(ne) + (or) Æ VÉL(ne) — (01)]° + 4.[nof “[or]} 


Le 2 


On voit aïinfi que les deux valeurs de f font réelles, puifque 


le produit [1,0 | ; fo, | eft néceffairement poñitif; les 


quantités #, 4”, 7, l°, ne renferment donc ni arcs-de-cercle 
ni exponentielles, du moins lorfque # & »' ont le même 
figne, c’eft-à-dire, lorfque les planètes tournent dans le 
même fens, ce qui eft le cas de notre fyftème planétaire. 

Soient f & f' les deux valeurs de f; on aura, par & 
nature des équations linéaires, 


= M fin.{fi + €) + N fin. (fi + C'), 
= M.cof. (fi + ©) + N .cof.(fi + C'}, 
K = M'.fn.ffi + 6) + N'.fin. (fi + G'), 
= M'.cof.ffi + C6) + N'.cof.ffi + 6). 
Les quatre arbitraires 41, N, M', N', auront entr'elles 
les deux relations fuivantes, 
M' 2. Len —f nr | (or) — f' 


me mm À 


78 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

elles n'équivaudront par conféquent qu’à deux arbitraires 
mais en y joignant les deux conftantes 6 & C', on aura 
les quatre arbitraires que doivent renfermer les expref- 
fions de 4, k', /, l'. On déterminera facilement ces conf- 
tantes, au moyen des excentricités e & e‘ des orbites, 
& des longitudes & & æ' de leurs aphélies à une époque 
donnée, en obfervant que 


k —e.finæ;/— e.cof. æ; h —e".fin.æ";l —e",cof.z!. 


On aura enfuite les excentricités & Ia pofition des aphélies 
pour un temps quelconque, au moyen des formules 


e= VE +Pié = V( + T), 
tang. æ — ——; tang. & — —— 
XVFIHEE 


IL eft beaucoup plus fimple, pour les ufages aftrono- 
miques, de confidérer les variations différentielles des 
excentricités & de la pofition des aphélies. Pour cela, 
nommons d'e, & d'a, les variations correfpondantes à /, 
& Jh; les expreflions finies de 2 & de /, donneront 


dh = defin æ + e.d&.cof.æ; 
dl = d'eccolæ — ed &.fin. &'; 
d'où l'on tire 
de = dhfin.z 4 A icoke; 
ede — dhcofz —  Al.fn. &: 
mais on a, par les articles précédens , 


CA NA AR TE 


JE 


Il 


DE — — (o,1).i4 + fourl if; 


DE 519 G LE. N: C E s. 79 
ôn aura donc 


de To,1|.ie'.fin. (a — T}), 


| 


da — i.[(o,1) — [or]. co (a — 5]. 
On. trouvera de Ia même manière, 


de — fol.ie ft. fe — v), 


1 : € ï 

Ma i.[(10) — [10].<—.cof(æ—x')]. 
Ces formules peuvent être étendues, fans erreur fenfible , 
à deux ou trois fiècles avant & après l’époque où l’on 
fixe origine des à Pour les étendre à de plus grands 
intervalles, on obfervera que les coéfficiens de i, dans les 
expreflions de de, N'a, d'e', & Sa’, font les variations 
annuelles de ces quantités, variations qui par conféquent 


r ŒrY, dæ de’ d &* 3 
font égales à —, —, ——, ——, On déterminera donc, 
_ di d; di d; 


a À ’ : 
par les formules précédentes, les valeurs de e,®, e', © p 
relatives à mille ans avant l’époque que l’on 2 choifie, & l’on 
en conclura leurs “variations annuelles correfpondantes à 


tte feconde é ER QE 
cette leconde cpoque. o1en FT ENG E TR : 


les variations annuelles dee, &, e, æ', à la première 
La hopétet pau les variations annuelles 
MP Ne, DEEE * 

des mêmes quantités à la feconde époque ; on aura par a 
théorie des fuites, 


époque; 


de, de 1 dde 


di Wir di 1000 À‘ à 


Mais on a, par la même théorie, 


d'A LEE ——— + Ge. 


e 
$o MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
on aura donc, à très-peu-près, nl 


de Ca èe de, 
de —i. à 2000 -( dé di 2 


On trouvera, de la même manière, 


. d æ d dæ, 
M di one nee nn 

de me de de' 

FT — ; HE —© (© —  —— 
de À d : 2000 ( d2 di ), 

d æ' “+ d &° d &' 

D = nue 
da —i.—; NN Di FLN 


Ces formules peuvent s'étendre à plus de deux mille ans 
avant, & à mille ou douze cents ans après l'époque où lon 
fixe l’origine des £. 


X I X. 
CoNSIDÉRONS préfentement les imégalités féculaires 
des nœuds & des excentricités des orbites. Pour cela, nous 
obferverons que fi, dans l'exprefflion de la latitude s de”, 


on n’a égard qu'aux termes multipliés par Îe finus & le 
cofinus de #f + €, on aüra, par l'article X1, 


s—=gq.îfn (nt+e) — p,.cof. {nt +4), 
+ za mL iat.(p — p')fn.fnt +4), 
+ sde im Lo out.(qg — g').cof. (nt +e). 


Il eft vifible, par le même article, que Z!”? eft égal à (Gas ; 
en forte que l'on a, par ce qui précède, 


sdanm se LL ht.  =NON ; 
on aura donc 
s = q.fin {nt + e) — p.cof {nt +e), 
+ (o1).ifp — p')fin(nt + ec) 


+ (o,r).é./g — g').cof far + «). 
Soient 


n'es sv :S € + E NC E 5. 8r 
Soient À p & Ag, les variations de p & de 4 correfpon- 


dantes au nombre ; d'années juliennes; on aura 
Ap— (o;1).i.(9 — 9q) 
Ng — (o,1).5./p — p'); 
d'où l'on tire, comme dans l’article XV, 


= — (o,1).(g — 9), 


De 


Q = r 
O0 — + (o1)./p — p}. 


On aura pareïllement 


dp" $ 
OT + (n0)./g — q), 


0 = — (n0).(p — p}. 


Si l’on fuppofe 


— P fin. /g? + y) + Q, 
—— P .cof. (gi + y) + €, 
ph = Pin. fgi y). Q, 
= P'icoffgi "y) 4e 0"; 


on trouvera en fubftituant ces valeurs dans les équations 
différentielles précédentes, 


8 — (0,1) + (1,0). 
Va FRS (0,1) 


= M PL 


P 


on aura aïnfr, entre les cinq arbitraires 2, P',Q, Q'& 7, 
une relation qui les réduit aux quatre conftantes arbitraires 
que doivent renfermer les valeurs de p,4, p',q': On déter- 
minera ces conftantes, au moyen des inclinaifons des orbites 


Mém. 178 LÉ 


82 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
& des pofitions de leurs nœuds à une époque donnée, en 
obfervant que j 
p—=#.fn./;g=8.cof.l;p 6 .fm£;g —6".cof. /!. 
On aura enfuite Îles tangentes des inclinaifons & les pofi- 
tions des nœuds, relatives à un temps qdianqiee au 
moyen des formules 

= vf + = Vr + d) 

er nl PL 
ee: = 6 tang. Z 7 


Soit y Le tangente de l'inclinaifon de l'orbite de », fur 
l'orbite de "'; il eft aifé de voir que l'on a 


= VI — pf + (4 — 9}]; 


ce qui donne, en fubftituant au lieu.de p, p', q, q', leurs 
valeurs précédentes, 


MBPS; 


d'où il fuit que, dans tous les changemens qu'éprouve la 
polition des orbites, leur inclinaifon refpeétive eft conftante. 

Si l’on homme d'8, d'Z, d8", 4\1', les variations des incli- 
naifons & de nœuds correfpondantes à Ap, da, d'p', N\g'; 
on trouvera, comme dans l'article XV111, 


NO — — (0,1).5.0.fin/l — 7 ), 
DT — — (o,1).i.[r — — -cof. {' — 1), 
PE — — (1,0).5.8.fin.f7 — 7), 
27 — fr). [1 — + .cof. (1 — J')], 


HN T0 CAES 2 di ? di 


Soi il 2e pal 1 les variati ns annuelle 

olent FE Ge ie n TE ? ons € ES 

de 8, 7, 0°, 7°, à Fépoque où l'on fixe l’origine des ; ; & 
à 27 2" TA 17 ‘ 
® RAA "_ , ces mêmes variations, mille 


MER SIISMCN IE N0 ci En si 8; 


ans avant cette époque; on aura 


ARR S SEP UNE En 
DD Ra pate ESP E ARNSAnI I 
pu ip nr = ee 
DE = Re D 


& ces valeurs pourront s'étendre à plus de deux mille ans 
auparavant, & à mille ou douze cents ans après J'époque 
choifie. 


XX. 


REPRENONS Îes équations {C) de l'article 11], aux- 
quelles les élémens des orbites doivent fatisfaire après un 
temps quelconque. Les deux prémières donnent, en les 
différenciant, & en négligeant les quatrièmes puiffances 
des excentricités & des inclinaifons des orbites, 


m.da M" da’ 


O8 = RS 
a a 
0 = mal (x 1 y 26) re m'da. fx TOBNT "I au gp") 
A V{a) S 2 2 V (a') à z 2 


— 2mV(a).(ede + 608) == 2m" .y{a).(e de + 028"): 


or on a, par les articles précédens, 


_—_. — Jo,1]e".fin. (æ" — ©); 
UE = L for)P' fin. — 1); 
= ]nole fn. /æ — s'); 
+ no un/7 — ); 


L 


84 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
on aura donc 


ma) (ede + VO) + m'Y(a).(e de + Fab), 
— [m.V(a). [or] —n'v(a')[no]].e"fin.{a" — &), 
— EmW{a).(o,1)— m'V{a').(,0)].8.fin.(l' — D. 
On a, par l'article XV1, 


m'nT.v(a) 
Gr) = "2" 


Li . 
à caufe den — —r ; On aura pareïllement 


»” = T 
fa, a) = mn .aa'.(aa')", 


Te 
Co) ee tam(are is 


& par conféquent 
m.y{a).(o,1) = m'.v{(a').(r1,0). 


On trouvera de la même manière, 


m.V(a).[o1] — m' (a). [no]; 


» 


on aura ainfi 
my(a) .(ede + 008) + m'V(a').(ede + 808 )— 0; 


ce qui réduit les deux premières équations diflérentielles 
de cet article, aux fuivantes : 


ma m'da* 
ON — be z 


a 7 


mda 1 2 1 12 m'Da° 1 net 1 ni 

ne Qté ie) +R Re 
Ces équations donnent da — 0, da —= 0; d’où il réfulte 
que les grands axes des orbites font conftans, du moins 
lorfque l'on néglige les quatrièmes puiflances, & les produits 


de quatre dimenfions, des excentricités, & des inclinaifons 


Le) 


DNEMSML SN COILE, NX C-:Eù:Ss 85 


des orbites; car les équations différentielles qui déter- 
minent ede, 808, e'de', 8 28’, font, par Farticle X11, 
exactes aux quantités près de cet ordre. 

Les carrés des moyens mouvemens des planètes étant 
réciproques aux cubes des grands axes de leurs orbites, 
la conftance de ces axes entraîne avec elle l’uniformité des 
moyens mouvemens ; ils ne font donc, en vertu de l'aétion 
mutuelle des planètes, aflujettis à aucune équation féculaire 
fenfible depuis l'époque des obfervations les plus anciennes 
jufqu’à nos jours. C’eft à peu-près de cette manière que 
Jai reconnu le premier, l'uniformité des moyens mouve- 
mens céleftes. M. de la Grange a fait voir depuis, par une 
analyfe fort ingénieufe, qu’ils font uniformes, même en 
ayant égard aux quantités du quatrième ordre & des ordres 
fupérieurs. Ï1 ne doit donc maintenant refter aucun doute 
fur cet objet, & nous verrons dans la fuite, que ce réfultat 
de la théorie eft entièrement d’accord avec les obfervations 
anciennes & modernes de Saturne, celle de toutes les 
planètes dont l'équation féculaire a paru la plus confidé- 
rable aux aftronomes. 

Les deux dernières des équations {C) de l'article HI 
donnent encore 

 — mq.V(a) + n'q'.V(a'); 
© — mp.V({a) + m'p'V(a'}. 

Si lon fubftitue dans ces équations, les valeurs précé- 
dentes de p, 4, p° & q', on verra facilement qu'elles feront 
fatisfaites. 


XX 
Des perturbations de Jupirer à” de Saturne, qui dépendent 


des carrés à des puiffances fupérieures des excentricirés 
à des inclinaifons des orbites. 


LES rapports des moyens mouvemens de Jupiter & de 
Saturne rendent les approximations précédentes, infufh- 


l 


» 


86 MÉMoIRES DE L'ACADÉMEE ROYALE 


fantes, & forcent de les étendre aux carrés & aux puiflances 
fupérieures des excentricités & des inclinaïfons des orbites. 
IH fe rencontre dans cette théorie, des inégalités dépen- 
dantes de ces puiflances, & qui par les intégrations acquiè- 
rent de grands divifeurs, & deviennent par-là très-fenfibles. 
Mais fi l'on vouloit fuivre, pour déterminer ces inégalités, 
l'analyfe dont nous avons fait ufage pour avoir les inéga- 
lités proportionnelles aux puiffances fimpies des excentri- 
cités & des inclinaïifons des orbites, on tomberoit dans des 
calculs d’une exceflive longueur. Heureufement, la raifon 
qui nous oblige de recourir à ces inégalités, fmplifie leur 
détermination, en permettant de négliger des quantités 
qui deviennent infenfibles. Je vais expofer ici une 
méthode fort fimple pour déterminer les inégalités dont 
il s'agit. 

Reprenons les équations (8) & (9) de l'article VII, & 
fuppofons que 4 R renferme ou un terme conftant, ou le, 
finus d’un angle proportionnel au temps, & croiflant avec 
une grande lenteur, en forte qu’en exprimant cet angle 
par af + G@, à foit un très petit coéfficient; a double 
intégrale fn01[d R renfermera un terme proportionnel 
au carré du temps, ou un terme dépendant de l'angle 
AU = 4e EN qui aura &° pour divifeur; il eft clair qu'en 
faifant « — o, @ fecond cas rentrera dans le premier: 
ainfi nous confidérerons, pour plus de généralité, le cas 
dans lequel « eft quelconque, mais très-petit ; & nous cher- 
cherons les termes de Ar & de ##, qui dépendent de 
l'angle at + 6, & qui ont & pour divifeur. 


Si l'on fixe l’origine de l'angle », à l'aphélie de la pla- 
nète "} on à, par la nature du mouvement elliptique, 


r. dy +. 
nor = FRAME PR 
a. (it — «) 
PIN 


1 — € cof. » 


S'eisiS CE N EE: 87 
Cette dernière équation donne 


7— a {1 —é) 
r cof. SE 


la fonétion fa dt.r.cof. vf[4R, devient ‘ainfi 
fuor. pee] .fd R: or ona, par la théorie 
du mouvement elliptique, 

r=a.(i HS + ex), 
X, étant une fuite infinie de cofinus de langlent+ee, 
& de fes multiples; on aura donc 
fndt.r.cof».fdR—a.fndt.(ie + x). Jar, 
Si Ton nomme Y° l'intégrale f 1% 01, on aura 
] fnxdr.fdR = L'[dR = [y dR; 
& ïil eft vifible qu'aucun de ces deux derniers termes ne 


peut avoir «* pour divifeur. En ne confidérant donc que 
les termes qui ont ce divifeur , on aura - 


fndtir.cofw.fdR = +ae.fndr.fdR. 


L'expreffion précédente de r donne par la différenciation, 


de(s —é)rfins 02 ex à v.fin.v 


(1 — ecof.»}: on in tre itd 


en fubftituant , au lieu de rdr, fa valeur n01:(1 — €), 
on aura 


. 
—— » 


TREN EE 


EpérRes ‘ac.ndr.finr J 

NT" Je ” 

ce qui donne | 
rà 

not. r in. RS RLE TEE 


La fonétion [nètir Sin. y .f[dR, dévient ainfr, , 
ET frèr.[dR: 


aé 


dv] 


88 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALE 
or on a 

frdr.fdR = IF. fdR — :.frdR; 
&..il eft clair qu'aucun de ces deux derniers termes ne 
peut avoir &* pour divifeur; en n’ayant donc égard qu'aux 


termes qui ont ce divifeur, la formule (8) de l’article VI 
deviendra 


ge re PT AR 


a V(i — à) 
D : à . fin. r] 
Si l'on fubftitue, au lieu de 7, fa valeur — =, 
Yi — Cr 


on aura 
Îy 


a 


dr 
=StÉ . {ndsdR. 


Il fuit de-fà que, fi l'on n'a égard qu'aux termes qui 
ont «* pour divifeur, le rayon vecteur 7 de Ia planète m 


devient 
dr 


(+ (=):3 am .[ndt.[dR; 
(r}& ( = ) étant les expreffions der & de “e 


au mouvement elliptique. Ainfr, pour avoir égard, dans 
l'expreflion du rayon vecteur, à la partie des perturbations * 
qui eft divifée par a*, il fuffit d'augmenter de la quantité 
3am.fndt./fdR, la longitude moyenne #4 {1 + €, 
de l'expreflion du rayon vecteur dans l'hypothèfe elliptique. 
Voyons maintenant comment on doit avoir égard à cette 
partie des perturbations, dans l’expreflion de la longitude v. 

La formule (9) de l'article VI] donnera, en n'ayant 
égard qu'aux termes divifés par &*, & en y fubftituant 
au lieu de A r,fa valeur précédente, 


relatives 


t 2e.dy.cof.v e".dv.fin.s* ; 
vi—) Tr adt.(u —e.cof.r) ndt. (1 — ecof.v )* 13 7 fuor[aR: 


or on a, par la nature du mouvement elliptique, 
rdv dv.{1 — e) 


VE) Te Me Jade PO nd e (1 mm le ICO fe EE 


on 


Meta Si cir E NtC-E.S 89 
on aura donc 


dy 
dy — en .3a.[ndt.[dR; 
d'où il fuit qu’en n'ayant égard qu'aux termes divilés par a’, 
la longitude y de la planète » devient 

dv 

dr 


() + (= ).3am'.[ndt.[4R; 
(») & ( 7) étant des valeurs de » & de Le relatives 


au mouvement elliptique. On doit donc fuivre, pour avoir 
égard à cette partie des perturbations dans f’expreflion de 
la longitude, la même règle que nous venons de donner 
pour y avoir égard dans l’expreflion du rayon vecteur, 
c'eft-à-dire qu'il faut augmenter dans l'expreflion 
elliptique de y, la longitude #1 + «, de la quantité 
3am'.fndt.f[dR. 


La partie conftante de l’expreffion def _ ) développée 


en férie de cofinus de l'angle nf + 6 — æ, & de fes multi- 
ples , fe réduifant, comme l’on fait, à l'unité; il en réfulte 
dans lexpreffion de la longitude, le terme 3am'.fnd1[4R. 
Ce terme eft très-important à confidérer, en ce qu'il expri- 
meroit l'équation féculaire de la planète w, fr ZR renfer- 
moit un terme conftant tel que Andt, & dans ce cas, 
l'équation féculaire feroit exactement égale à £a k.n°f. 


. X XIL 


ON peut parvenir très-fimplement au même réfultat, par 
la confidération de l'équation /a) de l'article 1V; en eflet, 
fi l'on néglige les quantités périodiques de l'intégrale /ZR, 
cette équation deviendra 

dx + D +7 2.{(1 + m) 1 +" 


= — "+ 2m .knt; 
LA [4 


mais fi l’on confidère après le temps #, l'orbite de ”, comme 


Mém. 1785. 


90 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


une ellipfe dont le demi-grand axe eft a + \a, on aura 
après ce temps, 


dx? + dy + DT 2./1 + nm) 1 + m 
= — — ————— + ——— }; 
dr r a + d'a 


en comparant donc cette équation à la précédente, on aura 


LS a 1) , 1+m . 
© = —— + 2m .k.nt; 
a + d'a a 


d'où l’on tire, en négligeant m vis-à-vis de l'unité, & le 


carré de d'a, 
, — d'a 


a 


= 2m'a.k.nt, 


Maintenant, fi l’on nomme dx, la variation de #, corref- 
d'a 


x 7 . 1 
pondante à Aa; l'équation # = —-, donnera — 
2d\r 
== Fra Fr partant, 1 
Nn — 3m akDt: 


or, le moyen mouvement de "1, étant égal à fn 01; l’équa- 
tion féculaire de ce mouvement eft /d\».01; cette équation 
fera donc égale à 2m'akn , ce qui eft conforme à ce qui 
précède. : 

La recherche des équations féculaires fe réduit .ainfr 
à voir fi ZR renferme un terme conftant. Lorfque les 
orbites font peu excentriques & peu inclinées les unes aux 
autres, on a vu ci-deflus que À peut toujours fe réduire 
dans une fuite infinie de finus & de cofinus d’angles croif- 
fans proportionnellement au temps; on peut les repréfenter: 
généralement par ce terme, 4. fin. cof. (int + i'n't + A), 
i &i étant des nombres entiers pofitifs ou négatifs, ou 
zéro. La différentielle de ce terme, prife uniquement par 
rapport au moyen mouvement 71 de la planète #, don- 
nera la partie de 4R qui lui eft relative, & cette partie 
fera H ikndt.cof. fin. (int + à n°1 + À); or elle ne 


raferanu SiCNi'E MIC EE S CE 
peut ètre conftante, à moins que Vonaitin+i n — 0, 
ce qui fuppofe les moyens mouvemens de # & de m' 
commenfurables entr'eux; & comme cela n’a point lieu 
dans notre fyftème, on doit en conclure qu'il n’exifte point 
d'équation féculaire dans les moyens mouvemens des 
planètes, en vertu de leur action mutuelle. Le réfultat 
auquel nous fommes parvenus dans l’article XX, eft donc 
non-feulement approché, mais même rigoureux, du moins 
lorfque l’on néglige les carrés & les produits des mafles 
perturbatrices. 


sie UN MI 


Sr les moyens mouvemens de deux planètes, fans être 
exactement commenfurables, approchent cependant beau- 
coup de l'être; il exiftera dans a théorie de leurs mou- 
vemens, des inégalités d’une longue période , & qui, fr elles 
ne font pas connues, pourront donner lieu de penfer que 
les mouvemens de ces planètes font affujettis à des équa- 
tions féculaires. C’eft ce qui a eu lieu relativement à 
Jupiter & à Saturne ; leurs moyens mouvemens font tels, 
que cinq fois celui de Saturne eft à fort peu-près égal à 
deux fois celui de Jupiter, ce qui produit deux grandes 
inégalités dont la période eft d'environ neuf cents dix- 
neuf ans, & qui n'ayant pas été connues jufqu'à ce mo- 
ment, ont fait croire aux aftronomies que le mouvement 
de Jupiter s’accéléroit, & que celui de Saturne fe ralen- 
tiloit de fiècle en fiècle. 


Pour déterminer ces inégalités, fuppofons que la partie 
de À dependante de l'angle $ n°1 — 2nt 4 $e — 22, 
foit exprimée par 

k fin. fga't — ant + se — 2e). 

— K.cof./sn't — 2nt + sé — 2), 

5 % — 2n, fera ce que nous avons nommé «& dans 


Particle XXI. Ce coéfficient du temps , peut être en eflet 
M ji) 


02 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
confidéré comme étant très-petit, puifqu'il n’eft environ 


Li . : , 4 x 
que —— de #, ou ee de »'. Si l’on n'a égard qu'à cette 
74 o 


partie de À, & qu’on la différencie uniquement par rapport 
à nt, on aura, . 


dR = — 2k.ndt.cof. {/sn't— 2nt + se —26), 
— 24 n0t.fin. ($n't— 2nt+ 5e — 26); 


ce qui donne 
gam.fndor.[dR = — 6am.frdr 


k.cof.f{s nt — ant + je — 26) 
+ k'. fin. fs nt — 2nt + sé — 2e) L 


Les valeurs de 4 & de £' font, par l'article X11, fonétions 
des cubes & des produits de trois dimenfions des excen- 
tricités & des inclinaifons des orbites; elles dépendent 
encore des pofitions de leurs nœuds & de leurs aphélies ; 
or_toutes ces chofes font variables ; & vu la lenteur avec 
laquelle croît l'angle $ #°# — 2 nt, il n’eft pas permis de 
les traiter comme conftantes, dans la double intégrale pré- 
cédente. A la vérité, leurs périodes étant beaucoup plus 
longues que celles de l’angle $ #1 — 21, on peut n'avoir 
2 4 dk. 
dt ne (Se & 
négliger les différences fupérieures ; on trouvera ainfi, 


3am.[nd0t.[dR — 
dk 


égard qu'aux différences premières / 


Gam ir 


(52 — 22} 


[4 — 2. ———] fin. ({sn't—2ut+ 5 —26) 


d 4" 


dr 1 L 
+[4 +2. ss Jcof (5 n't—2ut+ $eé—2€) 


DES SCIENCES. 93 


C’eft Ja quantité dont il faut corriger la longitude moyenne 
nt + €, dans l’expreflion elliptique du rayon veéteur & 
de la longitude. vraie, pour avoir la partie des pertur- 
bations qui dépend de l'angle $ n°? — 2n1t. 

Nous iverrons dans Varticle fuivant, que dans la théorie 
des perturbations de Saturne, par l’aétion de Jupiter, la 
partie de À dépendante de l'angle $ #° 1 — 2 nt + KA 
— 26, eft la même que dans la théorie des perturbations 
de Jupiter par laétion de Saturne, quoique les valeurs 
de À foient un peu différentes dans ces deux théories, 
En fuivant donc l’analyfe précédente, on trouvera facilement 
que, pour avoir égard dans la théorie de Saturne, aux 
termes’ qui ont pour divifeur / $ # — 2 n )°, il faut ajouter 
à la longitude moyenne »'# + «', de cette planète, la 
quantité 


d4 
Er ; 
? [A —2——— fin (sn't—2nt+ se —2e) 
“sa mn 57 — 2h ‘ 
(5n'—2n) : d 4° 


+ [4 +2. Jo (sn 2nt+ se —26) 


& calculer fon mouvement & fon rayon vecteur elliptique, 
avec cette longitude moyenne ainfi corrigée. 

Le divifeur {5 n° — 2)", rend les inégalités précé- 
dentes très-fenfibles, quoique leurs valeurs dépendent des 
cubes & des produits de trois dimenfions des excentricités 
& des inclinaifons des orbites. Ces valeurs ne font pas 
rigoureufes , parce que nous âvons négligé les termes qui 
ont $ # — 2» pour divifeur; mais à caufe de la petitefle 
de $#° — 2»,on peut, fans erreur fenfible, négliger 


Vis avis de Er PR Au refte, nous don- 
sn — in (5 — 2) 

nerons dans Îa fuite, un moyen d'apprécier le degré de 
précifion des valeurs précédentes, & nous ferons voir 
qu'elles font très-approchées. 


94 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


On peut obferver que ces deux grandes inégalités de 
Jupiter & de Saturne ont la même période, & qu’elles ont un 
figne contraire ; d’où il fuit que fi la première fait paroître 
le mouvement de Saturne, de plus en plus lent, la feconde 
fera paroître celui de Jupiter, de plus en plus rapide. Ces 
deux inégalités font d'ailleurs dans le rapport conftant 


2 
de 2#°am,à Sn am, rapport qui, comme on le verra 
ci-après, eft environ celui de 3 à 7. Ainfi, le ralen- 
tiflement apparent de Saturne eft plus grand que laccélé- 
ration apparente de Jupiter, dans la raifon de 7 à 3. 


À EX EUV, 


DÉTERMINONS préfentement les valeurs de 4, 4, & 
de leurs différences ; pour cela, nous reprendrons la valeur 


de À de l’article V11. 


RTE, «à co Hp 3 TT, 
F EF 277 Vi —s"s") .cof. —v)+F V. 


Si l’on nomme M Ia diftance du nœud de Saturne, à la 
ligne fixe d'où l'on compte les »; la tangente de l'in- 
clinaifon de l'orbite de Saturne fur celle de Jupiter, & v'., 
Ja longitude de Saturne comptée fur fon orbite : on aura, 
aux quantitès près de l'ordre », 


s = y.fmfv, — TN); 


& aux quantités près de l’ordre y*, 


V— y, — 5.y .fn2l— 1.) .fin2f#, — NN); 
d'où l'on tire, en négligeant les quantités de l'ordre y#, 

vV(r = 55") 1 
Re ee . 
r Lr — 2rr°, cof. (v° — #) +] 


r Y.[cof. (» + v — 211) + fin. 2 I .fin. (»° — v) — cof. fo — v)] 


Le — arr',cof fr — y) + r'J* 


fiers oc s Noces 95 
H eft facile de s’aflurer que les parties 
r.V{i— ss) ; 


- . cof. {»° — y) 


r° 


& 
— zrr y [fin 21. fin. (y, —v) — cof. /y°, — v)] 


de cette expreffion de À, ne produifent aucun terme 

de la forme fin. cof. /ÿ nt — 2nt + "$e — 22), 
lorfque l'on n’a égard qu'aux cubes & aux produits de 

trois dimenfions des excentricités & des inclinaifons des 
orbites ; en forte que la feule partie de À que nous devons 
confidérer, eft 

1 Lrr 7. cof (DD + — T1) 


2 , . u 2 3 
L — 2rr'cof fs, — 1) +r CL — arr cf fw, —v) +7 ;* 


Cette partie ne change point, en y changeant 7 & y, 
dans r & v.", & réciproquement ; or cette permutation 
donne Îa partie de À, qui, dans la théorie des pertur- 
bations de Saturne, par f’aétion de Jupiter, produit les 
termes dépendans de angle $ #°4 — 2nt + SE — 24; 
ces deux parties de À {ont donc exaétement les mêmes 
dans les deux théories de Jupiter & de Saturne, comme 
nous l'avons annoncé dans l'article précédent. 

Maintenant, on a par la théorie du mouvement ellip- 
tique , "e 


2 
3 


1 Hz + (fe — 3.6) .cof (nt +e— ©) 
r— a.d— 3.6.cof. 2 (ut+e— a) + À.e,cof. 3.(ut+e— ©) , 
—+ &c. 
V—=nt+e— (2e—25e) fin. fut+e— m)+ié .fm.2,.{nt+e— 7) 


Su PE cc 
7 5e DÉR ES ARERRE ®) + &e 


On aura les valeur s de & de y',,en marquant d’un trait, 


96  MÉMoIRESs DE L'ACADÉMIE RoYALE 


dans celles de r & de v, les lettres a, n, e,e & a+ Cela 
pofé, l’expreflion de R fera de cette forme: 


R = M°.e° .cof. (sn't —2ut+ sé — 2e— 3x) 
+ Me" .e.cof(5r'1 — 2nt+$é —26— 20 — ©) 
+ Mie sé .cof{sn't — 2nt+ 5e — 2e — a —2®) 
+ M°,.8,cof. /{ gn't — 2nt+ sé —26— 3%) 
+ Me y .cof. (sut — 2nt+ $é — 26— 21 — x) 
+ M .e.y .cof.(sn't— 2nt+ sé —26— 20 — 2 ); 


& l'on trouvera, 
(2) 


F4 


2 ù A 
(2) g 
— 236.4 + 111.4 (— 
I 
M!) == 33° (2) (2) 2 


2 3 
—— En prit “. ) 
a a 


> A6 


M RER DE EE Ho (== fe 


2 G) 2 G) » G) 
(LES TE EPA NOR a ) 
da da° d a° dada 


(4) de (4) 
fee | — 35240 — 12e) + oi 
= TG: 


(# (4) (4) 
# À YA d A 
Bu -(— ) +iqaa (=) + d'a (=) 


(5) 


380.A% + 174.a{ = ) 
(65) (5) 


or 7” à A 
ea (——) ef 


DE s SCIENCES. 97 


aa° = > LO) 
M® = : ; 7 LE ae À. 


| aa >L® 
MS —= — - a 7 L® a (——) 6: 


De-là on tire par l'article XV, 


240) 
Le (2) L 
389 .b, + + 201.4. … 

1/0) — er ; 
AM KE: ù : 
204, » 1) 
a7Ré en ART 


402 PA + 193.4. 


RC N ETE 


396 .b 


= d æ 


Ho. à 


380.6, —— 174.4 


à. 
CR 
a|- 
à L2 
œ 
Le = 
Rs 
1.1 
[ee] 
+ 
& 
3 
œ œ 
Ps 
CE Æ 
ss S 


Mém, 1785. N 


TS et) SL PS nd) 


98 MÉMOIRES DE L'ÂCADÉMIE ROYALE 


À (3) 
2 M4) —— $ 8 
a M ZE A . 10. 80) j He. = £ » 


d a 
É (4) 
PE LUE A (4) ; h, ; 
16 7 ë, nn En, 


On aura enjuite, 

M®. €”. fin. 37 + M». ee. fin. (27 + ©) 
+ MP. fin (eo + 20) + MP. 8, fin 37 
+ M .e fn (20 + o') + MP. y" fn./(21+ ©). 
M". e”, cof. 3 m'— M.e"e.cof. (2% + ©) 
— M. e'é. cf. (am + 2&) — M°.68. cf. 37 
— M®.eÿ.cof. (210 + æ') — Me. cof(211+-0). 


En différenciant ces valeurs de 4 & de k', par rapportäe, 
e,æ,o,&lIl; & en fubftituant, au lieu des différences 
de ces dernières quantités, les valeurs qui FRAC ee 


articles 15 d I & fuivans, on aura les expreflions de Lis Eu 
& de (= = — 2 | 
À XIVe 


IL exifte encore dans la théorie des perturbations de 
Jupiter & de Saturne, des inégalités fenfibles, dépendantes 
du rapport approché de commenfurabilité qui a lieu entre 
les mouvemens de ces deux planètes. Suppofons en effet 
que dans. l'équation différentielle (10) de Farticle VIJ, 
l'approximation étendue jufqu’aux carrés & aux produits 


DES SCIÉNCES. 99 
deux à deux, des excentricités & dés inclinaïfons des 
orbites, introduife un terme de la forme À.fin. cof. /3nt 
— gnt+ 3e — $ce); il eft vifible qu'il en réfultera 
dans la valeur de r dr, le terme 

= fin of (ane — 5 nt + 3e — jé): 


o — (3n = sn 
or On a, # — (3h — sn) — (sn —2n).l4n — sn); 


ainfi lntégration donne au terme dont il s'agit, le très- 

petit divifeur $n° — 2n; & comme ce terme n’eft que 

de l’ordre des carrés des excentricités, on voit qù'il peut 
, Aer 


/ 27 er d\ 
en réfulter des inégalités fenfibles dans les valeurs de = 


& de fr, Ces inégalités font liées à celle qui dépend dé 
Vangle $n'# — 2nt + $e — 26, par un rapport aflez 
remarquable qui les donne fort fimplement, au moyen 
des valeurs de 4 & de #' de l’ricle précédent. 

Pour cela, foit p la partie de rd'r qui, dépendante de 
Fangle $n°£ — 2nt + sé — 26, a pour divifeur 
52 — 2n; repréfentons enfuite par 


P.fin. (zut — Sur + 3e — 5: 


+ Q.cof. fzut — sut + 3e — 5:), 

ê dr ‘ / » Û ; Li 
la partie de —— qui dépend de l'angle 316 — $n't 
+ 3e — 5: ; P à Q ayant, comme on vient de le 
voir, sn — 2n pour divifeur. Si dans l'équation (ro) 
de l'article V11, on n’a égard qu'aux termes dépendans de 
l'angle 5n't — 2nt + 5e — 2e, & qui ont en même 
temps $#° — 2» pour divifeur; on aura 


9 — _ + eP.fin. (sn't — 2nt + sé — 26— +) 


— eQ.cof. (sn t — ant + $e — 26 — x) + 24.JdR; 


N ij 


100 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
pourvu que dans l'intégrale /ZR , on ne conferve que les 
termes qui dépendent de F'angle $n°r — 2n1 + 5e — 26. 
Cette équation ne fufht pas pour déterminer les quantités 
p, P & Q; mais on peut en avoir une feconde entre les 
mêmes quantités, de cette manière. 

Si on multiplie la première des équations (A) de 
l'article 1, par y, la feconde par — x, & qu’enfuite on 
les’ ajoute; l’intégrale de Ieur fomme fera 


xÜy — px - 5 y — y'# DIN DIS 
= = c+m.fot.] pe A: 
or, on a 
d xdy — pds rte dv É 
dr me OT FILS 


& fi, comme nous l’avons fait précédemment, on prend 
pour le plan fixe des x & des y, celui de l'orbite primitive 
de m, on aura , 

xp —y" # rvVh—s's) 


LE y) (= TE inf —?) 


r: LA 


prv(s — s's'").fin./# — 1) 


Eé— arr .v(i—s"s").cof.(v — ») +rT 
dR 
dy ); 


.æ : R 2 Ê . ‘ 
la différence partielle / — ) étant prife en ne faifant varier 


= + ( 


que , dans l'expreflion de À de l'article VIT, & en regar- 
dant r,r', v' & 5° comme conftans. On aura donc 


, 2R 
dv er, LU 6 7 
dr r° 
d’où l'on tire 
f dR 
CE 
2 dy ac dy P (d dv ) Ë 


——— TL ——— a 


dr r° té 


UE 5:81 118. N:0C EE. s IOI 
oœona,c— V[a.{1i — &)]; & fi l’on ne confidère 
que les termes dépendans de l'angle 5°? — 2n1+ 5e — 2:, 
qui ont pour divifeur $#° — 2, on a par l’article XX 


2er. ==3 an.[d4R; 


dt 


on aura donc à très-peu-près, en ne confidérant que Îes 
termes qui dépendent du même angle, & qui ont le même 
divifeur 


3a.[dR = — =? — 3eP.fin. fs NET 5€ — 
+ 3eQ.cof. (sn't — Ant + SE — 


PA PT tes ). 
… 


Cette équation comparée à celle que nous avons trouvée 
ci-deflus entre les mêmes quantités p, P & Q, donne 


eP.fin. {çn't — ant + 5e — 26— &) 
— eQ.cof. font — ant + Se — 26— œ) 
Æ UTAR | nor]. 


: èR : 
Pour avoir { au ),nous obferverons que À eft fonction 


de » — y,r,r & 5°; & comme dans la fuppoñition de 
l'orbite circulaire de Jupiter, r eft conftant, & » — nt +-&, 
on aura, dans cette fuppofition, 
dR 
v 


CES ). 


Cette équation n’a plus lieu lorfque l'orbite de Jupiter eft 
elliptique, parce que l’ellipticité introduit l'angle « dans 
& dans y; mais on voit par les expreflions elliptiques 
de 7 & de », données dans l’article précédent, que eft 


èR 
dé 


26 — vw) 


26 — 7%) 


1062 MÉMOIRES DE L'ÂCADÉMIE ROYALE 


toujours accompagné de — a, dans ce qui a rapport à 
l'ellipticité; d’où il fuit que pourvu que l’on fuppofe « — 
conftant, on aura encore, dans le cas où l'orbite de J upiter 


eft elliptique, (==) — Cr En fubflituant donc, 


au lieu de R, la partie de fa valeur qui dépend de l'angle 
sut — ant +- $® — 26, & dont nous avons donné 
lexpreffion dans l'article précédent, ‘on aura 


(= )=2M® Se Gns (Su t— ant + TA + . 37) 
+ 3 M" ee" efin(sn't— 2Ut + 56 —26— 27 — T) 
+ 4M° ee .fin{sn't — UE HE SE — 26 — a — 2%) 
+ SM. fm{snt— 2nt + jé —> 26— 3%) 
pres AM Gin sn — 2ü#H Se — 26 — 211 — &') 
+ 3 Mer fn. (sut — ant + sé — 26 — 21 — +), 


& par conféquent, 


ned dR 


dR 
[IZR nt: (ri == REX T7 
4 Mb | à 
mea (=) fin.{sn't — Ant + 5e — 26€) 
ju — 2n 


{2 ).cof(sn"r— 2ut 4 $e' — 26) s 


De-là il eft aïifé de conclure 


P = ee me LE cote + (=) fine], 
a = = as -[( + ).cof.m — (=) fine]. 


On aura la partie de Nr, qui dépend de angle 3n1 — $n'# 
+ 3€ — $r',au moyen de la formule (9) de l'article WHy 


DE. s. Sc Tr EN CE Ss. 103 


en obfervant que fi l'on n'a égard qu'aux termes du fecond 
ordre, dépendans de cet angle, & qui ont en même temps 


sn —— 2n pour divifeur; cette formule donne à très- 
hi 
eu-près, 
ER S 2.0 d\r \ 
Agir &éindt ? 
d’où l'on tire, en négligeant 5n° — 2 », vis-à-vis de #, 


dy — 2P.cof.{znt — sut + 3e — sé) 
— 2Q.fin. {zut — sut + 3e —— sc). 
X:X.V L 


La même raifon qui nous oblige d’avoir égard, dans les 
Ci A 
expreflions de re & de d'y, aux termes dépendans de 


angle zut — $n't + 3e — 5e, rend également 
néceffaire la confidération des termes dépendans de Fangle 


ï ca dr 
aut — Ant + 26 — 4e’, dans les exprefions de == 
a 


& de 2", v," étant la longitude de Saturne, comptée fur 
fon orbite. I eft aifé de voir en effet, qu’en intégrant 
l'équation difiérentielle du fecond ordre, qui donne r dr'; 
les termes dépendans de l'angle dont il s'agit, acquièrent 
le divifeur 
2 2 - 
n — (2n — 4n'), où (an — 3n').(5n — 2n), 

& deviennent très-fenfibles par Ia petitefle de $n° — 2». 
Soit donc à 


P'.fin./2nt — Ant + 2e — 4) 
+ Q'ecofi(ant — Ant + 26 — 4), 
la partie de _ qui dépend de l'angle 2nf — 4n't 


+ 26 — 4; on trouvera par une analyfe entièrement 


104 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


pen 1 


femblable à celle de l'article précédent, Lé 


| 


PF age Sur, [( cola" + (22) fines], 


gu — 2n 
n'a 


O7 Eee. tre ccofat — ( ) ina]. 


On aura enfuite, en n'ayant égard qu'aux termes dépen- 
dans du même angle, 


| 


dy, —:2P'.cof, fant — qn't + 2e — 4) 
— 2Q'.fin. faut — Ant + 26 — 46). 
MOPAUN TE 


Iz nous refte préfentement à confidérer les parties de 
A s & de À 5", qui dépendent des carrés & des produits 
de deux dimenfions des excentricités & des inclinaifons 
des orbites. Pour cela nous reprendrons la formule (7). 
de l’art, V1, & nous fuppoferons d’abord, comme dans 
V'arr. X1, que le plan des x & des y, eft celui de l'orbite 
primitive de m; ce qui donne 7; — 0 & s — o. Cette 
formule devient alors, en négligeant les quantités du 
troifième ordre, 


PoM,. de dR ay dR 
ds .fnoty.(—— — Se frores s 


Confidérons les termes de cette valeur de 5, qui n'étant 
que du fecond ordre, ont pour divifeur $ # — 2». 
I eft vifible que ces termes ne peuvent être produits que 
par l'intégration des’ fonctions différentielles, 
ndt.y.( <), & notes (2); 
or l'intégration de ces formules ne peut introduire 5#'— 2»; 
en divifeur, qu'au moyen des termes de la forme fin. 
cof. (Sn't— 2nt+ Se — 26), qu'elles renferment; 
voyons 


ME She SRGUITES Ni .C. Eh Se 105 
voyons donc les termes de cette forme, qui peuvent 
exifter parmi les quantités du fecond ordre, renfermées 
dans les fonélions diflérentielles précédentes. 

Si l’on fubftitue au lieu de À, fa valeur donnée dans 
l'art. V'; on aura, 


dR Dre ST 
3 R— 5 TU ’ £ K ë n ru 
27 r (A lo 7 1 ro mn en. (Am € 
En négligeant les quantités du troifième ordre, & en fub£ 


tituant au lieu de x, y, z, x", y’, z' leur valeurs, on 
trouvera 


27r 


ne = ——— .[cof. (v — y — 1) — cof. (v + y —1)] 
3 : : 3 


&rryslcof /v' + y — D) — cof. fs" — y — T)] 


LE 


[rt — 277. cof fr — v) + “Je 
Il eft facile de s’aflurer que les quantités 


—- . [cof. (9° — y — 11) — cof. (r' + —T)] 
& 


rr'. 7, cof. fo — v — I) 


E : 2 Sr À 
[ri — 2rr, cof. fr — v) + r ]® 


ne produifent aticun terme du fecond ordre, dépendant 
de F'angie $n'£ — 2nt + ge — 2e. La quantité 


ro y.cof. (2 + y — TI) 


{ri — 277 cof [n° —r) + 1° 


en produit de femblables, & il eft aifé de voir par l'arr. 

AX1V, que pour les obtenir, il fufit, 1° de changer 

211 en I, dans les termes de l’expreflion de À, mul- 

tipliés par y”; 2. de multiplier enfuite ces termes par 
Mém. 1785. 


106 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 
2 
> 

dépend de Pangle 5 nt — 2nt + Se — 2e, fera 

conféquemment, 


+ La partie de Ia quantité précédente, qui 


— 2 M .ey.cof/$n't—2nt + sé — 2 — x), 
— 2 M9 .ey.cof (sut — ant + jé — 26 TI — >); 


ce qui donne ; 
z Yu 


fadt.y.( d Z RER en S#2 —2n 

e M fin. (5 n't—2nt+ sé 2: — &) 
X > 
tr M.fin.(sn't— 2nt + le pepe 


On trouvera par une analyfe femblable , 


Fadr.x.( = 


Z 
e M.cof./s FOURS D 


= — sn —21n 


+ e M°.cof.(s n't— 2nt + se —2t—T—x) 


La valeur précédente de d's, deviendra donc, en n’ayant 
égard qu'aux termes du fecond ordre, qui ont pour 
divifeur $2° — 2%, 


k 23 Mn. (gnt—snt+ 3e sé ++) 
À, pb micimn Lu mere 


Suppofons maintenant que le plan fixe des x & des y, au 
lieu d’être celui de l'orbite primitive de ", foit un plan 
fixe quelconque, qui lui foit très-peu incliné; l’expreflion 
que nous venons de trouver pour #'d\s, fera encore la 
partie des perturbations de » en latitude, qui a pour 
divifeur 52° — 2»,.8& qu'il faut ajouter à la latitude 
de ”, calculée dans l’hypothèfe où fon mouvement a 
lieu fur le plan de l'orbite primitive. 


n e 
sa — 2/1 


D'Etst SCIENCE 107 


Une analyfe femblable donnera 
ga Du eM®.fin. (ant 4n't + 26— 4€ + IT mn 
D ; 


ju'—2n "À e M9 Min.(ant—qnt +2 q ET + ) 
DENON EE L'E 


IL fuit de ce qui précède, que les inégalités un peu 
confidérables, dépendantes des carrés & des puiflances 
fupérieures des excentricités & des inclinaifons des orbites, 
font liées éntr’elles par des rapports qui les déterminent 
au moyen des valeurs de 4 & de L£', Ces inégalités ont 
pour argumens les angles SU'E — ant + SE — 24, 
ZUE — Sur + 3e — sc, 2nt — ANT + 26 — 4x, 
SUE— nt + Je, One lors, Ge 26. 
les inégalités relatives à ces deux derniers argumens, ré- 
fultent de la fubftitution de la longitude moyenne corrigée 
par l'article XX111, dans les expreflions du mouvement 
elliptique de Jupiter & de Saturne; elles dépendent des 
quatrièmes puiflances & des produits de quatre dimenfions, 
des excentricités & des inclinaifons des orbites; & comme 
elles font fort fenfibles, on voit la néceffité de porter dans 
la théorie de Jupiter & de Saturne, l'approximation juf- 
qu'aux quantités du quatrième ordre. 

Toutes ces inégalités peuvent être confidérées comme 
le réfultat de variations dans les éléinens des orbites ellip- 
tiques, dépendantes de l'angle $n°t — 2n1 + € — 26 
On a déjà vu dans l'article XXII, qu'il faut corriger 
les longitudes moyennes de Jupiter & de Saturne, par des 
inégalités dépendantes de cet angle; il eft facile d’ailleurs 
de s’aflurer que les inégalités déterminées dans les articles 
XAV & XXVI, repréfentent des variations dans les équa- 
tions du centre de Jupiter & de Saturne, & dans la pofition 
de leurs aphélies, dépendantes du même angle; & que les 
inégalités déterminées dans l’article précédent, reprélentent 


Oi 


* 
108 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


des variations dans les nœuds & les inclinaifons-des orbites, 
qui dépendent encore de cet angle. 

Les coéfficiens de ces inégalités étant fonélions des 
élémens des orbites, ils varient avec ces élémens; il faut 
donc, à la rigueur, fubftituer dans les expreffions analy- 
tiques de ces coéfficiens, leurs valeurs déterminées par les: 
articles AVI E& fuivans ; mais il eft beaucoup plus commode 
pour les ufages aftronomiques, de déterminer les valeurs 
de ces coéfficiens à diflérentes époques, & d’avoir aïnfi fa 
loi de leurs variations, comme nous l'avons propofé, rela- 
tivement aux inégalités féculaires des élémens des orbites. 


SECTION SECONDE: 


Théorie de Saturne. 
XXIX. 


Détermination numérique des inégalités de Saturne: 


Pour réduire en nombres les inégalités auxquelles 
nous fommes parvenus dans la feétion précédente , il faut 
connoître les conftantes arbitraires qui entrent dans leurs 
expreflions analytiques. Ces conftantes relatives au mou- 
vement elliptique de Jupiter & de Saturne, font leurs 
moyennes diftances au Soleil, leurs longitudes moyennes 
à une époque donnée, leurs excentricités & les poñitions de 
leurs aphélies, les inclinaifons de leurs orbites & les pofi- 
tions de leurs nœuds. Les obfervations ne donnent que 
‘les mouvemens vrais des planètes: pour en conclure les 
élémens précédens, il faudroit connoître d’avance l'effet 
des perturbations, & le retrancher du réfultat des obfer- 
vations, pour avoir la partie dûe au mouvement elliptique; 
ainfi la détermination des inégalités de Jupiter & de Sa- 
turne, & celle des élémens de leurs orbites, dépendent 


DES SCIENCES. 109 


réciproquement l’une de l’autre, & l'on ne peut parvenir 
à les bien connoitre, que par des approximations fuccef- 
fives. C’eft dans cette vue, que j'ai commencé par tirer de 
l’analyfe précédente, une formule de correétion des tables 
de Saturne, de Halley. En comparant enfuite cette for- 
mule à un grand mombre d'oppofitions, je fuis parvenu à 
les repréfenter avec exactitude, & j'ai reconnu en même 
temps, que les élémens des tables de Halley avoient befoin 
de corrections confidérables. J'ai fuivi une autre méthode 
relativement à Jupiter ; les tables de cette planète, 

bliées par M. Vargentin , repréfentoient aflez bien, à 
l'époque où elles ont paru, les obfervations faites depuis 
un fiècle; ce favant aftronome a eu égard, dans ces tables, 
aux inégalités de Jupiter, indépendantes des excentricités 
des orbites, & à celles qui ne dépendent que de leurs pre- 
mières puiflances; mais les grandes inégalités qui altèrent 
le moyen mouvement de cette planète, fon excentricité 
& la pofition de fon aphélie, lui étant inconnues; il a dû 
les comprendre dans les élémens elliptiques de fes tables. 
Ainf, pour corriger ces élémens, il fufit d’en retrancher 
l'effet de ces inégalités. 

Les élémens fuivans de Jupiter & de Saturne font le 
réfultat de ces calculs. [fs auront encore befoin d’être cor- 
rigés, fur-tout quand on comparera la théorie aux oppo- 
fitions de Jupiter & de Saturne, difcutées avec plus de 
foin & de précifion qu’elles ne l'ont été jufqu'ici; mais 
ces corrections doivent être peu confidérables, & ne peuvent 
avoir qu'une très-petite influence fur les inégalités de ces 
deux planètes. 

L'époque à laquelle je rapporterai mes calculs, eft Je 
milieu de ce fiècle, ou le commencement de 1750 ; 
à Paris, temps moyen. Je lai choifie, parce qu'elle eft 
à peu-près moyenne entre Îles intervalles des bonnes obfer- 
vations modernes, & que d’ailleurs les principaux élémens 
de laftronomie ont été déterminés vers cette époque, par 
les travaux de plufieurs obfervateurs célèbres, 


110 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Elémens de Jupiter à de Saturne, au commencement 
de 17ÿo. 


La longitude moyenne ' de Saturne = 7! 214 17 20". 

La longitudemoyennez" defon aphélie — 8! 284 7" 24". 

Son excentricité e — 0,0 56263. - 

La longitude moyenne 7° de fon nœud afcendant 
ST (3 T7 

L'inclinaifon de fon orbite à l'écliptique, ou, Ang. tang. 8° 
==, 30/.20;% 

Son moyen mouvement fidéral pendant une année 
commune de 365 jours = 12d12!46", 5e 43966",5- 

Sa moyenne diftance au Soleil — 9, 54007; celle de 
la Terre au Soleil étant prife pour unité. 


Quant à la mafle »' de Saturne, j'adopterai celle que 
M. de 14 Grange a donnée dans les Mémoires de Berlin, 
de 1782, page 186: en difcutant avec foin les obfer- 
vations des fatellites de cette planète, cet illuftre géomètre 
a trouvé qu'il falloit un peu diminuer la mafle de Saturne, 
déterminée par Newton, & ce qui ajoute à la probabilité 
de fon réfultat, c'eft qu’il rapproche de l'obfervation, d’en- 
viron dix jours, le calcul des perturbations de la comète 
de 1759; il réduit à 13 jours, la différence de 23 jours, 

ue M. Clairaut a trouvée entre l'inftant calculé & l'inftant 
obfervé du paffage de cette comète par fon périhélie en 
1759. En prenant donc pour unité la mafle du Soleïl, je 
fuppoferai, 
: T 
ME 

3358.40 
Relativement à Jupiter, 

! “ 
“— 3° 44 30", 
æ —= 6! 10. 2. 49. 


mphsii Starr Nic: E* Ss: FRE 
e — 0,048151. 
L=:3t- 1456440". 
Ang. tang. 0 — ES 9e r0. 
Le moyen mouvement fidéral de Jupiter, dans linter- 
Valle de 365 jours — 304 19° 42" — 109182". 
b _a = $,20098. 


1 
’ MINE 


1067,195 k 


X X X. 


Les valeurs précédentes de a & de 4°, donnent 
À À ut, == 10,545172; 
d'où j'ai conclu par les formules de l'article XIV, 
5°, — ,211$%666; pires — 0,524084 
Ces valeurs m’ont donné les fuivantes : 
pe — 2,180130; go — 0,620436; 
8°) — : 0,257489; 1? = 0,117886; 
— 0,0565Fr6; [As = 0,0278271; 
= 00139787; 07 == 0,00714873; 
8 == RER" 


RSS RES ES 


(co) (1) 


35, 25 
ja — 0808367; —— — 1,482776; 


122 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyALeE 


7 30) , 
— — 04682) — = 01725968; 
vu Ve .: 
5 = 0452087; —— > 0;27404$; 
Hi me 

neo 02570; = 0,0946947« 
TT 550 
7120/3003 5-7 2) 0 
Te 2040) 

ni = 3519366 — 5 — 3,532195; 
4 »i0) 
= = 23994607; —#— — 2,303625; 
TM 
5 — = 2667085. 
» 4°) ÿ 10 

Trot AMP IZI SR = 1 5437940: 
» 5 © 4 | 

— 5 — = 17032088; —"— — 16,622999. 


g°) — 4,281341; a) — 3183288; 


LT 
le FT » 


2,080158; 39) — 1,294049; 


DÜE SM SCIE N,C-E S. 112 


2. —— 0,702730% g5) —= 0,464779. 


7. " 


——— = 6,351452; NS 29 57 2e 


X X XL 


Nous allons, d’après ces réfultats, déterminer numé- 
riquement les inégalités féculaires des orbites de Jupiter 
& de Saturne. Nous commençons par ces inégalités, parce 
qu'elles influent fur les autres , & principalement fur celles 
qui dépendent de Pangle 5 n°# — 2nt+ sé — 2e, 
comme on l'a vu dans l'arr, X X111. 


Reprenons les formules de l'ar. XV111: 

D — [0].2e.fin. (æ — T'), 

Ma — (1,0).i — [no|. _ .cof. (æ — a), 
De — [o,1|.ie' fin. (a — ©), 

Na — (0,1). — for]. —— .cof. (æ° — w). 


On 2, par l'article XV1, 


HD) BA, .a"a.(a,a')'; 
mais 
g0) 
(aa) — £ . 
partant 
| mn T : 
Go —= : toys 


Mém. 1785. P. 


114 MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE ROYALE 


On aura dé la même manière, 


Do] = 4 per 4e) 0 — 3 ET 


2 a? 


Le moyen mouvement fidéral de Saturne, dans l'intervalle 
de 365 jours, eft, par l'article XXIX, égal à43966",5; 
en y ajoutant le mouvement de Saturne dans l'intervalle de 


fix heures, on aura 43996",$ pour le mouvement de cette 
planète, pendant une année julienne ; ce fera la valeur 


de #' T, & l'on trouvéra 
(60).=.17 88644; 
[no] = 117,68819. 
On trouvera pareillement, 
(o,1) — 7", 69487; 
Los] ==" .4 5102039) 


On aura ainf, en défignant pat ;, le nombre des années 
juliennes écoulées depuis 1750, 


de — — i. 0",55065; 
d'& — i.15"8 197$; 
NE — i. 0',27681, 
do— i. 6",48092. 


Maïs commé il eft néceflairé d’avoir ces valeurs avec beau- 
coup de précifion, pour le calcul des obfervations anciennes; 
nous allons en donner de plus approchées. Pour cela, nous 
obferverons que les valeurs précédentes donnent en 750, 


e — 0,056264 + 550",65; 
& en réduifant les fecondes en parties du rayon, 


FE 0,05 49 34: 


D'Es. SC LE N CE Ss 115 
On avoit, à la même époque, 
a — 823443" 45"; 
& Fliivement à à Jupiter, 
e —35;046810, 
m — 684 14 48”. 
De-h, il ft a de conclure par l'article XV1/1, 


de", 


ir — 0152964, 


a", p “ : [14 
ET =. 1555926, 
"pe, 2 . Re 3 
= o 28687, 
er ôeæ;-- us - 2 à Dj? à! _ $ 
— — 6",10787; 


ce qui donne par l'article cité, ces valeurs plus approchées 
que les précédentes, 


dé — — i., 0",5506$ — .0",0000105, 


(Na: — 1415",81975 , + Si 4 ie 
ide ct À) 0",z7681 — #.0",00000503, 
d'a — i. 6",48092 + ÿ.0",00018652., 


On déterminera lés inégalités féculaires des nœuds & des 
inclinaifons des orbites, au’ moyen des valeurs de A8", 9/7, 
20 & d'Z, de l'article XLX; & Von trouvera en les PE 
fant en nombres, 


SE 


" Poe, 


ne 

NE = — 35.8",726096; 
0 — — j.0",77443; 
NES 6053570: 


P j 


116 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

On pourra, fans erreur fenfible, étendre ces valeurs aux 
obfervations les plus anciennes ; leur peu d'influence fur 
les inégalités de Saturne, rendroit une plus grande pré- 
cifion tout-à-fait inutile. 


XOXIC ET. 


CoNsiDÉRONS préfentement les inégalités périodiques 
du mouvement de Saturne, & d’abord celles qui font indé- 
pendantes des excentricités & des inclinaifons des orbites. 
Pour cela, nous reprendrons les valeurs de # & de F de 
article IX, en y changeant à & » dans a &n', & 
réciproquement; nous y fuppoferons enfuite à pofitif; ce 
qui revient à doubler les termes compris fous le figne Z. 
Cela polé : 

On aura, en n'ayant égard qu’au terme conftant de 
l'expreflion de 4, 


d\r* 1 F2 d À 
= — G°4 ( 


a 


mais on a par l'article XV, 


(0) ane? 
A) ge ee 0 a 


partant 


(0) 
LP (o) 2, & 
= RL + (20 da. 


“EVA 
Ge NE 
En fubftituant, au lieu de «, 2, & _+_,leurs valeurs 


da 


données dans l'article X XX; on aura 


_— = 0,436805. 


DEN SM ST CUT EÉ NC s. 117 
Li 


Si l'on n'a égard qu'à l'angle #5 — nr + e — +, 
l'expreflion de donnera 


dd { 6) , 
d\r' Ca Ne d À 2n' a". AG) 
in ou le ps) pre 
a (tm — n') 1 da 2 — 9 


x cof. (nt — nt +e— 6): 


or on a par l'article XV, 


a a + 
{1} 
on] A 1 : ") : é 
— ) = — —- (D H ai—— ); 
da° a a° d æ 
on aura donc 
: TL 
dr n° n— 3# n+n 2 ÿ 


a R= n.(n=—=2n) 
x Cf. (nt — nt He —é). 
L'article X XIX donne 


n° 124 12° 46/5 


2 Lord 304 19 42“ 


— 0,402690; 


on aura ainfi, 


ACER 0,910968. cof. [nt—n't+e—c). 


a 
Si, dans l’expreffion de , on change a & n dans a" & n', & 
réciproquement; le coéfficient de fin. (nt—n't#+e— c), 


Re | 
SLA A . . 
fera égal à xp» moins le produit de — par 


le coéfficient de cof. {nr — n°1 + € — <'), dans l'ex- 
d'y" 


preffion de ; ce qui donne, en n'ayant égard qu'à 


ce finus, 


pri 


\ 


118 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
dy", — 0,018942.fin. {nt — nt + e — +"), 


On trouvera de cette maniere , en ne confidérant que 
les inégalités indépendantes” des excentricités & des incli- 
naifons des orbites, 


dr" 


‘s 


= 1030808, 
+ 0,910968. cof. (nt Er 24); 
OS 1547140c0f 2 (ni—n'it hit), 
+ 0,035774Cof. 3.{nt— nt + e—c), 
DENT | . 

LP 0,018042. fin. fnft—nt+e—:), 
— 0,162820.fin.2./ut— n't+é—c:), 
— 0,033939- fin. 3e Mit t+e—c), 
NE 


KA X IAE 


Pour avoir les inégalités dépendantes des excentricités 
des orbites, nous reprendrons les valeurs de u, & de V de 
Varticle X, en y changeant a & »w dans a & n° , & réci- 
proquement, & en y {uppofant fucceflivement i= — 1, 
M — 2,0 — 2, Gare 1,1 — 2,800 
trouvera d'abord, par l’article cité, 


: (@) 

} r ï —n").n 13 DA 
— a APT OUR Ë Q+3e (=) 
A = 11 ñn L'4 ; 

32" 32 (1) (un )n 
== — ——— ,b, TTE + 2 © 
(nu n').a Min D) C3 # ] e 
à TA 30 
b, = 2e da = — Æ à . Trad 


DE: Se $: C1 E NeCLE sh 119 

Q étant le coéffcient de cof. {m1 — nt + & — +) 
s » d L = = 4 el 

dans la partie de l’exprefion de — » qui eft indépen 


dante des excentricités. En réduifant en nombres cette 
Valeur de DT + on aura 
DT = — 3154598. 


On trouvera enfuite, 


(5 + 5 ).0 


(a—'"),a AN 


+ PORN TJS mort = — 8,068078. 


En ne confidérant donc, dans les expreffions de 4, & deY, 
que les termes dépendans de fanglent— 2n"t+e—2e, 
& multipliés par 4' & /°; & en fubftituant au lieu de 4 
& de /', leurs valeurs e'.fin, æ',& e*.cof. æ', on aura 

dy" 


a 


dv! == — 16,69373.e'. fin. far — 2n'r + Eë—26 + m'). 


— 4,116009.e".cof. (nt — 2e —2é Lo), 


La fuppofition de ; — — 1, donne encore 


À r 


a 


dv', == 4484166 .e. fin {nt —2nt+e— 2e) 


—— 12,524257ve.cof. {ni — 2nt+ie se) 


FALSE : CAES 
En réuniffant ces termes, on aura pour Îes parties de 4 
a 


& de A y',, relatives à la fuppoñition de; — — 1, & 
dépendantes des excentricités des orbites, 


dr - 
— — 4116009 .e".cof. fur — 2nt+i— 2 + x") 


a 


— 12,524257.e.col. fut — 2nt+e— 2e + x); 


120 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
AVE 0,697 ele nt a nr LE 6e 2€ +") 
+ 4484166 .e fin. [ut — 2n 54e — 2e + oo): 


La fuppoñition de i — — 2 donne, 


= — 2,305467.e'.cof. fant = 3n't+ 26— 36 a) 


—+ 1,445302.e .cof. (ant — zn't + 26— 36 + o ), 

NY, — 3:157500.6".fin. ant — 3nt+ 26— 36 + ©) 
— 1,89768 .e fin. faut — zn't + 26 — 3€ + w) 
La fuppofition de i — — 3; donne, 


= — 0,402029.e'.cOf. (nt — qnt + 3 — 4 + a) 


+ 0,249073.e .cof. (zut — ant + 3e — 4e + m), 
dy, —  0,44109$.6": fin.fznt — Ant + 3e — 4e + a) 
— 0,261836.e . fin. {znt — Ant + 3e — 4e + & 


LUE : d'r 
La diminution de ces valeurs fucceflives de rs &de Ar", 


fait voir qu'il eft inutile de poufler plus loin les approxi- 

L que P P ; PP 
mations relatives aux valeurs négatives de À. Les valeurs 
pofitives de À m'ont donné Îes réfultats fuivans: 


Dans la fuppofition de à —= 1, 
d'r' 


L 
a 


—  0,165284.e".cof. (ur + € — m') 
+ 0,167942.e .cof (ut He x), 
dy, —  1,056044.6". fin. (nt+—e— x) 
—0,135257.e.fin(nt+e— ©) 

Dans la fuppofition de i — 2, 


CAPES ; r 
— ——o,079041.6 .cof. (ant — n't+ 26—& — x) 


——0,250219e COL fan nt Hi26—— € mp), 
5 $ L 


mets Sorel Et N'E:ENS: I2r 


À US — 0,092949.6" fin. (ant — n't + 26 — € re 
— 0,287781 e fm (ant— n't+ 2e — 6 — & ): 


Je n'ai pas pouflé plus loin l’approximation, à caufe de 
la petiteffe des termes que fournit déjà la fuppofition de 


i — 2,& qui donne lieu de croire que les termes fuivans 
font infenfibles. 


XX X I V. 


ON peut réduire dans un feul, les deux termes que chaque 
: L : dr : 
fuppofition {ur À fournit dans les valeurs de T- & de y". 


Si l’on réunit enfuite ces différens termes, & qu'on leur 
ajoute ceux de l'article XX X11, on aura les valeurs de 


dr . ; a : 
——— & de Ay', approchées jufqu’aux premières puiffances 
a 


des excentricités des orbites, en faifant abftraction des 
termes qui renferment des arcs-de-cercle. Quant à ces 
termes, comme ils font düs aux variations de l’excentricité 
& de l’aphélie de Saturne, on y aura égard en faifant varier 
ces quantités, conformément à l'article XX X1, dans le 
calcul du mouvement elliptique de Saturne. 

Si l’on multiplie les termes de . par ma", & ceux 
de Av", par », on aura les perturbations du rayon veéteur 7° 
& de la Jongitude y’, comptée fur l'orbite; mais on peut 
négliger dans ces perturbations, celles dont l'effet eft in- 
fenfible : or la moyenne diftance de Saturne au Soleil, 
étant près de dix fois plus grande que celle du Soleil à a 
Terre, fa parallaxe annuelle n’eft que d'un petit nombre 
de degrés: il n’y a donc que Îes inégalités un peu confi- 
dérables du rayon vecteur de cette planète, qui puiflent 
produire un effet fenfible fur fon lieu géocentrique. Nous 
négligerons celles dont l'effet eft au-deffous de huit fecondes; 
nous négligerons pareillement les inégalités de mA\y', qui 


Mém, 1785, 


1722 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


font au-deflous de ce même nombre de fecondes ; nous 
aurons ainfi, après avoir réduit en fecondes de degré les 
termes de #4\y',, 


MIE 0,0039047 
+ 0,008 1435 .cof (ut —n'f + 6— 6) 
—- 0,0053605 .fin.{ur — 2n't+e—2i +77 50/46"). 
mAy,—=— 31" .finfant — 2nt+26— 26) 
+ 6! 59",3.finfau't— nt+2i— e+ 1510! 57") 
— 35" coffant— zn't+2e — 35 + 27) 301) 
+ 11" .cof.{ nt 4e). 


Les termes de "4", font peu comidérables, à l'exception 
de celui qui dépend de l'angle 2n°4 — nt + 26 — e, 
& qui eft à très-peu-près de fept minutes dans ce fiècle; 
mais les changemens que la fuite des fiècles amène dans 
les excentricités & dans la pofition des aphélies, altèrent 
fenfiblement fa valeur après un long intervalle. Pour avoir 
une expreflion de cette valeur, qui puifle s'étendre à un 
grand nombre de fiècles; j'ai déterminé ce terme pour 
lan 750, en fubftituant dans fon expreflion analytique , 
les valeurs des excentricités & des longitudes des aphélies, 
qui avoient lieu à cette époque, & que l'on a par l’article 
XXI. J'ai trouvé ainfi que ce terme étoit alors égal à 


Gta", sn. an rentree 18467085) 
Ans 5 ST 


en forte que dans l’efpace de mille ans, fon coéfficient 
a augmenté de 16”,8, & l'angle indépendant de #, fous 
le figne fin. a diminué de 14215": on peut donc repré- 
fenter le terme dont il s’agit par 


2nt—nit +26 —6 
(659",3+i.0",0168).fin. 1 SE °' 57 ; 
— Î, 14,215 


DES SCIENCES. 123 
& fous cette forme, il peut s'étendre à deux mille ans 
avant, & à mille ou douze cents ans après l'époque de 1750, 
d'où les ; font comptés. 


X X X.V. 


DÉTERMINONS maintenant les inégalités qui dépendent 
des carrés & des puiflances fupérieures des excentricités & 
des inclinaïifons des orbites. Pour cela, nous reprendrons 
les formules des articles X XIII & fuivans. En réduifant 
en nombres les valeurs de a M", a M"), &c. de l'ex- 


preflion de 4° R, de l'article XXIV, j'ai trouvé, 

AM = 
d'M° = 5799939; a M9 = — 1,160405; 
AM to; SS8908;, 2 MM 


5240129; a M" — — 9,598241; 


— 0,284322. 


De-là j'ai conclu pour 1750, 
ak — 0,0001136160, 
.a"k — 0,0010292990. 


En fubflituant enfuite dans les expreflions de a 4, & 
de a° k' au lieu de 2,2, e', æ', y & I, leurs valeurs 
relatives au commencement de 1950; j'ai trouvé à cette 
feconde époque, 


ak — 0,0000492466, 
ak" — 0,0010261342. 


Fan » \ PE * 

Si lon nomme 7 l'intervalle de 200 ans, compris entre 
ces deux époques; {a différence des deux valeurs de 4° 4, 
relatives à ces époques, fera 


dE ° 
(5e — 2u)T. LRRBENENTRUE 


(5u'— 2m) © 


124 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
on aura donc, 


d 4 
Ta: rl 


(52° — 2»). = — 0,0000643694. 


su — 17 


(sn — 2n).T eft égal à cinq fois le moyen mouvement 
de Saturne, moins deux fois celui de Jupiter, dans l'in- 
tervalle de 200 ans; d’où l’on tire 


(sn — 2n).T = 81438'20"; 


en réduifant ces degrés, en parties de rayon, on 
trouvera 


x 24 
D ATEN 


nie 0,0000903 S Ie 


Su — 2n 


On trouvera de la même manière 


PT EE — — 0,0000044422; 
on aura donc ainfi à l’époque de 1750, les valeurs de 


D 4 da à . 
(—;—), & de{———), qui pourront fervir encore 


‘pour l’époque de 1950. Cette manière de les déterminer, 
eft beaucoup plus fimple que la différenciation des valeurs 
de 4 & de k'. Cela pofé, j'ai trouvé que la grande iné- 
galité de l'art. XX 111, avec laquelle il faut corriger 1a 
longitude moyenne de Saturne, étoit à l’époque de 1750, 


15" .m 0,00111965$.fin. {sn't—2nt+5e—20) 
+ 0,00010917.c0f.(sn't—2ut+ 5e — 26%) 


& par conféquent égale à 
— 48'44".fin.(s nt — ang + 5e — 26 + 54348"). 


J'ai calculé de la même manière cette grande inégalité , 


MEL SLUSUC'E E NRC: E se 125 
pour trois autres époques dont les deux premières fe 
rapportent aux obfervations anciennes de Saturne, que 
Ptolémée nous a tranfmifes. Ces époques font l'an 228 
avant notre ère ; l'an 132 de notre ère, & l'année 1950; 
j'ai trouvé les valeurs fuivantes de cette grande inégalité, 


Pour l’année 228 avant notre ëre, 


— $2/20".fin./sn't— 2nt + 5e — 2e + 40d29/ 37"); 


Pour l'année 132 de norre ëre, 


— 51/47" fin. (sut ant+ 5e — 264 34939 2°); 


Pour l'année 1950 
J 


— 48" 24" .finf nr — ant + 6 — 264 2d17/ 52"). 


En confidérant la loi des coéfficiens des finus de ces valeurs, 
& celle des angles conftans qui s'ajoutent à l'angle 541 
— ant + A — 24; on voit que les uns & les autres 
vont en décroiflant, & que l’on peut repréfenter à peu-près 
toutes ces valeurs par la fuivante: 

VAE v A 
— (48'44"—50",108 36).fin fe : 40 Det 540 Fe 

— i.63",134 


Cette valeur peut être étendue, fans erreur fenfible, à deux 
mille ans avant & à mille ou douze cents ans après 1750; 
mais dans Île calcul dés obfervations modernes, nous pré- 
férerons d'employer la valeur fuivante.que donne fa compa- 
raifon des deux valeurs relatives aux années 1750 & 1950: 


TM CAES TS AIO 
FA (49! 801,1) fn" RP RAR EUTX 3410 Le 
 —:i.58",88; 


126 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
b, Qu. GED VE À 
ON a vu dans eric XXIJI, qu'il faut corriger 


la longitude moyenne de Jupiter, avec une inégalité fem- 
blable à la précédente, mais affectée d’un figne contraire, 


2 


& plus petite dans la raifon de 2#* am" à $n° am; en 

forte que pour avoir l'inégalité relative à Jupiter, il faut 
GrÈre AU L 2n° am 

multiplier la quantité 48’ 44" — i0",1, par —— .On 
; su am 


aura ainfr pour cette. inégahté, 


LA à ] LE d 1g" 
1 n ue) nl : Ne x sut 2H1+ $€ 26+ 5 34 Ç 
(20 49 »5 40 042733) In —i.58",88 


Ces deux inégalités de Jupiter & de Saturne font entre 
elles , à très-peu- près, dans Île rapport de 3 à 7; le 
temps de leur période eft déterminé par l'équation 


Su't— 2 nt + $e — 26 —;j.58",88 — 360%. 


Pendant une année julienne , l’accroiflement de l'angle 
su t— ant —i.58",88 eft de 1410",6;ce qui donne 
918 ans + pour la durée de cette période. 
Les inégalités précédentes font paroître es moyens 
mouvemens de Jupiter & de Saturne, différens des .vé- 
ritables moyens mouvemens. Onaura le moyen mouvement 
apparent de Saturne, durant une année commune de 365 
jours, en ajoutant à fon moyen mouvement annuel, la 
quantité dont la grande inégalité de Saturne varie dans cet 
intervalle, & cette quantité eft à fort peu-près égale à 
— (48/44 — i.0",1) 
LA EIVAN MAD 
«fin.23/ zu". À EM e PART Te 
+ 51348" — ;,58",88 


On aura le moyen mouvement annuel apparent de Jupiter, 


nisisriSNcir'E NiciErs: 127 


en ajoutant à fon moyen mouvement annuel, la quantité 
précédente afleétée d’un figne contraire, & diminuée dans 
le rapport de 3 à 7.« : 

Cette quantité étoit à fon maximum en 1 560, où l’on a'eu 


sut — 2nt4 5e — 26 + 5134 8"—5:.58",88 — 0; 


à cette époque, le moyen mouvement annuel apparent de 
Saturne étoit plus petit que le véritable, de 20,1; & le 
moyen mouvement annuel apparent de Jupiter furpañloit 
le véritable de 8,6. Depuis ce temps, les moyens mou- 
vemens apparens des deux planètes fe font rapprochés 
fans cefle des véritables moyens mouvemens, & en 178 9 
ils leur feront égaux. 


Ces réfultats expliquent pourquoi la comparaifon des 
obfervations modernes aux anciennes, femble indiquer un 
ralentiflement dans lé moyen mouvement de Saturne, & 
une, accélération dans celui de Jupiter : tandis que Ia 
comparaifon des obfervations modernes indique au con- 
traire une accélération dans le mouvement moyen de 
Saturne, & un ralentiffement dans celui de Jupiter : ces deux 
phénomènes oppofés en apparence, dérivent également 
des inégalités précédentes, dont les obfervations futures 
feront de plus en plus reconnoître l'exiftence. 


H eft fort remarquable que ce foit vers l'époque du 
renouvellement de laftronomie, que les moyens mouve- 
mens apparens des deux planètes ont le plus différé des 
véritables; ce qui a donné lieu aux aftronomes de croire 
que le mouvement de Saturne fe ralentifloit, & que celui 
de Jupiter s’accéléroit fans cefle : trois fiècles plus tard, 
les obfervations auroient fait naître une opinion contraire. 
Les mouvemens que laftronomie d’un peuple afligne à 
Jupiter & à Saturne, peuvent donc nous éclairer fur le 
temps où elle a été fondée. Suivant les tables Indiennes 
de Chrifnaburam, le moyen mouvement fidéral de Saturne, 
dans l'intervalle de 365 jours, eft de 124 12° 23", & celui 


128 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


de Jupiter eft de 301 19" 52". Le premier de ces mou- 
vemens eft en défaut de 23" +, & le fecond efl en excès 
de 10"; ces deux nombres font äsfort peu-près dans le 
rapport de 7 à 3, comme cela doit être, fi l'erreur vient 
de ce que les moyens mouvemens apparens de ces deux 
planètes ont été pris pour leurs véritables moyens mou- 
vemens. Les Indiens paroiflent donc avoir bien déterminé 
ces moyens mouvemens apparens; mais on voit en même 
temps qu'ils les ont déterminés dans une partie de Ia 
période des inégalités précédentes, dans faquelle le mou- 
vement moyen apparent de Saturne étoit fort lent & 
celui de Jupiter, très-rapide. Ces peuples ont deux prin- 
cipales époques aftronomiques qui paroïflent liées entr'elles 
par les moyens mouvemens des corps céleftes, de manière 
que l’une, des deux eft néceflairement dérivée de l'autre. 
La première de ces époques remonte à Jan 3102 avant 
notre ère; & je trouve qu’alors le moyen mouvement 
annuel apparent de Saturne étoit de 124 12/25", & celui 
de Jupiter de 301 19! $1", ce qui s'éloigne très-peu des 
déterminations fndiennes. Leur feconde époque eft dans 
l'année 1491 de notre ère; & le moyen mouvement 
annuel apparent de Saturne étoit alors de 12412/28"+, 
celui de Jupiter étoit de 304 19’ so". Ces mouvemens 
s'accordent moins exaétement que les précédens, avec les 
déterminations Indiennes ; maïs les quantités dont ils s’en 
éloignent , font dans les limites des erreurs dont ces déter- 
minations font fufceptibles, en forte qu'il eft impoflible ; 
par cela feul, de reconnoitre laquelle des deux époques 
eft réelle ou fitive. 


XD XV AT 


Pour réduire en nombres l'inégalité de Saturne, qui 
dépenc de l'angle 2 nt — 4n't + 2e — 4 «, & que 
nous avons confidérée dans l'article XXV1; il faut déter- 


a 4 Da! 
miner les valeurs de a°.{/ =) & de a'.( = ):0r, 


: jai 


DéEnst S'c'i E N'Cc'E s. 129 
j'ai trouvé pour le commencement de 1750, 


)4 
Mrs 7 } 10,004 m922818, 
dan Jen . 
Pat <a | — 0,0024113809; 
€ 


d'où j'ai conclu 
NT 


PE LP EEE TANE 0,00246747: 
Ci 


ce qui donne, par l’article cité, en n'ayant égard qu'à Ja 
partie de » A\ y", qui dépend de l'angle 2721 — 4n't 
+ 26 — 46, 

md ——10"13"{m(2nt—qnr +2 gé + 5 sds2'10"). 


n° 


*0,00167237; 


(52 — 2n):e 


J'ai trouvé de {a même manière, aux époques fuivantes, 


228 ans avant notre ère, 


dy —=—10"45"fin(2u—qn'i+ 2e 4e + 32419 29"), 


VLONETA 
#\y"—=—1 0"39"fin.f2nt— Ant +26 4e +361 59") 


En 1950. 
my == 0/1 0".fin, (2/42 ge + 584169"). 


Ces quatre valeurs de » A\y', font à-très-peu-près repré- 
fentées par la fuivante, 


2H{—4n + 24e 
my —=—(10/13"—/0",0160698).fimt + 55 52’ 19" 
| + i,42",88 34 
Mém, 1785. R 


130 MÉMOIRES DE L'ÂTADÉMIE ROYALE 


& cette formule peut s'étendre à plus de deux mille ans 
auparavant, & à mille ou douze cents ans après 1750. 


XX X V:I IE 


S1 l’on prend la moitié du coéfficient de la valeur pré- 
cédente de ”m d'y',, avec un figne contraire, & que l’on 
change le finus en cofinus; on aura, par l'article X XVI, 


m d\r' 


qui dépend de l'angle 2nt — 4n't 


la partie de : 

a 
+ 26 — 4e. En réduifant enfuite les minutes & les 
fecondes, en parties du rayon, on trouvera à très-peu-près, 


ant— 4nt + 26— 46 + 55152 19". 
+ i.42",8834 | à 


H exifte encore dans l'expreflion du rayon vecteur 7’, un 
terme dépendant de langle $ 2't— 2nt+ 5e — 26, 


& qui rélulte de f’analyfe de l'article X' XV. En défignant 


mdr = 0,0141 s27ol.} 


nm , . Er: 
ce terme par _ , on aura par l'article cité, 


— = —e a mP' fin (sut 2nt+ $é —2e— #1) 


+ e'amQ'.cof. (sn t— 2nt+ Se — 2:— x ) 
10.7" Fi ÉG fin. (/s2"t—2 nt + se —24 
— k'cof.fsn't—2nt+ 5e —26) É 


We. SZ —2u 

En fubftituant au lieu de P”, Q', k & 4’, leurs valeurs ; 

on verra que cette inégalité du rayon vecteur éft trop peu 
confidérable pour y avoir égard. 


X' X X I X. 


Nous fommes préfentement, en état d'apprécier Îe 
degré d’approximation qui nous a donné la grande inégalité 
de Saturne dépendante de langle $n't—2nt+4 5e —26 
Pour cela, reprenons la formule {9 de l'article VII; en 


DE 48: SCIE, N € rs. 331 


y changeant les coordonnées de Jupiter dans celles de 

Saturne, & réciproquement, nous aurons 
dr dr')+mr ddr" 2R 
ce 4 L TE + 3 d'mfn dr. [d'R + sta mfn'drr.( 
a' .n'dr dr 


) 


md y —= . 
: v{i—e) 

la différentielle d' R fe rapportant uniquement au mou- 
vement de Saturne. L’approximation dont nous avons fait 
ufage, pour déterminer l'inégalité dont ïl s’agit, confifte 
à n'employer dans mdr & dans #1 d y," , que les termes 
qui ont pour divifeur {5 #° — 2 n)°; mais vu a grandeur 
de ces termes, il pourroit arriver que ceux qui n'ont que 
Sa — 2n, pour divifeur, fuflent encore fenfibles; ik 
importe donc d'apprécier ces derniers termes. Si l’on néglige 
le carré de &' ; on voit que la queftion fe réduit à examiner 
dans la formule précédente , les termes de 


md(r dr) m#.d dy" 2R 
Ha la y : , & 2a'm.fn'or.r ( ), 
a n'Ùr a ,n'dt dr 


qui dépendans de l'angle LE LÉ —— Qt + SE — 2e, 
ont pour divifeur $ #° —— 2». Il eft vifible d’abord par 
l'article précédent, que Îe terme de l'expreflion de #.r°.dr", 
qui dépend de cet angle, eft peu confidérable, & qu'’ainfr 
fa différentielle eft infenfible, puifqu'’elle ef multiplié par 


le très- foi coéfficient s#" — 2; on voit donc que la 
d(r.d'r) 

quantité Rs ai E QU peut avoir aucune influence fen- 
a" nt 


fible fur l'inégalité de Saturne dépendante de l'angle 
Mg ne Bénrte fe 2e 


r'd dr" m d\y* 


, on fubffitue au lieu de L 


& n'Ùr a° 
la partie de cette expreffion » qui dépend de l'angle 
2Ut— Ant + 26 — 4e , & qui par l'article précédent, 
eft à fort peu-près égale; à 
6" -cof. (zut — ant+2i—ae + s5sds2 19"); 
R i 


Si dans le terme 


132 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fi l’on fubftitue encore au lieu de ——., fa valeur approchée 
2 + e',cof. (né 4 € — x); 

il en réfultera le terme 

2/33"e.cof.(5n't—2nt + St — 26m $ salu or): 


mais onae —0,0 56263, ce qui donne 2/3 3".e—8",608; 
cette. dernière quantité eft prefque infenfible ; ainfi le 


ddr . re 
terme ——————, n’influe qu'infenfiblement fur la grande 


a .n'dt 


inégalité du mouvement de Saturne. 

2R PE 
<= ). Si lon 
ne confidère dans À, que a partie qui dépend de l'angle 
QuE — ant + ÿe — 2e, & qu'on la repréfente 
par G. cof. fs nr — 2nt + A),on aura 


Li 2 dR 
RAR EE IT ) — 2 — 2n 


x [6 + CT coL {sr tant A); 


Examinons le terme 2 a'#.fn'0t.r'.( 


152 


15 7° 
2./$n° — 27) 1 £ 
or on a a Pt ce — ——; on aura donc à très- 
157 225 


2a'.{5n" — 2») 


IS 
pes (5; ), en augmentant 


peu-près, Ég-E 


dans 6, fa conftante a’, de fa 225. partie; ainfi pour 
avoir égard dans l’expreflion de la grande inégalité de 


| i co BREL où 
Saturne, au terme 2ma".fn'0t.r (—— ), il fuffit dans 


le calcul de 3 ma° fn'd1fd'R, d'augmenter 4° de fa 22 5 
partie ; ce qui fait voir que ce terme ne peut avoir qu'une 
influence très-petite, & du même ordre que les carrés des 
excentricités. 


DES) SIC: EN: C:E S. 133 

IL fuit delà que l’approximation dont nous avons fait 

ufage, donne avec beaucoup de précifion, la grande iné- 

galité de Saturne dépendante de langle $ n° — 2nr 

+ 5e — 24, & nous verrons dans la fuite, que 

cette inégalité ainfi déterminée répond parfaitement aux 
obfervations. 

X L. 


S1 l’on raffemble les réfultats précédens, & que l’on fe 
rappelle les formules connues pour avoir l’anomalie vraie 
dans l’ellipfe, au moyen de l’anomalie excentrique, & 
celle-ci, par l’anomalie moyenne; on en tirera les formules 
fuivantes pour déterminer la longitude héliocentrique de 
Saturne, rapportée à fon orbite, & fon rayon vecteur, à un 
inftant quelconque. 

On calculera d’abord es Iongitudes moyennes 21 + « 
& n't + € de Jupiter & de Saturne pour cet inftant, 
ces longitudes étant comptées de l’équinoxe fixe de 1750; 
en ajoutant enfuite à #°# + £', le terme 

LI Li 
— (48'44" — 5.0",10836).fin. D 5 hi PME  : 
+ 540 — :.63",134 
on- formera un angle que je défignerai par @'. 

On calculera æ°, en ajoutant à la longitude moyenne de 
l'aphélie de Saturne pour 1750, la quantité. 15", 81975 ; 
on calculera pareiïllement l'excentricité &", en ajoutant à fa 
valeur relative à 1750, & réduite en fecondes de degré, 
la quantité — ;.0",5 5065. Cela polé: 

On déterminera l'angle 4”, au moyen de l'équation, 


® — ù —= X° + e'.fin. X'; 
& l'angle Y* au moyen de l'équation, 


tang 2 = V(—<- ) ang. 4, 


134 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

e' étant ici réduit en parties du rayon. La longitude hélio- 
centrique 7’, de Saturne, rapportée à fon orbite, & comptée 
de l'équinoxe fixe de 1750, fera 


= + — 31". fin afut— nt 4e — +) 
Ph t … Ds 'E AG : 
= (6! 59",3 +-i.0',0168) fin. } N'a ah © k 


+150 $7"—1.14",215 


—35".cof. {ant zn't 2eme + 2730!) 11".cof(nt +4) 
2ht AN It 2im 4e 
— (10/13 —5.0",01606098 ).fin. + 551 52 19") 
+ Î.42", 8834 
le rayon vecteur 7° fera, 
Fr —a'.(i + &.cof. X') + 0,0039047 
+ 0,0081435.cof. (nt = nt+ e—c<) 
+ 0,0053605fin.(nt—2nt+é—2 + 771 5046") 
2nt— AntH26— 46 
“+ 0,0141527.C0f. BU A RS à 4 : 
+ 5515219" + i.42 ,8834 
a" eft une conftante que l’on peut déterminer par des 
obfervations de Saturne faites dans fes quadratures, & 
dont nous avons donné une valeur fort approchée dans 
Varticle XXTX ; mais a théorie ne doit point emprunter 
cet élément de l’obfervation directe : il doit réfulter de 


la durée de Ia révolution de Saturne, comparée à celle 
de la Terre. 


On a, par ce qui précède, 


Le == 


Si l'on nomme À, N & M pour Ia Terre, ce que nous 


DES SCIENCES. 135 
avons nommé a°,#" & m° pour Saturne, on aura 


LI + M 
VE 


N° — 


Si l'on défigne enfuite par À, ce que devient 4, lorfque 
T'on confidère l'aétion réciproque de J upiter & de la Terre, 
& par C ce que devient cette même quantité, lorfque l’on 
confidère l’action réciproque de Vénus & de la Terre; on 
aura, par l'article IX, pour la partie conftante du rayon 
vecteur terreftre, qui eft indépendante de l’excentricité de 
fon orbite, 


mi 2 m'° Le 
Ritoise-2R RH RE); 


m'* étant la mañle de Vénus : c’eft cette quantité que l’on 
prend pour unité de diftance dans la théorie des planètes. 
En la fuppofant donc égale à l'unité, on aura 


= m dB m'° dC 
RL de ef). 


H eft aifé de voir qu'à caufe de la diftance de Jupiter au 

è am dB 
Soleil, nn. 
inférieure à celles que nous nous fommes permis de négliger 
dans l'expreffion de 7'; la petitefle de m°° permet encore 


r FAeeR dm" dC . : 
de négliger ” er 5x /; On aura ainf, à fort 


) ft une quantité très- petite & 


peu-près, 
a" F 
— = a ; 


R 


mais on 4 par ce qui précède, 


<a Mi - 3 
TR = + gum — 2M); 


en négligeant donc la mafle 41 de la Terre, vis-à-vis de 


136 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
la mafle m° de Saturne, on aura 


a = (fr + Em]. 


Les obfervations donnent le moyen mouvement fidéral de 
la Terre, dans l'intervalle de trois cents foixante-cinq jours, 
égal à 1295090",25$; partant 

N 1295090215 . 


ii ET 17 43966, 
d'où l'on tire 

Li 

GE 0540725: 


& comme le moyen mouvement fidéral de Saturne, dont 
nous venons de faire ufage, diffère très-peu de la vérité, 
1 , + » 

cette valeur de 4° a toute la précifion que l’on peut defirer. 


X LE 


IL nous refte préfentement à confidérer le mouvement 
de Saturne en latitude. Pour cela, il faut reprendre Îa 
valeur de As de l'article XT, en y changeant As en As”, 
& a, n,e, p, q, dans a, n',e, P' q', & réciproquement. 
Les arcs- de-cercle que renferme l’expreflion de #d\s”, 
étant dûs aux variations féculaires du plan de l'orbite; il 
eft clair que pour y avoir égard, il fufhit de faire varier 
la pofition des nœuds & l'inclinaifon de l'orbite de Saturne, 
fuivant les formules de l'article XX XI. Quant aux autres 
termes de l’expreffion de # A\s', il eft aifé de voir que le 
plus confidérable eft celui qui dépend de l'angle #5 — 2 n'e 
+ € — 25’, à caufe de la petitefle de fon divifeur; or, 
en calculant ce terme, on trouve qu’il n'excède pas quatre 
fecondes; on peut donc le négliger. On trouve pareillement 
que la partie de md\s", qui dépend de l'angle 215 — 4n't 
+ 26 — 4e", & dont nous avons donné l’expreffion analy- 
tique dans l'article X XVI, n’eft que d’un petit nombre 
de fecondes; ainfi, dans le calcul de {a latitude de Saturne, 
il 


2 


DES Sciences. 137 


il fuffit d'avoir égard aux inégalités féculaires de La pofition 
de fon orbite. 


On calculera donc fa longitude 7° du nœud afcendant 
de Saturne, en ajoutant à fa valeur relative au commen 
cement de 1750, la quantité — i.8",72696; & l'on 
aura l'inclinaifon 8° de fon orbite, en ajoutant à fa valeur 
Pour 1750, la quantité i.0",094726. On aura ainfi la 
pofition de l'orbite de Saturne, relativement à l'équinoxe 
de 1750, & au plan de l'écliptique à cette époque. 


Si fon vouloit rapporter le mouvement de Saturne à 
lécliptique vraie, il faudroit ajouter à la longitude de fon 
nœud , la quantité — ;,18", 7; & à l'inclinaifon de fon 
orbite , la quantité — ; , 0",16. Cela fuppole que Ja dimi- 
nution féculaire de l'obliquité de l'écliptique eft d'environ 
50 fecondes ; mais il ne peut réfulter de cette fuppofition , 
aucune erreur fenfible fur fes mouvemens de Saturne, & 
principalement fur fon mouvement en longitude, le plus 
important à confidérer ; à caufe des irrégularités qu'il 
préfente. 


Lorfque l’on aura déterminé par ce qui précède, le lieu 
héliocentrique de Saturne, & fon rayon vecteur; il fera 
facile d'en conclure fon lieu géocentrique. Pour rapporter 
à l'équinoxe mobile, les longitudes héliocentriques & géo- 
centriques de Saturne, il fufit de leur ajouter 1a quantité 
3.50", 25; le mouvement annuel des équinoxes dans ce 
fiècle, ayant été trouvé à très-peu-près égal à 50" z Mais 
dans le calcul des obfervations anciennes » il faut avoir 
égard à l'inégalité de a préceflion des équinoxes dans les 
différens fiècles. 


Les formules précédentes fuppofent que l’on connoît 
exaétement les élémens de l'orbite de Saturne pour le 
commencement de 1750; nous en avons déja donné des 
valeurs fort approchées, dans article XX1X ; nous allons 
les rectifier encore par a comparaifon de Ia théorie pré-= 
cédente, avec les obfervations modernes, , 

AMém. 178 fe S 


138 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
PESTE 


Comparaifon de la théorie de Saturne avec les obférvations 
modérnes. 


Les oppolitions de Saturne ayant F’avantage de donner 
immédiatement fa longitude héliocentrique, & les aftro- 
nomes les ayant obfervées par cette raifon avec un foin 
particulier, nous comparerons avec elles, la théorie précé- 
dente ; nous ne confidérerons que les obfervations en 
longitude, parce que le mouvement de Saturne en latitude 
eft aflez bien déterminé par les tables, & que le principal 
objet de nos recherches eft de voir fi la théorie de la 
pefanteur univerfelle repréfente les inégalités du mouve- 
ment de cette planète, en longitude. LL 

Dans le calcul des obfervations modernes, on peut fimpli- 
fier la règle générale que nousavons donnée dans l'article AU, 
pour déterminer {e lieu héliocentrique de Saturne; & l'on 
peut y fubtituer la règle fuivante qui s'étend à toutes les oppo- 
fitions de cette planète, obfervées depuis T'ycho jufqu'à nous. 

On calculera d’abord le moyen mouvement fidéral nt 
de Saturne, depuis le commencement de 1750, en fup- 
pofant ce mouvement égal à 43966",5, dans l'intervalle 
de 365 Jours; en ajoutant enfuite à ce mouvement, 71 214 
17/ 20", on aura [à valeur de »°+ + «', relative à l'inftant 
pour lequel on calcule. 

On déterminera enfuite le moyen mouvement fidéral n# 
de Jupiter, depuis 1750, en fuppofant ce ouvement 
égal à 109182", dans l'intervalle de 365: jours; en lui 
ajoutant enfuite 3444/ 30”, on aura la valeur de n? + €, 
rélative à l'inftant pour lequel on calcule. 

On peut, dans la détermination des angles 11 + € &. 
n't + <', faire ufage des tables de Halley, calculées pour 
le méridien de Paris. Suivant ces tables, le moyen mou- 
vement de Saturne en longitude , par rapport à l'équinoxe 


mobile eft de 4400 1",46, dans l'intervalle de 365 jours; 


_ 


DES" S'C1E Nc Er $s. 130 
ainfi l'excès de ce mouvement fur le précédent, eft 
de 34,96; il eft par conféquent de 34",98 durant une 
année julienne. D'ailleurs, en 1750, fa longitude de 
Saturne étoit par ces tables, plus petite de so’ 56", 
que 7° 214 17" 20"; on aura donc la longitude moyenne 
: AA PR ajoutant à Îa longitude déterminée par ces 
tables, la quantité $o' 56" — i.34",08. 

On aura pareïllement {a valeur de #1 + €, en ajoutant 
à [a longitude de Jupiter, déterminée par les mêmes tables, 
la quantité — 20! 47" — i.56",13. 

On retranchera de #' 1 + e , le terme 


ROME NE i.0",1) in. 
foit p' Ia différence. 
On calculera l'angle &', d'après la formule 
GP date PPODINQUE 53 1581975. 
Cela pofé, la longitude vraie v', de Saturne, comptée fur 
fon orbite, & rapportée à l'équinoxe fixe de 1750, fera 
donnée par la formule, 


—i.58",88 


V, = Q — [33kor" 2.11] fin (pt — ') 
or: 81$".fin. 2 ./9 — x) 
5 40.Un. 57/0 — a") 


SE — ant + sé — 26 + p34 87 


» 


26 Li LICE : d 2! ” 
63 ne" AN É +4 26 4e Eheuÿ5 52 19 


—+i.42",8834 
+ 419.1) 


ii LA 2 TS 


Ed CON/2pE LE 3UT + 26— 3e + 27 30/) 


an ON PI 1e 20 f “E 2t— 26) 

+ 11".cof./n # + €) 

ds der dns — 2de".fin/@" — x) 

ee re dns ess spin a a); 
1] 


2H nt + 26 — 6 nEsrhse ob" at 


140 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


de’, d'n', de’, & d'a’, étant les corrections que doivent 
fubir, la longitude moyenne de Saturne au commencement 
de 1750, fon moyen mouvement annuel, fon excentricité 
& la pofition de fon aphélie. 

La rédudion à l'écliptique fera à fort peu-près, 


— 99".cof. /2v°, + 464 58’); 


y", étant ici la valeur précédente de y”,, lofqu’on négfige les 
corrections des élémens. On rapportera enfuite la longi- 
tude précédente de Saturne, à l'équinoxe mobile, en Ii 
ajoutant /.50",25,4exprimant dans tout ce qui précède, 
ke nombre des années juliennes écoulées depuis 1750. 


MALE 


Pour déterminer Îles corrections Se’, An”, de”, & d'a’, 
jai choift vingt-quatre oppofitions de Saturne, difpofées 
d'une manière avantageufe pour cet objet, & que la loi des 
erreurs des tables de Haïley, auxquelles on a comparé 
toutes {es oppofitions de cette planète, m’a fait reconnoître 
comme étant aflez précifes. Je fuppoferai que les longi- 
tudes données par ces’ oppofitions, font des longitudes 
vraies, ce qui n’eft pas parfaitement exact, puifque les 
oppofitions calculées par Halley, fur les obfervations de 
Flamftéed, font affectées de l’aberration & de la nutation 
qui n’étoient pas encore découvertes. I feroit très-utile 
de reprendre Îes obfervations originales qui ont fervi à 
déterminer les oppofitions de Jupiter & de Saturne, &t 
d'y appliquer l’aberration, la nutation & les pofitions mieux 
connues des étoiles; mais en attendant que ce travail im- 
portant {oit exécuté, j’emploirai les oppoñitions telles que 
les aftronomes les ont données, & je fuppléerai par leur 
nombre, à la précifion qu’elles Haiflent encore à defirer. 


La comparaïfon des oppofitions calculées, avec les oppo- 
fitions obfervées, donne des équations de condition qui 
fervent à déterminer les corrections des élémens de Saturne. 


m'est S'icre NC Es: 141 
Prenons pour exemple l’oppofition de cette planète en 
1700. Cette oppofition a eu lieu le 3 feptembre, à 3} 2", 
temps moyen, à Paris. On tire de-là, pour cet inftant, 
are ras 

nf nanfon8d 280 36",8; 

FE eau 61 46" aa. 
Le terme 
; : n'i—2ni+ ge — 2e 

844" —}.o"1).fin.) ? 

[48"44 9,17 "fm D AE uen 


devient 40" 5", 1; en le retranchant de »°# + €’, on à 


î 


r 


CR CLR MESURER 
On trouve enfuite 

fe == "etape 24" 
on aura aïnfi, 

g— ms = 7954 8"; 
d'où lon tire 
— (23201"—5.1",1).fin(g"—m") —=—22804",8: 
+ 815".fin2/g — 7 )—+281",3; 
— 40".fn. 3./g —m = + 34" 5. 
On 2 de plus 
— 613".fin LL M ses die 
+ 555219" + i.42", 8834 
DUAL Note 


+ 419".fin. . 
419 I he 1 sd d $7" —i.14",215 


= + 54", 


o 


LA 


= + 298",3; 


— 35".cof. Cents ni + 26— 36 +27130/)—— 24", 5; 


— 31". fin (ant 2n + 26 — 26) = +4 30,8; 
+ 11",c0f faute) = + 6",6, 


142 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

En réuniffant tous ces termes, on aura — 6412! 2",3; 
cette fomme ajoutée à @* donnera 11f 114 39 18108 
ce fera la valeur de ',, ou la longitude de Saturne comptée 
fur fon orbite, de l’équinoxe fixe de 1750 , lorfqu'on 
fait abftraction dés correétions des élémens. Cette valeur 
de v', donne —— 97", 4 pour la réduétion à l'écliptique ; 
d’ailleurs, 4.50", 25 eft, dans ce cas, égalà— 41’ 18”,8 ; 
en ajoutant ces deux quantités à la valeur de v'., on aura, 
abftraction faite des corrections des élémens, 1 1f rod P 
21",8 pour la longitude de Saturne fur lécliptique, & 
rapportée à l’équinoxe mobile. 

Maintenant on a 


fin. (pg —x')—0,98451;cof (p — x") =0,17532; 
la vraie longitude de Saturne fera donc | 

119 104 $5/21",8 + de — 40, 33.dn" 
— 29e .0,98451 + 2e'.{\a — d'e').0,17532. 


La longitude calculée par Halley, fur les obfervations de 


Flamitéed, étoit au même inftant égale à 1 11 104 $8/ 0"; 
en retranchant cette longitude de Îa précédente, on aura 
Féquation de condition 
o = — 2/38",2 + d\e — 49, 2320 
— 2d\e.o,98451 + 26° .(dæ" — S\e).0,17532. 
C'eft ainfi que j'ai formé les vingt-quatre équations de 


condition fuivantes ; le temps des oppofitions eft compté 
en temps moyen à Paris, fuivant le nouveau flyle. 


for. 30 Décembre, 22h 1. 
Longitude héliocentrique obfervée — 3f94 23" 14". 
(50 = — ur, g HAE — 158.Nn" 
+ 24e" ,0,22041 — 26 .(dm'—d4).0,97541. 
en 


niessm Sc E NICE NS 143 


1598. 20 Mars, 23h10". 
Long. obf — 6043335". 
(30 = — 3 32,7 + Je — 151,78 .dn 
+ 24d\e".0,99974 — 2e" .(Nm'—d'é).0,02278. 


f 


1660. 27 Avril, 224 0", 
Long. obf  — 7" 84 4e! 56”. 
G):50 = — s'12",0 H de — 89,67.d\r 
+ 246 .0,79735 + 2e.(Na—dé).0, 60352. 


1664. 14 Juin, 15" 267. 
Long. obf. — 8f 244 31’ 10”, 
(4)50= — 3567 + he — 85, 54.97 
— 2de.o,o4241 + 26 .(Nam — fi).0,99910. 


(l 


1667. 21 Juillet, 0" 341. 
Long. obf. — 32843110". 
{550 = — 331,7 + 4e — 82,45 Jr" 
—2de.0, 57924 26" .(Na'—di).0,81516. 


1672. 20 Septembre, 124 167, 
Long. obf. — 111284 41° 47". 
(6):0—= — 3 32,8 + Ne 2 77,28 .9 x" 


— 2d\e".0,98890 — 2e (Na — d\e').0,14858. 
RS 


144 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYaALE 
1679. 25 Décembre, 22 29". 
Long. obf. — 3f 44 54 0", 
(7):0 = — 3 9",9 + dé — 70o,o1.r 
+ 2de.0,12591 —2e .{Nm —dé).0,99204 


1687. 29 Mars, 11" 221. 
Long, obf. — 6f 94 24 20", 
(8);,0 = — 4'49",2 + de" — 62,79 .Nn° 
+ 2 d'e,0,99476 + 2e (Nm —d\e).0, 10222, 


1690. $ Mai, 6* 467. 
Lonpe ob 7" Des To 
(9):,0 = —3'26",8+ de — 59,66. n 
H2de,0,72246 + 2e'.(Næ'—d\«),0,69141. 


1694 21 Juin, 21 18". 


" 


Long. obf. —.of 19 z1° 10°, 


(ro); QU — 3 4,96 der iss:52, de 
— 296 ,0,07303 +26 ,(Na —d\i").0,99733. 


1697. 27 Juillet, 9° 31! 
Long. 6bf., — 1of 5449" 30". 
(Uu),o = 2374 + Ne — 52,43 .d\n 
— 2de",0,66945 +2e.(Na'—dé).0,7428 5, 


RE REINE ETES 


} 


DES SCIENCES «. 145 
À 
1701, 16 Septembre, 24 2! 


Long. obf. — r1f 234 23 30". 
M)s 0 fe de sa MU NE > en 48,29 .d\n' 


—242.0,99903 —2 € .(Na'—dé).0,04435. 


——_—_————— 
1731. 23 Septembre, 7 SE 441. 
Long. obf. — of oï 30! 50/: 
(3) 0 — are — 18,27. n° 
. 29e .0,98712 — 2e". (Pa —{s).0, 15998. 
——— 
1738. 28 Décembre, 14 71 
Long. obf. — 3° 64 aa ss 
(14); o — —4/.9",5 + dé — 11,01 .J" 
H2de.0,137$9 — 26°. (Na — de).0,99040. 
———————_—_—__—_— 
1746. 31 Mars, 10 pr! 
Long. obf. — 6 114 244" 
{rs); O— — 4! 58",3 + de — 3,75.dx 
+ 2de6'.0,99348 + 2€ .(da" —dé).0,11401. 
——___—_—_—_—_—_—_— 
1749. 7 Mai, Ê 10! 
Long. obf. — 7 174 12’ 31 
Ge dla Me 0,6$.Nn" 
2e .0,71410 + 26° .(/Næ" — d\e').0, 70004, 


ED NE 
Mém, 1785. T 


746 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
173. 23 Juin, 22 61. 
Long. obf. — 3! 24 53! 49”. 
(17)50 = — 1 58",2 + de + 3,48 du 
— 2de°,0,08518 -# 2e'./dm' —d6).0,99637- 


1756. 29 Juillet, 12h 10". 
Eong. obf — rot 7#"5"050". 
(18); o —= — 1’ 35",2 + de + 6,58 73 


— 2d\e'.0,67859 + 2e'.(fa'—').0,73452» 


1760. 17 Septembre, 8 11": 
Long. obf. — x1f 254 18° 24° 
(io); o brome ke tro,72t dr 
— 2d'e".0,99838 — 2e'.(fæ'—de).0,05691. 


1767. 22 Décembre, o fa’. 
Long. obf. — 3f od 32° 45”. 
(20); 0 = — 1" 40",2 + Je + 17,98 An" 
+ 2dk".0,03403 — 26*.(Nm' — J').0,99942. 


177$. 25 Mars, 20h 4r°. 
Long. PHONE Net AE le 
(22) 5 ER EMA EEE 7522 Ar 
+ 2d\e".0,99994 + 26° .(Nm" — J%').0,01065:. 


PRES ET REP SRE COEUR 


pessin St6:ri tt NC 5 5: 147 
LAPS. I Main 21" 27. 

Long: obl. = 74 rade" ci 
(22);50 + — 4 32",9 + de + 28,33 dr. 

+ 2d\e'.0,78255 2 ee. 0,62 5 59. 


1782. 18 Juin, 17" 33!. 
Long. obf. = 8! 274 55451. 
(23)50 = — 444 + dé + 32:46 N° 
4 2d\e".0,01794 + 26°, (dé == de") ,0,90984« 


1785. 24 Juillet, 6 2. 
Long. obL == jrof 24:31 57". 
(24): 0 = — 4 17,6 He + 35,56 .dn° 
— 2d\e',0,59930 + 26 .(Na' — d4').0,80053. 


X LÉ v. 


S1 l’on ajoute énfemble les vingt-quatre équations pré- : 
cédentes, on aura 


{a); o —— 4898",7 + 24.d\6 — 866,76 .An° 
+9 e".0,92446 + 26 .(dæm' — de).5,54318, 
En retranchant la fomme des douze premières, de la fomme 
des douze dernières, on aura 
(D); 0 = — 124",3 + 1120,08.4n" 
= 2d6.0,26234 + 26 (Na ge de) :0,00632. 
1J 


148 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Le fyftème des équations — (1) + (3) + (4) — (7) 
+ (10) + (11) — (14) + (17) + (18) — (ao) 
+ (23) + (24), donne 
(io—= — 15 34",9 + 4de + 15,96 .9n 
— 2d\e".1,76579 + 2e°.(Naæ — d«').10,83142. 
Enfin le fyflème des équations + (2) — (5) — (6) 
MON (raie sr (es) mb) 
— (19) + (21) + (22), donne 
(ds 0o—— 12 38",6 + 29e — 9,50.dn 
+ 2d\e".10,75969 + 2e .(Næ' — J\e).1,81580. 
De ces quatre équations (a), (b), (c), (d), on tire 
Me Sas, 
DR = OS LE 707) 
2Ne=\j0",094, 
Ma — 54" 
Si l'on redifie, d’après ces réfultats, les élémens de Saturne 
donnés dans l’article X XX}; on aura au çommencement 
de 1750, 
ct id 20 aa. 
am == 81284 13" gr 
6 —'0,6$6350: 
La valeur de A r° indique qu'il faut augmenter d’un neu- 
vième de feconde environ, le moyen mouvement fidéral 
de Saturne; ainfi, au lieu de le fuppofer, comme nous 
Favons fait, de 43966",5, nous le fuppoferons égal à 


43966,6. La correction d\r' eft donnée par l'équation /b) 
qui réfulte de la comparaifon de vingt-quatre obfervations 


Deus  S:C- LE NI C E 6: 149 
prifes deux à deux, & refpectivement éloignées de deux, 
de auatre & de fix révolutions de Saturne. J'ai choifi ces 
diftances refpeélives ; parce que les petites inégalités 
que j'ai négligées, & qui peuvent avoir quelque influence 
fur le mouvement de Saturne, fe rétabliflent à fort peu- 
près dans l'intervalle de deux révolutions de cette planète, 
en forte qu’elles ne produifent aucun effet fenfible fur la 
détermination précédente de fon mouvement fidéral. 


X L V: 


Les élémens que nous venons de trouver, fubititués 
dans les formules de. larticle XL, donneront à fort peu- 
près, le lieu de Saturne, pour un inftant quelconque ; 
mais dans le calcul des obfervations modernes, il fera plus 
fimple de faire ufage des formules fuivantes. 

On déterminera le moyen mouvement fidéral #4 de 
Saturne, depuis 1750, en fuppofant ce mouvement de 
43966",6, dans l'intervalle de trois cents foixante-cinq 
jours; «en ajoutant enfuite à ce mouvement, 7! 21420 44", 
on aura la valeur de n'# + +’, relative à l'inftant pour 
lequel on calcule. 

On déterminera pareïllement le moyen mouvement fidéral 
nt de Jupiter, depuis 1750, en fuppofant ce mouvement 
de 109182" dans l'intervalle de trois cents foixante-cinq 
jours ; en ajoutant enfuite à ce mouvement, 34 44! 30", on 
aura la valeur de nf + 6, relative à l'inftant propolé. 

On pourra, dans la détermination de ces angles, faire 
ufage des tables de Halley, de cette manière. Soit i le 
nombre des années juliennes écoulées depuis 17 50 jufquà 
l'inftant pour lequel on calcule; on déterminera par ces 
tables, la longitude de Saturne, relative à cet inftant; & 
en fui ajoutant 54 20" — ;.34,88, on aura la valeur 
de nt + &'. On déterminera pareïllement par ces tables, 
la longitude de Jupiter relative au même inftant; & en 
lui ajoutant — 20! 47" —i.56",13, on aura nt + & 


150 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoïYALE 
On retranchera de #°# + ', la quantité 


RL Re à mn one dre een Tu 
(48' 44 — ion) fn) 5888 


foit o' la diflérence. 
On calculera l'angle æ', d'après la formule 
m == 81284 13/9" + i.15",81975- 


Cela pofé, la longitude vraie »', de Saturne, comptée fur 
fon orbite, de l'équinoxe fixe de 1750, fera 


= g — (23231 —i.1"1).finfg — =") 
+ 817".fm 2./9 — = 
— 40".fin3./g — x) 
ant — qu t + 26 — 4 pu (SD EM ro" 
Hiée42,8 8 34 
te nt+ a 64 15 0! “a 
— i.14",215 


hs 61 3" fn) 


su 419" fin. | 
— 35".cof. (ant — zn't + 26— 35 + 27430!) 
— 31".fin. (aut— 241 + 26—2:) 
+ ri" cof. (nt + 6). 


La longitude 7° du-nœud afcendant de Saturne, relati- 
vement à l’équinexe fixe de 1750, fera 


3 21d 31! 17 4m 42187; 


l'inclinaifon de fon orbite, fur fe plan de lécliptique 
vraie, fera 


24 30! 20" — i.0",16. 


pietsN IS CITE NUC:E 34 154 
On aura à très-peu-près la longitude héliocentrique de 
Saturné rapportée à l'écliptique vraie, & comptée de 
l'équinoxe mobile, en ajoutant a v,, la quantité 


i.50",25 —" 99".cof. /2 v, + 461 587); 


& lon aura fa tangente de fa latitude héliocentrique 
rapportée au même plan, en multipliant la tangente de 
Yinclinaifon de fon orbite fur ce plan, par fin. /v, — 1). 


Enfin, le rayon vecteur r' de Saturne fera donné par 


la formule 
0,526846 j 
= 9559770 +} 53994 Lcof (0 —%) 


— i.0,00002 $47 
— 0,015108.cof. 2. /g — a) 
— 0,000640 .cof. 3. {9 — x) 
ee OA (nt nt + e— 4) 

+ 0,0053605.fin.fnf — 2n'f + e — 2e + 77d50/46") 
+ 0,0141527.cof. HET Ha 55152" 1 ! 


IT fera facile, au moyen de ces expreffions, d’avoir la 
Jongitude & Ta fatitude géocentrique de Saturne , pour un 
inflant quelconque. 


3 BV 


IL faut maintenant examiner jufqu’à quel point fes for- 
mules précédentes fatisfont aux obfervations de Saturne. 
La table fuivante préfente le réfultat de la comparaifon de 
quarante-trois oppofitions de cette planète, avec ces for- 

mules & avec les tables de Halley. 


152 


HNEMMNPISIMMTONY EN", 
à Paris, 


NOUVEAU STYLE. 


(m5 om e — DC EU ESS PRESSE 


ANNEES, 

1582. 30 Août. 23" 12° 
1591. 30 Déc. 22. 14. 
1598. 20 Mars, 23. o. 
1660. 27 Avril. 22. o. 
1664. 14 Juin. 15. 26. 
1667. 21 Juillet, o. 34. 
1672. 20 Sept. 12. 16. 
1676. 13 Nov. 7. 56. 
167925 MDéc. 22. 39. 
1684-18 Fév. 118. 8. 
1686. 16 Mars. 10. 52 

1687. 29 Mars. 11. 22 

1690. $ Mai 6. 46. 
1694. 21 Juin, 21. 18. 
1697. 27 Juillet, 9. 31. 
1700. 3 Sept, 3e 2, 
1701. 16 Sept, Site 
1705. 8 Nov. 9. 19. 
1712, 31 Jany. ©. 28. 
1719. 30 Avril, 20. 30. 
1722, S$ Juin, : 13 49 

1727. 4 AOùÛt. 9. 54. 
1731, 23 Sept 15. 44. 


LONGITUDE 
HÉLIOCENTRIQUE 
DE SATURNE, 


obfervée. 


FORCES 
de la 
LONGITUDE 
HÉLIOCENTRIQUE 
calculée par les 
formules précédentes, 
fur Ja 
longitude obfervée. 


be LUE TE LE 0 di 56” 
mA PES) QUO — ‘O0. 54. 
— lo! 5711 ECO: 07e 
— 1. 36... SOUMET 
No Se)" + 3. 20. 
HO 2ITse rs ete + 3e 50. 
— 0.158... + 3. 2 

NO NS toit + 1. 31° 
— ©. Id... De. $72 
— I. 40. == D 12 Le 
— O0 SI... — 115. 28. 
tr Oic-e — : 4. $4. 
+ ©. 25... — 7. 59. 
H Ie 29: — + 9 0. 
+ O0 2$:5%.. — 9 35: 
+ 0. 8.... — 8. 44. 
DOS LE —1P 8.0 NDe 
Ar. 38. ...u|... — "2142 
Tee. + 4 11. 
— ©. 53: hi ÿe 16. 
— O+ 3e. + 2 2 

not trrv se = LIN 13» 
— 0. 47... — 4: 50. 


MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


EXIGE S 
de fa 
LONGITUDE 
calculée par les Tables 
DE HALLEY, 
fur la 


longitude obfervée. 


NE MÉRSP4MNONY'E NN; 


à Paris, 


NOUVEAU STYLE. 


. 16 Nov. 

. 28 Déc. 
7 Fév. 

. 31 Mars. 
7 Mai. 

. 23 Juin. 

. 29 Juillet, 

+23 Aout. 

. 17 Sept. 

. 27 O&, 

. 23 Nov. 

22 Déc 
4 Janv. 

. 14 Fév. 

25 Mars. 

. 1.9 Mai. 

. 25 Mai. 

* 18 Juin. 

+ 24 Juillet. 
s Août. 


/ 


Mémn. 1785: 


Les trois premières oppoñitions obfervées par Tycho, ont 
été données par M. de Caffini, dans fes Élémens d’aftro- 


SUCHIVEUN. CLE -5, 
EUX_C ES 
de Ja 
LONGITUDE 


EXT CES 
de la 
LONGITUDE 
HÉLIOCENTRIQUE 


calculée par les 


LONGITUDE 


HÉLIOCENTRIQUE 


calculée par les tables À 


DE SATURNE, 
formules précédentes, DE HALLE, 


obfervée. fur Ja longitude fur la 


obfervée. longitude obfervée, 


+++ 


CN 

. . 
b 

M 

. 


e APN s. Lao ete, Le Se s 10201 


tH+tttt 


% 
mi 
- 


2 


fs see 


II. 
e 27 55e 
HO 2-13 


13. 40. 


.. 


10. 


154 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


nomie. Les oppoftions fuivantes jufqu’en 1772 ,. font 
tirées du fecond volume du recueil des tables aftronomiques 
publiées par l’Académie de Berlin ; mais comme les oppo- 
fitions rapportées dans ce recueil, & fur-tout celles du 
dernier fiècle & du commencement de celui-ci, ne font pas 
très-exactes, & qu’il y a quelquefois des différences de plus 
de deux minutes de degré, entre les oppoñitions obfervées 
à Paris & à Londres ; j'ai choïfi les oppofitions qui, par leur 
accord avec celles qui ont été obfervées dans d’autres lieux, 
m'ont paru mériter le plus de confiance. Les oppofitions 
de 1775 & de 1778, ont été calculées par M. Mechain, 
& je fuis redevable des quatre dernières, à M. de Caffini. 

On voit que nos formules font prefqu’entièrement difpa- 
roître les grandes erreurs des tables, & les réduifent à moins de 
deux minutes. Une partie des erreurs qu'elles laiflent encore 
fubfifter , doit être attribuée aux obfervations elles-mêmes, 
& au peu de précifion que on a mis dans leur calcul. J'ai 
lieu de croire cependant qu’il exifte dans la théorie de 
Saturne, de petites équations négligées dont la fomme peut 
furpafler une minute, & que parmi les inégalités du fecond 
& du troifième ordre, celles qui dépendent des angles 
Din te, jni—nt+ ze —e, & 2nt— zut 
+ 26— 36, font aflez fenfibles pour y avoir égard. Il 
fera facile de les déterminer par l’analyfe de la première 
fe&tion, Iorfque de nouvelles obfervations très-précifes, ou 
un calcul plus exaét des oppofitions déjà obfervées, permet- 
tront de comparer fur ce point, la théorie avec la nature. I 
ne s’agit plus maintenant que de légères différences qui , pour 
être conftatées , exigent des obfervations délicates ; le travail 
intéreflant que M. de Caflini publie chaque année , nous 
mettra bientôt en état de faire cette comparaifon. 

Les oppofitions précédentes embraflent un intervalle de 
plus de deux fiècles; elles font toutes comprifes dans le 
premier quart de la période aétuelle de la grande inégalité 
de Saturne, qui, comme on l’a vu dans l'article XXXVI, 
étoit nulle en 1560, & fera à fon waximum en 1789.11 


DYES,.S.C:L'E N;C E 8. 155 


feroit à defirer que nous euflions de bonnes obfervations 
relatives aux différentes parties. de la période antérieure, 
pour y comparer notre théorie. Les obfervations de Saturne 
faites dans les premiers temps du renouvellement de FAftro- 
nomie, font trop imparfaites, & ne font pas aflez éloignées 
pour cet objet; celles des Arabes nous font inconnues; 
elles font peut-être confignées dans les manufcrits qui nous 
reftent fur l’aftronomie arabe. Ces obfervations d’autant 
plus intéreffantes, qu'elles rempliroient le grand intervalle 
qui fépare les obfervations modernes, des anciennes , mé- 
ritent l'attention des Savans dans Îles langues orientales. 
Dans l’état actuel de nos connoiflances, il ne nous refte plus 
qu'à comparer nos formules , aux anciennes obfervations, 


DATENT UE 


Comparaifon de la théorie de Saturne avec les obfervations 
anciennes. 


LA plus ancienne & a meilleure obfervation de Saturne, 
que Ptolomée nous ait tranfmife, a été faite par les Chal- 
déens. Le 1.” mars de l'an 228 avantnotreère,à 4! 23", 
temps moyen à Paris, Saturne fut aperçu deux doigts 
au-deffous de y de la Vierge. Il peut y avoir une ou deux 
heures d'incertitude fur {änftant de l'obfervation ; mais vu 
Îa lenteur du mouvement de Saturne, cette erreur eft infen- 
fible. La fongitude de y de la Vierge, au commencement 
de 1750, étoit, fuivant le catalogue de M. de la Caille, égale 
à 616141! 10". On n’a point reconnu de mouvement dans 
cette étoile; & fi l’on fait au catalogue d'Hipparque, les 
réduétions convenables, on trouve qu’elle a maintenant la 
même pofition qu’au temps de cet aftronome. Nous pouvons 
donc fuppofer fans erreur fenfible, que le 1.” mars de 
Tan 228 avant notre ère, à 4h 23/, la longitude géocen- 
trique de Saturne rapportée à féquinoxe de 1750, étoit 
61.64 41/10", 

Voyons ce qu’elle devoit être fuivant notre théorie. 


U j 


156 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


* Pour cela, il faut reprendre les formules de l’article XL. 
J'ai trouvé d’abord pour le 1.” de Mars de l'an 228 
avant notre ère, à 4" 23, 


di +e = 5291 59 27,4, 
tes AE UE NE À © ca 
ce qui donne — 19'41",8 pour la grande inégalité de 


Saturne, & par conféquent 


g _— 5 291239" 45,6. 
On avoit, à la même époque, 
MN 10040 LA, 


€ 


Î 


0,061415; 
d'où l’on tire 
Fe = 61 6429" 9”. 


On trouve enfuite + 1’ 47", s pour la fomme de tous 
les autres termes de y; ; partant 


PS GIE! KE NS. 


La longitude du nœud de Saturne par rapport au plan de 
l'écliptique de 1750, étoit alors 3f 264 18° 57", & Vin- 
clinaifon de l'orbite étoit 24 27’ 13"; ainfr la réduction 
à ce plan étoit — 1/ 2". La longitude héliocentrique de 
Saturne, rapportée au même plan, & à l’équinoxe fixe de 
32750, étoit donc égale à 6 6429! 54,5. 

Le rayon vecteur r' de Saturne étoit égal à 9,67315; 
la longitude de la Terre au même inftant, & rapportée à 
l’équinoxe fixe de 1750, étoit 61 54 3° 35"; & fon rayon 
vecteur étoit 1,00113 ; d’où il eft facile de conclure que la 
longitude géocentrique de Saturne étoit égale à 6! 64 40’ 
14", 5. La longitude obfervée étoit 616441’ 10"; ainfil'excès 
de nos formules fur l’obfervation, et — 55",5. 


DES S\ cr É N°c E 5. 157 


La précifion avec laquelle lobfervation chaldéenne ef 
repréfentée par la théorie, donne lieu à plufieurs confé- 
quences intéreffantes. 


La première eft qu’il faut bannir les équations féculaires, 
de la théorie des planètes. La comparaifon de vingt-quatre 
obfervations modernes combinées deux à deux, & refpec- 
tivement éloignées de deux, de quatre & de fix révolutions 
de Saturne, nous a donné dans l'article X LV, le moyen 
mouvement fidéral de Saturne égal à 43906,6179, dans 
l'intervalle de trois cents foixante-cinq jours ; l’obfervation 
chaldéenne donne ce mouvement égal à 43996", 57109. 
Ces deux réfultats ne diffèrent pas de = de feconde. En 
fixant donc par un milieu, ce mouvement à 43096",6, 
on ne doit pas craindre une erreur d’un quart de feconde ; 
d'où il fuit que cé mouvement eft un des mieux connus de 
notre fyftème planétaire ; & comme il repréfente fans le 
fecours d’une équation féculaire, les obfervations anciennes 
& modernes de Saturne, on voit que cette équation dont 
j'ai fait voir autrefois l'impofhbilité par Îa théorie, eft 
pareïllement exclue par les obfervations. 


La feconde conféquence eft que les comètes n’ont point 
d'influence fenfible fur notre fyftème planétaire. Saturne, 
à raifon de fon éloignement du Soleil, en auroit éprouvé 
des dérangemens très-fenfibles, fi Ieurs mafes étoient com- 
parables à celles des planètes; & puifque la feule aétion de 
Jupiter fufit pour rendre raifon de toutes fes inégalités, 
Taction des comètes eft néceffairement très- petite. Elle 
pourroit cependant avoir altéré de plufieurs minutes, les 
mouvemens de Jupiter & de Saturne, depuis Hipparque 
jufqu’à nous, fans que nous puiflions nous en apercevoir, 
à caufe du peu d’exactitude des obfervations anciennes , & 
des mouvemens particuliers des étoiles auxquelles elles fe 
rapportent, & qui ne font pas encore connus. Aiïnfi l'in- 
fluence des comètes fur notre fyftème planétaire, eft un de 
ces phénomènes aftronomiques, dont Ha détermination eft 


l'an 127, 


1339 
136, 


153 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


réflervée aux générations futures ; {es obfervations anciennes 
nous prouvent feulement qu'elle eft très-petite. 


Enfin la troifième conféquence eft que la grande équa- 
tion que nous avons introduite dans la théorie de Saturne, 
eft fort exacte ; car pour peu que nous nous fuffions trompés 
fur fa valeur , cette erreur auroit fenfiblement influé fur le 
moyen mouvement de cette planète, conclu des obferva- 
tions modernes, & nous n'aurions pas trouvé un aufÎt 
parfait accord entre ce mouvement & celui qui réfulte de 
l’'obfervation chaldéenne. 


D. A PES EX I À 


ConsipÉroNs préfentement les obfervations de Saturne 
faites par Piolémée. M. de Cafñlini a rapporté dans fes 
Élémens d’aftronomie, trois oppofitions de cette planète, 
obfervées par cet aftronome ; mais il s’eft trompé d'un jour 
fur la date de ces obfervations. M. de la Lande qui les a 
réduites avec foin au méridien de Paris, en a conclu que 
les longitudes géocentriques de Saturne étoient, fuivant 
Ptolomée, 


26 Mars, 4" 14/, temps moyen à Paris, 6 14 13/ 
3 Juin, 2. MS sets iso ct à) cela ei SO MAITE 
PrJuillet, 224465 Pan TIRER Mot tr rer 


Dans ces obfervations, Saturne a été comparé aux étoiles; 
mais les pofitions que Ptolémée attribuoit aux étoiles, {ont 
défectueufes ; le catalogue des fixes de cet aftronome n'eft 
que celui d'Hipparque réduit au temps de Ptolémée, au 
moyen d’une préceflion des équinoxes de 36" par année; 
or on fuppofe que le catalogue d'Hipparque fe rapporte 
au 26 Septembre de l’année 128 avant notre ère. Ainfr, 
pour rapporter les longitudes précédentes, à l'équinoxe 
d'Hipparque, il faut en retrancher le produit de 36", par 
le nombre des années juliennes écoulées depuis fe 26 


DRENSW SC) NE: NiC'E'S. 159 


feptembre de l'an 228 avant notre ère, jufqu'à l'inftant 
de chaque obfervation. Ces longitudes deviendront ainfi, 


ca 207 407 


COUSINE LEE 
9° 11. 35° 42e 


Pour les rapporter à l’équinoxe de 1750, ïl faut con- 
noître la quantité de Ia préceflion depuis Hipparque jufqu’à 
nous: or, en prenant un milieu entre les politions des 
étoiles, obfervées par Hipparque, & comparées à celles 
du catalogue de M. de la Caïlle, M. de la Lande trouve 
que la précefllon moyenne depuis cet ancien aftronome 
jufqu'à nous, eft de 14 23" 36" par fiècle ; d’où il fuit que 
pour rapporter les Tongitudes précédentes, à l’équinoxe de 
1750, il faut leur ajouter 264 9’ 25", ce qui donne pour 
ces longitudes aïnfi réduites à l’équinoxe de 1750, 


6 244 49' 42". 
D 'AÈSE FOR CU 
10. 75.45: 7 
En calculant d’après les formules de l’article XL, les 
longitudes géocentriques de Saturne, pour-les inftans des 


trois obfervations précédentes; j'ai trouvé les trois 1on- 
gitudes fuivantes : * 


ONCE T2". 

dsvu3 44226 

ati LME 
Les erreurs de nos formules, fi les obfervations étoient 
exactes, feroient donc — 14/ 30", + 1/23", — 11/5". 
Si l’on confidère l'incertitude des déterminations des étoiles 


par Hipparque, & celles des obfervations de Ptolémée ; 
on voit que celles-ci font repréfentées par la loi de la 


160 MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE ROYALE 


pefanteur, avec toute la précifion que l'on peut defirer. 
Cette précifion avec laquelle les deux plus grofles planètes 
de notre fyftème, ont obéi depuis les temps les plus reculés 
jufqu'à nos jours, aux loix de leur action mutuelle; Îes 
grandes inégalités qui naiflent de cette action, la longueur 
de leurs périodes, & la manière fimple dont elles expliquent 
les dérangemens finguliers obfervés dans les mouvemens 
de Saturne, & dont on n'avoit pu découvrir ni les loix 
ni la caufe, font un des objets les plus intéreflans du fyflême 
du monde. Ainfi ces dérangemens qui fembioient faire une 
exception à la loi de la pefanteur, en deviennent une 
confirmation frappante, & ne doivent plus laïfler aucun 
doute fur fon exiftence. 


La longueur de ces recherches m'oblige de remettre au volume 
Juivant, la théorie de Jupiter. 


OBSERVATIONS 


DRASS CO E N CE 25 161 


OBSERVATIONS 
DDR L'EME OU PM AURI N. 
Par M. BROUSSONET. 


E Loup marin ne doit pas être confondu avec un autre 

poiflon qu'on pêche fur les côtes de l'Océan & de fa 
Méditerranée, & qui eft connu dans prefque tout le royaume, 
fous le nom de /oup. Ce dernier, dont les nageoires ven- 
trales fe trouvent à l’aplomb des pectorales, a été placé 
dans la claffe des torachiques, & devroit être appelé perche- 
loup * : celui qui fait le fujet de ce Mémoire, eft privé 
de ces nageoires, & appartient à a claffe des apodes. Pour 
éviter toute équivoque, je le nommerai loup marin. 

Il n’étoit pas connu des anciens: Gefner eft le premier 
qui en ait parlé, & qui en ait donné une figure d’ailleurs 
affez mauvaife. I1 l'appelle anarichas, mot compofé du grec, 
& qui fignifie grimper ou monter en s’aidant des mains : 
l'habitude qu'a cet animal de vivre fur les rochers, lui a 
mérité cette épithète. Les naturaliftes qui en ont parlé après 
Gefner , lui ont confervé la même dénomination, en y 
ajoutant celle de /upus marinus, qui eft une traduétion du 
nom par lequel il eft ordinairement défigné fur les côtes 
d'Angleterre & dans la mer baltique. 

M. Pennant & le profefleur Afcanius en ont donné les 
meilleures figures ; comme elles ne font cependant pas 
tout-à-fait exaéles, j'ai cru devoir joindre ici une figure faite 
fous mes yeux avec la plus grande attention, fur plufeurs 
individus frais, ce qui me difpenfera d'ajouter une def- 
cription détaillée, en obfervant toutefois de marquer cer- 
taines particularités qui ont échappé aux naturaliftes, 


* Anarfichas Lupus, Linn, 
Mém. 1785. TA X 


162 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Cette efpèce de poiflon ne fe trouve que dans les mers du 
. Nord; elle s'approche peu du Midi; nous ne croyons pas 
qu'on l'ait péchée dans la Méditerranée. On prend aflez fré- 
quemment ce poiflon dans a Baltique, fur les côtes d'Écoffe 
& de la partie la plus au nord de l'Angleterre ; il abonde 
fur-tout en Norvège & en Hollande. Comme ïil ne 
s'approche des côtes que dans lhiver, on ne le pêche point 
dans les autres faifons ; les individus que j'ai obfervés, 
avoient été apportés , au mois de février, dans les marchés 
de Londres. 

+ La peau étoit épaifle, graifleufe, forte, mais aflez fouple; 
elle étoit de couleur de plomb, marquée de dix taches irré- 
gulières, nébuleufes tranfverfales, & un peu plus foncées 
que le refte du corps, quelques-unes fe divifoient en deux 
branches. Cette peau, au rapport de Fabricius, fert, dans 
le Groënland , à faire des facs où les habitans ferrent les 
baies de l’empetrum nigrum qui conftitue une partie de {eur 
nourriture. 

Les écailles étoient nombreufes, aflez rapprochées, 
enfoncées dans la peau, & recouvertes par un épiderme 
coloré & épais; a plupart étoient rondes; un petit nombre, 
particulièrement vers les parties inférieures du corps, étoit 
oblong , le diamètre en étoit à peu-près d’une ligne; ces 
écailles étoient compofées d’un grand nombre de petits corps 
arrondis, difpofés en tuiles, & formant des cercles con- 
centriques; on les diftinguoit à l'œil nu; elles étoient 
fixées au corps, au moyen de plufieurs vaifleaux très- 
déliés qui s’'inféroient vers le milieu de leur partie infé- 
rieure qui étoit concave. 

La peau qui recouvroit le corps, recouvroit auffi la tête; 
elle devenoït tranfparente au-deffus des yeux, & formoit 
un repli dans les orbites. Les parties antérieures & latérales 
de la tête étoient parfemées de petits trous difpofés par 
féries fur les bords de chaque mâchoire ; ils communi- 
quoient entr'eux, comme je m'en fuis afluré en y intro- 
duifant un crin: ils laïfloient échapper une humeur géla- 


PES MIS AC AL LE NU 0 JEU SE 163 


tineufe deftinée à Iubrifier ces parties, & fournie par 
plufieurs glandes confidérables fituées au-deflous de la peau 
dans la région occipitale. Cette ftruéture eft particulière 
à plufieurs efpèces de poiffons; elle eft très-apparente.fur la 
tête de l’anguille électrique & de quelques chiens de mer. 
Srenon & M. Lamorier l'ont décrite fur, ces derniers , & 
ont cru que cette humeur fervoit à lubrifier a partie 
antérieure de la tête de ces poiflons qui nagent très-rapi- 
dement, comme on enduit de graifle la carène des vaifleaux 
pour accélérer feur marche. 


Les opercules des ouïes étoient formés chacun de 

deux pièces, une antérieure, l’autre poftérieure. La pre- 
mière étoit la plus grande, le bord en étoit arrondi; elle 
avoit à fa bafe une autre petite pièce. La feconde, moins 
grande que la première, étoit cartilagineufe, flexible & 
angulaire. La membrane des ouïes étoit épaifle & à dé- 
couvert, fes deux portions fe réunifloient fur le fférnuin ; 
fept rayons arqués & larges lui fervoient de foutien. Nous 
remarquerons en pañlant, que prefque tous les ichthyolo- 
giftes n’en ont compté que fix, fans doute parce que le 
feptième étant fort petit & recouvert d’une peau très- 
épaifle, a échappé à leur examen. 
. La tête étoit grofle, l'ouverture de la gueule large, da 
mächoire inférieure dépañfoit un peu la fupérieure ; les 
lèvres étoient épaïfles, charnues, légèrement frangées dans 
leur partie interne ; l'inférieure étoit raflermie antérieure- 
ment par un petit cartilage oblong & flexible, logé dar 
fa propre fubftance. 


Avant d'aller plus loin, je crois devoir décrire avec 
quelques détails les os de la tête que j'ai vue dans le cabinet 
du Roi, & dont M. Daubenton a bien voulu me laifler 
prendre la defcription. 

Le cerveau étoit logé dans une cavité oblongue prefque 
triangulaire, élargie fupérieurement, & très-petite propor- 
tionnément à a tête; le trou occipital étoit ovale & grand; 

X i 


164 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


il y avoit dans le milieu de la tête un os très-mince; 
quoique folide, échancré à fa partie fupérieure, tranchant 
& arrondi inférieurement; il étoit fixé, en arrière & en 
en-bas, à la première vertèbre, & formoit fupérieurement 
une efpèce de crête compofée de deux feuillets entre lef- 
quels on voyoitgune ouverture particulière qui commu- 
niquoit dans la cavité du crâne. Cet os étoit dilaté anté- 
rieurement, & fe logeoit entre les os de 11 mâchoire 
fupérieure; il foutenoit toute la charpente offeufe de 1a 
tête, & on pourroit le comparer en quelque forte au fphé- 
noïde dans l’homme. Il y avoit cinq os à la mâchoire 
fupérieure; les deux latéraux poftérieurs étoient légèrement 
recourbés en dedans, & fe joignoient poftérieurement .à 
chaque côté de la mâchoire inférieure ; ils étoient anté- 
‘rieurement plus épais, armés de dents rangées fur deux 
files, elles étoient coniques, pointues, d’inégale grandeur ; 
on en comptoit neuf ou dix de chaque côté. Entre ces 
deux os fe trouvoit un troifième os maxillaire, formant 
le milieu du palais; il étoit alongé, pofé fur los principal 
du milieu de la tête: les dents y étoient rangées alterna- 
tivement fur deux files; elles étoient inégales, obtufes, 
prefque carrées, & plus groffes que les autres. La portion 
la plus faillante du mufeau étoit formée par les os maxil- 
laires antérieurs ; ils étoient retenus fur les côtés par des 
ligamens fufceptibles d'un très-petit mouvement : ces os 
étorent armés de dents pointues, un peu alongées, ifolées 
& placées fans ordre ; ils formoient l’un & Fautre pofté- 
rieurement un prolongement armé auffi de dents plus petites 
que les antérieures. 

La mâchoire inférieure confiftoit en deux os très-forts, 
réunis antérieurement par des ligamens; leur face exté- 
rieure étoit convexe, a face interne & poftérieure pré- 
fentoit une cavité prefque triangulaire. Ces deux os étoient 
élargis, relevés antérieurement, & joints par des ligamens; 
on y voyoit plufieurs dents un peu alongées, divergentes, 
placées fans ordre & répondant à celles des os maxillaires 


ir sis CE NC Es 165 
fupérieurs & antérieurs. Les dents latérales étoient rangées 
fur deux files; les plus extérieures étoient élévées & coniques ; 
les intérieures étoient arrondies, prefque orbiculaires & 
polies. Ces dents devenues fofliles forment {es crapaudines, 
comme Meret Va démontré le premier ; il ne paroît ce- 
pendant pas que toutes les crapaudines appartiennent exclu- 
fivement à ce poiffon. On en trouve d’une ftruéture diffé- 
rente de celle de ces dents ; quelques-unes, entr’autres, font 
très alongées : il en eft d’ailleurs dont la groffeur proportion- 
nelle fuppoferoit dans l'animal à qui elles auroïent appartenu, 
une grandeur trop au-deflus de celle des loups marins que 
nous connoiflons, pour qu'on ne doive croire qu'elles appar- 
tenoient à un autre animal. 

Les mâchoires étoient fufceptibles d’une très- grande 
dilatation ; mais elles étoient retenues de chaque côté par 
un os placé obliquement , cylindrique dans fon milieu, 
élargi vers fes extrémités, fixé inférieurement fur l’apophyfe 
coronaire de la mâchoire inférieure, & fupérieurement au- 
deffous des orbites. 

La nageoïire du dos commençoit un peu avant Îa région 
de la commiffure fupérieure de l'ouverture des ouïes, & 
fe terminoit près de la bafe de la nageoire caudale. On 
y comptoit foixante-quatorze rayons ; les quatre premiers 
devenoient graduellement plus longs, les autres étoient 
à peu-près égaux en longueur. Ils étoient prefque cartila- 
gineux & flexibles , légèrement recourbés en arrière; les 
derniers étoient plus courts & un peu piquans. Les 
nageoires pectorales étoient arrondies, dentelées fur leurs 
bords, & foutenues par vingt offelets. Celle de la queue 
reflembloit aux pectorales; elle étoit compolée de douze 
rayons : la nageoire de derrière anus étoit pareille à celle 
du dos, & formée de quarante-huit offelets un peu plus 
courts. 

J'ai ajouté ici les longueurs proportionnelles des diffé- 
rentes parties du corps d’un des individus que j'ai examinés, 
les défignant fuivant Ja méthode abrégée dont j'ai donné 


166 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Fexplication dans un Mémoire fur la donzelle, ophidium bar- 
batum , inféré dans les T'ranfactions philofophiques, 178 1. 


LC A 360 : 180. 18 
INC Du 3001-70: 
HE, DIF 3 60 SR 
NC PB IE CON 80. 
NC PAT NT CORSA 
ANIC: PAROI: et COL MES 2 
ÿ PAT A.F 3601-2580 
LC C.M 360m74% 090 


I y avoit quatre ouïes de chaque côté; elles étoient re- 
couvertes dans leur concavité, de tubercules offeux, alongés 
& rudes au toucher. 

Ta langue étoit large, épaifle, charnue, aplatie, blan- 
châtre, détachée vers fon bout, prefque ovale & foutenue 
par un cartilage intérieur & oblong. 

L’œfophage étoit très-large, membraneux ; on yremarquoit 
intérieurement plufieurs plis longitudinaux. Le ventricule 
n'en étoit diftinét que par fa capacité, qui étoit un peu 
plus confidérable. Les animaux dont les dents ne fervent 
point à la maftication, mais feulement à faïfir ou à retenir 
leur proie, tels que les poiflons, ont un très-grand œfophage, 
dont l'eflomac ne paroît être qu'une continuation. Dans 
quelques-uns même l’œfophage pourroit être pris pour Îa 
portion fupérieure du ventricule ; la ftruéture de l’un & de 
l'autre de ces organes eft {a même ; ils concourent tous les 
deux à {a digeftion : on trouve quelquefois dans la gueule 
de certains poiflons des animaux dont la moitié du corps 
eft déjà digérée , tandis que celle qui eften-decà de l'œfophage 
eft encore intacte. Stenon a même dit que dans la raie on ne 
trouvoit point d’œfophage, mais que le ventricule fe prolon- 
geoit jufqu'à la gueule. Cette partie eft d’ailleurs fufceptible 
d'une très - grande dilatation , n'étant point génée par fa 
trachée-artère comme dans les quadrupèdes. 

Le ventricule étoit oblong; il s’étendoit jufqu’au milieu 
de [a cavité abdominale, où il formoit une efpèce de fac. 


DfEn SW CHINE ON, C ES, ‘262 


Il étoit compofé de plufeurs couches de fibres: fa face 
interne étoit parfemée d’un grand nombre de rugofités : 
jy ai trouvé des débris de cruftacées dont ce poiflon fait 
fa nourriture ordinaire. Je n'ai point obfervé d’appendice 
autour du pylore , dont l'ouverture étoit rétrécie & pleine 
de rugofités longitudinales. Le conduit inteftinal com- 
mençoit à la partie inférieure du ventricule; il fe replioit 
trois fois & longitudinalement fur lui-même avant de 
former l'anus. La portion “ae cn dns au duodenum 
étoit la plus rétrécie; elle étoit au 1 marquée intérieurement 
de plufieurs plis longitudinaux. La tunique interne du refle 
du conduit inteftinal étoit villeufe & frangée ; le reétum 
{e trouvoit plus dilaté: on y obfervoit intérieurement & 
dans toute fa longueur quelques plis; fa partie extérieure 
étoit renforcée par l’épanouiflement de plüufieurs fibres muf 
culaires fournies par le péritoine. 

L’anus, l'ouverture des parties de Ia génération & le 
méat urinaire, étoient placés dans une dépreffion orbicu- 
laire dont les bords étoient relevés, arrondis & fillonnés 
tranfverfalement. L’anus étoit large, plié, & plus rap- 
proché de la tête que les parties de la génération, qui s’en 
éloignoient moins que Île méat urinaire ; celui-ci formoit 
üne petite éminence conique percée d’un petit trou dans fon 
milieu. Cette flruéture n’eft pas commune à toutes les 
efpèces de poiflons, & je n'ai vu dans aucune ces trois 
ouvertures aufit diflinctes que dans celle-ci. 

Le péritoine adhéroit fortement aux mufcles abdominaux 
dont il recevoit quelques fibres. Il étoit blanchâtre , d'un 
tiflu ferré, compofé de fibres larges & entrelacées d’une 
manière irrégulière. IH formoit, au moyen d'une dupli- 
cature fur {a colonne vertébrale, une cavité particulière & 
alongée où étoient logés les reins. 

On voyoit au milieu de la cavité abdominale, & entre Îes 
inteftins, un tiflu cellulaire lâche, chargé de graiffe , mais 
peu étendu, qui paroifloit tenir lieu d’épiploon. Les anciens 
avoient remarqué que les animaux ovi pares étoient privés de 


ar 


+ ' L=4 
14 


» u . 
"168 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


cet organe : on trouve même cette remarque dans Pline. 

Le foie étoit gros, de couleur de brique , & divifé en deux 
Jobes, dont le droit étoit le plus long. Au milieu, fe trouvoit 
la véficule du fel, grofle comme un œuf de poule, & de 
même forme. Elle adhéroit au foie, au moyen de plufieurs 
vaiffeaux courts; elle contenoit de la bile d’un vert foncé: 
le canal holédoque étoit court, large, & s’inféroit par le 
côté dans le duodenum. 

La rate étoit de la groffeur d'un œuf de pigeon, prefque 
ovale, un peu comprimée & de couleur de brique. 

Les reins étoient couchés fur la colonne vertébrale , & 
fr rapprochés, qu'ils paroïfloient n’en faire qu’un feul; ils 
étoient très-alongés. Cette ftructure eft la même dans 
prefque tous les poiffons : le gras-mollet /cyclopterus ) 
(lumpus ), eft, de toutes les efpèces que j'ai difféquées, la 
feule dont les reins fe joignent étroitement par leur partie 
poftérieure, & qui, fe féparant antérieurement, forment 
une efpèce de croiffant, H eft eflentiel de remarquer que, 
dans les poiffons, les reins ont un très-grand rapport avec 
la véficule aérienne qui manque dans les poifions plats ; 
mais alors les reins font proportionnellement plus gros. 
que dans les autres efpèces. Cette particularité, qui n'a 
point échappé à Méedham, ajoute aux raifons que nous 
avions déjà de croire que la véficule aérienne a d’autres: 
fonctions que celle de foutenir le poiflon à différentes hau- 
teurs dans l'eau, & qu’elle joue un rôle plus important dans 
l’économie animale. I eft bon d’obferver que les reins des 
poiffons avoient été décrits fur plufieurs efpèces, par Collins, 
Nécdham & d'autres anatomiftes, long-temps avant M. Gouan. 

Les uretères étoient très-courts, la veflie urinaire aflez 
grofle & ovale; l'urine s'échappoit par un canal très-court ; 
elle étoit limpide, fans couleur; elle fortoit par un orifice 
très-étroit, & probablement fermé par une valvule parti- 
culière, car en preflant fortement la veflie, elle s'eft crevée 
avant que j'aie pu faire pafler l'urine par cette ouverture. 

Les organes de a génération du mâle étoient formés 


pa 


Mém, de LAe: À, des Se, An 1785. Lag,168, 71.11. 


| Fe 6. sep, 


M de Lies À: des Je An 2788 Pag 168. Pl IT 


FC ra. 


id 2 
ME 34 % 
MOVE SNESNC LE NUC:E 5. 169 


par une poche aplatie & crénelée fur fes bords; elle s’é- 
tendoit jufqu’au milieu de ’abdomen, fe rétréciffant vers 
l'anus ; elle étoit, ainfi que les inteftins, renfermée dans 
le péritoine & contiguë à la veflie urinaire ; elle fe divifoit 
en deux lobes, dont le droit étoit le plus long. 

* L'ovaire, dans {a femelle, étoit double; celui du côté 
gauche étoit le plus court ; ils fe réunifloient pour former 
l'ovi-dudus, dont le diamètre étoit d'environ un demi-pouce; 
les parois internes formoient des rides circulaires ; les œufs 
étoient fixés fur les parois internes des deux ovaires ; ils 
étoient difpofés en grappe, laïflant au milieu de l'ovaire 
un efpace vide; ils étoient gros comme un grain de chenevis ; 
Ia membrane qui formoit les ovaires étoit épaifle & fibreufe. 
Ce poiflon jette fes œufs au printemps; il les fixe fur les 
racines des grofles laitues de mer, & très-près du rivage, 

Le cœur étoit gros, pyramidal & à trois facettes. L’ar- 
tère branchiale étoit dilatée à fa bafe, ovale & blanchitre ; 
elle recevoit plufieurs petites fibres du péricarde, & fes 
parois internes étoient renforcées de plufieurs fibres longi- 
tudinales ; le fmus veineux étoit trois fois plus grand que 
le cœur. Le diaphragme étoit mufculeux, aflez épais & 
fitué obliquement ; il y avoit une ouverture aflez large, 
qui donnoit paffage à l’œfophage. 

Ce poiflon fe remue avec lenteur ; il avance comme l’an- 
guille, par des mouvemens d’ondulation. On le diftingue 
très-bien au fond de l’eau quand le temps eft calme; il eft 
couché dans les fentes des rochers. Sa chair, quoiqu'un peu 
ferme, n’eft pas défagréable; je ne faurois mieux la com- 
parer qu'à celle des anguilles de mer. En général, les 
poiflons privés des nageoires ventrales, & qui font obligés, 
pour avancer ou fe foutenir, d'exécuter des mouvemens 
compliqués , ont les mufcles très -exercés, & feur chair eft 
conféquemment plus dure que celle’ des autres poiflons. 


Nm 
Mém. 1785. Y 


170 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ONPSCE RITAEA O N°S 
SUR LES 
VAISSEAUX SPERMATIQUES 


DES POISSONS ÉPINEUX. 
Par M. BROUSSONET. 


LE: vifcères de l’homme & ceux des animaux ont 
d’abord fixé l'attention des Anatomiftes ; la connoif- 
fance de l’organifation de ces parties conduifoit trop direc- 
tement à l'explication des fonétions animales les plus 
eflentielles, pour qu’on ne s’y attachât pas préférablement 
à celle des autres organes. Les mufcles, les nerfs, les 
vaifleaux fanguins ou lymphatiques , ne furent fans doute 
d’abord confidérés que comme des objets de pure curiofitté, 
& dont une connoiffance plus parfaite ne paroïfloit pas 
devoir contribuer beaucoup aux progrès de l'art de guérir 
ui a donné naïflance à l'anatomie. 

Les vaifleaux fanguins, dans les animaux, ont Tong- 
temps échappé aux recherches des anatomiftes; le défaut 
de fang après la mort, qui empéchoit de les diftinguer 
d'avec les membranes, fleur petitefle qui rend fouvent les 
injections très- difhciles, ont été autant d’obftacles à Ia 
connoiflance de ces parties. Cette connoiflance tient à celle 
de la circulation du fang ; & le cours de ce fluide ayant 
lieu d’une manière différente dans les animaux des diverfes 
clafles, l’analogie ne peut être à cet égard d’aucune utilité. 
Dans les poiflons, la circulation ne s'opère pas de la même 
manière que dans les animaux qui refpirent de l'air; ils 
ont moins de fang que ceux-ci, les vaiffeaux qui charient 
ce fluide font plus petits, & le nombre paroit en être 
moins confidérable. Les vaifleaux fanguins des poiflons 
ont été aufli très-peu connus; les troncs principaux , 


DENIS. MISACUE Æ IN € 1 (Sù 17% 


il eft vrai, ont été obfervés, mais on s’eft trompé quel- 
quefois fur leur ufage & fur leur dénomination, comme 
j'ai tâché de le faire voir en décrivant ceux qui partent 
du cœur, dans un mémoire fur la refpiration de ces ani- 
maux. Ces vaifleaux cependant ont attiré les premiers 
l'attention des anatomiftes; ils étoient les plus gros de 
tous, & ceux qu'il importoit le plus de connoître. La 
diftribution des principaux vaifleaux fanguins des poiffons 
a été fur-tout indiquée par Duverney & M. Gouan, mais 
ces auteurs n'ont parlé de plufieurs qu'en général, fans 
entrer dans prefque aucun détail fur feurs ramifications. La 
connoiflance du cours du fang dans les vifcères de ces 
animaux pourroit cependant jeter un très-grand jour fur la 
phyfiologie, en nous indiquant la manière dont s’opèrent 
certaines fonctions, dans des êtres d’une nature fi différente 
de celle des animaux à fang chaud & qui vivent dans l'air. 
Haller a très-bien remarqué que les artères fper- 
matiques dans l’homme, auroient été, à caufe de leur 
petitefle, long-temps inconnues aux anatomiftes, fr elles 
n’avoient fervi à porter le fang à des parties qu'il étoit 
très-important de connoître. Ces mêmes artères, dans Îles 
poiflons, auroient fans doute, à caufe de leur importance, 
fixé aufi l'attention des anatomiftes, s'ils avoient plus 
dirigé qu'ils ne l'ont fait, leurs recherches vers ces ani- 
maux. Ces parties font d’ailleurs, dans les poiffons, pro- 
portionnellement plus groffes que dans les autres animaux; 
ce dont il eft aifé de rendre raifon fi on fait attention au 
volume des organes où elles vont porter le fang, & qui 
mème dans les mâles des animaux de cette clafle, furpañle 
celui de tout autre vifcère, Quoi qu'il en foit, je ne 
connoiïs aucun auteur qui ait fait mention de ces vaifleaux, 
que le défaut de fang, après la mort de l'animal, peut 
aifément faire iméconnoître. J’ai eu occafion de les voir 
dans un grand nombre de poiflons ; ils ont la même origine 
dans tous fes individus, je n'ai du moins obfervé à cet 
égard que de légères différences que j'indiquerai plus bas. 
1] 


nxz2 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


L'efpèce de poiffon dont j'ai eu occafion de difféquer Je 
plus grand nombre d'individus, eft l'aiguille de mer (efox 
belone ), qui offre une particularité très-remarquable, c'eft 
que fon fquelette eft vert. 

L’artère fpermatique du côté droit prend naïflance de 
Vartère qui part de l'aorte pour fe rendre au foie; je l'ai 
vue quelquefois fortir immédiatement du tronc de l'aorte, 
un peu au-deflous de l'artère hépatique. Celle du côté 
gauche eft fournie par l'artère fplénique, elle eft plus courte 
que la fpermatique droite, parce que l'aorte donne naïflance 
à l'artère hépatique avant de fournir a fplénique. Dans 
l’homme au contraire ces artères partent, comme on fait, 
du tronc de l'aorte, leur infertion a lieu à la même hauteur; 
& lorfqu’il fe trouve quelque variété à cet égard, c’eft 
ordinairement l'artère fpermatique gauche qui fort de l'aorte, 
un peu au-deflus de la fpermatique droite, ce qui a lieu 
en fens inverfe dans les poiflons. Dans ces derniers, chaque 
artère fpermatique joint bientôt la veine fpermatique qui 
lui correfpond, & elle l'accompagne jufque fur les parties 
de la génération : on pourroit donner en quelque forte 
à ces vaifleaux le nom de cordons fpermatiques ; ils font 
enveloppés, dans tout leur trajet, d'un tiflu affez lâche. 
L’artère eft plus près de la colonne vertébrale que la veine; 
dès que ces deux vaifleaux font parvenus à la portion 
antérieure des parties de la génération, ils fe divifent & 
fe fous-divifent en un très-grand nombre de petits rameaux 
qui pénètrent dans l'intérieur des organes de la génération, 
dans l’un & l’autre fexe. 

Le trajet des vaiffeaux fpermatiques, dans les poiflons, 
eft très-court; aufli ne fourniflent-ils prefque point, comme 
dans les animaux à fang chaud, de rameaux aux parties 
qui les avoifinent. 

Les veines-fpermatiques font beaucoup plus grofles que 
les artères, elles contiennent ordinairement un fang noir ; 
elles ont été connues par les anatomiftes, entr'autres, par 
M. Gouan. Elles font formées par la réunion d’une grande 


PE es 0x re AN € ‘re: 173 


quantité de petites branches difpofées tranfverfalement fur 
chacun des côtés des parties de a génération; la veine 
rampe fur le milieu de ces organes; parvenue à l'extrémité 
fupérieure, elle fe trouve unie à l'artère par un tiflu lâche; 
elle continue fon trajet qui eft très-court, & elle reçoit 
quelques rameaux du péritoine, La veine fpermatique du 
côté droit pénètre dans le foie, elle fe rend enfuite dans 
le fmus veineux de l'oreillette du cœur. Celle du côté 
gauche entre dans la rate pour aboutir enfuite au même 
finus. 

Dans prefque tous les poiffons, foit mâles, foit femelles, 
on trouve deux organes qui fe reflemblent beaucoup, & 
qui ont chacun leurs vaiffeaux particuliers. Dans la perche 
n'y a qu'un feul ovaire, l'artère fpermatique eft unique, 
elle part immédiatement de l'aorte ; elle fe bifurque à la 
partie fupérieure de l'ovaire, une des deux branches rampe 
fur le milieu de Ia face fupérieure, & l’autre parcourt fa 
portion inférieure. Elles donnent naïffance, de chaque 
côté, à un très-grand nombre de rameaux. Dans les perches 
mâles, les parties de a génération font divifées fupérieu- 
rement en deux lobes, & chaque branche de l'artère fper- 
matique en parcourt un. Je n’ai trouvé qu’une feule veine 
fpermatique dans le même poiffon. 


bû 
en Juillet 
1735: 


174 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


ME MOILR.E 


POUR SERVIR À L'HISTOIRE 
DE LA RESPIRATION DES POISSONS. 


Par M. BROUSSONET. 


| Pis refpiration eft une de ces fonétions effentielles, un 
moyen d’exiftence dont la Nature a doué tous les êtres 
vivans; on en retrouve des traces jufque dans les plantes ; 
mais quoique fon but dans cette fonction importante foit 
par-tout le même, les moyens qu'elle a mis en œuvre poux 
le remplir font variés à l'infini, 

Parmi les différens ordres d'animaux, il en eft qui ne 
réçoivent que de l'air dans les organes de la refpiration, 
d’autres qui n’y font pafler que de l’eau ; & cette confidé-. 
ration offre les caractères d’une divifion très-fenfible dans 
le règne animal. 

La différence des organes de Îa circulation eft toujours 
en raifon de celle qu'on obferve dans ceux de a refpiration ; 
l'une & l’autre de ces fonctions fubiffent en quelque forte, 
dans les différentes clafles d'animaux, une dégénération 
graduelle: ainfi dans les oïifeaux les poumons font très- 
étendus, ils communiquent à plufieurs cavités particulières, 
& l'air pénètre dans l’intérieur des os. Le cœur eft divifé 
en deux ventricules, munis chacun d’une oreillette, & leur 
fang eft plus chaud que celui des quadrupèdes & des cétacées. 
Ceux-ci ont les poumons moins étendus, ces parties ne fe 
portent pas au-delà du thorax; leur cœur, comme dans les 
premiers, eft divifé en deux ventricules & deux oreillettes, 
mais {eur fang eft moins chaud ; il l'eft cependant beaucoup 
plus que celui des reptiles & des quadrupèdes ovipares, dont 
les poumons font membraneux, formés par des efpèces de 
veflies & garnis de fibres mufculaires ; il n'y circule qu'une 


pes IS c TE NC Es. 375 


petite portion du fang, le refte pale immédiatement d'un ven- 
tricule à l’autre. Les infectes préfentent enfuite des différences 
plus fenfibles ; leur cœur eft membraneux , à peine fufceptible 
de mouvement; ils ont, au lieu de poumons, des vaiffeaux 
particuliers répandus dans différentes parties du corps; leur 
fang, fi on peut donner ce nom à la liqueur qui paroît en 
tenir lieu, n’a point acquis ce degré de couleur & de chaleur 
qui caractérife ce fluide dans les autres animaux. Ici le 
rapprochement devient fenfble avec les molafles, les 
coquillages aquatiques & les crabes, qui refpirent de l’eau 
comme les poiflons. 


Les phyficiens modernes ont donné lexplication des 
phénomènes de la refpiration; ils ont fait voir d’une 
manière très-lumineufe, comment fair vital répandu 
dans l’atmofphère fe change en air fixe, en fe combinant 
avec le principe charbonneux, ou charbon pur fourni 
par le fang. I paroît que la refpiration s'exécute d’une 
manière analogue dans tous les animaux qui refpirent de 
Veau, & particulièrement dans les poiflons; mais avant 
d'entrer dans aucun détail, j'établirai les degrés de refflem- 
blance qu'ont entr’eux les organes qui, dans les animaux 
de ces deux ordres, concourent également au même but. 


Les organes de la refpiration dans tous les animaux qui ne 
refpirent que de l'air, font placés à l’intérieur; on ne fauroit 
les apercevoir fans déchirer les parties qui les environnent : 
les organes analogues à ceux-ci dans les animaux qui 
ne refpirent que de l’eau, font au contraire prefque à 
découvert; on peut les voir fans détruire aucune partie. 
Cette différence eft fur-tout remarquable dans quelques 
quadrupèdes ovipares, dont les organes de la refpiration 
font placés extérieurement, dans le premier période de leur 
vie, où ils demeurent fous l'eau, & qui deftinés enfuite à 
vivre dans l'air, acquièrent des poumons fitués à l’intérieur. 


Une autre différence qui dépend de la précédente, eft 
que plus {a refpiration eft parfaite dans les différentes clafles 


176 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


d'animaux, plus les organes en font cachés. Dans les oifeaux; 
en qui la refpiration s’exécute de la manière la plus parfaite, 
l'air eft porté dans les cavités de la plupart des os, & bien 
plus à l’intérieur par conféquent que dans les quadrupèdes 
dont les poumons font plus cachés que ceux des reptiles 
& des quadrupèdes ovipares qui n’ont point de diaphragme, 
ou qui n'en ont qu'un très-mince. Les infeétes enfm, dans 
lefquels cette fonétion dégénère encore, refpirent par un 
grand nombre d'ouvertures. 


Plufieurs caraétères nous montrent que, parmi les animaux 
qui vivent dans l'eau, les poiflons refpirent d’une manière 
plus parfaite que les molafles & les coquillages aquatiques; 
aufli les organes des premiers font-ils plus cachés que ceux 
de ces derniers qui les ont le plus fouvent à l’extérieur & 
entièrement à découvert : c’eft dans ces animaux que paroit 
s'évanouir totalement cette fonction, & pour l’y reconnoître 
il faut être guidé par l’analogie. 

Les poiflons préfentent, relativement à la conformation 
des organes de la refpiration, deux grandes divifions, dont 
June comprend les cartilagineux , & l’autre Îles épineux. 
Les ouïes des premiers font foutenues fur un arc cartila- 
gineux, elles font plus multipliées que dans les épineux, 
où ces parties font fupportées par des offelets recourbés, 
dont le nombre eft rarement au-deflous de quatre, & 
n'excède jamais ce nombre. 


Le cœur, dans les poiflons épineux, eft renfermé dans un 
péricarde qui forme une poche membraneufe attachée pofté- 
rieurement au diaphragme. Dans quelques efpèces, & parti- 
culièrement dans le loup marin, j'ai obfervé de petites fibres 
très-déliées , qui unifloient le cœur au péricarde. Les poif- 
fons cartilagineux n’ont point, à proprement parler, de 
péricarde; du moins la membrane qui paroît en tenir lieu 
n'eft point libre, elle revêt l’intérieur de la poitrine, & 
elle eft adhérente aux mufcles qui l’entourent. L'ufage 


du péricarde dans l’homme & dans les quadrupèdes, eft, 
fuivant 


DNEMS\ SC: L'E N° cC:E-S. 177 


fuivant les anatomiftes, d'empêcher que le cœur ne s'attache 
aux poumons, & qu'il ne foit comprimé quand ceux-ci 
font remplis d’air, ou qu'il ne fouffre lorfque les poumons 
font aflectés ; il étoit néceffaire que cet organe füt mem- 
braneux, d’un tiflu ferré & capable de foutenir le vifcère 
qu'il renferme. Dans les poiflons au contraire, qui n’ont 
point ces accidens à craindre, le cœur, dans ceux dont 
la poitrine eft étroite & formée de parties aflez dures, eft 
renfermé dans un péricarde fimple, mince & prefque tranf- 
‘parent: dans ceux au contraire dont la cavité thorachique 
eft plus confidérable, où ce vifcère ne fauroit être gêné 
par aucune partie; la nature qui a toujours travaillé fur le. 
plan le plus économique, n’a point diftingué le péricarde 
de la plèvre ; une feule membrane qui tapifle l'intérieur 
de la poitrine, remplit les fonctions de l’un & de l'autre. 
La forme du cœur offre de plus grandes variétés dans 
les différentes efpèces de poiflons, que dans celles des 
. animaux à fang chaud. M. Vicg-d'Aiyr a fait voir les plus 
remarquables de ces variétés, dans les mémoires où il a 
tracé le plan d’une anatomie complète des poiffons. En général, 
le cœur, dans les efpèces de cette clafle ,*eft, propor- 
tionnellement à leur corps, plus petit que celui des autres 
animaux. Dans les oifeaux, par exemple, cet organe eft huit 
ou neuffois plus gros qu’il ne l’eft dans les poiflons d’un égal 
volume. On fait que le cœur d’un homme pèfe ordinai- 
rement dix onces, fi le poids total de fon corps eft de cent 
cinquante livres. Haller a trouvé que dans une carpe du 
poids de 4920 grains, le cœur ne pefoit que 9 grains. Le 
poids du cœur de l’homme eft donc deux cents quarante- 
fept fois plus petit que le poids du corps, tandis que celui 
de la carpe l’eft cinq cents quarante-fix fois. Ce calcul qui 
vient à l'appui de notre affertion, lui auroit été encore 
plus favorable fi l'expérience avoit eu lieu fur une carpe 
moins petite; le cœur , dans tous les animaux, étant toujours 
plus gros proportionnellement au corps, lorfqu'ils font 
eunes. Dans une carpe du poids de 10572 Pre” j'ai 


Men. 1785. 


478 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


trouvé que le cœur pefoit 13 grains; elle étoit, comme 
on le voit, deux fois aufir grofle que celle que Haller 
avoit pefée, aufli le poids du cœur étoit-il contenu huit 
cents foixante - douze fois dans celui de fon corps. Dans 
plufieurs petits poiflons de la Seine, dont l'un pefoit 66 
grains, autre 154, & le troifième 203, j'ai vu que le 
poids du cœur étoit renfermé cent trente-deux fois dans 
le premier, cent cinquante-quatre dans le fecond, & cent 
quatre- vingt-quatre dans le troifième: le cœur, dans le 
premier, peloit un grain, dans le fecond un demi-grain, 
& un grain -- dans le troifième; ce qui prouve évidem- 
-ment que plus les poiflons font petits, plus leur cœur eft 
gros proportionnément à leur volume. 

La férocité des animaux terreftres fuit la même gradation 
que le volume de leur cœur. Cette loi fe retrouve dans 
les poiflons. Les cartilagineux, parmi lefquels on compte 
les chiens de mer, les requins, les raies, &c. qui furpañlent, 
par leur voracité, les autres poiffons, ont aufli le cœur bien 
plus volumineux ; ce qui eft très-remarquable dans la bau- 
droye, où cette voracité eft fi manifeftée par la grandeur 
de la gueule & 1e nombre de fes dents, & dont le cœur eft 
très-gros en proportion du corps. Plufieurs obfervations 
m'ont confirmé dans cette opinion. J'ai pris un brochet 
que tout le monde fait être le mieux armé & le plus vorace 
des poiffons de rivière , comme aufli un des plus agiles ; je me 
fuis procuré une tanche dont la gueule eft toujours très- 
petite, privée de dents, & qui fe tient prefque toujours 
dans la vafe. Le poids de ces deux individus s’eft trouvé 
par hafard le même, il fe portoit pour chacun à 5232 grains; 
mais le cœur du brochet pefoit 6 grains, tandis que celui 
de la tanche n’en pefoit que 4: ainfr dans le plus vorace 
de ces deux poiflons, le poids du cœur étoit contenu 
872 fois dans le poids total de fon corps , & il s'y trouvoit 
4308 fois dans celui de la tanche. 

J'ai obfervé que dans les poiflons dont les ouïes étoient les 
plus grandes, le cœur étoit aufli le plus gros, toujours 


Ets Se TE N°CE S. 179 


proportionnellement à a groffeur du corps; je m'en fuis 
affuré plus particulièrement fur le hareng; j'en ai pefé un 
qui ma donné 1992 grains pour poids total : fon cœur 
étoit de 3 grains qui équivaloient à la 664." partie de 
fon.corps. Un merlan, dont les ouïes font beaucoup moins 
étendues, & préfentent une ouverture aflez petite, m'a fourni 
un réfultat bien difkrent; fon corps peloit 2004 grains, 
& fon cœur feulement 1 grain ?; ce vifcère n’étoit donc 
que la 1202." partie de {on corps , & étoit conféquem- 
ment prefque moitié plus petit que-celui du hareng. 

Les poiflons qui fe tiennent dans la vafe, qui font peu 
de mouvemens, dont la chair eft plus molle, plus remplie 
de gluten, ont le cœur très-petit. Celui d'une limande, 
dont le corps entier pefoit 2844 grains, n’en pefoit que 
deux ; ce qui fait voir que le poids de ce vifcère étoitcontenu 
quatorze cents vingt-deux fois dans celui de fon corps. Non- 
feulement cet organe eft plus petit dans les poiflons de cette 
clafle que dans les autres, mais ileft encore moinsirritable ; Ja 
_ quantité du fang eft auffi moindre dans ceux - ci. J'ai féparé 
en même temps, du corps d’une anguille & de celui d'un 
brochet, le cœur qui, dans le premier, a donné peu de 
fignes d’irritabilité forfque je l'ai piqué; celui du brochet 
au contraire en a donné beaucoup & Iong-temps après que 
fon corps ne manifeftoit plus aucun figne de vie : ce qui 
a eu lieu en fens contraire dans Vanguille qui remuoit 
encore avec aflez de force, quoique fon cœur, que j'irritois 
avec la pointe du fcalpel , ne donnût plus la moindre marque 
d'irritabilité. 

La fituation du cœur dans les poïflons n’eft pas la même 
que dans l’homme , ce vifcère occupe dans les premiers Île 
milieu de leur poitrine. Comme fon ufage fe borne ici à 
tranfmettre le fang aux ouïes , & que ce fluide y eft porté par 
une feule artère, une pofition au moyen de laquelle il eft 
égalément éloigné des ouïes de chaque côté , eft fans doute 
la plus avantageufe. 

Les oreïllettes dans Fhomme font fituées à la partie 


Z ïj 


#80 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


fupérieure du cœur; dans les poiflons l'oreillette eft placée 
en fens contraire, la bafe du cœur touche le diaphragme & 
la pointe eft tournée vers fa tête. Cette différence dépend 
fans doute de celle, qu'on obferve dans le trajet que fuit 
le fang, dont la plus grande partie, dans les poiflons , ef 
rapportée au cœur des parties poflérieures du corps, tandis 
que dans l’homme une portion confidérable eft renvoyée 
au cœur des parties fupérieures. L’oreillette eft fituéeun 
peu fur la gauche ; le fang lui eft fourni par un finus par- 
ticulier formé par la réunion de plufieurs veines. Ce finus 
eft beaucoup plus volumineux que l'oreillette : la com- 
munication entre ces deux cavités eft fermée en partie 
par des valvules. Quelques auteurs ont regardé ce finus 
comme une feconde oreillette /4); il en a du moins l'ap- 
arence. Duverney qui le premier a difléqué ces parties avec 
foin, a détaillé l’ufage de ce finus veineux qu'on retrouve 
dans les reptiles & les quadrupèdes ovipares. Le fang eft 
poufé de cette cavité dans l'oreillette, par la contraction du 
diaphragme que j'ai-toujours vu garni de fibres mufculaires 
dans un très-grand nombre d’efpèces. Il adhère comme 
dans l’homme au péricarde; fon ufage eft cependant ici 
bien différent. Les anatomiftes ont cru dans le premier 
cas, devoir attribuer cette adhéfion à la preflion continuelle 
du cœur fur le diaphragme, & que la fituation droite de 
Thomme rend néceflaire. Leur fentiment étoit confirmé 
par l’obfervation contraire qui avoit été faite fur les qua- 
drupèdes, où cette adhérence n’a prefque pas lieu, parce 
que, difent ces auteurs, le corps des quadrupèdes eft dans 
une fituation horizontale ; mais l’adhérence du péricarde au 
diaphragme a lieu fur les poiffons , ce qui démontre l'in- 
fuffifance de cette explication. 
Les anatomiftes ont comparé avec raifon la feule oreillette 
&z le feul ventricule qui conflituent le cœur des poiflons, à 
l'oreillette droite & au ventricule droit dans l'homme ;comme 
ceux-ci ils font deftinés à recevoir le fang des veines-caves: ils 


o 
ont cependant tous donné le nom d’aorte ou d'aorte afcendante, 


pes She DE N ces 181 


à la feule artère deftinée à porter le fang du cœur aux 
ouïes, qui font l'office de poumons dans ces animaux. Le 
nom d’artére pulmonaire étoit le féul qui dût être donné à 
ce vaifleau. La ftruéture de ces organes eft entièrement 
analogue à celle des mêmes parties confidérées dans l'homme. 
Le ventricule du cœur des poiflons eft comme le ventricule 
droit dans l'homme , formé par des parois épaifles relati- 
vement à fon volume ; & fa cavité ne s'étend pas tout- 
à-fait jufqu'à la pointe du cœur. L’oreillette droite dans 
lhomme eft, comme celle du cœur des poiflons, volu- 
mineufe relativement à la grofleur de ce vifcère, & le 
fang qu’elle contient eft également noirätre. L’artère au 
fortir du ventricule ne fe recourbe pas comme l'aorte dans 
lhomme ; fa direction eft droite & c’eft une reflemblance 
qu'elle a avec l'artère pulmonaire de plus qu'avec l'aorte. 
Je crois donc, d’après fa ftructure & fon ufage, pouvoir 
donner à ce vaifleau le nom d’artere branchiale, du mot 
latin branchiæ (ouïes), bien perfuadé que celui d’aorte ne 
fauroit lui convenir. à 

On voit à la bafe de l'artère branchiale, un renflement 
conique avec un étranglement à la partie inférieure. Ce 
renflement eft fortifié intérieurement par des fibres longi- 
tudinales qui , en rapprochant par leur contraction l'artère, 
de la bafe du cœur, doivent accélérer le mouvement du 
fang. Quelques auteurs ont comparé cette cavité à ’oreil- 
lette gauche dans l’homme /4); d’autres fe font contentés 
de lui donner le nom d’oreillette artérielle (c); Caæfalpin Ya 
mème prife pour un troifième ventricule, 

Je me difpenferai de décrire le trajet de l'artère bran- 
chiale fur les ouïes; Necdham & Duverney n’ont rien laiffé 
à défirer fur cet objet. Je me bornerai à rappeler que 
cette artère eft la feule, dans les poiffons, dont le bat- 
tement foit fenfible; ce qui prouve bien que le cœur eft 
la principale caufe de 1a pulfation des artères, & qu’elle ne 
fauroit avoir lieu que dans les vaiffeaux où le cours du 
fang eft dirigé d’un petit, vers un plus grand diamètre, 


182 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


La ftruéture des ouïes eft telle que les vaiffleaux fanguims 
qui les parcourent, font, comme dans les poumons des 
quadrupèdes, un très-long trajet dans un très-petit efpace; 
mais elles offrent des différences très-remarquables dans 
diverfes efpèces de poiflons. Le genre de vie auquel la 
nature a deftiné ces animaux, eft la principale caufe de ces 
variétés qui ont plus rarement lieu dans fes organes des 
divers quadrupèdes ou des oifeaux. Ne feroit-on pas en 
droit d'en conclure que plus une fonction eft parfaite 
dans une clafle quelconque, moins les organes qui l’exé- 
cutent préfentent de différences dans les diverfes efpèces 
qui la conftituent ? 

Les poiflons qui fe tiennent ordinairement dans la vafe & 
dans les endroits où l’eau eft rarement renouvelée, tels queles 
anguilles, ont les ouïes foutenues fur des arcs offeux courts; 
la cavité de leurs ouïes eft fort grande, & elles peuvent 
conferver plus long-temps que les autres efpèces, l'eau dans 
leurs organes. On pourroit en quelque forte les comparer 
aux reptiles & aux quadrupèdes ovipares qui ont des poumons 
celluleux, garnis de fibres, & tels que ces animaux paroiflent 
y tenir en réferve une certaine quantité d'air pour s'en 
fervir au befoin. Dans les efpèces au contraire qui fré- 
quentent la haute mer, qui nagent toujours dans de grands 
fonds, & qui font deftinées à exécuter pendant de longues 
émigrations des mouvemens très- rapides, les ouïes font 
pofées fur des offelets très- grands, & leurs feuillets font 
très-alongés. Plufieurs font pourvus d’un organe particulier , 
deftin£, comme les ouïes, à la refpiration. Cette partie, qui 
n'a été décrite par aucun auteur, peut être regardée comme 
une petite oule , & elle a rapport en quelque forte à un 
Fobule des poumons; elle eft diftinéte des ouïes & fituée 
dans leur cavité de chaque côté, vers la bafe des opercules, 
& immédiatement après l’élévation que forment les orbites. 
Le plus fouvent elle décrit un are ; fa longueur varie fuivant 
les différentes efpèces : j'en ai vu de plus d’un pouce de long 
dans plufieurs efpèces de fparus & de perches de grandeur 


DES SCIENCES. 183 


médiocre; elle eft, ainfr que les ouïes, compote de James 
rangées en file, mais qui vont en décroiflant vers les deux 
extrémités. Ces lames ne font point, comme dans les ouïes, 
placées deux à deux, maïs fimples; leur nombre varie fuivant 
les différentes elpèces de poiffons. Dans la limande , par 
exemple, j'enai compté jufqu'à vingt &une;ellesne font jamais 
fixées fur un arc ofleux ; elles forment à leur bafe une efpèce 
de bourlet , & la membrane qui tapifle l’intérieur de la cavité 
les recouvre en partie. Les trois branches internes de chaque 
côté de l'artère branchiale, fe difiribuent aux trois ouïes 
internes fans fournir aucun rameau confidérable ; la qua- 
trième, qui eft la plus externe, donne naiffance vers fon 
extrémité à un rameau qui, rétrogradant d’abord un peu, 
va joindre fur le côté oppolé aux ouïes, la petite ouïe que 
je viens de décrire; elle eft fur-tout très-apparente dans 
les poiflons dont Artedi a formé une clafle particulière fous 
1a dénomination d’acanthopterygiens, & qu'il a caractérifée par 
la préfence de quelques rayons épineux aux nageoires. J'en 
ai fait mention fous le nom de pfeudobranchia , dans les def 
criptions d'une efpèce de fole, de chœtodon & de clupea, 
que j'ai données dans la première décade de mon hiftoire 
générale des poiflons. 

Le canal par lequel les quadrupèdes & tous les ani- 
maux à fang chaud tranfmettent l'air dans les poumons , 
eft le même dans tous ; ce qui ne s’obferve pas dans les 
” poiffons qui reçoivent l’eau dans les organes analogues par 
diférentes ouvertures. Quelques-uns, tels que les tamproies, 
ont fur le haut de Ja tête une feule ouverture par laquelle 
l'eau eft conduite aux ouïes. Cette ftruture étoit néceflaire 
à ces poiflons qui, fe fixant au moyen de la fuccion, aux 
pierres ou contre les gros poiflons, ne pourroient point 
en même-temps recevoir l'eau par la gueule. D'autres, 
comme les raies, ont à chaque côté de la tête une ouver- 
ture qui fert de paflage à l'eau. Le plus grand nombre des 
poiflons reçoit cependant l’eau par la gueule, & elle fort par 
les ouies ; pour s’en convaincre , il fuffit d'examiner avec 


184 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


quelqu'’attention l'eau qu'ils refpirent; elle entraine avec 
elle, dans la gueule, les petits corps qui furnagent dans ce 
fluide, tandis qu'ils font repoullés aux ouvertures des ouïes. 
Dans les cartilagineux , les organes de {a refpiration , 
comme nous l'avons déjà dit, font beaucoup plus étendus 
ue dans les autres poiflons ; la plupart rejettent aufli l’eau 
par plufieurs ouvertures, qui font au nombre de fept dans 
toutes les efpèces de lamproies, & dans un chien de mer 
que j'ai décrit fous le nom de D/uet dans les Mémoires de 
l’Académie, 1780. Un autre poiflon de même genre, dont 
j'ai parlé fous la dénomination de grifet, dans le même 
mémoire, en a fix. T'outes les raies, & la plupart des chiens: 
de-mer en ont cinq; quelques-uns n'en ont que quatre, 
le quatrième étant alors divifé intérieurement -en deux 
parties. Les chimeræ, les effurgeons & la feuille, n’en ont qu'une 
feule formant quelquefois plufieurs divifions. Tous les autres 
poiffons ne font pourvus que d’une feule ouverture; mais 
fa forme varie fuivant l’économie animale de chaque efpèce, 
Ceux qui font deftinés à vivre dans des eaux peu profondes, 
qui ne s’éloignent jamais du rivage & qui font quelquefois 
enfevelis dans le fable, tels que l'ammodytes , plufieurs efpèces 
de Silurus, & Ia plupart des Anguilliformes, ont cette ouverture 
petite, formant une efpèce de canal environné de mem- 
branes épaifles. Les poiffons-coffres vivent très-près du bord 
de la mer qui, en fe retirant, les laifle fouvent dans des 
lieux où il y a une très-petite quantité d’eau que le foleil 
fait bientôt évaporer; ils ont aufli les ouvertures de a 
gueule & des ouïes très-petites, leur corps eft de plus 
recouvert d'une écaille dure & d’une feule pièce. Les 
poiffons-bourfes , es vieilles de mer qui, en s'enflant reftent 
prefque toujours à la furface de l’eau, ont ces mêmes ou- 
vertures très-étroites. Les poiffons qui font forcés d'exécuter 
de grands mouvemens, ont les ouïes les plus étendues. Leur 
gueule & l'ouverture des ouïes font très-larges; ils reçoivent 
une grande quantité d'eau & la renouvellent plus fouvent 


que les autres ; ils meurent prefque aufitôt qu'ils font hors 
de 


MMSNAISCRE N.c'E:s 185$ 


de l’eau, tandis que les carpes, les anguilles, &c. qui ont ces 
ouvertures plus petites, vivent aflez long-temps dans l'air. 
On pourroit en quelque forte comparer les premiers aux 
oifeaux de haut vol, dont la plupart des os font pénétrés 
par l'air : le hareng, les alofes, le brochet, &c. doivent être 
compris dans la première divifion. 

Dans les animaux qui refpirent de l'air, il n'y a qu'une 
feule ouverture par où cet élément eft reçu & eft rejeté. 
Dans les poiflons, comme nous venons de l’obferver, 
l'eau entre par une ouverture & fort par une iffue différente. 
Le mécanifme au moyen duquel cette opération s'exécute, eft 
aufit bien différent de celui qui fert à la fonction analogue à 
celle-ci dans les quadrupèdes; les opercules fervent de parois 
à la cavité qui renferme les ouïes, & font l'office des côtes ; 
leur mouvement eft femblable à celui de ces parties dans 
l’homme & les quadrupèdes. Quand le poiffon veut prendre 
de l’eau, la mâchoire inférieure s’abaifle, & les deux os qui 
la compofent étant joints antérieurement par des ligamens, 
elle eft en même-temps dilatée. Les os de la mâchoire fupé- 
rieure font portés par leur extrémité poftérieure en en-bas; 
& comme ils fe trouvent articulés avec les os latéraux de la 
tête qui forment la bafe des opercules, ils font exécuter à 
ceux-ci un mouvement de bafcule qui porte leur angle anté- 
rieur un peu en-dedans & en en-bas, tandis que la mâchoire 
inférieure les porte en-dehors & en en-haut. Par ces mouve- 
mens combinés, chaque fois que le poiffon ouvre 1a gueule ,, 
les opercules s’écartent par leur bord, du corps de l'animal, 
& laïflent échapper l’eau qui étoit contenue dans la cavité 
des ouïes; leur mouvement eft exactement le même que 
celui des côtes dans la refpiration. Dans le même inftant où 
l'animal ferme la gueule, le bord des opercules eft ramené 
fur le corps; la membrane des ouïes qui le borde en ferme 
exaétement l'ouverture, & l’eau qui étoit entrée dans les 
cavités lors de la dilatation de toutes les parties, eft pour ainft 
dire, preffée contre les feuillets des ouïes qui fe font rappro- 
chées au même moment ; & c’eft alors que la fonction de la 


Mém, 1785. Aa 


186 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


refpiration eft entièrement remplie. Les poiffons ne la para- 
chèvent donc que dans l'expirations N’eft-on pas en droit dé 
conclure avec Duverney, guidé par l'analogie, que les animaux 
qui refpirent de l'air ne donnent point le principe phlogif- 
tique de leur fang à cet élément dans le moment de l'infpi- 
ration, mais feulement lorfque le thorax s’aflaifle, que les 
poumons tendent à chafler l'élément qu'ils contiennent, & 
que toutes les parties, en fe rapprochant, forcent l'air à 
s'unir plus intimément avec les fluides qu’elles charient. 
Les poiffons ont des infpirations plus fréquentes que les 
animaux qui vivent dans l'air, parce que le principe qui 
doit être extrait de l'eau par leurs organes, eft répandu bien 
moins abondamment dans ce dernier fluide que dans l'air, 
& qu’il eft plus difficile de le féparer de l’un que de l'autre. 
L'ufage de la wembrane des, ouïes paroït fe borner à 
fermer exactement l’ouverture des ouïes, & à augmenter 
dans certaines efpèces leur cavité; cette membrane manque 
dans un grand nombre de poiflons, comme je lai déjà 
obfervé : les ouvertures des ouïes font alors très-étroites. 
Dans quelques-uns où cette ouverture fe trouve très-petite, 
la membrane des ouïes n’eft foutenue que par un feul rayon, 
qu'on pourroit même regarder comme une lame des oper- 
cules. Les efpèces du genre des Mormyrus en fourniflent un 
exemple; quelques-autres ont l'ouverture des ouïes très- 
étroite, mais formant une efpèce de canal, comme on le voit 
dans les poiflons du genre des murænes & des callyonimus ; 
dans ces efpèces, la membrane ne paroît pas diftinéte des 
opercules , & les offelets qui la foutiennent peuvent être 
aifément comparés aux côtes dans l’homme & les quadru- 
pèdes. Dans les poiffons enfin dont l’ouverture des ouïes 
eft très-confidérable , il étoit néceflaire que la membrane 
füt raffermie par un grand nombre d’offelets; & c’eft aufli ce 
qu'on obferve dans toutes les efpèces de érochets , de faumons, 
& fur l'élops qui a trente-quatre offelets de chaque côté. 
_ Lorfque le fang a paflé au travers des ouïes, il entre 
dans des vaiffeaux dont le diamètre va en augmentant, 


DES SCIENCES. 287 


dont les parois font moins épaifles que celles de l'artère 
branchiale, qui ont, en un mot, tous les caractères des veines, 
& qui doivent en tout être comparés aux veines pulmo- 
naires dans l'homme & les quadrupèdes; elles ne portent 
cependant pas le fang à un ventricule, mais elles forment 
par leur réunion un gros vaifleau qui a toutes les qualités 
des artères. Ce vaifleau a été connu des anatomiftes, fous 
le nom d’aorte defcendante; je crois devoir feulement lui 
donner celui d’aorte, ayant déjà fait voir que les poiffons 
n’avoient point d’aorte afcendante. Le fang eft diftribué 
dans tout le corps par l'aorte ; le cours de ce fluide n’eft 
point retardé comme dans l’homme, par un grand nombre 
de plis ou d’angles formés par les vaifleaux fanguins, & 
qui font déterminés par la conformation des vifcères & 
des extrémités: il n’a donc pas befoin d’être pouflé dans 
les artères des poiflons, avec autant de force que dans celles 
de l’homme. Il eft aifé, d’après cette confidération, de 
rendre raifon de la direction que fuivent les veines pul- 
monaires; quant aux artères, elles décrivent une ligne 
droite, & le fang y circule avec moins de rapidité que dans 
les vaifleaux des animaux à fang chaud. Leuwenhoëck à 
obfervé que le fang d’une anguille ne parcouroit à peu- 
près que l’efpace de cinq pouces dans une minute; & je 
me fuis afluré par un grand nombre d’expériences faites 
fur des poiffons du genre des carpes, que leur cœur ‘battoit 
dans le même efpace de temps, trente-cinq fois, quelquefois 
trente-fix, & même trente-huit, rarement quarante. : 
IL eft très-probable que le fang, en paflant à travers les 
ouïes, s’y dépouille, comme dans les quadrupèdes à travers 
les poumons, du principe charbonneux dont il eft furchargé; 
mais je laifle aux chimiftes à nous éclairer fur la manière 
dont l'air déphlogiftiqué uni à eau, & qui en eft,peut- 
être une partie conftituante, abforbe ce principe : je me 
bornerai à rapprocher quelques obfervations qui peuvent 
éclaircir la théorie des phénomènes de la refpiration. 
Les poiflons ont, proportionnellement à leur volume, 


Aaij 


188 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


moins de fang que les quadrupèdes; ce qui s'accorde par- 
faitement avec la manière imparfaite dont le mécanifme 
de la refpiration s'exécute dans les premiers; plufieurs 
anguilles ont à peine fourni quelques onces de fang, fuivant 
Menghinus ; & Von trouve dans les commentarii Bononienfes, 
qu'on n'en a retiré qu'une feule once de cent de ces poifions. 

La quantité du fang dans les animaux, eft toujours en 
raifon de la perfection de leur refpiration; cette obfer- 
vation peut être faite non-feulement fur les grandes clafles , 
mais encore fur les efpèces des poiflons qui offrent, rela- 
tivement aux organes de la refpiration, bien plus de va- 
riétés que les animaux qui vivent dans l'air. Aiïnfi les 
cartilagineux qui ont ces organes les plus étendus, ont “auffr 
plus de fang qu'aucun autre poiflon; de même le brochet, 
dont les organes de la refpiration font plus complets, pour 
ainfi dire, que ceux de la carpe, a plus de fang que celle-ci 
qui, refpirant d’une manière plus parfaite que l'anguille, | 
a aufli plus de fang que cette dernière. 

Les poiflons ne peuvent fupporter dans l’eau un degré 
de chaleur égal à celui que les quadrupèdes fupportent dans 
l'air; la différence eft même à cet égard très-confidérable, 
puifque ceux-ci ne paroiffent fouflrir en aucune manière 
dans une atmofphère dont la chaleur tran{mife à l’eau, feroit 
infailliblement périr les poiflons qu'on y plongeroit. 

L'homme eft fufceptible auffi de fupporter fans 
inconvénient une chaleur très - confidérable. Plufieurs 
Savans Anglois placés pendant quelque temps dans 
une atmofphère où Îe thermomètre fe foutenoit au 
109. degré, ne pouvoient pas dans le même moment 
#tenir leurs mains dans de l’eau dont la chaleur n'étoit que 
de 57 degrés, & qui auroit fufh fans doute pour détruire 
l'organifation des poiflons. Il exifle cependant quelques 
obfervations fur des poiffons trouvés vivans dans des eaux 
affez chaudes. Les anciens avoient remarqué cette fingu- 
larité ; Ælien parle d’un lac de Lybie, dont l’eau eft très- 
chaude, & où l’on trouve des poiffons qui meurent fr on 


POIEUSE SIC E NIC:E S 189 


les tranfporte dans une eau moins chaude. On trouve des 
obfervations femblables dans Sainr- Auguflin & Cardanus. 
Shaw, dans fon voyage en Barbarie, parle de quelques 
fources thermales dans lefquelles il avoit trouvé plufieurs 
poiflons du genre des perches. Tout récemment, M. des 
Fontaines, de l’Académie des Sciences, a fait la même 
obfervation aux environs de Cafza. Le thermomètre de 
Réaumur, qu'il y a plongé, eft monté au 30.” degré: 
je ne doute point que lobfervation d’Æfien n'ait eu 
lieu dans ces mêmes fources. On trouve dans l’hiftoire 
des eaux minérales de Lucas, des obfervations fur des 
carpes vivantes trouvées dans une eau thermale dont la 
chaleur égaloit celle du fang de lhomme. Waffnieri dit 
auffi avoir vu des poiflons vivans dans des eaux ther- 
males; Conringius fait mention du même phénomène. 
Anderfon rapporte un fait femblable dont il a été témoin 
en Iflande. Je ne citerai pas fur cet objet un plus grand 
nombre d’autorités, parce que prefque aucun de ces auteurs 
n'a déterminé exactement le degré de chaleur des eaux dont 
ils font mention. Parmi toutes les obfervations rappor- 
tées fur ce phénomène , celle qu’a faite M. Sounerat eft 
affurément la plus furprenante, puifqu’il dit avoir trouvé 
à Manille, des poiflons dans une eau qui faifoit monter le 
thermomètre de Réaumur jufqu'au 69." degré. Mes expé- 
riences m'ont fourni de bien moindres réfultats. Muffembroëck 
avoit déjà écrit que les poiflons périfloient au 1 1 1.°° degré 
du thermomètre de Farenheit; il a vu même une perche 
très-vigoureufe mourir en trois minutes, dans une eau au 
6.” degré; il ajoute que ces animaux vivoient très-bien 
au 72."°. Il eft très-difhcile de déterminer pofitivement les 
divers degrés de chaleur que chaque efpèce peut fupporter; 
ils diffèrent non-feulement fuivant la faifon , mais encore 
fuivant a forme des organes de la refpiration. 
Le 20 juin 1784; j'ai mis deux épinoches dans un 
grand vafe plein d’eau. dont la température étoit de 14 
degrés ; je l'ai fait chauffer graduellement, & au bout de 


190 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


deux heures & demie, le thermomètre eft monté au 
28." degré: ces poiflons fe font alors beaucoup agités; 
ils étoient fur le point de mourir, lorfque je les ai retirés 
pour les jeter dans de l’eau fraîche, où ils font revenus à 
la vie au bout de quelques minutes. 
Le 10 novembre 1784, j'ai mis dans un vaifleau 
contenant une voie d'eau, une carpe, des ablettes, des 
goujons , & quelques poiflons de la famille des perches: 
l'eau avoit été prife dans la Seine; le thermomètre y 
marquoit $ degrés; le fond du vaifleau étoit recouvert 


x 


de fable. À midi 2$ minutes, Île thermomètre étoit à 


6 degrés =; à 30 minutes, à 8 degrés, &c. Cette 
expérience a duré jufqu'à 4 heures 45 minutes; jai eu 
foin de marquer de degré de chaleur de $ en $ minutes; 
j'ai verfé de temps en temps de l’eau fraiche en petite 
quantité. Au 12."° degré, les plus petits poiflons ont com- 
mencé à monter à la furface de l’eau, ils s’agitoient déjà 
beaucoup & donnoient des fignes de mal-aife: l’eau de la 
Seine eft cependant bien plus chaude dans l'été. Au 2 1.°° 
degré, les plus petits (les ablettes) ont perdu {eur équilibre 
& étoient déjà prefque morts; au 22.°° les perches fur- 
nageoient fans mouvement & le corps renverfé; les goujons 
qui étoient un peu plus gros, n’ont paru manifeftement 
fouflrir qu'au 23.°° degré; cependant la carpe ne s’agitoit 
encore prefque point, fa refpiration étoit feulement plus 
fréquente. Au 28.°° degré où j'ai tenu l’eau pendant 15 
minutes, la carpe a commencé à donner des fignes de mal-aife 
& a perdu l'équilibre; elle a enfuite paru morte ou du moins 
afphyxiée ; l'ayant retirée pour la mettre dans de l'eau 
fraiche, elle n’eft revenue qu’au bout d’un affez long efpace 
de temps : jai employé quatre heures & demie à amener 
l'eau au 28:"° degré. Je fuis bien perfuadé qu'avec certaines 
précautions on parviendroit à faire vivre des poiflons dans 
une eau échauffée au-delà de 28 degrés ; mais je doute 
qu'ils vécuffent fi elle l'étoit feulement jufqu'au 40.7. Je 
me propofe de fuivre ces expériences & de les varier de 
différentes manières. 


Des ScrENcCESs. 191 


En fuppofant que Îes poïflons , ainfr que j'ai lieu de Le 
préfumer d’après les expériences dont je viens de rendre 
compte , ne puiffent pas fupporter une eau échauffée au-delà 
de 30 degrés; en fe rappelant en même temps qu'il leur 
eft impoflible de vivre dans une eau dont la température 
feroit quelques degrés au-deflous de zéro, il s’enfuivroit 

ue ces animaux ne pourroient fe foutenir que dans une 
échelle tout au plus de 30 degrés; échelle qui, comparée 
avec celles que peuvent parcourir les animaux à fang chaud, 
paroîtra fans doute très-courte ; elle fera cependant toujours 
en raifon de la chaleur vitale , qui dans les poiflons eft même 
au-deffous de celle des reptiles & des quadrupèdes ovipares. 
Martine a obfervé fur plufieurs poiflons d’eau falée, que la 
chaleur du fang n’excédoit pas de plus d’un degré celle de 
Yeau où ils étoient plongés. La même expérience répétée 
fur une truite & fur d’autres poiffons de rivière, lui a donné 
le même réfultat. M. Jean Hunter à vu le thermomètre de 
Fahz , introduit dans l’eftomac d’une carpe , monter du 
65° degré +, terme de la température de l’eau, au 69.° 
degré, c'eft-à-dire, 3 degrés + de plus; mais ïl faut obferver 
que le poiffon étoit alors hors de l’eau, circonftance bien 
eflentielle, & qui doit influer beaucoup fur le réfultat de 
l'expérience. 

J'ai plongé dans le corps de plufieurs petits poiffons de 
la Seine, que je tenois dans l’eau pendant l'expérience, un 
thermomètre qui n'eft jamais monté plus de de degré au- 
deflus de Ia température de l’eau ; l'augmentation n’étoit 
même quelquefois que d'un demi-degré, particuliérement 
dans ceux qui étoient malades. Une anguille aflez grofle , 
mais foible, n’a fait monter la liqueur que de À de degré. 
Les carpes ont donné conftamment un degré d’excedant de 
chaleur, quelques-unes un degré + : en général Ia chaleur 
des poiffons eft très-peu confidérable, & je crois qu'on 
peut révoquer en doute l’obfervation d'Olafsen, qui prétend 
avoir remarqué une chaleur fenfible dans le re d'une 
éfpèce de chien de mer (le glauque ). 


192 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Les poiffons font une grande déperdition de chaleur ani- 
male , l’eau leur en foutire continuellement une grande 
quantité; la portion de ce fluide qui les environne immé- 
diatement, eft auffi plus chaude que par-tout ailleurs. On a 
obfervé qu’une carpe plongée dans un mélange qui fe geloit 
très- promptement, confervoit autour d’elle une certaine 
quantité d’eau fluide, quoique le refte du liquide fût tota- 
lement gelé. 

On ne fauroit rapporter qu’à la refpiration le dévelop- 

ement de la chaleur des poiffons. Les phénomènes d'après 
Éguels M.” Lavoifier & de la Place ont expliqué la pro- 
duction de {a chaleur dans les animaux qui vivent dans l'air, 
s’obfervent aufli dans les poiffons, mais ils font bien moins 
fenfibles : les différences de la chaleur entre les animaux qui 
refpirent de Fair & ceux qui refpirent de l'eau, font fur- 
tout remarquables , en comparant Îles poiflons avec Îles 
cétacées, qui ont d’ailleurs tant de rapport avec ces ani- 
maux, que tous les naturaliftes avant M. Briflon, les avoient 
rangés dans la même clafle. Les uns & les autres habitent 
le même élément; cependant ceux qui ont des ouies & 
refpirent de l’eau, n'ont qu'un degré ou un degré & demi 
de chaleur de plus que l’eau; les cétacées au contraire qui 
refpirent de l'air, ont {e fang aufli chaud que celui de 
Fhomme. J'ai plongé le thermomètre dans le corps d’un 
marfouin, à travers une bleflure qu'il venoit de recevoir à 
côté du cou, & qui rendoit beaucoup de fang ; il étoit 
déjà mort, cependant le thermomètre monta jufqu'au 2 8.° 
degré +, & fe foutint au 28° degré, lorfque je le pliçai 
dans les parties de {a génération. La température de l’atmo- 
fphère étoit ce jour-là de 14 degrés, & celle de l'eau de la 
mer près du bord, de 13 +, 

Les poiffons n’éprouvent point dans l’eau d'aufft grandes 
variations de froid ou de chaleur que les quadrupèdes dans 
l'air. La température de l’eau, à une certaine profondeur, 
paroît être prefque toujours la même, ce qui eft prouvé, 
quant à celle de la mer, par les expériences du comte de 


Marfili, 


SO 


LS 


DES" S'CTENCES. L ag 
Marfili, & plus récemment de M. de Sauflure. Celle des 
rivières, quand la furface eft gélée , eft dans le milieu , quel- 
ques degrés au-deflus de zéro. Dans les grandes chaleurs, 
la température de l’eau eft toujours au-deflous de celle de 
Yair. Cependant il paroïît que ces animaux font plus fenfibles 
à un grand degré de chaleur que de froid. 

Les poiflons font cependant affectés par les variations de 
Tatmofphère : on fait que dès que le temps eft à la pluie, ils 
remontent à la furface. Ce fait n’avoit point échappé à Bacon, 
il le citoit comme une preuve de la grande influence de 
l'air fur les animaux qui vivent dans l’eau. Ne feroit-il pas 
plus fimple d'attribuer ce phénomène au temps qui déter- 
mine alors a chute des infeétes que les poiffons viennent 
prendre à Îa furface de l’eau ? ce qui eft d’autant plus 
vraifemblable , que c’eft prefque la nourriture de tous les 
poiflons de rivière. 

C'eft aux grandes variations de l’atmofphère qu'on doit 
attribuer lémigration de cette quantité prodigieufe de 
harengs que le Foi force chaque année à chercher des mers 
plus tempérées que celles du pôle; mais nous n'avons mal- 
heureufement encore prefque aucune obfervation fur ces 
voyages périodiques. Les poiflons deftinés à ne jamais 
s'éloigner des bords, fentent aufli le refroidiffiement de 
Vair, & pour s'en garantir ils senfouiflent dans la vafe, 
où la plupart d’entr'eux reftent dans un état d’engourdif- 
fement, femblable à celui qu'éprouvent pendant lhiver 
les ours, les loirs , les marmottes, &c. Les anciens ont 
parlé de ce fommeil périodique ; es modernes n’ont point 
fait d’obfervations relatives à ce phénomène, qui mérite 
cependant une attention particulière. 1 eft aifé de recon- 
noître les poiffons de cet ordre , à leur corps qui eft alongé, 
à labfence des nageoires ventrales, & aux mouvemens 
d’ondulation qu’ils font obligés d'exécuter pour fe foutenir 
dans l'eau. 

Je ne regarde pas comme un engourdiffement, propre- 
ment dit, celui que plufieurs auteurs ont prétendu avoir 


Mém. 1785. Bb 


394 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


obfervé fur des poiffons entièrement gelés & rappelés en- 
fuite à la vie. Peut-être fe font-ils fondés fur ce qui arrive 
quelquefois à plufieurs parties des animaux à fang chaud, 
lefquelles reprennent vie après avoir été gelées ; mais il faut 
obferver que leur fang eft bien plus chaud, & qu’il eft pouflé 
avec plus de force dans ceux-ci que dans les poiffons. Quoi 
qu'il en foit, M. J. Hunter qui a tenté la même expérience 
fur ces derniers, ne l’a jamais vu réuffir ; les poiffons, dont 
il a fait geler la queue, n’ont jamais pu recouvrer l’ufage 
de cette partie. 

L'eau affecte d’un plus grand nombre de manières les 
organes de la refpiration des poiffons , que l'air n’agit fur 
ceux des animaux à fang chaud. Plufieurs individus, après 
avoir refpiré pendant quelque temps dans une certaine quan- 
tité d’eau , la dénaturent au point qu’elle n’eft plus propre à 
la refpiration , comme les animaux à fang chaud dénaturent 
Vair, lorfqu’ils font raffemblés dans le même endroit. L'eau 
tient en diflolution un plus grand nombre de fubftances que 
l'air, & parmi ces fubftances, il s’en trouve beaucoup qui 
deviennent nuifibles aux poiflons; leur vertu délétère agit 
le plus fouvent dans ces animaux, fur les organes de Ia ref- 
piration ; ce qui a plus rarement lieu dans les animaux qui 
vivent dans Vair. La nature a cependant doué Îes poiflons 
d’une force aflez grande pour réfifter à quelques-uns des 
changemens que Î’eau peut éprouver ; ïls paflent , par 
exemple, librement des eaux falées dans les eaux douces, 
ou de celles-ci dans les eaux falées. On fait combien eft grand 
le nombre des faumons, des alofes, des lamproïes, &c. qui 
abandonnent chaque année la mer pour remonter les rivières; 
les carpes au contraire quittent fouvent les rivières pour 
gagner les eaux de la mer. Si l'on fait attention à la diffé- 
rence qu’il doit y avoir pour un poiflon, de refpirer de l'eau 
douce ou de l’eau falée, on aura une idée de la force dont- 
nous avons dit qu’ils étoient doués pour réfifter aux chan- 
gemens que l’eau peut éprouver, force qui, dans cette cir- 
conftance, eft au-deflus de celle qu'on obferve dans les autres 


DES, SCrENCES. 195 


animaux qui ne fupporteroient pas un changement auf 
grand & auffi fubit dans l'air. Ceci peut fervir à rendre 
raifon de l'organifation moins parfaite que préfentent es 
parties deftinées à la refpiration des poiflons ; ftruéture qui 
les met à l'abri de da trop grande influence que les dégéné- 
rations multipliées de ce fluide aurojent fur leurs organes. 
Les poiflons que j'ai mis dans de l’eau diflillée y ont 
vécu ; ils ont à la vérité donné d’abord des fignes de mal-aife, 
mais après avoir nagé quelque temps, ils n'ont plus paru 
foufirir. Ils avoient probablement déterminé, par leur mou- 
vement, l’eau à s'unir à La portion d'air néceflaire à Îa 
refpiration. Cependant un petit poiffon enfermé dans un 
- flacon bouché, qui contenoit une pinte d’eau diftillée, y a 
vécu plus de trente heures. Le firop de violette, verfé en 
petite quantité fur de l’eau diftillée où étoient des poiffons 
vivans, n’a donné d’abord aucun figne de changement de 
couleur ; il a feulement un peu verdi dans Îa fuite, ce qui 
peut être attribué à la partie alkalefcente de la mucofité dont 
le corps des poiflons eft enduit, & qui fe mêle toujours 
à l'eau : ils y-ont très-bin vécu. Une goutte d'acide arfé- 
nical jetée dans une aflez grande quantité d’eau, où j'avois 
mis un poiflon vigoureux , a fufh pour le faire mourir dans 
le moment. Sa gueule étoit fermée, & les opercules des 
ouïes ramenées fur le corps. Un autre poiffon a vécu fix 
minutes dans du fuc de citron; les ouvertures des ouïes 
étoient fermées quand il eft mort. L’eau légèrement aci- 
dulée au moyen de l'air fixe, a fait mourir dans quelques 
minutes un poiflon vigoureux ; fa gueule & l'ouverture de 
fes ouïes étoient très-béantes. Ceux que j'ai plongés dans 
de l’eau de chaux, ont, au bout de quelques minutes, 
rejeté par les ouvertures des ouïes, une fanie aflez abon- 
dante; ils ont donné quelques fignes de vie après cette 
évacuation, & font morts bientôt après. On fait que la 
chaux eft employée à prendre les poiffons dans les étangs, 
& les anguilles dans Îes ruiffeaux où ily a peu d’eau, & où 
il fuffit de jeter quelques pierres de chaux pour es faire 
Bb ij 


196 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


mourir. Les pêcheurs emploient plufieurs autres moyens 
analogues pour prendre, s’il eft permis de s'exprimer ainfi, 
les poiffons par la refpiration. Dans les Indes, on emploie 
à cet ufage le fuc de plufieurs plantes. Dans nos provinces 
méridionales on fe fert, pour le même objet, du fuc d’une 
efpèce de thytimale /euphorbia characias L.) qui croît abon- 
damment dans les lieux incultes; on en coupe les tiges en 
plufieurs morceaux, qu’il fufhit de jeter fur l’eau pour faire 
mourir un grand nombre de poiflons. On fait que ce fuc 
laiteux peut être répandu fur une grande furface, 


CRI PI s 
LIRE 


pets SCIE N CE S 197 
Ê 
| MÉMOIRE 
SUR QUELQUES PARTICULARITÉS 
DU CUPRESSUS DISTICHA!“# 
appelé Cyprès chauve par les Américains. 
Par M. l’abbé TESSIER. 
S' les defcriptions exactes des plantes font néceflaires 


pour les faire reconnoiïtre, & pour empêcher qu'on 
ne confonde entr’elles les efpèces qui fe rapprochent, ïi 
n’eft pas moins intéreflant de conflater les circonftances qui 
accompagnent leur végétation, & l’üfage auquel on peut 
les deftiner, parce que de-là dépendent & la manière de 
les multiplier, & les avantages qu’on a lieu d'en attendre. 
C'eft dans cette vue que j'expoferai ici quelques particu- 
larités du cupreffus difficha. Lin. 

On a donné le nom de cyprès chauve au capreffus diflicha, 
parce que tous les ans, en hiver, il fe dépouille de fes feuilles 
que les autres cyprès confervent dans cette faifon. Suivant 
les anciens botaniftes françois, c’eft le cupreffus foliis pfeudo- 
acaciæ deciduis; la plupart des auteurs angloïs l’appellent 
deciduous cypreff. Catefby le regarde comme le plus haut 
& le plus gros des arbres de l'Amérique feptentrionale, 
après le tulipier. Selon cet auteur , il y a des cyprès 
chauves qui ont trente pieds de circonférence près des 
racines, & dix vers la cime, fur une hauteur de foixante 
à foixante-dix pieds avant les branches. Le père Charlevoix 
dit abfolument la même chofe; comme il paroït avoir 
copié Catefby, il ne peut être une autorité de plus. M. le 
Page du Pratz, dans fon.hiftoire de la Louifiane /a), pays 


où le cupreffus diflicha étoit très-commun & très-eflimé, 


(a) Hiftoire de la Louifiane, some IT, chapitre 111, pages >0 7 fuiy. 


C4 


Lû 
le 6 Avril 


1735: 


198 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fous Je nom de cypre, entre, fur fon ufage, dans des détails 
intéreffans. I fait connoître que c’eft un arbre d’une gran- 
deur & d’une grofleur prodigieufes; d’un feul tronc on 
forme communément plufieurs pirogues de plus d’un pouce 
d'épaiffeur, en. état de porter jufqu'à quatre milliers & 
au delà; on cite même un de ces cyprès, qui avoit douze 
braffes de tour fur une hauteur proportionnée: on fe pro- 
poloit de l’employer à la conftruction de deux pirogues, 
dont l'une devoit porter quatorze tonneaux & l’autre feize. 

Dans le temps où le cyprès chauve étoit, à la Louifiane, 
plus commun qu'il ne l’efl maintenant, on en abattoit , dit 
M. le Page, pour faire fervir l'écorce à couvrir les maifons; 
on choiïfifloit le moment où l'arbre étoit en sève, afin d’en 
enlever plus facilement l'écorce, qu'on tailloit par pièces 
de fix pieds de longueur; on faifoit du refte de l'arbre, 
des planches qui étoient tranfportées hors du pays, & 
vendues à bon marché. Ce boïs a [a réputation de n'être 
pas attaqué des vers, de réfifter mieux qu'aucun autre aux 
injures de l'air, & d’être incorruptible. Un tronc d'arbre 
qu'on a trouvé bien confervé près la nouvelle Orléans, 
à vingt pieds de profondeur, & qui devoit y être depuis 
bien des années, étoit celui d’un cypre ou cyprès chauve. 
M. le Page du Pratz aflure que le bois du cyprès chauve 
ft d’une belle couleur, qu'il eft tendre, léger, doux, uni, 
d'un fil droit, ayant les pores fins, qu'il ne fe fend pas 
de {ui-même, mais facilement fous l'outil de l’ouvrier, & 
qu'enfin il ne travaille point lors même qu'on l'emploie 
encore verd. . 

Le cupreffus diflicha offre à l'obfervateur une particularité 
fingulière. À quelque diftance du tronc il s'élève des racines . 
prefque à angles droits, des protubérances que Catefby 
défigne fous le nom de chicots , & l’auteur de lhiftoire 
de Îa Louifiane, fous celui de contreforts. Les habitans de 
la Louifiane les creufent pour en faire des uftenfiles de 
ménage; ces protubérances jointes à des portions de ra- 
cines, s’emploient pour former des courbes naturelles dans 


DES SCIENCES, 199 


les vaifleaux. Elles font ordinairement arrondies & en 
forme de cône ; quelques-unes excèdent de très-peu a 
furface du fol, d’autres montent jufquà huit ou dix pieds, 
ce qui peut dépendre de l'âge des arbres: une écorce 
rougeûtre les recouvre; on n’y voit ni feuilles ni branches, 
ni traces de boutons. Jufqu'ici, à ce qu’il me femble, on 
n’a remarqué fur les racines d'aucun autre arbre de fem- 
blables protubérances , ou du moins on n’en a pas fait 
mention. Catefby nous a appris encore , que le cyprès 
chauve , auquel il donne l’épithète d'aguatique, croifloit 
dans l’eau, dont il étoit quelquefois baigné jufqu’à la 
hauteur de cinq & fix pieds; & que fes graines, müres 
en octobre, fe égale d'elles-mêmes, avantage précieux 
pour fa multiplication. 

Ces affertions aufli curieufes qu'utiles pour les culti- 
vateurs d'arbres, avoient befoin d’être confirmées: deux 
relations nouvelles que j'ai entre les mains, ne laifient 
aucun doute fur l'exactitude de la plupart; l’une eft de 
M. de Marbois, fecrétaire d’ambañfade de France, auprès 
des États-unis de l'Amérique, & maintenant intendant de 
Saint-Domingue; & l’autre de M. Jones, habitant du pays 
où les cyprès chauves font le plus abondans. M. de Marbois, 
dont le zèle pour les intérêts de fa patrie, & pour fuf 
procurer des objets utiles, fe fait connoître dans plus d’un 
“genre, s'eft rendu de Philadelphie à un marais rempli de 
ces arbres, & appelé cyprès fwamps, fitué à peu de diftance 
de Lewiflowe pres de l'embouchure de 11 Delaware, à la 
droite du fleuve; il eft en partie dans le petit État de la 
Delaware, & en partie dans le Maryland, au nord & au 
fud du cap Henlopen (4), éloigné de la mer d'environ 


(b) Le cap Henlopen eft marqué | Lattré, la plus récente’, on trouve 
fur la carte de d'Anville, à l’entrée | le cap Kenlopen, au lieu du cap 
de la Delaware, au fud ou à gauche | Henlopen, qui eft le vraï nom, ainfi 
en entrant dans cette rivière, vis-à- qu’il paroît d’après les gens du pays. 
vis du cap Maï, qui eft à droite & | M. d’Anville l’a bien M 
dans le Newjerfey. Dans la carte de vs 


200 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


douze milles. On aflure que ce marais & ceux qui l'avoi- 
inent, ont une étendue très-confidérable. M. de Marbois 
a remarqué que le fol qui environe le marais des cyprès, 
étant moins marécageux, quoique humide, ne produifoit 
point de cyprès chauves, mais des chênes, des noyers, 
des liquidambars. Du refte, fa relation & celle de M. Jones 
font d'accord avec ce que Catefby & M. le Page du Pratz 
ont avancé de plus important fur le cyprès chauve. M. de 
Marbois a fait paffer en France une de ces protubérances 
dont j'ai parlé ; il y a joint de [a terre du marais, afin 
qu'on reconnüt celle où il convenoit de cultiver cet arbre. 
H feroit à defirer que les voyageurs botaniftes euffent cette 
attention : fouvent ils fe contentent d'envoyer ou de rap- 
porter des graines, fans mettre ceux à qui ils les deftinent, 
à portée de réuflir dans leurs effais. 

Le principal but qu'on fe propofe dans la recherche 
des axbres étrangers , eft de favoir s’il eft poffible de les 
naturalifer dans d’autres pays que ceux où ils croiflent 
naturellement. Je penfe qu'on doit concevoir l'efpérance 
d'acclimater parmi nous le cyprès chauve , non-feufement 
d’après les éclairciffemens que vient de nous procurer M. de 
Marbois, mais encore, parce que cet arbre s'élève en France 
avec fuccès. M. de Malesherbes, membre de cette Acadé- 
mie, auquel on eft redevable en partie du voyage de M. 
de Marbois de Philadelphie jufqu'au Marais, & auquel je 
n'ai, pour ainfi dire, qu'épargné la peine d’inftruire le public 
des faits contenus dans ce mémoire, M. de Malesherbes a 
fait planter de diverfes manières des cyprès chauves ; les 
uns dans un terrein fec, les autres dans un fol de tourbe, 
& un feul, au milieu d'un amas d’eau ftagnante. Parmi les 
premiers, plufieurs ont péri, ceux qui fubfiftent font petits 
& fanguiffans ; les cyprès placés dans la tourbe croiffent avec 
vigueur & facilité ; ils ont trente-fix pieds de hauteur, & 
quatre pieds de circonférence à leur bafe. Il ÿ a quinze ans 
qu'ils font à Malesherbes, où ils ont été apportés d'Angleterre, 
n'ayant que fix lignes de diamètre, & la grofleur du petit 

doigt. 


D'Erst SCcrENCcE s. 207 


doigt. On diftingue auprès de l’un d’eux des protubérances 
fortant des racines : elles font en grand nombre ; il yena 
qui fe montrent à plus de fix pieds du corps de l'arbre; 
quelques-unes ont déjà fix pouces au-deflus du fol. Les 
racines profondes en produifent comme les racines fuper- 
ficielles ; car les racines s'élèvent plus où moins, comme 
pour former une protubérance, & fe replongent en terre, 
prefque verticalement, ainf que M. de Malesherbes & moi 
nous l'avons obfervé. Le cyprès chauve, qui a le pied dans 
l'eau, n'y eft que depuis trois ans; il paroït en bon état, 
IL eft à remarquer à l'avantage des cyprès chauves , que 
ceux de Malesherbes , fans qu'on ait pris aucunes précau- 
tions, n’ont point été maltraités par la rigueur des hivers 
de 1776 & 1784, quoique d’autres arbres de France & 
du pays en aient beaucoup fouffert. Cependant en Amé- 
rique , ils ne fe trouvent pas plus au nord que a Virginie. 
Il n’eft pas inutile d’obferver encore, que leurs graines fe 
confervent plufieurs années, & fe tranfportent par mer, 
fans exiger des attentions particulières. M. de Fougeroux 
pofsède au Monceau beaucoup de cyprès chauves qui font 
en bon état; ces arbres ont été plantés dans de fa tourbe, 
fur les bords d’une rivière qui les inonde une partie de 
l’année ; c’efl une des plantations faites par M. Duhamel 
de Denainvilliers, frère de celui que nous regrettons. Ce 
favant modefte, un des meilleurs cultivateurs qui ayent 
exifté, ayant effayé ces arbres dans divers terreins où ils 
-ne fe plaifoient pas, penfa, après avoir 1û Catefby, qu'il 
convenoit de les mettre dans la tourbe, & prefque Île pied 
dans l’eau, & l’on voit par le fuccès des cyprès de Males- 
herbes, combien fon obfervation fut jufte. 

Afn de tirer tout le parti poffible du voyage de M. de 
Marbois, au marais des cyprès, nous avons cru devoir 
foumettre à un examen chimique la terre & la protubé- 
rance qu'il a fait pañler en France, & les comparer avec 
la terre & une protubérance envoyées de Malesherbes. 
M. Cornette, de cette compagnie, s'en eft chargé & s’en 

Mém, 1785. Cc 


202 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


eft acquitté avec exactitude. L'une & l’autre terres paroiffent 
être de la tourbe, dans laquelle on reconnoit à l'œil des 
débris de végétaux ; celle d'Amérique eft d’un brun-foncé, 
& contient une aflez' grande quantité de quartz qui la rend 
friable ; celle de Malesherbes eft d’un gris-cendré , fans 
aucun mélange de quartz, aufli a-t-elle du liant & de fa 
ténacité. 

Chacune de ces terres, bien sèche, expolée féparément 
dans un creufet au feu de forge, s’eft enflammée fur le 
champ, en répandant une flamme blanche; cette com- 
buftion a enlevé à la terre d'Amérique les trois huitièmes 
de fon poids, & à celle de Malesherbes un peu moins que 
la moitié: la terre grife & légère qui reftoit dans le creufet, 
n’étoit pas attirable à l'aimant, elle a fourni un peu d’alkali. 

En délayant dans l’eau une once de la terre d'Amérique, 
& en la traitant à la manière des terres bolaires , on en 
retire, à l’aide d’un tamis, 1.” un gros de fubftance végé- 
tale, dont une partie eft à moitié détruite, & l’autre dans 
un état d’intégrité; 2.° trois gros & 1 $ grains de criftaux de 
quartz; 3° trois gros + d’une terre brune, infoluble dans les 
acides, très-divifée, facile à s’'enflammer, ne laiflant qu’une 
cendre qui contient peu d’alkali fixe. De la même quantité 
de terre de Malesherbes, traitée de la même manière, on 
a retiré 1 gros & 48 grains de fubftance végétale, $ gros 
& 36 grains d’une terre brune, foluble en partie dans les 
acides, dont il y avoit plus d’un gros de terre calcaire; fion 
lexaminoit à la loupe, on y découvroit encore des parcelles. 
de végétaux. M. Cornette ayant enflammé & réduit faci- 
Jement en cendres la terre de Malesherbes, a reconnu que 
,C'étoit un mélange d'argile provenant de la décompofition 
des végétaux, & d’une petite portion d’alkali réfultant de 
Jeur incinération. 

Une demi-once de la terre d'Amérique & une demi- 
‘once de celle de Malesherbes, mifes chacune dans l’eau 
bouillante qu'on a fait évaporer, n'ont donné aucuns fels, 
mais de la matière extraétive, qui étoit plus abondante 


% DÉEsS» Sa GIE N°eC E: 154 203. 
dans celle de Malesherbes : on conçoit qu’elle dépendoit 
des végétaux non décompofés. 

Cette analyfe offre des différences entre les deux terres, 
puifque celle de Malesherbes ne contient point de quartz, 
qui forme plus d’un tiers de celle de l'Amérique, puifque 
cette dernière eft privée de terre calcaire, ou n’en a que 
très-peu, tandis que l’autre en a un huitième; mais dans 
lune & dans l'autre il y a beaucoup de débris de végétaux 
plus ou moins complétement décompolés, ce qui conftitue 
la véritable tourbe. H s'enfuit donc que la tourbe eft {a 
terre qui convient le mieux à la végétation du cyprès 
chauve: cette tourbe a befoin d’être divifée; dans la terre 
d'Amérique, elle l'eft par le moyen du quartz; dans celle 
de Malesherbes, elle l'eft par la terre calcaire, ce qui 
rapproche ces deux terres, en leur donnant la même 
propriété; car on fait qu’on diminue également {a compacité 
des terreins, foit en y mêlant du fable, foit en y mêlant 
de Îa terre calcaire, 

Les eflais que j'ai rapportés, conformes à l'examen des 
terres où fe plaît le cupreffus diflicha , me paroiflent fufffans 
pour engager les cultivateurs zélés à multiplier ces arbres 
en France. Ce royaume renferme beaucoup de terreins 
marécageux , inondés, formés de tourbe & de fable ou de 
craie, où il ne croit que des joncs, des iris, des rofeaux & 
de mauvais fourrages ; tels font la vallée de Somme, les 
tourbières de Flandre, quelques cantons de la Sologne , 
& beaucoup d’endroits fitués dans le voifinage des ruifleaux. 
Il y a lieu d’efpérer que cet arbre y réuffiroit. 

Quoiqu'il ne füt pas important pour la culture du cyprès 
chauve, de connoïire les principes chimiques de fon bois 
& ceux de {a protubérance qui s'élève des racines, M. 
Cornette a cru devoir s’en occuper, puifqu'il en avoit 
l’occafion. Suivant fon analyfe , il réfulte de la comparaifon 
du bois de cyprès d'Amérique avec celui du cyprès de 
Malesherbes, de celle des protubérances d'Amérique & 
de Malesherbes entr'elles, & de celle des protubérances 

Cci 


204 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
avec le bois, 1.° que le bois du cyprès d'Amérique eft 
moins dur que celui de Malesherbes, ce qui peut dépendre 
du degré de ficcité, ce dernier étant plus récemment coupé; 
2. qu'ils fourniflent l'un & l'autre très-peu d’extrait dans 
une évaporation après avoir bouilli; 3° qu’ils ne commu- 
niquent à l’efprit-de-vin qu’une foible couleur, qui devient 
plus foncée par l'addition d’un peu d’alkali fixe : ces tein- 
tures font ftyptiques , & précipitent en noir {a diflolution 
du fer dans les acides; 4.° que ces deux bois ayant été 
- foumis à la diftillation, celui-de Malesherbes a fourni plus 
de flegme acide, & celui d'Amérique plus d'huile; $.° qu’en 
conféquence on a retiré de celui-ci plus d’air-inflammable 
ue de autre, ce qui doit d'autant moins furprendre, que 
l'arbre dont il a été enlevé avoit végété dans une latitude 
plus chaude. 

Les mêmes différences fe font manifeflées dans l’analyfe 
chimique des protubérances d'Amérique & de Malhes- 
herbes. Ces protubérances s’enflamment plus aifément que 
les bois ; leur flamme plus vive répand une odeur plus forte; 
elles communiquent une couleur plus foncée à l’efprit-de- 
vin , donnent plus d'huile & moins de flegme dans la dif- 
tillation, & laiffent dégager plus d’air inflammable à lap- 
pareil pneumato-chimique, parce qu’elles font plus réfineufes. 
Elles contiennent aufli plus de matière extractive, car l’eau 
dans laquelle on en a fait bouillir des portions fe colore 
davantage. 

Quelques perfonnes ont penfé que les protubérances du 
cupreffus diflicha étoient les organes par lefquels les racines 
pompoient l'air quand cet arbre étoit inondé. Cette opinion 
ne me paroit point fondée, puifque cet arbre n'eft pas 
le feul dont les racines foient couvertes d’eau. Celui de 
Malesherbes, qui a fourni la protubérance que M. Cornette 
a examinée, n’eft inondé que rarement. Cependant la direc- 
tion de certaines racines qui s'élèvent droit, & fe reploient 
verticalement après avoir formé des protubérances, femble- 
roit indiquer quelqu'ufage analogue. Ces corps n’ont d'autre 


pires su iS Ci 'E NuC: ES 205$ 


organifation que celle des parties ligneufes de l'arbre. Un 
favant a foupçonné d’abord que ces protubérances étoient 
peut-être aux racines du cyprès chauve, ce que font les 
épines au tronc & aux branches du gleditzia & du pfeudo- 
acacia ; mais n’en connoiflant pas d’autres exemples, il s’eft 
abftenu de ‘prononcer. S'il étoit permis de hafarder une 
conjecture, je dirois que ces protubérances reffemblent 
beaucoup aux excroiffances qui fe trouvent fur les troncs 
de quelques arbres réfineux ; elles en ont a forme arrondie, 
la difpofition organique, puifqu’elles font un peu fpon- 

ieufes. La féve, en s’extravafant dans ces parties, en écarte 
l'épiderme & les couches ligneufes ; il s’y amafle plus de 
réfine. On a vu par l’analyfe chimique, que les protubé- 
rances étoient plus réfineules que le bois; mais ce n'eft-là 
qu’un aperçu préfenté fans prétention. Le temps & des obfer- 
vations apprendront à développer ce phénomène de végé- 
tation. 1 me fuffit d’avoir fait connoîïtre les avantages du 
cyprès chauve, & Ia facilité avec laquelle on peut en intro- 
duire la culture dans nos climats. 


306 MÉMOIRES DE L' ACADÉMIE ROYALE 
RE EETEER ESEEEEEES RE ER E EE EEE EÉEREREEN EEE E RES 


MEMOIRE 
Sa RENE S 
PROPRIÉTÉS ÉLECTRIQUES 


DE PLUSIEURS MINÉRAUX 


Par M. l'abbé HaAüv. 


pie phyficiens connoiflent en général deux moyens 
d'éleétrifer les corps, l'un par le frottement, & l'autre 
par la communication avec un autré corps déjà éledtrilé. 
On s’eft aperçu aufli que, parmi les fubftances fufceptibles 
d'être électrifées par frottement, il y en avoit quelques- 
unes, telles que la réfme, la cire d'Efpagne , le foufre , 
qui devenoient éleétriques, lorfqu'après les avoir fait 
fondre, on les laifloit refroidir. Enfin on reconnut que Îe 
fchorf, appelé tourmaline, dont la nature eft vitreufe, avoit 
la propriété de s'éleétriler par la feule chaleur, fans frot- 
tement; & cette découverte, qui fut mife dans tout fon 
jour par les diverfes expériences de M.° Wilfon, Adanfon, 
Daubenton, Æpinus & de plufieurs autres favans célèbres, 
fit une époque intéreflante dans lhifloire de l'élettricité. 
On a obfervé depuis que d’autres fchorls avoient la même 
propriété , ainfi que les rubis & topaze du Brelfil. 

J'ai découvert 1a propriété dont il s’agit, dans un mi- 
néral d'un genre tout différent, & qui appartient à la clafle 
des fubftances métalliques. Ce minéral fe préfente fous la 
forme de petites lames minces, alongées, taillées en bifeaux 
par leurs bords, difpofées par faifceaux, & convergentes 
vers un centre commun. On l’a trouvé, il n'y pas long- 
temps, dans les mines de plomb de Brifgaw, & on la 
apporté ici, fous le nom de /païh féléniteux: quelques natu- 
raliftes l'ont pris pour une zéolite; mais M. Pelletier ayant 
fait fucceflivement l'analyfe de la zéolite de Fér-oë, & de 


DusuSCLEN CE Ss. 207 


la prétendue zéolite du Brifgaw, a trouvé que ces deux 
fubftances donnoient des produits très-différens, & que la 
feconde n'étoit autre chofe qu'une calamine criftailifée. 
{Journal de phyfique, décembre 1782) (a). 

Cette calamine étant échauffée, offre les mêmes phéno- 
mènes que Îles tourmalines. La chaleur néceffaire pour 
qu'elle manifefle fes propriétés éleétriques , a aufli une 
limite au-deflus de laquelle les eflets font nuls ou infen- 
fibles ; mais elle conferve fa vertu, en fe refroidiffant, 
beaucoup plus long-temps que les tourmalines: car un 
petit groupe de criftaux, plus de douze heures après avoir 
été chauflé, donnoit encore des fignes fenfibles d'életricité, 
tandis qu'une tourmaline que j'avois fait chauffer en même 
temps, avoit perdu toute fa vertu en moins d’une heure. 

On fait que les tourmalines & autres fubftances miné- 
rales qui s’éleétrifent par Îa chaleur, ont, ainfi que les 
matières électrifées par frottement, un côté dans l'état 
pofitif, & l'autre dans l’état négatif. Les minéralogiftes- 
phyficiens ne feront peut-être pas fâchés de trouver ici 
la defcription d’un appareil fort fimple, dont je me fers 
pour obtenir les eflets relatifs à ces deux électricités >ppo- 
fées. H confifte, 1° dans une aiguille faite d’un fil de 
laiton de deux ou trois pouces de longueur, & qui tourne 
librement fur un pivot de même métal, & non ifolé; 
2. dans un bâton de cire d'Efpagne, à l'extrémité duquel 
eft attaché un fil de foie délié, de quelques lignes de 
longueur. 

Lorfque la tourmaline eft échauflée, je commence par 
la préfenter à une petite diftance d’une des extrémités de 
l'aiguille , jufqu'à ce qu’elle produife des attractions fen- 
fibles ; je juge alors que la tourmaline eft à fon vrai point 
de chaleur: je frotte auffitôt le bâton de cire dans toute 
fon étendue, & à plufeurs reprifes , fur une étoffle; ceux 


{a) On connoît aujourd’hui une autre calamine dont Jes criflaux pareil 
lement groupés, préfentent des pointes d’oêtaëdres. Ces criftaux s’éleétrifent 
auffr par la chaleur. : 


208 MÉmotRes DE L'ACADÉMIE ROYALE 

qui connoiffent {a théorie de l'électricité, concevront qu’en 
vertu de cette opération , l'extrémité du fil de foie doit 
fe trouver électrifée négativement. Je préfente alors à cette 
extrémité les deux bouts de la tourmaline alternativement, 
de manière que l'axe de celle-ci foit, autant qu'il eft 
poflible, dans le même plan que le fl; & il arrive conf- 
tamment qu'un des bouts de Îa tourmaline attire ce fil, 
& que l'autre le repoufle. 

J'ai foumis aux mêmes épreuves prefque tous les corps 
du règne minéral, & je n'en ai trouvé aucun autre qui 
eût les propriétés des tourmalines. 

J'ajouterai ici un court expolé des expériences que j'ai 
faites fur un certain nombre de minéraux, en les expofant 
à l’action de l'électricité, dans la vue de tirer quelque 
avantage de ces expériences , foit pour reconnoitre en 
général la préfence des métaux qui fe trouvent fouvent 
engagés dans les fubftances pierreufes, foit pour trouver 
des caractères diftinctifs entre certains minéraux de diverfe 
nature, qui fe rapprochent de très-près par leur afpect. 
Toute l'opération fe réduit à mettre la fubftance que je 
veux éprouver , en communication avec un conducteur 
éleétrifé, & à lui préfenter une des boules de l'excitateur. 

De toutes les pierres que j'ai mifes à l'épreuve, les 
feules qui ayent produit des étincelles fenfibles, font 1° 
plufieurs variétés du jafpe rouge, jaune ou vert; 2. l'ef- 

èce de caillou auquel es Allemands ont donné le nom 
de pech-flein ; 3° 1e fchorl fpathique ou fibreux , & le 
fchorl en maffes informes ; 4.° les {chiftes, quelles que 
fuflent leur dureté & leur couleur. La plombagine que 
l'on a rangée dans une autre claffe, a donné aufli de vives 
étincelles. 

Les mêmes épreuves m'ont fervi encore à trouver un 
caractère fenfible pour diflinguer la mine d’étain en Mer 
colorés, d'avec certaines blendes auxquelles cette mfne 
reffemble beaucoup à l'extérieur. L’étain produit des étin- 


celles très-marquées, au lieu que Ja blende ne donne que 
des 


DIME «s LUS EC 1 (ENT C ETS. 209 


des aigrettes, comme les corps de nature vitreufe ou réfi- 
neufe; ce qui paroît indiquer que le zinc n’eft dans {a 
blende qu'à l'état de chaux métallique. 

Si les différentes épreuves que je viens de citer n’ont 
pas toujours toute la précifion que l’on pourroit defirer, 
elles ont du moins cet avantage, qu’elles laiflent les 
morceaux intacts, & qu'elles font faciles à répéter; elles 
peuvent être employées utilement parmi les caractères 
fecondaires qu’il me femble que l’on ne fauroit trop mul- 
tiplier. Les productions de la nature font fi variées, & 
fe rapprochent fouvent à l’extérieur par des nuances ft 
légères & fi délicates, que ce n’eft qu'en diverfifiant les 
afpects fous lefquels on les confidère, qu’on peut fixer des 
points de partage qui foient à l’abri de toute équivoque. 


Mém. 1785, Q D d 


10 MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE ROYALE 


OBSERVATIONS 


SUR LA MANIÈRE 
D EE AR. ELLE, ST AE) RÉPARER 
Par M. l'Abbé Haüry. 


E toutes les productions de la nature, il n’en eft point 
qui foient plus fufceptibles d’altération que les végé- 
taux , & dont la confervation demande des foins plus recher- 
chés & plus affidus. Les fleurs en particulier, perdent en 
peu de temps leurs couleurs dans les herbiers, & en prennent 
d’autres très-différentes de celles dont la Nature les avoit 
peintes. Le jaune pälit ou s’efface entièrement ; le bleu & 
le rouge font encore plus fujets à fe dégrader ou à difpa- 
roître. Les fleurs des violettes, des campanules, de plu- 
fieurs geranium , & d'une multitude d’autres plantes qui font 
lornement des campagnes, & fouvent même celui de nos 
 parterres , deviennent en peu de jours méconnoiflables à 
tout autre œil qu’à celui d’un botanifte exercé. 

J'ai eflayé de remédier, au moins en partie, à cet in- 
convénient, & ne pouvant me flatter de fixer les couleurs 
naturelles des plantes , j'ai cherché le moyen de leur en 
fubflituer d’artificielles qui ne s’altéraffent pas, de manière 
que la fleur, en confervant fon tiffu & tous fes cargétères 
eflentiels, pût encore faire une forte d’illufion par le coloris. 
Pour y réuffir je peins un morceau de papier fin , avec des 
couleurs à la gomme, qui ayent , autant qu'il eft poflible, 
le même ton que celles de la nature, un peu plus foible 
cependant, pour la raifon que je dirai bientôt. Cela fait, 
je jette les pétales des fleurs dans de l'efprit-de-vin , où ils 
perdent bientôt toutes leurs couleurs, & fe trouvent réduits 
à des membranes blanchâtres & tranfparentes. Après Îles 
avoir bien effuyés, en les preflant entre deux linges , je les 
applique fur le papier,.coloré, à l'aide d’un vernis gras, 


DAEMSMISICUME NUcELfs: 211) 


dont j'ai eu foin auparavant d’enduire ce papier , pour fervir 
de mordant. Je pafle enfuite à plufieurs reprifes, un autre 
papier fur {a fleur, en appuyant fortement avec la main, 
jufqu'à ce que les pétales foient exactement appliqués, & 
que fa couleur artificielle fe fafle voir au travers. Dans 
cette opération, la couleur dont il s’agit fe fonce un peu, 
ce qui fait qu'en colorant d'abord le papier , il faut refter, 
comme je l'ai dit, au-deflous de la teinte des couleurs na- 
turelles. Je laifle enfuite la fleur à la prefle, pendant quel- 
ques inftans, puis ayant découpé le papier tout à l’entour, 
je l'applique, avec une diflolution de gomme arabique, à 
fa place que la fleur doit occuper fur {a plante qui a été 
collée auparavant, fur un papier de grandeur convenable, 
à l’aide de la même diflolution. 

H eft utile, Iors mème qu’on veut appliquer des fleurs dont 
les couleurs font permanentes, comme celles de la plupart 
des renoncules fauvages, de commencer par coller féparé- 
ment ces fleurs fur un papier, & de découper à l'entour, 
comme dans le cas précédent, avant de les remettre fur 1a 
plante. Cette opération Îes rend plus faillantes, & fi leur 
pofition eft telle qu’elles recouvrent les feuilles de la 
plante, comme cela arrive fouvent , la couleur de ces feuilies 
ne nuit point à celle des fleurs, en perçant à travers leur 
tiflu délié, & en partie diaphane. 

Il y a des plantes dont les feuilles, par leur épaifleur & 
leur fubftance charnue, font très-difficiles à deflécher , & 
fe noirciffent avant que leurs fucs ayent été épuifés par la 
defficcation ordinsire: telles font entr'autres, les feuilles 
des orchis. J'ai obfervé qu'en enlevant par lambeaux, à 
l'aide d’une pointe de canif, la pellieule qui recouvre le 
deffous de ces feuilles, avant de les coller, on précipitoit 
la defficcation, en forte qu’elle s’opéroit ordinairement en 
deux ou trois jours , ou même dans un plus court efpace de 
temps. Les feuilles alors confervent une grande partie de leur 
verd, ou du moins ne font que jaunir un peu, fans jamais 
paffer à cette couleur noire foncée , qui eft le dernier terme 


D d ij 


212 MÉMOIRES DE L'ACADÈMIE ROYALE 


de Ta dégradation, pour un genre de produélions qui nous 
offre ce que la nature a de plus riant & de plus gracieux. 

Je mets ici fous les yeux de l’Académie Ia violette de 
Mars, le geranium , dit herbe-à-Robert, & le pavot ordinaire 
des champs, dont les couleurs artificielles fe maintiennent 
depuis plufieurs années ; jy ai joint des exemplaires de trois 
efpèces d’orchis, dont les feuilles ont encore en partie leur 
fraicheur , après plus de dix ans de defliccation, & quel- 
ques autres plantes , telles que l’adonis d'été, la quinte- 
feuille ordinaire, &c. dont les couleurs naturelles fe font 
foutenues fans autre fecours que les foins que j'ai pris pour 
les deflécher entre des papiers chauds , le plus prompte= 
ment qu'il m'a été poflible, & pour les tenir toujours à 
l'abri du contaét de l'air & de l'humidité, 


DENSN Sc TE N CE Ss. 213 


MÉMOIRE 


S DR! E AS TIRIONC TIR E 
DE DIVERS CRISTAUX MÉTALLIQUES. 


Par M. l'Abbé HAüÜx. 
Fr les différentes parties de mon travail fur les 


criftaux , que j'ai foumifes jufqu’ici au jugement de 
VAcadémie, je n'ai parlé que d’une feule fubftance métal- 
lique, qui eft la blende; & ce n'a été même que par 
occafion, & feulement pour faire remarquer la conformité 
de ftruéture qui fe trouve entre les criftaux de cette mine 
& les grenats. J'ai examiné depuis la ftruéture d’un aflez 
grand nombre de criftaux métalliques, & j'ai trouvé que, 
malgré les mélanges des différentes fubftances qui entrent 
dans la compofition de la plupart de ces criftaux, leurs 
variétés étoient aflujetties aux mêmes loix de décroiïflement 
que les pierres & les fels. Je me bornerai ici à quelques- 
unes de ces variétés, qui m'ont paru très-intéreflantes, 
réfervant les détails qui concernent les autres, pour les 
joindre, par forme de fuite, à l’effai que j'ai publié l’année 
dernière fur le même objet. 

Je réunis dans ce mémoire trois fortes de criftaux, qui 
ont tous leurs molécules conftituantes parfaitement fem- 
blables, & dont quelques-uns fe rapprochent encore par 
les formes identiques de leurs variétés; favoir, les pyrites 
ferrugineufes en cubes, en dodécahèdres & en icofahèdres ; 
les criftaux de la mine de cobalt arfenicale, connue fous 
fous le nom de mine de Tunaberg ; & ceux de la mine de 
fer de l'ile d'Elbe. La pyrite ferrugineufe cubique ftriée 
mérite fur-tout de fixer attention des naturaliftes, par 
certains accidens finguliers qui ont exercé des Savans 
diftingués, dont je rapporterai les opinions dans la fuite 
de ce mémoire, en même temps que j'eflayerai de 


214 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fubftituer à ces opinions la véritable explication des faits 
dont il s’agit. 


Pyrites ferrugineufes cubiques , dont la furface eft life. 


Lorfqu'après avoir brifé une de ces pyrites, on examine 
attentivement les fractures, on y aperçoit fouvent des [lames 
dont les furfaces font parallèles aux faces du cube ; a 
pofition de ces lames eft fenfible jufque dans les pyrites 
qui font à l'état de décompofition, & qui ont commencé 
à fe convertir en fer hépatique. Les criftaux de Ia mine 
de cobalt arfenicale, qui offrent les mêmes variétés que Ex 
pyrite ferrugineufe, admettent des: divifions encore plus 
nettes, & dans le même fens, en forte qu'on voit diftinc- 
tement dans leur fracture une multitude de petits cubes 
dont ces criftaux font l’affemblage. Ces différentes obferva- 
tions prouvent que la forme cubique eft celle des molécules 
conftituantes de ces deux fortes de mines. 


Pyrites ferrugineufès à douge faces pentagonales (fig. 1). 


Les dodécahèdres dont il s’agit font différens du dodé- 
gahèdre régulier de [a géométrie qui a tous fes angles & 
tous fes côtés égaux entr'eux. Soit 4 £/mi (fig. 2), l'une 
des faces du criftal que nous confidérons ici, on aura 
BR — 1288 50 27 Nm ME ro 205 CMOS 
ihk — mlk — 1064 35! 57" 30”; par où l'on voit 
que l'angle au fommet du pentagone diffère des quatre 
autres, & que ceux-ci ne font égaux que deux à deux. 

Quant aux côtés du pentagone, celui qui fait la bafe 
diffère pareillement des quatre autres; mais ceux-ci font 
égaux entr'eux, en forte que l’expreflion de la bafe étant 6, 
celle de chacun des autres côtés fera ÿ/(2r). Toutes ces 
mefures, tant celles des angles que des côtés, fe déduifent 
facilement des données que fournit la ftruéture du criftal. 

Pour trouver cette ftructure, if faut chercher quelle eft’ 
la loi de décroiflement en vertu de laquelle des lames 
compofées de molécules cubiques , peuvent produire un’ 


DAME SLUS)C ILE, N,C ES 21$ 


dodécahèdre tel que celui qui vient d’être décrit. Or, fi 
l'on fait pafler des lignes droites #7, 7h, hs,15, dc. (fig. 2), 
qui interceptent les côtés de tous les angles fupérieurs des 
pentagones, ces lignes formeront fix carrés, tels que r/4+, 
difpofés comme les fix faces d’un cube, qu’il faut regarder 
comme le noyau du criftal; auffi les feétions faites dans 
ce criftal font-elles toujours parallèles aux faces du noyau 
cubique: la matière appliquée fur ce cube, forme fix efpèces 
de pyramides quadrangulaires, dont le fommet, au lieu 
d’être en pointe, fe prolonge en forme d’arête, #5. 

En mefurant l’inclinaifon d’une des faces en trapèze 4 /mi 
de ces pyramides, fur la face correfpondante 4 /15 du cube, on 
s'aperçoit que cette inclinaifon eft fenfiblement plus grande 
que celle de 45 degrés, qui réfulteroit d’un décroiïffement 
par une fimple rangée de molécules ; ce qui feul indique 
d'une manière très-probable, qu'il y a deux rangées de 
molécules fouftraites fur deux bords oppolés 4/7, st, des 
lames de fuperpoñition. Or les faces triangulaires 44/7 de 
chaque pyramide, étant fur le même plan que les trapèzes 
himl, adjacens dans la pyramide voifine, on trouve que 
cet effet ne peut avoir lieu que dans le cas où les Jamés 
de fuperpoñition décroîtroient fur leurs deux autres bords 
11, }s, fuivant un ordre inverfe, c'eft-à-dire, que les 
décroiffemens qui donnent les trapèzes, fe faifant par deux 
rangées de molécules dans le fens de la largeur, les autres 
décroïffemens fe feront auffi par deux rangées, mais dans 
le fens de la hauteur; en forte que, d’une part, il y aura 
deux rangées fouftraites d’une lame à la fuivante; & de 
l'autre , une fimple rangée fouftraite de deux lames en 
deux lames, ce qui n’eft proprement qu'un double effet 
d'une feule & unique loi qui agit continüment fur les 
faces adjacentes du noyau. 

Cela pofé, voyons quels angles réfulteront de 1a loi de 
décroiffement dont il s’agit. Soient menées 40,ro, (fig. 1), 
hauteurs des pentagones ikklm, isrtm; menons auflibe 
qui paflera évidemment par les milieux des côtés 47, 56, 


216 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


du carré 4/ts. Soit bac le triangle menfurateur, dans 
lequel on aura, par la fuppoñition, cb égale à deux fois 
le côté de la molécule conftituante, & a « égale à ce même 
côté. En réfolvant d’après ces données, le triangle bac, 
on trouve pour le logarithme de {a tangente de l'angle 
bac, le nombre 103010300, qui répond à 634265" 3 
En doublant cette valeur, on aura 1264 $2' 11" pour la 
mefure de l'inclinaifon refpeétive des deux pentagones 
ihklm, isrtm, conformément à l’obfervation. 

Si l'on prend un fecond triangle menfurateur d#4, par 
rapport à la partie 44/ du pentagone ihklm, on aura n4 
:bu:: bc: ca:: 2: 1, ce qui exprime des décroiflemens 
inverfes des premiers. 

Le dodécahèdre de [a géométrie étant le plus régulier de 
tous, il femble d'abord que la Nature-dont les opérations, 
dans une multitude de cas , tendent vers [a plus grande 
régularité, devroit être au moins fufceptible de produire 
ce dodécahèdre, fur-tout avec des molécules d’une forme 
auffi fimple & aufii parfaite que celle du cube. Cependant 
ce dodécahèdre ne peut exifter, en vertu d'aucune loi de 
décroiflemens, en fuppofant des molécules cubiques /a). 

Pour le concevoir, obfervons que l’arête ; m (fig. 1 ) eft 
les trois quarts de s #, côté d’une des faces du noyau cubique, 
& qu'en général le dodécahèdre , quelle que foit {a loi de 
décroiflement qui le donne, ne peut exifler qu'autant que 
ces deux lignes auroient un rapport afignable. 

Soit AO NB 1 (fig. 3) Vune des faces du dodécahèdre 
régulier , dans lequel 2 Zrépond à im (fig. 1), & ANàsr. 


ce La démonftration qu’on va lire fuppofe que le noyau cubique du 
criltal ne peut avoir une autre pofition relativement à ce même criftal, 
que celle LA il eft ici queftion. Or c’eft ce qu'il fera facile de concevoir, 
en faifant attention que la feule pofition admiffible, pour que toutes fes 
parties furajoutées au noyau foient femblables les unes aux autres, efl 
celle où les arêtes im font parallèles aux lignes tirées fur le milieu des 
faces du noyau. Par exemple, ces arêtes ne peuvent être toutes parallèles 
aux diagonales des faces d'un même cube, comme on peut s’en convaincre 


par la feule infpection du criftal dadécahedre, 
Soit 


_ 


DPÉSSMSLCMME NaC: Es 217 
Soit de plus ZL Ie côté du décagone régulier; menons les 
rayons C À, C1, & la droite ORL ; fuppofons le rayon 
C1 divifé en moyenne & extrême raifon au point D. Soit 
CPE IE D) = 1e Oalaars Dr) = À 
&r:x::x:r—x, Donc x + rx — r'; d'où l’on tire 
par la méthode des équations du fecond degré, 


x = rs) — ir 


Maintenant Îles triangles reétangles 7ZRL, AGC, font 
femblables à caufe de ZLR — ACG — 724 Donc 


AG:R1::AC:1L,ou 2AG = AN:ZRI 

— Bl:a2rirV(s) —r::2:V(5s) — x: 
Or, il eft aifé de voir que ces deux dernières quantités 
n’ont point de rapport aflignable ; d’où ïl fuit que l’exif- 
tence du dodécahèdre régulier ne peut être admife dans le 


cas préfent /b). 


(Bb) Il ne fera peut-être pas inutile d'évaluer ici la folidité de Ia pyrite 
dodécahèdre dont nous nous fommes occupés ci-deflus. Cherchons d’abord 
en général [a folidité d’un dodécahèdre à plans pentagones circonfcrits à 
un cube. Soit cd/hkn (fig. 4) une des efpèces de pyramides à fommet 
en arête, furajoutées au cube. 


On peut confidérer cette efpèce de pyramide comme formée d’un prifme 
droit triangulaire que l’on auroit en Ééfant pañler des plans coupans phu, 
ynd, par les points 4, #7, perpendiculairement au rcétangle A/dc, & de 
deux petites pyramides qui font les réfidus de [a pyramide totale, & qui 
ont leurs fommets en 7 & en 4. Ayant mené la droite pu, abaïflons la 
ligne 4 f perpendiculaire fur p u, & la ligne À b, hauteur du triangle 
hkl, puis menons hf. La folidité du prifme triangulaire fera pfx fxnk, 
Soit pf — a.ky — Lhkn — x. Soient de plus Af & bf (fig. 5) les 
mêmes lignes que fig. 4. Concevons que bo foit le prolongement de bk, 
jufqu’à la bafe du pentagone dont 4X/ (fig. 4) eft la partie fupérieure. 
Ayart mené bg, go, parallèles l’une à f4k, l’autre à bf, on aura, quelle 
_ foit la pe es mt A pyt PI Eee 14 si kf: Le 
ont go oukAf* — CL D — — ky) (fig. =a (a x 
= Fe. a if y SraRÉTer Mae la folidité du 
prifme deviendra, 2 à x ÿ(a* — ax). D'une autre part, la folidité de 
chaque petite pyramide fera 


© puxbfxskf=2a(a—x)3v(a — ax) = (3a°— 3ax) V(a —ax), 
Mém, 1785. Ee 


218 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Pyrites ferrugineufes cubiques, dont les faces font ffriées. 


Je place ici cette pyrite, parce que je la regarde comme 
une fimple variété de la précédente, dont la criftallifation 
fe trouve feulement ébauchée, ainfi que j'effayerai bientôt 
de le faire voir. 

Si l’on obferve trois faces adjacentes de cette pyrite, on 
voit que les ftries qui les fillonnent ont trois direétions 
diflérentes, perpendiculaires l’une à l'égard de l’autre. Cha- 
cune. des trois autres faces a fes flries parallèles à celles 
de la face oppofée: les lignes tracées fur la figure 6, repré- 
fentent les directions des flries dont il s’agit. 

I y a beaucoup de criftaux dont les furfaces font ftriées ; 
mais les cannelures qui ordinairement indiquent d’une 
manière aflez claire la pofition des lames dont le criftal 


Or la folidité du noyau cubique eft à 843%. Donc réuniflant à cette 
folidité, celle des fix prifmes & des douze pyramides, on aura, pour la 
folidité totale, 


Ba + 12axvV(a — ax) +:(8 a — Sax) V(a — ax) = 8 ai 
+ (8e + 4ax) V(a — ax). 

Si dans cette expreffion, on fait x = £a, ce qui eft le cas du dodécahèdre 

de la pyrite, elle deviendra, 
8a + (8a° + 3a') V(& — iv), 
qui fe réduit à 27 43. 

Si l'on fuppofe que les bafes n 4 s’élèvent parallèlement à elles-mêmes, 
jufqu'à ce que ces bafes, qui alors iront néceflairement en décroiflant, 
deviennent nulles, le dodécahèdre aura douze faces rhombes, & fera 
femblable à celui que j’ai décrit dans l’ouvrage cité (pages 57 à7 fuiv.), 
& qui réfulte d’une loi de décroiflement par une rangée de molécules 
fur les faces d’un cube. Pour avoir la folidité de ce dodécahèdre, il faudra 
faire x — o, dans l’exprefhon de Ia formule ci-deflus , qui deviendra, 
toute réduétion faite, 1 6.a°. Ainfi les folidités du noyau du dodécahèdre 
à plans pentagones & du dodécahédre à plans rhombes, feront entr’elles 
comme les quantités 8,22 & 16. 

On voit par-là que le dodécahèdre à plans rhombes eft Ia limite de tous 
les dodécahèdres à plans pentagones circonfcrits à un cube, qui peuvent 
réfuker de toutes les loix de Téctoïffemens poflbles. En effet, fr Von 
différencie l’expreffion générale ci-deflus, & qu’on égale la différentielle 
à zéro, on trouvera que le maximum de folidité a lieu dans le cas où 
3 = 9, 


ja DES SCIENCES. 219 


eft l'afemblage , font naître ici, par leurs direélions con- 
traires, une difficulté par rapport au mécanifme de la ftruc- 
ture du criftal cubique. Stenon, qui fe premier a obfervé 
ces direétions oppofées à angles droits, penfoit que le fluide 
où fe formoient les criftaux ftriés de la pyrite ferrugineufe 
avoit trois mouvemens différens ; l’un vertical , & les deux 
autres horizontaux , mais perpendiculaires entr'eux /c). IE 
eft inutile d’obferver que les parties d’un fluide ne peuvent 
avoir à fa fois les trois mouvemens fuppofés par Stenon, & 
que quand la chofe feroit poflible, les ftries de la pyrite paroï- 
troient encore inexplicables par l'action d’une pareille caufe. 

M. de Mairan, dans fon Traité fur la glace /4), où ïl 
décrit les pyrites cubiques ftriées , a tenté auffi d'expliquer 
les différentes directions de leurs ftries. Mais fans remonter, 
comme Stenon, jufqu'aux agens immédiats de Ja criftallifa- 
tion , il fe borne à rechercher 1a ftruéture de ces pyrites; il 
confidère chacune d’elles , comme compofée de fix pyra- 
mides quadrangulaires qui ont pour bafes les fix faces du 
cube, & dont le fommet fe confond avec le centre du même 
cube ; il penfe que chacune de ces pyramides eft formée de 
fibres ou d’aiguilles, dont les directions font perpendiculaires 
à celles de la pyramide voïfine, d’où il arrive, felon lui, 
que les bafes des pyramides ont desftries alignées fuivant les 
mêmes direétions, & qui ne font autre chofe que les faillies 
des aiguilles extrêmes. 

Cette ftruéture ne s'accorde point avec l'obfervation. 
Lorfqu’on brife une pyrite ftriée, on n’aperçoit dans fon 
intérieur aucun indice de fibres ni d’aiguilles, & les divifions 
qu'on opère dans chacune des pyramides fuppofées, ne fe 
font pas feulement dans le fens des ftries de la bafe, mais 
encore dans un fens perpendiculaire à ces flries. 

Avant d’entrer dans l'explication du fait dont il s’agit, 
obfervons que les arêtes de la pyrite dodécahèdre, formées 


{c) Stenon, 4e folido intra folidum naturaliter contento. 
(4) Page 156 & fuiv. fl 
Eeï 


2520 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYyALE 


par les bafes des pentagones, ont des direétions refpeéti- 
vement perpendiculaires , comme les flries de la pyrite 
cubique. Cela pofé , il paroît que cette pyrite n'eft autre 
chofe , ainfi que je lai déjà annoncé , que le réfultat 
d’une criftallifation informe & comme ébauchée, qui eût 
produit le dodécahèdre à plans pentagones, fr elle eùt été 
fecondée par des circonftances plus favorables. Chaque 
ftrie repréfente comme une fuite de fommets de dodéca- 
hèdres naïflans ; & il arrive ici à peu-près ce qu'on re- 
marque dans les criftallifations confufes, où, au lieu d’un 
criftal unique , on a un groupe qui préfente les rudimens 
d’une multitude de petits criftaux, dont chacun forme une 
légère faillie fur la furface du groupe. Ce qui le prouve, 
c'eft que parmi les flries de la pyrite, celles qui occupent 
le milieu des faces s'élèvent fouvent beaucoup plus que 
les autres, en forte que a naïflance du dodécahèdre eft 
beaucoup plus fenfible à cet endroit. Souvent encore les 
arêtes du cube font remplacées par des facettes qui ont la 
même inclinaifon que les faces du dodécahèdre; d’autres fois 
enfin, les faces du cube fubifilent des arrondiflemens très- 
marqués depuis la ligne du milieu. Tous ces accidens con- 
courent à indiquer en même temps une criflallifation pré- 
cipitée & une tendance au dodécahèdre. 

Le cube flrié ne conferve l'empreinte que d’un feul des 
décroiflemens qui produifent le dodécahèdre, favoir, de celui 
qui fe fait d’une lame à l’autre par deux rangées de molé- 
cules. Car ordinairement les ftries s'étendent continüment 
fur chacune des faces, fans être coupées par d’autres ftries, 
comme il arriveroit, fi le fecond décroiflement qui eft, ainfr 
que je l'ai dit, l’inverfe du premier, avoit lieu dans le cas 
préfent. Cela vient, ce me femble, de ce que ce décroif- 
{ement n’eft proprement, comme je l'ai remarqué, que l'effet 
de l'action continuée d’une des loix les plus ordinaires de 
la criftaïlifation. Le dodécahèdre eft déterminé par cette 
feule loi, avec la condition que toutes les faces produites 
en vertu de cette même loi, feront prolongées jufqu'à ce 


DES SciEN CE s. 221 


qu’elles fe rencontrent. Or, dans le cube frié, cette loi ne 
pouvant avoir fon eflet plein & entier, celui qui réfulteroit 
de fon action continuée devient nul. 

Pyrites ferrugineufes à vingt faces triangulaires (fig. 7). 

DÉvEeLoPPEMENT. Douze triangles ifocèles /o y,ey Ë, &c. 
adjacens deux à deux par leurs -bales, & huit triangles équi- 
latéraux / y y, @ y €, &c. interpolés entre les ifocèles. 

Angles des triangles ifocèles © 7 y — 484 11’ 20”. 
day ya) ==,6 5454120". 

Cette pyrite n’eft autre chofe que Îe dodécahèdre à plans 
pentagones, dans lequel Îes huit angles folides 5,4, 1, k, &c. 
(fig. 1) font remplacés par autant de faces triangulaires 
équilatérales ; les pentagones du dodécahèdre fe trouvent 
réduits dans ce cas à des triangles ifocèles, ce qui fait en 
tout vingt faces triangulaires. Cette modification de forme 
réfulte d’une nouvelle loi de décroifflement qui agit fur les 
angles des lames compofantes. C’eft fur quoi il eft néceffaire 
d'entrer dans un certain détail. 

Concevons que des lames appliquées fur un noyau cubique, 
Tenveloppent par leurs bords, en même temps qu'elles 
décroiïflent vers leurs angles par une rangée de molécules. 
Les nouvelles faces qui naïîtront de ces décroiflemens fe 
trouveront néceflairement trois à trois fur 1e même plan, 
en forte qu'elles produiront huit triangles équilatéraux 
apo,n gs, dc. (fig. 8), qui auront leurs centres aux 
fommets des angles folides du noyau cubique. Les autres 
faces, au nombre de fix, feront des octogones fapqnmke, 
Suppofons le folide arrivé au point où chacun des côtés 
mun,pq,f a,e k des oétogones, feroit le tiers du côté du 
noyau; que, pañlé ce terme, les lames oélogones continuent 
de décroître vers les angles des faces primitives, en vertu 
de [a même loi, & commencent en même temps à diminuer 
aufli vers leurs bords » ’,pq,af,ek, fuivant la loi qui 
a lieu dans la formation du dodécahèdre à plans pentagones. 
On concevra que chacun des oétogones fapqumke, dimi- 


#23 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


nuant par deux rangées continues de molécules vers le bord 
fa, en allant, par exemple, de r en 7, tandis que les côtés 
voifins fe, ap, ne fubiflent que des décroiffemens par une 
feule rangée, les bords parallèles à fa croîtront en allant 
vers wy (fig. 7): Mais les décroiflemens vers x /fig. 8), 
fe faifant en même temps par une fimple rangée de molé- 
cules, & feulement de deux en deux lames, il eft clair 
que les bords parallèles à f a décroitront de ce côté, jufqu'à 
ce qu'ils foient réduits à un point / / fig. 7). Les faces 
fal,faye, qui réfulteront de ces deux décroiflemens, 
fe trouveront fur le même plan, d’après ce qui a été dit 
dans l'article précédent ; d’où il fuit que leurs interfeétions 
avec les plans apo, ou les prolongemens de ces plans, 
feront néceflairement des lignes droites ; & comme tous 
les changemens qui s’opèrent autour du triangle apo 
. font parfaitement femblables , il en réfulte que quand f & 
(fig. 7) fe trouvera réduit à un fimple point /, la face 
1y7y dont le triangle ap o fait partie fera encore un triangle 
équilatéral, & la face /wy qui aura été produite par les 
variations de fa, fera un triangle ifocèle , en forte que la 
furface du folide fera compofée, ainfi que je l'ai dit, de 
huit triangles équilatéraux & de douze triangles ifocèles. 


De plus, il eft aifé de voir que fa ayant la même poft- 
tion que fa! (fig. 2), on a fa—+ey; d'où ül fuit que le 
premier triangle équilatéral ap o (fig. 7 & 8) fe trouve 
infcrit dans le triangle équilatéral /y+, qui eft le réfultat 
des nouveaux décroiffemens du folide de Ia figure 8, de 
manière que les angles du premier aboutiflent aux tiers 
des côtés du fecond fe). 


Ed 


(e) J'ai dit que chacune des lignes oi, mn, pq, fa, &ec. étoit le 
tiers du côtécorrefpondant fur le noyau cubique du criftal. Pour le prouver, 
foient Lyy, lyd, d'ye (fig. 11), les mêmes triangles que fig. 7. Nous 
avons oi — +/d'; foient c, b, les centres des deux triangles /y7; d'ye 
Ayant mené les hauteurs /4, du, & les lignes co, bi, il eft clair qu'a 
caufe de ct — 11t,0y = lg, co fera parallèle à yy; de même Di 
fera parallèle à 7e; donc /ceft perpendiculaire fur co, & db perpendicur 


DiÉSsSu IS C LE NAC:E.S. 223 
Suppofons que dans le dodécahèdre à plans pentagones 
Ufg: 1 ) les arètes im, s'abaiflent parallèlement à elles- 
mêmes jufquà ce que le triangle 4 im (fig. 2) foit 
devenu équilatéral; il eft évident que fi l’exiftence d'un 
pareil dodécahèdre pouvoit avoir lieu dans la pyrite ferru- 
gineufe , ce ne feroit qu'en vertu d’une loi de décroiffement 
par plus de deux rangées de molécules. On voit aufli, qu’en 
fubftituant cette loi à celle qui s’obferve dans le dodécahèdre 
de a fig. 1, & en raifonnant du refte comme nous l'avons 
fait par rapport à l'icofahèdre de la fig. 7, on auroit dans 
le cas dont il s’agit, un autre icofahèdre , qui feroit celui de 
la géométrie, c’efl-à-dire, dont tous les triangles feroient 
équilatéraux. J'ai recherché fi cet icofahèdre pouvoit auffi 
exifler, en vertu de quelque loï de décroiffemens. 
Pour réfoudre ce problème , toute la queftion fe réduit 
à favoir fi le cas où le triangle Aim (fig. 2) feroit équila- 
téral, peut lui-même avoir lieu. 
Dans ce triangle , nous avons 0: ko:: 1: V (3). Or, 
10 = bg — bf(fg 5) = fn — Lf = En 
hf —Df = ka — Kf — no + go — kn 
— n0,à caufe de 4 f — go. Subftituant dans la pro- 
portion précédente , elle devient, 
Kn — no:ko = V(kn + ad )::1:(3} 
Soit Àn — s,n0 — %, on aura en élevant tout au 
quairé, $ — 257 + gi $ + g::1: 3; d'où l'on 
tire  — 357 — s". Cette équation réfolue, donne 


laire fur bi, Or, c, b, font les fommets de deux angles folides du noyau; 
de plus, il eft aifé de voir par la ftruétuie du criflal, que oi eft dans le 
plan prolongé d’une des faces du .noyau fur laquelle font auffi les points 
c & b. Donc co, bi feront auffi dans ce même plan, dont /c& db, 
perpendiculaires fur co & bi, le feront également fur le côté du noyau qui 
va de c en b, Or ; LS eft évidemment parallèle à ce côté; partant /c, 
d & feront pareillement perpendiculaires fur /8 , d’où if fuit que /d égale 
Ja ligne menée de c en b, c’eft-à-dire le côté du noyau cubique, & 
que par conféquent o à eft égal aux tiers de ce même côté, 


224 Mémoires DE L'ACADÉMIE RorAzE 
De 25 + ZSV(13); 


donc 
g:sitkninoï: À + y f/r13):7, 


c'eft-à-dire, que #n & #0 n'ont aucun rapport affignable. 
Or, il eft aifé de voir que ces deux lignes font entr’elles 
comme les côtés du triangle menfurateur adjacens à l'angle 
droit de ce triangle , par rapport au dodécahèdre que nous 
confidérons ici; d’où il réfulte que ces côtés ne peuvent 
repréfenter aucune loi de décroiflement, & par conféquent 
d'icofahèdre régulier qui en dépend, n’eft pas plus pofhble , 
par un arrangement de molécules cubiques, que le dodé- 
cahèdre régulier , dont j'ai prouvé ci-deflus que l’exiftence 


n'étoit pas admifhble. s 
Mine de fer cubique. 


LA mine de fer cubique n’eft fouvent qu’une pyrite, en 
partie décompofée , & qui a paflé à l’état de fer hépatique; 
mais il y a aufii des criflaux cubiques du même métal, qui 
ont exifté originairement tels qu’on les trouve dans le fein 
de la terre, & qui offrent le brillant métallique. Ces cubes 
fe foudivifent en d’autres cubes plus petits, & nous indi- 
quent la forme primitive d’une multitude de variétés, & 
en particulier de celles que préfente le fer criftallifé de l’ifle 
d’Elbe : je vais choifir parmi ces dernières les formes qui 
m'ont paru marquer davantage , pour en développer Ja 


ftruéture. 
Mine de fer en rhomboïdes à fommets très-obrus. 


J'A1 expliqué dans l'ouvrage cité, page 222 © Ju. 
la ftruéture d’un rhomboïde très-furbaiffé, qui, s’il exiftoit, 
feroit le quatrième criftal de cette modification de forme, 
dans le genre du fpath calcaire , où lon en connoït déjà 
trois ; mais n'ayant point encore obfervé ce rhomboïde dans 
la nature, je ne l'ai cité que comme exemple parmi les 

nombreufes 


phESSMSICONE N°C'E'S! 22$ 


 nombreufes variétés de forme dont le fpath calcaire eft 
fufceptible. J'ai prouvé que le rhomboïde dont ïl s’agit, 
réfulteroit d’une loi de décroiflement par deux rangées de 
molécules fur l'angle fupérieur des lames compofantes, 
c’eft-à-dire , fur celui qui eft contigu à l'axe du criftal. Or, 
j'ai reconnu que le rhomboïde de fer qui fait l’objet de cet 
article, & qui eft une des variétés de la mine d’Elbe , avoit 
exactement la même ftructure que le criftal dont je viens 
de parler , excepté que fon noyau eft un cube ; cette difié- 
rence entre les noyaux , en produit une d'environ un degré 
& demi entre les angles-plans des faces , dont le plus grand 
eft de 118429" 4" dans le criftal calcaire, & de 1174 2! 9" 
dans le criftal de la mine d’Elbe. 

Les rhomboïdes de cette mine font ordinairement grou- 
pés, & quelquefois difpofés en recouvrement ; on aper- 
çoit fur les faces des ftries ou cannelures , parallèles aux 
grandes diagonales , & qui concourent , avec la divifion 
mécanique des criftaux, à indiquer Îa pofition de leurs 
lames compofantes. Je n'infifterai pas davantage fur la 
ftructure de ce rhomboïde, auquel il fera facile d'appliquer 
la méthode que j'ai fuivie pour calculer les angles du 
rhomboïde de fpath calcaire avec lequel je viens de le 
comparer. 


Mine de fer à vingt-quatre faces, dont fix penragonales, 
& dix-huit triangulaires (fig. 9). 


Développement. Six pentagones BRTID, KHGRO, &c. 
Six triangles ifocèles BCD, BCA, DCA, &c. difpofés 
trois. à trois aux deux fommets du criftal. Douze triangles 
fcalènes GR, BG H, &c. fitués deux à deux, & contigus, 
par leur côté extérieur BR, à l’un des pentagones. 

Angles des pentagones BRTID, RTI — 1264 $2! 12”. 
BRP= DIT =w%1:16233 54" RBD —1IDB— 904. 

Angles des triangles ifocèles BCD, BCD = 117129". 
CBD = CD Bit 1028/5510. 

Mém, 1785. 214 


226. MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


Angles des triangles {calènes BGR, BRG— 47152" 10". 
BGR Sa 34030" 5: GRR) 183 33 2014 

Telle eft la forme fous laquelle fe préfente le plus com- 
munément la mine de fer de l'ile d'Élbe, avec quelques 
modifications dont je parlerai plus bas. Les criflaux de 
cette forme fe divifent parallèlement aux faces pentago- 
nales BRTID, &c. Aufli ces faces ont-elles les mêmes 
inclinaifons refpeétives que les faces d’un cube ordinaire ; 
d’où il eft aifé de juger, qu’en pouflant la divifion jufqu’au 
point où les triangles auroient difparu, on arriveroit à 
un noyau de forme cubique. Stenon avoit obfervé que les 
criflaux dont il s’agit, dérivoient d'un cube , lequel étoit 
trouqué, diloit-il, d'une certaine maniére { f). 


Les faces que Stenon appeloit des rroncatures, font le 
produit de deux loix fimultanées de décroiïffement, dont 
une fe fait par deux rangées de molécules fur les angles 
fupérieurs des James compofantes , comme dans le cas 
précédent; & l'autre par trois rangées fur les angles latéraux 
des mêmes lames. 


La première de ces deux loix donne les triangles ifocèles 
BCD, BCA, ACD,; aux fommets du criftal: c’eft Ia 
même loi que nous avons déjà reconnue dans la mine de 
fer en rhomboïdes très-obtus; aufi les angles aux fommets 
des triangles dont il s’agit, font-ils égaux aux angles obtus 
des faces du rhomboïde. 


Suppofons maintenant des décroïffemens par trois ran- 
gées de molécules fur les angles latéraux des lames de 
fuperpofition. I eft facile de concevoir que ces décroif- 
femens produiront des triangles contigus par celui de leurs 
côtés, tel que BG qui correfpondra à l’une des arêtes 
réunies au fommet du noyau; il ne s'agira plus que de 
prouver l’exiftence de la loi fuppofée. On voit aufli que 
les mêmes décroiffemens s'arrêtent tout-à-coup , pañlé un 


—————"———————…—…—…——…——— — — —" ——““—“—_——————…——————— "0" ———û 


(f) Colleétion Académique. tome IV, page 400. 


DE ST IS CNE NC “r! S 227 
certain terme, fans quoi les pentagones Z RT JD feroient 
nuls; & en eflet, il y a des criftaux dans-lefquels ils n’exiftent 

as. Cherchons quelle doit être, dans le cas préfent, l'in- 
clinaifon de lun quelconque des triangles BGR, fur le 
plan du pentagone adjacent BR T1D. Soit xmz (fig. 10) 
le triangle menfurateur, dans lequel nous aurons #7 égale 
au côté d’une des molécules, & x7 égale à une fois & demie 
la diagonale d’une des faces des mêmes molécules, à caufe 
des décroiflemens par trois rangées. Soit m7 — 1, on aurä 
xz7 = V(2) +3 Vv(2) = V(?). Le triangle x #7 étant 
réfolu d’après ces valeurs, on trouve pour Île Jogarithme 
de la tangente de l'angle mx7, le nombre 96733938, 
qui répond à 254 14’ 21"; donc xmy7 — 6414 45! 39": 
d’où il fuit que l'angle formé par le triangle BGR, avec 
le plan du pentagone BRTID, ef de 1541 45! 39", 
conformément à l’obfervation. 

IL arrive aflez fouvent que les plans des pentagones anti- 
cipent fur ceux des triangles du fommet S'; dans quelques 
criflaux, comme je l'ai dit, les pentagones font nuls: ces 
modifications , & d’autres encore qu'il feroit fuperflu de 
détailler, font varier les figures du criftal; mais elles tien- 
nent aux mêmes loix de décroiflement. 


Je termineraï ce mémoire par une obfervation générale, 
qui prouve que l'examen de 1a ftruéture des criftaux, peut 
conduire, dans un grand nombre de cas, à déterminer la 
nature de certaines fubftances, & le genre dans lequel on 
doit les placer. J'ai déjà établi ailleurs /g), comme prin- 
cipe, que des minéraux, dont les molécules intégrantes 
diffèrent entr’elles, quant à leur forme & à la mefure de 
leurs angles, appartiennent aufli à des genres différens; 
mais la propofition inverfe n’eft pas vraie, & l’on ne peut 
pas dire que des minéraux qui ont des molécules fem- 
blables, foient du même genre, puifque la forme du cube, 


Em mm mms maman eentiequ 
(8) Éfei d'une théorie, &c. Introduction , page 36. 
Ffi 


À E 1 

228 MÉMOIRES DE L'AGADÉMIE ROYALE 
par exemple, convient aux molécules de plufieurs fubftances 
très-différentes, telles que le fel marin, le fer, &c. 

Cependant il eft à remarquer que cette forme, ainfi que 
plufieurs autres , telles que l'octahèdre &.le tétrahèdre ré- 
guliers qui fe trouvent dans un certain nombre de minéraux 
de divers genres, font de celles qui donnent des limites , des 
maximum où des minimum finis de furface ou de folidité. Dans 
prefque tous les autres cas, j'ai trouvé jufqu'ici que l'identité 
de forme, par rapport à deux minéraux, entrainoit une 
identité de principes compofans dans ces mêmes minéraux. 
La Nature paroît donc aller par différentes voies aux formes 
qui donnent des limites; il fe peut qu'entre ces limites elle 
fe joue d’une infinité de manières, fans pafer deux fois par 
le même intermédiaire, fi ce n’eft très-rarement. 
+ Quoi qu'il en foit de cet aperçu qui a befoin d’étre con- 
firmé par une plus longue fuite d’obfervations, la ftruéture 
des criflaux, confidérée même dans l’état actuel où en eft 
la fcience, nous offre toujours deux avantages marqués, 
pour nous aider à fixer la place de certaines fubflances dans 
ordre des minéraux. Le premier eft d'indiquer, d'une 
manière très-vraifemblable, la féparation des fubftances qui 
ont des molécules différentes ; le fecond eft de faire pré- 
fumer le rapprochement des fubftances qui ont des molécules 
femblables, lorfque ces molécules ne font pas dans le cas 
de donner quelques limites du genre de celles dont j'ai parlé. 
J'ai déjà fait l'application de ces deux principes à quelques 
fubftances, telles que le fpath perlé, que l'on avoit rangé 
parmi les fpaths pefans, & que l'examen de fa ftruéture m'a 
fait reconnoitre pour un vrai fpath calcaire ; & les criftaux 
appelés fchorls blancs , qui diffèrent fenfiblement, par le 
même caractère de ftruéture, des autres criftaux auxquels 
on a donné le nom de fchorls, & me paroïflent devoir être 
rapportés au genre du feld-fpath. 


LEE 


Zen. de LAe À. des Je. An.1785.Lag. 228 21. à 


F LGyalr 


CP ANT TES 


M ve 


DUE.S,. S°C,RrE N° CE s. 229 
PRO MINI CT Co 
PPBISNE R N ALT FOIN 


DE) Liu L U NE; 


Lors de fon paljage par le méridien , environ deux 
heures avant Focculration d'un grand nombre des 
Etoiles des Pléiades, le 1 3 Décembre 1785. 


Par M. JEAURAT. 


À Et a du paffage de Ia Lune, par {a conftel- 
lation des Pléïades, eft une de celles qui peuvent être 
les plus propres à fixer, pour nos tables de la Lune , nombre 
de fecondes d’erreur dont elles font encore fufceptibles ; 
& fi l’obfervation des occultations d'étoiles eft importante 
pour Îa théorie, celle de l’obfervation de la comparaifon 
de la Lune avec ces mêmes étoiles au méridien, ne l’eft 
pas moins, & fur-tout dans cette circonftance- ci » du 13 


décembre 1785. Car le paflage du bord précédent de {a 


Lune n’a précédé celui de Céléno que de 6’ 16”, & Électra 
n'étoit plus élevée que le centre de la Lune fur l'horizon , 
que de $” 49". Alors toutes mes obfervations ont été faites 
dans le même champ de la lunette de mon mural. 


Ce mural eft dans mon logement à l'Obfervatoire: & il 
eft le même dont fe font précédemment fervis M. de {a Hire 7 
M. de Fouchi, & M. l'abbé Chappe. 

La lunette de cet inftrument eft foible , & le micro- 
mètre dont elle eft garnie eft de beaucoup inférieur à ceux 
qu'on a conftruits depuis ; mais néanmoins ma déclinaifon 
de la Lune à été obfervée à moins de cinq fecondes du 
vrai, & à plus forte raifon lafcenfion droite : car, à cet 
égard, j'ai encore moins de crainte quant à l'exactitude de 
l'obfervation. Voici auff ce qui réfulte de mon obfervation 
qui eft ci-après. | 


530 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
13 Décembre 1785,à9" 59 7",temps vrai, à l'Obfer- 
vatoire royal de Paris. 
Longitude obfervée de Ja Lune.. 1° 254 20° 53" 
Longitude calculée felon Mayer.. 1. 25. 21. 32. 
Latitude obfervée de Ia Lune.. 4. 46. 56.B 
Latitude calculée fclon Mayer.. 4. 46. 46. 
D'une autre part, felon plufieurs Aftrônomes, & récem- 
ment, fuivant M. Méchain, j'ai attribué / Mémoires de l'Aca- 
démie, année 1779, page $ 14), à Céléno, une déclinaifon 
trop forte de 1'24",&à Éjectra une déclinaifon trop forte de 
1 6". Ainfi je conclus à cet égard pour le 1.” Janvier 1786, 
Déclinaifon de Céléno...:,.... 234 35° 55". 


erreur des Tables + 39. 


erreur des Tables — 10° 


Etinonipas: se ou .nt. 2 -r2hs 034003. 
Déclinaifon d’Éleétra.. ....... 2325 27e 
Et: non «passez del «file. 21e 2,3+412599 Li 


Quant à la pofition d’Alcione, voici celle que j'ai établie, 
& fur quoi porte mon réfultat : 
Afcenfion droite , moyenne ou vraie....,. $3% 42° 10°. 


Afcenfion droite apparente........... 53- 42. 11. ( Alcione pour le 13 
Déclinaifon moyenne ou vraie... ...... 23. 25. 37e ( Décembre 1785. 
Déclinaifon apparente... .....:...:.. 23.125.048. 


OBSERVATIONS faites à mon Mural de l'Obfervatoire, 1 3" de temps 
plus tard que les vrais paffages par le Méridien. 


TEMPS VRAI HVYANÜXIVE U'R 8 NOMS 
DES PASSAGES OBSERVÉS de des 

le 13 Décembre 1785. L'INSTRUME NT. ASTRÉS OBSERVÉS. 
9" sc 7" bord précédent. | 644 $1° 23" bord fupérieur | Ia Lune. 
10. $e) 2327001 1.4. | 64 Ste 2ros ses: «| Céléno. 
10. ÿe ZEmsehlss seu 64404 ÿÿss ses sit Electra. 
10. $e 4Dde ondes eee GS, Ie gérer sses Taigeta. 
LOU 6. (2-1 moisi 64e SOU AT Se pie clos ee o Maïa. 
10 OU S0er LEE CARE OP CODPPPOOECIE Mérope. 
10. 8: 2h 2PHINME en TON 41m 0 26. Jens 2 Alcione. 
10.0 9. AO VE A0 be CMD BND. SAR. 1210. Atlas. 


DES SCIENCES. 


231 
° Calcul de la déclinaifon obfervée de 1a Lune. 
Déclinaifon apparente d'’Alcione........ + 234 25° 48" 
. Diflance au bord fupérieur de la Lune...... CNT OL 
+ Déclinaifon apparente du bord de Ia Lune... 23. 361006. 
FF Demi-diamètre de la Lune..... ....... 2 — 16. 19. 
Déclinaifon apparente du centre de la Lune.. 23. 19+ 47: 
Parrallaxe horizontale $9° 44”. 
Parallaxent dethauteur een mes ste atatete ete 25. 43 
Donc déclinaifon vraie & obfervée...... ++ 23. 45. 30. 
2.° Calcul de l’afcenfion droite obfervée de 1a Lune, 
Afcenfion droite apparente d’Alcione. . ... 53 42° 41” 
Différence en afcenf. dr. pour le bord précédent — 2, 15. 22 
Afcenfion droite du bord précédent de la pese SI 27. 19» 
Diamètre horizontal 32° 38". 
Demi-diamètre en afcenfion droite........ + 17. 46. 
Donc pour afcenfion droite obfervée de la Lune 45e S$: 
ou d de longitude obfervée de Ia Lune 11254 20° 53” 
1 VE 
ñe ve ; latitude obfervée de Ia Lune. 4. 46. 56.B. 
long. : 
Donc pour erreur des Tables de Mayer ji fe 332 
en latit, — 10. 
A ce réfultat j'ajoute, pour dernière mr qu'à 
cette époque, 13 décembre 1785, & pour 9 
temps vrai, les tables du Soleil de Mayer & 4 Y Abbé de 


la Caille diffèrent entr’elles feulement de 3", 5. 


232 MÉMOIRES 


DE L'ACADÉMIE ROYALE 


OBSERVATION de M. Jeaurat, faire à fon mural de 
l'Obfervatoire , lequel a 13° de ‘déviation , ce qui fais 


que 'obfervarion 


après les véritables paflages par le méridien. 


qui fuit a été faire 13" de temps 


L: 


Temps vrai des paflages, au mural de M. Jeaurar, 
1 3 décembre 1785. 


Hs 
CT 9-5 
10. 
10. 
10. 
10. 
10. 
10. 


- 


D Qu 1 La 0 à 


Se 


7-+ Bord précédent de [a Lune. 


23. Céléno. 
31. Electre. 
49. Taigeta. 
25. Maia. 

53. Mérope. 


7. Alcione. 


10» 9. 47. Atlas. 


RÉSULTAT dont la vérification des calculs fe fera 


par M. Jeaurat. 


Parallaxe horizontale de Ia Lune......... DRE 59 44”. 
Parallaxe. de hauteur................ ne 25: 43e 
Diamètre horizontal de la Lune....,........ 32. 38. 
Diamètre en afcenfion droite. .........,.... 35-402 
Retour des étoiles au méridien. ...... c'e a Ts CE ELOS 


Afcenfon droite du bord précédent de la Lune 514 27. 23. 


Demi-diamètre en afcenfion droite....... che 17. 46, 
Afcenfion droite du centre de la Lune....... SAUNA. OS 
Déclinaifon vraie de {a Lune...... DORE 23%. 4$e 30. 


Erreur des tables de Mayer en longitude 40" de trop. 
De plus, les tables du Soleil de l'Abbé de fa Caille, 
donnent 3,5 de plus que celle de Mayer. 


SR PROCÉDE 


DES SCcYENCES. 233 


PR O0" C"É®D *É 
POUR EXTRAIRE DE L'ESPRIT-DE-VIN 
D N'AANCMD EM CLOAN:C LR: ENT, 
Semblable à celui du Sucre. 

Par M. SAGE. 


UOIQUE les réactifs ne décèlent point Îa préfence 

d’un acide dans de lefprit-de-vin , puifqu'il n'agit 
pas fur la teinture de tournefol , cependant l'efprit-de-vin 
contient un douzième d’acide concret qui fert de medium 
d'union, de l’éther & de l’huile avec l’eau, qu’on fait être 
parties conitituantes de l'efprit-de-vin. Cet acide s’exhale, 
pour la plus grande partie, pendant la combuftion de cet 
efprit ardent , l’eau qu'il laïffe n’eft que légèrement acidule. 
É Urbain Hierne, chimifte Suédois , retira par l’évapora- 
tion du réfidu d’un mélange d’efprit-de-vin & d'acide 
nitreux, des criftaux que les chimiftes ont défignés fous le 
nom de criflaux d'Hierne ; Bergman fit connoiître qu'ils 
étoient congénères avec l'acide du fucre. 


ne Il réfulte des expériences que j'ai faites , que Ja quantité 
d'acide du fucre qu'on retire de l'efprit-de-vin, eft relative 
à celle de l'acide nitreux qu'on a employé; je pañle au 
procédé qui m'a produit la plus grande quantité d'acide 
du fucre. J'ai mêlé dix-huit onces d’acide nitreux à 35 
degrés , avec fix onces d’efprit-de-vin rectifié ; au bout 
d'une demi-heure, ce mélange s’eft échauffé jufqu’à l’ébul- 
lition , & en mêmé temps l'éther s’eft dégagé avec fiHement, 
& a pañfé dans les récipiens , accompagné de vapeurs d'acide 
nitreux rutilant: dès que l’éther eft dégagé, l’'ébullition cefle. 
Cet éther étant féparé de l'acide nitreux a une couleur verte- 
éméraude. On achève La diftillation du réfidu , en mettant 


Men, 1785. Ge 


234 MÉMoïIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


du feu fous Ie bain de fable; il fe dégage beaucoup d'acide 
nitreux rutilant, parce que pendant cette diflillation, je ne 
lutte point les appareils; lorfqu'il ne refte plus dans la 
cornue que deux onces de fluide, je les mets dans une 
capfule pour les évaporer à réduction de moitié; pa le 
refroidiflement: j'obtiens de l'acide concret blanc en prifmes 
tétraèdres:les produits de l'évaporation m'ont rendu deux 
gros d'acide concret, que j'ai efloré fur du papier gris, 
pour le féparer de lee nitreux. 

J'ai diffous cet acide concret dans de l’eau ; par une feconde 
criftallifation , ils ont été féparés des dernières portions 
d'acide nitreux qui pouvoient être fur leur furface. 

Si, au lieu d'employer trois parties d'acide nitreux contre 
une d’efprit-de-vin, on ne fait le mélange qu’à partie égale, 
on obtient de l’éther nitreux, mais le réfidu de Ia diftilla- 
tion ne produit point d’acide concret, parce qu'il fe trouve 
engagé dans une portion d'huile de l’efprit-de-vin qui n'a 
pas été décompolée, 


DAETSMASICPILE NUCLE LS, 


b 
LI 
SA 


AN ALIAS E 
DU MÉLANGE MÉTALLIQUE 


Envoyé à l’Académie, fous le nom de Régule de 
manganaile, par M. le Baron de la Peyroufe. 


Par M. SAGE. 


GAHN, chimifte Suédois, a le premier retiré un 

e régule de la manganaife; le célèbre Bergman a 
obfervé qu’il effleurifloit à l'air. Celui envoyé par M. de 
a Peyroufe, n'ayant pas ce caractère, non plus qu’un autre 
régule de manganaife fait par M. de Morveau, je foup- 
çonnai que ce demi-métal étoit allié, ce qui m'a été con- 
firmé par les expériences fuivantes. Je dois faire obferver que 
des deux derniers chimiftes que je viens de citer, le premier 
a employé de ja manganaife compacte de Saxe, & le der- 
nier celle qu'on trouve dans le commerce. 

Le régule de manganaife de M. de la Peyroufe eft gris, 
moins fragile que celui qui eft pur; il n’eft pas attirable 
par l'aimant, quoiqu'il contienne du fer. 

Ce régule de manganaife martial s’eft diflous avec effer- 
vefcence dans l'acide nitreux, qui a pris une teinte brunatre; 
ayant verfé dans cette diffolution de ’alkali pruflien, il 
s'eft précipité du bleu de pruffe. La diflolution du régule 
de manganaife pur, faite par l'acide nitreux, ne prend pas 
de couleur, l'alkali pruflien en précipite la manganaife dans 
la forme d’une poudre brunâtre. 

Pour obtenir le régule de manganaife pur, il faut em- 
ployer ce minéral criftailifé, celui qui eft en maffe compaéte 
irrégulière, contenant prefque toujours du fer, du plomb 
ou du cuivre. J'ai trouvé de ces deux derniers métaux dans 
la manganaife du comté de Sommerfet, tandis que la man- 


Gg i 


236 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ganaife criftalifée eft ordinairement pure; celle-ci fournit 
plus difficilement fon régule, que celle qui eft martiale. 

Pour opérer la réduétion de la manganaife, il ne faut 
pas employer de flux, il fufft de la mêler avec un feizième 
de charbon, & en former, avec de l’eau, une boule groffe 
comme une petite noifette; on la place dans un creufet, 
au fond duquel on a mis un pouce de charbon en poudre, 
on recouvre la manganaife d’un autre pouce de charbon, 
en faifant en forte qu'il y ait au moins dix lignes de 
charbon fur les parois du creufet qu'on expofe à un feu 
violent pendant une demi-heure. Le creufet refroidi, on 
trouve dans le charbon le régule de manganaife, fous 
forme de petits globules brillans & fragiles, qui perdent 
en vingt-quatre heures leur éclat métallique, & efeuriflent 
en une pouflière brunâtre. I arrive fouvent que la man- 
ganaife fe trouve au milieu des charbons, fous forme d’une 
chaux verte flriée, & quelquefois fous celle d’une mafle 
vitreufe compacte, d’un vert-olive. 


DES A SLCHUE NCNE 1, 237 


MANIERE DE DÉTERMINER 
LA PURETÉ DU CUIVRE. 
Par M. SAGE. 


XCEPTÉ l'azur de cuivre & la malachite, prefque toutes 

les mines de ce métal contiennent plus ou moins de fer, 
dont une partie refte intimement combinée dans le régule 
de cuivre , qui n’a cependant pas la propriété de dévier 
Taiguille aimantée , Iors même que le fer s'y trouve dans la 
proportion d’un cinquième. 

Pour decéler la préfence du fer dans le cuivre, il faut 
difloudre dans de l'acide nitreux un quintal fictif de ce métal ; 
laver & deffécher la poudre noire qui fe trouve au fond 
de la diflolution, quelquefois dans la proportion de deux 
livres par quintal: cette poudre étant mife fur des charbons 
ardens, il s’en dégage de l’acide fulfureux, ce qui refte eft 
noir & entièrement attirable par l’aimant. Cette petite por- 
tion de fer & de foufre a échappé à l’action de l'acide 
nitreux ; mais la diflolution de cuivre contient une bien 
plus grande quantité de fer qu'on peut retirer , en verfant 
dans cette diflolution de cuivre affez d’alkali fixe pour opérer 
la précipitation de ce métal; enfuite il faut mettre fur ce 
précipité aflez d’alkali volatil pour difloudre tout le cuivre: 
il refte au fond du vafe une poudre verditre, qui, après 
avoir été bien lavée & defléchée , repréfente le fixième du 
cuivre qui a été diflous. Ce réfidu ayant été expolé au feu 
fur un charbon, eft devenu noir & attirable par aimant. 


On peut s’aflurer fi ce précipité martial contient de 
l'argent, en le pañant à la coupelle. 

C'eft en employant les moyens que je viens de décrire, 
que je fuis parvenu à extraire du cylindre de cuivre que je 
préfente à l’Académie, un cinquième de fer, dont une partie 
fe trouvoit encore tellement combinée avec le foufre, que 


238 MÉMoires DE L'ACADÉMIE RoYALe 
Jacide nitreux n’a pu avoir d’action deflus. Pour prévenir 
l'obfervation qu'on pourroit faire, que la lime auroit pu 
fournir une partie du fer , j'ai fait difloudre dans l'acide . 
nitreux de petits lingots de ce cuivre, qui m'ont fourni le 
imême réfultat. 


A NeA;:' ES 


D'UN SPA T'HNP ES ASNIDARPEMRME 
Par M' SAGE. 
(es fpath trouvé dans les mines de Johanngeorgenftadt 


en Saxe, y eft connu fous le nom de #ica vert, & nous 
a été vendu fous ce nom; fon tiflu eft feuilleté & brillant. 
Ce fpath a été regardé par M. Bergman, dans fa fciagraphie, 
comme du cuivre minéralifé par l'acide marin. 

Le fpath pefant vert-de-faxe que j'ai vu jufqu'à préfent, 
fe trouve ordinairement en lames feuilletées, vertes, 
brillantes, fuperficielles, éparfes dans une mine de fer 
terreufe brunâtre, Parmi les morceaux que j'ai raffemblés, 
celui que je préfente à l’Académie eft des plus réguliers, 
il offre des lames carrées, dont quelques-unes ont les bords 
en bifeau; la couleur de ce fpath eft du plus beau vert- 
d'émeraude; ces criftaux demi-tranfparens fe caflent faci- 
lement & produifent des grains irréguliers. 


L’acide nitreux pur, mis en digeftion fur le fpath pefant 
vert, le décolore & prend une couleur bleue; fr l'on verfe 
dans cette diffolution de l’alkali volatil, elle devient d'un 
bleu-célefte, 

Si l'on mêle de Ia diffolution d'argent dans l'acide ni- 
treux coloré par le cuivre du fpath pefant vert, il ne fe 
forme point d'argent corné, ce qui auroit lieu s’il y avoit 
de l'acide marin combiné avec le cuivre dans le fpath 
pefant vert. 


DAELSNUISTCTRE N'c'Es. 239 


Une partie de ce fpath décoloré par l'acide nitreux, 
ayant été expofée au feu, avec deux parties d’alkali fixe 
& une demi-partie de charbon, s’y eft fondue. L’acide 
vitriolique ayant été verfé deflus, en a dégagé une odeur 
de foie de foufre décompofé. 

Le fpath pefant affeétant 1a même forme, & fe com- 
portant de même, après avoir été fondu avec l'alkali fixe 
& du charbon, que ce fpath vitreux vert; ces faits réunis 
me portent à croire qu'ils ne diffèrent que par la chaux 
de cuivre que ce dernier contient. 


EXAMEN IC O MP A RÉ 
DE L'INTENSITÉ DE CHALEUR 


Produite par la combuftion du Charbon de bois 
_È" de celui de Tourbe. 


Par. M. SAGE. 
Ï À tourbe réduite en charbon eft propre à entretenir 


une chaleur plus vive, plus forte & plus long-temps 
foutenue que celle du charbon de bois, comme les expé- 
riences fuivantes le démontrent; mais réduire la tourbe en 
charbon par un autre moyen que par la diftillation, eft une 
opération difhcile, car on n'obtient qu’une efpèce de pyro- 
phore lorfqu'on a procédé par la fuffocation qui eft en 
ufage pour préparer le charbon de bois. Ici le pyrophore 
eft produit par Ja décompofition de Ia félénite qui eft dans 
1a tourbe , dont l'acide vitriolique fe combine avec le phlo- 
giftique des charbons, & forme du foufre, lequel, après s'être 
uni avec la terre de la félénite, conftitue le pyrophore. 
Le charbon de tourbe le mieux fait contient toujours 
une portion de foie de foufre terreux (a), qui fe décom- 


(a) On peut l’extraire en leflivant ce foie de foufre avec de l’eau 
diftillée, 


240 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


pofe pendant la combuftion du charbon de tourbe; ce foie 
de foufre décompolé noircit & rouille le cuivre, altère 
l'argent & rouille le fer. 

Dans le commencement de la combuftion du charbon 
de tourbe le mieux fait, il fe dégage une odeur hépatique 
fngulière. 

L'examen comparé de l’intenfité de chaleur produite par 
la combuftion du charbon de bois & du charbon de tourbe, 
prouve que ce dernier eft, pour lintenfité de chaleur, dans 
le rapport de 3 à 1 environ. 

J'ai pris deux fourneaux ronds, de fix pouces de dia- 
mètre, dont le foyer avoit quatre pouces & demi de hauteur, 
& le cendrier quatre pouces d’ élevation , à partir de la grille 
du foyer; j'ai rempli un de ces fourneaux avec du charbon 
de bois, & l’autre avec du charbon de tourbe. Je les aï 
allumés en mettant un charbon fur leur furface ; j'ai laïffé 
brüler ces charbons fans les remuer ; j'ai placé dans Îes 
échancrures du fourneau deux petites barres de fer; j'ai 
pofé deflus deux cafleroles de cuivre étamé, qui contenoïient, 
chacune une pinte & demie d’eau, eur diamètre étoit de 
fix pouces quatre lignes, leur hauteur de deux pouces neuf 
lignes, & leur épaiffeur d’une ligne. 

°Le charbon de bois a produit l'ébullition de quatre cafle- 
roles d’eau, en cinquante minutes, 


1." ébullition au bout de 14 minutes. 


SAS NT Le DE Ed CCE dd 
DOC RARE MA IA 
ANS + Me El fatale 1e 0 GRO EE À 


Ce charbon a brûlé fans flamme, & n'a point altéré fe 
cuivre. 

Le charbon de tourbe, obtenu par fuffocation , a exhalé 
d'abord une odeur fétide , à laquelle a fuccédé une flamme 
vive colorée , mais fans ur Ce charbon a produit l’ébul- 
lition de onze cafleroles d'eau, en une heure cinquante 
minutes, 


ré 


D E.S SYc HUEANAC ETS. 241 


1." ébullition au bout de 13 minutes. 


DAS ORREE MS eS A ME 
3°. RER Eds à 6, 
Anne elsie cesse Mr re se 


Le charbon de tourbe fait par la diftillation s’eft allumé 
plus lentement, a répandu une odeur moins défagreable, 
{a flamme n’étoit point fi vive ; il a produit l’ébullition de 
onze cafleroles d’eau en deux heures fix minutes & demie. 


1."* ébullition au bout de 33 minutes, 


PRIMAIRE MEN APEONRE (LE 
3e eeleletidene des ve eeelr De 
Der ce Ales M0 
COPINE 80 POP Poe 
CHE Abe 000 EE QE 
von SHOT 7e 
CSD CET PINCE ur D Où 


OR IO: 
LOS en 7e se 0 0 » 91670 0 » « se 15e 
ENS piets » sn Etre tions se Tale 

Une livre & demie de charbon de tourbe qui a fervi 
à ces expériences, ne s’eft confumée qu'au bout de quatre 
heures, & a laïflé cinq onces de cendres rougeitres, qui 
contiennent de la terre calcaire, de Îa félénite, de la terre 
argileufe & un peu de foie de foufre, 

Une livre trois onces de charbon de bois s’eft confumée 
au bout de 2 heures, & a yproduit cinq gros de cendres 
alkalines. 

Si le charbon de tourbe produit plus de chaleur par 

Mém. 1785. Hh 


242 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


la combuftion, c’eft que s'aflaiflant moins, il concourt à 
la décompofition d’une plus grande quantité d’air, & produit 
par conféquent une chaleur plus confidérable & plus long- 
temps foutenue. 


RDA L'RSE 


D''USNE "MINE D'AN TI MO TN 
ET DE PLOMB TERREUSE, 


Combinée avec les acides vitriolique à" arfénical. 
Par M. SAGE. 


ETTE mine de plomb terreufe, jaunâtre, antimoniale 

& martiale, en mafles formées de différens lits, fe 
trouve par filons à Bonvillars en Savoie, à fix lieues de 
Chambéri, fur la route de Piémont. 

Cette mine ayant été expofée au feu dans un têt, 
n’exhale aucune odeur; après avoir été tenue rouge pendant 
une demi-heure, elle a perdu dix livres par quintal : dans 
cette expérience, il n'y a que l'eau qu’elle contient qui 
fe dégage. On peut l'obtenir fi l’on diftille cette mine dans 
une cornue au fourneau de réverbère. 

Si l’on mêle de la mine de plomb terreufe antimoniale 
avec de la poudre de charbon, & fi on la calcine dans 
un têt, il s’en dégage de l’arfenic fous forme de vapeurs 
blanches ; il s’exhale enfuite de l'acide fulfureux & de la 
neige d’antimoine. Cette expérience fait connoître que 
dans cette mine, les terres métalliques y font combinées 
avec les acides arfenical & vitriolique ; acides qui font fixes 
au feu quand ils font engagés dans des terres, & qu'ils ne 
font pas combinés avec du phlogiftique. 

Ayant diftillé de la mine de plomb terreufe antimo- 
niale avec de la poudre de charbon, il s’eft fublimé dans 
le col de la cornue un peu de régule d’arfenic mêlé d’orpin. 


DES. SCIENCErSs. 243 


La mine de plomb terreufe antimoniale ayant été réduite 
avec du flux noir & de la poudre de charbon, a produit 
par quintal cinquante - quatre livres d’un régule gris à 
facettes, qui s'étend un peu fous le marteau & s'y pul- 
vérife. 

Ce régule mixte, compofé d'environ parties égales de 
plomb & d’antimoine, ayant été coupellé, l'antimoine a 
été rejeté & a fait un bourlet brunâtre fur le baflin de Ia 
coupelle, où il eft refté une minicule d'argent trop petite 
pour ètre appréciée. 

Parties égales de régule d’antimoine & de plomb ayant 
été fondues, ont produit un mélange métallique à facettes 
femblables à celles du régule retiré de la mine de plomb 
terreufe antimoniale; il en avoit la fragilité : ayant été 
coupellé, il a laiflé fur le baflin de la coupelle un cercle 
brunâtre dû à l’antimoine. 

J’ai découvert parmi les productions minérales qui m'ont 
été envoyées de Sibérie, une nouvelle efpèce de mine 
d’antimoine d’un jaune-clair, parfemée de bleu martial ; 
elle remplifloit la cavité d’un grand cœur foflile, dont 
l'extérieur étoit en partie calcaire, avec des afpérités d’ocre 
brunitre, parfemées de bleu martial: deux autres buc- 
cardites de Sibérie, trouvées dans la même mine de fer 
limoneufe, contiennent ce métal dans deux états diflérens, 
& renferment en outre, dans leur intérieur, du fchorl 
ftrié d’un bleu fi foncé qu'il paroît noir. 

Une de ces buccardites eft blanche & remplie de mine 
de fer terreufe, Jjaunûtre , parfémée de globules brunûtres ; 
autre eft remplie de mine de fer argileufe, grifâtre, folide, 
qui a beaucoup de rapport avec le fchorl en roche argileux ; 
il eft parfemé de fchorl verdâtre fibreux. 

On m'a auffi envoyé de Sibérie, des efpèces de moules 
fofiles blanches, calcaires, dont l'intérieur eft rempli du 
plus beau bleu martial, parfemé de fchorl bleu opaque, 
en prilmes très-fins; ces mufculites ont été trouvées dans 
la même mine de fer limoneufe. 


Hh ji 


244 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

La mine d’antimoine terreufe jaune eft foluble fans effer- 
vefcence dans l'acide nitreux ; expofée au feu fur des char- 
bons ardens, elle ne répand point d’odeur fenfible, elle y 
devient d’un brun-rougeûtre, & produit des globules vitreux 
en rapport avec le crocus metallorum. 

Si l’on expofe cette mine au feu du chalumeau dans le 
creux d’un charbon, elle y change de couleur, fe fond, 
produit une petite décrépitation, & fe réunit en un globule 
d’antimoine brillant à fa furface ; pendant cette expérience, 
une portion de l’antimoine s’exhale en fleurs blanches qui 
fe fixent en partie fur les bords du charbon. 

La mine jaune d’antimoine ayant été fondue avec du 
verre de borax, a produit un émail d’un brun-verditre, 
lequel, après avoir été pulvérifé, étoit attirable par l'aimant, 
propriété qu'il doit au bleu martial. 

Quoiqu'on ait défigné fous le nom de bleu de Pruffe 
uatif, la fécule martiale bleue dont je parle, cependant 
elle en diffère, en ce qu’elle eft entièrement foluble dans 
l'acide nitreux, comme l’a obfervé M. Brandes, en 1757, 
dans les Mémoires de l’Académie de Berlin, dans lefquels 
eft inférée l'analyfe qu’il a donnée de la terre martiale bleue 
de Beuthnitz, qui {e trouve dépolée par couches de trois 
ou quatre pieds fous l’Aumus d’un endroit marécageux. Ce 
bleu martial produit de l’alkali volatil par la diftillation ; 
aufli ce menftrue n’a-t-il point d’aétion fur lui, tandis 
qu'il décolore le bleu de Prufle. 


DES SCciENCcESs. 245 


D'UNE NOUVELLE ESPÈCE 
DE MINE DE BISMUTH TERREUSE, SOLIDE, 


Recouverte d’une Efflorefcence d'un vert-jaunâtre, 
Par M: SAGE. 


RONSTEDT, Linné, Jufti, Baumer & M. le baron de 

Born, ont parlé, dans leurs minéralogies, de la chaux 
de bifmuth pulvérulente, d’un jaune-verdètre, qu'on à 
trouvée en Saxe & en Suède. M. de Romé de Lille a fait 
mention d’une mine de bifmuth vierge folide, fur laquelle 
fe trouve un enduit granuleux, d’un vert-jaunâtre, qu'il 
regarde comme une chaux de bifmuth. Voyez la page 241 
de Ja defcription des minéraux. 

Les auteurs que je viens de citer, difent que cette efpèce 
de mine de bifmuth n’a point encore été foumife à l’ana- 
lyfe, parce qu'elle eft fort rare. 

La mine de bifmuth terreufe, folide, grifätre, & recou- 
verte d’une efflorefcence d’un vert-jaunâtre, dont je vais 
donner lanalyfe, vient de Schneberg en Saxe; cette mine 
eft très-pefante, elle produit des étincelles lorfqu'on 1a 
frappe avec le briquet, elles font dûes à des portions de 
quartz qui {e trouvent mêlées avec ce minéral. 

Pour apprécier la quantité de quartz qui étoit contenue 
dans cette mine, j'en ai mis en digeftion dans quatre parties 
d'acide nitreux précipité & rectifié; la chaux de bifmuth 
s’y eft difloute promptement fans effervefcence; j'ai décanté 
l'acide nitreux, & après l'avoir étendu d’eau diftillée, une 
partie du bifmuth s’en eft féparée fous forme de précipité 
blanc; j'ai lavé ce qui étoit au fond du matras, après l'avoir 
fltré, j'ai trouvé fur le papier gris du quartz tranfparent, 
dans la proportion du tiers de cette mine de bifmuth terreule. 


246 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Le nitre de bifmuth ne m'ayant produit que très-peu de 
magiftère, après avoir été étendu d’eau, J'ai verfé dans 
cette diffolution de l'alkali fixe; lorfque l’alkali nitreux 
en a été faturé, il s’eft fait un précipité de bifmuth aflez 
abondant. 

J'ai foumis à [a diftillation fix cents grains de mine de 
bifmuth terreufe, en employant l'appareil hydropneuma- 
tique ; j'ai trouvé dans le col de la cornue quelques gouttes 
d’eau; il a paflé de l'acide méphitique dans le récipient, 
la mine qui reltoit dans la cornue, avoit une couleur rou- 
geitre, & n'avoit diminué que de deux livres par quintal. 


La couleur verte de cette mine de bifmuth, n’eft dûe 
ni à du cuivre ni à du fer, mais paroît dûe à du cobalt; 
pour m'en affurer, j'ai mis de cette mine de bifmuth en 
digeftion dans de l'alkali volatil qui n’a pris aucune couleur. 
Si la teinture verte de cette mine eût été düe au cuivre, 
Paikali volatil auroit pris une couleur bleue. 

Pour dèterminer fr cette mine de bifmuth contenoit du 
fer, j'en ai diftillé une partie avec quatre de fel ammoniac 
qui s’eft fublimé & combiné avec la chaux de bifmuth 
qu'il a volatilifée; ce fel ammoniac avoit une belle teinture 
jaune; l'ayant diffous dans l’eau diftillée, il s’eft formé 
aufliôt un précipité blanc de bifmuth corné. J'ai filtré cette 
leffive , j'ai mis enfuite dedans de Îa noix de galle, elle 
n'a point été noircie, ce qui auroit eu lieu fi a difiolution 
eût contenu du fer. 

Le réfidu de la diftillation étoit grifätre, & pefoit moitié 
moins que la mine de bifmuth que j'avois employée; après 
lavoir leflivée, j'ai mis dans l'eau qui avoit fervi à cette 
opération, de la noix de galle qui n'a point annoncé Ia 
préfence du fer, 

J'ai fondu de cette mine de bifmuth avec du verre 
blanc, elle lui a donné une couleur verte, qui me paroît 
être le réfultat de la couleur bleue fournie par le cobalt, 
& de ja couleur jaune produite par le bifmuth, les fcories 


DES SCIENCES. 247 
que j'ai obtenues en réduifant cette mine, avoient égale- 
ment une couleur verte, 

Pour réduire la mine de bifmuth terreufe, j'en ai fondu 
une partie avec quatre de flux noir & un peu de pouffière 
de charbon; j'en ai retiré trente-fix livres de bifmuth par 
quintal de mine. 

J'ai obtenu par la coupellation de ce régule de bifmuth, 
une parcelle d'argent : le bifmuth du commerce en produit 
auf, comme l’a fait connoître M. Geoffroi le fils. 

J'ai analyfé une mine de bifmuth terreufe, folide, jaune, 
un peu brillante, & quelquefois demi-tranfparente, elle 
m'a produit à peu-près les mêmes réfultats; elle à rendu 
quarante - cinq livres de bifmuth par quintal, c’eft neuf 
livres de plus que la précédente : fes fcories étoient moins 
vertes, parce qu’elles contenoïent moins de cobalt. 

Ces mines de bifmuth terreufes font plus difficiles à 
réduire que celles qui font arfenicales; ces dernières n’ont 
befoin. que d’être brülées entre des lits de bois, pour 
produire Îe bifmuth, tandis que pour tirer parti des mines 
de bifmuth terreufes, il faut les traiter au fourneau à manche, 
afin de pouvoir les réduire. 


248 MÉMOIRES DE L'AÂCADÉMIE ROYALE 


MÉMOIRE 
SUR 
LE MOUVEMENT DE VÉNUS. 
Par M. DE LA LANDE. 


ORSQUE je donnai en 1779, les élémens de l'orbite 
de Vénus, mon objet principal étoit de déterminer 
fon excentricité, le lieu de fon aphélie, & l’époque de 
fon moyen mouvement; je parlai peu de fa révolution & de 
fon mouvement féculaire ; je me contentai de quelques con- 
jonctions obfervées à {a fin du dernier fiècle & au commen- 
cement de celui-ci; celles de 1689, 1692,1707 & 1708, 
me firent diminuer le mouvement féculaire que j'avois 
employé dans mes premières tables, de 6! 194 12-12", 
& je le fuppofai de 6f 194 11" 30". Je l'ai employé de 
mème pour mes fecondes tables de Vénus, publiées en 1781, 
dans le quatrième volume de mon Affronomie, & en 1783; 
dans le huitième volume des Æphemerides. 

Cetarticle méritoit une plus ample difcuflion; je l'ai faite 
fort au long, & le réfultat confifte à augmenter le mou- 
vement féculaire de Vénus, que je crois pouvoir faire 
actuellement de 6f 194 12! 50". 

J'ai voulu voir d’abord fi les obfervations rapportées 
dans l’Almagefte de Ptolémée, pouvoient nous apprendre 
quelque chofe à cet égard; je les ai foigneufement difcutées ; 
& quoique je n’en aye tiré aucun fecours, il eft bon de 
rapporter le réfultat de cet examen. Ces obfervations font 
au nombre de dix, contenues dans le dixième livre de 
l'Almagefte, pages 234 — 238 de la dernière édition 
(Bâle, 1 $ $ 1); j'ai comparé auffi l'édition grecque de 1 53 8, 
& celle de 1515, que M. de Fouchy a donnée à l'Académie, 
& qui eft importante à plufieurs égards. es 

| al 


DES:SCIEN CE s. 249 
J'ai appliqué aux longitudes données par Ptolémée, les 
corrections qu'il'eft néceflaire de faire à fon catalogue, comme 
je crois l'avoir prouvé { Mem. de l' Acad. x 766, page 467, 
Affron. art. 9 18). J'ai corrigé une erreur de dix ans qu'il 
y avoit dans {a feconde obfervation » Mais qui n’eft pas dans 
l'édition grecque de f’Almagefte. J'ai marqué Îles pages de 
la cinquième édition, où font rapportées chacune de ces 
obfervations ; l'erreur de mes fecondes tables (1781) 
pour chacune, & le nombre de minutes dont cette erreur 
change quand on augmente de 78" le mouvement fécu- 
laire de Vénus. Pour avoir le temps vrai, j'ai fuppofé que 
ces obfervations avoient été faites toutes environ deux heures 
avant le {ever ou après le coucher du Soleil, parce que 
celle du 15 Décembre 138 eft marquée à pareille heure : 
j'aurois pu me fervir aufli du lieu moyen du Soleil, qui 
eft toujours rapporté par Ptolémée, en y faifant la cor- 
rection que j'ai indiquée ; & pour cet eflet, je joindrai à 
la table fuivante le lieu moyen fuivant Ptolémée, On y 
trouvera aufli le lieu vrai du Soleil , d'après mes tables 
manucrites, où l'époque eft moins avancée d'uné minute 
que dans celles de Ja Caïlle , pour le temps dont il s'agit. 
L'obfervation de fan 1 38 ef la feule où l'heure foit rap= 
portée exactement: le point culminant, fuivant l'aftrolabe, 
étoit 2 degrés de Ja Vierge, ce qui donne pour l'afcenfion 
droite du milieu du Ciel, tof 12’; en ôtant celle du Soleil, 
17h 32, ilrefte 16h 44" pour le temps vrai à Alexandrie, 
qui étoit le même que le temps moyen; c'eft 14h ç2' à 
Paris. Le lieu moyen du Soleil, fuivant Ptolémée, étoit 
8! 22d 9’. Je trouve 57" de plus; en forte qu’en ajoutant 
57’ aux longitudes moyennes indiquées par cet auteur ; 
pour Îles neuf dernières obférvations, on aura celles qu'il 
faut fuppofer pour en conclure le temps de l’obfervation. 
Pour fa première obfervation » qui eff celle de an 27: 
avant J. C. l'heure eft marquée fans minutes: il y a 128 
dans l'édition de 1 S51 (page 238); mais à minuit on ne 
Pouvoit pas voir Vénus. Dans l'édition de 1 sis,ilya 
Mém. 1 7ê5. li 


256 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYaALeE 


12 heures de la nuit, ce qui approche de 6 heures du matin, 
puifque c’étoit quinze jours après l’équinoxe ; d’ailleurs, à 
l'endroit où Ptolémée fe fert de cette obfervation pour 
calculer fe moyen mouvement de Vénus, il emploie trois 
quarts de jour, à partir du midi, ce qui nous ramène 
encore à 1 8 heures. Ainfi l’on connoît auf à peu-près l'heure 
de celle-ci; quoiqu’ayant mis trois quarts de jour, Ptolémée 
n'a peut-être pas entendu répondre d’une heure fur le temps 

._ de cette obfervation. Au refte, une heure de plus ou de 
moins ne produit que 2' + de diflérence fur le lieu du 
Soleil & de Vénus, & cela eft abfolument infenfible pour 
de pareilles obfervations. 

Je dois encore faire remarquer que, dans la première 
obfervation, les longitudes moyennes dans Ptolémée ne dif- 
fèrent que de 3139’, quoiqu'il y ait quatre jours d’inter- 
valle. IL faudroit donc que la feconde partie de cette obfer- 
vation eût été faite fept heures plus tôt que la première, ce 
qui eft impoñlible, Vénus n’étoit pas levée. Aïnfi, peut- 
être que la feconde pofition n’a pas été obfervée; elle aura 
été conclue des tables : voilà pourquoi je n’en aï pas fait 
une obfervation féparée, mais feulement un fupplément de 
la première obfervation. 

MOTS [TEMPSILONGITUDE Le LL LS ULvANT | SUIVANT 


ANNÉES. & MOYEN fuivant 
F4 der751. CASSINI. MOI. 
JOURS, à Paris. PTOLÉMÉE. : 


O&. [ich 8] sf 44 10'|P 238. 51 24 31] 5f 34 36 
27 Te 3 c. 


F5 O& | 4. Mise 8100 éd. hi Te PUS UP. Gi 
127ap8. [11 OŒ |r14. sol $. 0. 204] 234.) 5. 1, 51e] $. 1. 18. 
129. 19 Mai. |14. 15.) o. 10. 36] 235.) o. 10. 33.| ©. 11, 37. 
132 8, Mars. |N6,0o-fax. 1. 30.) 00254, lMre ur si5,| 1.2; 32. 
134 17 Fév. |14 30.| 9. 11. 55. 236.] 9. 12. 27.| 9 12. $7,5- 
136. LOMNOVeL Se 20/0 12250 M 27 -lee ce ce tee 9: 13e 53e 
136. 25 Déc. | $. 10.10. 19. 36.1 234,]10. 20. 14.|10. 20: 39: 
138. 15 Déc. |r4 50. ». 6: 3o:l  236.| 7: 6. 53.|. 7 7. 34 
1404 18 Fév. | $. 4o.| o. r3. sol 236. o. 14. 28.1 o. 14. 54. 


140. 29 Juill. |13. 20.| 2. 18. 30.| 234.] 2; 18. 47.| 2. 19. 34. 


n 


DES SCIENCES. 251 


Mors | LIEU MOY. CORRECT., 
: 5 LIEDVRAI à fai 
ANNÉES. & du SoLeiL, à faire 


fuivant 
JOURS, 


CHANG.| Noms 
pour 78” 
de 
mouyem, 


des 


fuivant moi à mes Tables 
PTOLÉMÉE. de 1781. 


OBSERVATEURS 


20’ 48'|+ 15° +] 8’ = 
“Éd 15 O&. | 6. 20. 59.| 6. 18. so.| + 12524 [ETS Tysaocharès. 
127. Ai. [re O. | 6. 17, 52.] 6. 17 12.Û— 27 | 3 +] Théon, 
129. 19 Mai. | 1. 25. 24] 1. 26. 41.|— 13 z|— 3. | Théon. 
132. 8 Marslur. 14, 5er. 17. 8. + 34 [— 5. | Théon, 
134 17 Fév. |r0. 25. 30.|10. 28. 15-|+ 1, 16 + o, | Ptolémée. 
136. 18 Noy.| 7. 25. 30.| ». 26. 8.|+ r 46 #|+ 4. | Ptolémée. 
136. 25 Déc. | 9. 2. 4.| 9. 3. 49.14 56 |— 5. |Ptolémée, 
138. 15 Déc. | 8. 22. 9.| 8. 23. 34.|4+ 20 ++ 2 L,| Ptolémée. 
140 18 Fév. |1o. 25. 30.|10. 28. 26.|-4- 23 +.|+4- o 2] Ptolémée, 
140. 29 Juill. | 4 5. 45] & 4 56.|— 56 |— 9 +.| Piolémée. 


On peut juger, par le changement des corredtions 
pour 78" de mouvement féculaire, que toutes ces obfer- 
vations font trop près des plus grandes digrefions, pour 
que le mouvement de Vénus y foit fenfible ; a plus grande 
incertitude que nous ayons fur le mouvement de cette 
planète, eft beaucoup moindre que les erreurs de ces obfer- 
vations, & il ny a aucune hypothèfe qui puifle les repré- 
fenter, même à peu-près. Ï ne faut pas en conclure que 
le mouvement de Vénus ait changé , puifque Ia plus an- 
cienne des obfervations, rapportée par Tymocharès, s’ac- 
corde mieux avec mes tables, que les autres ne s'accordent 
entr'elles, & que la huitième dont Ptolémée fe fert pour 
déterminer Ia révolution de Vénus, eft aufli une de celles 
qui s'accordent le mieux: il faut feulement en conclure 
que ces obfervations fort mauvaifes en général, ce que 
jai déjà prouvé pour a plupart de celles de Ptolémée 
(Mémoires 1757, page 420; 1766, page 467). 

Si les obfervations anciennes ne peuvent rien nous ap- 
prendre fur le mouvement de Vénus, à plus forte raifon, 
pour Île mouvement de l'aphélie; if auroit été à 7f 215 
fuivant la théorie de Ptolémée, au lieu de 9 164 que je 
trouve pour ce temps-Ià, 


li i 


252 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Parmi les obfervations moins anciennes, celles de Tycho 
font les plus nombreufes ; il femble qu'elles auroient pu 
donner quelques lumières fur le mouvement de Vénus; 
mais comme Tycho lobfervoit principalement dans les 
plus grandes digreflions, & prefque jamais dans le temps où 
elle approche de fa conjonction inférieure, il y a peu de 
précifion à en attendre. J'ai fait voir que les conjonétions 
inférieures doivent être abfolument préférées pour ces re- 
cherches. 


J'ai donc commencé au pañfage fur le Soleil, qui fut 
obfervé le 4 Décembre 1639; ce paflage devant être le 
fondement principal de cette détermination, ül étoit nécef- 
faire de recalculer de nouveau les obfervations qui furent 
faites par Horrocius près de Liverpool; c’eft ce qu'a fait 
M. de Lambre avec le plus grand foin: il a pris les détails 
de cette obfervation dans un petit écrit publié en 1761, 
dans Annual Regifler de Londres, & copié par Fergufon, 
pages 344 & fuiv. de fon aftronomie. Quant à la latitude 

e Hool, lieu de l’obfervation, il a confervé la déter- 
mination d'Horrocius; mais pour la longitude, qui eft celle 
de Liverpool, il a préféré la moyenne arithmétique entre 
les deux que M. du Séjour a trouvées par l’éclipfe de 1764, 


À 


c'eft-à-dire, of 21’ 7" à l’oueft de Paris. 


La différence des parallaxes de Vénus & du Soleil, eft 
23",803; le demi- diamètre du Soleil 16 1 1,6: celui 
de Vénus 31",3; le mouvement relatif en longitude, 4’ 
3",76, & en latitude 309",04 décroiflante ; l'équation du 
temps 9’ o” fouftaétive du temps vrai. 
Temps vrai à Paris... . .. CLRET ON 5 S6tx 71e AE C7 
Lieux vrais du Soleil... .| 8 124 25 o | 8f 124 25° s1"| 8f r24 26° 16” 
Nonagéfime à Hool....l11...2. 37. o|1r. 9.24. $o |11. 12. 31. So 
Dift. du Soleil au nonagéf.| 2. 20. 12. Oo! 2.26. 59. o| 3. o. 5.30 
Hauteur nonagéfime.. .. 19. 20. 20 21. 9. 50 22.112. 30 
Latitude apparente... .. 11° 17,46 L1422", 6.1 10° 40", 74 


DES SCIENCES. 253 


Différ. appar. “Be ongit. : ; 10° 41”, 14 DENT 130 
Parallaxe de longitude... . | + 7, 77 |+ 8, 58 |+- 8, 93/ 
Parallaxe de latitude... . + 22", 46 |+ 22, 09 |+ 227, 76 


Différ. vraie en longit... lo. 10’ 48",91 9" 59,88 9 15", 34 
Hatitude yraie.6.4 -lossitle nos 5.0 10. 49. $2 10. 18 68} 
Temps vrai de la conjonct. 6h 15°49° 6% 23° 45" GPZ2 TION 
Latitudeenconjonction. .….! D'a MT 4 8 so” 07 À 
SERIE CEE EE 2 TETE EST EST EE Le OSEO ED 
Par un milieu entre les trois réfultats, la conjonction 
a dû arriver à 6h 20" 38"; la latitude géocentrique en con- 
jonction a dü être 9’ 41”,87; le lieu de Îa conjonction 
81 124 31° 58"; la diftance au nœud 56’ 15"; le lieu du 
nœud, 2f 134 28' 13” vu du Soleil; les corrections de 
mes fecondes tables — 2’ 4" pour fa longitude, — 1’ 13" 
pour le nœud, + 2" pour la latitude; le demi-diamètre 
de Vénus, fuivant l’obfervation d'Horrocius devoit être 
38” à très-peu-près ; fuivant Crabtrée, il n'étoit que 34”. 
En employant, comme M. de Lambre a fait, les diamètres 
ris dans mes tables, & retenant la diftance des centres 
obfervée par Horrocius, il s’enfuivra que F'inftant de la 
première obfervation n’eft pas précifément celui du contact, 
mais qu'il y avoit environ 8" de diftance entre les bords 


de Vénus & du Soleil. 


En admettant, comme l'ont fait Horrocius, Hevelius 
& Caflini, que l’obfervation ait été faite dans Finftant du 
contact intérieur, la diftance des centres fera 1 s' 40";3; 
la latitude apparente 11! 22",95 ; la différence de Iongi- 
tude apparente 10’ 46",34 ; la conjonction 6f 17" 7"; 
la latitude en conjonétion 9 15”; enfm, par un milieu 
entre les trois obfervations, la conjonction fera à 6h21! 4e 
Si lon vouloit avoir égard en même temps aux deux 
manières de calculer {a première obfervation , le temps de 
Ia conjonétion feroit 6" 19’ 45". 

En tout cas, il n’y a pas 8’ d'incertitude fur le moment 
de cette conjonétion, ce qui ne produit pas 12" fur la lon- 


254 MÉmoires DE L'ACADÉMIE RoYaALE 


gitude héliocentrique. I paroït donc que l'erreur de mes 
tables de ‘1781 eft, à cette époque, d'environ 1/44". 

Si l’on veut avoir égard aux aberrations & à la nutation, 
il faut retrancher 5’ 46" du moment de la conjonétion 
trouvée ci-deffus, & ajouter 23" à la longitude, on aura 
6" 3! 44", temps moyen, & la longitude vraie comptée 
de l'équinoxe moyen, 8f r12d 32/76 

J'ai comparé vingt autres conjonétions avec mes tables; 
favoir, celles qui font rapportées dans M. Caflini / Elémens 
d'Affronomie, page 56 1), & celles qui ont été obfervées 
depuis quelques années. Elles font toutes comprifes dans {a 
table qu’on trouvera ci-après; Îes lieux du Soleil, pour le 
moment de chaque conjonétion, ont été refaits fur les 
tables de la Caiïlle; car j'ai fuppolé que le temps de la con- 
jonction pouvoit être exact, indépendamment du lieu du 
Soleil. En effet, fi l’on a comparé Vénus direétement avec le 
‘Soleil, on a dû trouver le temps dela conjonétion exactement, 
quelle que füt l'erreur des tables du Soleil. 

La conjonction de-1692 , fur laquelle j'avois beaucoup 
compté, eft rapportée aflez différemment, d’après Caflini 
& d’après Sedileau / Mem. de l'Acad. 1693); maïs, en 
prenant celle de Caflini, je fuis plus d’accorä avec le paffage 
dé 1639, du moins fuivant mes nouveaux élémens, & je 
l'ai préférée; l’erreur changeroit de 44" en prenant l'obfer- 
vation de Sedileau. 

En comparant le paflage de 1639 avec mes fecondes 
tables de 1781, j'ai trouvé 1° 44” de trop pour la fon- 
gitude héliocentrique : pour ne pas rejeter fur un feul élément 
toute l'erreur que donnoit le pañlage de 1639, j'ai confidéré 
que le mouvement de l’aphélie pouvoit être diminué avec 
vraifemblance, quoique jel’euffe déjà diminué. En effet, fr je 
compare le lieu de l’aphélie que j'ai déterminé pour 1780, 
avec celui qui réfulte des conjonctions de 1715, 1718, 
1719, je ne trouve, pour le mouvement féculaire de 'a- 
phélie, que 24 1 1”, au lieu de 44 10", que j'avois employé 
dans mes anciennes tables de 1771, en comptant trop fur 


atern.…… 


D use LS JG, L'E NC Es. 255 
les tables de Képler & fur les obfervations de Tycho-Brahé. 
Je Favois réduit à 24 2 s/ dans mes fecondes tables; mais fi 
jemployois la pofition que Halley lui donne pour 1690, la 
regardant comme le réfultat des obfervations de Flamftéed, 
que Halley avoit fans doute difcutées, je trouverois 24 22’ 
pour le mouvement féculaire de l'aphélie. 

On ne trouveroit que 19 33”, en calculant l'attraction 
de Jupiter & de la Terre, par la formule que j'ai donnée 
dans mon Aftronomie ( art. 3512); fi l'on nomme f {a 
diftance de la planète troublante, celle de Vénus étant prife 
| 3 
4f° 
vement de l’aphélie de Vénus pendant la durée de fa révo- 
lution. Cette formule donne 6’ 39" par fiècle pour l'effet 
de Jupiter, & 2/ so” pour celui de la Terre ; la fomme 
9' 29" étant ajoutée à la préceflion féculaire, 14 23 45" 
donne 14 33/ 14" pour le mouvement de l’aphélie; Halley 
de failoit de 14 34/. 

Enfin, M. de la Grange, par des calculs plus rigoureux, 
diminue encore ce mouvement ({Mém,. de Berlin, 1782), 
& le réduit à 14 21; en forte que l’aphélie de Vénus rétro- 
grade de 2’ par rapport aux étoiles, au lieu d’être direct 
comme font ceux des autres planètes. 

M. de la Grange, à qui j'ai fait remarquer ce défaut d’ana- 
logie, m'a affuré qu’il n’avoit aucun doute fur la théorie 
à cet égard; & comme j'avois perdu Fefpoir de déterminer 
le mouvement de l’aphélie par les obfervations du dernier 
fiècle, je m'en fuis tenu à ce réfultat. Il faut cependant 
confidérer que M. dela Grange donne 4",3 par an à l'action 
de Mercure fur Vénus, & que {a mafle de Mercure n'étant 
connue que par conjecture, il poufroit y avoir encore quel- 
qu'incertitude à cet égard. Quoi qu'il en foit, je fuppoferai, 
quant à préfent, le mouvement de l’aphélie de 14 21’ par 
fiècle; en partant du lieu que j'ai déterminé pour 1780, 
à rof 8d 12/, je le fuppoferai pour 1 639, 10f64 18/; & dès- 
lors le pañfage de 1639 fe trouvera rapproché des tables. 


multiplié par 360 pour le mou- 


pour unité, on a 


256 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyALE 

Pour vérifier les autres élémens de Vénus, je vais 
parcourir toutes les conjonétions inférieures qui ont été 
obfervées avec foin depuis les pañlages fur le Soleil obfervés 
en 1761 & 1769. 

La conjonétion de 1 766 fut obfervée par M. Maskelyne, 
& elle fe trouve dansie Recueil de fes obfervations. J'ai cal- 
culé les obfervations du 16 mars, du 24 & du 28 au matin. 


CPR TE ES EE RE? CO AGE 0 SUMMER EEE O D STARS "SN SEA SEE TON 


Le 16 Le 24. ler 

Temps moyen du pañage ré 

duit au méridien de Paris. .| où 57°. $3"loh ‘9° 54” 23 NASA EE 
Dift. d'afc. dr. entre les centres| 

de Vénus & du Soleil....| 9% 59" 22° 1426/24/47 AT 222 
Afcenfion droite apparente du 

Soleil à midi vrai. ..... SONORE 3.15 2-02 NT ARTICEES ES 
Afcenfion droite de Vénus..| 6. 16. 9. 2. 6. 48.1359. 58. 30. 
Diftance au zénith, du bord 

“inférieur de Vénus,..... 39e 43e. II 4le 34e 23], 42. $5e 40; 
Déclinaifon vraie du centre 

de Vénus...... M ON LUNA SN CONCEPTION ENTREE 
Long. apparente-de Vénus..| ro. 26. $- SAS 4120: 3,24 112e 
Latitude apparente. ...... NT AMIS AE 8, 14. 118:| 7,15 0-## 0: 


L'erreur moyenne de mes tables, + 25 fecondes, doit 


être ajoutée aux longitudes calculées, pour en déduire 
loppofition, & le lieu du Soleil augmenté de, 20 fecondes 
pour l’aberration, & compté de l’équinoxe moyen. 

Le mouvement du Soleil, en 23" 53’ 54", étant de 59! 
2", & celui de Vénus de 37° $ 3", je trouve pour le temps 
moyen de {a conjonétion vraie, le 25, 6" 13' 12", & la 
longitude of 54 6! 32"; mes nouvelles tables donnent 34 
de plus pour la longitude héliocentrique, au même inftant. 

La conjonction de .1774 a été obfervée par M. Slop, 
habile aftronome de Pife, Obfervationes fiderum habite Pifis, 
ce 1778, page 217+ d 


LA . 


DRENSW IS Cr E Nice 257. 


D 


TEMPS MOYEN LONGITUDE, LATITUDE 
à Pile. obfervée, obfervée. 
—————— | | 
2 INT of 244$" 40 SEMrEMMI Oo! 
2 NAN CT C2 MS TIC, 8. 10. 48. 
23- 41e 19. | O. 1. 31. 2. | 8 4 37. 
ÿ- | 23- 35. 20. | 0. o. $4. 18. | 7. s7. 27e 
D 

M. Slop avoit interpolé ces longitudes pour en conclure 
la conjonction ; j'ai préféré de prendre le mouvement ca1l- 
culé par les tables, & les longitudes corrigées par l'erreur 
moyenne des tables. Le mouvement du Soleil, en 258 
53’ 56”, étant de 59" 6”, & celui de Vénus PA VABRÉ 
trouvé que la conjonction apparente étoit arrivée le 22, à 
21h 27! 44", temps moyen au méridien de Paris , dans 
of 24 49" 12" de longitude apparente, comptée de l'équi- 
noxe moyen; & employant les deux aberrations, la con- 
jonétion vraie à 21" 1r' 58", dans of 24 49" 18" de 
longitude vraie. 

La conjonction du 24 Odtobre 1775 a été obfervée 
à Pife par M. Slop, à Touloufe par M. Darquier, & 
à Paris par M. d'Agelet : comme les réfultats des deux 
premiers ne s’accordoient pas parfaitement, J'ai recalculé 
deux obfervations qui m'ont nu à peu-près le même 
réfultat. 

Le 24 Oétobre, 238 33' 31", temps moyen à Paris, 
longitude de Vénus obfervée, comptée de l'équinoxe moyen, 
71 od 29° 34"; longitude du Soleil, 7 id 53! 50"; mou- 
vement du Soleil, en trois jours, 24 59 57"; mouvement 
de Vénus, 14 43! 24"; d'où ül fuit que la conjonction 
apparente eft arrivée, le 24,82F 30! 50", dans 7 ad af 
14"; & la conjonction vraie, à 2 25" 13", dans 7f 1d 1° 
20" de longitude vraie. 

La conjonétion du 1.” Juin 1777 n'a été obfervée que 


par M, Slop; il n’a eu qu'une feule obfervation faite cinq 
Mém. 1785. Kk 


258 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


jours après la conjonétion, & je n’en ai pas fait ufage. 
D'ailleurs, les conjonétions du mois de Juin font au même 
lieu de l'orbite que les pañages fur le Soleil obfervés en 
1761 & 17609, & l'on ne peut pas en efpérer une aufli 
grande précifion ; ainfr elles font moins importantes que les 
autres : au refte, j'ai celle de 178 $, qui tient lieu de celle 
de 1777, & qui s'accorde fort bien avec les deux paffages. 


En 1779, Vénus fut obfervée par M. d'Agelet à Paris, 
par M. Darquier à Touloufe, par M. Pigott à Frampton- 
houfe, 54 48" 30” à l'occident de Paris; celui-ci trouva, 
le 6 Janvier, jour de la conjonétion, à 23" s4' 30" de 
temps vrai, l'afcenfion droite apparente de Vénus, 2874 
13" 1"; il n'obferva pas la déclinaifon. 

M. d’Agelet obferva Vénus plufieurs jours de fuite, 
avec fon mural, à l'École militaire: voici fes oBfervations 
calculées par lui-même. 


ASCENSION DROITE] DÉCLINAISON 
TEMPS MOYEN. LONGITUDE. 
obfervée. auftrale. 
ns PS 


Janvier 2,| oh 34 9 204 30° 30/| 184 19 37” {of 194 28 26/| 34 47 5€" 


LATITUDE, 


auftrale. 


3+| 0. 27. 35: 9. 19 51. 352118. #7. 4r.|9. 18e 53. 5e|d 2.53. 
|. 0. 21. 7lg. 19, 23. 15.| 197. 57 11.19. 18. 18. 16.4. 18, 8. 
ÿ7s| 0. Lire 28-19. 174 14 25.17. 31. 40.|9. 16. 28. 45.4. 57. 37 
7:|23- 54e 51-19. 16, 34v 52.|17. 22. 37.[9. 15. 52. 14.]5. 10. 58: 
8.123. 48. 11.194 15. 55. 42.| 17. 14 $5-|9- 15. 15. 47.15. 22. 49. 
9.123. 41. 53: 9. 15: 17e 45.[17. 7. 49.19. 14. 40. 21.15. 33. 48. 
10e|23+ 35+ 33- 9e 14e qi. 3.17. 1. 3-l9. 14e 5e 57.5. 44. 8. 


Les deux obfervations du 7, en y appliquant l'erreur 
moyenne des tables, & le mouvement calculé, qui étoit 
de 6o' 52" pour le Soleil, & de 36! 31" pour Vénus, m'ont 
donné la conjonction appafènte, le 6 Janvier, 14P 11° 
39", temps moyen; & 9f 164 44’ 2" pour la longitude 
comptée de léquinoxe moyen ; & la conjonction vraie 
à 14h 5’ 53", dans of 161 44! 8" de longitude vraie. 

La conjonction du 9 Août 1780 eft la plus importante 


DESSUS cr E Nc E & 259 


de toutes, parce que Vénus étoit près de fon aphélie, & 

u’elle n'avoit jamais été obfervée dans cette olition; aufi 
Es a k Sal 
M. d'Agelet, qui connoit les obfervations importantes, & 
qui ne les néglige pas, obferva cette conjonction avec foin. 
ÏN y a auf plufieurs obfervations dans le recueil de M. 
Darquier. Je rapporterai ici les obfervations de M. d’'Agelet, 
parce qu'elles n'ont point été imprimées; elles ont été 
calculées par lui-même, excepté les deux dernières. 

P P 


ASC. DROITE DÉCLINAISON 


LATITUDE 
TEMPÉ MOYEN. 


boréale, boréale, 


a ee SE 
où 38° 56” 1424 24 23"| 7 40° 6" 4f 22d 12! 56"|61 39° 28” 


0: 26. 26.|r41. 14 18./7. 40. 35-|4 21. 6. 37.7. oo. 48. 
9e 13e 45-1140. 2. 417 53. 23.|4 ro. 56: 42.|7. 19e 36. 
23e 4 30:|n38. ro. 2/8.  $. 13.l4 18. 6, 22. 7H 42. Vo. 
23e 16, 50-|134e 37. 32.18. 45. 1,14. 14 31. 30.18. 4e 53: 
23-[22. 32. 13-l131. 19. S6-|9e 56. 240l4e 11. 2, 37. 7e 49e 49. 


L LONG. OBSERVÉE. 
obfervée., 


FE 


Août 


m 
SN OV NJ da 
RU AC URSS, 


Ayant calculé L'erreur moyenne des tables, & le mou- 
vement du 9 au 10, qui, dans 23 53 27", étoit de s7" 
20" pour le Soleil, & de 37! 9" pour Vénus, j'ai trouvé 
la conjonction apparente, le 9 Août, 20° 45/ 40"; & la 
longitude apparente, 4{ 184 ri” 27", comptée de l'équi- 
noxe moyen; & {a conjonction vraie, 20h 39" 54”, avec 
4 184 rr' 33° de longitude vraie. 

En 1782, Vénus a été obfervée à Paris par M. d'Agelet, 
à Milan par M. de Cefaris, à Yorck par M. Pigott; le 
19 Mars à 23h 49! 1 de temps vrai, celui-ci obferva 
Vafcenfion droite de 3571 24! 40", & la déclinaifon de 
8d 3 37", boréale, . 

Les obfervations de Milan font dans le fecond volume 
des Memorie della Jocierà Italiana , pag. 324; & dans les 
Éphémérides de Milan pour 1786, page 212. Mais j'ai 
voulu recalculer Ia conjonction, en employant le lieu appa- 
rent du Soleil, tiré des tables de la Caille. Le 197 & 29h 
29" 48", temps moyen au méridien de Paris, Ja longitude 

Kk ij 


O&obre 


Septembre 28. 


Novembre 6. 


260 MéÉmofres DE L'ACADÉMIE RoYALr 
apparente de Vénus étoit of D 52" 34° , celle du Soleil 
of'odo//3 "Le 20, a738R 23! 41", elles étoient of of 
1415 3 000 où 59 18"; d’où il fuit que la CONJORAEE 
apparente eft arrivée le 20 à 12h 26! 55", à of od 32' 10“ 
de longitude apparente comptée de l'équinoxe apparent ; 
en ajoutant 5 fecondes, on a la longitude SOMIPIRE de 
l'équinoxe moyen ; Ja conjonétien vraieà 12h23" gMp& 
la longitude vraie 6! od 32/ 16”. 

J'ai enfuite reçu une obfervation de M. Pigott, faite 
à Yorck, le 20 Mars, le jour même de Ja conjonélion ; 
la longitude pe Vénus à à o" 11/ 10", temps moyen à Paris, 
étoit o!.od $1” 34”, plus petite de 16" que par mes nou- 
veaux élémens, ce qui ne fait que 6 fecondes fur La lon- 
gitude héliocentrique. 

La conjonction de 1783 a été obfervée par M. d'Agelet 
à Paris, par M. Toaldo à Padoue, & par M. de Cefaris 
à Milan. Celui-ci n’a fait qu'une Rare elle eft rap- 
portée dans les Éphémérides de 1786; M. de Lambre a 
calculé celles de M. d’Agelet, de la manière fuivante : 


LONGITUDE LATITUDE 


DÉCLINAISON 


ASCENSION 


droite. auflrale. vrale. vraie. 

RE — RENE EEE ER 

16 37 207025 u9/|208 14 2/|%0 éd ll SE M'A 

29.| 1° 33e 18.7. 1. 28. 29./20. 20. 45.7 6. 18. 19.7. 7. 10. 
30.11. 295 29.|7. 1.29. 40:20. 26. 20.|7.106. 21: 17.7 12.102 
24] 1: 21. 20.|7. 1.26. 10.110. 34. 17.|7. 6. 20. $6.|7. 20. 38. 
26,|23. 3. 46.16. 21, 35. 414 56. 21.16. 25. 30. 28.15. 26. 42. 
22. 8, 19.16. 18. 3r. 29.|10: 49. 43.16. 21. 11. 27.|2. 45. 11 
8.122. oo, 10,16, 18, 27. o.|10, 15. 42.16. 20. 54. 26.12. 15. 21 


de l'Obfervatoire 


Les temps font réduits au méridien 
en y ajoutant 7". 

En employant le Soleil au lieu de l'étoileo#, on auroit 
pour la première longitude, 32" de plus, & pour les deux 
fuivantes, 36”. 

Ces obfervations étant un peu éloignées de la conjonction, 


M. de Lambre a aufli calculé celles de M. Toaldo, faites 


BMENS IST CITE Nc'E 5 261) 


à Padoue avec un mural de Ramsden , de 7 = pieds ; & elles 
ont été calculées féparément par Dom Nouet, l'un des 
aftronomes de l’Obfervatoire royal. 


Temps MOYEN | Asc. DRo1ITESs DéÉcLiNaIsoxs LoncirTubpes LaTiTuoes 
à Paris. obferyé cs. obfervées, vrales. obfervées. 
RS | nn nn 
O&. 16/23h 25" 12/68 2 64 36 55184 40° 34/A./f sd 23 29"|7d 0! 46" A. 
T9 237 LÉ CS 2 NAN zen 4 53: 6. 29. 39. 42.6. 46% 45. 
21/22. 55e 43.16 24. 1 29,16. 57 34. 16. 28, 26. 59:16. 27. 26. 
22/22. 49. 15.16. 23. 30. $2,|16. 34. 25. 6. 27. 51. 3.16. 16. 38. 


Les Jongitudes obfervées font dégagées de l’aberration , 
mais comptées de l’équinoxe actuel & apparent. On a ajouté 
5” à la déclinaifon du 22, parce qu'il étoit évident qu'il y 
avoit eu erreur d’une divifion du quart-de-cercle. 

L'obfervation du 19 eft marquée douteufe ; cependant 
elle s'accorde avec celle du 2r. Au refle, voici la con- 
jonction déduite de plufieurs manières. 


Par les quatre Suivant Suivant 
Par les Obfervations des 19 & 21. 
Obfervations. D.Nourzr. M. DE Cesanis. 
ee | ne manon) 
Conjonction le 21 1... 15h 36! 15” DEA NTE 15h 3828" 15h 3 rs" 


Longitude géocentr. vraie, 6f 284 337 27 |6f 284 37 "| 6f 284 37° 53/61 28d 37° ss” 
Latitude géocentrique. .… 64 30/ 24" À. 64 30° 24” 630" 32" Gd 31° 49” 


ne Sin one + Duterian DE re —- 


La différence entre 1es réfultats de M. de Lambre & de 

Dom Nouet, vient de ce que celui-ci n’a pas ajouté l’aber- 

ration du Soleil. La différence entre la latitude déterminée 

par M. de Cefaris & par les deux autres, vient proba- 

blement de ce que le feéteur équatorial dont il s’eft fervi, 

ne donne pas les déclinaifons auffi exactement que le mural 

de M. Toaldo. 3 
La conjonction de 178$ a été obfervée à Paris, avec 

foin, par les aftronomes de l'Obfervatoire royal, nouvel- 

lement établis par le Roi, fous a direGtion de M. le Comte 

de Caflini ; & il en a donné les réfultats dans le recueil 


262 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
d’obfervations qu’il a publiées pour la première fois [e ro: 
de Juillet 1786. Il a bien voulu me communiquer les obfer- 
vations originales, & M. de Lambre les a calculées de 
nouveau. 

I fuppofe l’afcenfion droite apparente de « la Couronne, 
241924 32",7, & fa déclinaifon boréale 274 26! 45", 7. 


ASC. DROITE DÉCLINAISON 
1785. TEMPS MOYEN. LONGITUDE VRAIE|LATITUDE VRAIE. 
apparente. apparente. 


Mai. 14| a 30° 4|754 10° 59”|264 38’ 41" 
15] 1. 35 6.[74e 55e 16.126. 29. 31.2. 
Juin, 9|22. 48. 36.|Gr. 19, 19.19. 8. 24. 
10|22. 43. 13.]Go0. 57 34-|18. 51. 47.2. 
11/22, 32. 59.[60. 37. 58.|18. 37. 6. 


Les longitudes font diminuées de 14" pour l’aberration 
& la nutation. Les latitudes augmentées de 1” pour l'aber- 
ration. En prenant l'erreur moyenne des tables & le mou- 
vement de Vénus calculé par les tables, M. de Lambre trouve 
la conjonction vraie le 29, à 19" 26", & la longitude vraie 
2f 91 9' 9", comptée de l'équinoxe moyen; la conjonction 
apparente à 19" 8’ 1"; & {a longitude apparente 2! 94 9! 4”, 
en ne corrigeant point les aberrations. Cette conjonétion, 
quoique déduite d'obfervations aflez éloignées, s'accorde 
parfaitement avec mes nouveaux élémens. 

L'aberration du Soleil 20° pouvant produire jufqu’à 
z” 2” d'erreur fur le lieu de Vénus, doit être néceffai- 
rement employée ; pour cela, j'ai Ôté 4! 54" des temps 
des cônjonctions inférieures, & j'ai ajouté 8” aux longi- 
tudes obfervées, de même qu'aux époques des tables. 

Pour laberration de Vénus, qui eft de 3"+, il faut 
encore ôter 5 2", mais il faut ajouter 2" à la longitude du point 
de la conjonction; ainfi pour les deux aberrations, j'ai Ôté 
5’ 46" des temps, & ajouté 6" aux longitudes obfervées. 

J'ai aufli appliqué la nutation aux longitudes obfervées; 


prés  SCTENCES. 26% 


en forte qu’elles font toutes comptées de l'équinoxe moyen, 
ce qui rend les mouvemens plus uniformes; ils ne font plus 
aflectés que par l'équation de Vénus, qui me paroît exac- 
tement connue. 

Pour déterminer les élémens de lorbite de Vénus par 
les dernières conjonétions, j'ai choifi celles de 1780, 1782 
& 1783, qui étoient fort propres à cette détermination ; 
je les ai recalculées avec foin; & pour que mes réfultats 
fuflent moins dépendans des lieux du Soleil & des erreurs 
de chaque obfervation en particulier, j'ai joint l’oppofition 
de 1774 à celle de 1782, en prenant pour erreur des 
tables celle qui tenoit le milieu entre les erreurs trouvées 
dans ces deux oppofitions, & qui différoient de 14" pour 
la longitude héliocentrique. J'ai réuni de même les oppo- 
fitions de 1775 & 1783, qui ne diféroient que de 3"; 
aïnfi, mon calcul eft Îe réfultat de cinq conjonétions obfervées 
& calculées avec foin. J’aurois voulu avoir pour celle de 
1780, qui eft près de laphélie, une pareille confirmation , 
mais l'on n'a point obfervé les conjonétions de 1764 & 
de 1772, qui étoient dans une pofition femblable. Au refte, 
M. d’Agelet ayant fait en 1780, beaucoup d’obfervations, 
je crois cette conjonction très-bien déterminée. 

En appliquant aux trois conjonétions de 1780, 1782 
& 1783, le procédé que j'ai expliqué dans les Mémoires 
de 1779, j'ai trouvé, pour l'équation de Vénus, 47’ 20" 
comme dans Îles tables que j'ai publiées en 1781, Affron. 
tome IV; V'aphélie moins avancée de 19", & les longitudes 
moyennes plus fortes de 47". 

Avec ces corrections & le mouvement de laphélie, fup- 
pofé de 40" par an, j'ai recalculé les tables des époques ; 
en aflujétiffant au pañlage de 1 639 le mouvement de Vénus, 
il s’eft trouvé par-là de 6! 1 94 12' 2 5” par fiècle. On trou- 
vera ces tables dans la Counoiflance des Temps de 1789, 
qui à paru au mois de Mars 1787. 

J'ai comparé avec ces tables les longitudes héliocentriques 
obfervées dans toutes les conjonétions inférieures, ycompris 


264 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 

celle de 1787, dont les obfervations feront rapportées en 
détail dans les Mémoires de l'Académie pour la même année. 
Voici le réfultat de ces comparaifons : 


Conjoncions inférieures de Vénus comparées avec les nouvelles Tables. 


TEMPS MOYEN| LONGITUDE VRAIE |ANOMAL.| ERREUR 
. |JOURS. MOIS. de fa comptée de fur Ja 
Conjonion vraie. de l'équinoxe, Vénus. . | Long. hélioc. 
6% 3° 44 8 x2t 32 15] 4° 74 0°1r4l 
Ne 40e 3. 4.154. 24.|10: 29.|— 31e 
T9 S.F20Ca0 lis 12.132 0" RC. | a 
NES PIRE HO NTI. 07.10. CRETE 
11. 19. 12. + 10. 20. 47.) Is 4.|— 2. 8. 
22 TER PCs 5c20|no:n 25e) ROUE 
110-229-0910: LOL. UC Re. PTIT 
02908 6e SAS UNIT ON el dent ic |A O RIT 
18. 00009 0020-0406. 8e 13 4. 
TS NPA 2. 28. 29. 16.10. 21.|— 36 
8° 3/22 FO-MNO 22170 RO) 23% 
TO A Se 50. 400-1208) — 7. 
LOTS Oo NNd2 4004240 0- Mure Tète 
Dirt FNA7A NS Se 31.312. — 172: 
LI. 30. $Oe Peel NE UE 1$: 
17. 44e 34 2, 15. 364 31,[10. 7.+ se 
COMEDIE OH 0032-7220. Ge 
119. 7 NS 2 2 Ne 27 NO | TO SE 3° 
2/7). Pret une 8 Oo. 2. 49. 18.| 7. 23.,+ 15. 
DE RAGE ONDES EME 6. 
HARAS :.f 9. 16. 44 8.| 5. 9. — Le 
20, 39. 54 49182 11. (33:|° Oo. Toc|+ 8. 
N212r. 219 6. o. 32. 16.| 7. 22. + 3e 
T1 344 15 CP20 037 57 2272) Te 
19: LUZ 6 8. "9. 9. 9.10. o.|+ 4. 
2200: Où T4 15. 39.| $s. 16.1— 6. 


PROS: C5 RSR LCRRIST 12 € RULES GONE LAS ST gr RPC TES PAIE ONE EN CRAN NE CEE YEN TES EURE ARE 
Le fgne + figniñie qu'il faut ajouter à la longitude calculée par les Tables, 


he. ce 


DAEUSINSNC 11E NC E.S. 265 


Il y a dans cette table trois conjonétions qu'on ne peut 
repréfenter, c’eft-à-dire, où les erreurs pañlent 1’, ce font 
celles de 1699, 1700,1707; mais quand fur vingt-une 
conjonctions on fatisfait à dix-huit, on eft für que les autres 
font des obfervations défectueufes. D'ailleurs , elles diffèrent 
vifiblement de celles qui font dans les mêmes circonftances. 
En eflet, de 1699 à 1707, & de 1700 à1708,il y a 
2' 47" de différence, quoiqi'au bout de huit ans l'erreur 
dût revenir la même, Vénus étant au même degré d’ano- 
malie; la conjonction de 1700 s'éloigne encore plus de 
1692 & 1716, qui cependant s'accordent bien entre elles, 
& celle de 1710 diffère de 1718 de 52"; de même la 
conjonction de 1707, où il me refle une erreur de 1 11”, 
eft contredite par celle de 1715. Les erreurs en 1699 
& 1707, fe trouvent en fens contraire; celle de 1700 
augmente, mais celle de 1708 diminue. Celles de 1715 
& de 1751 font petites; l'erreur moyenne entre 1705 
& 1713 eftexactement nulle. Enfin, les obfervations que 
mes élémens ne repréfentent pas, font des obfervations 
démenties par celles qui font dans les mêmes circonftances , 
tandis que je fatisfais à des obfervations faites dans Îes 
points les plus différens entre eux, tant pour l'équation 
que pour l'aphélie, & dans lefquelles 1 ne me refte que 
des erreurs qui font peu fenfibles dans ces obfervations 
éloignées. 

Si l’on vouloit faire le mouvement de l’aphélie de 24, 
& augmenter de 25" le mouvement féculaire de Vénus, 
on fatisferoit également au paflage de 1639 ; on dimi- 
nueroit l'erreur fur les conjonétions de 1689,1700, 1707, 
1713,1716,1718, mais on augmenteroit celles de 1602, 
1705, 1708, 1710, 1715: il femble même que l'on 
gagneroit plus qu'on ne perdroit; mais les différences ne 
font pas aflez concluantes ni aflez d'accord pour devoir 
l'emporter fur une théorie que nous avons lieu de croire 
exacte , parce que les maffes de Jupiter & de la Terre, qui 
influent le plus dans cet élément font bien connues ; c'eft 


Mém, 1785. Li 


266 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
ce qui m'a déterminé à réduire dans mes nouvelles tables 
à 14 21/1e mouvement de l'aphélie, & à porter celui de 
Vénus à 6! 19412! 25" ou 13” de plus que dans mes, 
premières tables. 
Révolution Une augmentation de 13" fur le mouvement féculaire 
de Vénus, | Gesvré diminue fa révolution de 12”; ainfi l’on a pour 
e Vénus, nue fa révolution de 12”; onap 
la durée de la révolution tropique 224i 16h 4102 5 
& pour la révolution fydérale, 2241 16h49! 7",8. 
Incinaifon Les oppofitions de 1766, 1774, 1780,1782 & 1783, 
de Vénus. ont fait voir que l’inclinaifon étoit plus grande que dans 
les tables de Halley & dans les miennes. Voici des latitudes 
calculées d’après des obfervations de M.* Maskelyne, Slop 
& d’Agelet, dans les conjonétions où la latitude géocen- 
trique étoit la plus forte; celle que donnoient les tables 
s'eft toujours trouvée trop petite, comme dans la table 
fuivante où j'ai marqué la correction à faire aux tables 
& celle qui en réfultoit fur l’inclinaifon. 


SR EVE EE ES CPP NE EE EURE 


TEMPS MOYEN LATITUDE CORRECT. | CORRECT. 

à Paris. obfervée. des Tables. |del'inclinaif, 

1766.| 16 Mars! où s7 53" | 8h 17 54” B. | + 24" | + uo’ 
1774.| 22 Mars.| 23. 21. 17. | 8. 16. oo. B. | + 42. | + 17. 
23 23. 15e 130] 48-0148 + 40. | + 16. 

24 22 NO TT NS NAN + 35 | + 15. 

25 23e HS 2 NAS 7 A7 + 31. | + 13. 

1780: sA'oût.|:1 0.262126 17 MR 10." A0) CES SAME. 
1782.| 15 Mars.| : o. 27. 49. | 8. 31. 43. + 37e | + 15. 


Aïnfi, il faut augmenter l’'inclinaifon de 1 5", & elle fera 
den 2 c'e ainfi que je lemploirai dans mes 


nouvelles tables. 


DREUS.S, CEE N,C,E_S. 267 


OBSERVATIONS 
DES: PL ANSE TENSS 


Faites à l'Ecole militaire en 1783, avec un quart- 
de-cercle mural de fept pieds à demi de rayon. 


Par M. D'AGELET. 


FF Ed le grand nombre d’obfervations que M. d’Agelet 
a faites en 1783, & que fon voyage autour du monde * 
Va empèché de rédiger & de publier, nous en avons choifi 
quelques-unes pour les inférer dans nos Mémoires. Les 
grands recueils d’obfervations de M." 1e Monnier, Maske- 
lyne, Darquier, font le modèle ‘que nous avons fuivi : 
celui de M. Caflini ne commencera qu'à 178 $ ; ainfi lon 
trouvera dans les obfervations fuivantes un fupplément 
utile à cette grande collection d’obfervations françoifes, 
qui ne feront plus interrompues à l'avenir. 

On a vu dans le volume de 1784, quelques obferva- 
tions de Mercure faites dans les années précédentes, depuis 
1778, par M. d’Agelet, & calculées par M. de Lambre ; 
on en trouvera ici de toutes les autres planètes, que lon 
pourra calculer de même à mefure qu’on fe propofera d'en 
faire ufage. 

Nous n’inférerons pas ici un nombre prodigieux d’obfer- 
vations d'étoiles qui font deftinées à former un catalogue 
des étoiles boréales dont M. d’Agelet s’occupoit avant fon 
départ, & qu'il reprendra à fon retour; ce grand travail 
eft deftiné à paroître dans un feul corps d'ouvrage, & 
lorfqu'on en aura fait les calculs. On voit avec étonnement 
qu'il obfervoit jufqu'à cent quatre-vingts étoiles dans une 
nuit, & il y en a plus de quatre mille dans fon journal. 


* IT eft parti avec M. de Ia Peroufe, au mois de Juillet 1785; au mois 
de Mars 1786 ils étoient au Chili, & Je 15 Janvier 1787 à Macao. 


LI ij 


268 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

L'obfervatoire de l'École militaire, bâti en 1768 , étoit 
à 48d ç1” 5” de latitude, en fuppofant 50’ 14” à l’Obfer- 
vatoire royal ; il étoit à 7”,6 de temps à l'occident de 
l'Obfervatoire royal. On la rebâti en 1786 , environ 
20 toifes plus au nord ; ce qui augmentera la latitude d'en- 
viron 1 feconde ; mais il n’y a pas de changement fenfible 
pour la longitude. L'erreur de l’inftrument étoit d'environ 
1! 45" à Ôter des diflances au zénith; elle a été déter- 
minée par comparaifon avec le quart-de-cercle mobile de 
M. Cagnoli, qui étoit plus facile à vérifier, & qui la été 
avec un très-grand foin ; quoiqu'il n’ait que 3 pieds de 
rayon, on peut s’aflurer de 2 ou 3 fecondes avec cet inftru- 
ment. 

Au refle, nous avons rapporté les diftances au zénith, 
telles qu’elles font dans le journal de M. d’Agelet, pour 
qu'on puifle calculer l'erreur par les étoiles dont les décli- 
nailons feront connues d’ailleurs; le changement du fil-à- 
plomb qui eft marqué quelquefois fur le regiftre, exigeroit 
une réduction que nous n'avons pas pu faire, mais dont 
on peut fe difpenfer par le moyen des étoiles que nous 
avons toujours rapportées. 

Les paffages au meridien exigent des corrections qui ont 
été déterminées par des hauteurs correfpondantes, & dont 
voici a table pour 1783. 


« 


304 | — 4,0 
35° 4,0: 
36. 30e 
4T« 2,5< 
47° 0,5: 
49 + 0,0. 
$9: | + 1,0. 
66. 2,5: 
70: 35° 
79: 49: 


DAS ISNC DE N.CE s. 269 


La lunette avoit été démontée le 25 Septembre 1782, 
& avant cette époque, les erreurs étoient un peu difié- 
rentes ; mais c'eft encore là un élément que l'on pourra 
vérifier par les étoiles qui ont été obfervées en fi grand 
nombre, & qui font dans le journal manufcrit. On trouvera 
de même les inégalités du plan par ces étoiles, lorfqu’on 
obfervera les paflages de quelques-unes à une lunette méri- 
dienné bien tournée & bien platée, comme celles des obfer- 
vatoires de Gréenwich & de Paris. 

Nous avons mis une fois le paflage au troifième fil de 
la lunette; la réduétion eft de 23",15 dans l'équateur pour 
ce troifième fl, & de 22,6 pour le premier. M. d'Agelet 
obferve toujours les trois fils, comme il obferve les hau- 
teurs fur deux divifions, une de 90 & une de 96; mais 
nous nous contenterons ici, pour abréger, de marquer la 
hauteur en degrés ordinaires, & le paflage au fil du milieu, 

M. de Lambre a donné dans le tome W111 des Ephémérides, 
foixante-fept obfervations de M. d’Agelet, faites en 1780 
&°1781, & comparées avec les tables ; on en trouvera 
plufieurs ici qui mériteroient un femblable travail. 

Dans le mémoire fur la durée de l'année /Mémoires de 
1782, page 275), on trouve quarante obfervations des 
hauteurs du Soleil par M. d’Agelet, qui ont fervi à vérifier 
cet élément important; celles que nous allons rapporter, 
pourront être utiles encore pour le même ufage. Nous avons 
quelquefois mis les hauteurs des deux bords; Ia différence 
n'eft pas préçifement le diamètre du Soleil, parce qu'elle 
renferme l'épaiffeur du fl, mais en prenant le milieu, ona 
toujours celle du centre: il paroît qu’il faut ajouter 3 fecondes 
aux diftances au zénith du bord fupérieur du Soleil, pour 
les réduire au centre du fil, en fuppofant le diamètre du 


1 Soleil, tel qu’il eft dans les tables de M, de la Lande. 


270 


JOURS 


MÉMOIRES DE 


PASSAGES 


L'ACADÉMIE ROYALE 


DISTANCES AU ZÉNITH 


des Obfervations. |En temps de la pendule au fil du milieu. [qu'il faut diminuer d'environ 1/45". 


Eee 
1783. 18 Févr. |la Chèvre... 


19 Févr. 


26 Févr. 


6 Mars. 


9 Mars. 


17 Mars. 


18 Mars. 


7h 8’ 45% PARLE OR 3 717" 
Rigel......... 7* 12. + fe en EU $7+ 19. 19 
nouv. pl. Herfchel. 8.23. 43l.......... NS SMMBANELX 
e Gemeaux...... 8. 38. 23:|.-........23. 32. 37 
{ Ecreviffe. ... HO: re 22 RIM 42. 6.21 
d:du Lion. . ..….. 12-090. 277 -:-enlese 44020 
bord fuiv. de la ®. 1 3. 37: 36 :|bordinférieur. 45. 52. 18 
diduiLions 4 Les 19 2e 2 NAN ee reres 44. 5.18 
bord fuiv. de la ©. 14. 21. 59 F|bordinférieur. $2. 33. 20 
1."bord du Soleil. o. 14. 45 [bordfupérieur. 57. 13. 33: 
2 bord, 11e 1 16. 56: 
a des Gémeaux. .+ 7.46: 292.00... 26. 15. 48 
Herlchelt-2nee 7 SSL ON eei A ie M a2 Sr SO 
SOI ARE 4 o. 13. 17 +{bordfupérieur. $4. 10. 42 
AR LT lc 15e 26 
wdes Gemeaux.…. 7. 97. 125]:..444:%... 26. 19. 10 
Herfchele®. "2" 7e 19-49 |-......... 210 0-2 
n des Gemeaux... 6. 55. 33:1--......., PE Co es) 
HérfcheL 1.314000 18: LS 0 EE te 25.117058 
H des, Propus... 6.13. 253|-......... 25+ 36. $1 
Herfchel....... 6. 36.53 |-.-....... 25 2R8 SE 
Centre du Soleil.. _o. 11.25,3 [bordfupérieur. 49. 28. 13 
Par des hauteurs 
correfpondantes 264  |bordinférieur. so. o. 28 
centre de Vénus... 1. Etage sosssseiee 43e 35° 55 
&d'Orion....... 5.43. 475... ie cales RE 
æ d'Orion........ 6 2. 107. 41-3055 
Propus... 2 NO MO 20 Meter + 25:36. 50 
Éenchel re." Gta mn... 25. 8. 16€ 
1." bord de la @. 12. 14. 47 |bordfupérieur. 49. 19. 43 
2. borde Rert-iee 16. 59 
22. Mars:| Propus. "es 7e 430 0. 252 36% 50 


DES SCIENCES. 271 


JOURS 
des Obfervations. 


PASSAGES DISTANCES AU ZÉNITH 
En temps de Ja pendule au fl du milieu. Îqu’il faut diminuer d'environ1’45/. < 


1783.21 Mars. 


ruptures as, 42 TO Les cie Al et da 


4 Avril BR ADS Atos 


5 
HO TO EDEN DE ALIEN 7 
= 20 7] DO ts... 35e 24e 20 
$ Avril. |Soleil. .,........ 0. 4. 40 +|bordfupérieur. 42, 27. 39 
FIND PS 6. 58- 
Vénus ee re Li 2.02 2,012 late tale ue 
9 Avril. |r.°' bord du Soleil. o. 3 


1." bord de la @. 6, 1. 43 + [bord fupérieur. 


+ 2 

; B des Gemeaux. 23 ble ete nt -4-:120. 2 14 

12 Avril.|1.%bord du Soleil, o. 2. 42 3 ]bordfupérieur, 39. SI. 24 
F6 UGC FONAENS SOIT ME bord inférieur. 2 


she 2 CCC Cu € NL EEE CET LCI EP 
pee. 
sv. 


16 Avril. bordfupérieur. 5iB- 42150 
SO ONE MCD CAN E EE bord inférieur. 38. 57. 19 
VÉOUS AE Rincr 28-402]. et. 30. 30. 40 
y des Gemeaux. . 4. 49. 2 DAANE 32438. : 3 


Épi de Ja Vierge. 11. 36. so2]........ 58. 52 47 


1 ÉGTTS EMEA EU CU 11. 38. 37 bordfupérieur. 59: 50. 31 
Se) Et DORE PE 9+ 1. 10=]bordfupérieur, 37. 43: 16 


PARC RE DO AA le ee + 29447. 14 
2.% bord dela Lune. 1 3. 28. 21e EN ir AO PAZ su à 
7 de la Balance. ER Le ES PAPE Re LT 62. 54. 13 


19. Avril. 


A du Scorpion... 13. 58. 182 ee s..:: 70. 49. 40 
4 


272 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
SEP 
JOURS PASSAGES, DISTANCES AU ZÉNITH 
des Obfervations. 


En temps de Ja pendule au fil du milieu, | qu'il faut diminuer d'environ 1" 45". 


(2 


ro Avril. 
28 Avril. 


2.4 bord de Ia @ r4t 29° 21"+|bord inférieur. 70423 5 
a du Sagitt. prem. 15. 35.43 |-.+.. eo. 69 56. 5 
o du Sagittaire... 16, 26. 27:|..........70. $2. 30 


Saturne tu 16.28, s0:.......... 7213020 
Jupiter... 4... 17. 5011384: en: 68. 55. 44 
29 Avril.|Soleil......... 11. 58. s2+[bordfupérieur. 34. 5.382 


Reel sel o. 1. $szlbordinférieur. 34. 37.30 
Vénus... [4 $2. 4O ges. 26. 33° 50 
& du Lion.. ... 9.10. 6:|.......... 33e 5. 20 
30 Avril.| 2.4 bord du Soleil. o. o. $ 5 :|bordfupérieur. 33. 47. 13 
Erreur du muralpar 
des hauteurs... — 473 
y des Gemeaux .. 3. 54 102/..:..:.... 32.218.209 
9 Mai. [Soleil......... 1 Ont 7 42 bordinférieur. 31. 44. 21 
RMS 2 à neo ne 59: 56 |bordfupérieur. 31. 12. 28 
1." bord de la © 6. 27. 35 :|bordfupérieur. 31. 35. 20 
n du Lion...... 48 232... « 31e 3434 
x3 Mai. |x de la Vierge... 9, 4.44zl.......... 55 39° 42 
Éuner etre CENT EE SE 56. 30. 30 
Saturne 1..." cs 10296 8 |. sereine PE. 16.10 
z du Sagittaire... 32272 siens ses 7O ITe 22 
Jupiter... .... 16, $4. 142... 68. 49. 35 
14 Mai |2. bord du Soleil, 11. $9. 45 +|bordfupérieur, 29. 56. 26 
Erreur du mural — 3"8- 
Vénus... MT. 2. III fees... 23. 59 
B des Gemeaux.. 4. 5. 362/.......... 20820122 
« du Lion. ..... 6. 6: 4625-02 6. 352 
15 Mai, | Sirius... .... 3 S. 182... M OST GO 
Lune-#t:12100.. 11. 9. to |bordinférieur. 69. 45. 41 
Saturne. ....... 15. 1gt SO en ce. 7x UNE 
æ du Sagitaire... Dig JYE fee dlula o 0 FOI 25 
16 Mai. | 1." borddu Soleil. 11. 57. 30:|bord fupérieur. 29, 33. 6 


DIES SCIENCE Ss, 273% 


JOURS PASSAGES DISTANCES AU ZÉNITH 
des Obfervations. |En temps de la pendule au fil du milieu. qu'il faut diminuer d'environ 1’ 45": 
ss 


1: bord du Soleil. 118 s7* 30" [bord inférieur. 304 of 58” 
7 du Lion. ..... (ARE PU 17 21 PNORONIIE es 27. 56. 30 
r.®" bord de la @ 12. 8.20 [bord inférieur. 74. 37. 3$ 
2.4 bord de la © IT2 2,0 


1783. 16 Mai. | 


5 du Scorpion... 12. 32. 15 SPC ee AS TO 
AHEMRS DES 4Oe 192 s neo ++. 74+ 4S. 40 
17 Mai. |2,4 bord du Soleil, 1 r. | EEE 0.29. 14. 32 
 TENUREEAT AR” ose) - - 29. 46: 20 
22 Mai. |Soleil..... “eee 11e 57e 39 +|bordfupérieur. 28, 11. 20 
sn niet let ee here. ve , 59e 552 
Vénus ....... Dh 2r 22.402). ee 23.43 
JAréurus....... 10. 6. 46 mel 28. 33 
31 Mai. |s du Sagittaire... Aa Ge Jolies". LEE 75. 22 
Saturne. 5... T4« 13. 37 . TI, 
Jopiier. din = A Se 249 feat . 68, 54. 
$ Juill. |r.°" bord du Soleil, o. $ 
1." bord de fa © 4+ 29. 281|bord fupérieur. 4. 6. 
a de Ia Vierge... . 6, 21. SU ISERE - 58. 52. 
Arélurus,..,,,. Tee 27. |: srinthe - 28. 33. 
Antarès..... ef On 23e 20 lier. . 7e AS. 4 
Saturne. ..,.... TTe 4ÿe 242. disk 2e le 24. 
æ de l'Aigle.... 12 40:57 1: RER. 40. 33. 
Jupiter... ....., 13e 1390 lent . à 69. 38. 
6 Juill. |r.‘" bord du Soleil. o. Se 16e POLE : . 25. 53 
RER ET SEE E 1:26, 25. 26 
1. bord de 1 @ 6. 42: 13:|bordfupérieur. 61. o. 34 
Arcturus.....,, 7er 42 3$2-e........ 28. 33. 20 
8 Juill. |Saturne. ....... 752 AR CRAN ENETS DE 71: 25. 43 
» 2 du Sagittaire. 11, 36, 58: rbroiet ‘71: 45. 44 
VURIÉERS de. 12#p 03021... ee 69. 43. 54 
9 Juill, +|bordfupérieur. 26. 13, 4 


Mém. 1 785. Mm 


274 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


JOURS PASSAGES DISTANCES AU ZÉNITH 


des Obfervations. | En temps de Ia pendule au fil du milieu. |qu’il faut diminuer d'environ 1/45”. 


1783. 9 Juill. [Jupiter.. ...... 12h $5" 10" 
7 du Capricorne... 13. 5. 39 
ro Juill. |r.*" bord duSoleil. o. 5$.49 
Erreur par deshaut. — 3"4 
1.*"bordde Vénus. 3. 2. 27 
B du Lion...... 4. 26. 16>|. 
Saturne’..i. ie 1. 24e V4 
2 » du Sagittaire. 11. 29. 3 
Jupiter........ 12. SO. 41+|* 
12 Juill. | Préc. bord de la © 10. 42. 25 
À du Sagittaire... 10. 46. 162 


Saturne... ....:. Ile 1$e 312 
£ du Sagittaire... 11. 23. 55 
19 Juill. |Jupiter........ 124 10.16: 
B du Capricorne. 12. 20. où 
Rigel... .... ‘. 21e 13e 497% 
20 Juill. [r.‘"borddu Soleil, o. 6, 34 
Japiters...F#rt TS AT à 
du Capricorne +. CORRE À 


21 Juil. [1."borddu Soleil. ©. 6,36 
1.‘ bordde Vénus 3. 3. 6 
9. d'Hercule. .. 7. 58. 39 

23 Juill. | Antarès. ....... 8. 12. 2 
Jupiter....... 11. $2. 18< 
«du p.Chev. 3.° fil. 13: o. 39 


ACER ARNARE 16: 25. 1921... 

24 Juill. | 2.8 bord du Soleil. o. 8. 54 

27 Juill. Mars. ........ N62 Ts 30) fesait 49. 35. 25 
# des Poiffons: +. 16. 30.34 [:::..4.., 41: 8.44 


28 Juill. 1.‘"borddu Soleil. o. 6. 36 | bordfupérieur. 29. 36. 46 


D'E:S, :S C 1 E N CE $ 275. 


JOURS PASSAGES DISTANCES AU ZÉNITH 


de: Obfervations. |En temps de la pendule au fl du milieu. |qu’il faut diminuer d'environ 145 


OCR 


1783. 6 Sept. | Saturne. ...... Ê 

Tr du Sagittaire. .. 
mass Soie ss. 
LE bag hs seit D 
Eune."i. 5221091 8. 18. 23 ;|bord inférieur. 76. 49. s4 
Jupiter. 2.7. 2101 HS CTI TEMES". J0 4. 70. 58. 14 

7 Sept. [Soleil........, 11. 57. 41 2[bord fupérieur 42. 33. 38 
MURS DCI: 59. $0+ 
Saturne. ....... 7:19. 452]l...Le ue 7l. 41. SO 
£ du Sagittaire... DO ASE IL ie RE dote 70. 12. 44 


Mm i k 


276 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALY 


M EÉ M OICR E 
SUR 
L'ACIDE MARIN DÉPHLOGISTIQUÉ, 
Par M. BERTHOLLET. 


L ES expériences importantes par lefquelles on venoit 

de déterminer la nature de l'eau, & l'application 
heureufe qu’en avoit faite M. de la Place, à la production 
du gaz inflammable par la diflolution des métaux, répan- 
doient un.grand jour fur toute la chimie ; ce principe que 

:Stahl: avoit ingénieufement imaginé pour réndre raifon 
d'une grande partie des phénomènes, & par le moyen 
duquel on établifloit réellement entr'eux, une liaifon qui 
a pu guider long-temps les chimiftes dans leurs recherches , 
le phlogiftique me paroifloit enfin être devenu une hypo- 
thèfe inutile, lorfque je crus devoir foumettre à de nouvelles 
expériences l'acide marin déphlogiftiqué, dont les pro- 
priétés pouvoient détruire ou confirmer l'opinion que 
J'adoptois. Ces expériences furent l’objet d’un Mémoire 
que je lüs à a féance publique du 6 Avril 178 5. J’entrerai 
aujourd'hui dans un plus grand détail, j'ajouterai quel- 
ques obfervations nouvelles, & je répondrai à quelques 
objections qui ont été faites depuis lors à la théorie que 
j'avois établie. 

M. Schéele, en examinant les effets que différens acides 
produifoient fur la manganèfe, obferva que lacide muria- 
tique faifoit effervefcence avec elle, & qu'il s’en dégageoit 
une vapeur femblable à celle de l’eau régale chaude. « La 

» manganèfe, dit-il, eft d’abord attirée par l'acide pe 20 { 
» enfuite elle acquiert, par le moyen de Pacide , une aflnité 
» plus forte avec le phlogiftique, puis elle enlève aux parti- 
» cules de l'acide, avec lefquelles elle ne s’eft pas combinée. 
» Cette portion ainfi privée d’une de fes parties conflituantes , 


BEs SerxEenNceEs. 277 


& foiblement unie à Ja manganèfe phlogiftiquée, eft fublimée 
ar le refte de l'acide qui n’eft pas encore décompolé , 

& fe manifefte avec eflervefcence, comme un air très- 

élaftique, ou comme un fluide qui lui reflemble. 

L’acide muriatique dépouillé du phlogiflique, qui eft 
une de fes parties conflituantes , ne s'unit avec l’eau qu’en 
très-petite quantité, & ne la rend pas fort acide, mais 
auffitôt qu'il rencontre une fubftance phlogiftiquée, ïl 
redevient un véritable acide muriatique. C'’eit dans fon 
état élaftique que fe découvrent le mieux les qualités 
de cet air ». 

11 décrit enfuite comment on doit recueillir cette vapeur 
dans des petits ballons qu’on adapte au bec de la cornue, 
& dans lefquels on a mis un peu d'eau. 

M. Bergman adopta la doétrine de M. Schéele ; il 
regarde avec lui la manganèfe , comme une fubftance 
très-avide de phlogiftique, & il penfe qu’elle enlève ce 
principe à l'acide marin, qui par-là acquiert les propriétés 
qui caractérifent le gaz de l'acide marin déphlogiftiqué, 
& que ce gaz agit fur les fubftances qui contiennent le 
phlogiftique, en leur enlevant ce principe. C'eft à ces 
deux ïilluftres chimiftes qu'on devoit les principales, & 
prefque les feules notions qu’on eût fur l'acide marin 
déphlogiftiqué , lorfque je m'en occupai. 

Je commençai par m'affurer que l’acide marin déphlo- 
giftiqué, fous forme de gaz, fe combinoit à l'eau plus 
facilement & plus abondamment que l'acide crayeux. Je 
cherchai après cela à en faturer l'eau de la façon La 
moins embarraflante , & fans m’expofer à le refpirer ; car 
il eft fuffoquant. M. Schéele s’eft fervi dans fes expériences, 
d'une partie de manganèfe, contre deux d'acide marin ; 
mais j'ai obfervé qu’une partie de manganèfe contre quatre 
parties d'acide marin fumant, ou contre fix d'acide marin 
ordinaire , eft fufhfante, & même que dans ces propor- 
tions , il y a une partie affez confidérable de manganèfe 
qui n'eft point attaquée par l'acide marin. Je verfe l'acide 


278 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALE 


marin fur la manganèfe pulvérifée, dans une cornue 
tubulée à faquelle j'ai adapté auparavant un flacon vide, & 
fucceflivement, à la manière de M. Woulf, trois autres 
flacons prefque remplis d’eau; le dernier flacon commu- 
nique par un tube avec un vafe qui eft rempli d’eau, &c fur 
lequel je renverfe un grand flacon également plein d’eau , 
lorfque Vair de l'appareil eft chaffé, & que l'odeur de 
J'acide marin déphlogiftiqué commence à fe faire aper- 
cevoir. 

Si je me fers d'acide marin fumant, le gaz commence 
à fe dégager en abondance, fans qu'il foit befoin d’ap- 
pliquer de la chaleur à la cornue; mais f1 acide marin 
n’a qu'une force médiocre, je mets un peu de feu fous 
la cornue dès le commencement, & je l’augmente peu-à- 
peu, jufqu'à ce que la liqueur entre en ébullition : peu 
après que l’ébullition a commencé, l'opération finit ; fa 
fin eft annoncée par les gouttes d'acide marin qui tombent 
du bec de la cornue dans fe premier flacon. 

L'eau en fe faturant prend une couleur jaune verdâtre, 
& lorfqu’elle approche de la faturation ; le gaz prend une 
forme concrète ; dans cet état, il defcend peu-à-peu au 
fond de la liqueur en petits flocons jaunâtres, de forte 
que fa pefanteur fpécifique eft un peu plus grande que 
celle de l’eau faturée ; mais pour Fobtenir fous cette 
forme , il faut que la température du lieu où fe fait 
expérience, ne foit pas trop éloignée du terme de Ja 
glace , il faut de plus entourer les flacons de glace pilée, 
ou même, s'ils font proportionnellement trop grands , 
faturer la liqueur par une feconde opération. Chaque once 
d’acide marin qu’on emploie , fuffit pour faturer à-peu-près 
une pinte d’eau. On peut fe fervir de l’eau qui fe trouve 
dans le flacon renverfé, & qui a abforbé la portion de 
gaz qui n’avoit pu fe combiner dans les flacons de f'ap- 
pareil, pour Îes remplir dans une nouvelle opération; par 
ce moyen on ne perd point de ce gaz, & l'on n'eft pas 
expofé à le refpirer, 


DES SCIENCES. 279 


L’acide marin déphlogiftiqué fous forme concrète , 
reprend l'état gazeux, dès qu'il éprouve un foible degré 
de chaleur; fi l'on met la main fous le flacon qui le 
contient , on le voit fe réduire en bulles qui s’élancent 
à la furface ; il eft parà difficile de le conferver dans des 
vaifleaux fermés » cependant il s’en diflout encore une 
partie dans la fiqueur. C’eft fur-tout dans l’état de liqueur 
que j'ai examiné l'acide marin déphlogiftiqué ; pour déter- 
mjner fa pefanteur fpécifique , j'ai décanté cette liqueur de 
la partie concrète, le thermomètre à $ degrés au-deflus de 
zéro, & je lai trouvée de 1003. II a une faveur auftère 
qui ne reflemble pas à celle des acides. M.° Schéele & 
Bergman ont obfervé qu’il détruifoit les couleurs végétales; 
& il produit plus ou moins promptement cet effet que 
j'analyferai plus bas, fans qu'aucune nuance de rouge s’y 
laifle apercevoir. Une propriété qui mérite fur-tout attention, 
c'eft qu'il ne fait point eflervefcence avec la diflolution de 
Valkali fixe, lors même que celui-ci eft faturé d’air fixe. 
Cependant les alkalis fixes contraétent une adhérence, & 
fe combinent avec lui; car ils lui font perdre, ainfi que 
Ja chaux, fa couleur, & une grande partie de fon odeur. 
Si, après avoir ajouté de l'alkali, on y verfe de l'acide 
acéteux, auflitôt on voit fe produire une effervefcence, 
comme fi l’alkali étoit fimplement diflous dans l'eau, & 
l'odeur reprend toute fa vivacité. 

La terre calcaire a auffi la propriété de fe combiner 
avec l'acide marin déphlogiftiqué, lorfqu’elle eft dans l’état 
effervefcent, & elle s’y diffout en quantité affez confidérable: 
elle en eft précipitée par tous les alkalis, & même par l’eau 
de chaux ; ce qui prouve que la chaux fe combine plus 
fortement avec cette liqueur que Îa terre calcaire effer- 
vefcente. 

On peut donc, à ce qu'il me paroit, regarder l'acide 
marin déphlogiftiqué comme prefque entièrement dépourvu 
d’acidité. M. Schéele & Bergman n'ont pu reconnoïtre 
cette propriété eflentielle, parce que dans le procédé qu'ils 


2860 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 

ont employé, l'eau des vaifleaux dans lefquels ils recevoient 
le gaz, ne pouvoit contenir qu'une très-petite portion 
d'acide marin déphlogiftiqué, mêlé à une partie d’acide 
marin qui pañle toujours dans Ia diftillation : dans mon 
appareil, cette portion d'acide marin eft retenue dans le 
premier flacon que je laïfle vide, & qu'il eft bon d’en- 
tourer de glace ou d’eau froide. Lorfque l'opération ne fe 
fait pas avec affez de ménagement, il pafle un peu d’acide 
marin même dans le premier flacon qui eft rempli d’eau; 
cet accident eft facile à reconnoître, en verfant dans laliqueur 
un peu de diflolution d’alkali fixe effervefcent: fr on 
voit fe dégager quelques bulles, c’eft une preuve qu'elle 
contient un peu d'acide marin, car elle ne doit faire aucune 
effervefcence. 

J'ai fait bouillir dans une cornue, à appareil pneumato- 
chimique , un mélange d'alkali minéral & d’acide marin 
déphlogiftiqué ; il s'eft dégagé beaucoup de gaz dont une 
grande partie étoit de l'air fixe, & l'autre partie étoit 
d’abord de l'air atmofphérique, & enfuite de Fair plus pur 
que celui-ci, mais les dernières portions n'étoient prefque 
que de Vair fixe. Avec la chaux, il ne fe dégage point 
d'air fixe, mais de Vair atmofphérique qui fe rapproche 
peu-à-peu de l'air vital, & enfin un peu d'air vital très- 

ur. L'air fixe de la première expérience eft donc fourni 
par l'alkali, comme il left dans les effervefcences, l'air 
atmofphérique eft dû à l’efpace que j'ai laiffé vide dans 
l'appareil, & l'air vital à l’acide marin déphlogiftiqué. Le 
fel qu'on trouve dans la cornue eft femblable au fel 
marin, ce qui rend raifon de l’obfervation de M. Schéele 
& Bergman, fur l'identité des fels neutres, formés par 
l'acide marin déphlogiftiqué, & ceux de l'acide marin 
ordinaire. Ils étoient obligés de fuppofer que les alkalis 
rendoient un peu de phlogiftique à l'acide marin déphlo- 
giftiqué, & cela, fans éprouver eux-mêmes par cette perte, 
aucune altération dans leurs propriétés. D 

J'ai calciné à grand feu de la manganèfe, dans un 

appareil 


DAMON SN CAT ES Ni: Er s4 281 


appareil pneumato-chimique, j'en ai retiré, comme on 
l'avoit déjà obfervé, une grande quantité d'air vital; elle 
a perdu un huitième de fon poids. Dans cet état, je l'ai 
traitée avec l'acide marin, & j'en ai retiré beaucoup moins. 
d'acide marin déphlogiftiqué. 

C'’eft donc à l'air vital de 1a manganèle, qui fe com- 
bine avec l'acide marin, qu'eft düe la formation de 
acide marin déphlogiftiqué ; je dois avertir que cette 
théorie a été preflentie & annoncée depuis long-temps 
par M. Lavoilier, & que M. de Fourcroy en a fait ufage 
dans fes élémens de Chimie & d’Hiftoire naturelle » pour 
expliquer les propriétés de l'acide marin déphlogiftiqué , 
telles qu’on les connoiffoit alors. 


Les expériences que je viens de décrire n’ont pas paru 
aflez concluantes à quelques chimiftes ; je tirerai de la 
première partie du favant Dictionnaire de chimie, que 
M. de Morveau vient de publier , les raifons qu'on peut 
oppofer pour prouver la néceflité du phlogiftique dans 
lexplication des propriétés de l'acide marin déphlogiftiqué. 
Je réduis à trois les principales objections de ce célèbre 
chimifte ; 1.” l'acide marin ne fe combine pas avec l'air 
vital dans l'état élaftique, comment pourroit-il l'enlever 
à une fubftance par une affinité fimple? 2.° lorfque l'acide 
marin déphlogiftiqué fe combine avec les alkalis, les terres 
ou les métaux, rien ne prouve qu'il n'en reçoive en 
échange du phlogiftique ou du gaz inflammable; car ce 
fluide n'eft, felon M. de Morveau, que le phlogiflique méme 
ms en état de gaz par la matière de la chaleur ; 3. les 
différences que préfente la manganèfe dans l’état de régule, 
de chaux blanche, de chaux noire, & les eflets qu'elle 
produit , foit lorfqu’on la traite au chalumeau, foit lorf- 
qu'on la mêle avec d’autres fubftances, ne peuvent s'ex= 
pliquer que par Îe phlogiftique. 

Mais, 1.° l'état élaftique d’un fluide eft un obftacle à 1a 
combinaifon, quelle que puifle être la caufe qui tient les 


Mém. 178 5. Na 


282 MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE ROYALE 


parties de ce fluide en expanfion; c’eft un fait général 
pour l'explication duquel le phlogiftique ne fert à rien, 
car, à une foible température, l'air vital ne peut pas fe 
combiner avec le gaz inflammable dans l'état élaftique, 
quoique, felon M. de Morveau, le gaz inflammable ne 
foit que le phlogiftique, & que Fair vital ait avec lui une 
grande afhnité. Si donc lon ne remonte à la caufe de 
l'élaflicité des fluides, la difficulté n’eft pas moins grande 
en fuivant l'opinion de M. de Morveau; mais fi l'on 
regarde l'air vital comme une combinaifon du principe de la 
lumière ou de la chaleur avec une bafe, ainfi que les expé- 
riences le prouvent, il refte beaucoup moins d’obfcurité 
pour ceux qui rejettent l’hypothèfe du phlogiftique. En 
effet, il faut qu'une fubftance foit en état de vaincre 
laffinité que le principe de la lumière a avec Ia bafe de 
l'air vital, pour le chafier & former avec elle une nouvelle 
combinaifon ; mais l'acide marin a une très-foible affinité 
avec l'air vital, il ne peut fe combiner avec lui que par 
des affinités compolées, & il le cède avec facilité à toutes 
les fubftances avec lefquelles ce principe a quetqu ffinité. 
On trouvera à la fin de ce Mémoire des éclaircifiemens 
fur la troifième objection. 

2° J'ai faturé de l’eau diftillée d’acide marin déphlo- 
gifliqué, mais quoique j'aie répété trois fois l'opération, & 
que Îe flacon füt bien entouré de glace , je n’aï pu en obtenir 
fous forme concrète, parce que le thermomètre étoit à 
18 degrés. J'ai rempli de cette liqueur un flacon qui 
communiquoit par un tube à un appareil pneumato - chi- 
mique; ce flacon, avec le tube que j'ai rempli lui - même 
de liqueur, étoit de Ia capacité de $1,1 pouces cubes, 
je l'ai expofé à la lumière du foleil; j'ai bientôt vu fe 
dégager une grande quantité de petites bulles qui, en 
venant fe raffembler dans un flacon rempli d’eau, ont 
formé, au bout de quelques jours, un volume d'air de 
15,27 pouces cubes, le thermomètre étant à 17 degrés. 
L’acide marin déphlogiftiqué a perdu peu-à-peu fa couleur; 


DEN SU S- CIRE N.C-E 5. 283 


dans cet état, la liqueur, ne détruit plus les couleurs bleues 
végétales, mais elle les rougit fortement, comme l'acide 
marin ordinaire; elle fait efervefcence avec les alkalis 
fixes, elle conferve une odeur d’acide marin déphlogiftiqué, 
qui eft à peine fenfible , enfin elle eft réduite prefque 
entièrement en acide marin ordinaire. 


Pour déterminer la quantité de cet acide qui fe trouvoit 
dans Ja liqueur, je l'ai précipitée par une diflolution 
d'argent, & j'ai précipité avec la même diflolution s00 
grains d'acide marin, dont la gravité fpécifique étoit à l’eau 
diftillée comme 1 141eftà 1000,& que j'avois étendus d’eau 
diftillée. Les deux précipités ont été féchés également ; les 
$00 grains d'acide marin ont donné 7 gros 43 grains de 
muriate d'argent, & l'acide marin déphlogiitiqué en a donné 
5 gros 23 grains; de forte qu'en fupprimant le volume de 
la liqueur qui avoit été mife dans le tube, S0;4$ pouces 
cubes d'acide marin déphlogiftiqué, tenoient 3 $0,09 grains 
d'acide marin, d’une pefanteur fpécifique égale à celle des 
$00 grains employés, ce qui revient à très - peu - près à 
7 grains par pouce cube de liqueur. 

L'air qui s’eft dégagé de acide marin déphlogiftiqué, 
ayant été mis fur une diflolution de foie de foufre, s’eft 
ablorbé en laïffant un réfidu d’un pouce cube, de forte 
que c'étoit de J'air vital qui contenoïit un quinzième de 
mofette , laquelle étoit fans doute dûe à un peu d'air 
atmofphérique qui fe fera dégagé & de l’eau & de l'appareil 
dont je me fuis fervi: cependant je n’en retranche pas le 
volume, parce qu'il étoit refté une petite portion d'acide 
marin déphlogiftiqué qui avoit réfifté à 1a décompofition, 
& parce que l'eau s'eft imprégnée d’air vital, de façon 
méme qu'en l'agitant, elle laifloit échapper des bulles; il 
y auroit plutôt une petite augmentation à faire. 

ÿ 1,1 pouces cubes de liqueur contenoient donc 1 527 
pouces cubes d’air vital, à la température de 17 degrés, 
ce qui fait à peu-près 0,299 pouces cubes d'air vital par 


Nni 


284 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
pouce cube de liqueur; mais je n'ai pas befoin d’avertir 
que dans ces calculs, je ne prétends donner que des ap- 
proximaticns. 

Dans une ‘expérience faite avec l'acide marin déphlo- 
gifliqué qui avoit été obtenu dans une température plus 
froide, & qui avoit été décanté d'une partie concrète, j'ai 
trouvé que la liqueur contenoit à peu-près un quart de 
moins «en acide & en air vital; de forte que l'acide marin 
déphlogiftiqué fuit, dans fa combinaifon avec l’eau, une 
doi différente de celle que fuivent les autres fluides élaf 
tiques qui peuvent fe combiner avec elle, & qui Sy 
uniffent en quantité d'autant plus grande, que fa tempé- 
æature approche plus du terme de la glace: cela vient de 
a difpofition du gaz acide marin déphlogiftiqué, à prendre 
da forme concrète par le moyen du froid; mais cette diffé- 
rence eft bornée dans un très-petit efpace, car dès que le 
thermomètre eft de quelques degrés au-deflus de Îa glace, 
Tacide marin déphlogiftiqué tend à fe féparer de l'eau & 
à reprendre l’état élaftique. Ï paroït donc que le meilleur 
moyen pour obtenir cette liqueur très-concentrée, c’eft 
d'y produire une quantité aflez confidérable de fubftance 
concrète, & enfuite de la laifler fe difloudre à une tem- 
pérature approchant du x 0” degré du thermomètre de 
Réaumur: c’eft aufir à peu-près à ce degré de chaleur, 
qu'on peut obtenir les plus grands effets de cette liqueur 
fur les fubftances qu'on foumet à fon action; & en appli- 
quant de ia chäleur, on diminue cet eflet par la tendance 
à l'état gazeux qu'on communique à l'acide marin déphlo- 
giftiqué. Cette confidération peut s'appliquer à plufieurs 
autres diflolutions chimiques, & fert à expliquer l’obferva- 
tion intéreffante de M. de Butini, qui a vu que l'eau aérée 
difloivoit d'autant plus de magnéfie, qu’elle étoit plus froide. 

Ces expériences doivent difliper les doutes qui pou- 
woient réfter fur la nature de l'acide marin déphlogiftiqué; 
31 eft manifeftement dû à 1a combinaifon de l'air vital avec 
Facide marin, mais l'air vital y eft privé d’une partie du 


DES SCIENCES. 285 


principe de l'élifticité, & il adhère fi foiblement à l'acide 
marin, que l'action de la fumière fuffit pour. l'en dégager 
promptement, parce qu'elle a avec fa bafe plus d’afinité 
que f'acide marin. Voïlà donc deux conditions qui le 
difpofent à quitter l'acide marin, pour fe combiner avec 
des fubftances avec lefquelles il a de l'affinité, & qui rendent 
d'acide marin déphlogiftiqué propre à découvrir quelles 
font les propriétés qui dépendent de la .combinaifon de l'air 
vital, laquelle ne pourroit avoir dieu que par des moyens 
plus compliqués ou beaucoup plus lents. C’eft donc l'air 
vital qui déguife les propriétés de l'acide marin déphlo- 
giftiqué , il les perd dès que ce principe fe fépare de lui. 

L’acide marin déphlogiftiqué diflout le fer & le Zinc, 
fans qu'il fe dégage aucun gaz, & de la même manière que 
l'eau diflout du fel: pour que ces métaux fe diflolvent dans 
un acide, il faut donc fimplement qu'ils s’uniflent à une 
portion d'air vital, ainf que l'a prouvé M. Lavoifier: & 
comme l'acide marin déphlogiftiqué peut leur fournir la 
portion d'air vital néceflaire, lorfqu'il les diflout, il ne fe 
fait point de décompofition de l’eau, & ilne fe produit 
point de gaz inflammable. 

Mais, fi l’on veut fuppofer que la Iumière donne Îe 
phlogiftique à l'acide marin déphlogiftiqué qui y eft expofé, 
examinons quelles font les conféquences qui fuivroient 
de-là. Premièrement, il faudroit que la lumière donnât du 
phlogiftique à l'acide marin, fans en communiquer à air 
vital avec lequel cependant on croit qu’il a une très-crande 
affinité; fecondement, comme le phlogiftique n'eft que le 
gaz inflammable, -{elon M. Kirwan, de Morveau, de la 
Metherie, & quelques autres chimiftes, il faut fuppofer 
que la lumière contient une grande quantité de gaz inflam- 
mable, & que le Soleil fait à chaque inftant une perte 
immenfe de matière. Dira-t-on que le fer & le zinc 
contiennent du gaz inflammable qu'ils donnent à l'acide 
marin déphlogiftiqué , pendant qu'ils fe combinent à fon aix 
wital? la difhculté refle la même, car la lumière auroit pu 


296 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


décompofer de même l'acide marin déphlogiftiqué. Si done 
les phyficiens ne peuvent admettre que la lumière donne 
du gaz inflammable, je dis qu'il feroit prouvé par l'expé- 
rience dont je viens de parler, que le fer & le zinc ne 
contiennent point de gaz inflammable, lors même que les 
expériences directes qui ont été faites fur cet objet, ne 
feroient pas décifives. Enfin les chimiftes conviennent que 
ces métaux font réduits en chaux lorfqu'on les diffout par 
lacide marin, & par conféquent qu'ils font combinés avec 
de Pair vital; mais ce n’eft pas l'acide marin qui a pu leur 
communiquer l'air vital, car il n’eft pas décompolfé dans 
ces diffolutions; il faut donc néceflairement que ce foit 
l'eau qui leur en fournifle, comme il faut que ce foit elle 
qui donne Île gaz inflammable , ainfi que l'a fait voir M. de 
la Place: ces vérités fe prêtent un appui mutuel. 

Lorfqu'on verfe dans l'acide marin déphlogiftiqué, de 
la diflolution de nitre mercuriel, il ne fe fait point de 
précipité blanc; mais en faifant évaporer la liqueur, on 
en retire du fublimé corrofif. Pareïllement, fi l'on met du 
précipité blanc dans l'acide marin déphlogiftiqué, il sy 
diflout , l'odeur & la couleur de lacide marin déphlo- 
giftiqué difparoïflent , les couleurs végétales ne font plus 
détruites, & cependant l'acide marin eft en combinaiïfon ; 
car en verfant fur la liqueur un peu d’eau de chaux, il fe 
forme tout de fuite un précipité mercuriel, ce qui n’auroit 
pas lieu fi une portion d'acide marin étoit libre. I réfulte 
de-là que la différence du précipité blanc & du fublimé 
corrofif confifte en ce que dans ce dernier, le mercure 
eft combiné avec une plus grande quantité d'air vital & 
d'acide marin. 

La manière dont l'acide marin déphlogiftiqué agit fur 
le mercure mérite attention; fi l’on met de cette liqueur 
fur une certaine quantité de mercure, la furface de ce 
métal noircit, il fe forme de cette chaux de mercure 
connue fous le nom d'éhiops per fe, & la liqueur rougit 
ie papier bleu, de forte que ce métal commence par 


DérrS NS CT E N°C-E 5. 287 


enlever V’air vital à l’acide marin. Si on les laïfle enfuite 
en contatt, la chaux de mercure qui vient de fe former 
fe faïfit de l’acide marin & devient blanche, elle pale 
à l'état de la combinaifon connue fous le nom de panacée, 
& l’eau qui furnage ne contient ni acide ni fel mercuriel; 

u’on la verfe & qu'on remette de l'acide marin déphlo- 
giftiqué, il fe fait auflitôt une combinaifon avec le fel 
mercuriel, qui prend fucceflivement, felon les quantités 
d'acide marin déphlogiftiqué qu’il abforbe, les propriétés 
du mercure doux & du précipité blanc, & alors fi lon 
renouvelle la liqueur, il fe diffout & forme du fublimé 
corrofif; de manière qu’on obtient, dans cette expérience, 
toute la férie des muriates mercuriels, à laquelle répond 
celle de leur caufticité. 

M. Schéele avait annoncé que F'acide marin déphlo- 
giftiqué n’avoit point d'action fur le foufre; mais M. de 
Morveau 2 conftaté qu'il le changeoït en acide vitriolique. 
Lorfqu'on en verfe fur une petite quantité de diffolution 
d'hépar fait par l’alkali fixe, il n’en dégage point de gaz 
hépatique, & il ne fe forme que très-peu de précipité; 
l'odeur de Facide marin déphlogiftiqué eft diflipée, les 
couleurs végétales ne font plus détruites; mais quoique 
Thépar agifle fur elles, comme les alkalis, 1e mélange dont 
je viens de parler n'indique plus qu'un acide, & la diflo- 
lution de fpath pefant y occafionne un précipité abondant. 
Ces phénomènes font voir qu'une partie du foufre de 
Thépar eft changée tout de fuite en acide vitriolique par 
acide marin déphlogiftiqué. 

J'ai verfé de l’eau faturée de gaz hépatique fur de Facide 
marin déphlogiftiqué, la couleur & l'odeur de ce dernier 
ont été détruites, il ne s'eft point fait de précipité, les 
couleurs végétales n’ont plus été altérées que comme elles 
le font par un acide, une diflolution de plomb a été pré- 
cipitée en blanc, & la diflolution de terre pefante a formé 
un précipité abondant; mais fi l’on verfe un peu d'acide 


marin déphlogiftiqué fur l’eau hépatifée, elle fe trouble & 


288 MÉMmoïrREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


il fe précipite un peu de foufre. Dans le premier cas; 
Pacide marin déphlogiftiqué & le gaz hépatique font détruits: 
à l’inflant & en entier, fi on les emploie dans de jufles 
proportions; le foufre, & le gaz inflammable qui le tient 
en diffolution , font réduits par la combinaifon de l'air 
vital, le premier en acide vitriolique, & le fecond en: eau: 
mais dans la feconde expérience, Fair vital fe combine 
d’abord avec le gaz inflammable, de forte qu’une partie dé 
foufre eft précipitée, & ne peut être changée en acide 
vitriolique que par l'addition d'une quantité fufifante 
d'acide marin déphlogiftiqué. C'eft aïnfi qu'une partie du 
foufre fe dépofe dans la combuftion du gaz hépatique. 
M. de Morveau dit qu'ayant mêlé & agité du gaz nitreux 
avec l'acide marin déphlogiftiqué , dans l'appareil au mer- 
cure , il y à eu abforption à peu-près du quinzième du 
volume. Îf dit auffr (page 25 5, Di. de chin.) que lorfque 
cet acide eft en état de liqueur, il n'abforbe pas le gaz 
nitreux, mème lorfqu'ils font tenus en contaét pendant un 
mois entier (ibid. page 26 3); je remarquerai d'abord que, 
comme l'acide marin déphlogiftiqué & l'acide nitreux qui 
fe forme, attaquent le mercure, cet appareil n'eft pas 
propre à déterminer laétion du gaz nitreux & de l'acide 
marin déphlogiftiqué, & j'ai oblervé que le gaz nitreux étoit 
réellement décompofé & changé en acide nitreux par 
Vacide marin déphlogiftiqué en liqueur, mais c’eft fur-tout 
dans l’état de gaz, que j'ai examiné leur action réciproque. 
J'ai donc mêlé quatre mefures de gaz nitreux avec deux 
mefures de gaz acide marin déphlogiftiqué; il s’eft produit 
une rougeur confidérable , & le mélange a été réduit à 
1,4 de mefure. En fe fervant du calcul de M. Lavoifier , 
qui, dans la recompofition de lacide nitreux, fixe le rap- 
port du gaz nitreux à l'air vital :: 69 : 40, on peut con- 
clure que les deux mefures d'acide marin déphlogiftiqué 
contenoient LÉ, SOTe d'air vital, ce qui paroîtroit indiquer 
que ce gaz a une pefanteur fpécifique confidérable pour 
contenir autant d'air vital; cependant je n'ai point de 
- confiance 


DE St 2 SC NE NT CF 5 289 


confiance en ce réfultat, parce que le gaz nitreux fe diflout 
facilement dans l'eau régale, comme je le fais voir: dans 
mon Mémoire fur l’eau régale, & que par conféquent une 
partie du gaz nitreux a pu être fouftraite fans s'être com- 
binée réellement avec de l'air vital. 

Quatre mefures de gaz nitreux, ou 400 parties, ont 
été réduites, en y faifant pañier beaucoup de gaz acide 
marin déphlogiftiqué, & en faifaÿt abforber enfuite par 
l'eau la partie furabondante, à 0,3 5° 

M. de Morveau ajoute (ibid. page 251) que l'acide 
marin déphlogiftiqué ayant été mélé & agité avec le gaz 
inflammable en différentes Proportions, n'a plus détruit 
les couleurs, qu'il a altéré en rouge le papier bleu, qu'il 
n'avoit plus qu'une très-foible odeur, & qu'après cela le 
gaz inflammable s’eft trouvé détonant. 

Je n'ai point encore le bonheur de me rencontrer, fur 
cet objet, avec les réfultats de ce célèbre chimifte; j'ai fait 
paller dans une quantité déterminée de gaz inflammable 
très-pur, fucceflivement plufieurs fois, un volume égal de 
gaz acide marin déphlogiftiqué qui ne contenoit point d'air 
atmofphérique, J'ai agité à chaque fois le mélange fur l’eau; 
labforption du gaz acide marin étant faite, le volume du 
gaz inflammable ne s’eft point trouvé changé. J’ai enfuite 
examiné ce gaz inflammable avec leudiomètre de M. Volta, 
il n’a point été détonant ; je l'ai mêlé avec de l'air vital, & 
ïl en a détruit par la détonation tout autant qu'une égale 
quantité du même gaz qui n’avoit pas été agitée avec l'acide 
marin déphlogiftiqué. Comme j'ai répété cette expérience 
plufieurs fois, je fuis forcé de croire que l’acide marin 
déphlogiftiqué n'a point d'action fur le gaz inflammable 
pendant qu'il eft dans l’état gazeux, tout comme l'air vital 
dans l’état élaftique n'en a point fur l’acide marin. Je me 
fuis afluré de ce dernier fait par une expérience directe, 
quoiqu'il fufhfe , Pour s’en: convaincre , d’obferver que 
l'acide marin ne prend point du tout les propriétés d'acide 
marin déphlogiftiqué ,  Jorfqu’on le laiffe expofé ‘à V'air 

Mn. 178$. O o 


290 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


atmofphérique dont un quart à peu-près eft de l'air vital. 

M. Bergman aflure que le phofphore eft décompofé par 
le gaz de lacide marin déphlogiftiqué. M. de Morveau 
au contraire & M. Angulo ont fait plufeurs expériences , 
par lefquelles ïls prétendent prouver -que le phofphore 
n'a point d'action fur l'acide marin déphlogiftiqué. J'ai 
obfervé comme eux , que le phofphore n’avoit point d'action 
fur lacide marin déplogiftiqué à froid; & f1 l’on emploie 
de la chaleur fans lumière, l'acide marin déphlogiftiqué fe 
dégage fous forme de gaz, fans éprouver de décompolition; 
mais fi l’on met un morceau de phofphore dans de l'acide 
marin déphlogiftiqué , & qu'on l’expofe à la lumière, 
bientôt la couleur de celui-ci fe diffipe, fon odeur dif- 
paroît, la liqueur rougit les couleurs bleues végétales, & 
l'eau de chaux en précipite du phofphate calcaire, de forte 
que le phofphore fe combine avec l'air vital de l'acide 
marin déphlogiftiqué, & devient acide phofphorique. 

Le phofphore qu'on expofe à la lumière dans l'acide 
marin déphlogiftiqué, devient blanc & opaque avant de 
fe changer en acide phofphorique ; il paroït que cet état 
eft dù à une portion d'air vital qui eft infuffifante pour lui 
donner les propriétés d’un acide; c’eft probablement ainfi 
que le phofphore blanchit à fa furface en le confervant 
long-temps dans l’eau: lorfqu'il eft en entier dans cet état, 
on pourroit le comparer à l'acide fulfureux relativement 
à l'acide vitriolique, fi ce n’eft qu'il n’a pas encore affez 
d'air vital pour être fenfiblement acide. C’eft probables 
ment le phofphore combiné ainfi avec une portion d’aix 
vital, que M. de Morveau a nommé bafe acidifiable du 
phofphore, & qu'il a obtenu en expofant à un degré confi- 
dérable de chaleur, l'acide phofphorique dans un creufet; 
car a portion d’air vital qui étoit la moins adhérente 
à l'acide, a dü fe difiper, & il a dû refter une combi- 
naifon de phofphore & d’un peu d'air vital, qui eft moins 
combuilible & moins propre à être attaquée par l'acide 
aitreux, 1.° parce que l’affinité du phofphore pour l'air 


DÉELSU IST CHE MNUIC2E1S. 291 
vital, eft déjà fatisfaite en partie; 2° parce que Ja chaleur 
qui fe feroit dégagée dans le commencement où la combi- 
naifon fe fait avec le plus de force, ne peut pas favorifer, 
dans ce cas, la partie de la combinaifon qui ne fe forme 
que par une foible affinité. C’eft ainfi que le foufre fe réduit 
immédiatement en acide vitriolique, fr la combuftion eft 
vive; mais qu'il ne forme, fi la combuftion eff lente, que 
de l'acide fuifureux, qui prend effuite aflez difficilement 
l'état d'acide vitriolique. H eft vraifemblable que le verre 
phofphorique ordinaire retient pareillement une quantité 
plus où moins grande d'air vital. 

Les chimifles ont cru en général que toutes les couleurs 
des corps étoient dües à un même principe diverfement 
modifié, & combiné en différentes proportions. M. Bergman 
les a en particulier attribuées au phlogiftique { Mém. Jur 
l'indigo), & il a prétendu prouver par des expériences 
ingénieufes, que les différentes proportions de ce’prin- 
cipe failoient varier les couleurs; ainfi l'acide nitreux 
qui eft jaune, felon lui, lorfqu'il a une furabondance de 
phlogiftique, devient vert fi on y ajoute de, l'eau, & 
devient bleu en lafloibliffant davantage. Les différentes 
proportions d'air vital qu'il faut fubitituer ici au phlogif- 
tique, ont une grande influence fur les couleurs, comme 
les expériences fuivantes vont le prouver; néanmoins on 
ne peut rien en conclure de général, car l'air vital donne 
une couleur jaune à l'acide marin, tandis que fr on en 
diminue la proportion dans l'acide nitreux, celui-ci fe 
colore également en jaune; car c’eft en chaffant de l'air 
Vital, que la lumière colore cet acide, comme je m'en fuis 
afluré par des expériences que je décris ailleurs (Journal 
de phyfique ). ; 

Les chaux de fer, comme on peut le voir dans les 
élémens de Minéralogie de M. Kirwan, & comme on 
peut s’en aflurer en Jaiffant à l'air un précipité de vitriol 
martial par l'alkali fixe, paffent par les gradations fuivantes, 
{elon qu'elles font, comme on dit, plus ou moins déphlo- 


Oo ij 


292 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
giftiquées, le bleu , le vert, le brun, le rouge, le jaune 
& le blanchâtre. Si l'on fe fert d'acide marin déphlogiftiqué 
concentré, pour diffoudre le fer, il donne avec l'alkali un 
précipité d’un jaune pâle; fi au contraire on met le même 
acide étendu d'eau fur ce métal, il prend une couleur 
bleue, & la partie qui s'en diflout donne avec l'aikali un 
précipité bleu, qui pañle bientôt au vert, au brun, au 
rouge, & enfin à un “aune-clair, à mefure qu'on verfe 
deflus de nouvel acide marin déphlogiftiqué; de forte que 
fes couleurs ne dépendent que de la quantité d’air vital 
qui s’unit au fer, & l'on fait à préfent que l’éthiops mar- 
tial ne diffère des autres chaux de fer, que parce qu'il 
contient moins d'air vital. 

Si l'on précipite une diflolution de cuivre par le moyen 
de lalkali volatil, l'acide marin déphlogifliqué donne 
promptement au précipité bleu qui s’eft formé, une cou- 
leur verte femblable à celle qu'il prendroit fi on le laifloit 
Jong-temps expofé à l'air. 

Non-feulement acide marin déphlogiftiqué détruit les 
couleurs végétales, fans que l’alkali puifle les rétablir, 
Mais même, lorfqu'on met dans la liqueur une quantité 
d’alkali propre à faturer l'acide marin déguilé, cet eflet 
a également lieu. Parmi les couleurs végétales, celle du 
firop violat eft détruite à l'inftant, celle du tournefol de 
même; mais il refte à cette dernière une nuance de jaune 
qui réfifle quelque temps à l’action de la liqueur ; la même 
hole a lieu pour la partie colorante du bois de Fernambouc, 
&fur-tout de la garance. L’acide marin déphlogiftiqué perd 
fes propriétés en agiflant fur les parties colorantes, & il 
reprend celles de l'acide marin; de forte que les parties 
colorantes fe combinent avec l'air vital & l’enlèvent à l'acide 
marin : par-là elles deviennent folubles, mais quelques-unes 
ne le font que par le moyen de l'acide, de forte qu'on 
peut les précipiter par! un alkali; d’autres au contraire font 
{olubles dans l'eau, & ne font pas précipitées par l’alkali. 

Les parties vertes des plantes font quelquefois réduites 


DE Sn SCC TE N © Es. 293 
par l'acide marin déphlogiftiqué, au blanc, d’autres fois au 
jaune , elles prennent quelquefois une teinte rougeître, 
enfin elles éprouvent promptement des changemens parfai- 
tement analogues à ceux que l'air produit naturellement 
fur elles; & les feuilles des arbres toujours verts, réfiflent 
long-temps à l’action de l'acide marin déphlogiftiqué, & n'y 
prennent enfin que la teinte jaune que l'air peut leur donner. 

Les altérations que l'air produit fur les couleurs, dé- 
pendent donc principalement de ce que l'air vital fe com- 
bine plus ou moins facilement, & en quantité plus ou 
moins confidérable: & l'acide marin déphlogiftiqué peut 
faire connoître dans quelques inftans les eflets que l'air ne 
doit produire que dans un long efpace de* temps: ainfi 
pendant qu'il détruit dans un moment la plupart des cou- 
leurs végétales, il faut qu'il agiffe pendant plüfieurs jours, 
& il en faut une quantité confidérable pour détruire la 
couleur de findigo. Je me fervirai avec beaucoup plus 
de détails de ce moyen d’analyfe, pour déterminer Les 
propriétés des parties colorantes qui entrent dans la tein- 
ture, & je tâcherai de faire quelques applications utiles 
aux arts, des propriétés de l'acide marin déphlogiftiqué. 

L'action de cette liqueur me paroît propre à nous inftruire 
de ce qui fe pafle lorfque les plantes privées de la fumière 
s'étiolent & blanchifilent, & à expliquer pourquoi les plantes 
expofées au foleil donnent de l'air vital, felon la belle ob- 
fervation de M. Ingen-houz, & pourquoi il ne s’en dégage 
point de fluide élaftique lorfqu’elles font à l'ombre, comme 
la prouvé M. Sennebier. L'huile qui entre dans la com- 
pofition des parties végétales, contient certainement beau- 
coup de gaz inflammable de l'eau, de forte qu'il eft très- 
vVraifemblable que l’eau fe décompofe dans la végétation, 
que l'air vital qu'elle contenoit s'exhale en partie, fi a 
lumière favorife fon dégagement, comme elle le fait pour 
l'acide marin déphlogifliqué & pour l'acide nitreux; au lieu 
que fins le fecours de cette affinité il ne peut reprendre 
l'état élaftique; alors il fe combine avec les parties colo- 


294 MÉMOIRES DE L’ACADÉMIE RoYALE 


rantes, s’il y en a de formées, & les plantes deviennent 
blanches; mais la décompofition de l'eau n'étant pas favo- 
rifée par l'action de la lumière, elle fe fait probablement 
en beaucoup plus petite quantité, la végétation eft lan- 
guifflante, les plantes ont beaucoup moins de parties huileufes 
& réfineules, & par-là même font dépourvues de parties 
colorantes : aufli M. Sennebier a-t-il obfervé que les plantes 
étiolées étoient moins inflammables. Cette théorie peut 
s'appliquer à un grand nombre de phénomènes de la végé- 
tation { Journal de phyf. Août 1786.). 5 

Mais l'acide marin déphlogiftiqué, qui détruit plus ou 
moins facilement toutes les couleurs végétales, agit d’une 
manière différente fur les couleurs animales : il donne une 
couleur jaune à la foie & à la laine, qui étoit blanche, & 
l'on fait que l'acide nitreux produit un eflet femblable. 
Il paroïît donc que l'air vital a la propriété de fe combiner 
avec les fubftances animales, & de les jaunir par cette 
combinailon. 

Je n'ai point parlé dans ce Mémoire des phénomènes 
que préfente l'alkali volatil avec l'acide marin déphlogif- 
tiqué, parce que je les ai détaillés dans lanalyfe de l’alkali 
volatil; je ferai feulement remarquer que lorfqu'on verfe 
de lalkali volatil cauftique fur l'acide marin déphlogiftiqué, 
il en détruit toute la couleur fans produire de précipité ; 
& fi on y ajoute une goutte de diflolution de manganèfe, 
on aperçoit auffitôt un petit précipité noiratre. 

Après les éclairciflemens que je viens de donner, je 
crois qu’il me fuflit d'indiquer les réponfes qu'on peut faire 
à quelques-unes des difficultés que le favant chimifte de 
Dijon a penfé ne pouvoir fe réfoudre que par la fuppo- 
fition du phlogiftique. La manganèfe traitée au feu donne 
une grande quantité d’air vital, elle perd par-là une partie 
de fa couleur noire, cependant elle refte brune; elle ne 
peut fe diffoudre dans un acide, à moins qu’elle ne perde 
une partie de fon air, de-là vient que l'acide vitriolique 
en dégage une grande quantité d'air vital lorfqu'il 4a 


LR 


DESSUS CAILE N -C-E Se 295. 


difloute; mais fi c’eft un acide qui ait peu d’ation fur elle, 
il faut y joindre une fubftance qui agifle de fon côté, par 
fon affinité fur l'air vital, tels font le fucre, la gomme, &c. 
Si l'acide qui diflout la manganèfe, a lui-même une cer- 
taine affinité avec l'air, pendant qu'une partie s’unit à la 
manganèfe, une autre partie fe combine avec l'air qui s’en 
dégage, & c’eft ce qui a lieu lorfqu'on traite l'acide marin 
avec cette fubftance. : 

Arrétons-nous un moment pour remarquer que ce n’eft 
point par une aflnité fimple que l'acide marin enlève l'air 
vital à la chaux de manganèfe. Ce n’eft que parce qu'une 
portion de cet acide diflout la manganèfe, & en chaïle fa 
partie de Vair vital qui eft fuperflue à la nouvelle combi- 
naifon, que l’autre portion peut s'unir avec cet air vital 
privé en partie du principe de l'élafticité, quoique l'acide 
n'ait qu'une foible affinité avec lui. 

Le précipité des diflolutions de manganèfe diffère de 
celle-ci par fa couleur & par fes propriétés, parce qu'il 
contient beaucoup moins d’air vital; ainfi il ne peut fervir 
à faire de l’acide marin déphlogiftiqué , étant privé de cette 
portion d’air vital qui pourroit fe combiner avec l’acide marin. 
La chaux de la manganèfe rend le verre rouge, lorfqu’elle 
eft abondamment pourvue d'air vital; cette couleur fe 
diflipe lorfque la partie la moins adhérente de l'air vital 
fe combine à quelque fubftance charbonneufe. La chaux 
noire perd fa couleur à la flamme intérieure du chalumeau, 
parce qu’il fe forme de l'air fixe par le moyen de la partie 

arbonneufe ; elle la reprend à 1a flamme extérieure, 
5 qu'elle éprouve une nouvelle calcination. Enfm 1e 
régule de manganèfe donne du gaz inflammable avec acide 
vitriolique & l'acide marin, parce qu'ayant beaucoup d'aff- 
nité avec l'air vital, il a la propriété de décompofer l'eau: 
avec acide nitreux il donne du gaz nitreux, & i détone 
avec le nitre, à caufe de fon affinité avec l'air vital, au lieu 
que Ja chaux noire ne peut détoner, parce qu’elle eft déjà 
faturée de ce principe. 


Eh 


Lû 
Je 19 Avril 
1785. 


296 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


LOMBOS ER FAT. ONE 


SUR L'EAU RÉGALE 
ELOSEUIR 
QUELQUES AFFINITÉS DE L'ACIDE MARIN. 


Par M. BERTHOLLET. 


ES propriétés que l'acide marin acquiert par fon mé- 

lange avec l'acide nitreux, ne pouvoient être expliquées 
que d'une manière hypothétique, jufqu'à ce qu'on eût 
quelque connoiffance de l'acide marin déphlogiftiqué; à 
cette époque M. Bergman attribua les propriétés de l’eau 
régale au pouvoir qu'a l'acide nitreux de s'emparer du 
phlogiftique qu'il fuppofoit dans l’acide marin, & de le 
changer par-là en acide marin déphlogiftiqué. 

On croiroit, à confidérer cet objet d’une façon générale, 
qu'il {eroit inutile de revenir fur cette explication, parce 
qu'il n’y auroit qu'à fubftituer la combinaifon de l'air vital 

ue l'acide nitreux donne à l'acide marin, à l'idée du phlo- 
giftique dont l'acide nitreux dépouille l'acide marin; mais il 
m'a paru que les obfervations que j'avois faites dans le deflein 
de déterminer la nature de l'acide marin déphlogiftiqué, 
& de comparer celui qu'on retire par le moyen de l'acide 
nitreux, & celui qu'on obtient par le moyen de Ja man- 
ganèle pourroient encore jeter du jour fur les propriétés 
de l'eau régale, & fur les affinités de l’acide marin qui 
offrent beaucoup de variations apparentes. 


De l'eau régale. 


S1 l’on mêle une ou deux parties d'acide nitreux con- 
centré; & dont on a chaffé le gaz colorant par la diftillation; 
avec quatre parties d'acide marin fumant, il s’excite bientôt 
une effervefcence, & l’on reconnoît en recueillant à l'appareil 

pneumato-chimique 


DES SCIENCE s. 297 
pneumato - chimique le gaz qui fe dégage, que c’eft de 
l'acide marin déphlogiftiqué , ‘très-pur & femblable à celui 
qu'on retire par le moyen de la manganèfe : à mefure que 
l'acide marin déphlogiftiqué fe dégage, la liqueur fe colore 
& devient d’un rouge-foncé. Si l'on diftille cette liqueur, 
en mettant un flacon : prefque rempli d’eau diftillée entre 
la cornue & l'appareil pneumatique, il fe dégage encore 
une certaine quantité d'acide marin déphlogiftiqué; mais 
tout l'acide nitreux non décompolé, eft retenu avec 1a 
plus grande partie de l'acide marin dans le flacon inter- 
médiaire, & donne à l’eau une couleur foncée. 

J'ai nouvellement répété cette expérience à l'occafion 
d'un Mémoire qui a été 1à dans cette affemblée le 9 de ce 
mois, en me fervant de parties égales d’acide nitreux blanc 
& concentré, & d’acide marin fumant ; il s’eft dégagé une 
quantité confidérable d'acide marin déphlogiftiqué, mais 
point du tout de gaz nitreux, comme on l’a annoncé: & en 
effet le gaz nitreux & le gaz marin déphlogiftiqué fe dé- 
compofent mutuellement par le fimple contaë, ainfi qu'on 
la vu / Mémoire Jur l'acide marin déphlogiflique ) : ïls 
ne peuvent fe dégager enfemble & conferver leur état 
gazeux. 

Les phénomènes qui fe préfentent en mélant l'acide 
nitreux & l'acide marin, ont également lieu dans l’eau 
régale faite avec l'acide nitreux & le fel ammoniac dans 
les proportions ordinaires. L'effervefcence qu’on avoit re- 
marquée dans ce mélange, eft dûüe au dégagement de l'acide 
marin déphlogiftiqué ; & à mefure qu'il fe forme & qu'il 
s'échappe, Ja liqueur fe colore. 

Je dois donc examiner quelle eft l'action réciproque de 
l'acide nitreux & de l'acide marin; ce que devient le gaz 
nitreux qui doit réfuiter de la formation de l'acide marin 
déphlogiftiqué; & enfin de quels principes dépendent les 
forces diflolvantes de l’eau régale. 

L’acide nitreux peut tenir en diffolution une grande quan- 
tité de gaz nitreux, & il devient par-là rouge & fumant; 

Mém. 1785. Pp 


298 MÉMoiRes DE L'ACADÉMIE RoYALE 

mais l'acide marin ne paroït pas en aborber plus que l’eaw, 
ainfi que M. Prieftley l'a éprouvé. J'ai répété cette expé- 
rience avec le méme réfultat fur dés acides marins de différens 
degrés de concentration. 

Cependant, foit que l'acide marin fe combine plus faci- 
lement avec le gaz nitreux à mefure qu'il fe forme & avant 
qu'il ait pris l'état élaftique, foit plutôt qu'étant mêlé à 
l'acide nitreux, il ait la propriété de s’unir avec cet acide 
& avec le gaz nitreux; il confte, par les obfervations fui- 
vantes, que le gaz nitreux a de f'affinité avec l’eau régale, 
& même que cette affinité eft plus grande que celle qu'il a 
avec l'acide nitreux. à 

1. Si l’on verfe de l'acide marin fumant fur de l'acide 
nitreux rutilant, les vapeurs rouges de celui-ci ceflent promp- 
tement de s’exhaler; il s'établit peu-à-peu dans la liqueur un 
mouvement d’effervefcence, & bientôt il ne s'échappe plus 
que des vapeurs d'acide marin déphlogiftiqué, jufqu'à ce 
que la liqueur ait pris une couleur très- foncée & que le 
calme s’y établifle ; alors fi la température ne change pas, 
il ne s’en exhale plus de vapeurs : feulement, fi elle a le 
contact de l'air atmofphérique , celui-ci prolonge d’une 
manière indéfinie la formation d’une très-petite quantité 
d'acide marin déphlogiftiqué qui, en fe eombinant avec 
lui, répand l'odeur d’eau régale. 

2° Si lon mêle de l'acide nitreux blanc & dégazé, avec 
Facide marin fumant, ïl s’en dégage beaucoup plus de va- 
peurs d'acide marin déphlogiftiqué que fi l'on fe fert du 
même acide avant de l'avoir dégazé : la quantité de gaz 
nitreux que peut retenir l’eau régale ayant des limites fixes, 
il s’en forme une plus grande quantité, fi l'acide nitreux 
n'en contient pas, que s’il en tient déjà en diflolution. Or, 
la quantité d’acide marin déphlogiftiqué qui fe dégage, eft 
proportionnelle à celle du gaz nitreux qui eft formé. 

3." Enfin, ce qui fuffit pour prouver que le gaz nitreux 
eft retenu par le mélange de lacide nitreux & de l'acide 
marin, c'eft que fi l’on mêle de la chaux délayée dans de 


MESA icrE N'CE s. 299 
l'eau avec la liqueur rouge, de laquelle acide marin dé- 
phlogiftiqué s'eft dégagé, il s'en exhale une grande quantité 
de gaz nitreux, & la liqueur perd toute fa couleur; le gaz 
nitreux s'exhale aulli avec l'acide crayeux, fi l'on fature la 
même liqueur d’alkali effervefcent. Lorfqu'on mêle un peu 
d'eau à l’eau régale qui a pris une couleur foncée, ou lorf- 
qu’elle en a attiré de l’atmofphère, à laquelle on l'a laiffé 
expolée, elle perd prefqu'entièrement fa couleur, & ce- 
pendant elle contient à peu-près a même quantité de gaz 
nitreux, comme on peut s’en aflurer en le chaflant par le 
moyen de la chaux. La combinaifon du gaz nitreux avec 
l’eau régale & le dégagement de l'acide marin déphlogif- 
tiqué, expliquent les phénomènes que M. Prieftley a obfervés 
en imprégnant l'acide marin de vapeur nitreufe /a). 

L'on a vu, par les expériences décrites dans mon Mé- 
moire fur l'acide marin déphlogiftiqué, que l'air vital tient 
très-peu à l'acide marin, & qu'il pañle très-facilement dans 
d’autres combinaïfons ; & cependant ici lon voit que 
l'acide marin l'enlève à l'acide nitreux ; mais ce que je 
viens d’expofer rend raifon de ces propriétés qui ne font 
contradiétoires qu'en apparence : l'acide nitreux non dé- 
compolé, & l'acide marin, retiennent & diflolvent le gaz 
nitreux, pendant qu’une partie de l'acide marin fe combine 
avec l'air vital, de forte que c’eft par Taction d’une double 
affinité que l’acide marin déphlogiftiqué fe forme. 

Au moment où la quantité de gaz nitreux retenu par 
les deux acides, a affez affoibli leur force diflolvante pour 
qu'il s’'établiffe un équilibre entre les affinités de tous les 
principes de la liqueur, la formation de l'acide marin dé- 
phlogiftiqué cefle; fr l'on expofe alors la liqueur à une 
température un peu plus élevée, il fe dégage encore de 


(a&) En cônféquence de Vimprégnation de l’efprit de fel avec la vapeur 
nitreufe, l’efprit de fel de couleur de paille devient auffitôt de couleur 
orangée, beaucoup plus foncée que celle que peut jamais prendre l’efprit 
de nitre même, & Ta vapeur qu’il exhale eft fingulièrement piquante. Expér: 


ê7 Obferv. [ur différentes efpèces d'Air, tome IV, page 220. 
; Ppij 


300 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
l'acide marin déphlogiftiqué, jufqu’à ce qu'il en foit pañté 
une quantité fufhfante pour rétablir l'équilibre. H y a appa- 
rence qu'il y a, relativement aux proportions & à la force 
des deux acides, un degré de froid auquel ils refteroïent 
mêlés fans agir un fur l’autre. Lorfque la liqueur eft en 
repos & qu'il ne sy forme plus de combinaïfon, fi on 
y met un métal, du mercure par exemple, les affinités de 
ce métal produifent de nouvelles combinailons : d’un côté 
il agit fur l'air vital de l'acide nitreux, & de l'autre fur 
l'acide marin ; il dégage donc du gaz nitreux, & il fe trouve 
dans les circonftances dans lefquelles il forme Île fublimé 
corrofif. Il n’eft donc pas exact de dire avec M. Bergman, 
que l'acide nitreux rend l'acide marin déphlogiftiqué , 
dans l'eau régale, & le met par-là en état de difloudre 
l'or & le mercure : l'acide marin déphlogiftiqué ne peut 
exifler tout formé dans l'eau régale qui ne détruit pas les 
couleurs végétales, mais les affinités du métal contribuent 
à la réunion qui fe fait entre l'acide marin, l'air vital & 
lui. J'ai prouvé dans mon Mémoire fur la caufticité des 
fels métalliques, que l’eau régale diflolvoit le mereure & 
formoit avec lui du fublimé corrofif ; j'ai même avancé 
qu'en cherchant les proportions convenables d'acide marin 
& d'acide nitreux, on trouveroit peut-être que c'étoit le 
meilleur moyen de préparer le fublimé corrofif. #{ém. de 
l'Acad. 1780, page 461. 

Je penfois alors que l'acide du fublimé corrofif étoit dans 
l'état d'acide marin déphlogiftiqué, & que les préparations 
qu'on employoit pour former ce fel métallique ne ten- 
doient qu'à le mettre dans cet état. Mais il me paroïît que 
l'acide marin du fublimé corrofif n’eft pas dans un état 
différent que celui des autres fels métalliques, puifque 
l'alkali fixe & fa terre calcaire peuvent fe combiner avec 
lui & en précipiter la chaux de mercure; d’ailleurs la 
chaux de mercure connue fous le nom de précipité per fe, 
forme immédiatement du fublimé corrofif avec l'acide 
marin, comme l’a prouvé M. Schéele, & ce métal a avec 


DIENS TS CCE Nc Ts 3o1 


Paix vital une affinité beaucoup plus forte que l'acide marin. 
Mais pour confidérer cet objet d’une manière plus 
générale, il réfulte des découvertes nouvelles, que les 
fubftances métalliques, qui par leur affinité , ont le pou- 
voir de décompoler l'eau, s’unifient à fon air vital; elles 
en dégagent par-là le gaz inflammable, & il fe forme 
une combinaifon d’air vital, dé métal & d'acide marin, 
pareille à celle qui exifte dans le fublimé. corrofif, & pour 
ue les fubitances métalliques qui ne peuvent décompofer 
l'eau, même par des affinités combinées, puiflent fe dif- 
foudre dans l'acide marin, il faut qu’elles le trouvent dans 
l'état déphlogiftiqué , ou bien qu’une autre fubftance leur 
fournifle Fair vital, ainfi que cela arrive dans tous les 
procédés par lefquels on forme le fublimé corrofif. 

Les obfervations que je viens de préfenter, prouvent 1° 
que dans le mélange de l’acide nitreux & de l'acide marin, 
une portion de ce dernier s’unit à une partie de l'air vital 
contenu dans Vacide nitreux, & fe dégage fous la forme 
d'acide marin déphlogiftiqué ; & que le gaz nitreux, foit 
celui qui étoit déjà combiné avec l’acide nitreux, foit celui 
qui eft formé en même temps que l'acide marin déphlogif- 
tiqué, eft retenu dans l'eau régale. 

2. Que ce n’eft point par une affinité fupérieure que 
Facide marin enlève fair vital à l'acide nitreux, mais par 
Taction d’une double affinité. 

* 3.° Que ce n’eft pas l'acide marin déphlogiftiqué qui 
diflout or & le mercure dans l’eau régale, puifque f’acide 
marin ne s'y trouve pas dans cet état, mais qu’il fe forme 
une combinaïfon par Îe concours des affinités mutuelles de 
l'air exiftant dans l'acide nitreux, de l'acide marin & du métal. 


mr De quelques affinités de l'Acide marin. 


LES affinités de l'acide marin comparées à celles de 
l'acide vitriolique & de acide nitreux, éprouvent des mo- 
difications qui ont fait croire à de favans chimiftes, qu'il 
avoit avec les bafes alkalines plus d’affinité que ces acides , 


302 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


lorfqu'il étoit concentré ; mais que fon affinité étoit plus 
foible dans un moindre degré de concentration. Je vai 
expofer ces anomalies, & tâcher de les ramener aux loi 
connues des afhnités. 

M. Margraf avoit annoncé que l'acide marin décompo- 
foit le tartre vitriolé & le fel de Glauber, de la même 
manière que M. Baumé avoit prouvé que l'acide nitreux 
décompoloit ces fels. 

M. Bergman expliqua ces faits dans fon Traité des 
attractions électives, en prouvant que dans ces décom- 
pofitions apparentes, l'on ne faifoit qu'ôter au tartre vitriolé 
& au {el de Glauber , une partie de {eur bafe & les réduire 
en fel avec excès d'acide; que cette partie de leur bafe 
pouvoit en être féparée par des acides plus foibles, parce 
que la partie alkaline qui leur eft effentielle, étend fon 
action fur une certaine quantité d’acide furabondant, & 
que par conféquent, la partie qui n’eft pas combinée immé- 
diatement à cet excès d'acide, n’eft retenue que par une 
affinité dont l'action eft partagée. On prendra une idée 
jufte de cette théorie au $. 9 de fon Traité des attraétions 
électives. 

Cependant M. Cornette avoit repris les obfervations de 
M. Baumé & Margraf, & il avoit ajouté à leurs expé- 
riences beaucoup de détails nouveaux, que l'on trouve 
dans un Mémoire qui eft imprimé dans le volume de lAca- 
démie, de 1778. Il prétend avoir décompolé entièrement 
le tartre vitriolé par l'acide marin, & l'avoir converti en 
{el fébrifuge de Sylvius ; & il dit auffi avoir décompofé 
le fel de Glauber, & l'avoir changé en fel marin. 

1. J'ai mélé, en fuivant les proportions indiquées par 
M. Cornette, une demi- once de fel de Glauber ou vitriol 
de foude tombé en efflorefcence, & fix gros d'acide marin 
fumant; j'ai fait bouillir ce mélange dans un matras, & 
après un moment d'ébullition, j'y ai ajouté de l’eau difillée, 
& j'ai fait évaporer jufqu'à criftallifation; j'ai eu une quan- 
tité confidérable de fel marin, mais le réfidu formant une 


DIEU D CPE N CES 303 


eau- mère, étoit du vitriol de foude avec excès d’acide. 

2.° "J'ai pouffé un pareil mélange dans une cornue à un 
degré de feu confidérable, & j'ai examiné la liqueur qui 
a paffé dans la diftillation ; c'étoit de l'acide marin pur, il 

n'y avoit pas une goutte d'acide vitriolique, comme je 
m'en fuis afluré par la diflolution de terre pefante ; le réfidu 

- diffous dans l’eau ne contenoit que du vitriol de foude : 
feulement: à la fin de l’évaporation, j'ai eu quelques crif- 
taux de fel marin & très-peu de vitriol de foude avec excès 
d’acide. Il faut prendre garde dans cette expérience, que la 
liqueur, en bouillant, ne fafle rejaillir un peu de vitriol 
de foude, ce qui m'’eft arrivé une fois : car on auroit alors 
un précipité avec Îa diflolution de terre pefante. 

3 J'ai mélé de lacide vitriolique avec une once de 
vitriol de potafle dans une cornue; après avoir pouffé le 
mélange jufgw'à ficcité, j'ai tenu fa cornue rouge pendant 
quelque temps; il paroifloit ne s’en plus dégager d'acide 
vitriolique : ayant caflé la cornue, j'ai eu une once deux 
gros quinze grains de fel avec excès d’acide. Jai mêlé une 
once de ce fel avec une demi-once de fel fébrifuge de 
Sylvius ou muriate de potaffe : à une chaleur médiocre, il 
s’eft dégagé beaucoup de vapeurs d’acide marin, fans mélange 
d'acide vitriolique, & le muriate de potafle a été décom- 
pofé au moins pour la plus grande partie. 

.… Ï réfulte de la première expérience, que l'acide marin 
s'empare d’une partie de la bafe du vitriol de foude, & forme 
du fel marin ; mais la plus grande partie du vitriol de foude 
n'eft point décompofée ; elle fait une eau-mère que M. 
Cornette a négligé d'examiner , & qui eft du vitriol de foude 
avec excès d'acide. 

La feconde expérience prouve que l'acide marin perdant 
de l'affinité qu’il a avec l’alkali fixe, par la volatilité que lui 
donne Ia chaleur, celle de l'acide vitriolique qui étoit en 
excès dans le vitriol de foude, fuffit pour décompofér le 
fel marin qui s’étoit formé. 

Enfin la troifième prouve que cette partie d'acide vitrio- 


> 


> 


> 


> 


La 


Ÿ 


304 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


lique qui peut s'unir en excès avec l'alkali fixe, peut décom- 
pofer le muriate de potafle, & confirme le réfultat de la 
feconde expérience. 

H me paroït donc que ces expériences ne doivent 
laifler aucun doute fur l’explication qu'a donnée M. Berg- 
man, de la décompofition des fels vitrioliques par l'acide 
marin. 

Pour les décompoftions des fels nitreux par l'acide 
marin, elles ne font pas düûes à une affinité fupérieure de 
l'acide marin avec leurs bafes, mais à une véritable décom- 
poñition de l'acide nitreux qui donne une partie d'air vital 
à l'acide marin, & le change par-[à en acide marin déphlo- 
giftiqué , comme le prouve une expérience même de 
M. Cornette, I plaça fur un bain de fable un mélange de 
nitre quadrangulaire & du même acide. « Avant même que 
les liqueurs entraflent en ébullition, il s’excita dans chacun 
des vaifleaux un mouvement d’effervefcence très-fenfible, 
les vapeurs qui fe répandoient étoient rouffes & très-naufe- 
abondes ; elles avoient abfolument l'odeur de celles de l’eau 
régale ». On reconnoit manifeftement à cette defcription, Ja 
formation de l'acide marin déphlogiftiqué, & par conféquent 
la décompofition d’une partie de l'acide nitreux ; il n’eft donc 
pas étonnant que M. Cornette ait trouvé l'acide marin 
fubititué en partie à l'acide nitreux. Si l'on met un métal 
dans le mélange de nitre & d'acide marin, celui-ci, agiflant 
par fes propres affinités fur l'air vital de l'acide marin, il 
favorife la décompofition du nitre, conformément à ce qu'on 
a vu dans la première partie de çe Mémoire. 

IL paroît donc que les variations que l'on a obfervées 
dans les affinités de l'acide marin, ne font dües qu’à des 
circonftances étrangères, & que pour juger de fes véritables 
affinités, il faut éviter les décompofitions qui peuvent en 
impofer par des effets düs à d’autres caufes. 

: Ce que j'ai dit fur les fels vitrioliques & nitreux à bafe 
d’alkali fixe, s'applique également aux fels ammoniacaux. 
M, Cornette appuie, dans un fecond Mémoire, RpEne 

ans 


DANS ANS NCTE NC Es. 395 
dans le même volume, l'opinion qu'il a prife de l'affinité 
fupérieure de l'acide marin avec l'alkali relativement à 
celle de lacide vitriolique; ïl cite la décompofition du 
tartre vitriolé & du fel de Glauber par les fels nitreux 
& marin à bafe terreufe, Mais cette décompolition eft düe 
à laction des doubles affinités, comme le fait voir M. 
Bergman, qui cite plufieurs exemples pareils ; & d’ailleurs 
M. Kirwan a déjà prouvé que ces décompofitions de M. 
Cornette étoient dûes à une réunion fupérieure des forces 
divellentes fur les forces quiefcentes. Kirwan's experiments and 
obfervations on the attraélive powers of mineral acids, 

Mais M. Kirwan a donné dans le même Mémoire une 
autre explication de la plupart des faits rapportés dans la 
feconde partie de celui-ci; il regarde fes affmités que les 
acides vitriolique, nitreux & marin ont avec les alkalis 
fixes comme égales, & il explique les décompofitions mu- 
tuelles que ces acides opèrent, par la matière de la chaleur 
qui pafle des uns dans les autres. Je me contenterai de 
faire quelques obfervations fur l'opinion de ce favant 
chimifte. 

Premièrement, il prétend que l'acide vitriolique, Tacide 
nitreux & l'acide marin exigent, pour fe faturer, une quantité 
égale d’alkali; mais cette fuppofition, fur laquelle porte 
fa théorie, bien loin d’être fondée fur l'expérience, n'eft 
point conforme aux obfervations de plufieurs chimiftes ,, 
non plus qu'à celles qui me font particulières & dont 
je fupprimerai le détail, parce qu’il eft difhcile d’avoir des 
réfultats conftans fur cet objet, une legère diflérence de 
defliccation [ufhfant pour faire varier les proportions. 

Secondement, M. Kirwan attribue la décompofition du 
tartre vitriolé par lacide nitreux & par l'acide marin, & 
celle du nitre par l'acide vitriolique & par l'acide marin, 
aux diflérentes capacités de chaleur que ces acides pofsèdent, 
& il regarde ces décompoñitions comme produites par une 
double affinité entre l’alkali, les acides & a chaleur fpéci- 
fique de ces acides; mais il a eftimé Îa chaleur fpécifique 


Mém, 1785. Q q 


306 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


des acides vitrioliques, nitreux & marin, par la chaleur 
qui s'en dégage, lorfqu'on mêle la même quantité réelle 
de chaque acide avec une même quantité de folution 
alkaline. Or, ce moyen ne détermine pas Îa chaleur 
fpécifique; l’obfervation de M. Kirwan prouveroit plutôt 
que l’alkali a une plus forte affinité avec l'acide vitrio- 
lique qu'avec Facide nitreux, & avec celui-ci qu'avec 
l'acide marin; car, plus deux principes fe combinent inti- 
mement, plus ils fe reflerrent, pour ainfi parler, plus ils 
expriment du principe de la chaleur, felon la penfée de 
M. Monge; & la chaleur qui fe dégage éft dûe non-feulement 
à l'acide, mais aufli à l’aikali; c’eft ainfi que la chaleur qui 
eft produite par l'extinction de la chaux doit être attribuée 
non-feulement à la chaux, mais principalement à l’eau 
qui fe combine avec elle. 

Ce n’eft pas que je prétende que la dilatabilité d’un 
acide par le principe de la chaleur , ne puiffe entrer pour 
beaucoup dans la décompofition d’un fel par un autre acide. 
Mais lorfque fa chaleur eft peu confidérable, c’eft une 
partie fi petite des forces qui contribuent à la décompofition 
qu'elle doit être entièrement négligée. 

Troifièmement, M. Kirwan ne fait point attention à la 
force avec laquelle l’alkali tend à fe combiner avec un excès 
d'acide vitriolique, & qui eft cependant réelle & bien 
prouvée, non plus qu'à la produétion de l'acide marin 
déphlogiftiqué ; & ces données de l'expérience me paroiflent 
fufire pour l'explication des phénomènes que je difcute, 
parce que leur influence me paroît beaucoup plus grande 
que celle des autres caufes qui peuvent y contribuer. 

Quatrièmement, lorfque M. Kirwan s’eft fervi des métaux 
pour conftater la décompofition du vitriol de potafle ou du 
vitriol de foude, il a négligé les affinités de ces métaux qui 
devoient agir & opérer la féparation de l'acide vitriolique, 
concurremment avec l'acide marin & l'acide nitreux. 

L’affinité d’un troifième corps qui fert de moyen d'union 
entre deux autres, & qui détermine leur combinaifon, eft 


DNE*S S$ CIE N CE Ss. 307 


une caufe d'un grand nombre de phénomènes, à laquelle 
on n’a pas donné l'attention qu'elle méritoit; c'eft par cette 
affinité intermédiaire que l'air vital fert à combiner les 
métaux & les acides, & que l’eau contribue à combiner Pair 
fixe & la terre calcaire ou la magnéfie; c’eft par cette force, 
que le cuivre qui fe calcine très-lentement à l'air, fe réduit 
promptement en chaux & abforbe Fair, pour fe difloudre 
dans l'acide acéteux qui, fans le contact de l'air, ne peut 
l'attaquer. 

Cette combinaifon d’un métal avec l'air, par l'interven- 
tion d’un acide, & cette union d’un acide avec un métal, 
par le moyen de l'air, ne peuvent avoir lieu, lorfque l'acide 
a une température trop élevée ; ainfi l'acide acéteux ne 
diflout point le cuivre, lorfqu'il eft chaud; ce n’eft que 
lorfqu'il eft refroidi, & qu’on y laïfle féjourner le cuivre 
avec Îe contact de l'air, que ce métal fe diffout. Ces idées 
doivent s'appliquer à ce que j'ai écrit fur la formation du 
vert-de-gris {Mém. de l'Académie, 178 3). 

J'ai pareillement éprouvé que l’alkali volatil ne diflolvoit 
point le cuivre fans le contact de l'air, à moins qu'il ne füt 
dans l’état de chaux. Cette diflolution ne fe fait que par le 
moyen de l’abforption de l'air vital, de forte que l'affinité 
entre Île cuivre, la bafe de l’air vital & l’alkali volatil, n’eft 
pas aflez forte pour décider la décompofition de l'eau. 
Mais il y a des acides dont lation plus forte peut déter- 
miner cette décompolition & dégager du gaz inflammable ; 
il y en a même qui agiflent difléremment, felon que leur 
affinité eft plus ou moins afloiblie par l’eau: ainfi lorfque 
l'acide marin eft concentré, ül peut s'unir au cuivre en 
décompofant l’eau; mais s’il eft très-foible, il ne diflout le 
cuivre que lentement & en abforbant l'air vital; & s’il n'eft 
pas en contact avec l’air, il ne fe fait pas de diflolution. Toutes 
les combinaifons de cette efpèce qui ne fe forment qu'en 
abforbant l'air vital, peuvent fervir d’eudiomètre. 


ODA 
Qq ÿ 


308 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


MÉMOIRE 


SUR 
LA DÉCOMPOSITION DE L'ESPRIT-DE-VIN 
ET DE L'ÉTHER, 

PAR LE MOYEN DE L'AIR VITAL, 


Par M. BERTHOLLET. 


Eàû 

le 27 Avril M PRIESTLEY a retiré du gaz inflammable de l'efprit- 
1735: e de-vin, par le moyen de l’étincelle électrique ; il 
en a aufli retiré qui étoit mêlé à une portion d'air fixe, 

en faifant pafler l'efprit-de-vin à travers un tube d'argile 
échauffé par des charbons ardens. M. Landriani a remarqué 

que dans cette dernière opération, une poudre charbon- 
neufe enduifoit le tube, & M. Monge qui a fait depuis 
long-temps cette expérience, a obfervé que l’eau dans la- 
quelle on recevoit le réfidu de lefprit-de-vin, prenoit Îa 
faveur & l'odeur de l’éther. M. Lavoifier a fait voir que 

dans la combuftion de l’efprit-de-vin ïl fe formoit de l'eau, 

dont le poids furpaffe d’un neuvième celui de l'efprit-de-vin 
confumé : il réfulte, fur-tout de cette belle expérience, que 
l'efprit-de-vin eft compofé en grande partie du gaz inflam- 
mable de l’eau; cependant le gaz inflammable qu'on retire 

de l'efprit-de-vin en le décompofant par la chaleur, donne 

de l'air fixe, lorfqu’on le brûle avec l'air vital, parce qu'il s'eft 
combiné avec une portion du charbon qui eft aufli contenu 

dans lefprit-de-vin. Enfin, l'on fait que plufieurs acides 

en décompofant cette liqueur, forment de l’éther, & que 
l'acide nitreux produit, outre cela, de l'air fixe & de l'acide 
faccharin. J'ai tâché de reconnoître plus particulièrement 

quels étoient les principes de l'efprit-de-vin & de l'éther; par 

IE moyen de l'acide marin déphlogiftiqué. M. Gailifle avoit 


DES SCIENCE s. 309 
déjà tenté de déterminer l'action du gaz muriatique déphlo- 
giftiqué par l’efprit-de-vin; mais il s’eft fervi du procédé de 
M. Schéele, qui n’a pu le conduire qu'à des réfultats impar- 
faits. (Journal de Crell, tome X, pages 262 © 269 }. 

$- I. J'ai mis quinze onces d’efprit-de-vinidans un des 
flacons de l'appareil que j'ai décrit, pour imprégner l'eau 
d'acide marin déphlogiftiqué, & j'ai remarqué qu’il ab{or- 
boit très-facilement l'acide marin déphlogiftiqué, qu'il pre- 
noit beaucoup de chaleur, & qu'il fondoit une portion 
confidérable de 1a glace, dont il étoit environné ; quoi- 
que le gaz eüt paflé dans un premier flacon rempli d’eau 
& également entouré de glace. 

Cette opération, dans laquelle j'ai employé quatre onces 
d'acide marin concentré & une once de manganèfe, étant 
finie, je n'ai point trouvé que l'efprit-de-vin eût l'odeur 
d'acide marin déphlogiftiqué ; mais il avoit celle de l’éther, 
comme l'a obfervé M. Gallifle , il rougifloit les couleurs 
bleues végétales au lieu de les détruire , il failoit eflervef. 
cence avec Îles alkalis; enfin, l'acide marin avoit repris 
fon état naturel. Je réitérai l'opération » & je trouvai que 
l'efprit-de-vin avoit pris une odeur d’éther plus forte ; je 

encore quatre fois la même expérience, & l'acide ma- 
rin déphlogiftiqué parut s’abforber toujours & fe décom- 
pofer avec la même facilité; mais l'odeur d’éther alla en 
diminuant depuis {a feconde opération ; elle étoit prefque 
entièrement diffipée après la dernière ; l’on fentoit au con- 
traire une odeur aflez forte de vinaigre. Alors je faturai 
d’alkali minéral, une moitié de la liqueur qui prit une coy- 
leur jaune tirant fur-le brun , je la diftillai au bain - marie ; 
les premières portions qui pafsèrent.étoient une liqueux 
éthérée qui, cependant, fe méloit avec l’eau; bientôt la fi- 
queur ceffa d’être fpiritueufe, & ne fut que de l’eau qui avoit 
une légère odeur de fucre brûlé. La couleur de celle qui 
toit dans la cornue fe fonçoit de plus en plus, & préfen- 
toit avec la faveur du fel marin , une faveur & une odeur 
bien caractérifées de fucre brûlé ou de caramel; ül s ÿ 


310 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


dépoloit quelques parties noires qui étoient infolubles dans 
l'efprit-de-vin, & qui reflembloient à une huile brûlée. J'ai 
retiré la plus grande partie du fel marin en continuant 
l'évaporation; il eft refté une liqueur épaiffe que j'ai deflé- 
chée à une légère chaleur ; j'y ai mêlé de l’efprit-de-vin, 
qui a pris une couleur brune & une faveur falée, mais tou- 
jours mélée à celle de caramel. Le réfrdu qui n’a pas été 
diflous étoit un mélange de fel marin & de fubftance 
fucrée; j'ai fait évaporer l’efprit-de-vin jufqu'à ce qu’il fe 
foit formé une criftallifation confufe. La fubftance faline qui 
reftoit alors, m'a paru avoir une faveur femblable à celle 
de l’acète de foude, mêlée à celle de la fubftance fucrée. 
J'y ai ajouté un peu d'eau diftillée, j'ai mis cette diffolution 
dans une cornue avec un peu d'acide vitriolique, & j'ai 
diftillé à un feu léger; la liqueur qui a pañlé, avoit d’une 
manière non douteufe, Îa faveur & l'odeur de l'acide 
acéteux. 

$. IL. J'ai cru reconnoître dans cette expérience Ia pré- 
fence du fucre ou d’une matière analogue au fucre; pour 
m'en aflurer, j'ai cherché à déterminer quelle altération le 
fucre pouvoit éprouver de la part de lacide marin déphlo- 
giftiqué; j'en ai donc imprégné de l'eau fucrée, en me fervant 
toujours du même procédé. L’acide marin déphlogiftiqué 
a paru d’abord n'avoir aucune aétion fur le fucre, maïs ayant 
laiffé pendant quelques jours le flacon exactement bouché, 
la liqueur a perdu peu-à-peu la couleur de l'acide marin 
déphlogiftiqué , elle eft devenue femblable à de l'eau pure; 
dans cet état elle a rougi le papier bleu, de façon que 
l'acide marin avoit repris fes propriétés. J'ai répété plu- 
fieurs fois cette expérience fur la même liqueur, & tou- 
jours les mêmes phénomènes ont eu lieu. Après cela j'ai 
faturé d’alkali minéral, a liqueur qui étoit très-acide, 
& je l'ai fait évaporer ; elle a pris peu-à peu une couleur 
brune, & a laiffé un réfidu mélé de fel marin & d’une 
fubftance qui reflembloit au fucre brülé, & qui ne différoit 
du réfidu que j'avois obtenu de lefprit-de-vin, que par fa 


phensh Sico1iE Nic ss, 311 


couleur un peu moins foncée. Une partie de la liqueur 

ui avoit été laiflée dans un flacon fans avoir été expolée 
à d'action du feu, a pris dans un certain efpace de temps 
une couleur jaune foncée. Je penfois qu'il auroit dû fe 
former quelqu'acide nouveau par la combinaifon de l'air, 
mais je n'en ai pu réconnoître aucun. 

Il réfulte delà, premièrement, que l'efprit-de-vin con- 
tient du fucre ; fecondement , que l'air vital de acide marin 
déphlogiftiqué, fait éprouver au fucre un effet analogue à 
celui de la combuftion. I me paroïît probable que cet air 
vital qui eft très-difpofé à fe combiner , parce qu'il eft privé 
d'une partie du principe de Félafticité, s’unit au gaz in- 
flammable de la partie huileufe du fucre & forme de l'eau : 
par-là le fucre eft réduit dans un état charbonneux. C’eft 
ainfi que lorfqu'on dégage du gaz inflammable d'une huile, 
par le moyen de l’étincelle électrique, les parties de Fhuile 
qui font décompofées, laiflent précipiter des molécules de 
charbon, comme M. Monge l'a obfervé : de mème Jorf- 
qu'on diftille du fucre ou bien une huile, & qu'il s'en dégage 
du gaz inflammable, le réfidu eft dans un état charbon- 
neux ; mais ft l’on fait une combuftion à l'air libre, le 
charbon fe combine lui-même avec l'air vital pour former 
de air fixe. Il refte à découvrir pourquoi l'air vital de 
l'acide marin déphlogiftiqué, ne peut fe combiner avec le 
charbon, avec lequel cependant il a une grande affinité, 
pendant qu'il fe combine avec le gaz inflammable, privé 
d’élafticité, avec le foufre, le phofphore & les fubftances 
avec lefquelles il a le moins d’aflinité. 

$: IL. Une moitié feulement de l’efprit-de-vin que j'avois 
imprégné d'acide marin déphlogiftiqué, avoit férvi à ces 
premières expériences. J'ai tenu l'autre moitié pendant 
près de deux mois dans un flacon bouché exaétement ; cette 
liqueur qui n’avoit d’abord à l'œil que l'apparence de l'ef- 
prit-de-vin, avoit pris peu-à-peu une couleur jaune; dans 
cet état je l’imprégnai encore plufieurs fois d’acide marin 
déphlogiftiqué, après cela je da faturai d’alkali minéral ; 


12 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
3 


elle fe troubla , & j'aperçus un peu d'huile qui venoit 
nager à fa furface; je la filtrai, & il refta fur le filtre 
une huile brune, dont une partie étoit prefque concrète : 
je diftillai la liqueur ; la première portion qui pañla avoit 
foiblement l'odeur & la faveur de l’éther; en continuant 
l'opération, j'en féparai le fel marin, & j'eus un réfidu 
femblable à celui de la première expérience, fi ce n’eft 
que je ne pus y retrouver l'acide acéteux, quoique la 
liqueur en eût manifeftement l'odeur. 

$. IV. J'ai foumis l’éther vitriolique à des opérations 
femblables ; il a auffr abforbé & décompolé une grande 
quantité d'acide marin déphlogiftiqué en produifant beau- 
coup de chaleur : la couleur n'a point changé, orfque } j'ai 
faturé d’alkali minéral , l'acide marin qui venoit de fe 
reproduire, mais il de féparé une quantité aflez confi- 
dérable d’une huile très-légère, aromatique , & femblable 
à celle qu'on retire dans le procédé de léther vitrio- 
lique, & qu on connoît fous le nom d'huile douce de vitriol. 
La liqueur filtrée faifoit un petit préci pité avec la diffolution 
de terre pefante; je l'ai diftillée, j'en ai retiré un peu d’éther 
non décompofé, après cela beaucoup d’eau: fur la fin de la 
diftillation , la liqueur qui étoit dans la cornue eft devenue 
un peu jaune, & il n’eft refté, en continuant l'évaporation, 
que du fel marin un peu coloré en jaune. 

Ces dernières expériences font voir que l'éther contient 
une huile légère combinée avec une furabondance de 
gaz inflammable , lequel , s’uniflant avec Vair vital de 
l'acide marin déphlogiftiqué, forme de l’eau ; il s’y trouve 
aufir un peu de l'acide dont on s’eft fervi pour fa pro- 
duction, ainfi que M. Schéele l'a déjà prouvé, & cette 
petite portion d'acide eft probablement le feul principe 
qui conflitue la différence des éthers. La couleur jaune 
qu'a prife la liqueur fur la fin de l'évaporation, me 
paroît dûe à une portion d'huile qui a été décompofée 
par l'acide marin déphlogiftiqué; & fi l'opération eût 
été pouflée plus loin, toute Lboile légère auroit été 

décompofée 


D'ESISICTE N CE S 312 


décompofée de la même manière, parce qu'elle auroit été 
privée du gaz inflammable qui entre dans fa compofition. 

La nature de l’éther & fa différence avec l’efprit-de-vin, 
me paroiflent déterminées avec aflez de précifion par les 
obfervations précédentes; & l'on peut facilement rendre 
raifon de toutes les propriétés qu'on lui connoït. Je vais 
préfenter les idées que je me fuis faites fur fa formation. 

$. V. Les expériences des $. [ & IIT, prouvent que 
l'efprit-de-vin contient de huile qui fans doute eft 
beaucoup plus fluide que je ne l'ai retirée, par les raifons 
qu'on va voir. Cette huile eft combinée avec du fucre, 
du gaz inflammable , & une certaine quantité d'eau. Lorf- 
qu'on mêle à l'efprit-de-vin un acide dont l'air vital peut fe 
combiner avec une portion du gaz inflammable & de l'huile, 
les principes qui formoient l'efprit-de-vin fe trouvent dé- 
funis; la plus grande partie du gaz inflammable fe vola- 
tilife avec la portion a plus fubtile de l'huile, & entraîne 
dans cette combinaïfon une petite portion de l'acide qu’on 
emploie; la portion la moins ténue de Fhuile & le fucre 
reftent dans la cornue à moitié brülés par l'air vital enlevé 
à l'acide. 

L’éther eft donc, d’après cette manière de voir, une 
huile qui s’eft féparée de l’efprit-de-vin, & qui eft com- 
binée avec un excès de gaz inflammable & avec une très- 
petite quantité de acide qui-a fervi à fa formation. 

Cette théorie me paroïît expliquer d’une manière fatis- 
faifante ce qu'on obferve lorfqu'on fait l’éther par le moyen 
de différens acides. H eft d’abord manifefte que tous perdent 
une partie d'air vital, que l'acide marin doit être dans l’état 
d'acide marin déphlogiftiqué, & l'acide acéteux dans celui 
de vinaigre radical, état dans lequel il a une plus grande 
quantité d'air vital, comme je l'ai fait voir /Aém. de l’ Acad, 
1783). Si l'acide ne cède pas facilement fon air vital, il 
faut de Ja chaleur; c’eft le cas de l'acide vitriolique: 
alors ft Von pouffe [a diftillation après que l’éther s'eft 
dégagé, il pale une portion d'huile; mais une partie de cette 


Mém. 1785. Rr 


314 MÉMoIiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


huile devenue épaifle, & parce que la partie la plus fluide 
s'en eft dégagée, & parce que l'acide a agi fur elle, refte 
dans a cornue avec le fucre, qui eft réduit lui-même dans 
un état prefque charbonneux. Ce mélange donne au réfidu 
une apparence bitumineufe. 

Si l'on fe fert d'acide nitreux qui contient beaucoup 
d'air vital, & qui le cède facilement, l'opération peut fe 
faire fans feu, la féparation de l'éther eft rapide; & lorfqu'on 
diltille la liqueur, après en avoir féparé l'éther qui s’eft 
formé , l'huile épaille & le fucre fe trouvent entièrement 
dénaturés ; Fun & f'autre probablement font changés en 
acide faccharin & en air fixe. Sil’on traite l'éther qu'on vient 
de former avec de nouvel acide nitreux , il fe décompole 
de nouveau, & l’on en retire de l'huile. 

Dans mes expériences avec l’acide marin déphlogiftiqué, 
il ne s’eft point féparé d’éther, parce que, comme la chaleur 
ne déterminoit pas la partie la plus fluide à fe dégager, 
elle fubifoit l'action fucceflive du gaz qui étoit abforbé ; 
mais M. Schéele a fait de l'éther marin en mélant de lacide 
marin, de la manganèfe & de l'efprit-de-vin, & en diftillant 
ce mélange. 

En confidérant que l'acide marin n’a point d'action fur 
Fefprit-de-vin, lorfqu'il n’eft pas combiné avec l'air vital, 
il étoit naturel de penfer que l'air vital fe combinoit pour 
former l'éther. C’eit une opinion qu'a eue M. de Fourcroy, 
dans fes Elémens de chimie, & qui s’étoit aufli préfentée 
à moi { Mém. de l'Acad, 1782, page 60 1); mais je penfois 
alors qu'il entroit réellement dans la compofition de l'éther, 
au lieu qu'il me paroît prouvé par les obfervations précé- 
dentes, que c’eft en {e combinant avec une portion du gaz 
inflammable & de l'huile, qu'il agit & qu'il produit la 
féparation de l’éther. 

Cette combinaifon de l'air vital avec le gaz inflammable de 
l'efprit-de-vin & avec celui de l’éther , n’eft point douteufe, 
car l’on a vu que l’un & l’autre, traités avec l'acide marin 
déphlogiftiqué, fe changeoient pour la plus grande partie 


DFE SU SICILE, NLC:E S, 315 


en eau. L'air vital agit donc, dans cette circonftance, de 
la même manière que dans lexpérience de, M. Lavoifier, 
fi ce n'eft qu'il ne fe produit point de Iümière fenfible; 
& quoique la chaleur qui fe dégage foit affez confidérable, 
comme l'indique la fonte de la glace, elle l'eft cependant 
moins que fi l'air vital étoit dans l'état élaftique. C’eft 
une véritable combuftion dont le principal réfultat eft de 
l'eau, & qui fe fait au milieu d’un fluide qui, étant bon 
conducteur de Ia chaleur, la diftribue auflitôt qu'elle eft 
dégagée; de forte qu'il ne lui permet pas de s’accumuler 
dans quelques parties, comme il arrive dans la combuftion 
qui fe fait dans air. 

Pour l'acide acéteux que j'ai retiré dans les expériences 
du premier $, & que je n'ai pas retrouvé dans celles du 
troifième, je ne fais s’il étoit d'abord formé, & fi enfuite 
il s'eft détruit ; car M. Schéele a formé de l'acide acéteux 
en diftillant de l'éther vitriolique avec de la manganèfe & 
de l'acide vitriolique, & plufieurs expériences m'ont prouvé 
que l'acide marin déphlogiftiqué décompofe la plupart des 
acides végétaux ; mais cet objet demande de nouvelles 


obfervations. 


Rrij 


le 


Lû 


11 Juin 


1785. 


G 


cc 


316 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


A NA MEME 
DE L'AL KA LA V'ONEAT IL 


Par M. BERTHOLLET. 


LUSIEURS Chimiftes ont penfé que lalkali volatil 

devoit fon origine à l’alkali fixe, & la plupart ont 
admis une matière inflammable dans fa compolition. M. 
Prieftley, qui nous à appris à donner une forme gazeufe 
à l’alkali volatil, a remarqué que le gaz alkalin agrandifloit 
les lumières qu'on y plongeoit, avant de les éteindre, & 
il l'a regardé comme inflammable. 

H a fait plufieurs explofions électriques dans le gaz 
alkalin, & il en a dégagé un gaz qui ne s’eft plus aïffé ab- 
forber par l'eau, mais qui s'efl trouvé inflammable. M. Van- 
Marum a aufli réduit le gaz alkalin en gaz inflammable 
{Defcription d'une grande machine électrique, Sc. page 128). 
D'un autre côté, M. Schéele a obfervé que lalkali volatil 
fe décompofe, lorfqu'on le tient long-temps en digeftion 
avec l'acide nitreux & la manganèle, ou lorfqu'on diflille 
le {el ammoniac avec cette même chaux métallique /Differ- 
tation [ur la manganefe, page 94). I remarque de plus, 
que l'alkali volatil eft décompolé par la chaux d’or, celle 
de mercure & d’autres métaux: il a retiré, dans ces difié- 
rentes décompofitions, un gaz phlogiftiqué, fans déterminer 
f. ce gaz eft un produit de l'opération, ou s'il exifloit 
auparavant dans l'alkali volatil. « En général, dit-il, toutes 
les fois qu'un corps attire le phlogiftique de l'alkali volatil, 
l'une de fes parties conflituantes, on obtient toujours cette 
efpèce d'air » {Traité chimique de l'air à du feu, pages 202 
&7 fuiv.). M. Bergman conclut de fes propres expériences 
{ur l'or fulminant, & de celles de Schéele, qu'on vient de 
rapporter , que l'alkali volatil contient du phlogiftique , 
& que lorfque ce princige lui eft Ôôté par une attraction 


pes aS ic TE Noix ns, 317 


fupérieure , il s'en dégage un fluide élaflique d'une nature 
particulière, qui conflitue probablement l'autre principe de l'alkali 
volatil, M. Kirwan dit pareïllement, dans fes notes fur le 
traité de l'air & du feu de Schéele, que la chaux d'or enlève 
le phlogiftique à l'alkali volatil, & qu'i/fe forme fubitement 
une forte d'air qui, en vertu de [es propriétés découvertes par 
Schéele, eff un air phlogiftiqué. 

En confidérant les différentes expériences & les opinions 
dont je viens de préfenter un précis, j'ai efpéré que je 
pourrois parvenir à une connoiflance plus exacte de 1a 
nature de l'alkali volatil, & que je pourroïs par ce moyen 
répandre du jour fur plufieurs opérations de la nature, 
dans lefquelles cet alkali fe forme ou fe détruit. 

‘J'ai cherché premièrement à déterminer les produits 

u'on obtient du nitre ammoniacal, lorfqu'il fe décompofe 
par lation de la chaleur. J'ai mis pour cet objet deux 
onces de nitre ammoniacal féché avec foin, dans une 
petite cornue de verre, à laquelle étoit adapté un tube 
recourbé qui s’ouvroit au fond d’un flacon; un autre tube 
recourbé établifloit une communication entre ce premier 
flacon & un fecond, au fond duquel il plongeoit égale- 
.ment; enfin de ce dernier flacon partoit un tube qui fe 
rendoit à un appareil hydro-pneumatique; les deux flacons 
étoient vides & environnés de glace. J'ai diftillé à un feu 
bien ménagé, il eft refté dans la cornue un gros de nitre 
ammoniacal non décompofé, & ies deux flacons conte- 
noient une once quarante-trois grains de liqueur ; pendant 
toute l'opération il s'eft dégagé une grande quantité de ce 
gaz fmgulier, qui a la propriété de fe difloudre dans l'eau, 
fans lui communiquer des propriétés acides, & dans lequel 
cependant une bougie brûle prefque comme dans l'air vital 
“pur. M: Prieflley a retiré un gaz femblable dans plufieurs 
 circonftances, & il l'appelle air nitreux déphlogiffiqué ; À me 
paroit qu'effectivéement on doit le regarder comme un gaz 
nitreux qui contient un peu plus d'air vital qu'à l'ordinaire. 
J'ai ditillé au bain-marie la liqueur obtenue dans l'opé- 


318 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ration précédente, & qui préfentoit des indices d’une 
acidité affez forte; un flacon qui fervoit de récipient, étoit 
enveloppé d'un linge mouillé qu'on renouveloit de temps 
en temps ; il eft reflé dans la cornue quatre gros trente- 
deux grains de nitre ammoniacil qui avoit été volatilifé 
fans fe décompofer dans la première diflillation. J'ai faturé 
d’alkali végétal la liqueur qui étoit pañlée dans le flacon, 
il ne s’eft point dégagé d'odeur d’alkali volatil dans cette 
faturation ; enfin j'ai fait évaporer au baïin-marie a liqueur 
que je venois de faturer ; j'en ai obtenu de l'eau parfaite 
ment pure, femblable à de l'eau diflillée, & il eft refté 
dans la cornue cinquante - quatre grains de nitre à bafe 
d’atkali fixe: ces cinquante-quatre grains de nitre doivent 
contenir, felon l'évaluation de M. Bergman, à peu - près 
vingt-fept grains d'alkali, neuf Srains d'eau & dix-huit 
grains d'acide pur. Voici donc les produits de cette opé- 
ration, dans laquelle on a employé deux onces de nitre 
ammoniacal, dont un gros eft refté dans la cornue. 


Liqueur contenue dans Îes flacons. ...... “se TC AUE 
Nitre ammoniacal contenu dans cette liqueur.. 45% 32. 
Acide nitreux contenu dans la même liqueur... 18. 
Et par conféquent eau formée. ........,... 38 65. 


De forte que dans cette opération, il s'ef décompofé une 
once deux gros quarante grains de nitre ammoniacal, & 
il en eft réfulté trois gros foixante-cinq grains d’eau. 

Il y auroit peut-être une petite déduction à faire, à caufe 
de l’eau de criftallifation du nitre ammoniacal décompolé, 
quoiqu'il eût été fortement défléché; mais mon intention 
eft principalement de prouver qu'il s'eft formé de l’eau, 
& non de donner le calcul précédent comme rigoureux ; 
il s’eft fait d’ailleurs quelque perte d'eau dans l'opération, 
de forte que la quantité de celle qui a été formée, eft 
probablement plus grande que je ne l'ai indiquée. 

Les expériences qu'on a faites fur la compofition de 
l'eau, prouvent que l'eau eft formée d'environ fix parties 


DÉS LS, CHIEN CE, 319 


en poids d'air vital, & d’une partie de gaz inflammable ; 
& celles qu'on a faites fur la nature de facide nitreux, 
prouvent que cet aciile contient environ 0,7 d'air vital: 
il faut donc que l’alkali volatil ait donné, dans l'expérience 
précédente , quarante grains + de gaz inflammable, pour 
former l’eau avec l'air vital de f’acide nitreux. Donc Ze gaz 
inflammable de l'eau eff une partie conflituante de l'alkali volatil. 
Ces expériences que j'avois faites conjointement avec 
M. de la Place, m'éclairèrent fur un phénomène que me 
préfenta l'acide marin déphlogiftiqué. Je favois déjà que 
cette fubftance étoit dûe à l'union de l'acide marin & de 
l'air vital; qu'elle ne fe combinoïit pas direétement avec 
les alkalis fixes & avec les terres abforbantes, & qu'elle 
n’en chafloit pas l'air fixe; cependant lorfque j'éprouvai 
cet acide avec l'alkali volatil effervefcent, & même avec 
l'alkali volatil cauitique, j'obfervai qu'il faifoit eflervef- 
cence, & qu'il perdoit à l'inftant les propriétes qui le 
caraétérifoient : j'attribuai ces phénomènes à la formation 
inftantanée de l'eau par le gaz inflammable que je favois 
exifler dans f'alkali volatil, & par l'air vital uni à l'acide 
marin, pareille à celle qui a lieu dans l'expérience précé- 
dente ;,je conjecturai que le gaz qui produifoit l'efter- 
vefcence avec l'alkali volatil cauftique, & que je féparois 
de l'air fixe, après leflervefcence de falkali volatil 
aéré, étoit l'autre principe qui formoit f'alkali volatil par 
fa combinaifon avec le gaz inflammable. Je vais rappeler 
le paflage demon Mémoire où j'annonce les produits de 
l'alkali volatil: « l'acide marin déphlogiftiqué fe conduit 
tout autrement avec l’alkali volatil qu'avec l’alkali fixe; « 
leflervefcence a lieu, même lorfque lalkali volatil eft « 
cauftique, parce qu'i fe produit un gaz particulier, mais « 
elle eft moins confidérable; le fel ammoniac qui réfulte « 
immédiatement, m'altère pas les couleurs, & eft fem- 
blable au fel ammoniac ordinaire; mais cette différence de « 
d'alkali volatil avec l'alkali fixe, dépend d’une combinaifon « 
qui fe forme dans l'inftant entre Valkali volatil & l'air « 


à 


# 


À 


320 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


» déphlogiftiqué, combinaifon qui a également lieu dans 
» d’autres circonftances, comme je ne tarderai pas à le faire 
» connoitre, » 

Le gaz obtenu par Île mélange de alkali volatil & de 
Facide marin déphlogiftiqué, m'avoit préfenté toutes les 
propriétés négatives qui caractérifent l'air phlogiftiqué ou 
la mofette atmofphérique ; & l’on verra plus bas, que je 
me fuis affuré de fa nature ; j'ai d’ailleurs prouvé que l'a- 
cide marin déphlogiftiqué n’eft qu'une combinaifon d’acide 
marin & d'air vitaf: lors donc que l'acide marin déphlo- 
giftiqué décompofe l'alkali volatil, en lui enlevant fon gaz 
inflammable, il ne fait que dégager la mofette, qui par 
conféquent exiftoit dans l'alkali volatil. I réfulte delà que 
Valkali volatil eft une combinaïfon de gaz inflammable & 
de mofette, & ce réfultat fera confirmé par les expériences 
qui fuivront. On voit par-là d’où provenoient les bulles que 
M. Schéele a vues s'échapper des gouttes d’alkali volatil 
qu'il avoit miles au col du ballon deftiné à recevoir le gaz 
acide marin déphlogiftiqué, & comment l'alkali volatil qu'il 
a mis digérer avec la manganèfe & l'acide nitreux, a pu étre 
décompofé. 

Le gaz inflammable doit former de l’eau, lorfqu'il fe 
combine avec l'air vital fixé dans les chaux métalliques ; 
fr l’on pouvoit avoir des doutes fur cet objet, ils feroient 
diffipés par les expériences que le célèbre Prieftley vient 
de publier, quoique la théorie qu’il en donne foit différente 
de celle qui me paroît établie inconteftablement fur la 
formation de l’eau. Il a converti en chaux du mercure, 
du cuivre & du fer, dans de l'air vital: ces métaux ont 
acquis un poids égal à celui de l'air vital qui a difparu 
dans leur calcination; enfuite il a revivifié ces chaux par 
le moyen du gaz inflammable, & il a retiré un poids d’eau 
égal à celui de l'air vital qui s’étoit fixé dans la calcination, 
& à celui du gaz inflammable qui a été employé dans la 
revivification. é 
© J'ai donc penfé qu'en revivifiant une chaux métallique 


par 


DES SCIENCES. 321 


par falkali volatil, le gaz inflammable, dont l'exiftence 
étoit prouvée dans l’alkali volatil, par mes premières expé- 
riences, devoit former de l’eau en fe combinant avec l'air 
vital des chaux métalliques, & que par-là, la mofette devoit 
être mile en liberté. J'ai diffous du cuivre dans l’alkali 
volatil, j'ai fait fécher avec foin le fel réfultant de cette 
combinaifon, je l'ai mis dans un tube de verre fcellé à 
l'une de fes extrémités, & recourbé par l’autre, de manière 
à s'adapter à l'appareil hydro-pneumatique; en l’expofant 
ainfi à l’action de [a chaleur, il s’en eft dégagé de l’eau, 
le cuivre s’eft complétement revivifié, & j'ai obtenu de 
la mofette : l’eau retenoit une portion d’alkali volatil non 
décompofé, qui tenoit encore un peu de chaux de cuivre 
en diflolution. 

L'on voit à préfent à quelle caufe font düûes les pro- 
priétés de For fulminant : l'or s'y trouve en état de chaux, 
c'eftà-dire, qu’il eft uni avec de l'air vital ; il eft de plus com- 
biné avec l’alkali volatil, comme l’a fi bien prouvéM. Berg- 
man; le gaz inflammable de l’aikali volatil forme de l'eau 
avec Fair vital, fa mofette eft foudainement dégagée & 
le métal eft revivifié. 

H me paroît que l'air vital abandonne d’autant moins 
du principe de la lumière ou de la chaleur, qu'il eft plus 
foiblement combiné ; de forte qu'ayant peu d’affinité avec 
l'or , il doit en avoir confervé une certaine quantité, & 
Tabandonner en fe combinant fubitement, d’une manière 
plus intime, avec le gaz inflammable, pour former de l’eau; 
& de-là vient qu'on obferve une petite lumière dans Ja 
détonation de l'or fulminant. J’attribue moins au dégage- 
ment de {a mofette les grands effets de cette détonation, 
qu'à l'expanfion de l’eau qui vient de fe former & qui 
eft réduite en vapeurs. 

Je me fuis fervi du gaz qui fe dégage dans la déto- 
nation de l'or fulminant, pour m'aflurer que c’eft réel- 
lement de la mofette que contient l’alkali volatil; & pour 
le retirer bien pur, j'ai rempli d’eau bouillie une petite 


Méem. 1 78 Se Sf 


322 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROFALE 


cornue de verre, dans laquelle javois mis de l’or fulmi- 
nant ; jai diltillé cette eau à l'appareil pneumatique; 
lorfque la cornue s'eft trouvée sèche, Vor fulminant a 
détoné pour la plus grande partie, & quoiqu'il y en eût 
fept grains, la cornue n’a pas éclaté, parce que fon iflue 
étoit libre: j'ai enfuite retiré le gaz qui s’étoit dégagé, en 
plongeant la cornue dans l’eau; je l'ai mêlé avec les pro- 
portions d'air vital indiquées par M. Cavendish; j'ai foumis 
ce mélange à l'action de l'électricité, & la diminution qu’il 
a éprouvée a été femblable à celle qu'on obtient lorfqu'on 
fe {ert de la mofette atmofphérique. 

Dans toutes les décompofitions d’alkali volatil cauftique 
que j'ai faites, je n’ai point pu obferver qu'il fe dégageit 
d'air fixe, ainfi que M. Laudriani vient de le publier, 
& j'y ai apporté beaucoup d'attention : M. Bergman n’a 
également point obtenu d'air fixe de la détonation de l'or 
fulminant. 

J'ai éprouvé que, lorfque j’expofois l'or fulminant à la 
chaleur avec beaucoup de ménagement, Valkali volatil fe 
dégageoit de l'or fulminant fans fe décompofer ; dans ce 
cas, l'or reftoit dans l’état de chaux, & perdoit fa pro- 
priété fulminante, ou du moins il ne faifoit que décrépiter, 
lorfqu’on le foumettoit à l’action d’une plus forte chaleur; 
cela explique une obfervation de M. Bergman , qui a 
prouvé qu'on pouvoit Ôter à l'or la propriété fulminante, 
en le tenant expofé à une douce chaleur. 

On trouve dans les Tranfaétions philofophiques, que 
de Vor fulminant enfermé dans une boule de métal, & 
expofé ainfi à la chaleur, ne fit point de détonation. 
M. Bergman rapporte qu'il a fait deux expériences pa- 
reilles ; il eft probable que l'air vital de la chaux d'or 
fe fera combinée avec l’autre métal, de forte qu'il n'y 
aura pas pu avoir décompofition de f'alkali volatil ; c'eft 
ainfi qu'on revivifie une chaux métallique par un autre 
métal qui a plus d’affinité avec l'air vital. Mais fi 4 
vapeur qui doit fe former trouve une iffue aflez libre, 


BLHISIIS CALE NiC ES 323 


la détonation a lieu, comme je m'en fuis affluré en me 
fervant de tubes de cuivre, dans lefquels j'avois placé de 
l'or fulminant: je mettois par-deflus du fable bien fec, 
& je rempliflois enfuite de mercure. 

L'alkali volatil, & plus généralement le gaz inflammable, 
ne peuvent point revivifier complétement, par le moyen 
de la chaleur, les chaux des métaux qui ont Îa propriété 
de décompofer l’eau; & lorfque M. Prieftley dit qu'il a 
revivifié la chaux de fer par de gaz inflammable, ïl eft 
très-probable qu’il n’a fait que lui ôter cette portion d'air 
vital qui n’avoit avec lui qu’une afhnité inférieure à celle 
que ce principe a pour le gaz inflammable. Aïnfi Ja chaux 
de manganèle, qui a une forte affinité avec l'air vital, 
n'aura pu être privée par l'alkali volatil, dans les expé- 
riences de M. Schéele, qu’à peu-près de cette portion qui 
s’en dégage , lorfqu'on la traite avec les acides. 

J'avois cherché à déterminer les proportions du gaz 
inflammable & de la mofette, qui compofent l’alkali volatil, 
par le poids de Valkali volatil qui fe trouve combiné dans 
l'or fulminant, & par {a quantité d’eau qui doit fe former 
à l’inftant de fa détonation; & j'avois déduit cette quantité, 
de laugmentation de poids qu’acquiert l’or lorfqu'on le 
précipite de fa diffolution par lalkali minéral cauftique, 
car cette augmentation eft dûe à l'air vital, & l’on connoît 
qu'elle eft la proportion de gaz inflammable qu’exige l'air 
vital pour former de l’eau. De ces différentes comparaifons, 
j'avois conclu que le gaz inflammable formoit à peu-près 
le fixième en poids , ou les deux tiers en volume, de 
Valkali volatil (Journal de phyf. avril 1786, page 273). 

Mais j'ai cherché depuis lors à déterminer les propor- 
tions des principes de Falkali volatil, par une méthode 
plus direéte & plus précife : j'ai décompofé ’alkali volatil, 
par le moyen de l’étincelle éledtrique , ainfi que l’a fait 
M: Prieftley; & comme je defirois mettre beaucoup de 
précifion dans cette expérience, j'ai prié M. le Préfident de 
Saron de vouloir bien y concourir. 

Sf ï 


324 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyALE 

Nous avons fait du gaz alkalin avec un mélange d’une 
partie de fel ammoniac & de trois à quatre parties de chaux 
nouvellement calcinée, de manière qu'il devoit être dépourvu 
d’eau: nous avons pris les précautions néceffaires pour qu'il 
fût bien pur : nous l'avons introduit dans un tube de verre 
garni d'un excitateur; l'efpace qu'il occupoit, toutes correc- 
tions faites, a été évalué, par le moyen de l’eau, à 1,7 pouce 
cube. On l'a électrifé jufqu’à ce que l'augmentation du volume 
n'ait plus été fenfible ; après cela, on a introduit une petite 
quantité d’eau dans le tube, & on n'y a point reconnu d’ab- 
forption , quoiqu'on l'ait agité , de forte que le gaz alkalin a 
paru entièrement décompofé; l'augmentation de fon volume 
aété de 1,6 pouce cube; enfuite on a introduit ce gaz dans 
l'eudiomètre de M. Volta, en mêlant fücceffivement chaque 
mefure avec de Fair vital, & en faifant détoner après 
chaque addition, de la manière fuivante: 


1.° Deux mefures d'air vital. 
Une mefure de gaz alkalin décompofé, 
2.° Une mefure d'air vital. 
Une mefure de gaz. 
3° Deux mefures d'air vital. 
Une mefure de gaz. 
4° Une mefure de gaz. 
En total, Cinq mefures d'air vital, & quatre mefures de gaz, 


. Ces neuf mefures ont été réduites à 4,6"* , de forte qu'il 
yaeu 4,4" détruites. On a eu l'attention, dans cette expé- 
rience, de mettre une furabondance d’air vital pour être 
für de détruire toute la partie combuftible ; mais. on fait 
que la combuftion fait difparoître à peu-près 145 mefures 
de gaz inflammable contre 74 d’air vital. I réfulte de-là , que 
les 4,4"* détruites en repréfentoient 2,9 de gaz inflam- 
mable & 1,5 d'air vital. Donc les quatre mefures du gaz 
électrifé qu’on eflayoit, repréfentoient 2,9" de gaz inflam- 
mable & 1,1 de mofette; car les expériences détaillées 
dans ce Mémoire, prouvent bien que la partie de ce gaz 


DUENSAIS CURE N'CE 325 
qui n'eft pas combuftible, eft de Ja mofette. Si Ton fup- 
pofe que le poids de celle-ci foit au poids du gaz inflam- 
mable pur <= 11:1, Îe poids de la mofette contenue 
dans l’alkali volatil doit être à celui du gaz inflammable 
— 121:29. 

Les appréciations qu’on vient de faire s'accordent d’une 
manière fatisfaifante, avec le poids que M.° Fontana & 
Kirwan ont reconnu dans le gaz alkalin, & qu'ils difent 
être de o,2 grains le pouce cube; l’on peut s'en affurer par 
un calcul facile. 

Suivant M. Prieftley, le gaz alkalin augmente à peu- 
près de trois fois fon volume par le moyen de l’électri- 
cité; mais n’ayant pas eu pour but de déterminer les pro- 
portions des principes de l’alkali volatil, il n'aura pas pris 
les précautions néceffaires, & il aura négligé les corrections 
qu'exige cette évaluation. 

M. Van-Marum eft au contraire au-deflous de notre éva- 
Juation ; 2 7 pouces de gaz alkalin fe font accrus dans l’ex- 
périence qu'il décrit, jufqu'à 4 +, & pendant les quatre 
minutes fuivantes, il s’eft fait une diminution d'un quart 
de pouce. On peut conjeéturer qu’il a foumis à l'électricité 
fon gaz alkalin avant de lui avoir laïffé prendre la tempé- 
rature de latmofphère, ou plutôt qu'il a laiflé pañler un 
peu d’eau dans le tube ; car il a reçu ce gaz de l’efprit de fel 
ammoniac par la chaleur. 

Je ferai voir inceffamment que c'eft par [a combinaifon 
de la mofette & du gaz inflammable, que l’alkali volatil fe 
forme , foit dans la putréfaétion, foit dans la diftiflation ; 
je déterminerai la caufe pour laquelle un genre de fubftance 
produit des liqueurs fpiritueufes, pendant qu'un autre 
produit de ’alkali volatil; & je développerai les principes 
defquels dépend ce caraétère remarquable qui diftingue es 
fubftances de nature végétale, de celles qui font de nature 
animale. 

L'on a aufi obfervé qu'il fe formoit de l’alkali volatil dans 
quelques opérations de chimie, fur des fubftances de nature 


= 


326 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


minérale. Ainfr, Pott rapporte que le zinc traité avec Ie 
nitre d’une manière qu'il décrit / Differtation fur le zinc), 
donne de ’alkali volatil. M. Higgins a dégagé de lalkali 
volatil, en broyant avec l'alkali fixe de l’étain précipité 
fpontanément de l'acide nitreux. IL faudroit fuivre les détails 
de ces expériences pour déterminer comment la mofette 
s'eft combinée avec le gaz inflammable ; mais il faut remar- 
quer que dans l’une & l'autre il s’eft trouvé de l'acide 
uitreux qui a dû communiquer la mofette. 


DES SCIENCES. 327 


OBSERVATIONS 


SUR LA COMBINAISON DE L'AIR VITAL 
AIRE NC 14ES 0H U I L ES 
Par M. BERTHOLLET. 


EF pris le cours des expériences que j'ai faites avec 
l'acide marin déplogiftiqué, j'ai obfervé que les huiles 
par expreffron s’épaifliffoient & prenoient une telle pefanteur 
qu’elles defcendoient au fond de l’eau, quoique la pefanteur 
fpécifique de ce fluide füt augmentée par l'acide marin 
provenant de la décompofition de l’acide marin déphlo- 
giftiqué, dont les vapeurs y avoient été concentrées de Îa 
manière qui a été expliquée dans mon Mémoire fur l'efprit- 
de-vin & l'éther : l'huile eflentielle de térébenthine a pré- 
fenté le même phénomène. J'en ai conclu que les huiles 
fe combinoient avec Fair vital, & que cette combinailon 
leur donnoit de la confiftance & changeoit leurs propriétés. 
M. Schéele avoit déjà obfervé que les huiles effentielles 
s’'épaiflifloient par l’action du gaz acide marin déphlo- 
giftiqué. 

De-là, j'ai tâché de reconnoître fi les huiles pouvoient 
aufli fe combiner avec l'air dans l’état élaftique, & fi l'air 
y confervoit fes propriétés, ou s’il formoit quelque combi- 
naifon dans laquelle il fe trouvât déguifé. J'ai mis de 14 
limaille de cuivre dans un flacon rempli d’huile d'amande 
douce qui venoit d’être exprimée; je l'ai bouché auflitôt. 
Le métal n’a point été attaqué, & l'huile n’a point changé 
de couleur dans un long efpace de temps; mais de la même 
huile expofée à l'air avec un peu de cette limailie, a pris 
promptement une couleur verte düûe à la diffolution de cuivre. 
Un pareil mélange expofé dans un vaifleau rempli c'air 
vital, a pris pareillement une couleur verte, & l'air viial 
a éprouvé une diminution confidérable ; enfin la même 


Novembre 
1785: 


328 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
huile, expofée pendant quelque temps à l'air, a, de même 
que l'huile d'olive, diffous le cuivre fans avoir befoin du 
contact de l'air. 

L'on voit par-là que les huiles ont la propriété de fe 
combiner avec l'air vital, même lorfqu’il eft dans l’état 
élaftique ; que c’eft par le.moyen de cet air qu'elles peuvent 
difloudre le cuivre; que par conféquent ce métal doit être 
réduit en chaux pour être tenu en diflolution dans les 
huiles, de même que pour fe difloudre dans les acides ; 
& que l'air abforbé par les huiles par expreflion, y con- 
ferve les propriétés diflolvantes qui lui font propres; mais 
le beurre, le fuif, l’axonge & la térébenthine, que j'ai tenus 
en fufion à une légère chaleur fur la limaille de cuivre, ne 
l'ont point attaquée. L'air qui peut fe trouver dans ces 
différentes fubftances, n’y conferve donc plus fes propriétés, 
mais il y forme probablement quelque acide, par exemple, 
l'acide fébacé de fegner dans les graïfles animales. 

Cet état différent de combinaïfon, qui doit avoir éga- 
lement lieu pour le gaz inflammable, e charbon & les 
autres principes primitifs & fecondaires, fert à expliquer 
ce qui fe pafle dans plufieurs opérations de la nature; les 
mêmes principes, en fe rapprochant davantage, & en fe 
plaçant, pour ainfi parler, dans une autre fphère d’aétivité, 
peuvent produire des compolés très-variés. C'eft ainfi , 
par exemple, que fair vital qui fervoit à former l'acide 
du tartre & de facète de potaffe, dont j'ai décrit fa 
décompofition ( Aém. de l’Acad. de 1782), a dû fe rap- 
procher & fe combiner avec une partie du gaz inflammable, 
pour former de l'eau, & avec une partie du charbon, pour 
former de l'air fixe que j'ai effectivement trouvé combiné 
avec l’alkali; l'huile épaifie eft auffi reftée unie avec l'alkali : 
c'eft ainfr que fe détruifent des combinaifons & qu'il s'en 
forme de nouvelles, dans la fermentation & la putrétaction. 

La cire a pris, en la fondant avec du cuivre, une belle 
couleur verte, de forte qu'elle contient de l'air qui eft 
doué de fes propriétés, mais qui probablement fert a former 

J'acide 


DUEL St LS) C:L'E NuC:E:5 329 


l'acide de Ia cire, lorfqu'on l’expofe à lation de Ja chaleur. 
J'ai conjecturé de-là que la cire n'étoit qu'une huile par 
expreflion combinée avec l'air vital. 

J'ai tenu l'huile d'amande douce fur l’eau en contaét avec 
Vair vital pendant un mois: l'air vital s’eft abforbé peu à peu, 
& il fe formoit, dans l'huile, des concrétions blanches qui 
aMoient en augmentant, & qui defcendoient fous la partie 
fluide de l'huile, à la furface de l’eau ; mais dans cette expé- 
rience, il eft refté une portion d’huile qui m'a empêché de 
juger des propriétés de la partie qui étoit devenue concrète. 
J'ai faiflé une couche très-mince de cette huile fur de l’eau 
expofée à l'air atmofphérique pendant plus de trois mois; 
peu à peu elle eft devenue concrète, très-blanche, & même 
friable à une température froide, mais elle fe liquéfie à une 
température moins élevée que la cire. J'ai l'honneur d’'ex- 
pofer fous les yeux de l’Académie, cette fubftance qui me 
paroït avoir beaucoup de rapport avec la cire. J'ai fait 
quelques tentatives fur d’autres efpèces d'huile, dans l'efpé- 
rance que je pourrois en trouver quelqu'une qui, expolée 
long-temps fur de vaftes étendues d’eau , pourroit remplacer, 
à bas prix, la cire dont on fait ufage. Mais je n'ai pas 
jufqu'à préfent réufi d’une manière affez fatisfaifante, & 
je fupprimerai le détail de mes effis. 

Pendant que l'huile par expreflion s’épaiffit & prend Ia 
confiftance de la cire, il s’en fépare un mucilage douceitre 
qui ne fe diflout prefque pas dans l’eau ; ce mucilage qui 
apu s’épaiflir par l’aétion de l'air, eft-il la même chofe que 
le principe doux des huiles que M. Schéele a décrit! Eft- 
ce à ce principe qu'eft dù l'acide faccharin qu'on retire des 
huiles par l’acide nitreux!? 

Puifque la cire contient déjà une quantité confidérable 
d'air vital, elle doit produire moins d'effet dans {a com- 
buftion, qu’un poids égal d’huile ; toutefois cet eflet doit 
être compenfé en partie par la féparation du mucilage dont 
je viens de parler. 

Les huiles éthérées doivent également perdre beaucoup 


Mém. 1785. T't 


330 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


de leur propriété combuftible, lorfqu’elles fe changent en 
réfine en fe combinant avec l'air vital de l’atmofphère. 
Les huiles peuvent aufli s’épaiflir, parce qu'on les prive 
d’une partie du gaz inflammable qui entre dans leur com- 
pofition; c'efl ce qui arrive dans la diftillation, & c’eft 
ainfi que l'acide nitreux & l'acide vitriolique agiflent fur 
elles. ; 

J'ai fait ufage de l'acide marin déphlogiftiqué, pour 
détruire ta couleur verte de la cire végétale, qui par-là 
n'eft pas devenue aufli blanche que fa cire ordinaire, car 
elle conferve une teinte jaune; mais elle a pris de la tranf- 
parence, & elle doit être plus propre à la combuftion que 
lorfqu'elle contient la partie colorante. 


Des Sicrencxs. 331 


nm 
SUITE DES RECHERCHES 


SUR L A 
NATURE DES SUBSTANCES ANIMALES, 
Et fur leurs rapports avec les Jubflances végétales, 


Par M. BERTHOLLET. 


J "AI formé depuis Jong-temps le projet de comparer les 
produits qu'on obtient par les agens chimiques, des 
fubftances végétales & des fubftances animales, pour déter- 
miner les différences qui les diftinguent les unes des autres, 
& j'ai préfenté à l’Académie, en 1779, les premières expé- 
riences que j'avois faites fur cet objet ; j'efpère que celles 
dont je rendrai compte aujourd'hui, jetteront quelque jour 
fur cette matière obfeure qui exigera des recherches 
beaucoup plus étendues. " 

J'ai prouvé, dans le Mémoire dont Je viens de parler, que 
les fubftances animales donnoient , lorfqu’on les traitoit avec 
l'acide nitreux, une quantité plus ou moins confidérable 
d'acide faccharin & d'une huile particulière, & qu'elles 
laïfloient un réfidu fur la nature duquel j'ai remis à m’ex- 
pliquer : j'y ai remarqué que l’alkali volatil qu'on retire des 
fubftances animales, fe forme dans la diftillation ou dans 
la putréfadtion , puifque , S'il exiftoit dans ces fubftances, 
On en retireroit un fel zmmoniacal par le moyen de l'acide 
hitreux avec lequel on les décompofe. 

Les expériences que j'ai faites depuis ce temps-là fur a 
nature de f'alkali volatil, m'ont engagé à remonter à fa for- 
mation, & à rechercher quelle pouvoit être l'origine des prin- 
cipes qui le compofent ; comme J'y avois reconnu l’exiftence 
de fa mofette, je conjecturai que je devois retrouver ce 

Titi 


Décembre 
178$. 


332 MÉMoires DE L'ACADÉMIE RoyaALe 


principe dans les fubftances qui peuvent former de Valkali 
volatil, & j'efpérai que je déterminerois par-là une pro- 
priété qui diflingue eflentiellement les fubftances animales 
des végétales, & qui doit fervir à expliquer plufieurs phé- 
nomènes qui en dépendent. H a fallu pour cela exa- 
miner la nature des gaz qui fe dégagent des fubflances 
animales , lorfqu'on les décompofe par acide nitreux, & 
ceux qu'on en retire par le moyen de Îa diflillation ou 
de la putréfattion. Je ne parlerai cependant pas encore, 
dans ce Mémoire, du gaz qui fe dégage par la putré- 
action. 

M. Prieflley n'a pas oublié d’obferver les différences 
des gaz qu'on obtient des fubftances animales & des fubftances 
végétales, lorfqu’on les traite avec l'acide nitreux; il a 
remarqué que les premières donnoient une grande quantité 
d’un gaz femblable à l'air phlogiftiqué , tantôt pur, tantôt 
mêlé à du gaz nitreux, & toujours accompagné d’un peu 
d'air fixe. I ajoute qu'il a obfervé, dans quelques circonf- 
tances , un gaz qui s’abforboit fans précipiter l’eau de chaux, 
& enfin un gaz de nature inflammable ; mais ce célèbre 
phyficien n’a pas cherché à difloudre parfaitement ces fubf- 
tances ; de forte qu’en continuant fon opération, non-feu- 
lement il a décompofé une partie de l'acide faccharin qui 
s'étoit formé, mais il y alieu de croire qu'il a décompolé, 
par l’action de la chaleur, une partie des fubftances animales 
mifes en expérience. 

J'ai mis une once de foie avec fix onces d’acide nitreux 
concentré & dégazé , le thermomètre étant à 18 degrés au- 
deflus de zéro; il s’en eft dégagé, fans feu , près de 120 onces 
mefures de gaz, dont une très-petite partie s’eft abforbée dans 
l’eau de chaux, & en a précipité la terre calcaire; le refte 
préfentoit les apparences de la mofette. Pour m’aflurer de 
fa nature, j'en mélai une portion avec les proportions d’air 
vital indiquées par M. Cawendish, & je foumis ce mélange 
à l'électricité, en fuivant le procédé que nous a donné cet 
illuftre chimifie ; il fut diminué avec les mêmes apparences 


D'ENS IS ICT EN CIE S. 333 


que lorfqu’on fe fert, pour cette expérience, de la mofette 
atmofphérique , de forte qu'on ne peut douter que le gaz 
que j'avois obtenu ne füt réellemeut de la mofette. 

La foie étoit entièrement difloute, & il furnageoit 
quelques portions de graifle concrète que je féparai : Je 
verfai un peu de cette diflolution dans l’eau de chaux, qui 
ne fut point troublée; mais en y ajoutant une goutte d’acide 
faccharin , il s'y formoit tout de fuite un précipité. I n'y 
avoit donc point encore d'acide faccharin de formé : fi 
on fature cette difiolution avec un alkali, il ne sy fait 
point de précipité ; feulement la liqueur prend une couleur 
orangée. 

Je mis un charbon allumé fous Ie vafe qui contenoit 
cette liqueur; il fe fit promptement une effervefcence vive 
accompagnée de beaucoup de chaleur, & il fe dégagea une 
grande quantité de gaz nitreux, quoique j'euffe éloigné le 
charbon du vaifleau : l'effervefcence étant finie, la liqueur 
a formé avec l'eau de chaux un précipité abondant de fac- 
charte calcaire. La même expérience répétée fur différentes 
fubftances animales, a toujours préfenté es mêmes réfultats: 
mais j'entends par /ubffances animales , toutes celles qui 
donnent de l'alkali volatil dans la diftiation. Aiïnfi j'ai retiré 
la mofette de la partie glutineufe du froment, de la femence 
du finapis nigra , Lin, & de la fécule verte qu'on retire par 
l'ébullition des fucs de plantes, & dont j'avois féparé Ja 
plus grande portion de la partie colorante, par le moyen 
de lefprit-de-vin. On croiroit , d’après ce que rapporte 
M. Prieflley, que l'on ne retire point de gaz nitreux de 
quelques-unes de ces fubftances; mais j’ai toujours obfervé 
que ce gaz fuivoit le dégagement de la mofette, & que Îles 
fubftances animales en donnoient alors comme les végétales, 
pourvu qu'on n’employät pas une trop grande chaleur ; 
car alors le gaz nitreux peut être décompofé, comme onle 
verra plus bas. 

Lorfqu’une fubftance animale a donné fa mofette, fi on 
fature d’alkali fixe l'acide nitreux qui la tient'en difiolution, 


334 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyaLe 

& qu'on procède à l'évaporation, les premiers criftaux font 
d'un jaune rougeitre & bien formés, la couleur de la liqueur 
fe fonce de plus en plus, & les dernières portions de nitre 
font mêlées à une fubflance brune qui a l'apparence d’un 
extrait, & qui fe diflout très-peu dans l'efprit-de-vin. C’eft 
la fubftance animale privée de mofette ; je n'ai pu la débar- 
rafier fufhfamment du nitre pour l'examiner dans cet état. 

J'ai traité avec l'acide nitreux plufieurs fubftances végé- 
tales, ainfi que l’avoit fait M. Prieflley ; elles ont toujours 
commencé par me donner du gaz nitreux qui étoit mélé à 
une portion plus où moins grande d'air fixe. 

Voilà donc un caractère qui diflingue ces deux genres de 
fubftances ; mais la mofette qu'on retire des fubflances ani- 
males, ne peut point être dûe à une décompofition de l'acide 
nitreux , puifqu'après la mofette on retire une quantité 
fufifante de gaz nitreux, fi on fait l'expérience fans em- 
ployer trop de chaleur; ce qui prouve que ce n'eft qu’alors 
que l'acide nitreux commence à fe réfoudre en gaz nitreux 
& en air vital: celui-ci fe combine avec une partie des 
fubflances animales, analogue à la matière nutritive des 
végétaux (a), pour former avec elles de l’acide faccharin. 
La mofette qu'on retire appartenoit donc aux fubflances 
animales; elle en eft dégagée par lacide nitreux qui les 
diffout, & qui agit enfuite fur elles comme fur les fubf- 
tances végétales. 

Il ne faut donc pas confondre la mofette qu'on retire 
ainft, avec celle qu'on obtient de quelques diflolutions 
métalliques par l'acide nitreux : pour ne laiffler aucun doute 
fur l’aétion de l'acide nitreux, je prie qu'on me permette 
une difcufion fur [a nature de cet acide, quoique cette 
difcuffion n'offre peut-être rien de nouveau à quelques 
phyficiens. L’acide nitreux, comme l'a prouvé M. Cawendish, 


(a) Depuis la Ieéture de ce Mémoire, M. de Morveau a prouvé que c’étoit 
fa partie huileufe du fucre & des autres fubftances, foit végétales, foit 
animales, qui formoit la bafe de l’acide faccharin. 


MphENS" S'C'TE Nc Es 335 


eft compofé d'air vital & de mofette; lorfqu'on préfente à 
cet acide une fubftance qui a une certaine affinité avec l'air 
vital, une grande partie de cet air fe combine avec elle, 
& une autre partie refte unie à la mofette, fuivant les loix 
connues des affinités, & forme le gaz nitreux; mais fi l’on 
décompofe l'acide nitreux fortement combiné à une fubf- 
tance, de manière qu'il foit contraint de foutenir un degré de 
chaleur fuffifant, ces deux principes fe féparent entièrement : 
de-là vient que lorfqu'on décompofe le nitre par l'action de 
la chaleur , les dernières portions d'air qu'on retire ne {ont 
pas de Vair vital pur, comme je lai fait voir dans mon 
Mémoire fur la décompofñition du nitre { Mémoires de 
l'Académie, 17871); de-là vient encore la mofette qui 
fe trouve mêlée avec l'air fixe, dans Îa détonation du 
nitre & du charbon, & dont M. Lavoifier a déterminé 
les proportions. Hat 

On peut facilement féparer l'air vital de la mofette avec 
Jaquelle il eft combiné dans le gaz nitreux, quoique ces 
deux principes foient unis plus intimement dans les pro- 
portions dans lefquelles ils fe trouvent alors, que ne l’eft 
la portion furabondante d'air vital qui conftitue l'acide 
nitreux. Un moyen de faire cette féparation, eft d'expofer 
le gaz nitreux fur une diflolution de foie de foufre; Fair 
vital eft abforbé par le foufre, & forme de f'acide vitrio- 
dique, & la mofetté refte feule. On peut encore opérer 
cette féparation par le moyen du pyrophore qui brule dans 
le gaz nitreux, mieux que dans l'air atmofphérique; ou 
enfin par le moyen de l’étincelle éle&rique, comme l'ont 
fait M. Prieftiey & Van-marum : le dernier a fait cette 
expérience avec beaucoup de foin, & ïl a obfervé que trois 
pouces de gaz nitreux étoient réduits à un pouce À, & 
qu'alors il n’avoit plus ni l’odeur ni aucune autre propriété 
du gaz nitreux; il fe forma une poudre d’un jaune-blan- 
châtre, qui fe changea en précipité rouge par la chaleur 
d'un charbon ardent /Defcription d'une très-grande machine 
électrique, page 118). Le mercure s'étoit donc combiné 


336 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoyALr 


avec l'air vital, & c’eft la mofette qui formoit le réfidu: 
ainfi, fuivant cette expérience, le volume de la mofette qui 
exifte dans le gaz nitreux , feroit à celui de Fair vitaf 

11: 133; mais il paroït qu'il s’'eft reproduit un peu 
d'acide nitreux qui s’eft combiné avec la chaux de mer- 
cure, puifque le fel mercuriel qui s'eft formé étoit d’un 
jaune-blanchätre, ce qui donneroit une plus grande pro- 
portion d’air vital. J'ai obtenu une plus petite quantité de 
mofette en décompofant le gaz nitreux par l’hépar. On peut 
expliquer par les mêmes principes plufieurs décompo- 
fitions du gaz nitreux qu'on trouve dans M. Prieflley. 

Lorfqu'on diflout dans l'acide nitreux une fubftance 
métallique qui a beaucoup d'affinité avec l'air vital, & 
qu’il fe produit une grande chaleur dans cette diffolution, 
ce n’eft pas du gaz nitreux qui fe dégage, mais de Ja 
mofette, parce que tout l'air vital eft retenu par la fubf- 
tance métallique ; ou bien, felon les circonftances de 
l'opération, le gaz qu'on obtient eft en partie du gaz 
nitreux, & en partie de la mofette : telle eft l’origine 
du gaz qu'on retire de la diffolution du zinc par l'acide 
nitreux. Si la diflolution du fer eft rapide ou favorifée 
par la chaleur, il ne s'en dégage de même que de la 
mofette pure, ou mêlée à une quantité plus ou moins 
grande de gaz nitreux : de-là viennent les différences qu’on 
obferve dans le gaz nitreux; & fi on l’a obtenu par le 
moyen des fubftances végétales ou animales, il contient de 
plus de l'air fixe. 

Ces confidérations nous font voir à quelles inexactitudes 
eft fujette l'épreuve du gaz nitreux, pour déterminer Îa 
pureté de l'air par fa diminution que ce gaz y produit. Il 
ya particulièrement, à mon avis, un inconvénient qu'on ne 

eut éviter, ni par la méthode qu'a donnée M. Lavoifer, 
ni par celle de M. Cawendish, cet que l'acide nitreux 
qui {fe forme par l'union de l'air vital & du gaz nitreux, 
diflout plus ou moins de gaz nitreux, felon la température, la 
qualité de Fair qu'on éprouve, la grandeur de l'eudiomètre & 
plufieurs 


DES SctitEeNcEs. 337 


plufieurs autres circonftances ; de forte que la diminution 
varie en raifon de la quantité plus ou moins grande de 
gaz nitreux abforbé par l'acide nitreux qui vient de fe 
former. H me paroît, par exemple, que plus la température 
eft froide, plus l’abforption du gaz nitreux eft grande, de 
forte qu'on attribue une plus grande purété à Fair, fon 
léprouve en hiver, au lieu d’en faire l’effai dans un temps 
chaud; ce qu’on peut vérifier fur la plus grande partie des 
opérations eudiométriques qui ont été faites jufqu'à préfent. 
Ainfi l'épreuve du gaz nitreux ne peut étre comparée, 
pour la précifion, à celle de Fhépar, ou du mélange de 
foufre & de limaille de fer qu'a indiqués M. Schéele, & 
auxquels on peut fubftituer toute autre fubftance qui a la 
propriété de fe combiner avec l'air vital & de le féparer 
de la mofette. 

J'obferverai, à l’occafion du foufre & de la limaïlle de 
fer, qu’il eft facile à préfent d’afligner la caufe d’un phé- 
nomène que M. Prieftley a obfervé, & dont il n'a pas 
donné l’explication. La limaille de fer & le foufre étant 
humectés & privés du contact de l'air, donnent du gaz 
inflammable, au lieu qu'il ne s’en dégage point, s'ils ont 
le contact de l'air, & alors l'air eft diminué: ce mélange 
s'empare du phlogiftique dans fon état naiffant, a dit M. 
Prieflley (Æxpériences fur différentes branches de la phyfique, 
volume 111, fettion virr). Dans le premier cas, l'eau fe 
décompole, fon air vital fe combine avec le fer & avec le 
foufre, pour former du vitriol, tandis que fon gaz inflam- 
mable fe dégage; mais s'il y a contact d'air vital ou d'air 
atmofphérique, le fer & le foufre fe combinent plus faci- 
lement avec l'air vital qui eft libre, qu'avec celui de l'eau; 
de forte que Îa portion pure de fair atmofphérique eft 
abforbée & il ne refte que la mofette, à moins que la 
décompofition de l’eau ne commence & ne produife du 
gaz inflammable. 

_ J'ai expliqué quelques phénomènes qui font dûs à Îa 
décompofition du gaz nitreux; mais il en eft d’autres qui 


Mém, 1785. Uu 


338 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
tiennent au contraire à l'affinité de ce gaz avec l'air vital, 
& dont on n’a pas connu jufqu’à préfent la véritable caufe. 

Si l'on- agite du gaz nitreux avec une diflolution de 
vitriol martial, comme l’a éprouvé M. Prieflley /Expér. Ca 
obferv. fur diffr. branches de la phyfique, tome 1, page 6 3), 
le gaz nitreux s'abforbe, & la diflolution de vitriol devient 
noire, comme fi on y avoit mêlé l’infufion d’une fubftance 
aftringente. M. Prieflley dit que quelques gouttes d’acide 
nitreux produifent le même effet; mais j'ai obfervé que 
l'acide nitreux bien dégazé ne produifoit aucun change- 
ment dans la diffolution de vitriol, tandis que la plus petite 
quantité de celui qui avoit une couleur foncée, produifoit 
le mème effet que le gaz nitreux; j'ai obfervé aufli que la 
diflolution de vitriol fe troubloit à mefure qu’elle noircifloit, 
& que par un long repos la partie noire fe dépoloit, quoique 
fa ténuité ne permette pas de la retenir fur un filtre. 

H me paroïit que, dans cette expérience, le gaz nitreux 
enlève une portion d’air vital à la chaux de fer, qui dans 
cet état ne peut plus être tenue en diflolution dans les 
acides, & qui eft précipitée fous la forme d’éthiops martial: 
c'eft auffi le gaz nitreux furabondant qui produit le même 
effet, fi l’on emploie l'acide nitreux coloré. 

Lorfqu'on décompofe en partie le nitre par la diftif- 
lation, le réfidu eft un fel formé d’alkali & d’acide avec 
excès de gaz nitreux; c’eft ce qu'on a nommé #itre phlo- 
gifliqué. M. Cawendish a diffous ce fel dans l’eau, il y a 
ajouté aflez d’acide nitreux purifié, pour que l'acidité fût 
fenfible, & il a obfervé que cette liqueur faline précipitoit 
la diflolution d'argent, quoiqu'il eût éprouvé qu'elle ne 
contenoit point d’acide marin, C’eft encore au gaz nitreux 
qu’eft dûe cette précipitation, parce qu’il enlève à la chaux 
d'argent une portion de l'air vital dont elle avoit befoin 
pour être tenue en diflolution ; mais le gaz nitreux ne 
peut produire cet effet lorfqu'’il eft feul, il faut la pré- 
fence de Falkali qui y contribue par fon affinité. J'ai 
donné dans mon Mémoire fur l’eau régale, plufieurs 


DES SCIENCES. 339 


u 


exemples de ces affinités qui concourent indirectement à 
une combinaifon : je reviens à mon objet. 

Les fubftances animales, ou plutôt celles qui donnent 
de lalkali volatil, contiennent beaucoup de mofette; mais 
j'ai prouvé dans un Mémoire, que l’alkali volatil étoit une 
combinaïfon de mofette & de gaz inflammable ; j'ai prouvé 
d'ailleurs que l'alkali volatil n’exiftoit point dans es fubf 
tances animales, mais qu’il étoit formé dans la diftillation 
& dans {a putréfaction: fi donc je ne retrouve pas la 
mofette dans d’autres produits de la diftillation, je con- 
clurai qu'elle a fervi à former l’alkali volatil. 

Si l’on excepte l’alkali volatif, il n’y a dans les produits de 
la diftillation des fubftances animales, que Îa partie gazeufe 
où l'on puifle foupçonner que Ia mofette foit entrée : 
c'eft donc fur elle que mes recherches vont fe diriger; 
je comparerai le gaz qu'on retire des fubftances animales, 
avec celui qu’on obtient des fubftances végétales, des huiles, 
du charbon, & celui qui fe dégage des marais. 

Depuis que M. Volta a fait connoître qu’il y avoit une 
différence remarquable entre le gaz inflammable qu'on 
retire de la difflolution des métaux, & celui qui fe dégage 
des marais, ou qu'on obtient par la diftillation des fub{- 
tances végétales, plufieurs phyficiens & chimiftes ont fait 
des expériences fur ces derniers gaz, & ont eu des opinions 
différentes fur leur nature. M. Volta les a regardés comme 
pofñlédant une plus grande quantité de phlogiftique que le 
gaz retiré par le moyen des métaux, parce que, à volume 
égal, ils détruifent une plus grande quantité d'air vital. 
M." Buquet & de Fourcroy ont penfé que le gaz des 
marais n'étoit qu'un mélange d’acide méphitique & de gaz 
inflammable des métaux / Journal de phylique, 1779 ). 
M.* Neret, Chauffier & Barbier de Tinan, ayant obfervé 
que l’huile donnoit beaucoup de gaz inflammable dans fa 
décompofition, ont attribué à l'huile tout le gaz inflammable 
qu'on retire dé [a décompofition des fubftances végétales 


& animales, ainfi que Île gaz des marais. Enfin M. Sennebier 
î Uu i 


‘ 


340 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYÂLE 


croit que tous les gaz inflamniables font compofés d’une bafe 
acide, d’eau & de phlogiftique, & qu'ils difièrent entr’eux 
par la nature de l'acide & par la quantité du phlogiftique. 
Mais 1.” des explications qui ne portent que fur la quan- 
tité du phlogiftique, ne peuvent plus fatistaire, depuis les 
connoiflances qu’on a acquifes fur Ja compofition de l'eau 
& fur la nature de l'air fixe & de l'acide nitreux; 2.” il me 
paroît qu'on ne peut pas regarder le gaz infiammable des 
marais, comme un mélange d'air fixe & de gaz inflammable 
de l'eau, parce que fi cela étoit, il faudroit moins d’air vital 
pour faire la combuftion d’un volume de ce gaz, que pour 
celle d’un volume égal de gaz inflammable retiré par le moyen 
des métaux, or c’eft tout le contraire qui a lieu; 3." on ne 
peut pas dire que ces gaz font toujours formés par l'huile, 
puifque le charbon en donne pourvu qu'il foit un peu 
humecté; d’ailleurs il refleroit à expliquer la nature du 
gaz inflammable huileux ; 4.° enfin il eft bien prouvé que 
le gaz inflammable des métaux & lair vital bien pur ne 
forment que de l’eau fans acide, que lorfqu'il fe forme de 
l'acide nitreux, il eft dû à la mofette; & il me paroiït que 
c'eft à elle qu'on doit attribuer acide que M. Sennebier 
aura pu trouver dans fes expériences, dans lefquelles il a 
toujours employé l'air atmofphérique. 
_ J'ai comparé les quantités d’air vital que détruifent, 
dans leur combuftion, les différentes efpèces de gaz que 
je vais nommer, aïinfi que les quantités d'air fixe qu’elles 
produifent & le réfidu qu’elles laiflent ; après cela j'ai déduit 
les quantités de chaque efpèce de gaz inflammable qu'il 
falloit pour cent mefures d’air vital, en négligeant cepen- 
dant, dans cette évaluation, des réfidus qui ont été à peu- 
près en même quantité pour toutes les efpèces de gaz; 
excepté celle des marais qui contient manifeflement de Ja 
mofette, Pour trouver ces proportions, j'ai ajouté, dans un 
eudiomètre à gaz inflammable, des portions fucceflives d’air 
vital & du gaz inflammable que j'éprouvois, jufqu’à ce que 
j'eufle obtenu par la détonation un très-petit réfidu, & j'ai 


DES SCIENCE s. 347 
conclu de-là les proportions pour cent mefures de mélange ; 
mais dans cette réduétion, j'ai pris {es nombres les plus 
voifins des nombres entiers & des dixièmes, en négligeant les 
autres fractions; il m’auroit d’ailleurs été pofhble de trouver 
des réfidus plus petits, en variant encore plus les propor- 
tions : ainfi il ne faudra regarder les nombres qui fuivront, 
que comme dés réfultats très-approchés. 

Je vais donner pour exemple les détails d'une de mes 
opérations : 

Quatre mefures de gaz inflammable retiré de Ia foie par la diflillation, 
& dépouillé de fon air fixe par Veau de chaux , mélées À trois mefures 
d'air vital retiré du précipité rouge, ont été réduites, par la détonation ; 
DUDRALE. CLR UE RARE EPERMRNET 7e 

Apres Lagitation nec t0e LU 1 SRE È prfncie,6. 


Après l'addition d'une mefure d'air vital Effet E 


détonition. ue esse sp ereerenemnecgenan rare. 4,3: 
Après M'agitation, À |... 2H01T4Ac0: 3,8. cage} Ébte 

Une mefure d'air vital: . 4... see Donna 3 
rat CRISE seen 3e 

prés Hapitationhhunrsdaas hs lies Ar Ÿ7e 

Une mefure d'air vital. . . 2... 90e 2h re 
ME 7 rage AA (A je 16 M 


Une mefure de gaz inflammable , l'électricité 
n'a rien produit, 
Deux mefures d'air Iyital.. 71... ie L 
...,. 


Une mefure d'air vital, lélectricité n’a rien 
produit. 


Une de gaz ‘inflammable. . ...:...,...... sn 


See se RES 


a 


Gaz inflammable,.,...,,...... 
Quantités employées, Air vital, os sole se 00 0 0 + 9- 


TOTA Le doserma ae » sien 0 0 1 FI« 


342 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYaALeE 
art t Are pe A AE too QE Bénin | 
Diminution.............. cesse 13,7e 
Air fixe produit.........6..................4..  $,3e 


D'où j'ai conclu qu’en fuivant la même proportion, tant 
pour les quantités d'air vital & de gaz inflammmable que 
pour les produits & les réfidus, cent mefures de mélange 
auroient donné Îe réfultat fuivant : 

Gaz inflammable... .,....... 40 "fire 
MORE EEE AMC ER RE 60. 


- HOT A Lite letele Pal ee TOC 
RÉ NE rt AEtene et state dre à Nalelel de a e tete tete AI ADO 
Diminution. :. eee see + ste 00 0 o 6 ee slarslele =: OiTydie 
Air fixe produit. ...-.....seseesocsesesess 354 (@)s 


Quantités employées. 


C'eft de cette manière que j'ai conftruit la table fuivante : 


PROPORTIONS. 


AIR FIXE 


RÉSIDU.| DIMINUTION. 1 
produit, 


GAZ 


AIR VITAL. 


inflammable, 


Honaues Gormefures. 


CHAR 


Gaz inflammable. 


du Sucre. 


de l'Huile. 


(a) I me paroît que jufqu’à préfent on a mis trop peu de précifion dans 
les expériences par lefquelles on a cherché à déterminer les proportions d'air 
vital & de chaque efpèce de gaz inflammable, qui fe détruifent par la com- 
buftion ; je vais en donner un exemple. M. Volta dit qu'une mefure de 
gaz inflammable des marais détruit déux mefures d’#r vital, & qu'une de 
gaz huileux en détruit quatre. M. Sennebier au contraire n’a employé qu’une 
mefure & demie d’air commun-contre deux mefures de gaz du charbon, &c; 
mais ni l’un ni l’autre n’ont cherché à obtenir le réfidu le plus petit, 


DES SCIENCES. 343 
J'ai déduit de cette table les proportions de chaque 
efpèce de gaz inflammable qu’exigeroient cent mefures d'air 
vital, & la quantité d’air fixe qui doit réfulter de leur 
détonation; j'ai négligé, dans ce calcul, le réfidu, mais je 
crois qu’il changeroit peu ces proportions, fi ce n’eft rela- 
tivement au gaz des marais, parce qu'il eft encore com- 
pofé d’une partie de gaz inflammable & d'air vital, & 
qu'il contient une portion de mofette qui accompagne 
toujours l'air vital retiré du précipité rouge. 


Il faut remarquer qu’une autre partie de ce réfidu eft dûe à 
l'air qui fe dégage de l’eau à caufe du vide qu'a produit 
la détonation. Ce dégagement doit être plus confidérable, 
lorfqu’on eft obligé d’agiter long-temps pour faire abforber 
l'air fixe, & de répéter plufieurs fois cette opération. 


GAZ INFLAMMABLE 


des 
MARAIS, [CHARBON.|[LA SOIE.| SUCRE. 


Air vital, cent mefures. 66,7. 7254 


es a 


Air fixe, produit... .. 48,3. 


On peut enfuite conclure la quantité en poids de charbon 
que contiennent cent pouces cubes de chaque efpèce de 
gaz inflammable : il fuffit pour cela de chercher, d'après 1a 
table précédente, Ia quantité de pouces cubes d'air fixe 
que donneroient, en fuivant les proportions de la table, 
cent pouces cubes de chaque efpèce de gaz inflammabie 
qu'on feroit détoner avec la quantité néceflaire d’air vital; 
& l’on fait, par les expériences de M. Lavoifier, quelle 
eft la proportion du charbon qui entre dans la compofition 
de cent grains d’air fixe; c’eft-à peu-près 0,28. De cette 
manière on aura les proportions fuivantes: 


344 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


CENT POUCES CUBES DE GAZ INFLAMMABLE 


du ua bols ait RE du 
MARAIS. |[CHARBON,ILA SOIE,. 


de 
L'HUILE. 


SUCRE. 


Airfixe en Aire en pouees GER) cubes. Lib g2nd. 
EE se fixe en grains. 


Poids du CE du charbon con- 
tenu dans l'air fixe, & 
conféquemment dans le T4 
vaz inflammable. 


L'on peut reconnoître quelle eft la quantité d’air vital 
employé dans chaque expérience à former de l'air fixe, 
& il eft très-vraifemblable que le refte eft employé à à faire 
de l’eau ; mais cette confidération ne peut avoir lieu pour 
toutes les efpèces de gaz inflammable : le gaz huileux jaiffe 
apercevoir d'une manière manifefte, par fon odeur _Péné- 
trante, qu'il tient en diffolution un acide, quoiqu'on le 
laiffe féjourner long-temps fur l'eau de chaux, & il eft 
probabie que les gaz de toutes les fubftances es en 
tiennent également. De-là vient qu ils donnent plus d'air 
fixe que celui du charbon, quoiqu'ils exigent moins d'air 
yital, Je n'appliquerai donc cette idée qu'au gaz du charbon: 
cent pouces. cubes d'air vital font-avec ce gaz 43,1 pouces 
cubes.d’air fixe, & il ne doit. entrer qu environ un volume 
égal d'air vital, din l'air fixe ;: car lorfque l'air vital eft 
changé en air fixe par la. combuflion du charbon fans le 
contact de l’eau, il ne fe fait qu’une très-petite diminution 
de volume. IL refleroit donc-environ cinquante-fix pouces 
d'air. vital qui doivent former de l’eau avecle gaz inflam- 
mable aqueux qui-entre dans la compofition des 72,4 pouces 
cubes de gaz inflammable.du charbon qui ont été employés: 
or cinquante-fix pouces d'air vital exigent près d'un volume 


double 


Ames x AS CHE Nic E 5 34$ 


double de gaz inflammable aqueux. Il faut donc que le gaz 
inflammable de l'eau fe concentre en diflolvant le charbon /a), 
de forte que la différence de pefanteur fpécifique de ces 
deux gaz inflammables ne dépend pas feulement du charbon 
qui eft tenu en diffolution, mais aufli de cette concentration. 

L'on peut donc fe former une idée jufte de la nature du 
gaz charbonneux, qu'on peut regarder comme la bafe des 
autres gaz inflammables qui font retirés des fubftances ani- 
males & des fubftances végétales. C’eft du gaz inflammable 
de l'eau qui, en fe dégageant , a diffous du charbon, & qui 
en même-temps a éprouvé une contraétion dans fon volume; 
de-là vient qu'il ne péfe que trois à quatre fois moins que l'air 
atmofphérique, qu'il donne de l'air fixe dans fa combuftion, 
& qu'il détruit une plus grande quantité d’air vital que le gaz 
de l’eau; mais quoiqu'il y ait proportionnellement plus de gaz 
inflammable dans le gaz du charbon que dans celui de l'eau, la 
détonation en eft cependant beaucoup moins vive; je crois 
que cette différence dépend de ce que l’eau, en fe formant, 
{e trouve unie avec l'air fixe, qui ne lui permet pas de former 
une vapeur fi rare que fi elle n’étoit pas combinée. 

Les expériences defquelles j'ai déduit les nombres des 
différentes tables ont été répétées plufieurs fois fur des 
gaz retirés par différentes diftillations, avés avec foin & 
confervés plufieurs jours fur l’eau. Les réfultats différoient 
très-peu entr'eux, fi ce n'eft à l'égard du gaz du charbon qui 
a exigé des proportions afflez différentes d’air vital; dans une 
expérience, le rapport de l'air vital a été à celui du gaz du 
charbon:: 3 : 4; dans une feconde::  : $ ; & dans celle que j'ai 
choifie::7: 5 ; de forte que le degré de chaleur qu’on emploie 
pour dégager ce gaz, ou peut-être d’autres circonftances 


(a) C’eft poftérieurement à la lecture de ce Mémoire & dans les 
expériences que nous avons faites fur le fer, M.'* Vandermonde, Monge 
& moi, que nous avons déterminé enfemble cette contrattion de volume 
qu'éprouve le gaz inflammable en diffolvant le charbon ; mais j’ai cru pouvoir 
me permettre de me fervir ici de cette obfervation pou donner une :dée plus 
complète du gaz charbonneux. 


Mém, 1785. X x 


346 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
modifient {es propriétés. J'ai toujours rejeté la première 
partie du gaz qui pafle dans [a diflillation & qui contient 
de la mofette que le charbon avoit ablorbé de l’atmofphère. 
Le but principal que je m'étois propofé dans les expé- 
riences que je viens de décrire; étoit d'examiner f1 je 
retrouverois a mofette dans le gaz qu'on obtient de Ia 
diftillation des fubftances animales; mais Jon a vu que 
le gaz obtenu de fa foie, que j'ai prife pour exemple , ne 
laïfie dans la détonation avec l'air vital qu'à peu - près 
autant de réfidu que celui des fubftances végétales ; d'où 
il faut conclure que cette mofette eft entrée dans la com- 
pofition de l'alkali volatil : c’eit donc à la mofette que les 
fubflances animales contiennent, qu’elles doivent la pro- 
priété diftinétive de donner de l’alkalj volatil, & celui qu'on 
retire en plus ou moins grande quantité de a diflillation 
de la plupart des fubflances végétales, eft dû ou à la partie 
glutineufe, ou à une partié analogue qui fe trouve ordi- 
nairement confondue avec la partie purement végétale. 
Toutes les fois donc qu'on obtient de lalkali volatil 
d’une fubftance, on peut en conclure qu’elle contenoit de 
la mofette, & toutes les fois qu'une fubftance donne de 
la mofette par le moyen de l'acide nitreux, lorfqu’on la 
traite avec les précautions indiquées, on peut la regarder 
comme propre à former de l’alkali volatil dans les circonf- 
tances convenables. Ainfi les huiles animales qui donnent 
toujours un peu d’alkali volatil, lorfqu'on les décompole 
par des diftillations réitérées, contiennent de la mofette, 
& c’eft un caraétère qui les diftingue des huiles végétales 
qui donnent au contraire de l'acide dans leur décompos#s 
fition; maïs la graifle épanchée dans le tifilu cellulaire des 
animaux donne un acide dans fa décompofition ; c’eft donc 
avec raifon qu'on la regarde comme douée des propriétés 
des huiles végétales : la partie colorante du bleu de Prufle 
donne de Y'alkali volatil à la diftillation, la mofette eft 
donc un de fes principes. | 
Pour que la mofetie forme de l’alkali volatil, il faut 


DES SCTENCES. 347 


u’elle fe combine avec le gaz inflammable : ce gaz doit être 
esse par l'huile qui fe trouve toujours en quantité confidé- 
rable dans les fubftances animales , ou bien il peut venir de la 
décompolfition de l’eau. Il me paroît probable que c’eft à cette 
décompofition qu'il doit en grande partie fon origine, & l’on 
va voir fur quelles raifons eft‘fondée ma conjecture. 

1. L'eau fe décompofe lorfqu’on fait fubir une chaleur 
confidérable à une fubftance qui en contient & qui a en 
même temps des parties charbonneufes, comme le pr'ou- 
vent les expériences de M." Lavoifier & Meufnier, fur la 
décompofition de l’eau par le charbon; & celles de M. 
Prieflley qui na point pu tirer de gaz inflammable du 
charbon , lorfque celui-ci étoit bien fec & éloigné de 
toute humidité. 

2.” Cette décompofition de l’eau doit fe faire beaucoup 
plus facilement & à une chaleur moins confidérable, lorf- 
qu’elle eft favorifée par l'action combinée d’une fubftance 
qui a de laffinité avec le gaz inflammable, telle que la 
mofette, de forte qu’alors la décompofition eft l'effet d’une 
double affinité. 

3+° IL paroit qu'il exifte une certaine quantité d'air fixe 
tout formé dans les fubftances animales ; car lorfqu'on les 
décompofe par l'acide nitreux, la mofette qu’on en dégage, 
même fans chaleur, contient un peu d'air fixe, comme on a 
vu dans le commencement de ce mémoire: cependant on 
en retire une telle quantité par la diftillation ,. qu'il eft au 
moins très-probable qu'une grande partie eft dûe à la 
décompofition de l’eau; car non-feulement l’alkali volatil 
qu'on obtient eft faturé d'air fixe, mais cet air fait encore 
plus de la moitié du gaz qu'on retire. 

La mofette fert encore à expliquer une différence remar- 
quable qui fe trouve entre les fubftances animales & les 
fubftances purement végétales; c'eft que les unes font fu- 
jettes à [a pütréfaétion & forment de l'alkali volatil, & 
les autres produifent de l'efprit ardent lorfuu’elles fe trou- 
vent dans des circonftances favorables; dans les premières, 

KM wir 


348 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


le gaz inflammable fe combine avec la mofette; & dans 
les fecondes, il fe combine avec la partie fucrée & une 
huile qui probablement vient elle-même d’une portion de 
la matière fucrée qui a dû être décompolée / Memoire 
Jur l'efprit de vin & fur l'éther ) ; de forte qu'il y a dans a 

utréfaction & dans la fermentation fpiritueufe, une décom- 
polition de l’eau dont l'air vital fe combine avec une partie 
charbonneufe, pour former de l'air fixe, pendant que le gaz 
inflammable pafle dans une autre combinaifon, pour former 
de l’alkali volatil ou de l'efprit ardent. 

Un autre principe, qui exifle probablement dans toutes 
les fubftances animales, & qui paroït ne pas fe trouver 
dans les fubftances purement végétales , c'eft l'acide phof- 
phorique. Je me fuis fervi de deux procédés pour m'afiurer 
de {on exiftence; le premier confiite à dégager, par le 
moyen de l'acide nitreux, le réfidu de l'acide faccharin 
de toutes les parties fur lefquelles cet acide a de l'aélion; 
en chaffant enfuite l'acide nitreux, il refle un phofphate 
calcaire avec excès d'acide, que j'ai réduit en un verre 
phofphorique : mais fur un grand nombre d'effais, je n'ai 
réuffi que deux fois, c'étoit fur des tendons & fur de la 

eau ; dans toutes les autres expériences, il eft refté de 
l'huile qui formoit un charbon avec le phofphate. C'eft 
l'acide phofphorique que j'ai voulu indiquer dans mon 
premier mémoire, en parlant du réfidu qu’on trouve après 
avoir féparé l'acide faccharin qu'on forme en traitant les 
fubftances animales par l'acide nitreux. Dans le fecond 
procédé, après avoir décompofé une fubftance animale 
par l'acide nitreux, j'en fépare l'acide faccharin, autant que 
je le puis; j'étends le réfidu dans une fuflifante quantité 
d’eau diftillée, je fature enfuite da liqueur avec de l'alkali 
fixe, elle devient louche; je-la fais évaporer jufqu’à ce qu'il 
ne fe forme plus de dépôt; ce premier dépôt eft du fac- 
charite calcaire qui m’a paru contenir un peu de phofphate: 
la liqueur qui furnage étant devenue claire, je la décante 
ou je la filtre, & alors je la mêle avec de l'eau de chaux; 


DES SCIENCES. 349 


ü fe forme un dépôt beaucoup plus abondant que le pre- 
mier, & qui eft du phofphate calcaire. J'ai reconnu par 
ce moyen l’exiftence de l'acide phofphorique, non-feule- 
ment dans les parties des animaux, mais aufli dans la 
partie glutineufe du froment, dans la fulftance qui accom- 
pagne la fécule colorante des végétaux, & dans Îa femence 
de finapi. H eft donc probable que c’étoit à la partie ani- 
male qu'étoit dü le phofphore que Margraaf a retiré de 
quelques fubftances végétales ; & il eft probable auffi que 
c'eft de ces fubftances que l'acide phofphorique pafle par 
la nutrition dans les animaux. Ce qui me confirme dans 
cette opinion, c'eft que d’après les analyfes du célèbre 
Rouelle, les urines de vache, de chameau & de cheval, 
paroiffent contenir peu d'acide phofphorique, les deux pre- 
mières font même alkalines: or ces animaux fe nourrifient 
de végétaux qui contiennent peu de fubft:nce animale 4). 

H paroït, d'après les expériences rapportées plus haut, 
que l'acide phofphorique des fubftances animales s'y trouve 
combiné avec de la terre calcaire, mais avec-excès d'acide. 

L'on retrouve le phofphate dans le charbon des fubf- 
tances animales, maïs une partie de l'excès d’acide paroît 
s’y être cembinée avec du fer, pour former de la fidérite, de 
forte que ce charbon eft une fubftance très-compofée; il re- 
tient une partie de la mofette, il paroît contenir un peu de 
foufre, & l'on y trouve différens fels. L’on conçoit d’après 
cela d’où vient la difficulté qu'on a de le calciner, c’eft- 
à-dire, de brüler fa partie charbonneufe; mais les charbons 
de fubftances végétales ne font jamais entièrement dépourvus 
des principes qui entrent dans les charbons de fubftances 
animales, parce que les fubftances végétales dont on fe fert 
pour da combuftion, contiennent toutes un peu de fubf- 
tance animale. 


(b) M. Créll a retiré une certaine quantité de pofphate calcaire du 
charbon des graïfles animales; mais il étoit peut-être dû aux débris du 
lu cellulaire retenus dans ces praifles. 


Lù 
le 20 Août 
1704. 


s 


35o Mémoires DE L'ACADÉMIE Royare 


M ÉMOIRE 


PER Rubi Riu GL MG LIn EEE 
EI SC RIDES OO SIC L'APTCUL'AMRIENS 


Par M. ViIc@-D'’AZYR. 


ANS l’homme, dans le finge, & dans piufieurs qua- 

drupèdes , l’efpace compris entre l'extrémité de l'acro- 
mion & le fternum, eft meluré par un os d’une feule pièce , 
appelé clavicule ; & les naturalifles bnt donné le nom de 
claviculés aux quadrupèdes qui en font pourvus; mais ils 
ont exclu de cette clafle plufieurs genres qui doivent y être 
compris. ; 

C’eft en difféquant avec foin les mufcles des quadrupèdes, 
que j'ai trouvé des clavicules dans plufieurs où nul anato- 
mifte ne les avoit encore aperçues. Elles diffèrent de celles 
que l'on a décrites jufqu'à préfent, en ce qu'elles font plus 
courtes & irrégulières, en ce qu'elles font cachées dans 
l'épaifleur des mufcles, & en grande partie ligamenteufes, 
ce qui fait que dans quelques efpèces je ne les ai défignées 

ue fous le nom d’os claviculaires. 

I! eft évident que ces pièces offeufes n’ont pas les mêmés 
ufages que les clavicules proprement dites, dont elles 
n'offrent qu'une forte de dégradation ; mais leur exiftence 
fufhit pour influer fur la manière dont on range méthodi- 
quement les quadrupèdes. Il me femble qu'il fera néceffaire 
de les divifer fous ce rapport en trois ordres, dont le 
premier comprendra ceux qui ont une clavicule complette; 
le fecond, ceux qui ont une clavicule incomplette ou un 
os claviculaire feulement; & dans le troifième feront placés 
ceux qui n’ont ni clavicule ni os claviculaire. 

Je n'ai parlé ici de la clavicule du rat, que parce qu'il 
n'a femblé qu’elle n’a pas été bien décrite. Je fais que cet 
os a été vu'par les naturaliftes. 


< Des ScTE Ncrs " 35t 
Lorfque j'ai préfenté ce Mémoire à l'Académie, j'ignorois 
ue M. Pallas connoifloit la clavicule du lièvre ; il la vue 
dans le /epus tolai (a), pag. 27; dans le Zepus alpinus, 
pag. 59 ; & dans le /epus ogotona, pag. 70 ; mais il n'en a 
abfolument indiqué que la longueur , fans en rien dire de 
plus. 

Nul auteur n’a fait mention de los claviculaire du chat 
& du cochon-d’inde. Je l'ai aufli découvert dans la fouine 
& dans la belette, que l'on a rangées jufqu'ici parmi les qua- 
drupèdes non claviculés; & je préfume qu'on le trouvera 
dans la plupart des autres fffipèdes. 

Les planches contiennent plufieurs détails fur des mufcles 
qui n’ont point encore été décrits. 

Dans le rat, l'extrémité antérieure de l’épine de Fomo- 
plate qui répond à lacromion, eft contiguë avec une des 
extrémités de {a clavicule. Ce dernier os eft recourbé de 
mañière à former une convexité en devant; dans fa conca- 
vité s’insère le mufcle cleido-maftoïdien. Son extrémité 
fternale eft remarquable , parce qu'elle ne s'étend point 
jufqu’au fternum; elle fe joint à une petite pièce très-courte, 
dont la confiftance eft cartilagineufe, & qui eft unie au 
fternum par le moyen d’un ligament. La clavicule du rat 
eft donc formée de deux pièces. Près de l’omoplaté, outre 
les ligamens qui la joignent à lacromion, on trouve une 
petite corde ligamenteufe qui l'aflujettit avec une apophyfe 
analogue au bec coracoïde. 

Dans le lapin , la clavicule eft beaucoup plus irrégu- 
lière. 1.° Elle ne fe joint point à l'acromion qui en eft 
très-éloigné ; car on doit appeler de-ce nom une apophyfe 
bifurquée, qui termine l’épine de l’omoplate en faifant une 
faïllie fur le bord poftérieur de cet os. 2.° Elle répond à une 
petite apophyfe de Pomoplate, qui , placée au côté interne 
de l'épaule, tient lieu de bec coracoïde; elle eft formée 


(a) Nov fpecies quadruvedum e glirium ordine, Te, autore Pallas, 
Erlang. 1-4, 1778. : 


Rat. 


Lapin. 


Chat. 


Cochon- 
d'inde. 


352 Mémoires DE L'ACADÉMIE Rovyate 


d'un petit os mince, & comme fufpendue entre plufieurs 
mufcles; elle eft recourbée de forte que fa convexité eft 
en devant & fa concavité en arrière : dans cette dernière 
région s’insère Îe mufcle cleido-maftoïdien & fe trouve 
le bord antérieur du trapèze. Son extrémité fcapulaire eft 
formée par une petite tête, tandis que fon extrémité fter- 
nale eft aiguë ; un ligament arrondi, très-fort, & dont la 
longueur égale à peu-près le tiers de la clavicule, laffujettit 
avec le fternum. On pourroit regarder Ja clavicule du lapin 
comme étant en partie offeufe & en partie ligamenteule. 
Dans le rat & dans le lapin les infertions du fterno & 
du cleido-maftoïdien , font très-éloignées l’une de l’autre. 
La ftruéture de la clavicule du lièvre eft à peu-près la 
même que celle du lapin /voyeg les planches ci-après). 
Dans le chat, la clavicule eft encore plus imparfaite; 
1. elle eft plus éloignée, que dans les autres quadrupèdes, 
de l'extrémité antérieure de l’omoplate; 2.° fon extrémité 
fcapulaire eft attachée à une apophyfe de l’omoplate qui 
tient lieu du bec coracoïde par le moyen d’un ligament 
long & très-délié, & fon extrémité fternale eft unie par 
un tiflu membraneux au fternum. Ce petit os occupe à peu- 
près les deux tiers de l’efpace compris entre la pointe de 
l'épaule & l'extrémité antérieure de la région fternale. I 
eft fitué dans lépaiffeur du mufcle comniun à la tête, à 
l'encolure, & au bras & du mufcle cleido-maftoïdien. 
On trouve dans le cochon-d'inde un petit os qui a Îa 
même forme & la même ftruéture (voyez les planches ci-apres). 
Le mufcle fterno-maftoïdien, le bord antérieur du trapèze, 
le deltoïde & le mufcle commun du bras, forment dans les 
quadrupèdes un triangle, le long du bord inférieur duquel 
la clavicule eft toujours placée. C’eft d’après cette obfer- 
vation, qu'en cherchant dans un chien de taille moyenne 
les traces de la clavicule, j'ai obfervé dans le triangle que 
je viens de décrire, une oflification irrégulière ayant plu- 
fieurs angles au milieu du tiffu cellulaire, & qui s'étendoit 
de la portion du bord antérieur du mufcle commun à fa 
tête 


MES 9 CITE NTCE 352 


tête & au bras, qui eft contiguë au grand peétoral & au 
mufcle commun du bras, vers fe fternum. 


Suc ou liqueur gaffrique. 


Dans le chien, l’œfophage eft la fource d’une partie de 
la liqueur gaftrique ; on en voit fortir d’un grand nombre de 
glandes placées, fur-tout vers le bas de ce conduit. 


EXPLICATION. DES. PLANCHES. 


PALLARNMC HMEMaAPERS ELMATSEMREE. 


Figure première, 


 BARODSA 


Ft 4 


Figure feconde. 


1, 
+ La 


Elle repréfente l'omoplate, l’humerus , & Ia clavicule 
du rat. 


. L’omoplate. 


L'os Aumerus. 

La foffe ant-épineufe. 
La foffe poft-épineufe. 
L’épine de l’omoplate, 


. L’apophyfe acromion. 


7 


Échancrure qui fe trouve dans l'épine de l'os omoplate, 
dont la cavité eft dirigée en avant, 


. Extrémité articulaire & acromiale de Ia clavicule. 


Extrémités fternales de la clavicule adhérente à un 
ligament. 


Ligament qui unit l’extrémité fternale de la clavicule 
au fternum. 


En © eft une portion cartilagineufe qui termine la 
clavicule dans cette extrémité. 

Elle repréfente la clavicule du rat en place, & fes 
rapports avec Îes mufcles qui s'y attachent ou qui 
l'environnent. 

Le mufcle maffeter. 


Le ventre antérieur du mufcle digaftrique, qui eft 
beaucoup plus confidérable que le poftérieur, Ce 
ventre antérieur remplit entièrement l'efpace que 
laiffent en devant les deux branches des os maxil- 
aires réunis. 


3+ Les mufcles flerno-tyroïdiens, & le fterno-hyoïdien. 


Mém. 1785. Y y 


354 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyaLe 

mufcle flerno-maftoïdien. Ce mufcle eft oblique- 

ment fitué entre le flérnum & la region auriculaire, 

il s'attache à là portion pierreufe des terñpes ;' à 

côté du cleido-maftoidien dont il eft parfaitement 

diftinét, sil 

j: Le mufcle cleido-mafloïdien qui de la clavicule fe 
porte à l'os des tempes. ? 11!" * °: 

6. Poïtion mufculaire qui fe trouve au bord interne du 
trapèze, & qui va fe diriger obliquement en dédans 
vers le cou. 

C'eft le mufcle acromio-cervical, on le voit dans 
plufieurs autres quadrupèdes. 

7. Le mufcle trapéze. 

8. Le mufcle deltoiïde. 

9. Articulation de {a clavicule avec l'apohyfe acromion, 

10. La clavicule. 

11. Le grand pectoral. 

12. Extrémité, ou artieufation flernale de Ia clavicule, 
On fent le cartilage qui la termine & le ligament 
qui la maintient. 

13. Les mufcles extenfeurs de l’avant-bras. 

14. Le mufcle biceps brachial, que j'appelle r4dio= 
Jcapulaire. 

15. Mufcles de l’avant-bras. 


4. Le 


[RE 


Bu aNele 1 DE to. CHOMNDyE. 


On y voit la clavicule du lapin, en place, & Îes 
mufcles qui s’y attachent & qui l’environnent. 


a a. Clavicule du lapin, ou os claviculaire. 
3. Extrémité fternale de la clavicule, à laquelle eft adhérent 
un ligament qui: fe continue jufqu’au fternum. 
4. Extrémité de ce ligament qui d'une part s'attache à 
la clavicule, & de l'autre s'implante {ur le fernum. 
5. Extrémité acromiale de Ia clavicule qui fe trouve 
appuyée fur le tendon brachial de Fant-épineux. 
B. B. Le mufcle commun au bras , à l’encolure , & à la tête, 
| ou portion moyenne du deltoïde , dans l’épaiffeur 
duquel fe trouve a clavicule, Ce mufcle s’insère à 
l'apophyfe baflaire avec le mufcle qu'on voitenese, 
Ne ARISIDNNVI OMIS 202 IQ 69 < 


MES D CLENCE S 355 
C C. Le mufcle cleido-mafloïdien qui fe trouve au côté 
interne du précédent. 
d d. Le mufcle fterno-maftoïdien. 


#ece. Le mufcle acromion bafilaire. Ce mufcle s'attache à 
la petite apophyfe grêle de l’acromion qui eft 
dirigée en arrière. Il fe porte vers la région bafi- 
aire en fe réuniffant avec le mufcle commun au 
bras, à l’encolure & à Îa tête. 


ffff. Le paucier divifé & renverfé pour faire voir les autres 
mufcles. 


gg. Portion du mufcle grand pectoral. 


khh. Le mufcle commun du bras, ou portion interne du 
deltoïde. 


i. Le mufcle maffeter. 
K. Le mufcle ant-épineux. 


ZL L. Le mufcle abducteur du bras, ou portion externe du 
deltoïde. 


mm. Les mufcles extenfeurs de l'avant - bras. 
n n. Portion due mufcle trapèze. 
a. Tubérofité externe de l’Aumerus. 
p. Corps de l’Aumerus. 
g- Cartilagé de l’oreille. 
rr. Veine jugulaire interne. 
s s. Veine céphalique. 
t t. Nerfs cervicaux. 


P LM CH EU TUR TONER STE MR 


Froure premiére. Elle repréfente Ja clavicule du lièvre avec les mufcles 
qui s’y attachent & qui l’euvironnent. 


1. Le mufcle maffeter. 


2. 2. La veine jugulaire externe, fa divifion près de la branche 
de la mâchoire poftérieure. 


3- Les mufcles fterno-tyroïdiens, & le fterno-tyroïdien. 
4. Le mufcle fterno-maftoïdien. 
$- Région profonde du cou. 
6. Le cleido-maftoïdien, ou portion cervicale du mufcle 
commun au bras, à l'encolure & à {a tête. 
7+ 7: 7: Les tégumens renverfés. 


My 


356 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 
8. Mufcles de la partie poftérieure du cou. 
9. Le mufcle acromio-cervical. 
10. 10. Portion offeufe de la clavicule. 
11. Ligament qui s'insère à la clavicule & au fternum. 
15. Extrémité acromiale de la clavicule. 


13. Portion inférieure du mufcle commun à la tête , à l’en- 
colure & au bras, ou portion moyenne du deltoïde. 


14. Mufcle commun du bras, ou portion interne du 
deltoïde. 


1$, Le mufcle grand pectoral. 

16. Les mufcles antérieurs du bras. 
17: Mufcles extenfeurs de l'avant-bras. 
18. Mufcles de f'avant-bras. 


Figure feconde, On y voit l’omoplate & Ia clavicule du lièvre. 

1. Foffe ant-épineufe. 

2. Foffe poft-épineufe. 

3. 4. L’épine de l’omoplate. 

$. L'acromion. 
6. Apophyfe acromiale. 
Me 
8. 


Angle inférieur ou glenoïdal de l’omoplate. 
Extrémité fupérieure de l'os Aumerus. 


. 
- 


g. L'os humerus. 


10. Ligament qui de l'apophyfe acromiale pañfe fur l'An 
merus , & va s'implanter à la clavicule. 


1. La continuation du ligament précédent qui pañfe fur 
l’Aumerus. 
32. 12. La clavicule. 
13. Ligament qui fe dirige antérieurement de la clavicule 
vers le fternum. 


P L' A N'C'H E  QUu AM R.LIE M E. 


Figure première, Ici Von a deffiné la clavicule du cochon d'inde, & les 
mufcles qui $’y attachent ou qui l'environnent. 
3. Le mufcle maffeter. 
2. Le ventre antérieur du digaftrique. 
3. Tendon moyen du mufcle digaftrique. 
4. Le mufcle ferno-hyoïdien, 
5j. La trachée-artère. 


13: 
14 
ae 
Figure feconde. 


LB 
FL A 
Figure première. 


TJ, 7° 
2: 


DES SCIENCE s. 


Le mufcle fterno-maftoïdien, 

Le mufcle acromio-bafilaire, 

Le mufcle commun au bras , à l’encolure & à Ja tête, 
ou portion cervicale de la partie moyenne du del- 
toïde; c’eft le cleido-maftoïdien. 

La portion brachiale du mufcle commun au bras 
l'encolure & à Ia tête. 


357 


3 
> À 


+ Os claviculaire ou portion moyenne & offeufe de fa 


clavicule qui fe trouve dans Pépaiffeur du mufcle 
commun au bras, à l'encolure & à la tête. 


- Portion cervicale du grand dentelé. 
+ Le mufcle commun au bras, ou portion interne du 


deltoïde, 

Le mufcle trapèze. 

Le grand pectoral. 

Les extenfeurs de l'avant-bras. 

On y voit l'omoplate, Ia clavicule & l'os du bras du 
cochon d'inde. 

L'omoplate. 

La foffe ant-épineufe, 

La foffe poft-épineufe. 

L'épine de l'omoplate. 

L'apophyfe acromion. 

L’apophyfe acromiale. 

L’angle glénoïdal de lomoplate. 

Extrémité fupérieure ou articulaire du bras. 

Ligament qui de Ja tubérofité externe de l’humerus fe 
porte vers Îa clavicule. 

La clavicule ou os claviculaire. 

Ligament qui de l'extrémité de la clavicule fe porte 
au fternum. 

L'os Aumerus. 


N C'HE C EN QUU 1 À M E. 


& les mufcles qui s’y 


On y voit la clavicule du chat, 
attacheht & qui l'environnent 


Mufcles milo-hyoïdiens. 
Raphé des mufcles mMilo-hyoïdiens. 


358 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


z- 


490: 


sa 


I 0: 
TI. 
12. 


18. 


19: 


3° 
40: 


+ 4: 


Se 
6, 


18. 


20: 


27. 


22: 


Les mufcles géni-hyoïdiens. 

Les mufcles hyogloffes. 

Les mufcles ftilo-hyoïdiens. 

Ventres antérieurs des deux mufcles digaftriques. 


Interfeétion tendineufe des mufcles digaftriques, qui 
tient lieu du tendon mitoyen. 


Ventres poftérieurs des mufcles digaftriques. 


. Les mufcles maffeters. 
. Le larynx. 


Les mufcles flerno-hyoïdiens. 


. Les mufcles fterno-thyroïdiens. 


Les mufcles fterno-maftoïdiens. 


Réunion des mufcles fterno -maftoïdiens. Ces deux 
mufcles font réunis au fternum dans l'étendue d'un 
pouce & demi, leurs fibres paroïffent s’y croifer. 


Les mufcles profonds du cou, du côté gauche. 


Le mufcle cleido-maftoïdien, dont l’infertion fupérieure 
à los temporal eft cachée par le tendon du fterno- 
maftoïdien. 


. Le mufcle acromio-cervical. 


La portion cervicale du mufcle commun au bras, à 
l'encolure & à la tête. Cette portion qui répond 
à la partie moyenne du deltoïde, monte le long 
du cou & va s’inférer à l’occipital comme le trapèze, 
où ces deux mufcles forment enfemble une forte de 
capuchon. 

Suite de la portion moyenne du deltoïde, ou portion 
brachiale du mufcle commun à l'épaule, à l’encolure 
& à la tête. On a confervé ici,comme dans les autres 
articles, le nom donné àce mufcle dans le cheval, 
par les anatomiftes vétérinaires. ( Voyez les Élémens 
de M. Bourgelat). 

Portion du mufcle commun à l'épaule, à l’encolure & 
à la tête. Cette portion fe rétrécit & fe termine par 
un tendon qui s’insère à l'avant-bras du panicule 

‘ charnu. 

Portion externe du deltoïde, ou mufcle long abduc- 
teur du bras. 


Le mufcle commun du bras, ou portion interne du 
deltoïde, $ 


23° 
25: 


36 


Figure feconde, 


TI. 


Figure troifième. 
1: 
- 
Fe 


e 


ire 


fs. Île 


6. 


7 
8. 


LEOR LE) 


D,E S ,S C LE N CE S. 
Portion du panicule charnu qui s'étenl! jufqu’en 24, 25. 
Portion du panicule charnu qui fe rétrécit & qui s’in- 

sère àl'avant-bras, au côté interne du mufcle commun 
au bras, à l'encolure & à la tête. 

La pointe que font, en fe réuniffant fur les mufcles 
flerno-maftoïdicns, les deux mufcles communs du bras, 


359 


Étendue du mufcle grand pcétoral, 


On y voit la clavicule à nu après avoir enlevé une 
couche de fibres du mufcle commun au bras, à l’en- 
colure & à la tête. On voit en 31 fon extrémité fca- 
pulaire un peu arrondie; en 32 fon extrémité flernale 
umpeu moins volumineufe que la fcapulaire ; en 33 
cit la concavité qu’elle forme en devant. 


La clavicule du côté droit cachée dans lépaifleur de la 
chair des mufcles communs à la tête, à l’encolure 
& au bras, & cleïdo-maftoïdien; elle y ef indiquée 
par une ligne blanche oblique & Peu marquée, 
qui en montre Îa trace. 

La clavicule du chat, feule & dégagée des mufcles. 

Extrémité fcapulaire & arrondie. 

La concavité qu’elle forme.en devant. 


Son extrémité fternale, plus petite que Ia fcapulaire , 
ou acromiale qu’on voit en 4 


La convexité qu'elle forme en arrière. 

L'omoplate, la clavicule & los Aumerus du chat. 

Extrémité fternale de la clavicule. 

Sa concavité dirigée en devant. 

Son extrémité acromiale un peu arrondie, 
adhère à un ligament. 


& qui 


16. 17. 6. 7. L'omoplate. 


Ligament qui unit Ja clavicule à l’omoplate , en s’é- 
tendant à une apophyfe 18, qu'on trouve à fon 
angle articulaire. Cette éminence femble tenir lieu de 
Yapophyfe coracoïde. 

Foffe ant-épineufe. 

Fofe poft-épineufe. 

Petite éminence voifine de l’apophyfe coracoïde. 


L’épine de l'omoplate en 17, eft Ja facette du trapèze ; 
€n 0, eft l'acromion proprement dit, 


360 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


… 


10, Extrémité de l'apophyfe acromion, beaucoup plus 


13. 
Z4. 


courte que celle du Japin & du lièvre; l’échan- 
crure qu'elle forme eft auffi beaucoup moins grande 
dans le chat que dans les quadrupèdes. 


. L'apophyfe acromiale de l’épine de l'omoplate, 
. Tubérofité interne de l'humerus. 
. Capfule articulaire qui revêt l'articulation de l’humerus 


avec l'omoplate. 
L'os Aumerus. 
Condyles de l'os Aumerus. 


OBSERVATION 


Mévar COR, à D Ètes RE un em PE nre ee ec en 


PL:I, 4 Men, de LAo.2. des Je, An. 85, Pag. 860. RENE 


FUI) 


V4 H 
rl 
(UE 


Bret del, , Fle Cours se; 


; LoneeS ñ 
lt gr 


D9/7777722 


de l’Ae, À. des Se, An.1786, Lag. 800,21. VI. 


Men 


PL. L Men. de Ule, À des Je, Ar 1785 Lyg. 300.PL. VI. 


|) FE RE 


F Cons ve, 


Mer. de lc. 2 des Je, An.1785.2ay. 860. PL. VIL. 


F & Couarx de, 


Brice dal FL Eruse ve 
k 


’ 


Mern, de l'Ae: 2 des Je, An.17 65. Pag , 860, 21. VI. 


P1.Iv. 


LE Gouar se, 


2 
+ 


EMMA 


69 )ley 


Dei) 


, 


à 0 


Men, de L'Ae.2 des Je, An, 1786. Pay. 860, PLLX, 


F Le Cour se. 


Brice del Fe Conte se 


à. 21 P. 4 
x 


- 


D EPS S8C MPEUN: C Et. 36% 


OBSERVATION 
DUROL EFFEI DÜUTONNERR'E, 
À RAMBOUILLET, LE 2 AOÛT 1785. 


Par M. L’ABBÉ TESSIER. 
f E 2 Août, à fix heures précifes du matin, le ciel étant 


peu couvert, le tonnerre eft tombé à Rambouillet, fur 
une des écuries où étoient Îles chevaux de MONSIEUR, 
frère du Roi. Deux palefreniers ont été bleflés Jégèrement, 
Jun au bras & l’autre à la cuifle. Le mal apparent confiftoit 
dans une impreflion de rougeur, avec quelques boutons 
qu'on auroit pris pour des boutons d’éréfipèle. Les pale- 
freniers fe font plaints d’un engourdifiement douloureux 
dans les extrémités; celui qui étoit bleffé à la cuifle a cru 
quelques inftans qu'il avoit la moitié du corps paralyfée. 
Un troifième palefrenier a été atteint d’un mal de tête 
violent, il a eu même la vue troublée pendant quelques 
jours. Un quatrième s’eft évanoui, vraifemblablement de 
frayeur, Nous avons fait faigner du bras les deux premiers, 
& le troifième du pied, environ fix heures après l’événe- 
ment: le mal n’a eu aucunes fuites. 

Les chevaux de l'écurie étoient au nombre de trente- 
deux; trente ont été renverfés en même temps, il ny en 
a eu que deux qui foient reftés fur leurs pieds ; peut-être 
ces derniers ont-ils été épargnés par la foudre, ou n'ont-ils 
reçu que de foibles commotions: on a eu bien de 1a peine 
à faire relever ceux qui étoient tombés; une jument a été 
tuée roide, une autre a eu la moitié de la tête paralyfée ; 
& n’eft morte que le lendemain. Forcé de m'abfenter ce 
jour-A, je n'ai pu la faire ouvrir pour conftater fur-tout 
l'état de la tête: ce qu'il y a de certain, c’eft que les mufcles 
d'un des côtés de la face étoient fans mouvement, tandis 
que ceux du côté oppofé pouvoient fe contracter. L'animal 


Mn. 1785. TZ 


362 MÉMOIRES DE L’ACADÉMIE ROYALE 

dont le corps n'étoit point affeté, faifoit fans cefle des 
eforts pour fe tenir debout, mais le poids de fa tête le 
précipitoit à terre malgré lui. 

Une troifième jument a eu toute Îa journée Ia tête très- 
lourde, elle avoit bien de la peine à la tenir élevée; quel- 
ques faignées l’ont foulagée ; elle eft maintenant en bon 
état. 

J'ai fait ouvrir la bête tuée roide par le tonnerre, fon 
eftomac & fes inteftins étoient d'un volume fix fois plus 
confidérable que dans l’état naturel: il s’en eft dégagé, en 
les perçant, une grande quantité d’air qui n’étoit pas infect; 
ce qui n’eft pas étonnant, puifqu’il n’avoit pas féjourné fur 
des matières putrides. Les vaifleaux fitués au- deffous du 
cœur, tels que l’aorte defcendante & les autres, étoient 
la plupart flafques ; mais ceux du cou & de la tête fe trou- 
voient gorgés d'un fang noir, prefque coagulé: le cadavre 
d’un homme tué dans une circonftance pareille , m’avoit 
préfenté les mêmes phénomènes quelques années aupa- 
ravant. On m'a afluré qu'un des palefreniers bleflés, qui 
étoit dans l'écurie, eft auffi tombé en même temps que fes 
chevaux ; il m'a dit qu'il avoit été comme terraffé , fans 
pouvoir exprimer autrement l’impreflion du tonnerre : fes 
deux camarades étoient alors dans la fellerie, bâtiment qui 
étoit à côté de l'écurie; le plus maltraité fe trouvoit placé 
le long du mur derrière lequel a été tuée la jument. J'ai 
connu un fermier qui reçut une forte commotion à la tête, 
étant couché dans une chambre, au moment où de tonnerre 
tomba fur un arbre qui étoit féparé de lui par un pan de 
muraille fans fenêtre. 

Plufieurs chevaux avoient les jambes de devant fillonnées 
en zigzag, fans qu’il y eût de poils grillés. 

Le tonnerre eft tombé fur le haut du toit de l'écurie, 
du côté du midi, il n’a emporté que quelques tuiles; il eft 
entré dans le grenier rempli de paille jufqu’au faite, il a 
fracaflé un arc-boutant de la charpente, il eft defcendu 
perpendiculairement le long du montant, jufqu'à une tra- 


D'EuS1 !S: C L'E NUC:E:S 365 
verfe qu'il a fuivie horizontalement; il s’eft arrêté à une 
pièce de bois fur laquelle eft appuyée une panne : l’arc- 
boutant, le montant & la traverfe ont été hachés fans 
être noircis. 

Vers le nord, le tonnerre a café des tuiles, depuis le 
faite jufqu’à l'égout, & a réduit en copeaux un chevron dans 
toute fa longueur; il eft entré dans l'écurie dont la porte 
étoit ouverte , il en a même brifé un morceau ; puis il 
paroïît qu'il s’eft divifé à droite, à gauche & en avant. 
À gauche, un crampon de fer qui fixoit le râtelier, a été 
décloué & foulevé ; la jument qui a été maltraitée & s’eft 
rétablie , étoit à l'extrémité de ce rang. A droite, il a 
dégradé une petite partie de la muraille, dont il a bruni 
une pierre; la jument tuée roide étoit la dernière de ce 
rang. Enfin cétoit vis-à-vis {a porte qu'étoit attachée Ia 
bête qui a eu d'abord Ja moitié de la tête paratyfée, & eft 
morte le [endemain. 

Je prélume que telle a été la marche du tonnerre, 
d’après l'infpeétion du local & examen des effets. On 
obfervera que la mangeoire, dans toute fon étendue, eft 
bordée d’une bande de fer deftinée à 1a rendre plus folide 
& à empécher les chevaux de riguer ; cette bande a fans 
doute fervi de conduéteur au tonnerre. 11 n’y a de mar- 
ques de brülure nulle part; on ne peut douter que le 
tonnerre n'ait traverfé beaucoup de paille, puifqu’il a haché 
des pièces de bois qui en étoient recouveïtes, & qui n'a- 
voient pas changé de couleur. Dans une occafion fem- 
blable, j'ai vu des chevrons entièremeut noircis par le 
tonnerre, qui les avoit brifés fans mettre le feu aux lattes, 
ni à la couverture, quoiqu’elle füt de chaume. 


Zz i 


Lû 


Je 12 Janvier 


1785: 


364 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


RUE, MA ROGUE 
SUR L'OPPOSITION 
DE LA NOUVELLE OU SEPTIÈME PLANÈTE, 
à l'égard du Soleil. 


Par M. LE MONNIER. 


A LÉ cette planète n'ait été obfervée que trois à 
quatre jours après l'oppofition, favoir, le 7 Janvier, 
cependant fa longitude géocentrique eft facile à réduire à 
celle qui auroit été vue, l'œil étant placé au centre du Soleil, 
c'eft-à-dire, à ce qu'on nomme communément Ja longitude 
héliocentrique. 


L'étoile A des Gémeaux a fuivi au méridien la planète qui 
y a paflé de temps vrai à 11P 43" 04", de 19 19/34à 35". 
La diflance apparente au zénith étoit 254 43! 30", ce qui 
donne, fous la latitude de mon obfervatoire, une déclinaifon 
boréale de 234 08' 10". Or en ayant déduit la longitude 
vifible de la nouvelle planète, on la trouve de 1044 13” 
25" >, fa latitude boréale fera o 25 56”. 


Comme la nouvelle planète découverte en Mars 1787, 
a été comparée conftamment les années fuivantes à l'étoile 
A où propus qui pafloit à même hauteur au méridien, je 
n'ai pas négligé de comparer aufli cette même étoile à 
d des Gémeaux, & je trouve entre les paflages des deux 
étoiles, 1} 16’ 12"+, qui valent 194 3’ 10 à 12". L'étoile 
Na paru aux mêmes temps plus au fud, de od $ 3 47"-, 
ce qui facilitera déformais pour deux à trois autres années 
les comparaifons de la nouvelle planète avec d\: en eflet, 
elle s'éloigne trop de propus & s’abaifle déjà fenfiblement 
au-deflous du parallèle à l'équateur qui pañe par cette 


DES SCIENCES. 365 


première étoile, à laquelle nous l'avons ici tant de fois 
comparée, 

H y a bien encore au nord de 4\ des Gémeaux, une 
étoile de la feptième grandeur, placée fous le parallèle de 
propus, & à laquelle jai comparé Îa nouvelle planète 
lors de fa dernière quadrature, les 13 & 1 5 Oétobre 1784. 
Comme les quadratures obfervées donnent très-bien les 
diftances des planètes fupérieures, il ne fera pas inutile 
d'en rapporter ici les obfervations faites à LÉDMES REL 
LP TITRES lorfque le 15 au matin l’afcenfion droite 
apparente étoit 107d 51’ 00" ou 2"2: fa déclinaifon 
25% $1"27"x 

J'ai donc trouvé par À, le 13 Oobre au matin, l'af 
cenfion droite apparente de 1a nouvelle planète, de 107d 
50’ 10”, & fa déclinaifon boréale apparente, 2545$1/10 
ou 12° Mais l'étoile qui eft au nord de J, de of 5845", 
pañle oh 3’ 15"2 (qui valent od 48" 52"+), après cette 
grofle étoile; on aura donc la facilité de vérifier encore 
cette même étoile, relativement à la principale À, indé- 
pendamment de ce qui en eft défigné au catalogue de 
Flamfléed : celui-ci donnoit en 1690, pour difiérence en 
déclinaifon, o4 59’ 3 5", & réduifant à 1785 od 59" 12"2, 

Mais pour revenir à notre dernière quadrature, le 13 
Octobre au matin à 5h 55’ 35" + de temps vrai, la nou- 
velle planète a fuivi l'étoile qui eft au nord de 4\, de 49" de 
temps, & paroifloit od 29" 30 à 32"2 plus au fud ; enfuite 
à ra 481121, le 15 au matin, elle a fuivi de s2"+& 
paroifloit 29’ 20" plus au fud. Enfin, le 7 Janvier dernier, 
après l'oppofition au Soleil, la planète a précédé au méridien 
la même étoile x de la feptième grandeur, de o° 8/ 343 


& paroifloit plus au fud de od 12’ 35 feulement, 


Lû 
fe 30 Juillet 
1785: 


366 MÉMOIRES DE L’'ÂCADÉMIE ROYALE 


EX TR NANIEUT 


D'une Lettre écrite de Bagdad, du 2 3 Février 
1783, par M. André Michaux, Botanille , 
allant à Ifpahan. 


Par M. LE MONNIER. 


Sas fait, en 1779 & 1780, au château de Meudon, ainft 

qu'au haut du réfervoir de Vilbon, les expériences du 
baromètre purgé d'air, avec un botanifte, à qui je remis 
pour fon voyage un aftrolable parfaitement divifé par Sevin, 
célèbre artifte du dernier fiècle : je lavois exercé fur diverfes 
obfervations aflronomiques & phyfiques, conjointement 
avec mon frère. J'ai appris l'accident fâcheux arrivé à fon 
baromètre par l’infidélité d’un Arménien, précifément lorf- 
qu'il étoit hors des dangers & au-delà des montagnes dans 
fa route à Bagdad, où il eft arrivé le 21 Novembre 1782. 
I m'envoie les obfervations météorologiques du mois de 
Décembre & du mois de Janvier de cette année-ci. Il 
regrette de n'avoir pas un plus grand nombre d’inftrumens 
d'aftronomie pour fon voyage en Perfe, ne Jui reftant que 
deux thermomètres & fa boufole. 

Bagdad, fuivant nos tables aftronomiques & géogra- 
phiques modernes, eft par 33421" delatitude, &2h45+ 
ou 46" à l'eft du méridien de Paris. Les obfervations qui 
fuivent ne donnent guère que 334 15/3 En voici les 
principales faites à Vaftrolabe qui a été garni d’un arc de 
Nonius ou de Vernier, à fon alidade. 


x 


Hauteurs du centre du Soleil, Latitudes concluese 


Janvier. 24. amigos. tu. 334 11°4, 


Février 3e | 40. 254 vos... 33. 08 à 
! 7: #ls 2e cunrrusoece 334 11 Ee 


DES SCIENCES. 367 


Hauteurs du centre du Soleil, Latirudes conclues. 
10. | 422 30° ..... IS : 2 334 14'2. 
Février 1$. | 44. 10. ....... sv. | 34 14 À 
20. | 45. ÿ5e “......... 33° 15 5e 


La bouflole dont notre voyageur s’eft fervi, étoit en 
erreur d'un degré cinq minutes à l'oueft, lorfqu’elle fut 
vérifiée à Paris. Or à Bagdad, le 22 Janvier, déclinaifon 
4 1 oueft; l'aiguille a 4 pouces ou environ, le 28 Janvier, 
déclinaifon 11 degrés oueft. 

Le thermomètre expofé au nord 36 pieds au-deflus du 
Tigre, n’eft defcendu qu'à la congélation, les 8 & 9 
Janvier 1783. 


CONJONCTION 
DE LA LUNE AUX PLÉIADEY, 
Obférvée le 13 Décembre 1785. 


Par M. LE MONNIER. 


9" 59" 00" + de temps vrai, le premier bord de Ia 
Lune a précédé n des pléïades , au quart-de-cercle 
mural, de oh 8” $9"+— 24 14/41" +: les bords fupérieurs 
& inférieurs de la Lune étoient diftans du zénith de 254 
47! 50", & 25114 35"; ce qui donneroit pour le centre 
2${31/10à 15". Or, la luifante » des pléiades a paru dif. 
tante du zénith à fon paflage au méridien, de 2 s125/40"; 
en forte qu’il n’y a nulle correction à faire pour Îa différence 
en afcenfion droite des deux aftres qui ont paffé à même 
hauteur fenfible au plan du quart-de-cercle mural. Cela 
doit arriver, foit que ce plan foit défeétueux, foit qu'il 
donne les paflages au méridien 3"a 4" trop tard, comme 
il a été vérifié aux deux derniers folftices d'été par les 


hauteurs correfpondantes du Soleil, 


Lû 
le 14 Déc. 
1785. 


368 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


J'ai aufli obfervé les paflages au méridien, de quelques- 
unes des pléïades, comme il fuit : 


g a précédé » de oh 2° 41"... Voy. ma Figure, Mém. de 1748. 


b.....:.....0. 2:35 +ou, à diftance duzénith de2 54 2$/$0”. 
CPS NO CUIE MON SCENE N PMOS EX DE à: 2$ «35-20 
j'a fuivimider. "or dos. Net EL" 26. 28-20. 


On aura donc ces trois dernières étoiles plus éloignées du 
zénith que n, de of 0’ 10", 9’ 40", & de 2' 40°. En 1748 
& 1755 je trouvois, d'après. un grand ponre d'obfer- 
vations, & par un milieu, 12"+, 9 50", & 2'27"+ 

A l'égard des différences d’afcenfion droite, je les éta- 
bliflois comme il fuit : 


£g: avant. # - « » - Oh 2° 40" Ces différences conviennent , à moins 
DU MRC. 95 


CHROMÉ MNOE vations ci-deflus, & toutes ces étoiles 
POSE A6 DICO 10 Re) font fixes relativement entr’elles. 


Ainfi, il faudra avoir égard à ces dernières dans le calcul 
du lieu de la Lune, comme aufli dans le calcul des occul- 
tations, n'étant pas poflible de s’en rapporter uniquement 
aux feules obfervations que je viens d’en faire à leurs paf- 
fages par le méridien, à moins que de les réitérer en pareil 
cas, plufieurs jours de fuite. 

Si on remonte aux périodes antérieures pour comparer 
l'erreur des tables Newtoniennes à à celle que je viens de 
déduire de — 3’ 13", en négligeant l'accélération du 
mouvement de la Lune; comme aufii en fuppofant pre 
cenfion droite apparente de la luifaate n des pléiades, de ÿ34 
42! 29", on ne trouve de correfpondantes qu’en 1767 & 
en 1731 ; car les temps n'ont pas été favorables en 1749, 
aux mêmes obfervations. 

Or, le 2 Décembre 1767, j'ai trouvé l'erreur des tables, 
der) ie : en longitucle, par les obfervations fuivantes : 
favoir, à 92531" +, lorfque le premier bord de la Lune 
a précédé 8 du bélier, de 4 o1"; ce qui donne, en 

fuppofant 


CERTES 


d'une feconde de temps, avec les obfer- 


is 


= BIENS OISE NICE 5: 369 


fuppofant l'afcenfion droite apparente de cetteétoile, 3 14 
19" 20”, celle du centre de li Lune, 304 36! 20". La 
diftance au zénith, du bord inférieur, étoit 314 49' 30", 
& par conféquent la déclinaifon du centre, 174 49! 28" 
boréale; d’où j'ai déduit fa longitude 44 39/ 31">, avec 
une atitude boréale de 54 01’ 18". Cette latitude excède 
à peine de 5” celle que repréfentoient les Tables des 
Inftitutions. 
I y a plus de difficultés pour connoître l'erreur des tables 
à même diftance de Îa Lune au Soleil, & non pas à mème 
valeur de l'argument annuel, parce qu'en Novembre le 
uart-de-cercle mural de la rue des Poftes, étoit à peine 
dé vers le plan du vrai méridien, outre que les déviations 
du plan n'étoient pas aflez connues. M.° Godin & de 
Fouchy, qui s’'étoient réunis dans leur nouvel Obfervatoire, 
m'ont communiqué les obfervations fuivantes, & pofté- 
rieures d'un mois entier à la correfpondante que nous 
cherchons pour {a période de dix-huit ans & d’environ 
onze jours. Les tables de Halley donnent plus complet- 


x 1 O&ob. 
tement les erreurs des tables, favoir : les — 1731, 
11 Nov. 


de — 0" 55”, 4 res 


re Dés 1731» de — 0’ 31°; 
c'eft-à-dire, d'environ 2’ en défaut Ie 11 Novembre, à 
caufe de la diflérence d’une minute, dont les tables de 
Halley font l'époque moms avancée que les tables Newto- 
niennes dont nous nous fervons. 
Or, le 21 Décembre 1731, dans la rue des Poftes, 
près l'Eftrapade, & plus au nord que l’Obfervatoire royal 
d'environ 26”, le centre du Soleil a paflé au quart-de-cercle 
mural, à oh 14! 30" + de la pendule, qui avançoit par 
jour fur le temps vrai de 1’ 36": Saturne y a paflé à 6h 
59° 34", étant alors élevé de 384 : enfin le premier bord 
de fa Lune y a pañé à 9" 57" 18”; ce qui peut fe réduire 
à 9° 41° 32"2 de temps vraï: j'ai fuppofé pour cet eflet, 
que le mural donnoit 36" Ltrop tôt à la hauteur du Soleil; 
Mém. 1785. Aaa 


370 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


& les correfpondantes de Saturne , vues à lorient & à l’oc- 
cident, à mêmes hauteurs’ au quart-de-cercle mobile, ont 
donné la déviation à 38 deo3"a l’orient. Enfin, en 1732 
& 1735, nous avons trouvé à la hauteur d’Aréturus environ 
1"2 trop tôt. D’après ces fuppofitions, le paffage de la Lune 
au méridien a du être à 9" 41" 34" de temps vrai ou appa- 
rent; & comme le quart-de-cercle mobile a donné la hauteur 
méridienne du bord inférieur, de 614 13’ o7" +, il eft aifé 
d’en conclure l1 longitude de la Lune, 


AUTRES OBSERVATIONS 


DU QWIATA 
CONJONCTION DE LA LUNE À VÉNUS, 
Faites le 12 Avril 1785. 

Par M. LE MONNIER, 


De & l’émerfion fa) faites en plein jour 
du difque de la Lune qui nous a caché Îa planète 
de Vénus, ont été fuivies de l’obfervation du paflage par 
le méridien, dont voici les détails. ; 

© à 2° 53! o4" 2, le premier bord de a Lune a pañé 
après le centre de Vénus, de 3’ 17" +; la diftance au zénith 
du bord fupérieur étant 224 39" 05", ce qui donne la décli- 
naïfon vraie de la Lune, 264 18'47", ayant aufli comparé 
les deux planètes avec & d'Orion; jen ai déduit leur 


afcenfion droite de 634 46! 40"+, & de 649 53! 50" 


(a) M. le Duc de l’Infantado, accompagné de M. l'Abbé de Chaligni, 
ont aperçu fucceflivement avant moi, le croïflant de la Lune, qui étoit 
trés-foible ; avantage qui n’eft pas toujours accordé aux miopes , & qui 
ne l’a pas été ce jour-là. Le Soleil a paflé au vrai Méridien, à 1} 29* 

9"; de la pendule, ou plutôt à 13", &c; & Je jour fuivant, l’accélération 


H x 


lurne étoit de 3° 43" 2. 


n'es liSletrrÉ Nic Es. 37 


pour Vénus & pour le centre de la Lune. Vénus a paru à 
224 Al os" duzénith, à fon pañlage par le méridien; d’où 
l'on tire leurs longitude & latitude comme il fuit : 


Q & 61 30’ 11” Latitude boréale... 4% 33" 29". 
(GRANT 2245 9riele sheet) ele moe 4. 46, 43. 


Au moment de l'émerfion qui avoit précédé ces pañlages, 
comme je me fuis fervi du quart-de-cercle mobile, afm 
d'y mefurer, à l'aide du micromètre, la différence de 
hauteur entre la planète & le bord fupérieur de la Lune à 
cet inftant , j'ai été obligé de réitérer plufieurs fois l’opé- 
ration; car l'ayant aperçue déjà fortie à 0" 50! 30", je n'ai 
pu reconnoître autre chofe, fmon que 3" & 4 + après, la 
planète paroiïfloit précifément à même hauteur que le bord 
fupérieur de la Lune : enfin à 1° 15’ 10", elle étoit dans 
le même vertical fenfiblement, que le bord occidental de 
la Lune, mais plus haute que le bord fupérieur de 1! 7" 
à s'. Dans ce dernier cas, le même bord fupérieur étoit 
élevé de 604 2 5/; au lieu qu’à 0" 33/4, il n'étoit qu'à 574 
48’ de hauteur orientale. Comparant les phafes que je viens 
de rapporter, avec celles de M. Meffier, vues à un télefcope 
qui grofflifloit quatre-vingts fois, on auroit, à l'hôtel de 
Clugny, la fortie totale à of $2' o$", la corne lumineufe lui 
ayant paru fortir du difque lunaire, 1" 37" auparavant. La 
durée de limmerfion a paru à M. Meffier, avec un autre 
télefcope qui groffifloit cent quarante fois, de 1! 18"; & 
quoiqu'on n'ait pas vu le difque obfcur de la Lune, ce qui 
rendoit le premier attouchement difficile à reconnoitre, je 
trouve aufli cette durée plus longue de 8" qu’à Rouen, où 
M. du Lague, avec une lunette acromatique de cinq pieds, 
a obfervé comme il fuit, à 11h $8/ so", & 12P 00! 00", 
contacts des bords de Vénus au difque obfcur de la Lune, 
obfervés dans la maifon de Saint-Lô. 

Pour compléter ces obfervations, il a fallu drefler un 
type des phafes de Vénus & de la Lune, felon les règles 
indiquées aux chap. IX & XV des /nfhrutions aflronomiquess 


aa i] 


372 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


D'un autre côté, le mouvement de Vénus en afcenfion 
droite & en déclinaifon, étoit connu par les obfervations 
faites au méridien le 11 Avril, favoir, à 2° so’ 18"-+ de 
temps vrai, la diftance au zénith étant de 234 07’ 55”; 
en forte que le mouvement diurne en afcenfion droite auroit 
été de 47’ 7 à 8". En comparant les pañlages de Vénus 
& de a d’Orion, mes premiers calculs ont donné à o" 50’ 30" 
la longitude apparente de Vénus H 6426! 3$"+, avec une 
latitude boréale de 44 33" 11" +. Soit fuppofée à cet inflant 
Vénus plus haute que le bord fupérieur de la Lune, de 10" D 
& la diftance des centres 1 5! 57" + apparente, l'inclinaifon 
de Ia route apparente par obfervation de 64 48 à 50’. 
L’angle parallactique étant alors 274 362, on auroit en 
ce cas 12’ 33° pour difkrence en longitude, & 9! 53" 
en latitude, ce qui donne H 64 39’ 10" + pour la longitude 


de la Lune, avec 44 23’ 11" de latitude. 


D'EISAIS CT E Ni Cie ts. 373 


EXPÉRIENCES 


SUR UNE 


AUILE DE VITRIOL FUMANTE DE SAXE, 
ET SUR 
PEUUIE DIOMONAMMRE RCONC'ER ET 


qu'on en retire par la diflillation. 


Par M. DE Fourcrorx. 
[: exifte en Chimie un affez grand nombre de faits 


finguliers, dont la caufe n’eft point encore connue, 
parce qu'ils femblent n’avoir aucun rapport avec Îes phéno- 
mènes ordinaires que la pratique de cette fcience préfente 
aux obfervateurs; de ce nombre font la plupart des réfultats 
confignés dans les ouvrages des alchimiftes, fur Ia nature 
& les propriétés des acides. On fait que l’on trouve quel- 
ques faits fur ces fels dans les écrits de Raymond Lulle, 
Arnaud de Villeneuve, &c. plufieurs de ces écrivains, prefque 
entièrement oubliés aujourd’hui, parlent d’un acide vitrio- 
lique fumant qu'on peut obtenir fous forme concrète, ou 
dont on peut dégager ce qu'ils appellent 67 volati] de l'huile 
de viriol. Hellot à décrit dans les Mémoires pour 1738 {a}, 
un femblable acide qu’il a obtenu de Ia diflillation du 
vitriol, & dont il s’élevoit des vapeurs fulfureufes très- 
épaïfles. M. Baumé aflure (b) que cette opération ne lui a 
point réufli; mais il dit avoir reçu de M. Brandt, chimifte 
de Hollande, un acide concret & fumant dont il ne connoît 
pas la préparation. Meyer eft le feul chimifte qui, dans fes 
Effais fur {a chaux (c), ait parlé avec quelque détail, d’un 


(a) Mémoires de l’Académie, année 1738, page 290. 

(b) Chim. exper & raif, tome IT, pages 578 àT 570. 

(c) Effais chimiques fur la chaux vive, &c. traduits par M. Dreux. 
Paris, 1766, 2 volumes in-12, tome T, page 281 à 290. 


374 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


acide vitriolique fumant, que fon traducteur a appelé Auile 
de viriol de Nordhaus, & que je crois préparée à Northaufen, 
petite ville de Saxe. Les expériences que Meyer rapporte 
fur cet acide, font bien faites pour piquer la curiofité, & 
feu M. Macquer en avoit cette opinion, puifqu'il dit, en 
parlant de cette huile de vitriol fumante, que cette matière 
mériteroit un nouvel examen: en eflet, quoi de plus fin- 
gulier qu'un acide vitriolique brun légèrement fumant, 
ui, diftillé à une chaleur affez douce, donne un fel blanc 
concret criftallifé dans le récipient, & qui répand une 
fumée blanche très-épaifle lorfqu'il eft en contact avec l'air? 
Meyer penfoit que ce fel étoit de l'acide vitriolique com- 
biné avec fon caufhicum, que ce dernier s’en échappoit 
à l’air, fous la forme de vapeurs, & que l'acide étoit enfuite 
femblable à l'huile de vitriol; il ajoute que l’huile de vitriof 
de MNordhaus, d'où l'on a retiré ce fel concret, ne fume 
plus, & qu'elle n’eft plus que de l'acide vitriolique pur: 
mais comme Îa préfence du caufficum de Meyer n'eft rien 
moins que démontrée, & comme il eft bien reconnu que 
les propriétés qu’il lui attribuoit font dûes à d’autres caufes 
très-exactement appréciées, la théorie de ce chimifte, fur 
l'huile de vitriol fumante, ne peut pas être admife, & telle 
eft Ja raifon pour laquelle Aacquer a penfé que cet objet 
méritoit un nouvel examen. Afeyer a cité un ouvrage de 
Chriflian Bernhardt, auquel il renvoie pour avoir plus de 
détails fur ce fel volatil de l'huile de vitriol; cette differ- 
tation qui n'eft point connue en France, eft écrite en 
allemand, & a été publiée à Leipfick, en 1755 (4). 
Chriflian Bernhardt, dans fon fecond Effai fur le vitriol 
(e), parle d’un acide criftallifé qu’il a obtenu en diftillant- 
ce fel métallique déflegmé. Dâns fon troifième Efai {f}) 
fur la manière de retirer le fel volatil de l'huile de vitriol, 


(d) Effais & recherches chim. far Le vitriol, le nitre, &c. par Jean-Chriftian 
te Leipfick; 1755, 1 vol. in-12 de 328 pages ; en allemand, 
e) Page 30. 
() Pages 45 & fuivantes. 


DES, SCIENCES. 375$ 
il dit qu'ayant diflillé à un feu doux, dans une cornue de 
verre, deux livres de cet acide vitriolique concret, fous 
Ja forme d'un fable fec, les gouttes qui en fortirent fe 
condensèrent en un fel blanc brillant, de la grofleur d’une 
moitié de noix, fur lequel il s’éleva peu-à-peu, dans la 
fuite de l'opération, un arbriffeau femblable à du corail, 
avec fix ramifications ifolées. I diftingue deux efpèces 
de fels dans cette diftillation , l’une en filets flexibles, 
brillans, foyeux, fumans à l'air, & d’une grande volatilité; 
l'autre, moins blanche, fous forme grenue , & fe broyant 
facilement, au lieu de fe plier coinme le premier. Î1 a 
retiré en tout fept onces & demie de ces fels de deux 
livres d'huile de vitriol criftallifé. Enfin il aflure qu’ila féparé 
très-bien ces deux efpèces de feis, en diftillant cet acide 
concret à un feu très-léger, & en refroidiffant le récipient 
par un filet d’eau qu'il faifoit couler fur ce vaifleau ; le 
premier, comme plus volatil, a paflé dans le récipient, 
& lé fecond eft refté dans la cornue. L'auteur ajoute que 
lorfqu’on a féparé ce fel de l'huile de vitriol, celle-ci 
refte fluide & claire comme de l’eau, ne fume plus, & 
dépole une petite quantité de terre grife; il conclut de 
cette expérience, que la fumée que répand fhuile de 
vitriol noire. eft dûüe aux deux fels volatils qu’elle con- 
tient. Ces détails finguliers que M. Bertholler a bien voulu 
extraire de la diflertation de Bernhardt, écrite en allemand, 
& citée par Meyer, font très-exaéts, comme je le démon- 
trerai plus bas; mais ils n’apprennent rien fur la nature de 
ces fels concrets, & c’eft-là le point ignoré jufqu’aujourd’hui 
par les chimiftes qui ont connu ces fels. 

Meyer a ajouté à ce travail, que l'huile de vitriol fu- 
mante de Mordhaus ne donne plus de fel volatil concret, 
quand on l'a étendue d’eau. 

Cette partie des recherches du chimifte d'Ofnabruck, 
m'avoit toujours frappé, & je m’étois propolé depuis long- 
temps de répéter ces expériences, fi je pouvois me pro- 
curer cette efpèce d'acide vitriolique fumant; mais ce fut 


£ 


376 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


en vain que je parlaï de cet acide à tous les chimiftes de 
ma connoiflance, perfonne ne put me donner de ren- 
feignemens fur cette fubflance, & je défefpérois de Ia 
connoître, lorfque M. Poulletier de la Salle, amateur connu 
par fes nombreufes recherches fur la chimie médicinale, 
me fit voir, cet hiver (Janvier 1785 ), une huile de 
vitriol fumante , que M. Charlard, apothicaire de Paris, 
lui avoit fait venir d'Allemagne. Ayant examiné cet acide, 
je crus y reconnoitre les caractères de celui qui avoit été 
indiqué par Meyer ; je pris fur le champ, auprès de M. 
Charlard, toutes les informations qui pouvoient m'éclairer ; 
J'appris qu'il avoit tiré cette huile de vitriol de Bâle, d’après” 
la demande de M. Poulletier ; que’ les marchands de 
cette ville, avec lefquels il faifoit un grand commerce, la lui 
avoient envoyée fous le nom d'huile de vitriol de Saxe: je 
fus alors perfuadé que cet acide étoit le même que celui 
ui eft nommé huile de vitriol de Nordhaus, pax le traducteur 
de Meyer, & que c'étoit à Northaufen, petite ville de Saxe, 
won le retiroit de la diftillation du vitriol. Au refte, 
quand l'huile de vitriol dont je m'occupe ici, ne feroit pas 
exactement celle de Northaufen, citée dans l'ouvrage de 
Meyer, les propriétés parfaitement femblables que y ai 
reconnues, ne me permettent pas de douter qu'elle n'ait 
avec elle Ja plus frappante reflemblance. : 

La première expérience que je fis fur ce fingulier acide, 
fut de le diftiller pour voir fi j'en retirerois le fel concret 
indiqué par Aeyer; je l'obtins en eflet, mais cette opé- 
ration que j'ai répétée plufeurs fois, m’ayant préfenté des 
phénomènes très-finguliers , je crois devoir la décrire avec 
foin, après avoir fait connoître Îes propriétés phyfiques 
ou apparentes de cette liqueur. 

La première portion de cette huile de vitriol que j'ai 
vue chez M. Poulletier, étoit renfermée dans un flacon 
de criftal depuis environ deux ans; elle avoit une couleur 
rouge tirant fur le brun : le papier qui recouvroit le 
bouchon de criftal, avoit été corrodé, & il fembloit même 

qu'une 


Die,s, NS GIE. NC ES. : $A4 


qu’une partie des. vapeurs acides avoient paflé au-dehors; 
l'extérieur du verre étoit humide & comme gras, il paroïf- 
foit dépoli. Ayant débouché ce vafe, on aperçut quelques 
vapeurs blanches qui en fortirent; & en tranfvafant l'acide, 
cette liqueur exhala une fumée blanche beaucoup plus con- 
fidérable, & ayant une odeur fupportable d’acide fulfureux. 
L’agitation & le contact de l'air font donc les caufes du 
dégagement de ces vapeurs, puifque dès que l’acide fut 
repolé dans un bocal bien bouché, ces vapeurs épaifles 
difparurent & il n’en fortit que de très-foibles; en l'agitant, 
on fit reparoïtre de nouveau la même fumée blanche. En 
verfant cet acide du bocal dans une cornue, la portion 
qui adhéroit au fond de ce premier vafe , exhaloit la même 
vapeur blanche qui tomboit comme la fumée dans le vide, 
& qui fe relevoit dès qu’elle étoit parvenue dans l’atmo- 
fphère. Cet acide qu'on auroit cru très-concentré, d’après 
fa confiftance, ne peloit cependant que cinq gros plus que 
l'eau fous le volume d’une once; mais cette légèreté ne 
dépend que de ce qu'il avoit attiré l'humidité, puifque la 
même huile de vitriol prife chez M. Charlard, pèle fept 
gros plus que l'eau fous le même volume, comme je le 
dirai plus bas. Cet acide rougit les couleurs bleues végé- 
tales fans les détruire. 


EXPÉRIENCE PREMIÈRE 


ON a mis dans une cornue de verre, une livre de cette 
huile de vitriol fumante, confervée depuis plufieurs années 
dans un flacon qui avoit reflé quelque temps débouché : 
comme le but de cette première opération étoit feulement 
de voir f1 l’on obtiendroit le fel concret dont parle Meyer, 
on adapta fans précaution & fans lut, un balon aflez grand 
pour recevoir le produit; on verra plus bas que ces pré- 
cautions auroient été plus nuifibles qu'utiles au fuccès de 
l'opération. Dès 1a première impreflion de la chaleur , il 
pafla une grande quantité de vapeurs blanches & épaifles 
qui obfcurcirent le récipient; la portion de ces vapeurs 


Mén. 1785. Bbb 


378 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoyALE 


qui fortoit par la jointure des vaiffeaux, répandoit une 
forte odeur de foufre brûlé : bientôt il paffa en même 
temps des gouttes d’une liqueur, qui, parvenues au fond 
du récipient, fe figèrent & prirent la forme d’une gelée un 
peu brune; fes vapeurs qui frappoient les parois fupérieures 
& latérales du ballon, sy condensèrent en un fef blanc crif- 
tallifé en lames femblables à celles du fel fédatif, & en 
petites aiguilles brillantes & ramifiées comme la craie 
ammoniacale ou l’alkali volatil concret. La liqueur qui 
tomboit en gouttes, de trois minutes en trois minutes, & 
qui fe raflembloit au fond du récipient, devint bientôt 
plus foncée, & refla quelque temps au-deflous de la pre- 
mière portion gélatineufe, qu’elle fondit par la chaleur 
qu'elle Jui communiqua; celle-ci, après s'y être mêlée & 
difloute peu-à-peu, ne lui donna que peu de couleur. On 
remarqua auffi que la vapeur bhinche qui continuoit à fortir 
par le bec de la cornue, en même temps que les gouttes 
de liqueur, fe féparoïit en deux portions; l’une fupérieure 
& plus légère, qui fuivoit, en efpèces de filamens foyeux, 
la courbure de la partie fupérieure du balon, & fe con- 
denfoit fur fes parois ; l’autre inférieure, plus pefante, qui 
fe précipitoit fur la liqueur & s’y diflolvoit en grande partie. 
Ces phénomènes durèrent pendant environ deux heures 
& demie, & l’on n'employa qu'un feu très-doux. À cette 
époque, la vapeur ayant beaucoup diminué dans le balon, 
& ne fortant qu'en très-petite quantité de la cornue, on 
changea de récipient; & la liqueur de la cornue n'étant 
point encore blanche, on continua la diftillation par un feu 
plus fort. Il pafla à peu-près quatre onces d’une liqueur 
plus foncée en couleur que la première huile de vitriol, 
fans odeur fenfible, & qui n’exhaloit plus de fumée; l'acide 
contenu dans la cornue parut tout-à-fait blanchi, on y 
obferva une petite quantité de poudre blanche ; il fallut 
fept heures pour obtenir ces trois onces de liqueur colorée, 
& pour blanchir entièrement celle de la cornue: il paroît 
donc que le principe colorant de cet acide n’eft pas entiè- 


DES. LS CITE N CE S 379 


rement formé par la vapeur blanche qu'on en dégage par 
une chaleur douce. Je fis mettre un troifième récipient & 
continuer la diftillation jufqu’à ficcité; cette opération dura 
plus de dix heures, & elle fournit fept onces & demie 
d’une huile de vitriol légèrement ambrée, qui pefoit jufte le 
double de l'eau & qui ne fumoit point: il refta au fond de 
la cornue un léger enduit blanc un peu bourfouflé, ayant 
l'apparence faline; cette matière pouvoit pefer fix grains, 
elle avoit les propriétés de l’alun calciné, comme je le 
ferai voir dans la feconde expérience. 

Le premier ballon qui contenoit le fel concret, ayant 
été ouvert, il fe remplit fur le champ d’une vapeur blanche 
très-épaifle, & l’on eut beaucoup de peine à en retirer Îa 
fubftance faline; on en perdit une aflez grande quantité, il 
s’en fondit aufli pendant qu’on étoit occupé à le détacher 
& à le mettre dans un flacon; on n’en put ramaffer qu'une 
once deux gros, & on évalua à trois gros ce qu'il y eut 
de perdu: il y a donc eu plus de trois onces de perdues 
dans l'opération , foit en vapeurs blanches qui, fi elles 
avoient été retenues, fe feroient condenfées en acide con- 
cret, foit en humidité, de forte que l’on peut eftimer à 
un cinquième environ Îa quantité de fel concret que l'on 
obtint de l'huile de vitriol fumante de Saxe. 


EXPÉRIENCE SECONDE. . 


LA première expérience ayant eu le fuccès que j'en 
avois defiré, j'ai cru devoir la répéter avec plus d’exac- 
titude. Je me fuis procuré à cet effet, chez M, Charlard, 
le même acide vitriolique de Saxe, qu'il avoit fourni à 
M. Poulletier, & qu'il confervoit dans une bouteille de 
grès bouchée avec un bouchon viffé de la même matière; 
je l'ai trouvé parfaitement femblable au premier, fi ce n’eft 
qu'il étoit plus concentré, puifqu'il peloit fept gros plus 
que l’eau fous le volume d’une once; au refte, if exhaloit 
‘les mêmes vapeurs & la même odeur. On en a mis deux 


livres dans une cornue de verre à laquelle on a adapté un 
Bbb ji 


380 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ballon, & l’on a joint à ce dernier, par Îe moyen d’un 
tube courbé à angle droit, une bouteille d’où partoit un 
fecond tube qui fe terminoït dans l'appareil propre à re- 
cueillir les fluides élaftiques. L'extrémité de Ia portion 
verticale du premier tube plongeoit dans huit onces d’eau 
diftillée contenue dans la bouteille. On a luté Iles jointures 
de ces vaifleaux avec du lut gras recouvert de bandes de 
toiles enduites de blancs d'œufs & de chaux. On n'a 
commencé cette opération que lorfque tous les luts ont 
été bien fecs. On a procédé à Ia diftillation au bain de 
fable, en donnant le feu très-lentement & par degrés. Après 
une heure de la chaleur la plus douce, il eft forti du bec 
de la cornue un jet de vapeurs blanches très-épaifles, dont 
une partie nageoit dans le ballon en efpèces de filamens 
femblables aux fleurs de zinc, & une autre portion plus 
pefante fe précipitoit vers le fond du récipient. H pañla en 
même temps quelques gouttes d’une liqueur colorée qui 
devint bientôt blanche. Peu-à-peu les vapeurs fe conden- 
sèrent fur quelques points des parois du ballon & vers 
fon fond, en un fel très-blanc criftallifé en lames brillantes 
& en houppes foyeufes ; il s’en dépofa un pareil fur Fextré- 
mité de falonge placée entre la cornue & Îe récipient. 
Cette portion de {el étoit du plus beau blanc, & repré- 
fentoit une ftalaétite formée par une grande quantité de pe- 
tites aiguilles foyeufes & brillantes. Une partie des vapeurs 
pañloit à travers l’eau dans la portion vide de la bouteille, 
& paroifloit ne pas fe diffoudre dans ce fluide, quoique 
cette eau ait été trouvée manifeftement acide après l'opé- 
ration. 1 fe raflembloit en même temps dans la cloche 
placée à l'extrémité du dernier tube, un fluide élaftique 
blanc & nuageux comme air vital. L'opération allant 
très-bien jufqu'à cette époque, me donnoit l'efpoir d’avoir 
une bonne quantité de fel concret & blanc; maïs il arriva, 
après deux heures de feu, un accident inévitable. Les va- 
peurs blanches & acides, qui pañloient continuellement dans 
le ballon & dans {a bouteille, agirent avec tant d'activité 


DES SCTENCES. 381 


fur l'huile du fut, que celle-ci fut brülée , & qu’une portion 
liquéfiée coula de lalonge dans le récipient, & colora en 
brun-noir prefque tout le fel qui y étoit contenu. J'ai fait 
déluter fur le champ l'appareil; on a recueilli le fel concret 
qui étoit d’une couleur noire, fi l'on en excepte la poriion 
qui pendoit en forme de ftalaétite au bec de f’alonge dont 
l'extérieur feul étoit noir, & l'intérieur confervoit encore 
fa couleur blanche. Cette portion de fel concret avoit une 
telle confiftance qu'on ne put la couper qu'avec beaucoup 
de peine avec des cifeaux pour la mettre dans un flacon; 
il y en avoit près de cinq onces & demie en y comprenant 
la portion qui fe fondit ou qui fe diflipa en vapeurs pendant 
qu'on la tranfvafoit du récipient dans un flacon. Cette 
quantité de fel concret eft en proportion plus confidérable 
que celle que l’on obtint dans la première diflillation; 
cela dépend de ce que l'appareil n'étant point luté dans 
l'opération précédente, il s’échappa une grande quantité 
de vapeurs blanches qui furent retenues & condenfées dans 
celle-ci. Le fluide élaftique rafflemblé dans les cloches & 
refroidi à la température de l’atmofphère ( douze degrés), 
occupoit le volume d’environ fix pintes d'eau ; il paroïfloit 
contenir un peu d'air vital, car la bougie y brüloit un peu 
mieux que dans l'air atmofphérique. 

La liqueur qui reftoit dans la cornue après la volatilifation 
de ce fel concret, étoit prefque blanche; elle contenoit une 
petite quantité de poudre de la même couleur que dans 
la première opération. Elle peloit une livre dix onces fept 
gros : on y adapta un ballon fans le luter, & on le chauffa 
à feu nu; ïl s’en dégagea d'abord des vapeurs blanches 
moins épaifles que les premières, & qui difparurent aflez 
promptement ; bientôt il diftilla des gouttes un peu brunes, 
& qui perdirent peu-à-peu leur couleur. On entretint le 
feu pendant près de deux heures, pour achever cette dif 
tillation jufqu’à ficcité : on obtint une livre dix onces deux 
gros & quelques grains de liqueur, & il fe diflipa par les 
jointures des vaifleaux un peu moins de cinq gros. Ce 


382 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoyaALE 
produit étoit de l'huile de vitriol un peu brune, & con- 
féquemment bien plus colorée qu’elle n'étoit avant cette 
feconde diftillation. Je crois devoir attribuer cette couleur 
aux vapeurs blanches qui fe font difloutes dans cet acide ; 
il pefoit fept gros quarante-neuf grains plus que l’eau fous le 
volume d'une once. II reftoit au fond de la cornue un enduit 
très-blanc, & qui étoit aufli peu abondant que celui de la 
première expérience. 

Ces réfidus fecs adhérens au fond des cornues, pefoient 
enfemble quinze grains ; cette matière n’a pas paru fe dif- 
foudre dans deux onces d’eau diftillée froide qu’on laiffa 
féjourner plufieurs heures dans les cornues : on fit bouillir 
ce fluide, & l’on parvint, par ce moyen, à détacher en 
lames la matière sèche contenue dans ces vaiffleaux. L'eau 
avec laquelle on l’enleva étoit acidule ; on la fépara de 1a 
poudre par le filtre. Elle tenoit en diffolution une petite 
quantité de la fubftance faline ; celle-ci féchée fur le filtre, 
préfentoit quelques lames brillantes ; mife fur un charbon, 
elle n'y éprouva d'autre changement que de blanchir & 
perdre le peu de cohérence qu'elle avoit; on la trouva 
acide & légèrement ftiptique : l’eau filtrée donna des 
précipités en flocons légers, par l’eau de chaux, Ia diflo- 
lution de magnéfie, l’alkali volatil cauftique & l’alkali fixe; 
elle tenoit donc en diflolution de l’alun, puifqu'il n'y a 
que ce fel qui préfente toutes ces propriétés réunies. S'il 
ne s’eft poiut fondu en entier dans l'eau, c'eft qu’il avoit 
été calciné par la chaleur forte qu’on avoit donnée à la fin 
de l'opération. Ce fel venoit fans doute du vitriol d'où 
l'on retire cet acide en Saxe. 


EXPÉRIENCE TROISIÈME. 


Comme le fel volatil concret que j'avois obtenu de ces 
deux diftillations, paroifloit fe fublimer à une douce chaleur, 
& que pour peu qu'on augmentit le feu fans précaution, 
les vapeurs trop raréfiées & fe fuccédant trop rapidement 
{e difipoient par les jointures auxquelles l'accident que j'ai 


DES SCIENCES. 383 
décrit ne nous permettoit pas d'appliquer aucun lut, je 
crus devoir traiter le même acide par le bain-marie. On 
en mit huit onces dans une cornue de verre que l'on plongea 
dans l’eau jufqu’à fa moitié de fa hauteur, & à laquelle on 
adapta un grand récipient fans le luter. On chauffa peu- 
à-peu l’eau du bain-marie jufqu’à la faire bouillir, on l'en- 
tretint dans ce degré de chaleur. Après une demi-heure 
d’ébullition le ballon fe remplit de vapeurs blanches fem- 
blables à celles qu'on avoit obtenues par la diftillation au 
bain de fable. Ces vapeurs fe fuccédèrent fans difcontinuer 
pendant dix-huit heures de fuite que l’on foutint conftam- 
ment ébullition de l'eau du baïin-marie. Cependant je 
ne voyois point paroître ces criftaux blancs, lamelleux & 
foyeux que m’avoient fournies les deux premièresopérations, 
& je n'obtins de tout ce travail que deux gros d’un acide 
brun non fumant, fans apparence de {el concret. I fe dégagea 
à la vérité une fi grande quantité de vapeurs blanches & 
d'une odeur fulfureufe par les jointures , que je trouvai 
dans le réfidu de cette opération fix gros de perte, tandis 
que je n’avois que deux gros de produit; il fe diflipa donc 
quatre gros de vapeur blanche qu’il fut impoffible de con- 
denfer , quoiqu'il foit très-vraifemblable que c'eft cette 
vapeur qui par le refroidiflement fe criftallife en fel. L’acide 
refté dans la cornue étoit un peu moins coloré que dans fon 
état naturel, il pefoit fept gros dix-huit grains plus que l’eau 
fous le volume d’une once, & il s’étoit concentré, puifqu’i 
ne pefoit que fept gros de plus avant cette opération. Quoique 
cet acide fût encore très-fumant, & que par Îa diflillation 
à feu nu, il donnât beaucoup de vapeurs blanches, je 
n'en pus obtenir aucun fel concret, & il paffa dans le ballon 
fous {a forme d’un liquide brun. On foutint le feu pendant 
plus de douze heures pour diftiller jufqu’à ficcité. Om 
obtint fept onces un gros & quelques grains d’un acide 
vitriolique un peu moins foncé que l'huile de vitriol de 
Saxe, qui ne fumoit point du tout, & qui perdit par Îe 
refroidifflement {a légère odeur fulfureufe qu'il avoit étant 


384 MÉMoTRESs DE L’'ACADÉMIE RoyALE 
chaud. Il refla trois ou quatre grains de réfidu blanc, 
d’alun calciné, comme dans les deux premières opérations. 


EXPÉRIENCE QUATRIÈME. 


J'attribuai le peu de réufite de cette expérience à ce 
que les vapeurs avoient pañlé trop vite & n’avoient point 
été refroidies ; quoiqu'en traitant cet acide à la chaleur plus 
forte d’un bain de fable, & fans prendre plus de précautions 
pour refroidir le ballon, j'avois eu du fel concret. Je me 
déterminai à recommencer la diftillation du bain-marie en 
refroidiflant le récipient. Pour cet eflet, on mit quatre 
onces d'huile de vitriol fumante de Saxe dans une petite 
cornue de verre, à laquelle je fis joindre affez exactement, 
quoique fans lut, un flacon de criftal alongé, au lieu de 
ballon, afin de refroidir plus facilement cette efpèce de 
récipient. On éleva un petit mur de briques entre le four- 
neau & le flacon, & l’on plongea celui-ci dans un bocal de 
verre rempli de glace pilée. On fit bouillir l’eau dans 
laquelle plongeoit la cornue; on obtint les vapeurs blanches 
ordinaires, mais beaucoup moins abondantes que lorfqu'elles 
paflent dans un grand récipient qui contient beaucoup d'air, 
car je ne puis douter, comme je le dirai ailleurs, que Je 
contact de l'air contribue beaucoup à rendre ces vapeurs 
très-fortes. On vit au bout de quelques heures une petite 
quantité de fel grenu, grisätre, bien éloigné de fa belle 
forme criftalline qu'il avoit dans les premières opérations, 
il s'en dépofa aufli un peu fur le bec de la cornue; mais 
quoiqu'on entretint l’ébullition du bain-marie pendant près 
de douze heures, il ne s’en dégagea pas plus de quelques 
grains, & quand on eut remarqué qu'il pafloit un acide 
liquide coloré & non concrefcible par le contaét de, Ia 
glace, on abandonna l'opération, bien convaincu que fi elle 
pouvoit fournir quelques parcelles de fel volatil concret, 
elle nuiroit beaucoup plus à fa formation, qu'elle ne la 
favoriferoit. 

Cette expérience que j'ai faite avec tout le foin & 

l'attention 


DES SCIENCES. 355 


f’attention dont je fuis capable, prouve donc que Ia chaleur 
moyenne de l’eau bouillante dégage très - facilement la 
matière vaporeufe blanche, qui eft la bafe du fel concret 
que l’on obtient en chauflant plus fortement l’huile de 
vitriol fumante de Saxe; puifque quand cette vapeur eft 
une fois dégagée de cet acide, ïl ne fournit plus ce fel 
concret en le traitant au bain de fable ou à feu nu. Mais 
pourquoi cette fumée fe diflipe-t-elle par ce degré de 
chaleur, fans fe condenfer en fel acide concret, auffi faci- 
lement que lorfqu'on la traite à une plus forte chaleur! 
J'avoue que je ne puis répondre à cette queftion que par 
des hypothèfes, & en fuppofant ou que cette matière 
vaporeufe eft trop rare & trop divilée par la chaleur 
moyenne de l’eau bouillante, pour prendre enfuite une 
forme concrète, ou bien que cette chaleur en fépare les * 
principes , en raifon de leur volatilité différente, tandis 
qu'ils doivent être volatilifés enfemble pour fe criftallifer 
par le froid. Pour rendre cette dernière hypothèfe vrai- 
femblable , il fembleroit néceflaire que la vapeur dégagée 
de l'huile de vitriol fumante, par la chaleur du bain-marie, 
füt différente de celle qui eft élevée par une chaleur plus 
forte; mais rien ne m'a démontré cette différence, puif- 
qu'elle avoit la même forme, la même épaiffeur & la même 
odeur que dans les premières expériences. La première 
hypothèfe eft prefque aufli peu fatisfaifante, puifqu'on ne 
conçoit pas comment on ne pourroit pas donner la forme 
concrète à une vapeur trop rare & trop divifée, en détrui- 
fant cet état par le refroidiffement fubit. Ces réflexions 
me portent à croire que fi je n'ai pas obtenu une quantité 
notable de ce fel concret dans la feconde expérience au 
bain-marie, c’eft que la vapeur qui le conftitue par fa con- 
denfation, lorfqu’elle eft volatilifée par la chaleur moyenne 
de l’eau bouillante, paffe trop facilement à travers l'appareil 
ordinaire qu'il m’a été permis d'employer, ne fe faflemble 
point en aflez grande quantité dans le récipient, & n'y 
prend pas complétement cette efpèce de denfité vaporeule 


Mém. 1785. Ccc 


386 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ui eft fans doute un paflage néceffaire de fon état élaflique 
a fa forme folide & criftalline, comme on l’obferve dans 
les gaz marin & alkalin, dont Ja combinaifon offre un 
nuage blanc très-épais, avant de devenir concrète. Pour 
conftater avec certitude le fuccès de cette expérience, il 
faudroit un appareil aflez folide pour que le bec de la 
cornue s’ajuflat avec le ballon, comme un bouchon de 
criftal; il faudroit encore un tube de verre épais & re- 
courbé, femblable à ceux dont on fe fert dans les appareils 
fi connus aujourd’hui, qui s’ajuflàt également avec une 
autre tubulure du ballon, & qui püt conduire la vapeur 
ou les fluides aériformes dans des cloches remplies d’eau 
ou de mercure. Je ne crois pas devoir obferver que cette 
manière de réunir les vaifleaux diftillatoires, fera très-utile 
- pour un grand nombre d’opérations où les luts font fou- 
vent capables de faire naître des erreurs préjudiciables à 
l'exactitude des réfultats chimiques. On a déjà employé 
des cornues de criftal, jointes par ce moyen à des récipiens, 
mais je n'ai jamais vu cet appareil qu’en petit, & d’ailleurs 
on n'y a Jamais joint les tubes de communication, avec 
les machines pneumato-chimiques qui en aflureront les 
avantages, en prévenant les accidens que Îa raréfaction & 
l'élaflicité des vapeurs & des fluides aériformes , doivent 
toujours faire craindre. Auffi ces appareils ont-ils plus con- 
tribué jufqu’actuellement à l’ornement des laboratoires & 
des cabinets de phyfique, qu'au fuccès des opérations 
chimiques. 


Meyer annonce dans l'endroit de fes Æffais de Chimie 
Jur la chaux vive, que j'ai cité /a), que fi l'on étend d’eau 
une huile de vitriol fumante, & qu’en concentre cet acide 
par la chaleur, on en retire une huile de vitriol qui ne 
fume plus, mais qui eft très-bonne & très-pure; il attri- 
buoit ce changement au dégagement de fon cauflicum 


(a) Tome premier, page 281, 1.° 


DES: US CUITE INC ES: 387 


volatilifé par la chaleur qui a lieu dans le mélange, J'ai 
regardé cette expérience comme très-importante, & je l'ai 
répétée de la manière fuivante. 


EXPÉRIENCE CINQUIÈME. 


J'AI verfé quatre onces d'huile de vitriol fumante de 
Saxe dans huit onces d’eau diftillée ; à mefure que cet acide 
tomboit dans: l’eau il y excitoit un mouvement plus con- 
fidérable & un bruit plus fort que ne fait l'huile de vitriol 
concentrée ordinaire; il y avoit une efpèce d’eflervefcence 
violente, & les bulles qui s’élevoient à la furface de Ia 
liqueur la faifoient jaillir en gouttelettes à quelque diftance. 
Comme il paroifloit fe dégager un fluide élaftique de ce 

élange, j'ai plongé une bougie dans Îa partie vide du 
bocal qui le contenoit; elle parut y brüler un peu mieux 
que dans l'air ordinaire, mais cette différence n'étoit que 
très-légère. Les vapeurs blanches que l'huile de vitriol 
de Saxe exhale, augmentèrent, ainfi que fon odeur fulfu- 
reufe, dans le moment de fon mélange avec l'eau, mais 
elles cefsèrent très-promptement. I y eut une chaleur 
aflez femblable à celle que produit l'huile de vitriof ordi- 
naire avec l'eau. Lorfque le bruit & le mouvement eurent 
celte, l'efprit de vitriol formé par cette combinaifon, étoit 
d'une couleur jaune; en lagitant, il fe dégageoit de tous 
les points de ce liquide de petites bulles qui venoient 
crever à la furface avec le pétillement léger qui annonce & 
accompagne ordinairement une effervefcence. Cette liqueur 
pefoit deux gros plus que l’eau fous fe volume d'une 
once; elle n'exhaloit plus ni fumée ni odeur quand elle 
eut acquis la température de douze degrés, qui étoit celle 
du faboratoire. On la mit dans uné cornue de verre à 
laquelle on adapta un récipient fans le luter. On chauffa 
ce vaifleau à feu nu, & en graduant la chaleur avec pré- 
caution, il ne pañla point de vapeurs blanches, mais on 
aperçut affez promptement des gouttes de liqueur très- 


Ccc ij 


388 MÉmoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


blanche qui fe raflemblèrent dans le récipient. La liqueur 
de la cornue étant bouillante, les gouttes qui diftilloient 
fe fuccédèrent plus rapidement, maïs ne furent accom- 
pagnées d'aucune vapeur fenfible. Après neuf heures de 
feu on avoit obtenu environ huit onces de flegme très- 
blanc, d’une faveur légèrement acidule, rougiflant fans 
détruire la couleur du tournefol, ne faifant pas d’effervef- 
cence avec le fel fixe de tartre ou le tartre crayeux, ayant 
une petite odeur d'acide fulfureux, & pefant dix-huit 
grains plus que l’eau fous le volume d’une once. H reftoit 
dans la cornue à peu-près quatre onces d’une liqueur moins 
foncée en couleur que l'huile de vitriol de Saxe, & n'en 
ayant plus qu'une orangée ; elle ne fumoit point & avoit 
même moins d’odeur que le flegme du récipient; elle pefoit 
vingt-deux grains de moins que l'huile de vitriol employée 
fous le volume d’une once, ce qui dépend de Ia portion 
qui s'étoit volatilifée avec l’eau. On diftilla jufqu'à ficcité 
ces quatre onces dans la même cornue ; l'acide pañla en 
vapeurs, il étoit abfolument fans couleur; il pefoit fix gros 
de plus que l’eau diftillée fous le volume d’une once de 
ce dernier fluide. I reftoit dans la cornue un léger enduit 
alumineux femblable à ceux des précédentes expériences. 
Je ferai obferver que cette diflillation ef la feule qui nous 
ait donné une huile de vitriol très - blanche & très-claire, 
& que s'il ne s’agifloit que de purifier l'acide noir de Saxe, 
on pourroit employer cette addition d’eau pour la rectifier. 


L'eau a donc la propriété de faire difparoître les vapeurs 
de l'huile de vitriol de Saxe , & de détruire le fel volatil 
concret que cet acide donne par lation de a chaleur. 
Maïs comment opère-t-elle ce changement! Ce qui a été 
expofé jufqu’ici annonce que ce fel doit fon état concret 
à une grande quantité de gaz fulfureux fixé & diflous dans 
l'acide vitriolique très-concentré. 


On a vu qu'en mélant cet acide vitriolique fumant, & 
fur-tout le fel concret avec de l'eau, il fe dégage avec 


Dés SCcrTÉNCESs. 389 
un mouvement & une efflervefcence confidérables une 
grande quantité de gaz fulfureux ; c’eft à ce dégagement de 
l'acide fulfureux aériforme que font dûes & la ceflation des 
vapeurs qu’exhale l'huile de vitriol de Saxe dans fon état 
ordinaire, & la propriété de ne plus donner de fel concret 
par la diftillation. L’exiftence de ce gaz dans l'acide vitrio- 
lique fumant, eft donc la caufe des phénomènes particuliers 
que préfente cet acide! L'eau, en fe combinant avec l'huile 
de vitriol, produit de la chaleur qui volatilife tout-à-coup 
le gaz fulfureux, & détruit conféquemment les propriétés 
que ce gaz donne à l'acide. 


EXPÉRIENCE SIXIÈME. 


Quelque doux que foit le feu que l’on emploie dans Ia 
diftillation de l'huile de vitriol de Saxe, pour obtenir fon 
fel concret, ce dernier eft toujours d’une couleur file plus 
ou moins brune, lorfqu'on veut retirer tout ce que l'acide 
fumant peut en fournir par une première diftillation. C’eft 
pour cela que Chriflian Bernhardt confeille de la rectifier, & 
inffte beaucoup fur cette feconde opération. J'ai mis pour 
cela quatre onces de fel acide concret brun-noirâtre dans 
une cornue de verre dont le bec étoit fort large ; y ai 
adapté pour récipient un flacon dont l'ouverture étoit affez 
exactement bouchée par le col de la cornue; j'ai eu foin 
de faire refroidir ce vaiffeau en le couvrant de linges trenfpés 
dans l’eau froide. La cornue fut pofée fur un bain de fable 
qu'on échauffa avec beaucoup de précaution. La première 
impreffion de la chaleur fit fondre le fel, qui prit la forme 
d'un liquide noir, & il en fortit une grande quantité de 
vapeurs blanches qui remplirent en un moment le flacon. 
Lorfqu'on veut avoir promptement ce fel rectifié, comme 
on ne peut point fe fervir de lut ordinaire, il faut choifir 
une cornue dont le bec avance vers {e milieu du récipient ; 
fans cela, la vapeur blanche fort par les jointures, fans pé- 
nétrer dans le ballon; l'air échauffé de celui-ci repoufte 


r Li > 4 
390 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


cette vapeursqui paroït beaucoup moins élaftique que lui, 
& a refoule vers le co! du récipient. Le refroidiffement du 
ballon, joint à cette première précaution, facilite & accélère 
beaucoup la concrétion du fel en le condenfant, ainfi que 
l'air des récipiens. Après une demi-heure de feu, la partie 
fupérieure du flacon préfenta de petites houppes falines 
blanches & criftallines, qui, augmentant peu-à-peu, for- 
mèrent par la réunion d’aiguilles brillantes & fatinées, des 
efpèces de faifceaux difpolés en rofes ou en foleïls, dont 
les rayons s’alongeoïient à mefure que les vapeurs fe con- 
denfoient; il tomboit en même temps par le bec de la cornue 
quelques gouttes de liqueur légèrement colorée, & bientôt 
on vit fe former dans le fond du flacon plufieurs concrétions 
arrondies, d’abord blanches, enfuite brunes, & reffemblant 
parfaitement à ces champignons de couleur de rouille, qui 
croillent rapidement fur les vieilles fouches humides & 
pourries. Ces concrétions avoient pour bafes quelques 
aiguilles blanches ramifiées, fur lefquelles il fe dépofa une 
matière grenue, d’un brun-clair, dont l'affemblage donna 
la forme arrondie qu'on y remarquoit. Ces criftaux pefoient 
enfemble un peu plus de trois onces. 


Voilà donc les deux fels différens diftingués par Chriflian 
Beruhardt ; le premier aiguillé & plus volatil que l’autre, 
dont le tiffu eft grenu, la couleur un peu brune & la vola- 
tilité moins grande; mais ce dernier n’eft pas réellement 
différent du premier, & il n’a de la couleur & une forme 
grenue, que parce qu'il eft fali par un peu d'huile de vitriol 
colorée , & parce qu'il provient de vapeurs plus denfes & 
qui fe criftallifent plus confufément. 


Ces deux fels rectifiés confervent leur forme & Ieurnature 
lorfqu'ils font dans un vaifleau bien bouché & à une tem- 
pérature au-deflus de 30 degrés. Si on les expofe à Fair, 
ils exhalent une vapeur blanche très-épaïfle, une odeur 
forte d'acide fulfureux, & une partie fe réfout en une liqueur 


comme huileufe, d’une couleur brune-claire, qui ne fume 


I EN SU AN CRE N,C ES. 391 


plus lorfqu’on la tient quelque temps à l'air. Ils fe fondent 
dans l’eau avec chaleur & en produifant un bruit fem- 
blable à celui d’un fer rouge qu'on plonge dans ce fluide ; 
ils excitent dans ce mélange une violente effervefcence dûe 
au dégagement du gaz fulfureux, & ne donnent plus enfuite 
que de l'efprit de vitriol un peu coloré, & le décolorent 
même en partie. Îls fe réfolvent très-promptement en liqueur; 
enfm ils préfentent tous les caraétères d’un acide vitrio- 
lique concret, modifié par une combinaifon gazeufe parti- 
culière , comme je crois lavoir démontré dans ce Mémoire. 


392 MÉMoïREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


M É M OTITRE 


PVO RON STEMRAPPIPE. 


À L'HISTOIRE ANATOMIQUE DES TENDONS, 


Dans lequel on s'occupe fpécialement de leurs 
capfules muqueufes. 


Par M. DE Fourcro. 


ES mufcles du corps humain ont été décrits avec tant 
d'exaétitude par un grand nombre d’anatomiftes cé- 
lèbres, qu'on doit prefque renoncer à l’efpoir d'ajouter 
quelques faits aux travaux de Cowper, de Douglas, de 
Duverney, de Winflow, d'Albinus, de M. Lieutaud & 
Sabatier. Cependant lorfqu'on examine avec attention les 
extrémités tendineufes de ces organes irritables, lorfqu'on 
confidère, fans les féparer par le {calpel, la manière dont 
les tendons font liés les uns avec les autres, l’ordre qui 
les fixe à leurs infertions, la marche qu'ils fuivent fur les 
os depuis leur naïflance jufqu’au lieu où ils s’attachent , leurs 
connexions réciproques, & fur-tout leurs rapports avec 
les articulations qu'ils environnent de toutes parts, on 
reconnoît que ce fujet n’eft point totalement épuilé, & 
qu'il refte encore quelques objets à décrire. 


I n’eft pas d’anatomifte exercé dans la diffeétion, qui 
n'ait obfervé bien des fois que les extrémités tendineufes 
font retenues dans leur fituation , & liées aux parties 
voifines par des membranes plus ou moins fines, qui, en 
les fixant à leur place, facilitent leurs mouvemens, & 
entretiennent dans leurs fibres une foupleffe & une mobilité 

néceffaires 


DUE,S,, S,C,LE N_C.E 5 393 


néceflaires à leur action. Wänflow paroît cependant être 
le premier qui ait annoncé l'exiftence de ces produéltions 
membraneufes /a); car il ne faut point les confondre 
avec les parties que les anatomiftes avoient appelées avant 
lui membranes mufculaires, & fur lefquelles il s’étoit élevé 
entr'eux plufieurs difcuflions favantes. Ces membranes des 
mufcles environnent leurs faifceaux charnus, en pénètrent 
& en féparent les fibres: celles dont nous nous occupons 
ici font propres aux tendons & ne fe rencontrent jamais 
fur leurs fibres mufculaires ; Winflow leur a donné le 
nom de gaine membraneufe (b), de membrane mucilagineufe (c), 
& quelquefois celui de capfule ligamenteufe (4); ce qui fait 
voir quil en avoit reconnu de différentes confiftances. 
François - Maurice Duverney er a fait mention dans fon 
ouvrage, fur l’art de difféquer les mufcles. A/binus a fait 
plus d'attention à ces parties accefloires des tendons que 
les deux anatomiftes précédens. IL a décrit plufieurs de ces 
capfules avec plus de foin; il les a appelées bowrfes, burfe, 
& il a obfervé les principales & les plus remarquables ; 
il a fur-tout infifté fur celle qui eft placée fous le tendon 
de l’iliaque. Toutes les bourfes qu'il a indiquées font au 
nombre de dix-huit (e). 

Je n'ai pu trouver qu'un auteur qui en ait traité ex 
profeffo. I exifte une diflertation imprimée à Léipfick, en 
1753, dans faquelle le docteur Jancke, profelieur de 
médecine & d'anatomie dans cette ville, a fait une hiftoire 
particulière des membranes qui accompagnent les cordes 
tendineufes, & auxquelles il a donné le nom de capfules 


(a) ÆExpofition anatomique, &c. (e) Bernardi Siegfried Albini, 
Paris, 1722) in-4.° hiflor. mufculor. hominis ; Leidæ 
(b) En parlant du tendon de | Batavorum, 77>4, in-4.° Voyez 


l’obturateur interne. 
(c) En décrivant les ligamens des 
deux premières phalanges des doigts. 
(d) En mean du tendon: réuni 
de l’iliaque & du ploas. 


Mem, 1785. 


les articles où il eft queftion de ces 
bourfes, pages 219, 747» 422, 
429 » 4345 5205 S22; S24» $S27» 
532 530, 5475 5515 559» 563» 


596% 
D dd 


Le 


394 MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE RovrALe 


articulaires des tendons (f). Après avoir indiqué les anato-= 
miftes qui en ont parlé, il traite de ces capfules en général ; 
il en indique l'origine, les différences & les ufages: ces 
généralités ne m'ont paru avoir ni l'étendue ni la clarté 
néceffaires pour faire bien connoître Îa ftruéture de ces 
membranes. 11 fait enfuite fe dénombrement de celles que 
fes diffections ui ont préfentées au nombre d'environ cin- 
quante dans les mufcles des extrémités fupérieures & 
inférieures ; mais fon travail ne confifle que dans une 
fimple énumération du fiége de ces capfules ; il n’en décrit 
que trois ou quatre avec aflez d'exaditude : en comparant 
fes defcriptions à celles qu’A/binus a données, on reconnoît 
qu'il n'y a prefque rien ajouté, fi ce n’eft une communi- 
cation de quelques-unes avec l'intérieur des articulations , 
qui n’a point été admife par ce dernier anatomifte, & 
dont je parlerai plus bas. On ne trouve aucune defcrip- 
tion particulière de ces membranes dans les auteurs mo- 
dernes. 

Haller en parle d’une manière vague & générale dans fa 
grande phyfiologie /g); il les diftingue cependant des mem- 
branes mufculaires, mais pas aflez des gaines tendineufes. 
H y admet une graifle glanduleufe, & une humeur muqueufe 
qui contribue à donner je poli & le brillant aux furfaces 
des tendons. 

M. Portal les a indiquées d’après A/binus, dans les addi- 
tions qu’il a faites à l’Anatomie hiflorique & pratique de 
M. Lieutaud. M a auffi fait mention de la liqueur onétueufe 
contenue dans ces bourfes capfulaires /4). 


(f) Prolufio quam orationt adi- 
tiah horä 8, di, 4 menf. Maü, a. 
1753» in auditorio philofophico ha- 
bendæ præmittit , in eâque obferva- 
tiones qu'ifdam anatomicas de capfis 
tendinum articularibus proponit Joan- 
nes Godofredus Jancke, philofophiæ 
e7 medicinæ dottor, ejufdemque pro- 
Jefor publeus extraordinarius, atque 


in theatro anatomico profeétor. Lipfiæ 
ex officinà Langenhemianä; petit 
in-4.° de 20 pages. 

(g) Elem. phyfol. ton. IV, 


| pag. 428, 436. 


(h) Anatomie hiftorique & pra- 
tique, par M. Lieutaud, nouvelle 
édition, augmentée par M. Portal. 
Paris, 1776, tome 1, page 256, 


DES, SCIENCES. 395 


M. Sabatier eft, de tous Îles anatomiftes modernes, celui 
qui a fait le plus d'attention aux capfules des tendons. I 
en a connu un plus grand nombre qu'Alinus ; il les a 
défignées, tantôt fous le nom de capfules membraneufes , 
tantôt fous la dénomination de membrine molle & lâche , 
de tiffu filamenteux , où de.produfions membraneufes (à }. 

Tel étoit à peu-près l'état des connoiflances anatomiques 
fur ces membranes accefloires des tendons, lorfque m'oc- 
cüpant, en 1775 & 1776, de la difleétion des mufcles du 
corps humain & de ceux des quadrupèdes, je crus devoir 
faire une attention particulière à ces membranes. Les détails 
fur leur ftruéture, donnés d'une manière affez piquante , 
quoique trop vague, par A/binus que je lilois, le fcalpel à 
la main, m'excitèrent à les examiner avec foin. Les pre- 
mières recherches que je fis fur cet objet, me parurent 
aflez intéreffantes pour mériter d’être fuivies avec plus 
d’exaétitude qu’il me fembloit qu'on n’en avoit mile à 
l'examen de ces parties. La fituation refpective des tendons 
autour des articulations, leurs connexions, leurs adhérences, 
leurs attaches, leur marche tracée fur les os qu'ils recou- 
vrent, & fur-tout, les capfules muqueufes qui les enve- 
loppent, ou qui font placées au-deflous d'eux, & qui con- 
tribuent pour beaucoup à Ja facilité de leurs mouvemens, 
m'offrirent une fuite d’obfervations, finon entièrement nou- 
velles, au moins dignes d’être décrites avec plus de précifion 
& de détails qu’on ne f’avoit encore fait. 

Les parties que je me propofe de décrire font faciles à 
trouver avec un peu de foins & d'habitude dans 1a diflec- 
tion; mais l’adminiftration anatomique exigeant qu’on les 
détruife pour apercevoir la forme & la fituation, des 
tendons dans toute leur continuité, & Îe moindre coup 
de fcalpel les faifant totalement difparoître à caufe de leur 

(i) Traité complet d'anatomie , &c. par M. Sabatier. Paris, 17754 
2 vol, in-8.° Voyez le tome I, pages 274, 279, 284, 285, 289, 3C2; 
396» 312» 3153 339» 340 344» 3521 304 365: 379» 382: 383; 


335 » 396. 
D dd ij 


396 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


mollefle & de leur ténuité, telle eft fans doute 1+ raïifon 
pour laquelle la plupart des anatomiftes les ont négligées: 
d’ailleurs, prefque tous ceux qui ont fait des recherches 
fuivies fui les mufcles, étoient occupés d'objets plus im- 
portans. J'ai cru, d'après cela, qu'il pourroit être utile 
de raflembler fous un feul point de vue tout ce que la 
diffection découvre dans ces productions membraneufes 
peu examinées jufqu’ici. 

Après avoir rendu compte des motifs qui m'ont fait 
entreprendre un travail fuivi fur Îles capfules muqueufes 
des tendons, je dois m'occuper de l'ordre dans lequel il 
m'a paru néceflaire de le préfenter. Je partagerai ces 
recherches en deux parties. 

* Dans la première, j'expoferai la ftruéture générale des 
capfules muqueufes des tendons; j’mdiquerai les raifons 
qui m'ont fait adopter cette dénomination; je décrirai le 
tiffu intime & l'origine de ces productions membraneules ; 
jen préfenterai les différences les plus eflentielles; je 
donnerai les caractères à l'aide defquels on pourra les 
diftinguer d’avec le tiflu cellulaire & les gaines des ten- 
dons; je ferai connoître les parties accefloires de ces cap- 
fules, leurs brides ligamenteufes, le tiffu filamenteux qui 
les fortifie, la graifle & les glandes fynoviales que J'ai 
reconnues dans plufieurs d’ertr’elles; enfin, je tâcherai 
d'en tracer les ufages généraux : ces objets feront traités 
dans ce Mémoire. 

La feconde partie fera deftinée à la defcription détaillée 
des capfules muqueufes que mes diflections m'ont pré- 
fentées dans Îles tendons des mufcles de l’homme. En 
décrivant ces membranes, j'aurai occafion de faire quelques 
remarques fur les connexions, la ftructure & les attaches 
de plufieurs tendons qui ont échappé aux recherches des 
anatomiftes : ces différens détails conftitueront plufieurs 
Mémoires qui feront fuite à celui-ci. 


DÉEASMISLCHINE NACYE àS. 397 


PREMIERE PARTILE, 


De la firuéture, de la fituarion, des différences générales 
des Capfules muqueufes des Tendons, à de 
leurs ufages. 


Les capfules muqueufes des tendons font des efpèces 
de membranes le plus fouvent très-fines & molles, quel- 
quefois d’une confiftance plus ferme, qui enveloppeni les 
cordons tendineux, ou qui font attachées à leur furface 
qu'elles aflujettiflent aux os, aux cartilages ou aux ligamens 
voïfins. J’ai cru devoir leur donner ce nom, parce que 
la plupart d’entr'elles font d’un tifiu lâche, comme pul- 
peux, & fe trouvent remplies d'une humeur vifqueufe & 
collante femblable à un mucilage. Celles qui ont ces 
caractères dans un degré très-marqué, reflemblent à ces 
flocons membraneux qui fe dépofent dans les humeurs 
animales qui commencent à s’altérer; cette qualité onc- 
tueufe & muqueufe eft également fenfible dans l'intérieur 
de celles de ces capfules qui ont un tiflu plus ferré & 
véritablement membraneux. A/binus Îes avoit appelées 
bourfes, burfæ, en raifon de la ftruéture de plufieurs d’entre 
elles qui préfentent une cavité irrégulièrement arrondie, 
comme celles qui font fituées fous les tendons de l'iliaque, 
des trois fefliers, du deltoïde, &c. Le docteur Jancke les 
a nommées capfules articulaires des tendons, parce qu'elles 
fervent à lier ou à articuler, pour ainfi dire, les tendons 
entreux ou avec les parties voifines, & parce qu'elles 
font fouvent adhérentes aux membranes ligamenteufes qui 
entourent les articulations. On pourroit auffi les défigner 
par celui de capfules fynoviales, parce qu’elles contiennent 
toutes une humeur analogue à celle que l'on trouve dans 
les articulations, & parce que plufieurs d’entr’elles m'ont 
offert quelques paquets graifleux remplis de grains glan- 
duleux, femblables aux glandes fynoviales des cavités 


398 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


articulaires que C/opton Havers a le premier décrites avec 
exactitude. 


Ces caplules ne doivent point être confondues avec 
les gaines des tendons; celles-ci font des productions 
aponévrotiques ou ligamenteufes, d’un tiflu très-ferré, 
fortement tendues autour des tendons, qui les brident 
dans leur marche, & qui font placées immédiatement 
au-deflous des aponévrofes dont elles tirent leur origine; 
un grand nombre de capfules muqueues font renfermées 
dans ces gaines avec les tendons qu'elles accompagnent, 
& leur tiflu eft toujours différent de celui de ces dernières. 
D'autres efpèces de ces caplules ne font attachées qu'à 
une portion des tendons, tandis que leurs gaines en 
occupent toute {a Jongueur. On doit aufli les diftinguer 
du tiflu cellulaire proprement dit, parce qu'elles ont une 
exiftence particulière conftante, & une ftructure mani- 
feftement différente. 

. J'ai déjà fait obferver qu'il n'étoit point diflicile de 
trouver les capfules muqueufes des tendons; en eflet, il 
fufñt, pour les rencontrer, de favoir qu elles font placées 
ou autour de ces parties, fous leurs gaines aponévrotiques; 
ou entr'eux & les parties auxquelles ils font attachés vers 
leurs infertions. Pour découvrir celles qui enveloppent les 
tendons fuivant leur Jongueur, on doit fendre leurs gaines 
avec précaution, & de manière à ne point parvenir du 
premier coup de fcalpel à la furface brillante des tendons; 
cette fection préfente une feconde enveloppe fouvent mol- 
lafle, d’une couleur grife, qui, failie avec les pinces, fe 
fépare facilement des tendons auxquels elle n’adhère que 
dans très-peu de points, & qui fe déchire Lorfqu' on la tire 
un peu fortement. On la conduit avec la même facilité 
depuis l'origine des tendons jufque près du lieu où ils 
s'implantent. dans les os. On peut, pour en connoitre le 
tiflu fiche & l’étendue, introduire par une petite ouver- 
ture faite à leur extrémité fupérieure, un tube de verre 


D'ESASICTE N'c'ɔs. 399 
ou une fonde creufe, à l'aide de laquelle on les diftend 
aifément par linfufHation; on les voit alors acquérir un 
affez grand volume, fe dilater en un fac continu & ovoide 
depuis leur naïflance jufqu’à leur terminaifon à l’attache 
des tendons, & quelquefois en cellules inégales refferrées 
d’efpace en efpace par des efpèces de brides qui les lient 
aux tendons ou au périofte. J’ai fouvent employé ce pro- 
cédé pour connoître leur forme & leur continuité; il m’a 
également réuff pour trouver la communication de plu- 
fieurs de ces capfules entr'elles, & de quelques-unes avec 
les articulations voifines. On réuflit encore à les remplir 
d'injection; mais comme la plupart font formées par des 
membranes très- minces & très-fines, elles fe rompent 
facilement, & ne réfiftent que peu aux efforts qu’on emploie 
dans le procédé anatomique. Quant aux capfules bornées 
à un feul point des tendons, & fituées entre leur face 
poftérieure & les parties offeufes plus profondes, on doit, 
pour les trouver fürement, couper la chair des mufcles 
dans fon milieu, & les détacher avec précaution depuis 
cette fection jufque dans le lieu où ils s’insèrent. 

Ce premier examen fufht pour démontrer que les cap- 
fules muqueufes font en général des efpèces d'enveloppes 
ou de bourfes membraneufes qui renferment les tendons 
dans leurs cavités, ou qui font fimplement attachées à l’une 
de leurs faces; mais lorfqu'on pourfuit ces recherches fur 
les tendons de tous les mufcles des extrémités, on recon- 
noît bientôt que toutes les capfules muqueufes ne font 
point de la même nature , & qu’elles diffèrent par Îeur 
ftruéture, leur étendue, leur forme, & vraifemblablement 
auffr par leurs ufages, comme je l’expoferai à a fm de ce 
Mémoire. Les diftinétions que je vais établir entre les 
différentes capfules muqueufes des tendons, démontreront 
que les anatomiftes n’y ont pas fait encore toute l'attention 
néceflaire, puifqu’ils n’en ont point indiqué les variétés, 
& quils fe font contentés d’en annoncer fimplement lexif- 
tence comme fi elles fe reflembloient toutes: les principales 


400 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


différences que j'ai eu occafion d'y remarquer font relatives 
au lieu qu'elles occupent & à leur tiffu. 

Par rapport aux endroits où elles font fituées, tantôt on 
les trouve le long des tendons qui parcourent un efpace 
plus ou moins étendu fur les os, & elles ont alors à peu- 
près la même longueur que les tendons qu'elles envelop- 
pent; tantôt on les rencontre vers leurs extrémités, elles 
offrent alors une efpèce de véficule arrondie ou ovale qui 
mérite le nom de bourfe, par lequel A/binus les a défignées, 
& qui eft placée entre une des faces tendineufes & les os 
ou les cartilages voifins, de forte qu’elles ne renferment 
point les tendons comme les premières. Ces efpèces de 
bourfes font quelquefois fituées un peu au-deflus des infer- 
tions des tendons, & occupent quelquefois le lieu même 
de leurs attaches auquel elles fe terminent. Je ferai voir 
dans mon fecond Mémoire, qu’A/binus n’a connu que ces 
dernières efpèces de caplules muqueufes, & qu'il n'a fait 
aucune mention de celles qui enveloppent entièrement 
les tendons dans leur continuité; les unes & Îes autres 
ont cependant une ftruéture très-difiérente. Les premières, 
que l’on pourroit fpécifier par le nom de capJules muqueufes 
vaginales, & que l’on trouve fur les tendons alongés qui 
fuivent la continuité des os dans une étendue plus ou 
moins grande, comme ceux des mufcles fléchifieurs & 
extenfeurs des extrémités, font fouvent d’un tifiu extré- 
mement mince, d’une confiftance comme mucilagineufe, 
elles entourent en entier les tendons. Les fecondes, qui 
n'exiflent qu'auprès de l'infertion des tendons, ont moins 
de longueur que les premières, elles adhèrent ordinaire- 
ment aux bords de l'extrémité des tendons dont elles 
enveloppent les attaches, tandis que les premières font 
libres & comme flottantes à leur furface; elles préfentent 
auffi une cavité plus fenfible, & un tiffu en général très-dé- 
licat & très-fin. Le nom de capfules articulaires donné par le 
docteur Jancke, convient très-bien à celles-ci; on en trouve 
de cette efpèce à l'infertion radiale du biceps, à celles du 

tendon - d’achille 


MES PS CIEN CE 4or! 


tendon-d’achille, du grand dorfal, du grand rond, du 
grand pectoral. 

D'autres capfules, d’un tiffu fort femblable à celui des 
précédentes, fe rencontrent un peu au-deflus des infertions 
tendineufes; elles ont une cavité très-remarquable ; leurs 
parois font comprimées l’une fur l'autre, comme l’a très- 
bien remarqué A/binus, en décrivant celle qui eft fituée 
fous le tendon de l’iliaque. 

Enfin il exifte une quatrième efpèce de ces capfules, 
d'une forme & d’une nature analogues aux deux dernières, 
& qui n'en difièrent que par le lieu qu’elles occupent. 
Celles-ci font placées à la furface externe des tendons, 
entr'eux & des arcades offeufes ou ligamenteufes fituées 
au-deflus; telle eft celle que je décrirai au-deflous de l'acro- 
mium, & qui recouvre l'extrémité des tendons du fus-épi- 
neux & du fous-épineux. C'eft à cette claffe qu’il faut aufñii 
rapporter la capfule placée au-deffous du gros ligament de 
la rotule, & fur la partie fupérieure de 1a tubérofité anté- 
rieure du tibia. | 

La connexion de ces quatre efpèces de capfules muqueufes 
avec les parties voifines, mérite auffi d’être comptée dans leurs 
différences, puifqu’elle influe beaucoup fur les variétés de leur 
tiflu. En effet, ou elles exiftent entre deux ou plufieurs ten- 
dons, comme on l’obferve dans ceux qui forment la couche 
mufculaire externe de l’avant-bras, ou elles font fituées entre 
quelques tendons & les furfaces offeufes, cartilagineufes ou 
ligamenteufes fur lefquelles ils pofent, ou dans la fubftance 
defquelles ils s’implantent. Dans ces diverfes régions, les 
capfules muqueufes ont une flruéture relative aux parties 
d'où elles tirent leur origine. On obferve avec un peu de 
foin dans les diffections, qu’elles adhèrent en général beau- 
coup plus fortement aux parties fur lefquelles repofent les 
tendons, qu'aux tendons eux-mêmes; ainfr, lorfqu'une cap- 
fule muqueufe enveloppe un tendon placé immédiatement 
fur le périofte, elle tient ordinairement à cette dernière 
membrane, tandis qu’elle ne fait que glifler fur la furface 

Mém. 1785. Eee 


402 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYyALE 


tendineufe. Si l'on veut la détacher avec le fcalpel, après 
l'avoir fendue fur le tendon, on la fuit facilement jufqu'à 
la furface ofleule ; mais on la trouve communément fi adhé= 
rente au périofte qui recouvre cette furface, qu'il eft quel- 
quefois impofñble de l'en féparer fans couper & détruire 
{on tiflu. Îl paroït donc qu'il y a une véritable continuité 
entre la fubftance du périofte & celle des capfules muqueufes 
des tendons, qui femblent en être des productions. J’en dirai 
autant des membranes qui recouvrent les cartilages, les liga- 
mens auxquels adhèrent fouvent les capfules muqueufes. À fa, 
vérité, les parois poftérieures ou internes de ces capfules 
vaginales, qui font implantées dans le périofte d’où elles tirent 
leur origine, font toujours minces, tranfparentes & fem- 
blables en quelque forte à la pie-mère, tandis que leurs 
parois antérieures ou extérieures, qui fe recourbent pour 
envelopper les tendons, préfentent un tifflu fouvent fort 
différent. T'antôt ces productions capfulaires antérieures font 
ternes & opaques, au lieu d’être tranfparentes comme leurs 
portions poftérieures; elles offrent à leur furface externe un 
tiflu plus épais, véficuleux, mollafle, rougeûtre, quelquefois 
flamenteux, qui les rend plus volumineufes & plus. fortes. 
à la furface qu’au deffous des tendons ; mais cette différence 
dépend de quelques couches membraneufes & cellulaires qui 
leur font fournies par les parties voifines, & qui prennent 
le plus fouvent leur naïiflance des aponévrofes ou des gaines 
aponévrotiques extérieures, vers l’origine des tendons. Je 
me fuis convaincu par la difleétion, que ce tiflu extérieur 
n'appartient pas à la capfule muqueufe même, & qu'il ne fait, 
qu’en fortifier la furface extérieure; j'ai réufi plufieurs fois 
à féparer ces couches membraneufes accefloires de la furface 
même des capfules, en les enlevant peu-à-peu avec le fcalpel: 
ce travail demande à la vérité aflez de patience; mais il 
réuffit conftamment lorfqu’on y met le temps & les atten-, 
tions convenables. On peut aufli, par un travail de la même 
nature, détacher entièrement une capfule ligamenteufe, en 
coupant avec précaution Îes fibres qui la liens au périofte, & 


DES SCIENCE S. 403 


conferver cette capfule defléchée après l'avoir foufflée pour 
les démonftrations anatomiques. Mais cette dernière opé- 
ration eft plus difhcile que Îa précédente ; & fur un grand 
nombre de capfules que l'on prépare ainff, il en eft peu qui 
fe confervent bien entières, en raifon de leur ténuité & 
du mucilage dont elles font imprégnées. La macération les 
détruit en quelques heures ; lorfqu'on les expofe à l'air pour 
en opérer la defliccation, elles fe ramolliffent & fe fondent 
pour ainfi dire très-promptement par Îa putréfaction qui y 
fait des progrès très-rapides, & auxquels on ne peut guère 
s’oppofer. Le docteur Jaucke dit cependant avoir réufli plu- 
fieurs fois à en préparer de cette manière /4); je l'ai eflayé, 
d’après fon affertion, & outre a grande diflculté de les dé- 
tacher entièrement du périofte & des tendons, de forte à n'y 
faire aucun trou, ce qui empécheroit l'infufflation, j'ai ren- 
contré les autres obftacles annoncés ci-deflus pour leur deffic- 
cation, obftacles dont cet anatomifte n’a fait aucune mention. 

Quoique les détails dans lefquels je viens d'entrer fur 
1a ftruéture des capfules muqueules des tendons, & fur leur 
origine, démontrent qu’elles font fouvent des productions 
du périofte ou de {a membrane propre aux cartilages & 
aux ligamens, il paroït que la fubftance tendineufe con- 
tribue quelquefois elle-même à leur formation. I y a deux 
cas où cette ftruéture eft très-manifefte; 1.° on l’obferve 
dans les capfules en forme de bourfes fituées à l'extrémité 
des tendons, vers leurs infertions; ces efpèces de membranes 
capfulaires ne gliffent point fur la furface tendineufe, comme 
celles que nous avons appelées vaginales ; eMles s’attachent 
fermement aux deux bords des tendons de la fubftance def- 
quels il eft impoflible de les féparer, & paroiflent fe con- 
tinuer avec les fibres tendineufes par l’une de leurs faces, 
tandis qu'elles fe confondent. par l’autre avec le tiflu du 


om 


(k) Loc. citat. pag. 6. totæ inflari, partim, quod ab his ipfis partibus, 
cultro, fed cautifimè duo, fepatari (quod mihi quidem tentanti fæpits ex 
fententië fucceffit), èr exficcari afque in futurum ufum adfervari poff[une. 

ee ij 


404 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


périofte. 2.° Dans quelques capfules vaginales, on trouve 
une communication bien marquée entr'elles & les faifceaux 
des tendons qu'elles enveloppent; cette communication & 
cette confufion de fubftance s'y démontrent par des efpèces 
de brides aponévrotiques qui font tendues entre la furface 
intérieure de ces capfules & l’extérieure des tendons. Mais 
cette continuation n'eft ni aufli fenfible ni aufli fréquente 
dans cette feconde circonftance que dans la première. L'on 
a-vu aufli qu’il fe détache fouvent des gaines aponévrotiques 
yoifines, des faifceaux fibreux , d’une confiftance à la vérité 
beaucoup moins forte que leur propre tiflu, & qui viennent 
recouvrir la furface extérieure des capfules muqueufes dont 
elles augmentent l'épaiffeur ; ainfi l'on peut avancer que ces 
enveloppes ou bourfes membraneufes font formées le plus 
fouvent par le périofte, & quelquefois par les tendons où 
les aponévrofes, 

Je n'ai décrit jufqu'ici que le tiflu ou fa fubflance propre 
des capfules muqueufes, I me refte à faire connoître les 
parties accefloires qui fe rencontrent à leur face externe où 
dans leur cavité intérieure, & qui me paroïflent mériter 
beaucoup d’attention, parce qu'elles éclairent fur leurs véri- 
tables ufages. Ces détails comprennent les duplicatures mem- 
braneufes que plufieurs d’entr'elles préfentent, les brides, 
les filamens muqueux, les graïfles , te tiflu glanduleux que 
l'on trouve dans quelques-unes, l'humeur qui les abreuve, 
& la communication qu’elles entretiennent entr'elles, où 
avec les parties voifines. 

J'entends par duplicatures membraneufes , l’adoffement 
& ladhérence de plufieurs des capfules muqueufes vaginales, 
& la multiplicité des feuillets qu'on y obferve fouvent, 
Toutes les fois que plufieurs tendons gliffent enfemble dans 
des gouttières cartilagineufes creufées à 1a furface des os; 
comme cela a lieu dans les mufcles fléchifleurs & extenfeurs 
des doigts, on trouve plufieurs de ces caplules qui fe ren- 
. ferment réciproquement, & qui font collées les unes aux 
autres, Les trouffeaux de ces tendons font tous contenus 


DES IS 'CTENCE Ss, 405 


dans une capfule muqueufe commune, qui les enveloppe 
de toutes parts. Sous- cette première membrane, qui eft 
ordinairement fortifiée par le tiffu molafle & pulpeux que 
j'ai décrit plus haut, on trouve une caplule particulière à 
chaque tendon, & quelquefois entre celle-ci & la première 
ou la fuperficielle, il en exifte plufieurs autres qui ren- 
ferment deux ou trois tendons écartés du premier troufleau, 
pour les accompagner jufqu'à l'endroit où ils fe féparent lun 
de l'autre, & dans lequel chacun d'eux n’a plus que fa cap- 
fule particulière. Telle eft la raifon pour laquelle on peut 
détacher, avec le fcalpel, deux, trois & quelquefois quatre 
feuillets membraneux de deflus le paquet de tendons des 
fléchifleurs des doigts, fitué fous le ligament annulaire du 
carpe, qui les retient en leur livrant pañlage. Le docteur 
Jancke a fait mention de cette ftruéture, mais d’une manière 
trop vague & trop générale {/). 

L'intérieur des capfules muqueufes offre plufieurs parties 
qu'il eft important de bien connottre: les capfules vaginales 
{ont entièrement mobiles fur les tendons, & ne contraétent 
avec eux aucune adhérence; on ne remarque dans celles-ci 
que l’humeur mucilagineufe dont elles font toutes abreu- 
vées en plus ou moins grande quantité, & que j'examinerai 
plus bas. Mais on trouve dans plufeurs de ces premières 
capfules, ainfi que dans les deux autres efpèces, des appen- 
dices de leur furface interne, qui tantôt reflemblent à des 
flamens mous & muqueux, & vont fe terminer aux ten- 
dons; tantôt à des brides ou cordelettes dures, élaftiques, 
comme aponévrotiques, qui paroïllent partir des tendons 
pour fe perdre dans la face interne des capfules muqueufes, 
avec la fubftance defquelles elles fe confondent. Le docteur 
Jancke a reconnu ces brides ligamenteules , & il les a 
comparées aux filets tendineux que l’on obferve dans les 
ventricules du cœur /x7). Je n'ai point trouvé dans ces 


(L) Loc. citat. pag. 13 & 18. 
(m) Deinde intra earum cayitatem filamenta quædams reperiuntur , quæ 


406 MÉMOIRES, DE.L'ACADÉMIE ROYALE 
cordelettes intérieures une ténacité qui pût être comparée 
à celle des filets tendineux du cœur; & je penfe, d’après 
un examen attentif de ces parties, que cet anatomifte a pris 
des productions tendineufes qui fe détachent des tendons 
& vont s'épanouir dans le périofte, pour des brides dûes 
aux capfules muqueufes, dont il eft eflentiel de les diftin- 
guer. J'ai encore obfervé que ces cordelettes font moins 
multipliées que ne l'annonce le docteur Jancke, puifqu'’elles 
ne fe trouvent pas conftamment dans les grandes capfules 
muqueufes, dans efquelles il affure qu’on en rencontre 
toujours quelques-unes /1). 


Les efpèces de filamens ou prolongemens muqueux que 
j'ai dit exifter quelquefois dans l’intérieur des capfules des 
tendons, & qui paroiïflent tenir la place des brides dont 
je viens de parler, font très-remarquables dans plufeurs 
d’entr’elles ; elles offrent des flocons vifqueux ou gélatineux, 
qui fe détachent des capfules muqueufes, & qui vont 
s'épanouir à la furface des tendons : on les trouve dans 
toutes les efpèces de capfules, mais plus communément 
dans celles que nous avons appelées vaginales, Ms ne font 
pas conftans, & quoiqu'ils aient l'apparence d’une gelée, 
on y diftingue cependant des membranes légères analogues 
à celles qui renferment le fluide lymphatique du blanc- 
d'œuf ou du corps vitré; il femble que ce foit un mucilage 
épaiffi, contenu dans un follicule membraneux, qui va 
s'ouvrir à la furface du tendon. On a des exemples de 
ces deux efpèces de productions intérieures des capfules 
muqueufes dans les tendons du fublime, & dans plufieurs 
autres dont je donnerai une defcription détaillée dans un 


five columnas, five trabes, five retinacula quis vocare velit, per me licer, 
Hec parva, teretia, fortia tamen èT tendinea funt, quæ non aliter atque 
illa in ventriculis cordis ab uno pariete ad alterum obliquè procedunt, Jancke, 
Joc. citat. pag. 7. 


(n) Et quamvis in univerfum modd adfint, modà defint , ,attamen ir 


paulo amploribus numquam planè defuiffe memini. In eod. loco. 


D'E-s, S:Cc'1' Et N''C Ets 407 
des Mémoires fuivans. Au refte, ni les uns ni les autres 
de ces prolongemens intérieurs des capfules tendineufes, 
ne font très-nombreux dans les extrémités des tendons, 
& on ne les obferve que fur un petit nombre, 


* Je regarde également comme parties accefloires de ces 
capfules, les graifles & Îles grains glanduleux qui fe ren- 
contrent dans plufieurs d'entr'elles. La graifle n’exifte point, 
à beaucoup près, dans toutes les capfules; on la trouve 
fpécialement autour des tendons qui environnent le pied, 
& fur-tout des deux jambiers; elle eft renfermée très- 
exactement dans la membrane capfulaire, & on ne l’aperçoit 
qu'après avoir ouvert cette dernière: cette graïfle eft 
molle, blanche, & chargée d’une grande quantité de fuc 
mucilagineux ou lymphatique. La première fois que je 
aperçus, elle me parut fort différente de celle qui exifte 
fous la peau, & l'ayant examinée depuis avec: beaucou 

d'attention, je la trouvai entièrement femblable à celle 
que lon rencontre dans l’intérieur des articulations. Les 
petits points rougeâtres dont je la vis prefque toujours 
parfemée, & qui font parfaitement analogues aux glandes 
articulaires, confirmèrent bientôt cette reflemblance. La 
quantité aflez confidérable de liqueur onctueufe que je 
rencontrai dans plufieurs de ces capfules, & des paquets 
de véritables glandes fynoviales ifolées & fans mélange de 
gxaifle, que n'offrirent prefque: conftamment les capfules 
muqueufes du tendon radial du biceps, du tendon d’achille, 
de celui du poplité, ne me laïfsèrent plus de doute fur 
T'exiflence de ces organes glanduleux dans les membranes 
capfulaires des tendons, & fur la nature analogue de la 
graïfle que plufieurs contiennent dans eur cavité. Au, 
refte, la découverte des glandes fynoviales dans les 
capfules muqueufes des tendons, eft déjà aflez ancienne ; 
Clopton Havers en avoit parlé dans fes Obfervations fur. 
les os; mais il en avoit admis beaucoup plus généralement 
qu'on n'en trouve réellement, & il n'avoit point fpécifié 


408 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


leur fiége (0). Albinus avoit entrevu quelque chofe de 
glanduleux dans la bourfe membraneule qui accompagne 
l'infertion du tendon d’achille; ce célèbre anatomifte avoit 
dit, en parlant de la capfule muqueufe fituée dans cet 
endroit, eminet inter eam glandulofi quid (p/. M. Jancke en 
avoit aufli reconnu l'exiftence, & ïl les avoit reyardées 
comme une des principales fources de l'humeur qui lubrifie 
les tendons; mais il n’en a fait qu'une mention générale, 
& il n’en a décrit aucune en particulier dans l'énumération 
des capfules qu’il a trouvées fur les tendons /7). Haller 
a également indiqué les glandes fynoviales & des paquets 
graïfleux que renferment les capfules muqueufes du tendon 
du biceps, & des tendons des fléchiffeurs des doigts /r). 


Je dois faire remarquer, à l'égard de ces graifles fyno- 
viales & des petits grains glanduleux qui les accompagnent, 
que ces parties ne fe trouvent point, à beaucoup près, 
dans toutes les capfules muqueufes des tendons : on ne 
les obferve qu’autour de ceux qui exécutent de grands 
mouvemens; & fur environ foixante capfules que je dé- 
crirai dans les Mémoires fuivans , à peine y en a-t-il huit 
ou dix qui en contiennent, encore n'y font-elles jamais 
fi marquées ni fi fortes que dans les articulations : ce 
n’eft que d’après la reflemblance de leur tiflu & de leur 
forme avec ces dernières, que j'ai cru devoir les défigner 

ar le nom de glandes fynoviales. M eft donc vrai de dire 
avec Xaw Boërhaave, que la liqueur qui baigne les tendons 
& qui facilite leurs mouvemens, vient, comme celle de 


” (0) Novæ obfervationes de ofji- 
bus ; Leydæ 1734, in-8,° quatrième 
difcours. . 

(p) Hiff. mufe. hom. lib. III, 
cap. 207, pag. 563, fub finem 
defcriptionis folei. 

(g) Js enim fuccus articulorum 
axungiæ fimillimus, partim ex poris , 
in facie capfulæ interiore patentibus, 


exit T in cavum ejus deftillat, partim 
in glandulis conjicitur, quæ hinc indè 
in diverticulis quafi 7 angulis præ- 
cipuè majorum capfularum latent; 
eumnque fuccum prefsè emittunt, Loc. 
citat, pag. 8. 

(r) Élementa phyfologiæ , in-4* 
tom, IV, pag. 428, S, 15: 


toutes 


Hiegsi MSACQ/L'E Na CES. 409 


toutes les cavités membraneufes, de [a rofée & des vapeurs 
qui s'exhalent des pores dont ces membranes font remplies. 
Mes recherches fur les capfules muqueufes, m'ont auflr 
démontré que les petits paquets glanduleux fe trouvent 
plus fréquemment dans celles qui font fituées à linfertion 
-de plufieurs mufcles, lorfque l'extrémité de feurs tendons 
glile fur des facettes -ofleufes, & que l’on ne rencontre 
que des graifles dans les caplules vaginales placées autour 
des tendons qui fuivent la direétion des os. 

Quelle que foit la fource de la liqueur qui lubrife fa 
furface des tendons, & qui eft renfermée dans l'intérieur 
. de leurs capfules, il eft certain que cette liqueur eft de Ia 
même nature que celle qui fe fépare dans les articulations. 
J'en ai trouvé des gouttes très-fenfibles dans celles qui 
font fituées au-deffous du genou-à l'infertion du demi- 
membraneux, du grêle interne, du couturier & du demi- 
nerveux, daiïs la belle capfule radiale du biceps, dans 
celle qui accompagne le’ tendon fupérieur de ce mufcle 
le long de la gouttière bicipitale, dans les capfules mu- 
queules du grand pectoral, du grand, dorfal, du grand 
rond & du tendon d’achille. En pofant le doigt dans fa 
cavité de ces capfules ouvertes, & en le retirant douce- 
ment, on voit cette humeur s'alonger en filets comme un 
mucilage épaifi, quoiqu'elle jouifle d’une aflez grande 
fluidité. Cette liqueur m'a préfenté tous les caractères de 
a fynovie; j'en aï foumis les gouttes que j'ai pu me pro- 
curer, à des eflais qui m'ont convaincu qu'elle eft de 
nature albumineufe , ainfi que cette dernière, & non pas 
graiffeufe ou analogue à la moëlle, comme l'ont dit 
beaucoup d’anatomiltes. En eflet, elle s’unit à l’eau & la 
blanchit léoèrement; jetée dans l’eau bouillante, elle S'Y 
coagule en filamens comme le blanc-d’œuf, & une portion 
qui s’y diflout donne une couleur laiteufe à ce fluide; elle 
verdit le firop de violettes; le feu & les acides la coagu- 
lent. J'aurai occafion dans d’autres circonftances de pré- 
fenter à l’Académie une analyfe de la fynovie, fur Jaquelie 

Mém, 1785. FFF 


4io MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYaALE 


je ne dois rien ajouter de plus aujourd'hui; il me fuffit 
d’avoir démontré, par ces eflais, que la liqueur qui 
abreuve les tendons, & qui eft renfermée dans leurs 
capfules muqueufes, eft de la même nature que celle qui 
Jubrifie les furfaces cartilagineufes des os dans les articu- 
lations. Je ne doute point qu'elle ne foit fujette aux mêmes 
altérations & aux mêmes maladies que cette dernière, & 
les concrétions que j'ai plufieurs fois trouvées dans les 
capfules dont je m'occupe, m'autorifent à penfer que fon 
épaifliffement eft la caufe de ces tumeurs placées fur les ten- 
dons qui environnent le dos de la main, & que l’on connoït 
fous le nom de ganglions ; mais il feroit trop éloigné de 
l'objet de ce Mémoire, de m'’appefantir fur les détails de 
ces altérations de la fynovie des tendons, qui méritent toute 
l'attention des perfonnes occupées de l’art de guérir. Je 
crois devoir cependant ajouter que l'épaifliffement de cette 
liqueur, & la nature des concrétions qu’elle dépofe à la fur- 
face des tendons & dans Îes gaines qui les retiennent, me 
paroît jouer un grand rôle dans les maladies des articulations, 
& particulièrement dans la goutte, dont l'humeur attaque 
les capfules vaginales des tendons aufli fouvent que es 
cavités articulaires. CJopton- Havers croyoit que cet épaif- 
fement de la fynovie des tendons étoit la véritable caufe du 
rhumatifme (a). : 

Le docteur Jancke a afluré que quelques capfules mu- 
queufes des tendons communiquent avec l’intérieur des 
articulations autour defquelles elles font fituées; il dit avoir 
trouvé deux fois une vraie communication entre la capfule 
qui enveloppe les tendons réunis de l'iliaque & du ploas, 
& l’intérieur de la cavité articulaire de la cuifle. I réfute 
Albinus, qui, en décrivant cette capfule , avance que fa 
cavité eft terminée autour des tendons, & qu’elle ne s'ouvre 
dans aucune partie voifine. J'ai tourné mes recherches vers 
ce point, & j'ai examiné avec beaucoup d'attention toutes 


(s) Nov. obfery, de offib, 4.° Difcours. 


Mers Sete. Ni CES 419 


les capfules fituées aux environs des articulations de l'hu- 
mérus avec l’omoplate, du radius avec la première rangée 
des os du carpe, du fémur avec la cavité cotyloïde, des 
condyles du même os avec le tibia, & des os de la jambe 
avec l’aftragale. J'ai trouvé plufeurs fois une continuation 
manifefte de la fubftance graifleufe contenue dans la capfule 
muqueufe placée fous le gros ligament de [a rotule, avec 
celle de la cavité articulaire du genou; j'ai obfervé une 
communication par une ouverture large de plus d’un demi- 

ouce, entre la capfule particulière au tendon du mufcle 
poplité, & le côté externe de Farticulation du genou, 
au-deflous du condyle externe du fémur, & au-deflus du 
bord _poftérieur du cartilage femi-lunaire du même côté. 
I eft étonnant que cette communication , {a plus frappante 
& la plus aïfée à démontrer de toutes celles que j'aye eu 
occafion de voir, n’ait point été décrite ni même indiquée 
par les anatomiftes ; aucun même n’a remarqué que le 
tendon du mufcle poplité eft plongé dans l'articulation, 
& fortement adhérent à la furface interne de la capfule 
articulaire du genou. J’ai rencontré quelquefois de légères 
communications entre les capfules des tendons qui envi- 
ronnent le pied, & les cavités articulaires des os du tarfe; 
mais je n'ai pas pu reconnoître celle de la capfule de 
l'iliaque avec la cavité cotyloïde, annoncée par le docteur 
Jancke. Je fuis fouvent parvenu à fâire pafler de Fair dans 
la cavité articulaire de l’omoplate, en foufflant dans les 
capfules muqueufes qui environnent cette articulation, & 
fur-tout dans celle qui accompagne Îe tendon fcapulaire 
du biceps. Quoique {a diflection néceffaire pour ces opé- 
rations ait pu produire quelque trou dans ces endroits, 
quoique Îa force de l'air pouflé par des tuyaux, ait pu aufft 
occafionner quelque déchirement dans les membranes cap- 
fulaires des articulations du genou & de l'omoplate, dont 
le tiflu eft affez fin dans Le voilinage des capfules muqueufes ; 
on ne peut douter de {a communication qui exiite entre 
ces parties, lorfque l’on confidère Ja ue quantité de 

ETÉ 


412, Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALE \ 
capfules qui environnent ces deux articulations, l'étendue 
de ces capfules, la fituation de la- plupart d’entr'elles fur 
le tiflu cellulaire qui revêt la furface externe des ligamens 
capfulaires, & fur-tout le paflage de la capfule muqueule 
du biceps, dans la cavité de l'articulation fcapulaire, ainfi 
que celui du tendon du poplité dans l'intérieur de la capfule 
articulaire du genou. 

Tels font les diflérens objets relatifs à la flruéture des 
capfules muqueufes des tendons, confidérées en général ; 
il eft aGuellement néceflaire d’en rechercher les ufages: 
malheureufement cette recherche eff la partie la plus difficile 
& la moins certaine de l'anatomie, & les anatomiftes exacts 
font toujours plus longs en décrivant la ftruéture des parties 
qu'en aflignant leurs fonétions. Les utilités des capfules 
muqueufes qui enveloppent les tendons ou qui leur font 
attachées, ne font pas à la vérité aufli difhciles à reconnoître 
que celles des vifcères; le fiége & la fructure de ces parties 
indiquent aflez qu'elles fervent à lubrifier les tendons, à 
faciliter leur gliffement fur les os, ou fur les parties aux- 
quelles ils font aflujettiss On ne peut douter, d’après la 
feule infpeétion, qu'elles ne foient de la plus grande utilité 
pour l'intégrité & l'aifance de leurs mouvemens. l 

L'humeur qui les abreuve fans cefle & qu'on y rencontre 
conflamment, contribue beaucoup à leur donner ces avan- 
tages; elle fert en même temps à polir la furface des 
tendons, à leur communiquer ce brillant argenté qui les 
diftingue, & à entretenir dans leurs fibres la fouplefle & 
l'efpèce de duétilité néceflaires pour leur action. 

Le docteur Jancke leur attribue encore l’ufage de fixer 
& de retenir les mufcles dans leur fituation; mais fi l’on 
confidère la ténuité & la foiblefle de leur texture, leur 
petitefe par rapport à l'étendue des tendons, & fur-tout, 
les autres moyens que la nature a employés pour attacher 
les tendons aux parties voifimes, tels que les gaines aponé- 
vrotiques & le tiflu cellulaire qui les environne de toutes 
parts, on reconnoitra que cet ufage n’eft que fecondaire 


DES S c1ENCE S 417 


en comparalfon de celui que nous leur avons affigné: 
d’ailleurs, cet ufage ne pourroit appartenir qu'à celles de 
ces capfules qui font fituées, en forme de bourfes aplaties 

& comprimées, entre les tendons & les os ou les cartilages 
fur lefquels ils pofent, comme nous le ferons obferver 
dans un inftant. 

C’eft donc fpécialement à la produdion de l'humeur 
fynoviale, à la confervation de cette liqueur pour la facilité 
& la liberté des mouvemens des tendons, que les capfules 
muqueufes font deflinées. 

En fe rappelant les diflérences de ftruture & de fituation 
qui diflinguent les capfules muqueufes des tendons, on ne 
peut FRE que chaque efpèce n'ait des ufages particuliers ; 
ainfi celles qui enveloppent les tendons en forme de gaines 
mucilagineules, ne paroiflent fervir qu’à les lubrifier; celles 
qui entourent leurs infertions, les brident fur les os, & 
favorifent leur. gliffement fur les furfaces offeufes qui font 
ordinairement enduites d’une légère couche cartilagineufe : 
quant aux bourfes capfulaires fituées au-deflus de leurs 
attaches, & dont la paroï antérieure adhère fortement aux 
- tendons, tandis que leur paroi poftériéure eft collée au 
“périofte ou aux ligamens orbiculaires des articulations, elles 

_paroïflent fervir à aflujettir les tendons aux parties fur 
lefquelles ils repofent, & à permettre qu'ils le meuvent 
avec plus de facilité fur ces parties. 

_ Au refte, je reviendrai avec plus de détails fur ce qu'il 
peut y avoir de particulier dans les ufages des différentes 
capfules muqueufes des tendons, en décrivant chacune 
d'elles dans les Mémoires qui fuivront celui-ci. 


414 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


SECOND MÉMOIRE 


P'OMER SSI ENRIMLANR 
.À L'HISTOIRE ANATOMIQUE DES TENDONS, 


Dans lequel on s'occupe fpécialement de leurs 
Capfules muqueufes. 


S4E-G-O ND E2 BANANE. 
Defcription particulière des Capfules muqueufes quE 


accompagnent les tendons des mufcles du corps humain. 
Par M. DE Fourcroïÿ. 


Là 1e examiné, dans un premier Mémoire, Îa ftruéture 
le 10 Mars générale des capfules muqueufes des tendons; j'ai 
1787+  confidéré leur forme, leur nature, leur fiége , leurs diflé- 
rences & leurs ufages généraux: ces préliminaires deftinés 
à faire connoître des efpèces de membranes auxquelles les 
anatomiftes n’avoient point fait affez d'attention, ne fuf- 
fent pas pour en compléter l’hiftoire; il faut les décrire 
en particulier pour confirmer Îa defcription générale & 
fommaire qui en a déjà été donnée dans la première partie; 
il faut fur-tout indiquer la pofition & la ftruéture de 
chacune d'elles avec affez de foin & de précifion, pour 
que l’on puifle les trouver facilement dans la diffeétion, 
& les diftinguer des parties avec lefquelles il feroit aïfé de 
les confondre, fi l’on n’étoit pas averti de leur exiftence. 
Avant d'entrer dans les détails de ces defcriptions, je 
dois rappeler la diftinétion qu'il eft néceflaire d'établir 
dans les capfules muqueufes d’après leur forme & leur 
fiége. Quoique j'en aye diftingué quatre efpèces dans mon 
premier Mémoire, pour mieux indiquer leur fituation & 


BE SNE SCA EN CIE $, 415 


leur nature, je n’en diftinguerai ici que deux efpèces géné- 
rales d’après leur forme. Ces membranes font placées ou 
le long des tendons qu'elles enveloppent en manière de 
gaines, ou à leurs infertions qu'elles fixent aux parties 
voifines ; les premières Îogent entièrement les tendons 
dans leurs cavités, les fecondes ne les renferment poiat. 
Dans cette feconde efpèce, ces tendons font placés de deux 
manières différentes relativement auxscapfules muqueufes 
qui les accompagnent ; en effet ou ils font tout-à-fait au 
dehors de ces petits facs membraneux qui font fitués au- 
deffous deux, de manière que Îles cordons tendineux les 
tiennent comprimés & aplatis ; ou bien une des faces des 
tendons eft plongée dans 1a cavité de la capfule muqueufe 
dont la lame antérieure au lieu de glifler fous le tendon 
comme dans les dernières, vient s’inférer à fes bords , de forte 
que la furface poftérieure du tendon touche 1a paroi ou 
lame antérieure de {a capfule. Telle eft ordinairement la 
ftruéture des capfules muqueufes placées Y#'infertion des 
tendons, & deftinées à en favorifer le gliffement fur une 
portion des os auxquels ïls s’attachent. J'ai donné aux 
premières le nom de capfules en forme de gaines, & les 
fecondes qui avoient été appelées bourfes par Albinus, & 
capfules articulaires par Jancke, me paroïffent mériter celui 
de capfules muqueufes véficulaires , en raïfon de leur forme 
qui préfente toujours une efpèce de veflie ovale ou arrondie 
& comprimée. Ce nom leur convient, foit qu'elles foient 
placées entièrement fous les tendons qui les aplatiffent, 
foit qu’elles renferment la face poftérieure des tendons 
dans leur cavité, parce que dans ces deux cas elles ont 
toujours une forme femblable. 

Ces membranes capfulaires font aflez conftantes : elles 
varient à la vérité par leur fituation plus ou moins élevée, 
par leur étendue plus ou moins grande, & par leur figure; 
mais on les trouve toujours à peu-près dans le même lieu, 
& je les ai trouvées très-bien formées dans le fœtus : 
ainfi elles ne font point dûes aux mouvemens répétés des 


416 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYaALE 


mufcles, & elles entrent dans le premier plan de fa nature 
Je crois même que, loin de devoir eur naïffance aux con- 
traétions des mufcles, elles: font au contraire peu-à-peu 
détruites par le mouvement de ces organes, parce qu'il 
nreft conftamment arrivé de les trouver plus nombreufes, 
plus dilatées, plus faciles à apercevoir dans les enfans 
que chez les vieillards dans lefquels je les ai vues plufieurs 
fois comme oblitérées & beaucoup plus difliciles à recon- 
noître. 


Les capfules muqueufes ont été données par la nature 
aux tendons alongés & qui parcourent un trajet plus, où 
moins étendu fur les os, ou fur les parties voifines en 

énéral ; auf n’en trouve-t-on aucune dans les mufcles 
de la tête, du cou, du thorax & de lépine; c’eft dans 
ceux des extrémités qu'on fes rencontre le plus commu- 
nément, & comme les articulations font le rendez-vous de 
prefque tous les tendons des mufcles qui y font fitués, 
c'eft fpécialement dans leur voifinage que font placées les 
capfules muqueufes , aufli pour mettre quelqu'ordre dans 
les defcriptions que je vais donner, je les diviferai en fix 
articles , fuivant les articulations autour delquelles ces 
membranes capfulaires ont leur fiége, en avertiflant que 
je comprendrai dans chaque articulation les capfules des 
tendons qui s'insèrent à quelque diffance, mais toujours 
plus près d'elle que d'une autre. 


ART FC TL EL PORPEMMENENR 


Des Capfules muqueufes des tendons, placés aux environs 
de l'articulation de l'humérus avec l'omoplate. 


LES anatomifles modernes ont fait obferver combien 
les tendons qui environnent de toutes parts larticulation de 
l’humérus avec lomoplate, contribuoient à la folidité de 
cette articulation , dont l'appareil ligamenteux eft d'ailleurs 
très-lâche, & peu propre par lui-même à reffter aux 


grands 


Mer rc NE à Er 6 417 
grands efforts qui s’y paffent, fi les mufcles ne remplifoient 
ici les fonctions auxquelles la nature a defliné des cordes 
ligamenteules très-fortes dans les autres articulations. Fous 
ces tendons, qui fe rapprochent les uns des autrès & qui 
s'insèrent par un art merveilleux à des parties ofieufes 
aflez peu étendues relativement à leur nombre, préfentent 
plufieurs capfules muqueules qui les afujettilient, foit 
entr'eux, foit avec les os qu’ils recouvrent. 

Albinus n'a décrit que deux de ces capfules, favoir, une 
que l'on trouve fous le deltoïde dans le voifinage de 
l'acromion ; & l'autre qui appartient au tendon du grand 
rond & du grand dorfal fa). 

Jancke à indiqué dix capfules qu'il aflure fe trouver 
conftamment aux environs de l'épaule {4}; mais après un 
grand nombre de difletions faites avec tout le foin & toutes 
les attentions convenables, je me fuis convaincu qu'il les 
a trop multipliées & qu'il a pris plufieurs des divifions 
& des interfeclions qu'on y remarque, pour autant de 
capfules particulières. 

Voici celles que je crois devoir diftinguer & décrire 
en particulier. 

1. Lorfqu'on détache le deltoïde de bas en haut, après 
avoir coupé fes fibres charnues au-deflus de fon infertion 
à l’humérus, & lorfqu'on l'enlève jufqu'auprès de l'acro- 
mion, on reconnoit qu'il tient au-deflous de cétte apophyfe 
par une bourfe ou capfule membraneufe très-large, & fort 
différente du tiffu celiulaire placé plus bas. Cette capfule 
muqueufe eft très-étendue, c'eft la plus fuperficielle de 
celles qui font placées fur la tête de l’humérus, elle a plus 
d'un pouce de largeur ; fa paroi fupérieure & fuperficielle 
adhère au deltoïde dont on la fépare facilemént ; fa paroi 
inférieure & profonde fe confond avec des productions 
membraneufes aflez épaifles, qui recouvrent la capfule arti- 


(a) Hifé inufeulor: Kb. II, pag-8343, 422, 429. 
(b) Loc. cit, pag. 10 & 11. | 
Mém. 1795. Ggg 


418 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


culaire de humérus, & dont on ne peut la détacher qu’en 
détruifant fon tiflu. Sa cavité eft life & polie, on y trouve 
une humeur fynoviale affez abondante; elle ne renferme 
ni graille ni paquets glanduleux, elle eft comprimée par 
les fibres du deltoïde, & recouvre le tendon du fus-épi- 
neux. Cette capfule muqueule, que l'on pourroit défigner 
par le nom d’acromiale, parce qu'elle eft fituée en partie 
fous cette apophyfe, & qu’elle n'appartient pas uniquement 
au deltoïde ni au fus-épineux, eft placée plus du côté 
externe de l'articulation que du côté interne, & cette 
fituation fufhit pour la diftinguer facilement d'avec une 
autre fituée en dedans fous l’apophyfe coracoïde; elle a 
une forme alongée & irrégulière, fa cavité ouverte paroît 
plus large en devant, & fe rétrécit en arrière, en fe pro- 
longeant fous l'acromion. C’efl la première de Jancke, qui l'a 
indiquée fans la décrire, & qui lui a donné trop d’étendue du 
côté interne /c). Albinus en annonce l’exiftence , mais beau- 
coup trop vaguement (/d). M. Sabatier-en a défigné très- 
exactement la place /e). Son ufage paroît être d'appliquer 
le haut des troufleaux charnus moyens du deltoïde, fur 
la tête de l’'humérus, & de faciliter le mouvement de ce 
mufcle ; elle a aufli le même avantage par rapport aux 
tendons des mufcles fus-épineux & fous-épineux, elle rend 
plus doux le mouvement de rotation de la tête de l'hu- 
: mérus fous l’apophyfe acromion, lorfque cet os eft porté 
en dehors & en haut par ces trois mufcles contraétés en 
même temps. Elle fert donc fpécialement à diminuer ie 
frottement de l'extrémité fupérieure de l'os du bras contre 


(c) Loc. cit. pag. 10. 4 

(d) Hifi. mufculor. pag. 422. 
« Cæteràm huic mufculo (deltoïd.) 
> circa proceffum fuperiorem fcapulæ 
>» fubjecta burfainfignis, qualis iliaco 
interno cum pfoa magno », 

(e) Traité d’Anatomie; de la Myo® 
Jogie, pag. 279, (du deltoïde ). 


« Une capfule membraneufe aflez 
large l’aflujettit au-deffous de l’a « 
cromion à la partie fupérieure , « 
antérieure & externe de  l’hu- « 
mérus, & aux tendons qui fe « 
fixent à la grofle tubérofité cet & 
05 », 


néiEnsn Sci E Nrc-ers 419. 
l'apophyfe la plus forte de l’omoplate, fur Jaquelle l'hu- 
mérus eft fouvent mu avec beaucoup d'énergie. 

2.° Sur les tendons fitués à la furface de a groffe tubé- 
rofité de l’humérus, c’eft-à dire, fur ceux du fus-épineux, 
du fous-épineux & du petit rond, on trouve conftamment 
une feconde capfule muqueufe, prefque aufli grande que 
la première, moins longue de devant en arrière, mais 
plus large, qui s'étend à a partie antérieure de la précé- 
dente, quelquefois jufqu’à l’apophyfe coracoïde, & qui eft 
comprimée par le deltoïde, comme Ja capfule acromiale. 
Cette bourle capfulaire a beaucoup de rapport avec {a 
première, mais elle en diffère en ce qu'elle fe prolonge 
latéralement, foit en dehors, foit en dedans: elle s'étend 
fouvent jufqu’à l'infertion des trois mufcles coracoïdiens. 
Elle eft plus farge en dehors immédiatement fur les tendons 
du fus-épineux & du fous-épineux auxquels elle paroît 
plus fpécialement deftinée ; elle fe rétrécit du côté interne, 
& elle fe termine dans le voifmage du bec coracoïde par 
un prolongement affez fin, qui quelquefois ne va pas tout- 
à-fait jufqu’à cette apophyfe ; elle adhère au deltoïde, aux 
tendons du fus-épineux & du fous-épineux. En Ia confi- 
dérant avec attention, on y reconnoît une forme triangu- 
laire; deux de fes angles font en dehors, placés fur les 
tendons défignés, l’autre eft en dedans, plus alongé, plus 
aigu, & regarde l'apophyfe coracoïde ; ce dernier pañle fous 
le ligament placé entre l'acromion & l'apophyfe coracoïde, 
fa plus grande largeur recouvre le tendon du fus-épineux. 
Cette capfule muqueufe ne contient ni graifle, ni paquets 
glanduleux ; cependant elle eft life, polie & humectée de 
liqueur fynoviale. 

Quelquefois elle communique avec la première auprès 
de laquelle elle eft fituée ; fouvent elle en préfente une 
efpèce de continuation, & femble n’en point être diflinguée. 
Elle a le même ufage que la précédente, relativement au 
mouvement de rotation de lgs du bras; elle n’a pas été 
décrite par les auteurs cités ci-deflus. On pourroit l'appeler 


8 1) 


420 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


acromiale, comme la première, en la diftinguant, par le mot 
externe qui déligne fa fituation, tandis que la précédente 
feroit appelée capfule muqueufe acromiale interne. 

3 Un peu plus en dedans que le lieu occupé par les 
deux capfules précédentes, & fous l'apophyfe coracoïde , 
on rencontre conftamment une large capfule muqueule, 
fituée entre la face inférieure de cette apophyfe & la fur- 
face du tendon du fous-fcapulaire. Cette capfule eft une de 
celles qui ont été décrites avec le plus de foin par Jancke/{f), 
& dont A/binns na fait aucune mention. M. Sabatier en 
a indiqué deux dans fa defcription du fous-fcapulaire {g). 
Ces deux anatomilles en défignent la fituation avec beaucoup 
d'exactitude : Jancke dit l'avoir vue divifée en deux & 
même en trois; il aflure auffi qu’il a obfervé que la plus 
antérieure s’ouvroit quelquefois dans l'articulation fur 
laquelle elle eft placée, je n'ai jamais vu cette communi- 
cation. 

Quoique cette capfule muqueufe fe rencontre très-conf- 
tamment, elle m'a toujours préfenté quelques variétés. 
Tantôt je lai trouvée ne formant qu'une bourfe membra- 
neufe aflez vafte, occupant tout l'efpace compris depuis 
Ja racine de l’apophyfe coracoïde jufqu'au-devant de fa 
pointe, recouvrant entièrement le tendon du fous-fcapu- 
laire fur lequel elle eft toujours fituée, & adhérant en haut 
à la face inférieure de cette éminence & au bord poftérieur 
des mufcles qui sy insèrent en dehors, c’eft-à-dire, du 
biceps & du coraco-brachial ; lorfqu'elle offre cette ftruc- 
ture fimple, on remarque une grande cavité irrégulièrement 
ovale de devant en arrière, fuivant à peu-près le trajet du 
bec coracoïde, lubrifiée de fynovie, liffe & polie, fans être 
brillante : on peut la détacher de deflus la furface offeufe , 


(f) Loc. cit. pag. 10. d). coraco-brachial, par deux capfules æ 
(g) Traité d’Anat. tome 1, page | membraneufes de la nature de « 
285. « On le trouve joint à la bag | celles qui ont été décrites pré- se 
» de lapophyfe coracoïde & aux | cédemment ». 
» tendons réunis du biceps & du 


DES SCIENCES. 421 


& plus difficilement de deflus le tendon; elle fe prolonge 
ordinairement en devant, fur la capfule articulaire de l’hu- 
mérus, dans laquelle je ne l'ai jamais vu s'ouvrir. 

Souvent, au lieu de la trouver feule , je l'ai rencontrée 
partagée en deux, en trois & même en quatre capfules plus 
petites, collées les unes fur les autres, & placées l’une au- 
devant des autres, depuis a bafe de lapophyfe coracoïde 
jufqu’à fa pointe; leurs cavités ne m'ont point paru com- 
muniquer enfemble ; leurs parois membraneufes font adoffées 
les unes aux autres. L'une d’elles eft entièrement propre 
au tendon du fous-fcapulaire ; les deux ou Îles trois autres 
font alors communes à ce mufcle & au tendon réuni du 
coraco-brachial & du biceps. 

Les ufages de cette grande capfule muqueufe, à laquelle 
je crois devoir donner le nom de capfule coracoïdienne , en 
raïifon du lieu qu’elle occupe conftamment, paroiflent être 
abfolument les mêmes que ceux des deux capfules acro- 
miales. Elle fert à diminuer & adoucir les frottemens qui 
ont lieu entre la tête de l’humérus & les deux apohyles 
faïllantes de lomoplate, foit qu’elle n'ait qu'une grande 
cavité ou qu’elle en préfente plufieurs; on y trouve une 
affez grande quantité de fynovie : j’en ai recueilli des gouttes 
très-fenfibles en y portant un cure-dent. 

Telles font les trois principales capfules muqueufes placées 
au-deflus de la tête de l'os humérus; on pourroit le#mul- 
tiplier en les divifant, ou en prenant leurs divifions pour 
autant de capfules particulières. 

Au-deflus de ces trois bourfes capfulaires qui environnent 
le haut de l'articulation du bras, il exifte fur la tête de l’hu- 
mérus & à la furface de la capfule articulaire , une pro- 
duétien membraneufe mollaffe, que les anatomiftes ne me 
pæroiflent pas avoir aflez diftingué, quoique Weitbrecht & 
Tarin en ayent dit quelque chofe. 

Cette enveloppe membraneufe revêt tout l'extérieur de 
la capfule, & fe prolonge même au-delà de fon infertion 
autour du cou de l’humérus ; elle femble être une pro- 


422 MÉMoirEs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


duction des tendons, car elle fe meut & s'étend lorfqu’on 
tire {es mufcles: elle eft molle, obéit facilement au mou- 
vement qu'on fui imprime avec le doigt ou avec un inf- 
trument quelconque, fon épaifleur eft affez confidérable , 
fon tiflu eft comme fpongieux & lâche; c’eft à fa furface 
que font placées les capfules muqueules acromiales & la 
capfule muqueufe coracoïdienne ; elle eft formée d’un grand 
nombre de couches très-aifées à féparer les unes des autres, 
& femblable à du tiflu cellulaire aplati en lames. Ces pro- 
ductions toujours humectées par une humeur pareille à celle 
qui a été décrite dans les capfules muqueules , femblent 
remplir le même ufage que ces dernières, & diminuer 
comme elles les grands frottemens que la tête de l'humérus 
éprouve fans cefle de la part des apophyfes acromion & co 
racoïde. 

4 Outre ces trois grandes capfules qui font conftantes, 
on en trouve quelquefois une ou deux autres beaucoup plus 
petites qui accompagnent les tendons réunis du biceps & 
du coraco-brachial à leur face poftérieure, & qui fe pro- 
longent fous l’apophyfe coracoïde pour fe rapprocher de 
la capfule muqueule coracoïdienne décrite ci-deflus. Mais 
cette ftructure n’eft pas conftante; je remarquerai encore 
à cette occaflon, que j'ai vu dans quelques fujets le tendon 
du petit pectoral bien féparé de ceux du coraco-brachial 
& dusbiceps, par une capfule muqueufe, irrégulièrement 
arrondie, qui remplifloit l'intervalle compris entre l’infertion 
de ces mufcles, de forte que ce mufcle en avoit alors deux 
vers l’attache de fon tendon, l’une en devant & en bas, que 
je viens de décrire, l’autre en arrière & en-haut, fous le 
bord interne du bec coracoïdien , communiquant avec {a 
grande capfule placée fous le tendon du fous-fcapulaire & 
fous cette apophyfe. Cette feconde capfule propre au petit 
peétoral, ne fe rencontre pas toujours, quoique Jancke l'ait 
annoncée comme conftante (4), je l'ai cependant trouvée 


(h) Loc, cit. pag. 10. b), 


DES SCIENCES. 423 


plus fréquemment que celle qui appartient au tendon réuni 
du coraco-brachial & du biceps que je viens d'indiquer. 
s- Au-deflous de la tête de l'os humérus, & aux deux 
bords de la gouttière bicipitale, on trouve plufieurs cap- 
fules muqueufes, d’une autre forme que les précédentes, 
& qui accompagnent les tendons qui s'insèrent dans cet 
bei La première & la plus difhcile à apercevoir, à caufe 
de 1a fineffe de fon tiffu, eft celle qui eft attachée à a face 
interne du tendon du grand peétoral, vers le lieu où il 
s'insère, & qui eft moyen entre ce tendon & celui du 
biceps logé dans la gouttière de l'os du bras. Les auteurs 
qui ont fait attention à l’exiftence des capfules muqueules, 
n’ont point parlé de celle-ci; on ne la trouve indiquée ni 
dans Winflow, ni dans A/binus, ni dans l'ouvrage de M. 
Sabatier; Jancke lui-même, qui a beaucoup multiplié ces 
capfules, n’en a fait aucune mention. Ces anatomiftes l'ont 
fans doute regardée comme du tiffu cellulaire ; je crois 
cependant qu’elle mérite d’être diftinguée, puifque malgré 
fa ténuité elle forme une membrane continue qui recouvre 
la face interne du tendon du grand peétoral qui fe termine 
en haut vers le bas de la groffe tubérofité, & qui fe perd 
en bas fur les faifceaux aponévrotiques que le bord infé- 
rieur du tendon envoie aux mufcles du bras. Elle accom- 
pagne le tendon jufqu’à fa naiffance dans les chairs, elle 
le contourne avec lui, elle s’'amincit peu-à-peu, à mefure 
qu'elle s'éloigne du point de l'infertion, & difparoît à 
environ un pouce de cette infertion; on la foulève de 
deflus le tendon, & lorfqu’on la fend, on trouve la furface 
de ce dernier beaucoup plus brillante qu’elle ne paroïfloit 
au travers la membrane capfulaire. C’eft une forte de 
capfule vaginale qui revêt la face interne du tendon du 
grand peétoral, on la voit fe replier fur les deux bords 
pour venir fe terminer vers la naiflance de la face externe 
du même tendon , très-près de fes bords; elle fe confond 
dans cet endroit avec le tiflu cellulaire voifin, dont le 
tiflu bien plus lâche que le fien, prouve qu’elle doit en 


424 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


être diftinguée; en dedans, elle attache ie tendon du grand 
peétoral à la capfule muqueuie du long tendon du biceps. 


Son ufage paroît être de diminuer le frottement entre 
ces deux tendons, elle doit porter le nom du mufcle au 
tendon duquel elle appartient. 


6.2 ‘Les capfules muqueufes placées au-deffous de fañtête 
de l'humérus, qui méritent le plus d'attention par leur 
ftruéture compliquée & par leurs ufages, font celles qui 
accompagnent les tendons réunis du grand rond & du 
grand dorfal dans le voifmage de leurs infertions. Wiuflow, 
qui a très-bien décrit l'extrémité de ces deux tendons, 
n'a point fait d'attention à ces capfules, il a feulement dit 
qu'ils communiquoient par quelques fibres collatérales (). 
Albinus, qui a publié, deux ans après, fon grand ouvrage 
fur les mufcles, a décrit une capfule propre aux tendons 
du grand pectoral & du grand rond, dans fon hifloire du 
premier de fes mufcles /4); il en a indiqué une feconde 
entre le tendon du grand rond & Fos humérus //). Il ef 
étonnant que Jancke, qui'a fait des recherches particulières 
fur les capfules des tendons , n'ait rien ajouté au travail 
d’Albinus , & ait même décrit les deux capfules connues 
de cet anatomifle, avec beaucoup moins de précifion & 
d’exattitude que lui /#1). M. Sabatier a reconnu & annoncé 
lexiftence d’un plus grand nombre de capfules muqueufes 
à l'infertion de ces deux tendons : en faifant la defcription 
du grand dorfal, il a parlé de la capfule membraneule qui 


i) Expof. anat. in-4.° Paris. 
vs de 188; fin de Fast 
colonne. 

(4) Hiff. mufculor. Leydæ,1734, 
in-4.° lib. FF, pag. 343. « Jnterque 
» extremos horum duorum (fcilicet 
>» lariffimi dorfi èT teretis majoris) 
» tendines burfa tenuis T parva, 
»utrique pertinaciffimè acereta ; 
per toram evrum latitudinem », 


(1) Loc. citat. pag. 429. Eidem- 
que prioris parti inferiori firmiter 
accreta burfula , « inter partent illam 
humerique os interjecta », 

(m) Loc. citat. pag. 10. f]). 
Anter tendines latiffimi dorfi àT « 
teretis majoris, fi utrique ad o$ » 
huineri ufque divifi funt. g) Inter » 
teretemt majorem os humeri, anco- » 
neum externuin T internum », 


unit 


" JAI vE mb ru 


+= she. © # 


DES ScrENCESs. 425 


«mit fon tendon'à celui du grand rond /n), & de deux 
autres capfules femblables qui attachent les deux bords du 
tendon de ce dernier mufcle à l'os humérus/o). Des dif- 
fections répétées, faites avec le plus grand foin, m'en ont 
offert une quatrième que Je décrirai après les précédentes. 

La plus grande de ces quatre capfules muqueufes eft 

‘celle qui unit les bords du tendon du grand dorfal & du 

grand rond, dans l'endroit où fe premier recouvre en 
devant une partie du bord fupérieur du fecond; cette 
capfule eft placée plus en dedans que les autres, elle eft 
large & aplatie, elle contient une quantité notable de 
fynovie , elle eft fortement attachée au bord des deux 
tendons , elle adhère également au periofte devant les 
infertions, à l'éminence offeufe interne de a gouttière 
bicipitale ; fa figure eft fort irrégulière & préfente beau- 
coup de variétés. 

Celles qui font placées au bord fupérieur & au bord 
inférieur du tendon du grand rond, font plus petites que 
la précédente, elles font plus en dehors; la fupérieure fe 
perd fur la furface antérieure du tendon du grand dorfal, 
& l'inférieure envoie un prolongement membraneux qui 
fe termine fur Île périofte, trois ou quatre lignes plus bas 
que l'extrémité du tendon du grand rond. Ces deux cap- 
fules muqueufes femblent fe continuer fur la furface anté- 
rieure de ce tendon, du côté de Ia gouttière bicipitale; 
elles lient entr'eux ce dernier tendon & celui du biceps: 
il femble que ce foit la méme membrane qui les forme 
en devant, tandis que leur paroi poflérieure paroît être 


(n) Traité d’anat. tome T, page 
274. « Ils font aufi joints l’un à 
» l’autre, du côté par lequel ils fe 
» touchent, au moyen d’une large 
» capfule membraneufe qui y eft 
» attachée, & au dedans de faquelle 
on trouve une petite quantité 
» d'humeur femblable à de la fy- 


» novie ». 


Mém. 1 A fa 


(o) Ibid, page 284. « Outre Ja 
capfule membraneufe qui leur eft « 
commune, celui du grand rond « 
tient à l’humérus au voifinage de « 
fon infertion, par deux autres cap- « 
fules femblables, placées l’une « 
au-deflus de l’autre, la première « 
vers fon bord fupérieur, & la « 
feconde vers l’inférieur ». 


Hhh 


426 MÉMOIRES DE L’ACADÉMIE ROYALE 


la continuation de la membrane propre à la capfule mu- 
queufe moyenne entre Île grand dorfal & le grand rond, 
Les cavités de ces deux capfules muqueufes font aflez 
petites, elles font terminées, en s’éloignant du bord du 
tendon, par une pointe aflez aiguë; on y trouve de l'humeur 
fynoviale. 

La quatrième capfule que j'ai trouvée dans le même 
endroit, & qui eft conftante, fe rencontre entre les deux 
tendons réunis de la bandelette aponévrotique fituée [ur 
leur face intérieure, qui les bride, & qui a été très-bien 
décrite par Winflow (p), Albinus (q), & M. Sabatier (r). 
Quoiqu'elle exifte dans toute la longueur de cette bande- 
lette, entr'elle & les tendons dont elle prefle l’infertion, 
on la trouve beaucoup mieux marquée & plus fenfible dans 
la partie fupérieure de cette bride aponévrotique & fur la 
face antérieure du tendon du grand pecloral; elle eft irré- 
gulièrement ovale & fort abreuvée de fynovie. Je remar- 
querai à cette occafion, que cette bande aponévrotique eft 
aflez large en haut, vers le bas de la petite tubérofité de 
la tête humérale d’où elle prend fa naïflacce, & qu’elle 
s’amincit à mefure qu'elle defcend jufqu’au-deflous du bord 
inférieur du tendon du grand rond où elle fe termine 
dans l'os humérus, en fe confondant avec Îles fibres du 
coraco-brachial dont elle eft très-difiicile à féparer, & dont 
elle femble être une production. 

En difféquant avec beaucoup d'attention Îes capfules que 
je viens de décrire, j'ai obfervé dans le tendon du grand 

rond une flruéture particulière dont les anatomiftes n’ont 
point parlé, & qui mérite d’être indiquée. Ce tendon, 
dans le lieu où il s’insère, au-deffous de celui du grand 
dorfal, n’eft pas placé tout-à-fait fur le même plan de ce 
dernier; & lorfqu'on les foulève tous les deux pour exa- 


‘ 


(p) Expof. anat, pages 188 & 189, feconde colonne. 
(4) Hift. mufculor, Wib. IF, page 343, ad finem, à 344. 
(r) Traité d’anat, rome I, page 274. 


Bresson E Wic/pis .427 


miner- leur continuité, on reconnoît que le tendon du 
grand rond eft plus épais que celui du grand dorfal, & 
occupe un plus grand efpace en largeur fur l'os humérus ; 
cette épaifleur eft même quelquefois indiquée fur cet os 
fec dans lequel le bord interne & poftérieur de fa gouttière 
bicipitale eft un peu plus épais & plus raboteux en bas 
qu'à fa partie fupérieure. Pour connoître la manière dont 
fe fait cette infertion, j'ai fendu le tendon en deux dans le 
fens de fes faces, & j'ai trouvé dans fon intérieur une 
cavité irrégulière, comme triangulaire, garnie d’une mem- 
brane molle, femblable à celle des capfules muqueufes, & 
humectée comme elle, d’une humeur fynoviale. Cette cavité 
a environ quatre ou cinq lignes de largeur fur l'os, & de 
hauteur dans Îa fubftance même du tendon où elle eft 
creufée ; je l'ai rencontrée conftamment dans plus de vingt 
fujets où je lai cherchée pour m'aflurer de fon exiftence ; 
mais elle n’a pas dans tous la même étendue ni Ja même 
forme ; quelquefois j'en ai trouvé deux ou trois féparées 
par des cloifons dans la longueur du tendon: on la trouve 
toujours en enlevant avec le fcalpel les couches de fibres 
tendineufes du côté de la gouttière bicipitale, & l'on par- 
vient bientôt par ces fections faites très-doucement, à 
la cavité intérieure dont on veut connoître la forme & 
l'étendue. En examinant un affez grand nombre de fois le 
tendon du grand rond difléqué comme je viens de le dire, 
on reconnoît qu'à environ un demi-pouce de fon infertion, 
ce tendon fe partage en deux portions; l’une poftérieure 
& intérieure, plus épaifle & plus étroite, s’insère par des 
fibres plus courtes & plus fortes, à la partie fupérieure & 
poftérieure du bord de fa gouttière bicipitale; & autre, 
placée en devant & en dehors, plus large & plus mince, 
s'écarte de la première, & s'insère au-devant d'elle & à 
quelque diftance, après un léger contour, fur l'os humérus; 
cette portion antérieure envoie les fibres qui tapiflent 1a 
gouttière bicipitale, & qui vont fe réunir à celles du grand 
peétoral ; c'eft l’écartement de ces deux couches ou pors 


SFR Hhh ji 


428 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
tions, qui conftitue la cavité du tendon du grand rond; 
que j'ai cru devoir décrire avec foin , parce que je l'ai 
toujours rencontrée, & même dans des enfans de quelques 
mois, & dans des fœtus. Voilà donc une cinquième capiule 
muqueufe appartenant au grand rond, mais d’une efpèce 
entièrement différente de toutes celles que j'ai indiquées 
& qui me reftent à faire connoitre, puifqu'elle eft placée 
dans l’intérieur d’un tendon, dans une cavité particulière 
formée par l’écartement des fibres qui le compofent. A/binus 
avoit décrit, en 1734, les deux couches du tendon du 
grand rond, mais il n'avoit point parlé de Jeur féparation 
& de la cavité qu'elles laiflent entr'elles //). Aucun ana- 
tomifte, d’après lui, n’a fait mention de cette ftruéture. 
7. Le tendon de Ja longue portion du biceps eft enve- 
loppé dans une capfule muqueufe vaginale le long de Ia 
gouttière fur laquelle il glifle, & jufqu'à fon entrée dans 
l'articulation. Winflow a parlé de cette capfule qu'il a appelée 
gaine membraneufe, & qu'il dit être une produétion du 
ligament capfulaire (4); Albinus n’en a point fait mention, 
Jancke paroît l'avoir indiquée, mais d’une manière fort 
obfcure /u). M. Sabatier Va décrite & l'a regardée, d’après 
Winflow, comme une gaine fournie par le figament orbi- 
culaire de l’humérus /x). Cette caplule a une exiftence 
bien conftante & des ufages très-importans ; elle commence 
fort bas fur l’humérus , mais elle n’eft très - manifefte 
que vers le principe inférieur de fa gouttière bicipitale ; 
elle eft formée par une membrane tranfparente affez forte , 
qui eft roulée fur le tendon, & qui s'attache intimement 
à la fubftance cartilagineufe aponévrotique, dont le fond de 


(S) Hiff-mufculor. Leydæ,1734, | rens fe juxta pofteriorem partem, « 
in-4.° lib. UT, pag 429. < Se autem | partis fuperioris eminentiæ ejuf- « 
> (tendo teretis maj.) adpoftremum | dem ». 


»in duas quafi dividit portiones, (t) Expof. anatom. n-4,° page 
> quarum prior præcipua, maxtmèque | 192 ; première colonne. 
» tendinea, fe feque inferit eminentiæ (u) Loc. citat. pag. 11, litt.i). 


>» fupra diélæ; poterior anguffa, (x) Traité d’anat, rome I, page 
>» fed craffior, èT ferè carnea, infe- | 288, i 


B'iris SCA E Nic $ 42$ 
la gouttière eft enduit. Cette capfule eft fortifiée en devant 
par d’autres productions membraneufes que lui envoient 
les capfules muqueufes voifines du grand pe“oral, du 
grand dorfal & du grand rond; aufli empêche-t-elle qu'on 
ne voie tout le brillant du tendon jufqu’à fon entrée dans 
la capfule articulaire de l'os humérus. Si l'on fend cette 
capfule muqueufe & vaginale du biceps, on trouve fa 
cavité lifle & polie, enduite d’une quantité notable de 
{ynovie. En pourfuivant cette fection jufqu'à la tête de 
lhumérus, on obferve que la cap{ule muqueufe abandonne 
le tendon un peu avant qu'il s'engage entre Îles deux tubé- 
rofités, ou plutôt que dans le lieu où ce tendon pañle dans 
l'articulation, les fibres de la capfule articulaire font écartées, 
amincies & alongées, pour donner naiflance à la capfule 
muqueufe qui defcend avec le tendon prefque jufqu’au lieu 
où il s'implante dans la chair; de forte que le ligament 
orbiculaire ou capfulaire de l’humérus ne fouffre point d’in- 
terruption dans fes fibres, comme Fa très- bien remarqué 
M. Sabatier (y ). 

Le tendon du biceps plonge entièrement dans l'articu- 
lation, depuis fon paflage entre les deux tubérofités jufqu’à 
fon attache au bord fupérieur de la cavité glénoïdale de 
Tomoplate ; il y eft humeété par une grande quantité de 
fynovie qui coule très-facilement dans fa capfule muqueule, 

ui eft communiquée dans la cavité du ligament orbiculaire 
dont elle n’eft qu'une prolongation. On obferve que, quoique 
cette communication foit bien démontrée par linfpeétion 
& par l'infufHation, elle n’eft pas aufli confidérable qu’on 
pourroit l'imaginer, parce que la capfule eft bridée & tendue 
fur le tendon au-deffus des tubérofités , de forte qu'elle ne 
laifle que très-peu d’efpace libre. De cette manière, l'humeur 
fynoviale ne coule point abondamment dans la capfule mu- 
queufe & humérale du biceps, mais elle y filtre peu-à-peu 
& fufhfamment pour entretenir la foupietie du tendon, & 


(7) Traité d'anatomie, £ome 1, page 169. 


430 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


rendre fes mouvemens de gliffage fur la furface offeufe, plus 
doux & plus faciles. 

Entre les deux tubérofités de l’humérus, le tendon du 
biceps eft bridé & retenu folidement dans le haut de fa 
gouttière, par un ligament annullaire & tranfverfal, long 
de plus d’un demi-pouce , tendu entre les deux éminences 
où il s'attache, & fous lequel le tendon peut fe mouvoir 
très-facilement. Tarin a fait mention de ce ligament, fous 
le nom de bride ligamenteufe, d’après Weitbecht; mais il ne 
l'a point décrit convenablement /7). Albinus a aufli connu 
& indiqué dans fa defcription du biceps du bras, quoiqu'il 
n'ait rien dit de la capfule qui renferme le tendon de ce 
mufcle /a). La face externe de ce ligament adhère à la 
capfule qu'il termine antérieurement; fa face interne eft 
life & polie, & c’eft de fon bord inférieur que prend naif- 
fance la capfule muqueufe humérale du biceps. J'ai vu plu- 
fieurs fois naître, de la face interne de ce ligament annulaire, 
des prolongemens membraneux très-fns, qui remontent 
avec le tendon fur la tête de l’humérus, & dont quelques 
fibres femblent l'aflujettir fur cet os ; entre les deux tubéro- 
fités, même un peu au-deflus, dans l'endroit où le tendon 
s’écarte de l'humérus, on retrouve encore plufieurs de ces : 
fibres liées au tendon. Winflow les a regardées comme une 
feconde gaine / 4). 

8. À ces capfules muqueufes conftantes au-deflous de 
l'articulation de l'humérus, il faut en ajouter quelques autres 
plus petites, fujettes à beaucoup de variétés, qui fouvent 
n'ont point une exiftence bien diftinéte, & doivent être 
confondues avec le tiflu cellulaire. Je ne puis qu'indiquer 
le fiége de celles-ci, à caufe des variations multipliées qu’elles 
préfentent. On trouve des capfules de cette efpèce entre les 
tendons du deltoïde & des mufcles voifims, entre ceux 


(r) Démographie. Paris, 1752, page 15. 
(a) Hift. mufculor. Kb. I], page 432. 
(b) Expo. anat. des mufcles, page 193; feconde colonne, 


DE NS ST CNE NICE 8 431 
du grand dorfal, du grand peétoral & des vaiffeaux du bras, 
vers les extrémités fupérieures du triceps brachial, &c. 
Très-fouvent, la plupart de ces capfules manquent , ou 
on n'en trouve qu'une ou deux. 


A IN URRC RUES UE UC, ON ED 
Des Capfules muqueufes des tendons placés dans le 


voifinage de l'articulation du coude. 


L'ARTICULATION des deux os de l’avant-bras avec 
Vhumérus eft une de celles qui préfentent le moins de 
capfules muqueufes,en raifon de la petite quantité de tendons 

ui s’insèrent dans fon voifinage. Les extrémités inférieures 
de l’humérus, & fupérieures du radius & du cubitus, offrent 
un grand nombre de fibres charnues terminées aux furfaccs 
offeufes par des efpèces de pointes aponévrotiques placées 
les unes à côté des autres, & foit au devant foit en arrière 
de l'articulation; on ne voit de véritables tendons que ceux 
du brachial interne, du biceps & du triceps brachial; ce 
n’eft auffi que dans ces trois infertions que l’on rencontre 
des capfules muqueufes. 


I. La première de ces capfules eft celle qui eft fituée 
entre les tendons du biceps & du brachial interne ; les 
anatomiftes favent qu'après avoir paflé fur le devant de 
la capfule articulaire, ces deux tendons s’aplatiffent, fe 
trouvent placés perpendiculairement & de champ, & que 
l'un fe contourne en dehors pour s'attacher à la tubérofité 
du radius, l’autre en dedans pour s’inférer au tubercule 
fitué au-devant de l’apophyfe coronoïde du cubitus. Dans 
cet endroit, ces tendons fe regardent & fe touchent par 
leurs faces pareilles, entre lefquelles on trouve une petite 
capfule muqueufe intimement adhérente à l’une & à l’autre; 
elle eft arrondie, ne renferme point les tendons, mais fes 
deux parois adhèrent à leurs faces latérales; fa cavité ré- 
trécie contient un peu de fynovie, Elle offre beaucoup de 


432 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


variétés dans les différens fujets ; je l'ai trouvée quelquefois 
aflez grande, & Îe plus fouvent au contraire elle eft fi 
affaiflée & fi petite qu'on la détruit très- facilement en 
voulant féparer les deux tendons par le fcalpel, & qu'il 
en refte fi peu de traces qu'on eft tenté de croire qu'il 
n'y en avoit point; tantôt eile eft profonde & placée fur 
les ligamens communs au radius & au cubitus, tantôt on 
la rencontre plus fuperficiellement. Winflow, Albinus .& 
M. Sabatier n'en ont point fait mention. Jancke V'a indi- 
quée fuccinétement fans aucune defcription {c). 


Cette capfule facilite le développemeni de ces tendons 
l'un fur l’autre, qui a lieu fur-tout dans celui du biceps, 
lorfqu'il opère la rotation du radius de dedans en dehors 
dans la fupination; elle fait fur-tout que l’un de fes teñ- 
dons peut fe mouvoir fans que l’autre foit entraîné dans 
ce mouvement, ce qui auroit certainement eu lieu fi ces 
tendons avoient été immédiatemens adhérens l’un à l'autre, 
& s'ils n'avoient pas été féparés par ce petit fac mem- 
braneux dont les deux parois gliflent très-aifément lune 
fur l’autre & dans tous les fens. Comme cette capfuie a 
un ufage important, & qu'elle eft conftante, je crois pou- 
voir la nommer capfule muqueufe , cubito-radiale, parce qu'elle 
eft fituée entre ces deux os. 


IL. IT y a peu de mufcles qui préfentent une ftruéture fr 
intéreflante & fi belle dans leurs infertions, que le tendon 
radial du biceps. Winflow n'a pas fait mention de cette 
ftructure, il a feulement remarqué que ce tendon s’insère 
au bord poftérieur de la tubérolité du radius /4). Albinus a 
décrit avec beaucoup plus d’exaétitude la manière dont fe 
fait cette infertion; il a parlé de la portion du tubercule du 
radius, fur laquelle gliffe le tendon lorfqu'il exécute Îa 


(c) Loc. citat. pag, 11, Jitt. b). « Znter tendines bicipitis, brachialis, 
> mufculum fupinatorem brevem, &7 ligamenta quæ ulnæ atque radie 
2 cominunia funt », 


{d) Expof. anat, in-4.° page 193, feconde colonne. $ - 
rotation 


D'ES S CE NES. 433 


rotation de cet os en dehors, & de la capfule qui lie le 
biceps à ce tubercule /e) & au court fupinateur. H eft 
étonnant que Jancke n'ait pas plus infifté dans fa difler- 
tation fur cette capfule très-importante à connoître, que 
fur toutes les autres qu'il n’a fait qu'indiquer /f). M. Sabaier 
a fait connoître la facette cartilagineufe qui eft au-devant 
de la tubérofité du radius, & la capfule membraneufe qui 
accompagne l'attache de ce tendon. 

Le tendon du biceps, après avoir donné naïffance de 
fon bord interne à l'aponévrofe qui fe répand fur l'avant- 
bras, s'enfonce entre le brachial interne auquel il eft joint 
par la capfule cubito-radiale décrite ci-deflus, & fe plonge 
enfuite plus profondément fous le bord interne du court 
fupinateur ; il fe contourne en cet endroit, en partie fur 
le bord de ce dernier mufcle, & en partie fur une facette 
cartilagineufe qui occupe la partie externe & antérieure de 
la tubérofité du radius. Le bord interne du court fupina- 
teur eft échancré vis-à-vis ce tendon, & fes fibres entourent 
le bord antérieur de la facette cartilagineufe du radius; 
c’eft dans cette échancrure même, entre la face externe 
du tendon du biceps & le bord interne du court fupinateur, 
qu'eft logée la capfule muqueufe qui renferme ce tendon. 
Pour bien connoître la forme, l'étendue & la fituation de 
cette capfule, il faut la difféquer du côté du court fupi- 
nateur, en tirant un peu le tendon du biceps vers le condyle 
interne de l'humérus. En écartant le bord du court fupi- 
nateur, on foulève une bourfe environnée de graiffe à fa 
face externe, qui tient d’un côté à ce mufcle, tandis que 
de l’autre elle va s'attacher au tendon du biceps : elle 
préfente, dans cet état, une forme irrégulièrement arrondie; 
il faut la couper dans fon milieu pour apercévoir fa cavité. 


Cette feétion offre une efpèce de foffe affez profonde, dans 


(é) Hiff. mufculor. Wib. 111, pag. 434. 


(f) Loc. citat. pag. 11, a). « Înter tendinem bicipitis, mufculura 
brachialem 7 tuberculum radii anterius », 


Mém. 1785. Jii 


434 MÉMorres DE L'ACADÉMIE ROYALE 


laquelle on obferve une ftruéture dont l’extérieur ne don: 
noit nulle idée; on voit au dehors, en entamant toujours 
le tendon du biceps élevé du côté du cubitus, une facette 
cartilagineufe, liffe, fans être brillante, terminée en dehors 
par un bord faïllant & femi-lunaire, contournée légèrement 
en poulie du côté interne, & bordée de ce côté par l’infer- 
tion droite du tendon qui vient à angle droit couper en 
baut & en bas les extrémités du bord femi-lunaire externe. 
On peut enlever quelques couches de cartilage de cette 
facette; le côté interne préfente la face liffe & polie du 
tendon, d'où l'on aperçoit le contour inférieur ; car ce 
tendon confidéré en place & fans avoir ouvert fa capfule 
muqueufe, préfente deux fégers contours, l’un en dehors 
fur le bord interne du court fupinateur auquel il adhère; 
Pautre plus profond & en dedans fur la facette du tubercule 
radial, entre le premier & le lieu de fon infertion. La 
cavité intérieure de la capfule muqueufe radio -bicipitale, 
eft large ; quand elle eft ouverte, on obferve qu’elle adhère 
en dehors au bord interne du court fupinateur, en dedans 
aux bords fupérieur & inférieur du tendon du biceps; fa 
paroi externe eft foible & fimplement collée aux fibres 
charnues du court fupinateur ; fa paroi interne eft plus 
forte & tient folidement aux fibres tendineufes du biceps. 
Vers les deux bords de la face interne du tendon de ce 
dernier mufcle, on trouve au-dedans de fa capfule mu- 
queufe deux enfoncemens ou foffettes, dans l’un defquels, 
& fur-tout le fupérieur, on rencontre prefque toujours un 
paquet de grains glanduleux rougeatres , aflez durs, adhé- 
rens à la membrane capfulaire & à fa face tendineufe , & 
qui ont tous les caraétères des glandes fynoviales des arti- 
culations. Æaller eft le feul anatomifte qui ait annoncé 
l'exiflence de ces glandes à Finfertion du biceps (2). 

La cavité de cette capfule muqueufe eft lubrifiée par 
une quantité remarquable de fynovie, j'en ai trouvé prefque 


(8) ÆElem. phyfiolog. tom, IV, in-4,° Laufanne, 1766 , page 428: 


H ES  S.CULELN CE 5, 435 
toujours affez pour en ramafler {ur un cure-dent, & pour 
en examiner la confiflance & les qualités apparentes. 

Le lieu, la forme & l'étendue de {a capfule radio-bici- 
pitae ne peuvent laifler aucun doute fur fon ufage; elle 
adoucit le frottement qui a lieu entre le tendon du biceps 
& la facette cartilagineufe du tubercule du radius, & faci- 
lite par-là le mouvement de rotation en dehors, imprimé 
à cet os par da contraction du biceps qui eft un des prin- 
cipaux fupinateurs, comme Winflow Va démontré le pre- 
mier en 1720 (4). C'eft fans doute à [a préfence de la 
fynovie contenue dans cette capfule, que font düs le poli 
& le brillant de la face du tendon du biceps qui y ef 
plongée. 

HT. Jancke indique une capfule articulaire entre lolé- 
crâne & le tendon du triceps brachial, dans lequel il dit 
qu'il y a une affez grande partie de ce tendon enfermée /c), 
Winflow, Albinus & M. Sabatier n’en font aucune mention, 
quoique ces anatomiftes ayent décrit avec beaucoup de foin 
l'infertion du triceps brachial. Je J'ai cherché aufli en vain 
dans un grand nombre de fujets, & j'ai toujours trouvé 
que le tendon adhère immédiatement à {a furface offeufe, 
fi ce n’eft vers la pointe de l'olécrâne, où fon adhérence 
eft lâche, & fe fait par le moyen d’un peu de tiflu cellu- 
laire affez ferré; mais des deux côtés de la pointe de cete 
apophyfe, fur la capfule articulaire, j'ai prefque toujours 
rencontré deux petites capfules muqueufes intimement 
unies , d’une part au bord de la face interne du tendon, 
& d’une autre à la capfule äîticulaire: ces deux caplules 
font fouvent d’une inégale grandeur , elles font humectées 
de fynovie, leur cavité eft plus profonde que large, & 
leur furface interne eft très-lifle & très-polie; on pourroit 
leur donner le nom de capfules muqueufes cubitales, à caufe 
de leur fituation, elles facilitent Ie mouvement du tendon 
du triceps fur les bords de f’olécrâne & elles diminuent fes 


(h) Mémoires de l'Académie royale des Sciences, année 1720, in-4° 
pages 91 & 92. 
Jii ij 


436 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


frottemens. On verra que la ftruéture de ces deux capfules 
eft parfaitement analogue à celles que l'on trouve à l’extré- 
mité des tendons réunis du droit antérieur, du crural & 
des deux vaftes, entre la face interne de ces tendons & les 
deux parties fupérieures & latérales de la rotule, qui dans 
lextrémité inférieure répond à olécrâne de l'extrémité 
fupérieure. Je ferai voir que Jancke s’eft également trompé 
fur cette dernière capfule, qu’il annonce fimple & unique 
comme celle de lolécrâne, quoiqu'il y en ait véritablement 
une de chaque côté. 

[V. H n'y a que ces quatre capfules conftantes aux 
environs de articulation du coude. On en trouve quel- 
quefois de plus petites entre la partie profonde du tendon 
du brachial interne & les ligamens qui uniffent la partie 
fupérieure du cubitus avec le radius, entre la tête de ce 
dernier os & le tendon du cubital externe, & en général 
dans le voifimage de l’infertion fupérieure des mufcles de 
lavant-bras, & l’attache de ceux du bras, à la partie anté- 
rieure de l'articulation du coude. Ces petites capfules que 
l'on rencontre quelquefois au nombre de trois ou quatre, 
font fujettes à un grand nombre de variétés, & elles ne 
méritent pas de defcription particulière. 


mi Et Su AS IC LE Nec E:s. 437 


ME MOTITRE 
Sur les Claffes les plus convenables à établir parmi 
les Végétaux, € fur l'analogie de leur nombre 
avec celles déterminées dans le règne animal, 
ayant égard de part € d'autre à la perfedlion 


graduée des organes. 


Par M. le Chevalier DE LA MARCK. 


’1L étoit pofhble à l’homme d'embraffer à la fois, par 

l'imagination, tous les êtres naturels obfervés ou connus, 
& de defcendre enfuite de l'enfemble de ces êtres jufqu'à 
la confidération particulière de chaque individu qui le com- 
pofent, fans autre fecours que l'imagination même & la 
mémoire, alors tous les foins que les Naturaliftes fe font 
donnés pour établir un ordre quelconque parmi les pro- 
duétions connues de la nature, pour former, foit des mé- 
thodes, foit des fyflèmes, en un mot des divifions générales, 
telles que des claffes, des ordres, des familles, des genres, &c. 
tous ces foins, dis-je, pourroient être regardés comme 
entièrement inutiles. Mais il n’en eft pas ainfi; la foibleffe 
de notre efprit eft telle, qu’il fe trouve en quelque forte 
accablé fous cette multitude prodigieufe d'êtres & d’indi- 
vidus de toute efpèce, qui lui font offerts de toutes parts ; 
il Jui faut néceffairement des points de repos, pour qu'il 
puille faifir les diverfes parties du tableau qu'il entreprend 
de confidérer, & pour l'aider enfuite à le connoître lui-même 
dans tous fes détails, 

Ainfi, un ordre quelconque eft un fecours dont on ne 
peut fe pafler dans l'étude des produétions de Ia nature ; 
& quoique cet ordre foit toujours vraiment artificiel, je 
crois que, pour le former convenablement, l’on ne doit 


28 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
3 


jamais perdre de vue {a confidération des rapports naturels 
des êtres qui en font le fujet; car tout ordre qui n'eft point 
foumis à cette confidération, ne peut offrir que des affem- 
blages difparates & peu propres à contribuer aux progrès de 
l'hiftoire naturelle. 


Sous ce point de vue, je me fuis occupé de la compoñition 
d'une diftribution générale des végétaux, & de la déter- 
mination des premières coupes ou des principales lignes de 
féparation qu'il eft poflible d'établir parmi ces êtres, en 
adoptant ceux des caractères généraux qui font les plus 
favorables à la confervation des rapports naturels. Or le 
réfultat de mes recherches m’ayant appris que, felon mes 
vues, les feules clafles bien diftinétes qu'on peut établir 
parmi les végétaux, fe trouvoient en nombre tout-à-fait 
analogue à celui des claffes reconnues dans le Régne animal, 
eu égard, de part & d'autre, à fa perfe&tion graduée des 
organes dans la difpofition de ces clalfes ; j'ai cru qu'il feroit 
utile de préfenter à la fin de ce Mémoire, le tableau com- 
paratif de ces mêmes clafles, afin de rendre plus fenfible 
l'analogie intéreffante dont il eft queftion. 


De la claffification des Végétaux. 


ON fait que dans toute diftribution des êtres naturels ; 
foit méthodique, foit fyftématique, il eft indifpenfable de 
partager la férie que préfente cette diftribution en plufieurs 
fortes de divifions déterminées par des caraétères bien cir- 
confcrits, afin de faciliter la connoïffance des êtres que 
cette férie comprend. Aufli a-t-on publié, depuis long- 
temps, diverfes diftributions de végétaux que l'on a foumifes 
à plufieurs fortes de divifions, telles que des clafles, des 
ordres ou fections, des familles & des genres; & felon la 
nature du principe dont on s’eft fervi, ces diftributions ont 
été nommées méthodes ou fyffèmes de botanique. 


Je crois qu’on peut reprocher aux auteurs de ces ouvrages, 
tantôt de n'avoir pas eu aflez d’égards à la confervation des 


N 


DYEUS., SC DE N,C.E.s 439 


rapports dans les afflemblages qu’ils ont formés, & tantôt 
d'avoir trop multiplié leurs clafles ou premières divifions. 
Les caractères qui peuvent fervir à la formation des clafles, 
doivent porter fur des confidérations fimples, fort générales, 
& fufceptibles de fournir les coupes les plus grandes, les 
mieux détachées, & les plus naturelles poffibles. 
Tournefort, comme on fait, tira fes caractères clafiques 
de la confidération de Ia corolle en général; mais malheu- 
reufement il multiplia trop les coupes dans cette première 
forte de divifion, & de-là, les limites de fes clafies n’ob- 
tinrent qu'un degré de précifion fort borné. On en voit 
une preuve dans fa diftinétion des corolles monopétales 
campaniformes, d'avec les corolles monopétales infundi- 
buliformes, qui divife le genre très-naturel des gentianes, 
& en relègue les portions dans des clafles différentes, &c. 
Linné enfuite, tira fes caractères claffiques de la confi- 
dération des étamines, & l’on fait qu'il employa celle de 
leur préfence ou de leur occultation, celle de leur propor- 
tion & de leur fituation; celle de leur réunion avec les 
piftils dans la même fleur, ou de leur féparation des piflils, 
&c. &c. Mais quoiqu'il eût l'avantage d'employer une partie 
qui a plus d’univerfalité que Îa corolle, la trop grande 
diverfité de ces confidérations fur cette partie, & fur-tout 
l'attention trop marquée qu'il donna au nombre même des 
étamines, produifit des coupes nombreufes & très - peu 
naturelles; des coupes qui, la plupart n’ofirent que des 
afflemblages difformes, divifent les familles les plus univer- 
fellement avouées, & contrarient les rapports les moins 
équivoques. D'ailleurs comme plufieurs des caractères claf 
fiques admis par ce célèbre botanifte font exrémement fujets 
à varier, fon fyflème tout ingénieux qu'il eft, nous paroît 
d'une bien médiocre valeur, & nous penfons qu’il ne doit 
toute la célébrité qu'il a acquife, qu'à l'avantage qu'il a 
d'être le feul auquel on ait fait une application générale de 
ioutesles plantes connues, depuis que l'on a porté la précifion 
dans l’expofition des caractères eflentiels des plantes. 


\ 


440 MÉMoIïREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


On eft fondé, je crois, à reprocher à ce célèbre botanifte 
d'avoir, par fon fyftème, contribué à détourner l'attention 
d'un grand nombre de botaniftes modernes, de {a recherche 
des rapports naturels des plantes; de les avoir habitués à 
fupporter, à admettre, & même à former des affemblages 
d'objets très-difparates; & de les avoir par-là comme fave- 
rifés ou portés à commettre des fautes eflentielles relati- 
vement à fa confidération des rapports. C'eft ainfi, par 
exemple, que M. Jacquin, dans fon hiftoire des plantes 
d'Amérique {page 68) rapporte au genre du chiococc®, 
qui eft de la famille des rubiacées, une plante dont les 
fleurs ont l'ovaire fupérieur, & qu'il nomme malgré cela 
chiococca noëlurua. M convient qu'on pourroit diftinguer 
cette plante comme d'un genre particulier, maïs il ne fait 
pas attention que bien loin de pouvoir la rapporter au 
genre du chiococca, elle n’eft pas même de la famille de 
ce genre, c'eftà-dire que dans l'ordre des rapports, le 
genre particulier qu'il en formeroit ne pourroit pas même 
être placé près du chiococca. En effet, cette plante eft un 
ceffrum, & par conféquent une plante de la famille des 
jafmins, famille très-diftincte de celle des rubiacées. M. 
Thunberg a fait une erreur de cette nature, dans fa Flore du 
Japon qui vient de paroître, en donnant le nom de /ycium 
Japonicum (page 9 3) à une plante de fa famille des rubiacées, 
qui, conféquemment ne peut être, ni un /ycium, ni de tout 
autre genre de Îa famille à laquelle celui du /ycium appartient. 
Ces deux exemples fufhfent pour faire fentir combien ïl 
eft important, en botanique, de s'attacher à connoiître les 
rapports naturels des plantes, fr l’on veut éviter de former 
des affemblages comme ceux que je viens de citer; & 
combien le fyftème de Linné peut contribuer par fes prin- 
cipes à faire tomber dans de femblables méprifes, en habi- 
tuant ceux qui s’en fervent, à féparer les êtres les plus 
reffemblans. 

Avant de pañler à {a diftribution méthodique que je 
propofe, & à l'expofition des claffes que je crois à propos 

d'établir 


nr 


DES SCIrIFNCESs. 441| 
lé LA 


établir pour divifer Ia férie générale des végétaux, je 
dois dire un mot de la difpofition peu convenable, felon 
moi, de l'enfemble dans les ordres naturels, ou dans les 
familles qui ont été publiés jufqu'à préfent. Il me femble 
en effet, que l'on n'a point fait encore aflez d'attention à 
a néceflité qu'il y a de préfenter aux deux bouts de l'ordre 
que l’on établit, des extrêmes relativement à la différence 
d'organifation, ou à la diverfité dans le nombre & la valeur 
des organes des êtres que l’on doit placer. Car, enfin , 
quoiqu'un byfus & un poirier foient deux êtres du même 
règne, & tous deux de véritables végétaux, la différence 
de leur organifation eft fi confidérable, qu'elle indique 
que dans Îa férie des êtres de cette nature, ces deux 
plantes doivent être proportionnellement éloignées l’une 
de l’autre. Or cette confidération nous fait fentir que dans 
la formation d’une férie générale la plus naturelle poffble, 
les deux extrémités de cette férie doivent offrir nécef- 
fairement les êtres les plus difiemblables. 

Rien fans doute ne feroit plus intéreffant & ne fauroit 
être plus utile pour la botanique, que la poffbilité de 
trouver à volonté le lieu que doit occuper à-peu-près dans 
la férie générale des végétaux , telle plante que l’on jugeroit 
à propos de confidérer , & par conféquent que l'établifflement 
d’un ordre dans lequel en s’occupant des rapports naturels 
des plantes, on auroit en même-temps égard pour le déter- 
miner, à la gradation, foit dans le nombre, foit dans {a 
perfection des organes eflentiels des êtres qui en feroient 


Tobijet. 


On ne peut en effet donner une jufle idée d’un être 
naturel quelconque, qu'en montrant d’une part, tous fes 
rapports avec ceux qui lui refiemblent le plus à tous égards, 
& de l'autre, fa fituation la plus convenable dans a férie 


graduée des êtres du même règne, afin que l'on puifle , 


comme d’une feule idée, le comparer aux autres êtres de 
cette férie, & juger de ce qu'il eft lui-même au moins à 
leur égard, 


Mém, 1785: KkK 


d 


442 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Dans les ouvrages publiés jufqu’à ce jour, dans la vue 
de faire connoître les rapports des plantes, on trouve au 
commencement de la férie qu'ils offrent, des plantes dont 
les parties de {a fructification font ou indiftinétes ou cenfées 
incomplètes fous certaines confidérations ; & à la fin de 
la même férie, on y en rencontre qui font encore à peu- 
près dans le même cas, relativement aux mêmes égards. 
IL y a cependant apparence que fi l’on avoit fuivi une gra- 
dat'on fondée fur la confidération du nombre & de Îa per- 
fection ou du complément des organes, on auroit vu aux 
deux extrémités de la férie totale, les plantes les plus dif- 
femblables dans ce qu'on peut appeler da perfection des 
organes. 


Nous n'ignorons pas néanmoins que nous fommes encore 
fort éloignés de connoître dans fon entier, le véritable ordre 
de gradation dont nous venons de parler; mais notre dif- 
tribution préfente dans fon enfemble, une efquiffe de l'ordre 
dont il sagit; & fi, dans chacune des clafles que nous 
allons expofer, Fordre des familles qu’elles comprennent 

aroit encore trop fouvent arbitraire , la difpofition géné- 
rale de l’ordre lui-même nous femble au moins à l'abri 
de ce reproche. 


Enfin, le réfultat de toutes nos recherches pour établir dans 
la férie des végétaux les divifions générales les plus naturelles, 
les plus fimples & les plus faciles à connoître, nous a déter- 
miné à nous arrêter aux fix coupes mentionnées ci-deffous. 
Ces coupes conftituent les fix claffes auxquelles nous rap- 
portons , dans notre Didionnaire de Botanique , tous les 
genres de plantes dont nous traitons, & qui y font rangés fous 
quatre-vingt-quatorze familles, la plupart à peu-près Îes 
mêmes que celles que M. de Juffieu a établies au Jardin du 
Roi. Ces mêmes clafles forment les points de repos les plus 
commodes & les plus faciles à faïfir dans la contemplation 
de l’immenfe quantité de végétaux qui exiftent ; elles rap- 
pellent les principaux points de vüe de a méthode de 


paris) Sc DE N;C.E « 443 


Tournefort, fans avoir les inconvéniens de 1a multiplicité 
de fes divifions. 


PIROEIM IE RE CNE AUSISUE 


Les Polypéralées. 


CerTrTe claffe renferme les plantes dont les fleurs natu- 
rellement hermaphrodites, ont une corolle polypétale. 


Elle offre une coupe très-confidérable, qui paroït indiquée 
par la nature même, dont le caractère et facile à faifir & 
ne Varie point, & qui comprend les végétaux les plus 
parfaits , relativement au nombre & au complément des 
organes. En effet, c’eft à cette clafle que fe rapportent les 
plantes dont la fruétification a le plus de parties, la plupart 
d'entr'elles ayant, outre un calice & une corolle de plufieurs 
pièces, un très-grand nombre d’étamines, & fouvent des 
ovaires nombreux. On pourroit regarder cette claffe comme 
le maximum de l'organifation végétale, & confidérer notre 
fixième & dernière claffe comme n’en étant que le minimum. 
Ce qu'il y a de remarquable, c’eft que c’eft prefque uni- 
quement dans cette même clafle que fe trouvent toutes les 
plantes fufceptibles d'une irritabilité notable, telles que les 
mimofa pudica , viva, fenfitiva, &c. Vhedyfarum gyrans ,Voxalis 
Jeufitiva, le dionæa mufcipula, &c. comme fi le principe de 
Îa vie fe rendoit plus manifefte dans ces végétaux, & les 
rapprochoit en quelque forte des autres êtres organiques 
en qui l'irritabilité fe trouve jointe à une qualité plus par- 
faite qu'on nomme fenfibiliré. 

Je divife cette clafle en trois feétions conformes aux prin- 
cipes établis par M. de Juflieu: favoir, 1.° en #halamiflores, qui 
réuniflent les plantes dont les étamines font attachées au 
réceptacle du piftil; 2.° en ca/iciflores, qui comprennent 
celles dont les étamines tiennent au calice; 3.° en frui- 
flores, où fe rapportent celles qui ont les étamines attachées 
fur le piftil, | a: 30 
Kkkij 


444 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
SEC O0 N'DVE ROMEATSNS "EE 


Les Monopéralées. 


JE comprends dans cette clafle tous les végétaux dont 
les fleurs, naturellement hermaphrodites & complètes, ont 
une corolle monopétale. 

Cette coupe, tout aufli naturelle & auffr facile à recon- 
noître que la précédente , eft un peu moins grande qu'elle, 
quoiqu'elle foit fort confidérable. 

Ce qui femble enfuite indiquer moins de perfection dans 
les organes eflentiels des plantes de cette divifion, c’eft 
qu'il eft ici très-rare de trouver des étamines & des ovaires 
en nombre indéfini dans la même fleur , comme on l’obferve 
dans un grand nombre de plantes de la divifion des poly- 
pétalées. C’eft un phénomène de trouver une fleur mono- 
pétale qui ait plus de dix étamines, & même les trois 
quarts des plantes de cette clafle n’en ont pas plus de cinq. 
Prefque toujours ici les étamines tiennent à la corolle, au 
lieu que dans la clafle ci-deflus, il eft fort rare d’obferver 
ce caractère. C’eft pourquoi dans la clafle dont il s’agit, c’eft 
T'infertion de la corolle qui fert à déterminer les fections; M. 
de Juflieu la nomme infertion médiate. À cette confidération 
je joins celle de la préfence ou de l'abfence du péricarpe. 

Ainfi je partage les monopétalées en quatre fections; 
favoir, 1. en fruciflores , ou celles qui ont la corolle attachée 
fur le piftil; 2.° en caliciflores, ou celles dont la corolle 
tient au calice; 3.° en #halamiflores angiofpermes , où celles 
qui ont la corolle attachée au réceptacle du piftil, & les 
graines dans un péricarpe; 4. en thalamiflores gymno- 
Jfpermes, ou celles qui ont auffi la corolle attachée au récep- 
tacle du piftil, mais dont les graines font nues. 


TrRoOrsSsrTÈME CLASSE 4 
Les Compoftes. 
CETTE divilion très-remarquable des végétaux, eoms 


DES ScrEenNtTEs 745 
prend ceux dont les fleurs font ramaffées plufieurs enfemble 
dans un calice commun, & ont leur corolle portée fur le 
piftil qui fe change en une femence dépourvue de péricarpe, 

La diminution dans le nombre ou la perfection des 
organes eflentiels, eft ici bien plus marquée que dans la 
clafle précédente. Les fleurs y font prefque toutes dépourvues 
de calice propre; leur fruit eft une graine folitaire & 
entièrement nue; fouvent plufieurs d'entr’elles avortent 
ou font conftamment ftériles ; enfin, la nature femble avoir 
cherché à obvier au peu de perfection de ces parties eflen- 
tielles, en les multipliant & les ramaflant fur un réceptacle 
commun, & les environnant d’une enveloppe qui les garantit 
contre ce qui peut les endommager. Ces amas de petites 
fleurs font tels qu’on les prend vulgairement pour autant 
de fleurs particulières. 

Je partage cette clafle en trois fedions très-naturelles 
& bien détachées l’une de l'autre; favoir, 1.° eñ compofées 
diflincles , c’eft-à-dire'celles dont les fleurs ont les étamines 
entièrement libres; 2.° en Jingénéliques tubuleufes, où celles 
dont les étamines font réunies par les anthères, & qui ont 
des fleurons avec ou fans mélange de demi-fleurons à {a 
circonférence : 3 en Jyngénéliques ligulaires, où celles dont 
les étamines font réunies par les anthères, & qui n’ont 
conffamment que des demi-fleurons. | 


QUATRIÈME CLassst. 
Les Incompleres. 


Les fleurs des plantes de cette divifion ont conftamment 
& naturellement quelques parties de moins que les fleurs 
parfaites ; prefque toutes n’ont point de corolle, mais feu- 
lement un calice ou des écailles: on les nomme fleurs apétales, 
IL s’en trouve quelquefois qui font munies d’une véritable 
corolle, mais ces fleurs font aflujetties conftamment à des 
féparations de fexe, qui conflituent leur forte d’imperfec- 
tion, Les féparations fexuelles dont il s'agit, ne font point 


446 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYyALE 


des avortemens de parties, ou des hermaphrodites flériles ; 
comme dans les plantes de [a polygamie de Linné; maïs ces 
féparations font décifives par le défaut complet de l’un 
des fexes dans toutes les fleurs, comme dans {a plupart 
des plantes monoïques & dioïques du même botanifte. 

H eft remarquable que le plus grand nombre des plantes 
de cette clafle ne porte que de très-petites fleurs, qui font 
la plupart d’une couleur herbacée & fans éclat, & dont on 
a fouvent beaucoup de peine à examiner les parties- 

Je divife cette claffe en quatre feétions, relativement à 
la confidération, foit de l’infertion des étamines, foit de 
leur féparation des piflils; favoir, en #halamiflores ou à éta- 
mines attachées au réceptacle du piftil; en caliciflores, ou 
à étamines attachées au calice; en diclynes, où à étamines 
féparées du piftil dans des fleurs diflérentes; en gyrandres, 
ou à étamines attachées fur le piftil même. | 


CINQUIÉÈME Causse 
Les Unilobées. 


Je comprends dans cette clafle toutes les plantes dont 
embryon de la fémence n’a quun feul Iobe ou cotyledon. 

Cette clafle qui eft très-naturelle, & qu’on ne fera jamais 
tenté de démembrer, felon moi, dans toute diftribution 
où l’on aura le moindre égard aux rapports des plantes, 
avoit déjà été indiquée par M. Adrien Van-Royen; mais 
_ c’eft à M. de Juffieu que l'on doit la connoiïfflance du véri- 
table lieu qu’elle doit occuper dans la férie des végétaux, 
devant être placée immédiatement à côté des cryptogames, 
comme Îe prouvent les rapports des palmiers avec les 
fougères. 

. H me femble que le caractère des uilobées, préfente un 
nouveau genre d'imperfeétion, puifque dans les quatre 
claffes précédentes l'embryon de la femence a (au moins). 
deux lobes ou cotyledons diftinés. Aufli M. de Juffieu, 
(Mém. de l' Acad, année 1 774, page 18 3 7 comparant à 


DES S'CHTENCES. 44% 
confidération des lobes de la femence dans les végétaux, 
à celle des ventricules du cœur dans les animaux, donne- 
t-il lieu de remarquer que les animaux les plus parfaits, 
ayant, comme on fait, un cœur à deux ventricules, font 
en quelque forte comparables aux plantes les plus parfaites 
qui ont une femence à deux lobes ou cotyledons; & que 
conféquemment les unilobées dans les végétaux, & les ani- 
maux dont le cœur n’a qu'un feul ventricule, peuvent 
être confidérées, chacun dans leur règne, comme des êtres 
à organifation moins parfaite ou moins complète que les 
premiers dont je viens de parler. D'ailleurs, prefque toutes 
les plantes anilobées portent des fleurs dépourvues de calice, 
ou fi l'on veut, des fleurs qui n'ont point de corolle, mais 
un calice coloré qui en a l'afpet. 

Je divife les unilobées en deux feétions; favoir, 1.° en 
frudiflores, ou celles dont les fleurs font portées fur le piftil, 
c'eft-à-dire, ont l'ovaire inférieur ; 2° en thalamiflores , 
qui comprennent celles dont les fleurs ont l'ovaire fupérieur, 
c'eftà-dire, fitué fur le même réceptacle que le calice. 


S'LMINE MEL CL AS sk 
Les Cryprogames. 


CETTE fixième & dernière claffe comprend les plantes 
dont les fleurs font indiftinctes, c’eft-à- dire, n’ont point 
de piftil ni d’étamines conformés, comme dans les cinq 
clafles qui précèdent. 

C’eft à M. Linné que l’on doit la meilleure expofition 
& détermination de cette clafle, ainfi que le véritable lieu 
qu'elle doit occuper dans la férie des végétaux. Les plantes 
qui la compofent font plus fimples que les autres & pré- 
fentent une organifation plus imparfaite ou moins complète, 
furtout celles qui forment les dernières feétions, & que 
lon pourroit regarder comme de fimples ébauches de 
végétaux. 

Je divife cette clafle, comme M. Linné, en quatre 


448 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYArE 
feétions; favoir, 1° les fougéres, 2° les mouffes, 3° Ies 
algues, 4 les champignons, 


TagzEeAu des claffes à des familles de plantes, auxquelles 
font rapportés les genres d les efpèces mentionnés dans 
mon dictionnaire de Botanique. 


DÉTEREELE DRTAIRE 2 BA PIS FO ERP SUD D PR EIRE EI 2 EE EI DEA 


CLASSES. | SECTIONS. FaMmiLLss. 


D Ce OC EEE 


Paotales 
L Polypétalées 1. Thalamiflotes, 
1. Îes anones, 


2. Îles tilleuls. 
3. les cacaoyers. 
4. les hermanes. 
s- les malvacées, 
G. les renoncules. 
7. les pavots. 
8. Îles crucifères. 
9. les capriers. 
ro. les vignes. 
ri. Îles malpighies, 
12. les vinetiers, 
13. les violettes. 
14. les fabagelles, 
15. Îles rues. 
16. les ciftes, 
17. les fablines, 
18. les œillets. 
2. Caliciflores. 
19. Îes faxifrages, 
20. les joubarbes, 
21. Îles pourpiers. 
22. les cactiers. 
23. les onagres, 


2. Caliciflores, 


% ND D D D © ph 
O WW NN ta +R 


3. Fructiflorcs. 


IL Monopétalées. À 1. Frudiflores, 


À 2. Caliciflores. 


3. Thalamiflores angiofpermes. 


4 Thalamiflores gymnofpermes. 


Min. 1785. Lil 


HÉROS 


| 


les mirtes. 

les falicaires. 

les rofiers. 

les poiriers. 

les pruniers. 

les nerpruns. 

les Iésumineufes, 


. les érables. 
. les balfamiers. 
. les citronniers, 


les aralies. 


. les ombelliféres. 


. les chevre-feuilless 
. les rubiacces. 
. les campanules, 


. les bruyères. 


. les fapotilles. 
. les apocins. 

. les gentianes, 
. les liferons. 

. Îes fébeftiers. 

. les Iyfimachies. 
. les jafmins. 


les folanées, 


. les perfonnées. 
. les plantains. 
. les gatiliers. 


les labiées, 


2. les borraginées, 


58: 


les niélages, 


450 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


GERS TES TA APE ET TS UE TER CICR PRET ERP REZ TA EE PE VER EEE TUE EE CRETE SOEUR OO 


CLASSES 


II. Monopétalées. 


III. Compofées. 


IV. Incomplètes. 


V. Unilobées. 


SECTIONS. 


4 Thalamiflores gymnofpermes. 


1. Difinétes. 


2. Singénéfiques tubuleufes. 


ge Syngénéfiques ligulaires. 


1. Thalamiflores. 


2. Caliciflores. 


3. Diclynes. 


4. Gynandres. 


1. Fruétiflores. 


FAMILLES. 


ER RS PE SEE SERRES 


. les globulaires. 


. Les dipfacées. 


. les cinarocéphales. 
. les corymbiféres. 


. les femi-flofculeufes, 


. les amaranthes. 
. les arroches. 


. les poligonées. 
. les pimprenelles, 
- les garous. 

. les chalefs. 

. les lauriers. 


. les piftachiers. 

. les julifères. 

. les conifères. 

. les figuiers. 

. les orties. 

. les cuphorbes. 

. les cucurbitacées. 
. les tamiers. 


. les ariftoloches, 


. les morènes, 
. les orquides, 
. les balifiers. 
. les bananiers, 
. les iris. 

. Xes narciffes. 
. les ananas, 


CLaAsses. | SECTIONS. FAMILLES. 


V. Unilobées. 
2. Thalamiflores. 
82. es afphodeles. 


83. les lys. 

84. les afperges. 
8$. les joncs. 

86. les gouets. 
87. les naïades, 
88. les fouchets. 
89. les graminées. 
90. les palmiers. 


VI. Cryptogames. 


gt. Îles fougères. 
92. les mouffes. 

93- les algues. 

94. les champignons. 


La grande difficulté que je trouve à ranger convena- 
blement les familles dans plufieurs claffes, me porte à 
croire qu'il nous en manque encore beaucoup; & delà, 
je préfume que les familles à découvrir pourroient me 
faire trouver le moyen de graduer moins imparfaitement 
la férie de végétaux que je préfente ici, foit parce qu’elles 
rempliroient des vides qui y occafionnent des difformités, 
foit parce qu’elles me feroient apercevoir une meïlleure 
manière de difpofer les familles entr'elles dans leurs claffes. 
Mais la difpofition même des clafles que je viens d’expofer, 
ne me paroît nullement fufceptible d’un changement qui 
puifle être plus convenable. 

Quant au nombre de ces claffes, je me fuis afluré qu'on 
ne peut l’augmenter qu'aux dépens de la valeur des coupes 
qui les conftituent. D'ailleurs je fuis perfuadé qu'un grand 
nombre de clafles nuit confidérablement à leur objet direct ; 
& je vois avec plaifir que celui que je a etne fait 

1j 


7” 


452 MÉMoiREs DE 1'ACADÉMIE RoYALE 

un pendant parfait avec les grandes coupes qui divifent 
le règne animal, comme on peut le remarquer dans le 
tableau ci-joint, qui préfente l ordre naturel des êtres vivans. 


ÊTRES organiques, vivans, affujettis à la mort, © qui ont 
la faculté de Je AN eux-mêmes. 


AN à U +. | NÉ cé AUX 
TNT ES: 
1: Les Quadrupèdes. 1. Les Polypétalées. 
r. terrefires onguiculés, 1. thalamiflores. 
2. terreftres ongulés. 2. caliciflores. 
3 marins. 3. frudiflores. 


2. Les Oiïfeaux. 


b 
. 


Les Monopétalées. 


1. Terreftres, 1. frudiflores, 

2. aquatiques à cuifles nues, 2. caliciflores, 

3- aquatiques nageans, 3. Thalamiflores. 
3. Les Amphibies, 3. Les Compofées. 

#. tétrapodes teftacés, 1. diftinétes. 

2. tétrapodes nus, 2. tubuleufes, 

3- apodes, 3. digulaires, | 
#4 Les Poifons. 4. Les Incomplètes. 

LA 


A. Cartilagineux, 
2. épineux. 


1. thalamiflores, 
2. caliciflores, 


s. Les Infectes, 3. diclynes. 
4. gynandres, 


i3. tétraptères, 


2. diptères. | s: Les Unilobées. 
spjpières 1. frudiflores. 
6. Les Vers 2. thalamiflores: 
Ê ù k 
œ. nus. ” 6. Les Cryptogames, 


2, teflacés. 
3. lithophytes: 
#4» zoophytes, 


1. épiphyHofpermes, 
2, urnigères. 
3. membraneufes, 


4: forguenfes, 


porbs 18 cc À EL ec 2e : Se 453 


Ce tableau préfente, felon moi, l'idée Ja plus jufte 
que l'on puifle fe former de l’enfemble des êtres vivans 
qui habitent notre globe ; il indique la nature de leurs 
rapports, l'ordre de gradation relatif à la perfection de 
leurs organes, & fait fentir la valeur des fix coupes que 
je propole pour divifer la férie des végétaux. 


ÊTRES organiques, vivans, affujettis à la mort, © qui 
ont la faculté de Je reproduire eux-mêmes. 


RE SERIE EPA RE TE TEE EE EE EPP ER EE PE ESS ET TUE ENN CECI OO ETES) 


ANIMAUX. | VÉGÉTAU x. 


Les Quadrupèdes, 1. Les Polypétalées. 
2. Les Oïfeaux. 2. Les Monopétalées. 
3. Les Amphibies, 3. Les Compofées. 
4. Les Poiffons. 4. Les Incomplètes, 
s- Les Infectes, s. Les Unilobées. 
6. Les Vers, 6. Les Cryptogames, 


454 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ONE SN ERP PARERPIO "NE 


Sur la comparaifon de la nouvelle Laine fuperfine de 
France, avec la plus belle Laine d'Efpagne, 
dans la fabrication du Drap. 


Par M. D'AUBENTON. 


our conftater un fait de phyfique dans les Arts, ïl 

faut obferver long-temps & multiplier les épreuves ; 
c'eft d'après ces principes que j'ai travaillé à l'amélioration 
des laines de France au degré du fupertin. J'ai commencé 
par bien m'aflurer que j'avois amélioré des troupeaux de 
laines groflières au degré de finefle du fuperfin, & que 
Javois maintenu dans cet état les laines d'une race de 
moutons de Rouflillon, pendant dix-huit ans, & celles 
d’une race de moutons d'Efpagne pendant neuf ans. Enfuite 
j'ai fait faire plufieurs eflais de ces laïnes dans la fabrication 
du drap aux manufaétures de Château-du-parc, d’Abbeville 
& de Louviers, pour favoir fi elles pourroïent fuppléer les 
laines d'Efpagne, qui, jufqu’à préfent ont été abfolument 
néceflaires pour faire des draps fins. 

J'ai déjà rendu compte à l'Académie de Ia fabrication 
d'un drap fait à fa manufacture de Chäteau-du-parc en 
Berry, avec la laine que j'ai améliorée dans ma bergerie 
en Bourgowne. Le manufacturier a reconnu que cette laine 
avoit plus de force & de nerf que la laine d'Éfpagne, avec 
la même finefle à l'œil & la même douceur au toucher ; 
non-feulement elle s’étoit tirée plus fin à la filature, mais 
aufli elle avoit foufiert un tors beaucoup plus confidérable 
fans fe cafler, & la chaîne du drap s'étoit trouvée plus 
nerveufe & plus forte. Quoique la laine eût été filée & tiflue 
au fort de l'hiver, le drap avoit pris un foulage très-ferme 


& étoit devenu plus fort que les draps de laine d’'Efpagne 


DAEMNSIWSUGUMEINICIE. SL 455 


faits en France, dans l’été. Le même manufacturier fabriqua 
avec la même laine améliorée dans ma bergerie, un drap 
plus fouple & aufli doux que ceux qui font faits avec la 
laine d'Efpagne. 

On a fabriqué d’autres draps avec Ia même laine, à 
Abbeville & à Louviers. M. Bertier, Intendant de Ia géné- 
ralité de Paris, qui s'occupe à réunir dans l'École royale 
d’Alfort, toutes les parties de l’art vétérinaire & de l’éco- 
nomie rurale, me demanda, fur la fin de 1783, des bêtes 
à laine de ma bergerie, pour faire des expériences à l'École 
vétérinaire, fur l'amélioration des troupeaux. Indépendam- 
ment de l’intéret que je prends au fuccès de cette École, 
& du defir que j'ai de pouvoir y contribuer, je fouhaitois 
qu'il y eût près de Paris un petit troupeau des bêtes à laine 
que j'ai améliorées au point du fuperfin, & que j'y ai 
maintenues. J'ai cité pour preuves de ces deux faits, dans 
mon Inftruétion pour les Bergers, les troupeaux de ma 
bergerie; mais comme elle eft à cinquante lieues de Paris, 
je defirois que l’on pût voir plus près de cette ville, au 
moins une petite partie de ces troupeaux. 

Je fis venir à la ménagerie de l'École vétérinaire quatre 
béliers & neuf brebis de ma bergerie. Ce petit troupeau 
ayant été tondu en 1784, M. Bertier defira d’en faire une 
épreuve pour la fabrication du drap, & envoya chez M. 
Van-Robais, à Abbeville, fe produit de cette tonte qui 
étoit de trente-fept livres de laine en toifons entières 
lavées à dos. On en fabriqua une pièce de Royale de 
vingt-fix aunes un quart, fur cinq huitièmes de large; 
elle fut remife à M. Bertier, qui la fit voir à la Société 
d'agriculture. Ce drap fut préfenté au Roi par M. le 
Contrôleur général des finances, comme un drap de laine 
fuperfme du crû de la France. M. Van-Robais avoit écrit 
à M. Bertier, que le déchet de cette laine avoit été à peu- 
près le même que celui de Ia laine d'Efpagne, & le filage 
& l’apprèt abfolument es mêmes; & qu'en comparant 
la Royale qu'il avoit faite, avec une Royale femblable, 


456 MÉmorres DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fabriquée avec la laine d'Efpagne , il faudroit être connoif 
feur pour en conflater la différence. Toujours eft-il certain, 
ajoute M. Van-Robais, qu'il n'y en a aucune tant fur le 
filage que fur l'apprèt. 

J'ai envoyé à M. Jean-Baptifte de Cretôt, manufaurier 
à Louviers, foïxante - déux livres de la laine de ma ber- 
gerie. M. de Cretôt voulant faire, avec la plus grande 
attention, un eflai de cette laine, pour la fabrication du 
drap, s’eft propofé de a comparer à la laine d'Efpagne, 
dans toutes les opérations néceflaires pour cette fabrique ; 
afin de donner à cette expérience a plus grande authen- 
ticité, il a appelé FInfpecteur & les Gardes-Jurés de a 
manufacture de Louviers, pour en être témoins. On 2 
pris trois échantillons de a‘laine de ma bergerie, en fuint; 
lun a été remis à l’Infpeéteur, l'autre au bureau de Ia 
manufacture, & le troifième à M. de Cretôt. 


Les mêmes opérations ontété faites fur da plus belle des 
laines d'Efpagne, que l’on appelle Léonoife impériale, & 
qui s'eft vendue, cette année, cent quinze fous la livre, 
&. fur une autre laine d’Efpagne, de qualité inférieure, 
que lon appelle Ao/ine, & qui fe vend trente fous par 
livre moins que f'Impériale., On a pris de chacune de ces 
deux laines d'Efpagne, des quantités égales à celles de la 
laine de ma bergerie; elles ont été traitées toutes les trois 
féparément par les mêmes procédés, avec les mêmes quan- 
tités des mêmes drogues, par les mêmes ouvriers & dans 
le même temps, afin qu'il n'y eût aucune différence dans 
la main-d'œuvre, ni aucun changement dans Îa tempéra- 
ture de Fair, qui püt influer fur la préparation de ces 
laines. - 

La laine de ma bergerie a eu plus de déchet au dégrais 
que celle d'Efpagne; elle a très-bien pris a teinture, 
elle: s’eft très-bien filée &: même un peu plus fin que la 
Léonoife impériale. La laine Moline d'Efpagne s’eft plus 
mal filée que la mienne & que l’Impériale, 

On 


mixhsi Sc AE NiC'E s. 457 


On a fait une pièce de drap avec chacune des trois laines 
mifes en expérience. Ces trois draps ont été foulés dans la 
même foulerie & dans la même pile, c’efl-à-dire, dans le 
même vale, à la fuite les uns des autres, pour ne pas rifquer 
qu'un changement de température causât dans {a manière 
de fouler, d’autres variations que celles qui viendroient de 
la différence des laines & des filatures. Le drap fait avec 
la laine de ma bergerie a foulé aufli facilement & a mis le 
même temps à fouler que le drap fait avec Îa laine Léo- 
noife impériale ; celui-ci avoit, après cette opération, une 
demi-aune de plus que le mien. L'expérience dont il s'agit 
n'eft pas encore terminée, comme M. de Cretôt me l'avoit 
promis, pour l'apprèt des draps; mais il vient de m'écrire 
qu'il peut m’annoncer dès-à-préfent que mon drap prend 
un bel apprèt. 

I réfulte de cet expofé, que la laine de ma bergerie a 
foulé aufli facilement & dans le même temps, que la plus 
belle laine d'Efpagne, qui eft la Léonoife impériale, & 
qu'elle la furpañlée pour la filature, puifqu'elle a filé plus 
fin ; elle a pris un auffi bel apprêt. Son déchet a été à peu- 
près le même, fuivant M. Van-Robais; mais elle a plus 
perdu, fuivant M. de Cretôt : je vais faire voir les caufes 
de cette différence. 

Les laines font lavées avec l'eau fimple, dans des cor- 
beilies, après la tonte, ou fur le corps du mouton avant qu’il 
foittondu; enfuite le manufacturier dégraiffe les laines avec 
Yurine pour en ôter le fuint, parce que l’eau ne peut le dif- 
foudre. En même temps que le dégrais emporte le fuint , il 
enlève auf ce qui peut être refté de matières étrangères dans 
la laine après le lavage ; par conféquent fi la laine Impériale 
a été mieux lavée que celle de ma bergerie, elle a dû 
perdre moins de fon poids par le dégrais, fans être de 
meilleure qualité. Cette différence de poids, après le dé- 
grais, doit donc varier comme le lavage, & comme ja 
quantité & la qualité du fuint dont la laine étoit chargée. . 
Aufll M. Van-Robais a-t-il obfervé que la laine du petit 

Mém. 1785. Mmm 


458 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
troupeau que j'ai fait venir pour l'École vétérinaire, avoit 
eu à peu-près le même déchet que la laine d'Efpagne. 

Il m’a paru que le fuint étoit plus abondant fur les laines 
fuperfines que fur les laines groffières, & je crois que cette 
graifle rend la faine plus onétueufe, plus douce & peut-être 

lus fine; mais je ne fais qu’elle influence elle peut avoir 
dans la fabrication des draps : je n'ai point fait d'expériences 
à ce fujet, ainfi je n'ai point d'opinion. 

Il y a encore une autre caufe de la différence de poids 
qui s'eft trouvée entre les deux Jaines dont il s’agit, après 
le dégrais; c’eft que la laine de ma bergerie n'avoit point 
été triée, les toilons étoient entières. On n’en avoit pas 
ôté, comme on le fait en Efpagne, la feconde laine & la 
tierce qui font les plus grofles, pour ne laifler que la prime 
que l’on appelle mére-laine, parce que c'eft la plus belle & 
la plus fine. La laine la plus groflière d’un mouton ef auffi 
la plus fale, parce qu’elle fe trouve fur les parties de fon 
corps qui portent fur la terre & le fumier lorfqu'il fe couche, 
& qui ont falies par {es excrémens. Cette laine doit perdre 
au dégrais, plus de fon poids que la prime; il ne faut donc 
pas être furpris que la laine de ma bergerie qui avoit la 
feconde & la tierce, ait plus perdu que l’Impériale dans une 
épreuve qui en a été faite, & que fon déchet ait été à peu- 
près le même dans une autre épreuve. M. de Cretôt m'a 
prévenu pour cette explication; il ajoute que le défaut du 
. triage dans ma laine, a aufli été caufe que le drap qui en 
a été fait, avoit une demi-aune de moins que celui de la 
laine impériale; mais il y a lieu d’être furpris de ce que 
la laine de ma bergerie, fans avoir été triée, ait fé plus 
fin que la plus belle prime d'Efpagne. 

Les foins que j'ai mis pendant nombre d'années à 
l'amélioration des troupeaux, m'ont toujours donné de la 
fatisfaétion. J'en ai beaucoup aujourd'hui par les preuves 
authentiques que je viens de rapporter, & qui conflatent 
que la laine de ma bergerie a égalé &:même furpalié, à 


quelques égards, la plus belle laine d'Efpagne dans la fabri- 


DRENSUSNCIL LE IN: GE Se 459 


cation des draps. Ce fuccès de mes expériences m'encourage 
à continuer mes foins pour l'amélioration des troupeaux de 
la France. On trouve toujours quelqu’oppofition mal fondée 
lorfqu'on propole au public des chofes nouvelles, quoi- 
qu'elles foient fort utiles & bien prouvées; mais dans le 
genre dont il s’agit, les raifonnemens font fuperflus : il me 
fuffit de montrer les troupeaux à laine fuperfine, que j'ai 
améliorés, & les draps que l’on a faits avec cette laine. 

Je vois avec plaïifn” que beaucoup de particuliers s'oc- 
cupent de cette amélioration. J'exhorte les propriétaires 
de terres & les fermiers, à donner de l'attention à leurs 
troupeaux; le foin qu'ils y mettront leur profitera beaucoup 
par la valeur des moutons, le prix des laines, le produit 
du parcage & les fumiers faits en plein air, dont f'aétivité 
pour fertilifer les terres eft plus grande que celle des fu- 
miers qui fe font dans des étables. 


ADDITION au Mémoire précédent. 


M. DE CRETÔT, manufaélurier à Louviers, ayant 
terminé toutes les opérations & les obfervations qu'il fe 
propofoit de faire, pour comparer le drap fabriqué avec 
la laine de ma bergerie aux Îaines d'Efpagne, Moline & 
Léonoife impériale, m'a écrit la lettre fuivante. 

M. « J'ai différé de quelques jours à vous faire pañler le 
réfumé que je vous avois annoncé, parce que je voulois 
voir, avant de le faire, l'effet de la prefle fur le drap 
d'Impériale, & fur celui de la Moline. Vous aurez vu fa- 
cilement par vous-même qu'il réfultoit de tous les détails 
de mes deux lettres, 1.” que votre laine dégraifloit bien, 
c'eft-à-dire, qu’elle lâchoit facilement fon fuint. 

2. Qu'après le dégrais, le battage & le triage, elle 
tombe environ auffi près du tiers, que la laine d'Efpagne 
tombe près du quart; ce qui fait une différence d'environ 
un dixième à l'avantage de lImpériale. Cette différence 
doit provenir, au moins en très-grande partie, des 


M mm ii} 


» 


» 


» 


y 


» 


460 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fecondes & des tierces, qui n'ont point été retirées dans 
votre bergerie, comme elles le font en Efpagne, dans Ia 
proportion du quart au cinquième. 

3 Que votre laine a bien pris la teinture. 

4 Qu'elle s’eft très-bien filée, & même d’environ un 
vingt-cinquième plus fin que lImpériale. 

5 Que le Tiflerand en a fait une très-belle toile. 

6. Qu'elle s’eft foulée auffi facilement & dans le même 
temps, mais moins fort que celle d'Efpagne ; ce qui n’eft 
pas étonnant, vu que Îles fecondes & tierces, lorfqu’elles 
font groflières, ne foulent pas aufli fort, & ne garniflent 
pas autant que les primes. 

« Que votre demi-pièce s’eft très-bien apprètée, mais 
qu'il a fallu la ménager au Tondeur, un peu plus que 
lImpériale, qui ayant feutré davantage, a fourni plus de 
laine dans les apprêts. 

Les nuances de ces trois draps diffèrent un peu, & 
cependant ils font teints fur la même dofe : cela vient ou 
d'un peu plus ou moins de chaleur, ou d’un peu plus ou 
moins d'eau dans a chaudière, ou de ce que les laines y 
font reftées un peu plus ou moins de temps. 

IH eft bon d’obferver que la teinture de cette couleur 
(d'olive légère des trois draps) ne fatigue pas les laines, 
mais qu'elle en laifle aufli beaucoup plus voir les défauts 
de qualité & de fabrication, que les couleurs très-foncées 
qui les couvrent, & qui, en attendriflant les laines fortes 
ou sèches, Îles raffinent & leur font rendre le même effet 
que celles qui font plus fmes. La vôtre a très-bien fupporté 
cette épreuve, & peut être aflimilée aux laines d'Efpagne 
de la première clafie. 

Comme vous le voyez par votre coupon que je vous 
envoie, votre drap eft très-fm & bien beau ; comme il a 
foulé moins fort que celui de la laine de l'Impériale, il eft 
un peu dans le genre des Royales, ou draps d'été. Il étoit 
queftion d'un eflai comparatif, & non pas d’une opération 
particulière fur votre laine : mais je vois par l'expérience, 


baies Le ME AN: CHE. 9 461 


que, pour en faire des draps forts &garnis, il faudroit, 
1." en retirer les fecondes & tierces, opération qui fe feroit 
plus facilement fur la toifon entière dans votre bergerie, 
ue dans notre manufacture, puifqu’elle confifte à metire 
de côté les laines du ventre, des pattes, du deflous de Îa 
croupe, du deffous des cuifles & des épaules. 

2. IL faudroit faire fouler les draps plus long-temps & 
plus fort ; c’eft ce qué je ferai fur la pièce que je dois mettre 
en fabrication. » J’ai l'honneur d’être, &c. 

Ayant fait fabriquer des draps avec la laine de ma ber- 
gerie, dans les manufactures de Berry, d'Abbeville & de 
Louviers, pour favoir fi elle en feroit d’aufli ns que la 
laine d'Efpagne, j'ai encore voulu favoir fi elle étoit fuf- 
ceptible d'une aufli belle teinture que celle de l'écarlate. 
Pour en faire l'effai, j'ai remis à M. Oger, aux Gobelins, 
cent livres de la laine de ma bergerie. M. Oger, après en 
avoir fabriqué une pièce de drap écarlate, m'a fait part de 
fes obfervations par la lettre fuivante. 

M. « La pièce de drap écarlate que nous vous avons 
promis de faire fabriquer dans notre manufaéture, avec jes 


cent livres de laine provenant de la toifon de vos moutons, « 


vient de fortir des prefles, & nous vous avouerons avec 
plaifir, que nous y voyons fi peu de différence d’avec celles 
fabriquées de laine prime Léonoife d'Efpagne, qu'il faut être 
très -connoifleur pour l’apercevoir. 

Il y a même lieu de croire que fi votre laine qui s’eft 
déchargée de fon fuint avec la plus grande facilité, & s’eft 
trouvée par conféquent de la blancheur éclatante dont nous 
avons befoin pour donner le feu à nos écarlates, avoit été 
triée & lavée par prime, feconde & tierce, comme on le 
fait en Efpagne, la différence n’auroit pu être qu'en faveur 
de votre laine de première qualité. 

Nous fommes perfuadés que fi vous voulez prendre a 
peine de faire faire ce triage & lavage à l'avenir, nous 
n'éprouverons pas plus de déchet que celui que nous avons 
fur les laines d'Efpagne, qui perdent dix livres fur cent 


ÿ 


» 


2 


» 


» 


> 


s 


è 


462 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


livres, au lieu de vingt que les vôtres ont perdues; ce que 
nous attribuons aux tierces & fecondes particulièrement, 
qui fe trouvant beaucoup plus courtes, s’échappent au bat- 
tage, & nous ont fait une différence d'environ un vingtième 
de moins fur la longueur de la pièce, quoique nous ayons 
mis autant de trame & de chaîne que dans nos autres draps 
fabriqués en laine prime Léonoile, dont la finefle contribue 
à faire entrer plus de trame. 

Quoi qu’il en foit, nous vous payons cette laine le même 
prix que celle d'Efpagne, & nous vous retenons toutes celles 
que vous pourrez avoir par la fuite, dont nous vous aurions 
obligation de nous donner la préférence. 

Nous defirons bien fincèrement que tous les propriétaires 
de troupeaux aient connoiffance de cette épreuve, & faflent 
leur poflible pour vous imiter dans les foins que vous avez 
pris pour arriver à ce point de perfection. Ce fera payer 
en quelque forte le tribut d’éloge qui vous en eît dû, & dont 
toutes les manufactures vous feront éternellement recon- 
noiflantes; d'autant plus que même en fe foumettant à payer 
les droits énormes que l’on impofe tous les jours en Ef- 
pagne, elles ne font pas füres d’en avoir long-temps pour 
leur confommation. » Nous fommes avec refpect, &c. 

Les toifons employées pour la fabrication des draps dans 
les manufadures de Berry, d'Abbeville, de Louviers & des 
Gobelins, venoient de béliers & de brebis de Rouffillon & 
d'Efpagne, & de ces races alliées avec des brebis d'Auxois, 
de Flandre, d'Angleterre, de Maroc & du Tibet, dont les 
laines ont été améliorées dans ma bergerie, au degré du 
fuperfin de Rouflillon & d'Efpagne. La race de Roufliilon 
s'eft maintenue à ce degré depuis 1767 jufqu'à préfent, & 
la race d'Efpagne, depuis 1777, fans que pour les foutenir 
j'aie introduit dans ma bergerie aucun nouveau bélier, ni 
aucune nouvelle brebis de Rouflillon ni d'Efpagne, afin 
que l'on ne puifle attribuer la durée de l’état de fuperfin 
des laines, au renouvellement des races primitives tirées 


de Rouflillon & d'Efpagne, 


DES SCT NE! NICE s: 463 


Quoique la laine de ma bergerie, dont on a fait des 
draps, n'ait pas été triée, ni aufli bien lavée que la laine 
d'Efpagne, cependant elle a filé plus fin dans la manufac- 
ture de M. de Cretôt à Louviers, & elle a pris un auffr 
beau blanc au dégrais, & enfuite une aufli belle teinture 
d'écarlate à la manufacture de Julienne aux Gobelins. Les 
manufaéturiers, au premier coup-d'œil, en la recevant, 
n’en-avoient pas de fi belles efpérances, parce qu'ils n 
voyoient pas les mêmes apparences que dans la laine d'Ef- 
pagne; en eflet, ce n’étoit pas de Ja laine d'Efpagne, mais 
de a laine de France, recueillie en Bourgogne au milieu 
du royaume. Ces faufles apparences venoient de ce que 
cette laine n’étoit pas triée; on avoit Jaïflé dans les toifons 
la laine la plus groflière & la plus fale, que l'on appelle 
feconde & tierce, qui ont été fupprimées des toifons de 
laine que l'on ne reçoit d'Efpagne qu'en prime, qui ef la 
plus fine & la plus blanche de chaque toifon. 

Dans les manufaétures où l’on ne fabrique que des draps 
fins, comme celles d'Abbeville, de Louviers & des Go- 
belins, on n’eft pas exercé à faire le triage des laines ; aufii 
a-t-on employé, contre mon intention, celles de ma ber- 

erie, fans les avoir triées. Cependant elles ont filé plus 
fa elles font devenues aufli blanches, & elles ont pris 
une aufli bonne teinture que les laines d'Efpagne les mieux 
triées. J'ai donc lieu de préfumer qu'elles auront encore de 
meilleures qualités lorfque je les aurai fait trier à ma ber- 
gerie, à la tonte prochaine, au lieu de m'en rapporter aux 
manufaéturiers pour cette opération. 

En faifant laver les laines de ma bergerie avec autant 
de foin qu’elles le font en Efpagne, j’'empécherai certaine- 
ment, de l’aveu même des manufaéturiers, qu’elles n’éprou- 
vent plus de déchet au dégrais que les laines d'Efpagne, 
comme Île difent M.* de Cretôt & Oger; cependant M. Van- 
Robais a afluré que leur déchet étoit à peu-près le même 
que celui des laines d'Efpagne, & qu’il n’y avoit aucune 
différence, tant fur le filage que fur l’apprèt. Au fond, la 


464 MÉMotREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


différence de déchet a moins de rapport aux qualités effen- 
tielles des laines, qu'à l'intérêt pécuniaire, ‘parce que le 
manufacturier perd fur les laines qu'il a achetées, le poids 
des matières étrangères à cette marchandife, qui auroieut 
dû être emportées par le lavage avant que la laine eût été 
vendue. 

Je ne pouvois prévoir les petits inconvéniens dont j'ai 
fait mention, qu'après avoir été inftruit par les obferva- 
tions des manufacturiers, dans les épreuves qu’ils ont faites 
de ma laine pour la fabrication du drap. Je ne népligeraï 
pas de prévenir ces inconvéniens, maïs je ne fuis pas fâché 
qu'ils foient arrivés, puifqu’ils prouvent que cette laine 
mal lavée & fans aucun triage, s’eft foutenue dans Ja com- 
paraifon qui en a été faite avec la plus belle faine d'Efpagne, 
qui eft [a Léonoife impériale; qu’elle l'a même furpaffée pour 
la fnefle, ayant filé plus fm d’un vingt-cinquième, & enfin, 
puifqu'elle a été eftimée & payée au même prix que la laine 


d'Ef pagne. 


RECHERCHES 


DES SCIENCES. 46$ 


RECHERCHES 
D'ANALYSE INDÉTERMINÉE 


Par M. LE GENDRE. 


Nôvs diviferons ces recherches en quatre articles qui 
contiendront, 

1. Une méthode pour réfoudre en nombres entiers 
équation 

ÀAÿ = ax" + bxr TR cxr 2 + &c. 

2. Une méthode fondée fur lanalyfe indéterminée, 
pour trouver les divifeurs des équations numériques. 

3 Un théorème pour juger de la poffbilité ou de l’im- 
poffibilité d’une équation indéterminée du fecond degré. 

4. Divers théorèmes relatifs aux nombres premiers. 

Nous devons prévenir, au fujet du premier article, que 
M. Euler l'a traité en partie dans quelques-uns de fes 
mémoires intitulés : 7heoremata circa refidua ex divifione pote[- 
tatum reliéfa, & dans le vol. I de fes Opufc. analyr, On fait 
combien il eft peu d'objets fur lefquels ce grand géomètre 
n'ait répandu une clarté nouvelle, & que la théorie des 
nombres en particulier, eft une de celles qu'il a cultivées 
avec le plus de plaifrr. 


ANRT TIECGELGE, I 
Des Equations indéterminées linéaires. 


PARMI les équations indéterminées linéaires, je ne. 
confidérerai que celles qui admettent une infinité de folu- 
tions en nombres entiers, & qui peuvent être repréfentées 
par la formule 


Ay = ax" NON LE cu TE dx. 3 5 Go 
J'infifterai particulièrement fur l'équation 4y — x" — B, 
qui m'a paru offrir quelques théorèmes aflez remarquables, 


& que M. de a Grange a déjà traitée dans le cas de # = 2, 
Mém. 1785. Nan 


266 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE RoYALE 


1. S'il ya une valeur de x qui rende le polynome 
ax" + bxt—  cxt — 2 + &c. divifible par À, 
cette valeur augmentée ou diminuée d’un multiple quef- 
conque de À, aura encore la même propriété. Je ne confi- 
dérerai par cette raifon que les valeurs de x comprifes 
entre les limites + + 4 & — + 4,& je les appellerai 
{olutions ou racines de équation propofée. 

On peut fans aucune méthode réfoudre facilement les 
équations dont il s'agit; il n’y a qu’à fubftituer pour x tous 
les nombres entiers compris depuis + + À jufqu'à — + 4, 
& voir ceux qui rendent ax" + bxr 1 + çx" —* 
+ &c. divifible par À. Mais ce tâtonnement pourroit 
devenir long; je me propofe de léviter ou de l’éclairer 
de plus qu'il fera poffible. 

2. Pour exprimer que ? eft divifible par À, ou que 

P J Ah se BF 
— eft un entier, j'écrirai —- — e. On peut omettre 
dans le cours du calcul tous les multiples de A: aïinf les 
coéfficiens a, b, c, rc. & généralement tous les nombres 
ur lefquels on opérera, ne furpafleront jamais + A en plus 
ou en moins. D’après cette -omiflion on peut écrire indif- 
féremment _e = e, où P = o, pourvu que dans le 
dernier cas, on ne perde pas de vue lenombre À dont on 
rejette les multiples. Je fuppoferai auffi que le nombre A eft 
toujours un nombre premier, car on conçoit que tous les 
autres cas fe ramènent facilement à celui-là. 0 
_ Cela pofé, je rappellerai deux propofitions qui. me font 
néceflaires, & que M. de la Grange a demontrées dans les 
Mémoires de Berlin, années 1768 & 1775. 

3. Î ne peut y avoir au plus que n valeurs de x qui ren- 
dent un polynome du degrén, ax + bx — + cx —* 
+ &c. divifible par A. ‘ 

Je ne parle ici & dans Ia fuite que des valeurs com- 
prifes entre les limites + +4 & — + A. En effet, # 
« eft une des valeurs de x, on aura à la fois 


D ets : SACITIEUN CE S 467 


ae" + be 7 + dre. MR NAS Ta re 
ÉROTTTIO TRE = EHIOL 


A ne 
Donc 
af" — &°) + bfx 


PT fs —u  *) + &c. 

TREND EANES CS QE AZ 

Or, en divifant le premier membre par x — à, le quo- 
tient fera un polynome du degré # — 1, qui doit être 
divifible par À, fi toutefois il y a d’autres valeurs de x qui 
fatisfaflent à la queftion. Donc un polynome du degré # ne 
peut donner pour x qu’une valeur de plus qu'un polynome 
du degré n — 1. En continuant ainfi jufqu’au degré zéro, 
la propofition fera démontrée. 

4. À étant un nombre premier, à x non divifible par À, 
on fait que x — 1 — x eff toujours divifible par À. I] y a 
donc À — 1 valeurs de x; favoir, tous les nombres entiers 
compris entre les limites +- + À © — + À, qui rendent 

© de binome xÀ —* — x divifible par À. 

Cela pofé, fi la quantité xk8—* — 1 à pour fadeur un 
polynome P du degré m, je dis qu'il y aura m valeurs de x 
qui rendront ce polynome divifible par À. 

Car, puifque le nombre À eft premier, & que {a quantité 

>x4—41 _ 1 -eft décompofable en deux facteurs, Fun du 
degré m, l’autre du degré À — 1 — m, il faut que 
Chaque valeur de x comprife entre + + 4 & — : A, 
rende l’un ou l’autre de ces faéteurs divifible par 4. Mais, 
fuivant l'art, 3, un polynome du degré À — 1 — » 
ne peut être divifible par À que le nombre de fois A — 1 
— m au plus. Donc le faéteur du degré m doit admettre 
la divifion par À un nombre :"m de fois. 

s- Remarque 1. Le théorème précédent a lieu, non- 
feulement pour les polynomes qui divifent exactement 
xA—1 1j, mais aufli pour ceux qui le diviferoient en 
rejetant les multiples de À. Par exemple, le produit des 
quantités x7 + 1, x + 43, x — 14, et x + 1, 
en rejetant les multiples de 61; d’ailleurs, x‘? + 3 lui- 
même eft facteur de :x° —— 1. On peut donc regarder 

‘ Nan ï 


468 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
xŸ += 13 & x — 14 comme facteurs de x 1, & 
aflurer qu'il y a cinq valeurs de x qui rendent chacun de 
ces facteurs divifible par 61. 

Remarque 11 La quantité x4—' 1 ne peut avoir 
que des facteurs inégaux. 


THÉORÈME L 


4 5 : En A D 01 L 
6. L'équation NE? dans laquelle À eff an 
nombre premier, n'admettra de folution qu'autant qu'on aura 
FOR 
B és — 1 Â ‘à 
: = €, © étant le commun divifeur de n 


© de À — 1. Si cette condition ef? remplie, l'équation pro- 
pofée aura un nombre « de folutions qui feront renfermées dañs 


= B? 


À 
qui fatisfaffe à l'équation pn —- q (A — 1) = 0. 

Si l'équation propofée eft réfoluble, on aura à fa fois 
A" 


— €, où p eff le moindre entier pofitif 


l'équation 


— B * | Z 
” + CC = 8) ou pour abréger . 
x" — B, & x1— 1 — x, Les deux nombres r & À — ‘1; 


ayant pour commun divifeur w, il eft facile de trouver 
deux autres nombres pofitifs, p & q, tels qu'on ait 

pan — y (À — 1) = 0; 
maïs Îes équations précédentes donnent x? — B?,; 


T(A — 1) + © ? 
x" — x%; donc x° —=15., ou 


RES B° 
A 
On voit déjà que l'équation propolée n'eft fufceptible 
que d’un nombre « de félutions. Il faut examiner main- 
tenant fi l’équation x® — B7 fatisfera aux deux premières 


ee: ) 


APN BL NÉE UO —> 1. Soit donc _ TAN 


DES S CTENCES 469 


A — 7 ! . 477 
Br À ; on aura en fubftituant, 2°? — B 
[0] 
pan 
GR AP =! x. | 
7 
Comme Z n'eft point divifible par À, l'équation B° / = B 
r ! ÈS { ; 
donne 2” ? *— 1 où BA 42 —> 1; "à cufe de 


pu A — 1.11 faut donc que Z fatisfaffe à ces deux con- 
ditions BA — 1, 841 —\1: Onten déduit 84%"? — ; 
& BA'AT— 1,& puifque pr’ — À + 1, on jure 
BA'"— ÿ. Cette condition tirée des équations BAB =, ; 
BA = , fatisfait à toutes les deux. Donc, pour que 
l'équation propofée foit réfoluble, il faut qu’on ait 

À — 3 


2 


B — 1 
= En 
C’eft Ia feule condition néceffaire; toutes les fois qu’elle 
fera remplie, l'équation propofée aura un nombre « de 
{olutions qui feront contenues dans la formule 
SU Pa 
A 
%l neft pas douteux que celle-ci n'ait effectivement un 
nombre ® de folutions, fuivant l’analyfe précédente; mais 
on sen convaincra tout d'un coup par le 2° 4, en 


mr dr) 


obfervant que x® — B? eft facteur de xAo __ BA? qui 
xevient à xA—1 — x, 
Remarquez que fr, dans équation propofée , # eft plus 
rand que À — 1, on peut Ôter de cet expofant les 
multiples de À — 1, & ne conferver que le refte, pourvu 


qu'il feit pofitif. En effet, x 4 — 1 «ft divifible par À avec 
le refle 1, & par conféquent x 4— :/+" donne le même 
refte que x”. 


n 
XX — 


‘7: uit durhéorème précédent, que l'équation 


a47o MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE ROYALE 
aura toujours une folution, quel que foit Z, lorfque 
u & A — x feront premiers entr'eux. Soit p le plus petit 
nombre pofitif qui fatisfafle à l'équation 
pu — g{A — 1) = x, 

cette folution fera x — P?, 

En général, ce théorème a Favantage d'indiquer tout- 
à-Ja-fois fi l'équation propofée eft réfoluble, combien elle 
a de folutions, & quelle eft l'équation la plus fimple qui 


x 


contient toutes ces folutions. Si on l’applique à l'équation 


du fecond degré — ce, déjà traitée par M. de 


À 
la Grange, on trouvera, comme cet illuftre géomètre, qu'une 
F A —5 
telle équation eft réfofuble forfque Z 7 —1 eft 


divifible par À; alors elle aura deux folutions qui ne pour- 
ront être renfermées dans une équation plus fimple que la 
propofée, puifque celle-ci ne contient pas de racine inutile. 

8. Je me propofe maintenant de trouver toutes les 


HA Ve ap É #" — | F hi ; 

folutions de l'équation —— — €, n Étant divifeur de 

4 — x. Or, äl eft facile de voir que fi on connoïît une 

des valeurs de x, on les aura toutes-en multipliant la valeur 
— A! 


0 10 . . x + : 
connue parles différentes racines del’équation re ile 


Je commencerai donc par m'occuper de celle-ci. 
9. Six n’étoit pas divifeur de À — 1, l'équation 
sun 
A 
le commun divifeur de » & de À —— x. Alors ces folutions 


—= e n'auroit qu'un nombre « de folutions, & étant 


. n A x — I 
feroient renfermées dans l'équation Tate H en 
eft de même de léquation m — e, fin eft impair; 


car, dans ce cas, les folutions font les mêmes, au figne près, 


= 2. Mais f.ueft pair, 


que celles de l'équation 


DES SCIENCES. 47%, 


— e ne fera réfoluble qu'autant que 


Téquation 
Ai 1 


= 
A 


fera pair, « étant toujours le commun divifeur 


de n & de A 1. Alors elle aura un nombre de folutrons 


o 
. f . * + 1! 
qui feront renfermées dans l'équation ne 


A HÉLONR À ME CU :L 

210. Étant pro ofé l'équation Hate PAS €; dans laquell 

cut FPE A —= €; quelle 
de nombre premier À — 1 + A'n, 

2. «On aura x = u", u étant un nombre quelconque non- 
divifible par A. 

2. S5 à eff une valeur de x, «® en [era une auffi, quel 
“que foit m. 


n 


À à ’ 
3° Si le nombre à eff tel qu'on n'ait point « = 
+ étant un divifeur premier de n , la formule x — a contiendra 
æontes les valeurs de x, qui feront 1, &, &, .....an — 1, 
» 4 y » 


4° Non-feulement il y a plufieurs nombres à qui jouiffent 
Le A , L À 
de cette propriété, mais le nombre en fn (1 — = } 
s “1 1 , 
{1 — Ha ) (1 — e ),-&c. v,v,»", cc. étant les 


“différens nombres premiers qui peuvent divifer ne 

Car, 1. fi on fait x — 24, on aura 

D A = QU ÂE — j = gA=a 2 y, 

quantité toujours divifble par À. 

2. Six—a,onaæ — 1, & fuppofant x — «”, on 
aura auf x — ar — 1, quel que foit #. 

3° L'équation propofée devant avoir # folutions, 4a 
formule x — a les donnera toutes, fi dans la fuite 


2 
ä 4 ds œ 20200. o 9.0.0 7 2 


72 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 

il n'y a pas deux termes égaux. Or, fuppofons a# — a ; 
il en réfultera & — 1, 0 étant pm — À où À — m, 
& par conféquent moindre que #. Maïs comme on a déjà 
æ — 1,fi on appelle « le commun divifeur de 7 & de8, 
& qu'on réfolve en nombres entiers l'équation # y — 87 =50, 
on aura af) "1, ait 1, at. +3 —a, Doncaz——;:r. 
Or cette équation eft impofhible; car ayant fuppofé qu’on 

# 

ne pouvoit avoir & * —= 1,vétant quelqu'un des divifeurs 
premiers de #, il en réfulte qu'on ne peut jamais avoir 
a — 1, étant un divifeur de # autre que lui-même. 


4 Soit l'un. des divifeurs premiers de 7 ; de même 
qu'il n’y a que # valeurs de x qui fatisfaflent à l'équation 
Se 1 1 LU 
AT n'y a aufli que — valeurs de «, qui 
#1 


donnent & * — 1. Donc fur s valeurs que doit avoir & 
q 


i ; . ä ñ “ 
dans l'équation «" — 1,ilyenas — —, qui ne donnent 


# 


— 


, « L . 
pas | :—=, 1, il y en a pareillement H— 7, que 


L/2 


donnent pas &æ " — 1, &c. Donc il yena 


nfi—+<)(i—+)(1 — +), &e 


qui font telles, qu'aucune des quantités 


n’eft égale à l'unité ( en omettant toujours les multiples 
de À ). 


11. Donc, fi » eft un nombre premier, il fufhra d’avoir 
une valeur de x autre que l'unité, & fes puiffances don- 
neront toutes les autres valeurs de x. 


Si 


DES SCIENCES. \ 473 
= Si eft une puiflance du nombre premier », pour que 4, 
qui fatisfait à l'équation x* — 1, en donne la folution 


complète, il faudra que « ” ne foit pas égale à + 1. 
Alors on aura x —= «”. 
Enfin, fr » eft de la forme »* »'Ë "©, &c, comme on 
peut de fuppofer dans tous les cas, je fais 
A EN EUR | DU. DO Ce 
& je réfous féparément les équations 


SE er RER FRE e 
Da en gs = € ; LOUE C- 


Soient x — 6" ,x = y",x — d\”, &e. les folutions com- 
plètes de ces équations, je dis qu’en prenante = 6 y A &c. 


: n % : x" — 
la folution complète de l'équation —— — e fera x = a”, 


C’eft un moyen qu’on pourra mettre en ufage pour réfoudre 
cette équation, lorfqu'on n’aura pas rencontré tout d’un 
coup le nombre «& qui la réfout complètement. 


ExEempPzee IL 


12. On demande les fept valeurs que doit avoir x dans 
7 . #7 — 1 
l'équation = —1l. 
379 


Puifque SE — 54, j'aurai x — 4, a étant 
un nombre quelconque non-divifible par 379. Soitu — 2, 


j'aurai, en rejetant les multiples de 379, à mefure qu'ils 
fe préfentent, 


HN OA —— 73,0 — 29,4" 150,4 — 125$: 
Donc x — 125,& comme 7 eft un nombre premier , 
toutes les valeurs de x font comprifes dans la formule 
x = 125$”, qui donne les nombres fuivans : 
1,125,80,138, — 184,119, 94 
Mém, 1785, Ooo 


474 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Ces folutions feroient pareillement compriles dans Ia 
formule plus fimple « — 86”. 

La moindre valeur de x étant 86, on voit combien le 
tâtonnement auroit été long en eflayant fucceflivement les 
nombres 1, = 2, = >, Grc. à Ta place de x. 


ExeEempPpzLeEe Il. 


27 


13- SOIT l'équation Er — e, dans laquelle on 


demande les vingt-fept valeurs de x, ou feulement le nombre 
æ qui les contient dans fes puiflances fucceflives. 


Puifque D 13 Ad, PRE a Soit, 


on trouve 4'* où x — — «2. Cette valeur étant nommée 
S 


o,ohaa — $1&a — 1; à plus forteraifona? — 1. 
Donc le nombre « ne peut donner que trois valeurs de x, 
favoir; 1,— 52, 51 :-ce font les trois qui réfoudroient 
complétement l'équation = de 

Je fais donc une nouvelle fuppofition, par exemple, 
2 — 6. LH en réfulte w'* ou x — 180. Cette valeur 
étant nommée &,onaæ — — $2 & a? — 1. Donc, 
fuivant la troifième partie du /héorème 11, 1e nombre 4 ne 
peut encore réfoudre complétement l'équation propofée. 
I en réfulte cependant neuf valeurs de x, qui font 


1,180, 185$, — 52,115, — 145, 51, 84, — 40, 
ë F Lys É #9 — 

& ces valeurs fatisferoient à l’équation Rte UIPe 
Maintenant , fi l'on trouve une valeur de x qui ne foit 
pas comprife dans les neuf précédentes , on fera für qu’elle 
peut être prife pour «, & que la formule &” renfermera les 
vingt-fept valeurs demandées. 

Soit donc 4 — 2, & l’on trouve u'* — 87; ce qui 
donne Ia folution générale x — 87” qui renferme les 
fuivantes. 


4 


D'EuS. S:C IE N CE. 47S 

1, 87, — 11, 180, F21, — 85, 185, 177; — 140, 

CRE die 186 put Es 228, — 145, 

Elro8 5 0608 153 LT 12 82) 84, 107, 
Éd 40 ECO DS ÉITE 


Je remarquerai qu'il y a plufieurs moyens de trouver ces 
différentes puiflances, fans faire continuellement la multi- 
plication par 87. Par exemple, de ce que 4° — — 186, 
& a° — 185, on condut &° — — a — 1, & 
de-là &° — — «7 — a, &c. On auroit dès le com- 


&c: 


æ— 1: di — a 
mencement = ————, & de-[à «3 — — D: 


les divifions fe font en ajoutant des multiples de 379. 

Les folutions étant ainfi développées, on voit quelle 
eft la formule la plus fimple qui les renferme toutes; c’eft 
dans ce cas (— 11)", ou 24” fi l’on veut éviter l’em- 


barras des fignes. Nous avons marqué d’une * les nombres 
. Ë s F x? — 5 x 
qui fatisfont à l'équation FR AU ils fe comptent 


de trois en trois dans {a fuite précédente. Parmi ces nom- 
bres ceux qui ont un double figne fatisfont à l'équation 


X — ! 


— e, & fe comptent de neuf en neuf. 


379 
Au refte, fi dans la folution de cet exemple nous avons 
fuppolé x — $ & «# — 6, c’eft que nous avons voulu 


faire voir comment on doit s'y prendre, lorfque le nombre 
trouvé d’abord pour x ne peut pas donner toutes les folutions. 
JL eût été plus naturel de prendrez — 2, & nous aurions 
eu tout d’un coup la folution x — 87” qui eft complète 
parce que 87° ne donne pas l'unité de refte. 


HE ÉtMobeanE! DE dx 


63 


met, On peut 


14. ÉTANT. propofé l'équation sn 
Oo ij 


476 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
3: 


fuivant Var. 17, réfoudre les équations = € 
9 


se Fe « x 
Le — k, Ayant trouvé leurs folutions complètes 

* — 180", x!— 1265”, on en conclura celle de la 

propolée x = {180 x 225) où x = Et 


comme le carré de 139 donne — 8, on a plus fim- 
plement x — (— 8)”. 

La même équation auroit donné immédiatement x — #£. 
Soit 4 — 2, on aura x — 64; & comme les divifeurs 
premiers de 63 font 3 & 7, il faut voir fi 64°" & 64? 
ne donneront pas + 1. On trouve en effet que ces puif- 
fances ne fe réduifent pas à + 1 ; donc 64” eft encore 
la folution complète de notre équation. 


THÉ oo RÈ ME, III 


an 


! 2 1 , X A T-UL , 
15: ÉTANT propofée l'équation Tr ge) ==) Shdaus 
Zaquelle 4n doit être divifeur de À — 1, on réfoudra l'équation 


RU 


3 — —= € qui fera toujours poffible. Soit x — «° la 

Jolution complète de celle-ci, je dis que la folution de la pro- 
Pofée fera x — a? +, y étant un nombre quelconque. 

Car 4” étant une valeur quelconque de x dans l'équation 

": 


" — e, 4°” fera aufli une valeur quelconque de x 


— e. Reftent donc Îles puiffances 


dans l'équation 


2n 


1 A 


Ets 


impaires de « pour réfoudre l'équation 


EXEMPLE. 


436 1 


16. Soit propofée l'équation — e qui ef 


réfoluble, parce que <= eft un nombre pair. 


36 


D'EUS SCIE Nc. 477 


. ] La . #7 — I 
Je me fervirai pour cela de l'équation nn Ent) 


qui donne x — #. Soit — 5, on aura HAQUX = 

Cette valeur étant nommée «& on a a — 1; & 
. 4 LA 

&'t — 198. Donc &” eft la folution complète de l’équa- 


72 


tion = — +, & par conféquent a2# + 1 eft celle de 
3 


— 


I 


36 ide à 
la propofée = — & Voici les trente-fix folutions 


qui en réfultent. 

37r — 8, — 127, 203, — 79, 99,2, 140, — 159 
128, 133,216, — 35, 148,—32,—75,—5$4,117 

— 378,127, — 203,79, — 99, — 2, — 140,159 
—— 128,133; — 216,35, —148,32,75,54—117. 

Les mêmes valeurs feroient renfermées plus fimplement 

dans la formule x — 224+:, 


THÉORÈME IV. 


= €, dans la- 


17. Étant propofé l'équation 
4 ss À — 1: 
guelle B° — 1, m étant divifeur de mana EE 
n & m font premiers entr'eux, à qu'on cherche les nombres 
pofitifs p © q, tels que pn — qm = 1, je dis qu'on 
aura x — B°y, y étant une racine quelconque de l'équation 
De (1) 
À 
2. Si n dm ont an commun divifeur & moindre que n, 
Doit n — vo, & pr — qm — 1, on aura xv — BP y, 
© P 
x — B 7 , $ 
+ = €, y éfant une racine quelconque de 
Y à q 
: — (+ 
l'équation TE. = ee 
ÿ , 
Car en faifant, dans ce dernier cas, x° — 8? js ona 


nee 


07 


478 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Makou MER = DIN (2 PER, 
Le premier cas eft d’ailleurs une fuite du fecond. 

Ce théorème offre déjà un très-grand nombre de cas où 


. # . f . STE B 
l'on peut rappeler immédiatement l'équation —— — 
#" +: 
A 
infinité d’autres cas où l'équation 


— e. I indique en même temps une 
SRE 
À 
compofe d'elle-même en un nombre y, d'équations de 


à la forme 


—= e, fe dé- 


: P 
d L re fé 0 x —8B y E : 
egres inierieurs 7 Lez far 44 


ExEemPzE Ïl 


18. Si on applique ce théorème aux équations du 
x — B 
A 
propofitions que M. de la Grange a déjà démontrées dans. 

les Mémoires de Berlin, années 1767 & 1768, 


— e, on trouvera Îles mêmes 


fecond degré 


1.” La poffbilité de l'équation 72 — e exigeant : 
À — 1 à 


PA ENT AN Ar ‘ 
qu'on ait B 1, fi 2 & ———— font premiers 


À 


entr'eux, c’eft-à-dire , fi le nombre premier À eft de Ia 

forme 4 a — 1, on aura x — = 2°. Voilà donc un 

cas fort étendu, où l’on peut réfoudre fans aucun tâton- 
x — B 


nement l'équation race lé 


2. Quel que foit le nombre premier A, fi l'on a 
BTE — j,.on en déduira B*T° — ,B, &, par 


conféquent x — 2**'; c'eft aufll ce que donneroit 
notre théorème. | 

3 Enfin fi on a B°*+" — _— ;, on fera, fuivant 
le même théorème, x — B° 7 ‘y, & on déterminera y par 


1 * 


€ 


équation 


Î 


A 


pieusuS CLE N:C.E,s. 479 


Cette équation fe réfout facilement par le #héorème 111, 
mais voici un moyen encore plus fimple. Soit plus générale- 
2 C? F 5h" 
ment —— — e; comme le nombre À doit être alors 
de Ja forme 4 a + 1, on peut fuppofer À = f* -+ g°. 
Soient # & 7 des entiers, tels que © — gu — A7, & 
il eft clair qu'on aura x — fu. Par exemple, ayant à 

25 


À : Le . F 
réfoudre l'équation —— — e, je décompofe 181 


en deux carrés 10°? + 9°, & je réfous l'équation $ — 94 
— 181 7. Je trouve # = 81; donc x — 81x10 — 86. 

I y a donc très-peu de cas où l'équation ue 225 
ne puifle pas fe réfoudre immédiatement par Îles principes 
précédens; c’eft lorfque le nombre premier À eft de la 
forme 4a + 1, & qu'en même temps on ne trouve 
aucune puiflance impaire de B égale à Æ 1. 


ExEemPLE IL 


 pz : # + 49 . , 

19. Soit l'équation ss — =, qui eft réfoluble 
parce que (— 49 )* — 1, les nombres 3 & 74 
étant premiers entr'eux, on aura, fuivant le théorème pré- 
cédent , x — (— 49) y— — 66 y, y étant une racine 

3 


de l'équation 2. —;4, 
223 
À ns À «+7 
Remarquez que fi on eût propofé l'équation 6, 
il eût été facile de voir que x — 6. Or il fuit de-là, que 
3 
dans féquation EL — e,onax — — 36 


223 
En effet, les trois racines de cette équation font — 36, 
166 M102; 


4 , . A 4 . 7 — B 
En général, ft « fatisfait à l'équation —— "te, 
3 ; : k : — BA 
il eft clair que «4 fatisfera à l'équation €, 


480 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


ExEMPLE II1L 
. A DE . #6 + 10 
20. Soit propolé l'équation —— 


laquelle B — — 20, B° — — 1. Puifque 6 & 5, 


{ont premiers entr'eux, on aura, fuivant le théorème, 


— “e), dans 


SET 
EE — —= er. 


Me 2 OV 


61 
; - Bi : À 
Or l'équation —— — e a pour folution complète 
MD, ; JON, KE 20.2 034 ET OR TARN 


les nombres qui en réfultent font + 7, + 24, H 30. 
EXEMPLE ÎV. 
es 


OI 


Z==':e; “onatroûve 


21. Soit l'équation 


B$ — — 1. Mais comme 10 & 6 ont pour commun 
divifeur 2 , on fera, fuivant la feconde partie du théorème, 


x — B'y& _—— — e. Celle-ci donne y — ( — 1 69)”; 


ainfr l'équation propofée peut fe décompofer en cinq du 
fecond degré, qui font, 


x — 120 2 — 154 x? + 183 
EN ER Re 
Gor 


6or 6or 
x — 276 4° — 234 


6oi FR cor Cor 


6or 


| 
I 


Mais cette décompofition eft peu avantageufe en général, 
car, il fuflit d’avoir une valeur de x pour la multiplier 


10 


. ,7 . to 
par les racines de l'équation ——- — e. Il n’eft donc 
# L: 


pas néceffaire d’avoir toutes ces équations du fecond degré, 
on peut s'en tenir à {a première & la réfoudre d’une manière 
quelconque. Au refte, on voit que la troifième de ces 
équations eft la plus facile à réfoudre, parce qu'elle peut fe 
x? + 28? | 

Got 


— € 


mettre fous la forme 
THÉORÈME V. 


D'EAS'ISICHENCE s 481 
THÉORÈME V. 


; F ? x" — B 
22. Soir l'équation à réfoudre — - — €, dans 


: L # A—: 5 
laquelle B° — x, « étant divifeur de Eee Joitx =" 
n © 
tr 


, 7 12 ,» x 
la folution complète de l'équation ——. 


être un des nombres a, ain, . .a(@ — 1)", je fuppofe B — ans 
© la folution complète de l'équation propofée fera x — amv +, 

En effet, cette valeur de x donne x” — B, quel que 
foit "m. Il fuft donc de faire voir que B fe trouvera 
toujours parmi les nombres &”, a". ..æ(®— 1)", Mais, 
puifque «” eft Ia folution complète de l'équation 


—= €; B devant 


LA] 
Li = nn LA . 
à = €, on aura a*” pour celle de l'équation 
Le — 1 
= . ï D ' 2e 
= == 2 écpuiique B° —.5#, Hd eft clan que B 
doit étre un des nombres repréfentés par «””. 


Cette méthode, pour réfoudre l'équation == = e, 
n'eft fujette à aucune exception; mais il peut y avoir plus 
ou moins de Jongueur à chercher 2 dans la fuite +”, 4°", &c ; 
& pour qu'elle réuffiffe complètement, il faut que Îe 
nombre © ne foit pas bien grand: alors elle pourra être 
applicable, même aux équations du fecond degré. Si léqua- 
ton B® — 1 réfultoit de l'équation B*e — — 1x, il ne 
faudroit chercher B que dans la fuite 4”, «?”, 45”, &c. 


ExEmPLe IL 


43 


23- Soir l'équation ne —e, je trouve B— — 1; 


donc l'équation eft poffble ; &à plus forte raifon B°— 1 : 
or ayant x" /— B& B%— 1; il en réfüuite x'° — 1, 


ou — e& Celle-ci a pour folution complète 


+193 


in. 1785: Ppp 


482 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


x — 50”; donc À eft compris dans la formule. .s0:#, 
m étant impair, puifque B* — — 1; on trouve qu'il 
faut faire e: =.3 sidoneixi so SE 64 


ExEmPLE IL 


1.5 
o1 


le théorème précédent, maïs qui n’a pu fe décompofer 


qu’en faéteurs du fecond degré. On a 


24 SOIT l'équation = e, déjà traitée par 


Me BP A ep D ER 
donc x°*° — 1. Maintenant, pour réfoudre l'équation 
PCT. ET 


éor 
fes facteurs s-.3.2?, & je confidère féparément les équations 


— e, je décompole {n° r r ) lenombre 120 en 


8 


Gor 


a — 1: 11  — : x 
dE AL MR RON Er 
Elles donnent refpectivement x — 4"*°, x = 4°, x — 4. 
Il faut donc prendre z de manière que les valeurs de x 
qui en réfulteront, & que j'appelle é, y, d donnent les 
folutions complètes de ces équations. I fuflit pour cela 
que B & y foient différens de l'unité, mais il faut que 
Jf ne foit pas + 1. 

Dans le cas préfent, il eft bon d’efflayer le mème nombre 
a pour les trois équations; s’il ne fatisfait pas à l’une, il 
pourra fatisfaire à l’autre. Soit donc 4 — 2; on trouve 


LJ 


EU LU EE T7 08 Do ee 169; 
$ — oi, u" —= — 169; 
donc 6 — —— 169. La même valeur de 4 ne donne 
ni y ni \, puifque d°? — 1. 
Soit 4 —= 3; on aura 


20 


HUE: 242 AR NS 0 nn, 2970 2 ia 
D 2 49 1, 07 = 1,4 Dei Aie 


DES SCctrEnNceE s. 48 3 


Donc y — — 25, & cette valeur de z ne peut point 
encore donner A, 

IL eft inutile d'effayer 4, puifque 2 n’a pas réuffi, Soit 
MES; on aura gd 1 275 om — 125. Mais 
cette valeur ne donne pas {a folution complète, parce 
qu'ayant À — , il s'enfuit M M HMS 
donc 4 — 7, & on aura 4° ou — 59, qui fatisfait, 
paepque M —© 2 7 

Je conclus de-là que /8 y)" ou ({ — 140/” eft Ia 


120 
— 1 


folution complète de l'équation 


= CS 
o1 


Maintenant, puifque 8° — — 1, B fera une des 
— 1 


valeurs de x dans l'équation — €, & par con- 


LA 


féquent fera compris dans {a formule (— 140)1% ou 
120#, 4 étant impair. On trouve qu'il faut faire pour 
cela u — $ ; donc la folution complète de l'équation 
a 
601 
(169). Les valeurs qui en réfultent font + 214, 
Æ 106, H 116, + 229, + ÀŸ 7 
Je n'infifterai pas davantage fur les équations de Ia forme 
x" — 3 
A 
Cx° — D 
À 
cédente, en 1a multipliant par un nombre u, tel que 


ChÆHr 
F ==, (5 


= eiefte (ee 140) TT où M2 14 


— e, j'obferverai feulement que l’équation 


— e fe ramèneroit immédiatement à Ja pré- 


25. En général, foit propolé de réfoudre l'équation 
CRE REP 
A 
autre que 2, on dégagera x” de fon coéfficient, comme 
il vient d’être dit » & on aura une nouvelle équation 
PE de pe 2 D Ge. 
À 


— €, À étant un nombre premier 


de la forme = e, où 


Ppp i 


\ 


484 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
= — alxt tt — B'x 7 — &c. On cherchera par 


* 
A — 17 


z 


le moyen de cette équation, la valeur de x 
exprimée en puiflances de x inférieures à x”, & on égalera 
cette valeur à + 1 & — 1 fucceflivement, ce qui 
donnera deux équations du degré # — 1, que l’on pourra 
combiner avec la propofée. Les communs divifeurs réfultant 
de cette combinaifon , feront des équations de degrés 
moindres, qui contiendront toutes Îles racines poflbles 
de Ja ce, 

Nous avons déjà fuivi cette méthode dans les équations 
de [a forme =—— = 2 — e; mais elle eft généralement 
applicable à toutes es équations qui font l’objet de cet 
article. 11 faut cependant examiner à quoi tient fon fuccès, 
& quels font les cas qui pourroient lui échapper. 

26. Toutes les fois que l'équation propofée aura des 
racines de deux efpèces, les unes au nombre de p, don- 

A —— 1] 
nant x 2 = 1, les autres au nombre de 9, donnant 


is 
x 2 — — 1;la féparation en fera faite par la méthode 


précédente, & on aura deux communs divifeurs des degrés 
P & q, qui contiendront ces deux efpèces de racines. C’eft 
déjà un avantage réel que d’avoir réduit l'équation du 
dégré 7 à deux autres des degrés p&g,quine renferment 
aucune racine inutile; & le fuccès de cette méthode fera 
toujours für, tant que l'équation propofée contiendra ainft 
deux efpèces de racines. 

Mais f: toutes les racines de l'équation donnent la même 

A — 1 

Valeur pour x 2 , il faut diftinguer trois cas. 

1. S'il y a des racines inutiles ou plutôt impoffbles ; 
en forte que l'équation du degré # ne foit fufceptible 


DES SCIENCE S. 485 
que d'un nombre de folutions inférieur à », lune des 


A — 1 
deux équations du degré # — 1, x 2 — pt 
A— 1 
ae — — 1, aura avec la propofée un commun 


divifeur qui contiendra toutes les racines poflibles de 
celle-ci, Ainfi, dans ce cas, on aura au moins écarté les 
racines inutiles, & on fera für que l’équation réduite a 
toutes fes racines poffbles. 

2.° S'il n’y a point de racine impoflible dans a propofée, 
mais qu'il y en ait d'égales entr'elles, alors l’équation du 


A — 1 
degré n — 1, à laquelle fe réduit x 2? — + r, 
A —1 
où x 2? — — 1, fera affez élevée pour contenir 


toutes les racines de la propofée, & le commun divifeur 
de ces équations les contiendra en eflet, débarraflées de 


ER £S ; { Lies 
toute multiplicité; condition néceflaire, parce que x 
— 1 ne peut avoir que des facteurs fimples (5). 

3 Enfin, fi toutes les valeurs de x font poflibles & 
inégales , elles ne peuvent être comprifes dans une équation 
du degré #7 — 1, & par conféquent le calcul ne peut offrir 

A — 1: 
que + 1 ou — 1 pour la valeur de x ? . On 
éprouveroit la même difficulté fi on vouloit décompofer 
par cette voie les communs divifeurs trouvés dans les cas 
précédens, parce qu'ils ont toutes Îeurs racines poflbles 
& inégales. 

27. En général, on faura au moins par cette méthode, 
combien l'équation propofée a de racines réelles de chaque 
efpèce, & quelles font les équations les plus fimples qui 


peuvent les contenir. C’eft ce que le théorème 1 nous a fait 
tp 


=" 


connoître à l'égard des équations de la forme 


486 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


On ne peut être arrêté dans l'application de cette méthode, 
que lorfqu'on rencontre x” — B dans la formation des 
puiffances fupérieures à x". If n’y auroit même aucun em- 
barras fi »1 n'étoit pas divifeur de À — 1. Mais dès que 
le calcul offre une équation de cette efpèce, il eft inutile 
d'aller plus loin, & on peut faire ufage des principes 
précédens. à 

On verra d’abord fi l'équation x” — B eft pofhble; 
& au cas que # ne foit pas divifeur de À — 1, quelle 
eft l'équation plus fimple x* — C qui renferme toutes 
fes folutions. D'abord « peut être moindre que #, & alors 
on combinera l'équation x* — € avec la propofée; le 
commun divifeur en renfermera toutes les racines. 


En fecond lieu, fi © eft plus grand que », on prendra 
à l'ordinaire la valeur de x° exprimée en x ",x" *, &c. 
Égalant cette valeur à C, on aura une équation du degré 
n — 1, qu'il faudra toujours combiner avec la propolée. 
Mais il peut fe faire que Ja valeur de x® ainfi trouvée ne con- 
tienne pas de x, & {oit précifément €; d'où il n’y auroit 
rien à conclure, finon que l'équation propofée a toutes 
fes racines réelles, & qu'elles fe trouvent comprifes parmi 


celles de l’équation x* — C ; équation qu'on auroit trouvée 
immédiatement , fi dans la fuite des puiflances qu'on a 
A— 1: 


formées pour arriver à x * , on avoit calculé le 
terme x”, 


28. Pour peu qu'on y fafle attention, on verra que 
tous les cas poflibles dépendent de celui où les racines 
d'une équation étant toutes réelles & inégales, Îles racines 
font comprifes dans l'équation x* — C qui elle-même 
a toutes fes racines poflibles. On peut réfoudre cette 
dernière par Îes principes précédens, & voir parmi ces 
différentes racines celles qui fatisfont à l'équation propofée. 
Mais comme « peut être beaucoup plus grand que #, pour 
éviter les tâtonnemens qui deviendroient trop longs, on 


27 


nl ES) IS CINE NLC,E,s. 487 
peut faire x — ÿ = 4, À étant à volonté, & réfoudre 
l'équation en y par les mêmes principes. I eft difficile 
qu'on rencontre encore y — C, ou qu'on foit arrêté 

ar une difficulté femblable : mais un moyen encore plus 
fimple, c’eft de décompofer l'équation x = €, fi « n’eft 
pas un nombre premier. 

D'abord, fi on avoit #* — 1, « étant pair, on feroit 

© [2] 

immédiatement x 2. — + 1&x2 = — 1. Cette 
décompofition eft la plus fimple de toutes. Mais fi on a 
en général x* — C, foit 0 le plus petit divifeur de w, 


() 
& foit réfolue l'équation LE — e, dont j'appelle les 


racines y, y, y’, &c. Faïfant © — 8 «/, on aura un nombre 
8 d'équations x — y, x — y’, &c. qu'il faudra com- 
biner avec la propofée, & il en réfultera certainement une 
décompofition de celle-ci. Car, je fuppofe qu’étant tombé 
fur l'équation xo — €, on s’eft afluré qu'il ne peut y en 
avoir de plus fimples comme feroit x®' — C', «! étant 
fous-multiple de ©. Dès-lors il eft clair que toutes les 
racines de l’équation propofée ne peuvent être comprifes 
dans une feule des équations 


ATEN, x == |", ce 


C'eft ainfi qu'on peut procéder dans tous les cas fans le 
fecours d’aucune transformation, à moins que « ne foit 
un nombre premier. 


Æ, X.È MP LES E 


2037 + 31° — B2y + 72 


211 


2e | 


29: RÉSOUDRE l'équation 


j'ôte le coéfficient du premier terme & faifant pour abréger, 
PPT AR 


= fr, ju 


— e; d'où je conclus 
2311 


t 


488 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


x — 10X — 85 
 — —. 85 x + loi, 6, 
x = — 7x + 17X — 103, 
> 38x — 94x — 99, 
— 3Gx° — 62x + 6x, 
= — 73 — 16% + - 77, 
LU IO4X" + S9X + 12, 
Rd 4E + 7x + 77. 
Je combine maintenant l'équation 46 x° +- 75 X + 77 
— 1 — o avec la propofée. Prenant le figne fupérieur 
on trouve le commun divifeur x —— 100 — o: avec 


le figne inférieur, on ne trouve rien. Donc l'équation pro- 
pofée n’a qu'une racine y — 103, ou bien elle en a trois 
égales à 103 (n° 20); mais il eft aifé de voir que ce 
dernier cas n'a pas lieu. 


ExEMmMPLE Il. 


30. ÉTANT propolée l'équation 


at + x + 4 x — 21 x + 16 


—% 
53 
je trouve 
= — x — 4% + 21 x — 16; 
= — 3H 25x +16 x + 16, 
= —25x— 25 x + 6 x — 5, 
$ — — 24%. 


Je m'arrête à l'équation x = — 24 x, oux? — — 24; 
& comme 7 n'a que 1 pour commun divifeur avec 52, 
il n’y a qu'une folution de l'équation x? — — 24. On 
trouve {n° 7), que cette racine eftx — (— 24)" — 7, 
& cette valeur fatisfait à l'équation propofée; c'eft donc 
la feule folution dont elle foit fufceptible. 

ExempPLe Il, 


DES SCIENCES. 489 


ExemPLe IIlL 


x 1 : + at 24 + 19 
31. SOIT encore l'équation : "1; 
9 
en trouvera 
D —— x — 2x — 19, 
+ 3 — 21X + 19, 
x — — 24. 
Or, le commun divifeur de 8 & nn 58 étant 2, j'en 
conclus d'abord que l'équation x° — 24 ne peut avoir 


que deux folutions. Je trouve bte par le Théorème I, 
que ces deux folutions font poflibles & renfermées dans 
F- 8 a — L . 
l'équation D HIS — e; celle-ci donne au premier 
coup-d'œil x — —= 8 ; mais fans s'embarraffer de cette 
folution, on combinera lé uation x — $ avec la pro- 

q HUE P 
polée, & on aura pour commun diviféur x = — 8, 


ExEMPLE IV. 


2H 14 + 24% + 23 


32: L'ÉQUATION = 6; 
donne fucceflivement 
XD — — IAN — 24X — 23, 
= — 11 + 8x + 17, 
= — 21X — 24X + 9, 
Ce 23 X° + 10%X + 10, 
Es LT 


.Je n'arrête ici; & comme l'équation x" — 11 4 toutes 

fes racines pofhbles, (6) la propofée doit avoir trois 

folutions (27 & 3 ): Pour les trouver, on pourroit réfoudre 

équation x” — 11, & eflayer celles qui fatisferoient à 

À Poe Mais il eft plus DbIE de füivre la méthode 
u n°2 


Mém, 1785. Qgqq 


490 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
gi — 11 
6t 
Or, ïl eft facile d'avoir une valeur de y f#héor. IV); car 


Soit y? — 11ou — e, & on aura x — y, 


AU D = 145 LT == 1, 1 CNMNINIEN == 104, 
& par conféquent y — 117, ou y — — 11. Ontrouve 
enluite la folution complète y — — 11 (— 14)”, 
qui renferme les trois valeurs — 11, — 29, — 21: 

Je laifle y indéterminé; & l'équation x’ — y donnant 

— 21X — 24X + 9 — y = 0, 

OU X°— 25x41 17 —20 y— 0, je fais 17 —29y— 37, 
& les trois valeurs de 7 feront — 4, -— 16, 30. J'aurai 
donc x — 2$ x + 7 — 0. Combinant cette équation 


avec Îa propolfée, on a 
{23 + z)x + 23 — 2237 = 0; 
mettant fucceflivement les trois valeurs de 7, on trouve 
CRT I CURE Mme ail D 


qui font les trois folutions demandées. 
APRIL T CPE NAT: 


ue. 
Ufage de l Analyfe indéterminée dans la recherche des 
Divifeurs des Equations. 


H femble qu'on peut, au moins dans certains cas, tirer 
quelque parti de l’analyfe indéterminée dans la recherche 
des divifeurs des équations; nous en donnerons un effai 
dans les exemples fuivans, & nous commencerons par les 
divifeurs du premier degré, quoiqu'à leur égard la méthode 
de Newton ne laifle rien à defirer. 


ExEempPLe IL 


1. On demande un divifeur rationnel de l'équation 


x} = 292 X° — 2170221 x + 6656000 = 04 


miens 19) ER MCE s& 491 
. Je repréfente le premier membre par P, & fon divifeur 
par x + a. Le terme de P n'ayant pour facteurs fimples 
que les nombres premiers 2, $, 13, je cherche fi a ne 
{eroit pas divifible par 13, ou fi l’on ne pourroit pas faire 
a —= 13 y. D'abord je divife P par x, à l'ordinaire, 
#7 — 292 x° — 2170221 x + 6656000 Ç x 

Refte + 6656000 + — 292 # == 2170221 

Je fais enfuite le dividende 
P—=(k+ 137) (é — 292x — 2170221 + 137); 
d'où je tire, eu réduifant & divifant par 13, 

I$12000 — y(x* — 292% — 2170221) + x7 + 1377, 
omettant dans cette équation les multiples de 1 3, elle devient 
— S = Ji — CGx — 1) + x7; 

y eft une conftante, mais z eft de 1a forme ax + €. 
Sans m'embarrafler de ces indéterminées, je fais x = o;ilen 
réfulte y — 5, c'eft-à-dire plus exaétement, y — $ + 13}. 
Le divifeur x +- a devient x +6 5 + 169 y',c'et pourquoi 
je divife P par x + 65, 

#3 — 292% — 2170221 # + 6656000 * + 65 
refte + 146212040 j  — 357% — 2147016 
Soit 
P=— (x + 65 + 169 y) 
(Ë — 357x— 2147016 + 1697). 
J'aurai en réduifant & divifant par 169, 


865160 — [x — 357x — 2147016) 
+ G + 65/7 + 16971 

Omettant les multiples de 169, on a 
49 = (x — 19x — 40) ÿ + (x + C5) 7: 


. Ari +-# ! 12Y-— 49 al ss 
Soitx—— 65, on aura49 — 12", OU — 64 


Qqqi 


492 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


il réfulte de-Ry = — 10, ouplutôty —=— 10 + 1693": 
Donc le divifeur de P deviendra 

x — 162$ + (169) 7". 
Mais, fi on continuoit l'opération & qu’on divifät P par 
CA 1625 , on trouveroit le quotient exact 


XŸ + 1333X — 4096. 
Ainfi il n’eft pas néceflaire d'aller plus loin, & x — 1625 
eft le divifeur demandé. 

Dans tous les cas l’opération fe terminera plutôt fi on 
confidère que a doit être un divifeur du dernier terme de 
l'équation. 

ExEempPrze IT 


2. SoiT l'équation 
x3 — 157x° — 380x — 16000 — 0; 


dont on demande le divifeur x + a, a étant fuppofé 
multiple de s. 

A caufe du pénultième terme qui eft divifible par $, on 
ne peut pas commencer cette opération comme la précé- 
dente ; mais foit x — $y, on aura en fubflituant, divi- 
fant par 25, & omettant les multiples de 5. 


2 
— 2f — y —= 0; 
c'eft-à-dire y — o & y — 2, valeurs qu'il faut examiner 
léparément. 
La première y — o indique que y lui-même eft un 


multiple de s, & qu’on doit fuppoler x — 25 y. Cette 
valeur étant fubftituée dans l'équation propofée, on pourra 
divifer tous les termes par 125$, rejetant enfuite tous les 
multiples de $, on aura 


— y + 2 — 0. 
Donc y — 2, ou plus exaétement y = 2 + 57", 
& par conféquent x — $0 + 1257"; on peut main: 


Sims ete Noces 493) 


tenant reprendre la méthode de l'exemple précédent, & 
divifer le premier membre P de l'équation propolée pa 
x — 50: 
#3 — 1574 — 380 x — 16000 # — 50 
MA 7 TU refle Et 3000 de We i A — 107% — 5730 
On fera enfuite 
P= (x — 50 + 1255 
(Ë — 107X — 5730 + 1257"). 
Réduifant, divifant par 125, puis rejetant les multiples 
de 125, on aura 


— 45 = (XX + 18 x + 20) y" + [x — 50) 7; 


foitx — $o, on aura 45 y" + 45 — 0, ou 
TETE D 07 MR 
PRET. her 
d'où l'on tire ÿ = — 1 + 25 y”. Le divifeur 


de P devient donc 

4 1753125 
Mais fans aller plus loin, il eft aifé de voir que cette 
forme de divifeur ne peut avoir lieu ; car fi eïile étoit 
vraie, il faudroit qu'en donnant à y" une certaine valeur , 


16000 640 
(ZA ou #4 
312$ D — 175 125, Jia 


fût un entier, ce qui n’eft pas poflble, 


Je pafñle à la feconde valeur 


= 2+5$y,oux — 10 + 25 Y; 
& je divife P par x — 10. 
47 — 1574 — 380x — 16000 # — 10 
refle — 34500 j # — 147 À — 1850 x 


je fais enfuite 


P—=(x—i0+2sy)(* A} A A mm cd 


4o4 Mémoires De L'ACADÉMIE RoyaALe 


d'où je tire en réduifant , divifant par 25, & omettant les 
multiples de 25, 


— 5 =Y (+ 3x) NX — 107 
foit x — 10, on aura 
S + = Oo, ou = — 1 + 5 y" 

Le faéteur cherché devient x — 35 + 125$ y". Je 
divife donc P par x — 35; & opérant à l'ordinaire, je 
trouve ÿ" — — 1 + 25 ÿ”, & par conféquent le 
divifeur fera x — 160 + 3125 y”. Or fi l'équation 
propofée admet un divifeur de cette forme, ce ne peut 
être que x — 160 qui en effet eft le divifeur demandé. 
On le trouveroit aufli en continuant l’opération plus loin, 
puifqu'il faudroit divifer d’abord l'équation par x — 1604 


ExEempPzeEe Ill 


3. Soir propofé maintenant de trouver un divifeur 
de deux dimenfions de la quantité 
P— x — 14 — 23 3x + 442x + s00x — 8404 

Je repréfente ce divifeur par x + ax + b, & je 
fuppofe 4 multiple de 7. En rejetant Îes multiples de 7, 
on aura x + a pour divifeur de x* — 2x° + x + 3; 
il faut donc voir s’il ya une valeur rationnelle de x, telle 

at — 2 + x + 3 F 

QU — a rene OU OÙ trouve par les prin- 
cipes précédens, qu'il exifte en effet une telle valeur de x; 
mais une feule; favoir — 3, de forte que le divifeux 
xx + ax + b prend déjà la forme xx + 3x + 7. 

Je divife P par xx + 3 x; j'ai pour quotient x? — 17x* 
— 182% + 988, & pour refle — 2464x — 8404 

Je fais 


P= (xx + 3x + 7y)(6 — 17 — 82% 
+ 988 + 72 


DIENSU US COTE N-C.E & 495 
d'où réfulte 
— 352X* — 120 = y(x — 17 x — 182 x + 988) 

HU 3x) + gp, 
& en omettant Ies multiples de 7 
O2 — IV — 3% +1) + (3x7, 
foit 
A NEO, Qc y — ant C, 


— 2X — 1 — (3x — 3C)x + €, 
donc 

AT ET DT ITR 
Le divileur devient x? + 24 x — 7 + 49; je divife 
donc P par x + 24x — 7; & conformément au 
quotient qui en réfulte, je fuppofe 
Puit 7 499) (io 385 

+ 686x — 16288 + 497) 

réduifant, divifant par 49, & fupprimant les multiples 
de 49, j'ai 
XH 8 = y (x + 1I1X —20) +7 (x + 24X —7). 
Je fais y — ax + €, & fuppofant x + 24x — AE:0 


1 


Ptroneah— à, Cu 1, & le divifeur devient 
À — 25% + 42 + 2401". 


La grandeur du nombre 2401, eu égard au dernier terme 
de P, ne permet pas de continuer plus loin l'opération; 
& fi P à un divifeur de la forme fuppofée, ce ne peut 
être que x — 25 x —- 42. En eflet, la divifion 
réuflit, & le quotient eft x? 1 11x° — 20. 


ExEMmMPLE IV. 


* 4 ENFIN, pour dernier exemple, propofons-nous de 
écompofer la quantité | 


406 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
x6 px — saxt — 181 x + 21x + 262x — 120; 
en deux facteurs rationnels du troifième degré. - 
Je repréfente cette quantité par P, & l’un de fes faéteurs 
ar x? + ax° + bx + c; fr la décompofition eft 
pofflible, un des deux facteurs aura fon dernier terme 
divifible pars ; ainfi on peut fuppofer que c eft multiple 
de 5. Rejetant donc les multiples de $ dans la quantité P 
& dans foñ divifeur, on verra que x° + xŸ + x3 — x 
+ x —+ 2 doit être divilible par x* + ax + d. 
Refte donc à chercher les divifeurs de deux dimenfions 
que peut avoir 
Ph ft Sp LA < DA pit 2 
en rejetant les multiples de 5. Ces divifeurs font au 
nombre de deux, favoir : 
pe AR M MONT NS OM 
Aïnfi jufqu’à préfent le divifeur de P eft fufceptible des 
Juiqu'a tp P 
deux formes 
a — Ka x HR SP x — 2x — x HR Sy. 
Je me contenterai d'examiner la feconde, 
Or, en divifant P par x — 2x — x, & faifant, 
coriformément au quotient, 
P—=(E — 2 — x + 57) 
(RER S RAT RTE 272 RQ 
on à d’abord 
= JI4N — 2Y— 24 y (x + 3X — 47X— 272) 
DH LR eat = 4). Se 
puis omettant les multiples de 5, 
 — 2x + LE pfxè — 28 — 2x — 2} 
# Ko ga 2 x). 
Prenant enluite y = « à + G x hiy, & fuppofant 
LA = 3 
4 ee 21 X- 


D''ETSMISIEONE NIC2E rs 497 


XP — 2x — x —o, on trouve par l'identité des deux 
membres 

a —= 2 Crayon ps 
donc 

MID RU HI, SJ’, 


& le divifeur de 2 devient 
A — TX — 11X + 10 + 257. 
Si on vouloit enfuite poufler l'opération plus loin, 
faudroit divifer P par 
P 
x — 7X — 11xX + 10, 
mais on trouve que Îa divifion réuflit exactement, & que 
le quotient eft 
x + 8x + 13x — 12. 
Ce font donc les deux facteurs demandés. 
s- I refte à faire voir comment, dans cet exemple, on 
a trouvé les facteurs de deux dimenfions de 
À LRU TROUS op <>, 
en rejetant les multiples de 5. On trouve, par les principes 
précédens, que cette quantité eft divifible par x — 1, 
& qu'elle donne au quotient 
Ge SA RUE NET qe EN 
celle-ci n’a plus de faéteurs du premier degré, fans quoi 
. on combineroit ces facteurs deux à deux, & on auroit des 
facteurs de la forme x + ax + 4. Le facteur fimple 
x — 1 devient donc inutile; & {a queftion fe réduit à 
chercher fi la quantité 
MALE UM. 00 2 pt CES RTE à 
n’eft pas décompofable en deux facteurs du fecond degré, 
XX + ax + b, xx + ax + , 


toujours dans l'hypothèfe où l’on rejette les multiples de 
Mém. 1785. Rrr 


498 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

5. Or, comme les nombres 4, a', b, b' ne doivent pas 
furpañler + 2, on reconnoit bientôt après quelques ten- 
tatives, que les divifeurs cherchés font 


QU D EN D OL RON = NN Ere 
Je dis après quelques tentatives, parce qu'il eft plus fimple 
de faire des fuppofitions fur la valeur d’un coéflicient, que 
de déterminer direétement ce coéfficient par l'élimination. 

Il eft inutile d'ajouter que fi, dans cet exemple, on 

n'eût point trouvé de divifeur du fecond degré pour Îa 
quantité 

x SH A ER 2 KEY Æ 2, 
il auroit fallu en conclure que la quantité propofée P 
n’admettoit aucun facteur de trois dimenfions. 


Recherche d'une efpèce particulière de divifeurs irrationnels. 


ON trouve dans l’arithmétique univerfelle de Newton, 
des méthodes fort ingénieufes pour ramèner, lorfque 
cela eft poiible, les équations de degré pair à la forme 
2 — à N° — o, M & N étant des fonctions ration- 
nelles de x, & «& un nombre non-carré. Je vais faire voir 
que ces réduétions peuvent s’opérer auflr par une méthode 


analogue à la précédente & qui s’étendroit aux équations 


de la forme M" — a N° — o. Mais avant tout il faut 
démontrer la propofition fuivante. 
6. Si la quantité 
RNA 0 Et BE 4 COX MOT ee SE ES 
dont les coéficiens font des nombres entiers, peut fe ramener 
à la forme 
CR EEE" 7... « ONE 

_— max + CE ES 5: 0 
dans laquelle tous les coéffciens font rationnels, chacun de 
ces coéfficiens , ou tout au moins fon double, fera un entier. 


D'hetsM SICILE Nac2E 14 499 
Soit, par exemple, la quantité 


AE let CO SEEN TS Lo + 
qui ait pour facteurs fimples 
X+a,x + G,x + yix HA x He, x Hé; 


& fuppofons qu'on veuille d'abord lui donner la forme 


+ ax +bx + — (pk + gx + r}, 

ou la décompofer en deux faéteurs du troifième degré. 
M) ax + brie RE ie bat c 

DEP PTIT AN Es TAN LME 1 SON 


Sans chercher par l'élimination les équations qui détermi- 
neroient 4, b, c, p, g, r, on peut juger d'avance du degré 
& de la forme de ces équations. En eflet, pour nous 
borner aux coéfhciens à & g, on auroit, entr’autres valeurs, 


b+gqg—a6 + «y + Cy, 
B— gg —= Ne + NC + sÈ 


eu 
20 = (a + ay + Cy) + (de + NC + ce), 
29 = (a6 + ay + Gy) — (Ne + NE + «Ë), 


Et comme on peut faire à volonté la permutation des 
quantités &, ©, y, N\,e, €, ïl eft clair que l'équation qui 
détermine 24 eft du dixième degré, & celle qui déter- 
mine 2 g du vingtième. La dernière ne contenant que des 
puifflances paires de finconnue, fi on fait 26 — y & 
4 — %, les équations en y & 7 feront l’une & l'autre du 
dixième degré: de plus, comme les coéfficiens À, 2, C, &c, 
font des entiers, il faudra que ceux des équations en y & 7 
le foient aufli. Donc fi y & 7 font rationnels, ce feront des 


2 2 2 
entiers; & comme p”, g°, r tiennent lieu de sa! ,nb' ,nc', 


1 faudra que à & D! foient des entiers ou des fractions, 
Rrr ij 


500 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

dont le dénominateur eft 2. On voit d’ailleurs que le même 
raifonnement s'étendroit à des quantités d’un nombre quel- 
conque de dimenfions. 


REMARQUES. 


pit Sila quantité x" + Ax" TH Bx L'MX 
eut fe ramener à la forme M — « N°, on peut toujours 
P P } 


fuppofer 


2M — 2 


M = x" + MP TDR 1e | EN 
& IN IR Uccle DK a le its 
il ne feroit pas plus général de prendre 

DD = fa gt CE x es 


& N if x" Er g'x" — 7: ds Lx — 1 Ep &c. 

2. Le nombre & peut toujours être regardé comme 
entier, & exempt de tout facteur carré. 

3. Si quelqu'un des coéfficiens alternatifs À, C, Æ, &c. 
qui affectent les puifflances impaires de x, eft impair, il faut 
néceffairement que parmi les nombres a, b, c, a’, b', «', &c. 
il y en ait de fractionnaires ; car s'ils étoient tous des 
entiers , il eft évident qu'en développant l'expreflion 

(+ ax He D TT? + &c.)* 
— à fax + D À + &c.)’, 
les coéfficiens des puiflances impaires de x feroient tou- 
jours pairs. 

4 Dans Ie même cas où quelqu'un des coéfficiens 
A, C,E, &c. eft impair, il faut que le nombre « foit de la 
forme 44 +- 1, & que deux coéfficiens correfpondans, 


comme a & a, b & b', c & c', &c. foient ou tous deux 
. . . ! 
entiers , ou tous deux fraétionnaires : car 4 —— aa°, 


3 Un ! 4 è 
D — ab”, & — ac”. &c. doivent être des entiers: 
fi: donc à, par exemple, eft fractionnaire, il faut que d' le 


foit aufli. De plus, en faifant  — 2 — = kb = —— — = 


DAS USICOLE NACE ss sor 


! 
on voit facilement que à — ab* ne fauroit être un 


+ 


. » . L2 è 
entier, à moins que De À le foit auffi; donc « eft 


alors de la forme 4 4 + 1. 

Newton avoit fuppolé ces préliminaires fans les dé- 
montrer; c’eft pourquoi nous fommes entrés dans quelques 
détails à ce fujet: paflons aux exemples. 


FÉSÉENMRPND ENT 


7-+ So1T propofé de ramener l'équation 
SEE OX + 1SX° — 27X + 9 —= 0, 
à la forme M° — a N° — o. 

À caufe du coéffcient impair 9 ou 27, je vois déjà 
que M & N contiendront des fractions. Pour les éviter, 
je multiplie par 4 le premier membre P de mon équation, 
& j'extrais à l'ordinaire la racine du produit; je trouve 


5 2 21 
que cette racine eft 2 x° — ox — > avec le refte 


o 1 
405 x + 35 L 
16 


Sans connoître le nombre «4, on voit qu’en rejetant les 
multiples de &, la quantité 4 P ou 4 M° —_ 4 x N° 
deviendroit un carré parfait. Il faut donc qué la fuppreffion 
des multiples de « faffe difparoître le refte 

Le EPA arts us 
& par conféquent « eft un divifeur commun des coéfficiens 


Æ05 .13$ 


ro Le divifeur commun de ces deux nombres 
1 


» 


eft 135 ou $.3°. Mais comme «4 ne doit contenir que 
des divifeurs fimples & de la forme 4 # + 1,on a 
néceflairement 4 — S- 


. 217 , 
La racine 2x° — Or peut maintenant être 
æ 


mife fous une forme entière, en reflituant les multiples 


L 


502 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


— 21 


de 5. À a place de , il n'y a qu'à prendre 


Le 2 ca ee + 1. On fuppofera donc 


4 

AP, —; (axe ox) EX CES y) SUN, 
ce qui donne 
O — SX + 18X — 7 + 2y (2x° — 9x + 1) 

+ 57 — N° 

rejetant les multiples de $, on a 
O——2X—2+y/{— x ax + 2) — N'; 
or y — une conftante, & N— Jr + 6; foit x* — 2x + 2, 
afin de faire difparoïître y, & on aura 

oO — 2x + 2 + fade + 24\)x + 6° + 24; 
d'où réfulte 

D CRE LINE RON L IC PE 
fouftrayant l’une de l'autre, on ae — o, ou & — 24 
Cette feconde valeur ne peut fatisfaire, puifqu’il en réful- 
teroit se 2 Ne = RON 2 lou DE 
ce qui eft impoflible. Il faut donc que « — o, & par 
conféquent N° = — 1, A = H2, & y — 1. Mais 
comme le figne de A eft arbitraire, & que doit être 
impair, je puis prendre À = — 2 + $ — 3, & 
j'ai, en fubitituant, 5 
4P—= (2 —9x+6+25y) — s(3x+ 57); 
fr on vouloit enfuite déterminer les valeurs de y’ & de 7, 
on trouveroit dès en commençant, que ces valeurs font 
nulles, & qu'on a exactement 
4AP—= (2 — 9x + CG — (3x), 

ou P— fx — Êx + 3) — s [(ix)", comme 
l'a trouvé Newton, par une voie très-différente. 

Dans cet exemple, on peut remarquer que tout a été 
déterminé d’une manière directe & fans tâtonnement. Il 
n'en eft pas de même dans les degrés plus élevés, & a 


DTEVSLAS CNE NICE s. 503 


première valeur de N pourra exiger quelques eflais, fi on 
ne veut pas avoir recours à l'élimination. Voici cependant un 
nouvel exemple encore tiré de Newton, où le calcul réuffit 
complètement, quoique l'équation foit du huitième degré, 


ExEmPLE Il. 


8. ON propofe de ramener l'équation 
2 HR ga — x6 —— 10 x + ss xt — 5 * 


— 10 X — 10*%— 5 —o 

à la forme 
(+ 2x + Gt ya + A) — a fex3 + Êx nx +0) — 0; 
. à caufe du coéfficient impair — 5, qui affecte [a puiffance 


impaire x?, je vois que & doit être de la forme 4 m + 5, 
& que les coéfficiens 6, y, d\, &c, ne font pas tous des 
nombres entiers. J'extrais donc Îa racine de 4 P, qui eft 


2x + 4x — sx — À, 
& je trouve le refte 


105 2 345$ 
= RENE a 2 qe 
10 x Éd 40 x FRS 


le divifeur commun de tous ces coéffciens eft 5; donc 
dl —)5. Soit 
AP (2 46,53) 5 
on aura 
É—2y(2É#+a4ax)— sy = 4x + 8x! 
— ATH 4 x + Bx + 8 x + 4 
Omettant les multiples de $, on a 
++ 2%) = — x — 2 x 
LCAPFS DEEP ONE TS RE 


or, de ce que le multiplicateur de y ne contient point de 
puiffance de x inférieure à fa troifième, il en réfulte une 
fimplification remarquable qui va faire connoître tout de 
fuite la valeur de 7. En effet, fi on élimine les puiflances 


504 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
de x fupérieures à la troifième , par l'équation x* — — 2 x? 
ASE b q , 
qui donne x’ — — x}, x°°— 2x, & qu'on fafle 
’ k ! 
ad + CGx + yat + À x, 
on aura 
aa +2a 0x Lou x Han Ni 1 2x 2x Pas 
HAE € DES 


ONE 

NE 

ES 4 M 

+ 2 iNaNe 
doulon tire 4 gi, == Nr J'outa 19 31 Menfiite 
ER — 2, 9 11 60 9 SON RE AU ES 
Ceélle-ci-donne N :.— 0, où NM = = 2. 


J'examine d’abord cette feconde valeur de 4"; elle donne 


2=22+ 2x + x — 2 x; 

de-là réfulte y — 2 x—1,& par conféquent 
4P— (2x 4x + 10x — 5 + 25 y }° 
— (2 — À — 2x — 2 + sg). 


Mais comme les coéfficiens d’une même puiffance de x 
doivent être tous deux pairs ou tous deux impairs, à la 
2 Ê P 
place de 2 x? — x° — 2 x — 2, on peut prendre 
2? AXE 22 * 03h 
& on aura 
4P—= (2 + 4x + 10x — $s + 25} 
= SULRN ARE" 2 x + 3 --O 
Or, en pouflant l'opération plus loin, on verroit qu'elle 
eft déjà terminée, & qu'on a exactement 
Pt +2 tsx if — sax —x Hi). 
Si 


D ES ISICH E MCE Ss. sos 
Si ôn eût pris la première valeur de S’, favoir dN — 0, 
la décompolition eût encore été poflible, & on auroit trouvé 
P=(É Han — IE — SE + x + 1); 
la première décompofition eft la feule que Newton ait in- 
diquée ; s’il s’en trouve une feconde également poflible 
dans cet exemple, c'eft que la quantité P eft le produit 
des deux facteurs 
x — 1 RS + SH sitio sx ts, 
qui font chacun de la forme 41° — s N°. 


ExEemPLeEe IIl 


9. Entin, foit propofé de décompofer de la méme ma- 
nière l'équation 
x°—10x —21at—573x—743x" + 262x+38—0. 
Je commence par extraire fa racine du premier membre 


8o 
- avec le refle 


P, je trouve x? — 5 x — 23 x — 


, dont les coéffi- 


6446 
— 5287 x — 18207 x — HET 


ciens ont pour commun divifeur 17; donc — 17. 
Le double de la racine, en omettant les multiples de 17, 
Et 2x? — 10% + sx — 4; ainfi on aura 
4AP— (28 — io + sx —4 +17) — 177; 
réduifant, divifant par 17, & omettant les multiples de 17, 
on a 

dE MERE ae ZX 8 À) 
HE 5 + 8x he 6x — 4x + 8 — 0 
Pour chafñer y, foit 

, A — SX + 6x HF 2, 
on aura 
= 3x — 6. 


? 
Mém, 1785. cp 


506 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Or fi on fait 


Z — a (x 4 Ex M), 
on trouve 
(CH 106 + 2y — 3) —= 3 
Gy HU G ts Dr 0e 
(Ÿ + 46 — 7) 


d'où réfulte, pour déterminer 6, l’équation 


O 


263% + 76707 —— 86 + 1 ee 


celle-ci n'offre qu'une valeur de 6, favoir, 6 — — re 
de-là, 
Y= HIT AI AE — SX +4) 4 — 3x — a, 
enfin y — x +- 1. Ainfi en repréfentant 4? par H1*° 
— 17 A°, on aura 

M = 2x — 104 + 22X + 13 + 179% 
& N—4x — 3x — 1 +177; 
mais comme les coéfficiens d’une même puiflance de x 
dans {7 & dans N, doivent être ou tous deux pairs ou tous 
deux impairs, à la place de — 3 x, je mets — 3x + 17%, 
où 14Xx (je pourrois mettre aufll — 3x —— 17x, ou 
— 20%, le calcul fuivant redrefleroit cette fuppoñition fi 
. elle n’étoit pas exacte ) : je fuppoferai donc 


4P— (2x— 10 x + 22x +13 + 289y)° 
TR (EN MAMIE RTE 17 2/0 


mais on verra tout de fuite que y & 7! font zéro, & 
qu'on a exactement 


P=(B— sx rix HE) — 17 (ax + 7x — 
Ces méthodes font fort imparfaites, mais l'utilité de 
leur objet nous a engagés à les inférer ici, quelque petit 


Di ES US 4C LE IN°CE S 507 

+ que foit fe nombre des cas où on peut s’en fervir avec 
Perd D'ailleurs, l’idée de rejeter graduellement les mui- 

tiples d'une quantité, peut faciliter d’autres recherches. 


ARTICLE III. 
Théorème fur la poffibilité des Equarions indérerminées 


du fecond degré. 


1. TOUTE équation de cette efpèce peut fe réduire 

d’abord à 1a forme 
RE BY = A; 

B & À étant des entiers pofitifs ou négatifs, dégagés l'un 
& l'autre de tout facteur carré. On réfoudra enfuite cette 
équation, fuivant la méthode ingénieufe de M. de la Grange, 
en la faifant dépendre d'équations femblables, où les coéf- 
ficiens diminuent continuellement, jufqu’à ce que l’un d'eux 
foit réduit à l’unité pofitive. 

Soit À > B, comme on peut toujours le fuppofer, & 
foient pris les entiers &, &', «", &c. de manière qu'on ait 


nn RUE 4 Au TS 

DES DOUTE La 

salsa B Len LEA ge, 
&c. 


Ja première équation eft la feule qui ne foit pas réfolue 
immédiatement; elle fuppofe qu'on a déterminé l'entier & 


qui donne == —= e; «étant trouvé, les autres s’en- 
fuivent par les formules 

NC AN EM, 

PU A Eve, 


&c. 


D'ailleurs, les carrés 4°, k'?, &°*, &c. font ceux qui peuvent 
Sf{ 


508 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


être facteurs de 4° — B, É B, &c. & qu'on a foin" 
de mettre à part, afin que A’, 4”, &c. ne contiennent que 
des facteurs fimples, ainfr que À & B. On prendra aufli les 
entiers arbitraires u, m',u", &c. de manière que à, &/, a", &c. 
ne foient pas plus grands que + 4, + 4’, + A”, &c. refpec- 
tivement. Par ce moyen, la fuite À, 4', A", &c. dimi- 
nuera le plus rapidement qu'il eft poflible jufqu’à un terme 
A” moindre que 2. Cela pofé, l'équation x° — By A 
dépendra des équations fucceflives, 

D re A 

Rp NN A, 


oo 


ULB pres At 
& comme x & y font confidérés fimplement comme ration< 
nels, la dernière équation peut fe mettre fous la forme 

Ne A Ne te 
On peut donc procéder femblablement à 1a diminution 
de À par les équations fucceflives, 

GATE Ag ET Pt) 

LHERNAE IQ EE D), 

&c. 

en continuant Ia fuite décroiffante B, B', B”, &æ. jufqu'à 
un terme B” < A”. Enfin, lorfqu’on arrivera à une tranf- 
formée, où l'un des deux coéfhiciens fera l'unité poñitive, 
la queftion fera réfolue. 

2. Il eft aifé de voir qu'on ne fera arrêté nulle part 
dans le cours de cette opération, lorfque dans une tranf- 
formée quelconque 

4 = FINE GC 
on aura à la fois 
é —#F FF — G 


Eee, — Ze, 


G ss F 
æ & y étant des entiers. Or il fufht que ces deux conditions 


DL ESS AC L'E NiCE:S D) 
fe trouvent remplies dans l'équation propolée x* — B y* — 4, 
&. dans fa première transformée x° — By — A'; & je vais 
prouver qu'elles le feront dans toutes les autres, Alors rien 
n'arrêtera la diminution des coéfficiens, & l'équation pro- 
pofée fera néceflairement réfoluble. 
Je fuppofe donc que les deux conditions mentionnées 
ont lieu dans les deux premières équations 
x — By — À 
x — By — A, 
c'eft-à-dire qu'il y a des entiers a, a, C, C', tels que 


1 


a. —-B a? —B 6? — A éa Y 
A 6 A! < B 2 B 2 
font des entiers; & je dis que les conditions femblables 
auront lieu pour la transformée fuivante 
x — By — À. 
Or, comme on a déjà 
ta —1V# 


mn AK 
ü fuffit de faire voir qu'il exifte un entier 6”, tel que 


ee — 4" 
ST TPE Li 2 À 
3. Soit 8 un facteur premier de B, on a déjà 
FES UNS 4 
8 A RUN NI ps 
Cherchons, d’après cela, un nombre À tel que 
Gare. 047 


de 


ÿ 
Si 4" eft divifible par 0, il n’y a pas de difficulté, Soit donc 4” 
premier à 8, je diftingue deux cas, felon que 4! & 6 feront 
ou ne feront pas premiers entr’eux. 


1°. Si0 divife À’, il divifera « & a’ fuivant les équations 
MN LP AA ALR Es at np AN) 
D'ailleurs, 4,4, &c. ne peuvent avoir aucun divifeur 


A'KK— 


EC — À! 
@ 


510 MÉMoirEs DE L'ACADÉMIE RoYALF 


commun avec B}; car fi cela étoit, 2 auroit un facteur 
7 € — A A . A . 
carré. Donc ——ÿ—— ne peut être un entier, à moins 


que les quantités fuivantes ne le foient auffr, 

z° 6 Le A Æ £ (êva Re #H1 V4 z' x 2 n° . A! K= ° Es A! 
SR ART EEE ETES 8 VS PNR 
j'ai fubftitué au lieu de À Æ, fa valeur prife de l'équation 


0 


2 A &j° = B : 
© 4 A'Hapa+ AR, 


dans laquelle les termes u° À’ & 2 u « font divifibles 
ar & Enfuite 4’ étant premier à B, & par conféquent 
à 9, on peut fuppoler 46 — »# # — p6; d’où rélulte 
la troifième expreflion, & de-là la quatrième, que nous 
voulions démontrer. .: 

2.7 Si 9 eft premier à 4’, & par conféquent à C’, on 
aura 

AMCICE A — A! AK ACER A — a! a! 
€: 
ê 8 
mais 6’ 4’ & 8 étant premiers entr’eux, on peut faire 
a! — nÇk — ph, 
ce qui donnera 
ht 
8 

D'après cette démonftration qui a lieu pour tous Îes 
facteurs de 2, on voit que non - feulement l'équation 

ben — À" 

B 

d’avoir directement la valeur de €"; donc toutes les équa- 
tions x — By — À", x* — By — A", &c. où B 
eft toujours le même, ne donnent aucun figne d’impoffr- 
bilité. Nous allons faire voir maintenant que la même 
chofe a lieu dans fe fecond fyflème de transformées, où 
en confervant A”, on fait parcourir à 2 la fuite décroif- 
fante B', B", &c: alors la démonftration fera complète, 


pile 


— e eft réfoluble, mais même qu'il eft facile 


D MSNISIC IE NC Er 5. sin 
4. Nous pouvons partir des deux équations 
2°, By ARE 
Ke 0B9", = UA#, 


qui fatisfont déjà aux conditions 


BR EC — 4775: 
Poe 3 = P 
de 7 CLEO Ta" 
— PTIT 
PE — €, F. BTP 


il faudra que dans la transformée fuivante, 
x — À'y = B! 
L à u? — A? u ie PB! 
séquations Ne, a — e, foient 
réfolubles : or la première condition eft immédiatement 


66 — A7 te 
à —= B f ; il refte donc 


à faire voir qu'on peut toujours fatisfaire à la feconde, 


remplie par l'équation 


u? — B 
A" ; 
cherchons le nombre |, tel que ——- — e. Si B' eft 


— 2. Soit à un facteur premier de 4”, & 


divifible par 9, il n’y a aucune difficulté; foit donc à pre- 
mier par rapport à 8", il y aura deux fuppoñitions à faire 


par rapport à B. 
1. Soit 8 divifeur de B, ïl le fera de a & de C!; & 


à caufe de à? — B — A" 4°" £°, on pourra établir 
cette fuite d’entiers, 
El A" _ L z° LE AN RL AU ATEN 
Re 1% = 
n ! mn € 
RAA" (en s BRPINR ET LB 
a IN le ie = 0e 
4 8 
BIBIFARACAL EE, B BPM ES r 
MAR CU = AE ETS UMTS ——}{ 
B'B'f° x E2 = p' 
— — 2. 
| 
2 cs B' 


[2 


| 


Failant donc - — B'f46, on aura 


$12 MÉMoïREs DE L'ACADÉMIE RoYALE 
2. Soit 8 premier par rapport à B, il le fera de même 
par rapport à « & C!: on aura donc 
a af B—8BBf" afp — c'e 
0, —— T0, ———— — 
8 û û 
mais af & À étant premiers entr'eux, on peut fuppofer 
; rm — B' 
C! — na f — pô, ce qui donnera nn Ve done 
MTS Do —'"Z" , À 
léquation -——— — e eft toujours poflible:; il en eft 
q e J P 
Le LA . u? ER B' 
de mème par conféquent de l'équation er 
se Donc l'équation x* — By° — À fera réfoluble 
en nombres entiers, fi l’on peut fatisfaire aux deux con- 
: «3 SEX 
ditions A UE & fi de plus, 
dans la première transformée, «* — By° — À’, on 
GG! — A’ 


4 encore 3 == LA 


Cette troifième condition feroit fuperflue fi [es deux 
coéfhciens À & B étoient premiers entr'eux ; mais fa 
propofition générale eft fufceptible d’être préfentée d’une 
manière plus fimple & plus élégante. 


Toute équation indéterminée du fecond degré peut être 
ramenée à la forme 


ax* + by = cz, 
a, b, c, étant pofitifs, premiers entreux & dégagés de 
taut facteur carré. Cette formule étant comparée à celle 


que nous avions adoptée, on aura B — bc, À — ac, 
& les deux premières conditions feront 


Ca 1 EE? — ac 


= É, 7 _ 


ac 
Soit &« — cm, 6 — cv, ces conditions deviendront 


cu? — b cy — a 
EC 


Pour 


DUEMSAÏS CALE IN: CE: Se 513 
, 24 SON er 714 
Pour exprimer Îa troifième — : == e, obfer- 


vons qu'onaa — B— AA'k,ou cu — b—aA'k"; 

& comme ak° n'a point de commun divifeur avec bc, 
-la dernière condition fera remplie fi on a 

ak CC — cu + b 

bc 

or, pour que le numérateur foit divifible par &, il fuffit 

ue a4°G'G! — cu” le foit, ou bien, mettant cy° à a 

lace de a, fuivant la feconde condition, il faudra que 

k° GG — y° foit divifible par à, ce qui eft toujours 

poffible en déterminant 6" par l'équation LS æ Er + 


a 


I refte donc à faire en forte que le même numérateur 
foit divifible par c, ce qui donne cette nouvelle condition, 


4 CE! + b n° + 6 .% 
2 — e,ou fimplement * EF V OICI 


€ 
donc un théorème général, d’après lequel il eft facile de 
reconnoître fi une équation indéterminée du fecond degré 
eft réfoluble ou non. 

6. Etant propofé l'équation ax* + by° — cz*, dans 
laquelle a, b, © font pofitifs, premiers entr'eux, © dégagés 
de tout fatleur carré, cette équation fera réfoluble fi on peut 
trouver trois entiers, À, m, v, tels que les trois quantités 

ax + b cu —b cr — a 

c PARTIE TT b 
Il eft clair que ces conditions fe réduiroient à deux, 

fi lun des coéfficiens 4, b,c, étoit égal à l'unité. 


AR T 1 C-L:EtIV. 


Contenant divers Théorèmes fur les Nombes premiers. 


Joient des entiers. 


ON doit regretter beaucoup que Fermat, qui avoit 
cultivé avec un grand fuccès la théorie des nombres, ne 
nous ait pas laiflé la démonftration des théorèmes auxquels 


Mém. 1785. A 1 A0 


514 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
il étoit parvenu. À Ja vérité, M.° Euler & de la Grange, 
qui n'ont pas dédaigné ce genre de recherches, ont 
démontré a plupart de ces théorèmes, & ont même 
fubflitué des théories très-étendues aux propofitions ifolées 
de Fermat; mais il en eft plufieurs qui ont réfifté à leurs 
eflorts, foit que Fermat nen eût pas réellement une dé- 
monflration folide, ce qui eft difficile à croire, foit que 
l'inftrument pour y parvenir nous foit encore tout-à-fait 
inconnu, Parmi ces propofitions non démontrées, on doit 
remarquer fur-tout les deux fuivantes : tout nombre eff 
compofé de trois triangulaires au plus : tout nombre premier de 
la forme 8n — 1, ef de la forme p° + q + 2r°, 
ou, ce qui revient au même, fon double eff la fomme de trois 
carrés. Mais j'obferve à l'égard de celle-ci, qu'elle ne 
caraétérife nullement les nombres premiers de la forme 
8 7 — x, car il n’eft aucun nombre impair, fimple ou 
compolé, qui ne foit de la forme mentionnée, & même 
qui ne foit à la fois des deux formes p* + g° + 7°, 
P° + g + 27r°, excepté feulement les nombres ( pre- 
miers ou non) de la forme 8 y —— 1, qui ne peuvent 
être de la première forme p° + g° + r°, mais qui 
font toujours de a feconde p* + g* + 2 r°. Néan- 
moins la propofition de Fermat feroit d'autant plus inté- 
reffante à démontrer, qu'il en réfulteroit, d’une manière 
fort directe, que tout nombre eft la fomme de quatre 
carrés: en eflet, les nombres premiers 8 » — 3 font de 
la forme p° + g°, les nombres premiers 8 » + 3 font 
de la forme p* + 2 g°, les nombres premiers 8» + 1 
font à la fois des deux formes p° + g°, p° + 2 gq°. 
Ces propofitions font connues & démontrées: fi donc les 
nombres premiers 8» —— x font de la forme p° + g° 
+ 2 r°, il s’enfuivra qu'un nombre quelconque eft la fomme 
de quatre carrés au plus; car on fait d’ailleurs que le produit 
des deux formules à? + 8° + «°° + À, & p® + qg° 
+ r° + 5°, eft également la fomme de quatre carrés. 
Au refle, il n’y a pas de doute que tout nombre ne 


DES SCIENCES. s1$ 


foit compofé de quatre carrés, puifque cette propofition 
a été démontrée par M. de Ja Grange, dans es Mémoires 
de Berlin, annee 1772 ; & enfuite un peu plus fimplement 
par M. Euler, dans les actes de Léipfick, année 1773 
Mais il eft remarquable que cette propofition fuive éga- 
lement de l’une ou de l'autre des deux déjà citées ; 
car fi l'on fuppofe que tout nombre eft la fomme de trois 
triangulaires, il s’enfuivra que tout nombre de la forme 
8n + 3 eft la fomme de trois carrés p° + 9° + r'; 
donc on peut toujours fuppofer 8x + 4 = p + 
+ r + 3; d'où il fuit que 2» + 1, c'eft-à-dire, 
tout nombre impair fera la fomme de quatre carrés, & 
conféquemment aufli tout nombre pair. 

Mais je dis plus, les quatre carrés peuvent fe réduire 
à trois, ou au moins deux des quatre peuvent être fup- 
pofés égaux. De forte que tout nombre, où au moins Jon 
double, ef? la fomme de trois carrés; fouvent même le nom- 
bre & fon double feront à la fois la fomme de trois 
carrés; c'eft ce qui arrive généralement aux nombres im- 
pairs, comme nous l'avons déjà dit, excepté ceux de la 
forme 8» —— 1, dont le double feulement eft la fomme 
de trois carrés. Ces propolitions que j'indique en pañlant, 
acquerront par la fuite un plus grand degré de probabilité; 
mais ce n'eft pas l’objet principal que j'ai en vue. 

M. de la Grange a confidéré d'une manière générale 
(Mém. de Berlin 1773 & 1775), les divifeurs de Îa 
‘formule À = auw°, & il en a déduit par rapport aux 
nombres premiers une multitude de théorèmes intéreflans. 
Les recherches de ce grand géomètre, m'ont engagé à 
confidérer plus particulièrement le cas où 4 eft un nom- 
bre premier dans la formule # + aw°, & à l'aide du 
théorème de l'article 117, je fuis parvenu à démontrer des 
propofitions très- générales fur les nombres premiers, 
propofitions qui paroiffent avancer cette partie de l'analyfe 
& mériter l'attention des géomètres. 

1. Comme il fera principalement queftion des nombres 


PEN 


516 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 

premiers dans ce qui fuit, & que leurs différentes formes 
donnent lieu à différentes propriétés, nous défignerons par 
A,a,a, A! &c. ceux de la forme 4n + 1, par B, 6, 
GC, B!', &c. ceux de la forme 4n — 1, & par les autres 
lettres, ceux dont la forme n’eft pas déterminée. Nous 

€ — "1" 
avertiflons auffi que cette expreffion à © — #" 
où — 1, fuppofe qu'on a rejeté les multiples de c dans 
le premier membre. Or, quel que foit 0, premier ou non, 
pourvu qu'il ne foit pas multiple du nombre premier c, 
C— 1 C— 1 


a 


on doit avoir où d ‘ —1,oud — CU 
De forte que, par rapport au nombre premier c, tous 
les nombres non divifbles par c, fe partagent en deux 
claffes également nombreufes, l’une qui fatisfait à lé 
WMe—: 
quation à ‘© — 1, l'autre qui fatisfait à l’équation 
GE} —,1 
D * — — 1. Enfin, nous rappellerons ce qui eft 
démontré fort au long dans l'article 1, que fi la formule 
F + du eft divifible par le nombre premier c, il faut 


LUE 
qu'on ait {—0) *  — + 1. Donc, fi on avoit 
EU 
(— 0 Ÿ  —— 1, on feroit für que c ne peut pas 


divifer la formule + 9 #, formule où lon fuppofe 
toujours  & u des indéterminées, telles cependant que x 
& du n'ont point de commun divifeur. 


THÉORÈME [I 


a — 3 2 —1» 
Sidi S'misenduit Le; 42 ki 
APP APE OPRUE ME ENT 

B— x Pa EN | 


Sa * ——:;, il s'enfuit 4 * —=—M1: 


DES SciENces S17 
THÉORÈME III. 


A— 1 , 4 — 1: 
Sia * — FH ETIMEE MANEUS Le Ye 
THÉORÈME I V. 
A—1: «a — 1: 
Died  TN  Nn M AT de ee 
THÉORÈME V. 
D— 2 a— ss 
Siaæa * — LP PNS ONE 28 & DANIEL 5e 


T'AS oO RE mn Er. Vol 


B— 1 


Si b == 1, M 'Senfuit # LU UE _ 
THÉORÈME VIL 
hr | BE Y 
DDR, Lies ryibsenfuit.Z 42h: 
FRE 0 RÉ M'EMVITE 
Hit b—\ 
SN NRERRERS hie MEOT N IRRE Et 1. 


Ces Théorèmes ainf détaillés, font encore d’une grande 
généralité, mais on auroit pu les comprendre tous dans 
l'énoncé fuivant. 

€ & à étant deux nombres premiers, les expreflions 

d — 1: € — 5 
MR; à : + métferons de diféisr fignes que lorf 
que .c & D feront tous deux de la forme 4 n— 1; dans 
tous les autres cas, ces expreffions auront toujours le 
méme figne, L 

On fait d’ailleurs que chacune en particulier, ne peut 
étre quel ou —.5#, ainf il n'y a pas d’embarras 
fux le fens de ce théorème, 


518 MéÉmotrEs DE L'ACADÉMIE RoyrALE 


Démonffration de ces Théorèmes. 


2. L'équation A + ay — b eft impofñble, & 
plus généralement l'équation (4m + 1) x + (4 
+ 1)# = (4p — 1) g':icar le premier membre 
eft toujours de l’une des formes 4 n + 1 & 4n + 2, 
tandis que le fecond ne peut être que de celles-ci 4 ou 

n— 1. Or, parle théorème de l'article 111, nous favons 
que l'équation Ax° +- ay — b  feroit réfoluble fi on 
pouvoit fatisfaire à la fois aux trois conditions. . . 


Ar A —: a — a — 1: 
a 2° bu a re A 0 a GSINE=ENIRNES 
br B—: 
PS RS ee D SP Ge 


il faut donc que ces conditions foient incompatibles 
entr’elles. 


Soit À — 1, la première condition aura lieu d’elle- 
même, & les deux autres feront 
Cheb b— 1 
DA LATE AN Er Ve EE 


Donc, puifqu'elles ne peuvent avoir lieu en même-temps, 


a— 1 b—: 

1 Si * — 1, on auaa * — 1. 
is c— 

2 Sia * ——1,onauab * —— 1. 


D'ailleurs on voit que cette feconde propofition eft une 
fuite de la première. 


3- Soit maintenant 


DUT Ur CARO SE RE né 


D ES :S:CA'E NC E6. | 4x9 
on aura, en vertu”des deux théorèmes précédens, 
b— 1 AE 


2 


a — 1,&bd rETT 


La troifième des équations /z) aura lieu d’elle - méme, 
& les deux autres donneront 


PRNNAQUR EVE dur 7 RS à 
Celles-ci ne peuvent avoir lieu en même temps; donc, 
A Er 
2 Id - : pl Send Re = D 
a—i1 i A— 1 
4 SA = — rébseiteltaie— # 


On voit encore que ces deux propofitions font nne fuite 
l'une de l’autre, à caufe de la fimilitude des nombres a & À: 
d’ailleurs, le nombre auxiliaire à, qui a fervi à établir ces 
conclufions, eft du nombre de ceux qui fatisfont aux deux 
A — 1 b— 7 

conditions b * — 1, A ‘ — — 1. On peut 
s’aflurer qu'il y en a une infinité; mais vcici une démonf- 
tration direéte qui écarte toute difficulté. 


4 L'équation x* + Ay° — ab3° eft impoñlble par 
les mêmes raifons que ci-deflus. Soita b divifeur de Ax° + y’, 


a — 17 b— 7 


—_—— 


ceft-à-dire | foit À * = 1, À == 1, 
fera impoflible que À foit divifeur de x* — abz;, fans 
quoi l'équation feroit poflible par le théorème de l'art. 111; 
A—: A—: 
donc on auraa b 2 22 1. Maïs, de ce 
B— 1 à A1 
que A = — 1, il fuit /t4, 11) ques * —=—:1; 


520 MÉMOIRES DE L'ACABÉMIE Rotarr 


A—: a — 1 
donc a * — 1. Ainfr ayant fuppofé À * = r, 
A — 1: 
on voit qu'il s'enfuitae  * 1; d'où il réfulte qu'en 
a —: A—: 


fuppofant À * = —1,onauraa * — — 1; 
A 


fi on avoit a = —+- 1, il s'enfuivroit 
A4 | 
A ‘ — + 1, contre l'hypothèfe. Dans cette dé- 
Fo on, nous avons fuppofé feulement qu'il y avoit 
un nombre premier & de la forme 4 — 1, qui pouvoit 
divifer la formule x* + Ay° 
s- Je reviens aux équations générales /7), & je fais 


A — 1 b—: 

QU IPN Eh PUUAIOUE SUR L pe 

il en réfultera, fuivant Îles théorèmes 11 & IV, 
a — 1 A — : 

AN NE NL UE 


Donc la première des équations /7/ eft remplie, & a. 
deux autres feront 
a —{ù Bb: 
Bb Eee ee 
lefquelles ne doivent point avoir lieu à a fois. Donc, 


b— 1 a—: 


US 5 us oedl Sobit OR: 4 
a ui Ê B— 1 
6 Si6 .* ——1:,ïisenfuita ‘ —= 1. 
Ces propoñtions font encore une fuite l'une de l’autre, 
& d’ailleurs elles font les inverfes des 1heéoremes 1 & 11; 
mais elles n'en exigeoient pa moins une démonftration 
particulière, 
6. Je 


DES SGIENCES. 525 
6. Je confidère maintenant l'équation Bx° + &ÿ* — az 
qui eft encore impoflible, parce que les deux membres 
ne font jamais de la même forme. Il faut donc que les 
trois conditions fuivantes n'aient jamais lieu à la fois : 
BE tr B—1: b— 1: TN 
LR LIRE ASURE LP ‘roses 
Barewmäbers = bd 
Soit d’abord a = 1; la troifième condition fera remplie, & 
: B—: b— x 
les deux autres feront 8 4 11, 8  — 1. Donc 
B—:1 b— 3 
ASE 08, lhasalisenfuite8. TER r. 
B— 1: 
Je fuppofe dans les mêmes équations & © ——1, 
Hi 
AA À ut Le: j'aurai, par le théorème II, 
CREER a — I 
B * ——1,8 ‘ —— 1. Donc latroifième 
équation fera remplie, & les deux autres feront 
B—: b— 7 
POIRIER OR TT PORTE 
Jefquelles ne doivent point avoir, lieu à Ia fois. Donc. 
B— 1: b— 7: 
Dub: M aan le ent PAUL 1 
c'eft l’inverfe. du rhéorème VII 


On pourroit déduire encore Îles théorèmes V & VIT de 


Lee 


B EE 
ces mêmes équations. En eflet, foit à * —= 1, ce qui 
PTE b—: B— 1: 
donneroit B *Ÿ —— 1.Soitaufa, * ——1; 


Mém, 1785. Uuu 


522 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Ah 


& par conféquent b * — — 1. La feconde équas 
tion aura lieu, & les deux autres feront 
B— 1 a — 1 
A mens pepe, 2 UP Pr 
Celles-ci ne peuvent avoir lieu à [a fois. Donc 
B— 1 a — 1: 
9 Si a D— 1, ils’enfuit B ° — Le 
a—1 B—r 
mo Sig * —— net s'enfuita * ——1. 


. On pourroit confidérer beaucoup d’autres équations 
impoflbles, & en tirer des conclufions femblables; mais 
elles feroient toujours renfermées dans nos théorèmes 
généraux. Par exemple, fi on diftingue les nombres pre- 
miers a en deux claffes, les uns de la forme 8% — 3 
que j'appelle «, les autres de la forme 8% + 1 que 
j'appelle «/, on verra aifément que l'équation &ÿ° — «'x° 
— — 20% eft toujours impoffble. Or comme 4’ eft 
de la forme p + 29°, & que & n'en eft pas, on a 

; 


PRnr d — 1: 


2 2 


2 NU: dE — — 1; d'où l'on peut 
tirer plufieurs conféquences, mais nous nous bornerons 
à une feule. L’équation a y* — x° — 2 d y* étant impof- 
a—: 
fible, il faut qu'on n'ait point à Ja fois (24) ‘ —:1 
Rs He 
& a * — 1. Donc fia * — 1, il s'enfuit 


Ed — 1 Œ — 1! 


Bb. NRA) 1, il s'enfuit 
p.234 
gm  — — 1: conclufions qui font renfermées dans 


les #héorèmes V & VI, qui n'ont pas été démontrées 


DES SCIENCES. 523 


auffi directement que nous venons de le faire pour les 
nombres « en particulier. 


REMARQUE, 


8. Au moyen des théorèmes précédens, on peut démontrer, 
fi je ne me trompe, tous ceux que M. Euler a trouvés par 
induction dans fes Opufcules analytiques /1ome I, pages 176, 
281, 295$, &c.): en voici un cependant qu'on trouve à {a 
page 216 du même ouvrage, & qui ne paroïît pas fuivre 
aufli immédiatement de nos propofitions. Si l'équation 
fxx + gyy — hzz eff pofible, dit M. Euler, f, £,# 
étant des nombres connus, premiers entr'eux, & dégagés 
de tout facteur carré, l'équation fxx + gyy —= (h 
= 4nfg)2z fera poffible auf, pourvu que h Æ 4nfg 
oit un nombre premier. Cette propofition eft vraie, & même 
fufceptible d'être généralifée par les principes précédens ; 
mais comme Îa démonftration qui exige qu'on décompofe 
f & g en leurs faéteurs fimples, & qu'on ait égard à diffé- 
rens cas, feroit trop longue, nous nous contenterons d’in- 
diquer ici le réfultat fuivant. 

Si l'équation fxx Æ gyy — 4yz eft pofible, l’équa- 
tion fxx + gyy — (h + fgn)zg fera poflible auf, 
quelque valeur qu'ait l'indéterminée », pofitive ou négative, 
pourvu que 4 + fun foit un nombre premier, & que. 
cette équation ne préfente pas l’impoflibilité manifefte qui 
auroit lieu fr on prenoit l'indéterminée #, de manière que, 
par rapport aux multiples de 4 ou de 8, les deux membres 
ne fuflent pas de la même forme. 

Ce théorème renferme celui de M. Euler, en prenant 
pour # un multiple de 4, ce qui fatisfait à notre reftriction; 
mais il eft plus général, en ce que # peut avoir d’autres 
valeurs, & qu'il n'eft pas néceffaire de fuppoféer toujours 
# impair, comme le fait tacitement M. Euler: voici deux 
exemples. 

1. L'équation 2xx + 3yy — 34177 eft poflible, 


uu 1} 


s24 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALE 

Soit le nombre premier c — 341 Æ 6 », & l'équation 
2xx 4 3yy — cg fera poflible aufli, pourvu qu’en 
rejetant les multiples de 8 (& non de 4, parce que fg eft 
pair), on ait les deux membres identiques. Or il n’eft pas 
néceflaire pour cela de connoître les valeurs de x, Yotr 
on voit que Z doit toujours être impair, ain que y: 
donc, felon que x fera pair où impair, c fera de la forme 
3 + 8m ou $ —+ 8m. M refte à concilier chacune de 
ces formes avec celle-ci, 341 = 6n, & on trouvera 
ces deux valeurs de c: - 

CHEN ELA; 


C'IENBEAN 2 
la première eft la feule que donne le théorème de M. Euler. 


IL L'équation 7x° — 15° — 827° eft pofüble. 
Prenons c — 82 + 105», & l'équation 7x — 15ÿ° 
— c7° fera poflible auffi, pourvu que les deux membres 
foient de la même forme, en rejetant les multiples de 4. 
Or il faut que x foit pair & y impair, ou vie verfä; 
donc « eft de la forme 4m 4 1 où 4m — 1, ce qui 
n'exclut aucun nombre premier; donc on aura 


- 


CC — 23 MONO; 


tous les nombres premiers pofitifs contenus dans cette 
formule, conviendront à l’équation 7x°* — 15y° — cg; 
& tous les nombres négatifs à l'équation 1 $ y°— 7 x° —=67/; 
Le théorème de M. Euler ne donneroit rien dans ce cas-ci, 


parce que # eft pair. 
PHLÉT OR IE ME MU 


9 Soit P un divifeur 4n + 1 de la formule # + a’, 
Q un divifeur 4» -— 1 de la même formule; on aura 


a— 1: PER 


PA = 25 QU 2 quels :quéifojent 


DES, S CIE NC:E s. 525 
les nombres P & Q fimples ou compofés, pourvu que 
f & au foient premiers entr'eux. 

Car, fi nous repréfentons par À un divifeur premier 


4n + 1, &par Bun divifeur 4% —— 1, de la formule 
As 1 B— 1: 
FL a ON ANA TMS IEUU ES … 4 | VEN 


Donc, fuivant les rhéoremes 111 & 11, on en conclura 


M LÀ do 
2 


FERRER 0 — — 1. Mais le divifeur 


P, pour être de la forme 4» + 1, doit refulter du 

produit de plufieurs divifeurs fimples. À par un nombre 
| [EN 1 

pair de divifeurs'B; donc on aura toujours P  ?  — 1. 

De même le divifeur Q doit être compofé du produit 

d'un nombre quelconque de facteurs À par un nombre 


ZI 


2 


impair de facteurs Z ; donc on aura Q tie pe 


donc l'équation # + ay — P 7 fera toujours 
pofhible en nombres entiers. 


THÉORÈME X, 


10. Tout nombre premier À de Ha forme 4 4x + , 
am étant l’une des valeurs qui fatisfont à l'équation 
m ‘  — 1, fera divifeur de la formule # + 4%, 
& fera par conféquent de la forme 24 +29) +rT, 
dans laquelle pr — 4° —— a, & où l’on peut fuppofer 
zg non plus grand que p & 7. 

Pareïllement tout nombre premier 2 de la for 4ax 


d'a 5 


+ 4, n étant déterminé par l'équation a, * =—1, 


526 MÉMorrés DE L'ACADÉMIE ROYALE 


fera divifeur de la formule # + au*, & fera par confé: 
quent d’une forme déterminée pour chaque nombre a. 


Car, 1° on aura 
OT As 
PANIQUE r': donc IRD a, hr RE IA 
Donc À eft divifeur de # + au’. 
2. On aura 
d—Tr B—=1: 
BOUM = 23 donc {74 PT) a, = UK 
Donc 2 eft divifeur de # + au*, 


Remarquez que Îles valeurs de # qui fatisfont à l’équa- 
a — 1: ù 
Ad — 1 
2 


tion m *  — 1, font au nombre de en les 


prenant plus petites que —. Mais, comme on peut Îes 


augmenter ou les diminuer d’un multiple de 4, on pourra 
réduire chacune de ces valeurs à [a forme 44 + 1, & 


: a — 1 L 
on aura toujours un pareil nombre ——— de ces va 
z 


C0 À 


leurs moindres que 2 4. Il y a donc formes tant 


pour À que pour P. 
THÉ or ÈWwE XL 


ir. Soit 41 un divifeur quelconque impair de Ia for- 
b— 1: 
mule # + D, on aura toujours M * — 1. 
Car foient À & B des divifeurs fimples de Ia formule 
É + ba, on aura 
A — 1 B—: 
&. oem oui mate 


DES $SciENCESs. 527 
Donc, fuivant les théorèmes 1 & VIII, on a 

ET b— 3 

AU ta BEN ONE hrs 
donc #1 étant un produit de plufieurs des nombres À & B, 
b — 1: 
on aura toujours M  * — 1. 
Donc, fi M eft un divifeur de #* + 8 x, l'équation 

x* + by —= M ÿ fera toujours poflible en nombres 
entiers. 


THÉéÉOREME XII 


12. Tour nombre premier c de la forme 2 & x + », 
Bb — : 
x fatisfaifant à l'équation x  * . — 1, fera divifeur 
de Ia formule # + b #, & aura par conféquent l’une des 
formes qui conviennent aux divifeurs de cette formule. 
B— 7 
Car on'aura té  *  —= 1. Soit 1. c — Aou de 
Bb — 17 
la forme 4 # + 1, puifque À ‘ — 1,on aura, 
A — 1 

par le #héorème VW, &  *  —= 1; donc À fera divifeur 
à b—: 
def + bu. Soit 2° c = B,puifque B * — 1, 
« B—: 
on aura, par Île théorème VII, b  *  — — 1; donc 
B eft divifeur de # +- b#. , 

Ces propriétés vont devenir plus fenfibles par linf 
pection des tables dont nous allons nous occuper. Elles 
contiennent les diverfes formes que peuvent avoir les 
divileurs de la formule # + « #, 6€ étant un nombre 


528 MémotRes DE L'ACADÉMIE RÔYyALE 
premier. Il y à quatre tables fuivant les quatre formes des 
nombres premiers, qui font 


8n—3,8n1+1,8n + 3,8 n — 1. 


Or il a été démontré par M. de la Grange, dans les 
Mémoires de Berlin, 1773, qu'un divifeur de la formule 
F + cu, quel que foit «, eft toujours de a forme 
pY + 297 + r7, y & 7 étant des indéterminées, 
tandis que p, g,r, n€ font fufceptibles que d’un certain 
nombre de valeurs conftantes tirées de l'équation 

pr — g — a, où l'on peut fuppofer en même-temps 
que z g ne furpalle ni p nir. 


ARE E 0 


13. POUR faire mieux comprendre l’ufage de cette 
table, qui renferme un grand nombre de théorèmes fin- 
guliers, nous allons développer tout au long le premier 
exemple où il s’agit des divifeurs de À + $ w°. 

Ces divifeurs que nous fuppofons toujours impairs, fe 
partagent en deux clafles, les uns de [a forme 4 + 1, 
que j'appelle P; les autres de la forme 4 # — 1, que 
j'appelle Q dans cet exemple & dans tous les fuivans. La 
forme qui leur convient à tous étant py° + 2 97 rt; 
il faut déterminer p, g, r, d’après l'équation pr — 9 — 5, 
avec cette condition que 7 g ne furpafle ni p, ni r. On 
verra bientôt qu’il n’en réfulte que deux formes, favoir, 


YF: 5 Eutua JA tr à L 9 GoËt- ENG 
La première repréfente toujours des nombres de la forme 
4n +1; la feconde de la forme des nombres 4 # — 14 
Ainfi on aura, dans cet exemple, 
: P=y +7, Q=2ÿ +27 +37: 
telle eft la forme des divifeurs P & Q. La feconde n'eft pas 
la même-que la première, mais elle peut y être ramenée 
en la multipliant par 2; on auroit alors 2Q = {27 +2 }° 
SEUSIET à 


- DES C'TÉ N © E 529 
“+ 57, ouen changeant les indéterminées, 2Q — y° +- 57°. 
En général, fi le divileur M — pÿ + 2gyz + rx n'eft 
pas de la forme y -+ ag”, il peut toujours y être ramené 
en le multipliant par p, puifqu'on a Mp — [py + gt}? 
—- ag, ou fimplèment Mp — y + af. 

Puifque dans ce cas-ci, P ne peut être que de Ia forme 


d'— 1 
a — 1 


f +ag,onaP * —7) — 1, ce qui eft con- 
forme au fhéorème LX. De même; puifque 2Q — ÿ* + az’, 
& qu’en général pour tous les nombres de la première table, 


Th) | Cort LS 


2 


D = —1,onauaQ ‘ ——1,ce qui eft 
encore conforme au #héorème 1X. 

Maintenant, pour trouver Îa forme des nombres P par 
rapport aux multiples de 4a, il faut faire P — 4ax + #, 

a — 1] 

& réfoudre l'équation M  *  — 1; elle devient, dans 
ce cas m° —= 1; d’où refulte # — + 1. Ces deux valeurs 
réduites à la forme 44 + 1, deviennent m = 1, m — 9. 
Donc le divifeur P qui eft déjà de la forme y° + 57’, 
doit être en même temps de l’une des formes 

20% + I, 20X + 9. | 
Mais la propofition effentielle qui réfulte de-là, fuivant le 
théorème X, c'eft que tous les nombres premiers des formes 

20% + I, 20% + 9, 
font divifeurs de #* + su, & font par conféquent aufir 
de la forme y* + 57°. 

Si on repréfente pareillement les divifeurs Q par fa 
formule 4ax + #, on déterminera # par l'équation 
n° = — 1; ou, ce qui eft plus fimple, les formes de P 
donneront tout de fuite, par voie d’exclufion, celles de Q 
qui feront 

20X + 3, 20X + 7: 
Mem, 1785. Xxx 


530 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Donc, fuivant le théorème X, tout nombre premier de 
l'une de ces formes fera divifeur de 4° + 5 4”, & fera 
par conféquent de la forme 2ÿ —- 277 + 57. 


RIE:LM AURVO\D LE 


. 14. Ces deux propofitions s'accordent avec celles que 
M. de Ia Grange a trouvées dans les Mémoires de l'Aca- 
démie de Berlin, 1775. Maïs il n’eft parvenu à la première 
concernant les nombres premiers des formes 20x + 1 
& 20x + 9, qu'à l'aide d'une méthode particulière 
qui ne paroît pas applicable à d’autres cas. En général, 
tous les théorèmes qui fe trouvent dans nos tables, par 
rapport aux nombres premiers de la forme 4 + 1, 
font entièrement nouveaux, excepté ceùx que nous venons 
de citer, & ceux encore qui concernent les divifeurs des 
formules + 34° &# + 7u. Les nombres pre- 
miers de la forme 4 # — 1, paroifloient offrir moins de 
difhculté, parce que ces nombres divifent néceflairement 
June ou l’autre des formules # + cu°,  — cut; de 
forte qu'en confidérant les divifeurs de chacune, on peut 
conclure avec certitude que les formes qui ne divifent 
pas.” — cu°, divifent néceflairement # + cu. C'eft 
ainfi que M. de a Grange a trouvé que les nombres pre- 
miers des formes 20 x + 3, 20 x + 7, divifent 
néceflairement # + $s 4°, & font par conféquent de Ia 
forme 23° + 2y7 + 37. C'eft ainfi qu'on peut 
trouver une infinité de théorèmes femblables fur les 
nombres de fa forme 4 —— 1. Mais la même méthode 
n'apprendroit rien par rapport aux nombres premiers de 
la forme 4n + 1. 

15- On voit à préfent quel eft lufage de la sable 1." 
Par exemple, les divifeurs P ou 4» + 1 de la formule 
# + 29 K°, font de l’une des formes 


Ÿ ae 29 V4 
SŸ + 274 + 67; 


Di Her SC /I.E NL CE 5 53 
& ces mêmes divifeurs confidérés par rapport aux multi- 
ples de 4a, font aufli de l’une des formes 


110% 1,116X + $S,116x + 9,116x+ 13, 
116X +25, 116x + 33; 116X + 45,116x + 49, 
116% + 53, 116% $7, 116% — $1,116x— 35, 

1I16X — 23,116xX— 7. 
Réciproquement, tout nombre premier compris dans l’une 


de ces quatorze formes, fera toujours divifeur de # + 
29 4°, & fera par conféquent de l’une des formes 
2 2 
JU HR EL2O 7 
2 2 
SŸ + 2)7 + 6. 
Donc sil n’eft pas déjà de la forme y* + 297, il le 
deviendra en le multipliant par 5: 

La feconde colonne de la table offriroit de femblables 
propriétés pour les divifeurs de [a forme 4 — 1. 

Voici maintenant quelquesremarques aflez fingulières que 
m'a fournies l'examen de la table 1°; on peut les regarder 
comme autant de théorèmes, car quoique je n’en donne 
pas la démonftration complète, ils font fondés au moins 
fur une induction très-étendue. 

16. Prop. L // y a autant de formes pour les divifeurs P 
que pour les divifeurs Q , à le nombre de ces formes ef? égal 
au nombre de manières dont a peut être partagé en trois carrés. 
Ainfi 101 peut être partagé en trois carrés de ces quatre 

La P partag q 
manières : 
10° + 1° + 0, 
9 + 4 + 2°, 
8° ns 6° ane tt, 
7 + 6 + 4'; 
d'où je conclus qu'il y a quatre formes poffibles, tant 
pour P que pour @Q, & c’eft ce qu'on trouve dan: la table. 


Xxx ij 


(532 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
De même, 109 ne peut fe décompofer en trois carrés que 
de ces deux manières: 
10° ere 35 —— 0”, 
8° ER 6: se ji 
Auffi il n’y a que deux formes pour les divifeurs de 
chaque efpèce. 


On peut démontrer facilement que P & Q font fufcep- 
tibles chacun du même nombre de formes; car fi on a 


P = p} + 29) + rÿ, 
lun au moins des deux nombres p & r fera de la forme 
4n + 1. Suppofons que ce foit p, alors il pourra arriver 


que r foit pair ou qu'il ne le foit pas. Dans le premier cas, 
la forme de P en donnera une de Q, favoir, 
Q— 2pÿf + 29) + 2rc. 
Dans le fecond cas, qui a lieu lorfque g eft pair, à caufe 
de léquation pr — g — a, on fera y == y + 7, 
& dans la transformée, le coéfficient de 7° fera pair. On 
peut donc, dans tous les cas, tirer une forme du divi- 
feur Q, d'une forme connue du divifeur P, & récipro- 
quement; donc il y a autant de formes pour l’un que pour 
l'autre. On ne voit pas aufli aifément pourquoi fe nombre 
de ces formes eft précifément égal au nombre de manières 
dont a peut fe partager en trois carrés. La feconde pro- 
priété pourra répandre quelque lumière fur celle-ci. 
17. Prop. Il. L'expreffion py° + 2qyz + rz°, qui 
repréfente une des formes du divifeur P, peut toujours fe décom- 
pojer en trois carrés, de forte qu'on aura, quels que foient y à z, 


P=(ny+ np + (ny + 07) + (ny + 2"). 
Le double du divifeur Q fe décompofera auffi de la même manière, 
de forte que Q fera toujours de la forme x? + ÿ — 27: 


Cette feconde partie de la propofition eft une fuite de 
la première; car comme on peut fuppofer toutes les formes 


DES SctEëNceEs. 533 
du divifeur P arrangées de manière que 7 foit pair, en 
même temps qu'on aura 

PNEU 29)7 HIT, 
on aura pour la forme correfpondante de Q, 
2 L 2 
= 2P} ir 24) EF TC: 
Donc 
2Q = Apÿ + 49) TT : 
donc fi P fe décompofe, comme nous Pavons dit, il fuffra 
de mettre 2y à la place de y, & on aura 
2Q—= (2m +0) + (amy + nr) + (amy + 27)". 
(Tout fe réduit donc à prouver la décompofition de P: 
or, la première forme de P, qui eft toujours ÿ + a 7, 
fe décompolfe en trois carrés, puifque à eft de la forme 
f + g°; mais il paroît difficile de démontrer la même 
chofe pour toutes les autres formes; cependant on ne 
fauroit douter de cette propriété qui a lieu dans tous les 
exemples de la sable 7, & que j'ai vérifiée beaucoup plus 
loin. On voit, par exemple, que les divifeurs P de la 
formule 1? + 149 4°, peuvent fe décompofer aïnfï : 


Ÿ. + 1497 —=Y + 1007 +497, 
5 Hay =g+sd + + (2 22)", 
+ 22257 = +4 +3" + 4r, 
DD 4YT 170 — (2) +0 EAUX ay. 
I réfulte donc de cette propofition, que les divifeurs P & Q 
de la formule :* + au, font toujours’ le premier de Îa 
forme x° + y" + 7°, le fecond de la forme x° + ÿ° + 27°. 
18. Puifque nous ne pouvons pas démontrer direétement 
cette propofition, fuppofons qu’elle ait lieu, & voyons les 
conféquences qui en réfulteront, 
Soit donc pÿ + 2q9)T + rg, Où 
P = (up + og + (ny + ny) + (ny + ay, 


534 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


on aura les équations 
{1 


V2 u 
Pr — MVL MOTOS 
g = un + mi + mn", 


{1 
2 l, y 


es 6 PE ET / OR VEN | RE 

d'où l'on tire, à caufe de pr — 4 —= a, 
a= (ma mn) + (nn m'a) + (mn n— mar) 
Donc la fuppofition que nous avons faite exige que a foit 
décompofable en trois quarrés, ce qui a rapport à la pro- 
pofition qui nous reftoit à démontrer dans Particle 16: 
Réciproquement, nous pouvons partir d’une décompofition 
connue du nombre a, pour déterminer Îes quantités "1, ti, 
m!, &c. Soit donc 

a — 7 pm” ” 4 g SE y” ere k° NE 7 i 
& cette forme nous permettra de regarder f, g, 4, À, k, » 
comme premiers entr'eux. Nous pourrons prendre 


1. ol MONS = RAR 


mn — nn = fuy 
mn —mn = gAy; 
& il faudra faire, à caufe des divifeurs communs 
en) = AN, AS NE tr 


(4 u 


ñ NO AE ile ne Nr 0 


ce qui donnera : 


Mer pr 
Ne — de —f 
Me — Ne — g. 


On peut en conferver une, & à la place des deux autres, 
prendre celles-ci, 


fa +HgN + 4 — o 
figé +hké —o. 


DES SÆI1ENCESs. 535 
Cela pofé, le divifeur P fe réduira à la forme 
P=XN (y + en) + (Ny +) (N'y +2); 
ou en changeant les indéterminées 


/ qu? 
PER x pi eh x 

Mais alors ä y aura une relation entre x, x’, x”, favoir: 

fx + gt + hx" —= 0; 

de forte qu'il n’eft plus queftion des quantités À, &, &c. 

1 eft remarquable que la valeur de P refteroït la même, 

en permutant entr'elles les quantités À, u, », ainfi que leurs 

correfpondantes f, g, k; de forte qu'une décompofition du 


nombre 4 en trois carrés ne répond qu'à une feule forme 
du divifeur P. 


Réduifons maintenant les indéterminées x, x” x” à deux: 
& pour cela, fuppofons qu’on ait 


f+— gé + h8 — oo; 
ce qui eft toujours poffble, puifque f, g, À font premiers 


Entr'EUx , nous aurons, en prenant une nouvelle indéter- 
minée y, 
x + Ëx = ky 
x HOx = — gy. 
Donc, la valeur de P deviendra 
= NÉ + (hy — Ex) + (gy + 8x 
Et fi on fait 
ES CAEN 
g = Wg8 — WhË, 
LEE PURES he A 
on aura, fous la forme ordinaire, 
P=py + 2q'xy + r'x°, 
Le coéfficient P’, dans cette formule, feroit donc Ia fomme 


536  Mémorres DE L'ÂcADÉMIE RoraLE 
de deux carrés premiers entr'eux, & il fe trouveroit diree: 
tement par l'équation, 
a=fur + ph 
dd — 1 
celle-ci donne évidemment p!  *  — 1, & puifque Pp' 
&Æ —1! 


2 


eft de [a forme y* + a7°,on a en général P À À 


D'ailleurs, 2Q pouvant être ramené à la même forme 
que P, on a 

ae ht a—: a—: 
20. = miouQue Es, at ES 
Nous retombons ainfi fur les propriétés connues des divi- 
feurs P & Q, ce qui donne un grand poids à notre 
hypothèfe, que P eft décompofable en trois carrés. 

On pourroit fuivre une marche inverfe, & après avoir 
fait a = fur RE AA + Rat ut, & p'—= uk" 
—+- »*g”, on verroit quep” doit divifer Ja formuler Ha; ; 
d'où il fuit qu'une des formes de P eftp' y + 2g' xy 
+ r'x ‘+ On a toujours p' M — qg'q — a; & à caufe 
de a = f u°y* + p'A*, il faudroit que p' divifät g'q' 
+ fur, & que le quotient füt aufli la fomme de deux 
carrés. Cette condition détermine 7 & r comme ci-deflus, 
& on peut mettre par conféquent la valeur de P fous 
cette forme, 


P—= As + op (hy— Ex) + v (gp + 0x}. 
On trouveroit une valeur qui ne difiéreroit point effen- 


tiellement de celle-ci, en permutant entr'elles les quantités 
À, &, v; car la valeur précédente pourroit repréfenter auffr 


d'à pi ue g° °, cofe » 2 ee 4 x 
Maïs cela fe voit encore plus clairement, fi on met P fous 


la forme 
A +2 a a 2 
PEN + ax +rix", 


avec 


MAS ASICMENN.CE s 537 
‘avec la condition fx —+ gx! + 4x" — o. Il eft donc 
prouvé que chaque décompofition de a en trois carrés, 
conduit à une valeur de ?, & feulement à une, décompo- 
fable aufli en trois carrés. Nous avons vu d’ailleurs que 
chaque décompofition de P en trois carrés, fuppofe une 
pareille décompofition de a. Donc la propofition qui reftoit 
à démontrer dans l’article 16, eft une fuite de celle de 
l'article 17. 


HEAR 28 Enr. 


19. Les nombres premiers de Ia forme 8» + 1 font 
à la fois des deux formes p* + g°,p° + 2 g°, tandis 
que ceux de la première table ne font que de la forme 
p + g”. De-à réfulte quelque différence entre les formes 
& les propriétés des divifeurs de la formule # + aw°. 
P étant un divifeur 4# + 1, & Q un divifeur 
4n — 1 de cette formule, on a toujours 
a — I TS 
LU 10 ii — —4, quels quefoient7& Q 
fimples ou compofés. Réciproquement, tous les nombres pre- 
M 10 a — 1 k 
miers À & B, telsque A * —1,8 * —— 71, 
diviferont la formule # + au°, & feront par conféquent 
de lune des formes qui conviennent à fes divifeurs. 
Ainfi, on voit par le premier exemple de cette table, 
que tous les nombres premiers des formes 
68x + 1,68 x + 9, 68 x + 13, 68 x + 21, 
68x +25, 68 x + 33, 68x — 19, GBX — 15; 
font toujours de l’une des formes 
HET 17 0 
22 um mue e 4 Aa ei 
MERE "On peut 
2 


la dernière étant la même que 


Mém, 1785. Y yy 


538 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
multiplier ces théorèmes particuliers tant qu’on voudra, en 
prolongeant les tables plus loin; mais ils font une fuite 
de nos théorèmes généraux. Voici maintenant quelques 
propriétés particulières aux divifeurs de da table 11 Nous 
tâcherons encore de réduire au plus petit nombre les 
chofes qui reftent à démontrer. 

20. Prop: I. 7/*y aura‘toujonrs une forme de plus pour 
les divifeurs P que pour les divifeurs Q; à le nombre des 
formes de P fera égal au nombre de manières dont a peur être 
décompofé en trois carrés. 

21. Prop. IL Le divifeur P: fera toujours décompofable 
en trois carrés; il en fera de même de fon double, © par 
confequent P [era à la fois des deux formes 

Yi ir ut, pt 2 Re 
; On voit, par exemple, que dans la formule # + 89 x’, 
Îles quatre formes des divifeurs ? fe décompofent ainfi: 

q P 

y +090 NT 250 LE N CAE | 
2 +2yr +45 (y +5 +(0—ar/ + 40 
SY+2yi+i8r —(2y+ + (y — 2 +167 
Diet 291 100 IE VENUE 30/0 AE 
On décompoferoit femblablement 2 P; mais cette feconde 
partie de la propofition peut fe déduire généralement de 
la première. Car fi pÿ + 29y7 + r7 eft une des 
formes du divifeur P, on pourra toujours fuppofer 4 impair, 
puifque s'il ne l'étoit pas, on le rendroit tel en faifant 
ÿ —= ÿ 7, ce qui ne changeroït point eflentiellement 
Ja valeur de P. Cela pofé, l’un. des nombres p & r fera 


pair, & toutes les formes de P pourront être repréfentées 
par la formule 


PYf FH 29) K 2514 
Alors 
2PÏ +244 +ST 


DÉS ONE TUE NN C-Ex 5 529 
E Am 1 
fe trouvera auffi parmi ces formes, puifque 2 * —1,, 
P puiiq 
par la nature du nombre 4. Suppofons, ce qui eft Ia première 


partie de notre propofition, que toutes les formes de 2 
P prop q 
foient décompofables en trois carrés; on aura 


2PY + 29) HS = (ny Far} 
+ (ny EN + (n'y + n'z}". 
Mettant 2 7 à la place de 7, le premier membre deviendra 


le double de pÿ + 2993 + 25277, c'eft-à-dire le 
double d’une forme quelconque de ?. Aïnfi on aura 


2P—(my+2n7) + (my + 203) + (m'y+2n"r) ; 
au refte, il paroït que la Propofition 11 peut conduire à [a 
Propofition 1, comme dans l'art, 1 8. 

22. Prop. IL Les divifeurs Q, ni leurs doubles, ne feront 
jamais décompofables en trois carrés, à moins d'attribuer des 
valeurs particulières aux indeéterminées y © z. Ainfi, on ne 
pourra avoir ni Q ni 2 Q de la forme 
(my + n2)° + (m'y + n'z)° + (m'y + n°2} 

Cette propofition peut fe démontrer rigoureufement. 
Et d'abord il eft clair que Q ne peut pas être en général 
Ia fomme de trois carrés, puifque cette propriété ne convient 
à aucun nombre de la forme 8 # — 1. Voyons donc 
fi 2 Q feroit fufceptible de cette décompofition fans attribuer 
de valeur aux indéterminées y & 7. 

On peut faire voir, comme dans l'article précédent, que 
toutes les valeurs de Q peuvent fe mettre fous la forme 


PY 2 q9ÿc +25: 
Chacune de ces formes eft accompagnée de celle-ci, 
DU A2 dE S NZ 
ce qui ne fuppole cependant pas que le LRU des formes 


de Q foit toujours pair, car il peut arriver que p & s 
{oient égaux. 


Yyyi 


540 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 
Si donc toutes les valeurs de 2 Q font décompofables 
en trois carrés, on aura auflt 


CREER. 2 
APŸ + 499t HF 252 —W{my + 721 
HU Ra AIM ea Eee 
J'ai fuppofé que l'un de ces carrés étoit pair; car Îles trois 
ne peuvent pas être à la fois impairs. Mettant 27 à la 
place de 7, & divifant par 4, on aura 
PI ra ee 
ou 
my + 2n7) + (ny + 277) 
Q Er ARGNP Re Er . pes (m'y + 2"), 
Mais lorfque la fomme de deux carrés eft divifible par 4, 
ils font néceffairement pairs tous les deux, & par conféquent 
la valeur de Q feroit toujours décompofable en trois carrés, 
ce qui eft impoflible. Donc, ni Q, ni 2 Q ne peuvent être 
en général la fomme de trois carrés. Je dis en général, & 
fans attribuer de valeur aux indéterminées; car nous favons 


qu'en nombres, la valeur particulière de Q fera toujours 
la demi-fomme de trois carrés. 


AN ANRT EC ELITE 


23. Soit 1 un divifeur quelconque de la formule 
a 

1° + bu”, on aura toujours A * — 1. Cette pro- 

priété a été démontrée dans le théorème XI, & elle a lieu 

par conféquent pour tous les divifeurs des tables 111 & 1V. 

Réciproquement, fuivant le théorème X11, tout nombre 

b— : 

premier c, tel que €  * — 1, eft un divifeur de [a 

formule #* + bu, & par conféquent eft de l’une des 
formes qui conviennent à fes divifeurs. 

Dans la sable 111, le nombre 4 qui eft de la forme 

A , 2 A 

8 x + 3, eft en même temps de la forme p° + 29 


DUEUS IS ICIEE N CE s. s4T 
: Pour diminuer le nombre des formes qui conviennent aux 
divifeurs de la formule #* -+ bu”, au lieu de la forme 
ordinaire py* + 24ÿt + rt’, nous avons pris celle-ci, 
PŸ + 9Yt + rg, dans laquelle tous les coéffciens font 
impairs & aflujettis à l'équation 4pr — qg° — a. Voici 
comment on y parvient direétement. 

Soit 21 un divifeur de la formule #* + Bx°, en forte 

À b , . ' LA aù . . 

que =“ — foit égal à un entier, on pourra toujours 


fuppofer que ? & 4 font impairs, & faire en conféquence 
+ bu = 4 Mp. 
Or, 2 & 2 p font premiers entr’eux , fans quoi t & # auroient 
un commun divifeur; on peut donc faire — 2py + qu, 
ce qui donnera 
2 -0b À 


M = pÿ° + ge + GE u°. 
Soit 9° + bd — 4pr, & mettons, comme à l'ordinaire, 


z à la place de 4, nous aurons 


NAN CE TL 
dans laquelle p, 9, r feront impairs & aflujettis à Ja con- 
dition 4pr — q° — b. 

Soit p le moindre des coéffciens p & r; fi g étoit plus 
grand que p, en faifant y -— y’ + "7, on pourroit 
prendre » de manière que dans la transformée, g füt plus 
petit que p, ou tout au plus égal à p. En procédant ainfr, 
on peut toujours faire en forte que 4 ne furpañle nipnir, 


à b : 
& alors g fera moindre que 7 — ; mais comme g ne 
2 


peut être qu'impair, le nombre des formes du divifeur A 
{era fort limité. 

24. Dans le premier exemple de la sable 111, on a b — 3, 
& il en réfuite cette feule forme M — y + y7 + 7’, 
qui ne diffère pas de celie-ci, y? + 3 7°; car fi l'un des 
deux nombres y & 7 eft pair, ou s'ils font tous deux impairs, 


542 MÉMoires DE L'ACADÉMIE RoYALE 

on trouvera, dans les deux cas, quey* + yz + 7° fe 

repréfente plus fimplement par y”! + 32727" 
Réciproquement, tout nombre premier c, tel que | 
BE 


2 


c — 1, c'eft-à-dire, dans ce cas, tout nombre 
premier de Ja forme 3m + x fera divifeur de Ia for- 
mule # + 34°, & fera par conféquent de la même forme 
Hs Cette propriété convient donc à la fois aux 
nombres À de la forme 12x + 1 & aux nombres Z 
de la forme 12x — 5. 

Si on fait — 11, on trouve encore pour la feule 
forme de M, M = ÿ + y + 3 7’. Réfolvant enfuite 

b— 7 

l'équation c ‘ — 1, on trouve d'après la formule 


2bx + c que tous les nombres premiers des formes 
22XH-1,22X + 3,22K + $,22X — 7,22X + 9 
font divifeurs de # + 11°, & font par conféquent de 
la forme y” +- yz + 3 7 quirevient crime . 
25. Voici maintenant quelques propriétés générales 
des divifeurs de Îa fable III, 
Pror. |. Ÿ y a autant de formes du divifeur M, que de 
manières de partager le nombre b en trois carrés. 
Prop. II. Le double du divifeur M eff toujours la Jomme 
de trois carres. 
Par exemple, il y a deux manières de décompofer 107 
en trois carrés, favoir : 
81 + 2 Pate 
49 + 49 9 
Auffi le divifeur # eft fufceptible des deux formes 
; 2 (3 +ad +O—-wl+#T 
D'TE TE SANTE ET x 
2 . __ ay x + y = +0 +408 
PPT gr Ba TT TI : 


pl euSrc-IE NC E $. 543 
dont le double, comme on voit, eft la fomme de trois 
carrés. 

On pourroit faire voir à peu-près, comme dans l’art, 
x8, que la première propolition eft une fuite de la 
feconde. | 

AVAPR' EL Eee DV, 


26. Nous avons déjà dit, à l’occafion de Ia sable IIE, 
qu'un divifeur quelconque 1 de la formule # + &x°, 
b—: 


2 


fatisfaifoit toujours à cette condition #1 — 7, 


Réciproquement, tout nombre premier c, tel que 
. B— x 


2 


€ — 1 eft divifeur de # + bu, & doit avoir 
June des formes qui conviennent aux divifeurs de cette 
formule. Ces formes ne peuvent guère être réduites 
comme celles de la table 111; aufli les avons-nous laiflées 
telles que les donne l'équation pr — g —= b, en ob- 
fervant les conditions ordinaires. ® 

Dans le premier exemple, on voit que les nombres 
premiers des formes 14x + 1, 14X — 3, 14% — 5 
font divifeurs de la formule f + 74°, & font par 
eonféquent de la forme ÿ + 77. Cette propofition 
eft donc applicable aux deux efpèces de nombres pre- 
miers, l’une qui comprend les formes 


28x + 11, 28x — 13, 28x — S; 
Tautre qui comprend les formes 
28% + 1, 28x + 9, 28x — 3e 


On ne connoifloit cette propriété que par rapport aux 
nombres de la forme 28 x -+ 1, & on voit combien ül 
eft facile maintenant de multiplier ces fortes de théorèmes. 

Au refte, il ne fe rencontre point dans cette table, des 
propriétés analogues à celles que nous avons remarquées 


s44 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


dans les autres. Les divifeurs 41 ni leurs doubles ne peuvent 
plus fe décompoler en trois carrés; il paroït feulement 
qu'on pourroit leur donner la forme p* +- gi r Has! 
femblable à la formule elle-même # + bu, où l'on peut 
fuppoler bd = f + g° + 24°. Mais cette forme eft 
trop vague pour mériter quelqu'attention. 


Remarque T fur les Nombres premiers de la Forme 8n — 1. 


27. Nous avons déjà dit, d’après Fermat, que les nom- 
bres premiers de cette forme font toujours la demi-fomme 
de trois carrés; & quoique cette propriété ne foit point 
particulière aux nombres premiers de {a forme 84 — x, 
puifque nous nous propofons de faire voir qu’elle convient 
à tous les nombres impairs, cependant on n’en a point 
encore de démonftration folide. 


Les nombres premiers de la forme 8x — 1, confidérés 
par rapport aux multiples de 3, font compris dans les deux 
formes 24n — 1 & 24n +- 7. Mais fuivant Ia rable 111, 
tous ‘les nombres premiers de la forme 12# — 5, qui 
comprend 247 - 7, font de la forme y° + 37°. Ils 
font donc la demi-fomme de trois carrés, & la propofition 
à démontrer ne regarde plus que les nombres premiers de 
la forme 24» — 1. Ceux-ci confidérés par rapport aux 
multiples de $, font fufceptibles des quatre formes, 
1201 — 1, 120H- 23, 120 — 49, 1207 + 47: 
or, fuivant la fable I, tous Îles nombres premiers des formes 
JÈ 


20n + 3, 20n + 7, font de la forme DE. qui 


eft la demi-fomme de trois carrés. Il ne s’agit plus que 
de démontrer la propofition pour les deux formes reflantes, 


120N — 1, 1204 — 49. 


Développant celles-ci par rapport aux multiples de 11, 
ce qui préfenteroit vingt formes, en excluant les deux 


divifibles par 1 1, on trouve par les divifeurs de #* + 11 a° 
(table 11), 


TATODN ENST LS LOAE NS ES nt 545 
{table F1), que dix dejces formes ont la propriété à dé- 
«montrer , &..que les. dix autres font 
ŒA os TN Era 1ÉpeSnañse 364, 
A 7, 3297 47479, 43 1-PIR SN 230. 
‘On pourroit continuer ainfi, & réduire toujours à moitié 
Je nombre des formes fur lefquelles 1a propofition n'eft pas 
encore démontrée: mais cette méthode ne feroit bonne 
que pour s’aflurer de la vérité de la propofition jufqu’à une 
limite donnée commé 20000 ou 100000, &c. Confidésons 
es chofes plus généralement. . 
28. Nous avons, obfervé que tous Îles divifeurs de {a 
“fable 1/1, & feulément ceux de la forme 4n — 1 dans 
4a rable 1, font toujours la demi: fomme de trois carrés. 
“Cette propofition étant fuppofée, nous allons en tirer une 
‘démonftration très-fimple de-celle de Fermat, io 
Soit a un nombre premier 8 # —— 3, & un.nombre 
premiér 8-n + 3, & B le nombre premier, dont il s’agit 
_de 1a forme 8 nu — 1. Si B eft divifeur, foit de la formule 
£ + a x, foit de fa formule F += bu, il fera de la 
3 L «+ 9° au a: 


forme mentionnée - Faifons donc voir qu'il 


“ef impoffble que 2 ne divife pas quelqu'une des formules 
É Han, PF 46 dés rables 1 & 111. # 
” 2 Si B ne divifoit aucune des formules F 4 à CP 


B— 5: a — 7 
Es 


On auroit a «2 > — 1,& par.conféquent 8 4 —1r, 

c'eft-à-dire, que z feroit toujours divifeur de Ia formule 

É + Bu. Donc, parmi les divifeurs P ou Lu HU 

de cette formule, on trouveroit Le £ 

don) 28 Br$r— 3r HS — 11, + 13, 

db -àsilic D 9 + 21, +27, ke. T 

ce qui fait 8 — 1 formés en excluant Îe terme divifible 
pe 85 & -prolongeant ces nombres .tant qu'ils font aù- 
: déflous de 2 B. Or ; on voit déjà qu'il eft impoffible que 
LOUE / LATE Pnvginereshe in 72 Anal 


546 Mémoôirts DE L'ACADÉMIE RoyaLe 


feroient au nombre de 2 — 1. Nous avons déjà B —113 
oïmes ,cx: PAL À | 
TEBx LL IS, HS, pr, + 13, TC 
-qui conviennent aux divifeurs 4» + 1 de la formule 
# + Bu’. Nous avons donc toutes les formes, ce qui 
left” abfurdé ; car'dans/la fuite précédente, il n'ya queidès 
edivifeurs de Ja forme 8». — 3, & aucun de la forme 
8 n + 1; cependant deux divifeurs de Ja forme 8 — 3 
“en donnent un de la forme 8 » + 1. On voit encore que 
s’il exifte des divifeurs de la forme aie 
BBx —:3,18Bx + 5 &ce 
“M doit y en avoir dés formes 11N: 28 
| 8Bx + 9joBBæit— 15, &c. 


qui pourtant he font pas: éontémues dans les formes fup- 
pofées, &"d’oùréfuite par: conféquent-Fimpofhbilité de 


"cesi formes: 101% | — 4 
ESC "pourroit fe‘ difpenfér d'aller plüs om; mais 
“’prouvons 1a'même €Hofe’par la #40/e HI, SiBne‘divifois 


1 » 


1 4DIES SCIENCES... S47 
aucune des formules #* . +. Du de cette Table, on 
B—1: 


auroit, quel que fût #, à ‘= 1, & par conféquent 


b— 3 


OR 6 2 1; donc tous es ngmbres D de la sable 11] 


. 


diviferoient encore la formule 1* + B 4°. II réfulte de-à, 
comme dans le cas précédent, que la formule t* + Bu* 
auroit des divifeurs de chacune des formes fuivantes : 


BBx £ + 3, — 5, + 11 — 13, H 19, &c. 
Cette fuite renferme encore B — 1 termes, & contient 
par conféquent tous les divifeurs 4» — x de la formule 


1 + Bu’, Mais ici l’oppofition eft bien manifefte avec 
les formes des divifeurs du cas précédent; car fr 8Bx + x 
eft un divifeur quelconque de # + Bx°, il faut. que 
BD — 1 

nm  * —:;  eft donc bien certain que 8 Bx — y 
ne peut être alors un divifeur de la même formule: ainf, 
non-feulement les denx fuites de divifeurs que nous avons 
trouvées, 

8Bx {+ Dior Gr ll 13, &c. 

8 Bx Ÿ — 3, + $, — 11, + 13, &ec. 
pe peuvent pas convenir à la formule * + Bz*, mais 
même il eft impoflible qu'il y en ait deux çorrefpondans, 
tels que 8Bx + 3 & 8 Bx — 3, qui aïent lieu à la fois. 
Donc il eft impoffible que le nombre B ne divife pas 
quelqu’une des formules des tables 1 & 111, ou même qu'il 
n'en divife pas une infinité dans chaque table; donc le 
nombre B eft la demi-fomme de trois carrés. I ne refte 
plus qu'à démontrer d’une manière générale {es propriétés 
qui ont lieu dans tous les exemples de nos tables, pro- 

riétés dont nous avons fait apercevoir la liaifon, & qui 
Jouiflent déjà d'un trés-grand degré de probabilité. 
 Zzz ÿ 


548 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
gl Remarque AT, fur les Nombres en général. 


29 If ne feroit pas difficile de prouver par des-rai-. 
fonnemens femblables aux précédens, qu'un nombre 
impair quelconque eft toujours divifeur de quelqu’une des.. 
formules prifes dans: bles. On peut même démontrer 
qu'il en divife une infnité dans chaque table: car il ya» 
une infnrité de nombres premiers compris dans la formule: 
2nx y, & 2n Étant premiers entreux, & x étant: 
une-indéterminée. 1 

Cela pofé, 1° fi P eft de Ia forme 4n + 1, & 
qu'il divife une formulé # + az* de la première table, 
on conclura que P eft Ia fomme de trois carrés. Donc tour. 
ombre de la forne an + 1 eff la Jomme de trois carrés. 

2. Si A1 eft un nombre impair quelconque, & qu'il. 
divife une formule # + bu” de'a table AL, il faudra, 
par la propriété de cette table /25), que M foit la demi- 
fomme de trois carrés. Donc /e double de tout nombre impair. 
eff la fomme de trois carrés. 

Ces deux propriétés font confirmées par la table 1}; car 
fi Je nombre P de la forme 4r + 1, divife une for- 
mule # + ax de cette table, le nombre 2 & fon double 
feront tous’ deux la fomine de trois.carrés, fart. 21). 

Quant aux nombres de la forme 4» — 1,ils fe divi- 
fent en deux, claffes, les uns. de la forme 8» — 1, les 
autres de la forme 8 + 3; ceux-ci font toujours Îa 
fomme de troïs carrés impairs, ce qui revient à dire que 
tout nombre eft compolé de trois triangulaires. Maïs il eft 
fingulier que cette propofition de Fermat ne fuive nullement 
des propriétés précédentes, & demande une toute autre 
route pour être démontrée. Cependant, comme perfonne 
n'en doute, nous croyons pouvoir établir cette concfufion: : 

Tout nombre impair, eff à la fois des deux formes x* + 
Yi + 25% y + 22°, excepté les nombres de la 
forme Sn — 1 qui ne font que de la feconde; d'où il fuit 
que, tout nombre ou [on double ef? la Joue de trois carrés, * 


LMD IELSMBNG AÉAN: CE: Su oubLT 549? 
Autres Théorèmes fur les nombres premiers. ? 


M. de la Grange a démontré le premier, dans le rome IV, 
des Mémoires de Turin, que l'équation x — cÿ — 1, 
€ étant un, nombre. quelconque non carré, eft toujours 
fufceptible dure. infimité de folutions en nombres entiers. : 
Ce théorème à lieu, à plus, forte raifon, lorfque c eft un 
nombre premier; mais les différentes formes de ce nombre 
donnent lieu à d’autres propofitions que nous allons dé- 
montrer, & qui ont de l’analogie avec celles de nos 
tables. ; 1 

À THÉORÈME XIIL | 


: 


30. Si a eft un nombre premier de la forme 4n + r, 
l'équation x* — aÿ* — —— 1 fera toujours poflible en 
nombres entiers; d’où il fuit que tout nombre-qui eft de 
la forme f — au fera aufli de la forme a — r, & 


réciproquement. 
En effet, foient p & g, les plus petits nombres (autres 
que 1 & o) qui fatisfont à l'équation p — ag = 1; 


q doit être pair, fans quoi ag + 1 feroit de la forme 
gn —+- 2 qui ne peut convenir à un catré. On fera donc 
p — 1 — 4ar, & cette équation ne pourra fe partager 
que de ces fix manières, où lon fuppofe r = mn: - 


pero (1) Rite (2) ge G) 


PIE = ñ p—Ii=ar F—i1=4N 


P+Ii—= Cu P+i—=:a p+i=im 
Mere OU) NON ONG QU ER à (6) 
Or, la troïfième & Ia quatrième combinaïfon ne peuvent 
avoir lieu, puifqu’on en tireroit 2 — am — 4n & 
2. = M — An; il faudroit donc que "1 fût pair, & 
alors le fecond membre feroit divifible par 4. La première 
& la deuxième ne peuvent avoir lieu par la même raifon. 
La fixième donneroit m° — an — +; équation qui 
ne peut avoir lieu, puifque nous avons fuppofé que p & q 


550 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
étoient les plus petits nombres. qui. fatisfaifoient à l'équa- 
tion p — ag — 1, & qu'alors m & n feroient beau- 
coup plus petits. Donc il refte feulement la cinquième 
combinaifon qui donne 1 — an — #f, & qui prouve. 
la poffbilité de l'équation x? — ay — — +. Elle fait 
voir en même temps, comment on déduit les nombres # 
& n des plus petits de ceux qui fatisfont à l'équation x* 
— aÿ —= 1; ceft en faifant V/p + gVa) =im 
pli p+: 

+ Va, oum—=V( Do fr he 


2 2 


1e Lorfque a-n’eft pas premier, mais qu’il eft Ia fomme 
de deux carrés, il peut arriver que f’équation x — aÿ° 
— — 1 foit pofhble, & cela a lieu dans un grand nom- 
bre de cas; mais la règle n'eft pas générale, comme. 
femble le croire M. de la Grange, rome 1W des Mémoires 
de Turin, page 88, & on la trouve en défaut, lorfque 
a 34, 206, 221, Ge. Ainfi, quoique a foit de fa 
forme f* + g*, on ne peut pas dire généralement que 
tout nombre de la forme x* —— ay foit en même-temps 
de la forme 43 —— x*; mais cette propofition ef vraie, 
lorfque a eft un nombre premier; car fl on a A7 — Fu 
— aÿ &— 1 — m — an, on en conclut — #4 
— (x — aÿ) (m — an ), produit qui eft, comme 
on fait, de la même forme que fes faéteurs. 6 / 


THÉORÈME XIV. 


32 Si b ef un nombre premier de la forme 8n + 3, 
l'équation Dbx° — y* — 2 fera toujours poffible en 
nombres entiers. l 

Soient toujours p & g les moindres nombres qui fatis- 
font à l'équation p° — bg* — 1. Si q eft impair, & 
qu'on fafle g — mn, on aura ces deux combinaïlons, 


p+Hi bm° PpPHizxn 
P—I #° Qt P—iz us Ce 


Il 


DES SCIrNCES. DEL 
H réfulteroit de la feconde 2 — m° — br, équation 
impofñble ; elle Véft évidemment lorfque lun -des deux 
nombres # &n-eft pair : lorfqu'ils fontimpairs, le: fecond 
Membre eft de la forme 8n + 1 — /8n + 3) (Bn+ 7), 
où Sn — 2, qui ne peut fe ‘réduire:à :2. Lia:première 
combinaïfon donnetoit 2 == "Üm* -— n°, ce qui'efl ka 
propofition à ‘démiontrer. Mais voyons fi d’autres combi- 
naifons ne pourroïent pas avoir lieu :‘en fuppofant: pair 
& — 2mn,'on pourra faire ces deux combinaifons, 

1 20m | + 1 = 2m 

Rd ol urR CAT LE #9 6y 

pP — 1 — 2» p—u1 = 2bn 
“d'où réfulteroïit 1 — dm — n°, 1 = 6 — bn, La 
‘feconde ne peut avoir lieu, puifque p & 9 font par hype- 
‘thèfe les plus petits nombres qui fatisfaflent à l'équation 
pp —bg — 1. La première, 1 — 0m — x" n’eft 
‘pas poffible nôn plus, parce que b n’eft pas la fomme de 
“deux carrés. Donc'enfin il n’y a de poffible, parmiles quatre 
‘combinaïifons éxänrinées , que l'équation 2 — bm* — n°. 

9 . THÉORÈME XV. 

133. Si b°eff an nombre premier de la forme 8n — x, 
équationt2 = y = bx" fera toujours: poffible en nombres 
‘entiers. 

Soient toujours p'& g'lestplus petits nombres qui fatis- 
“font à l'équation p*=—"6 7" = 1 ;felon qu'on fait.7 — mn 
‘où 7 — 2mn, on aura les quatre’ cas à confidérer ; 


PpP+Hai= dm + In 
+: 1662 =, n° Qu ut 
Pp+1i = im P+HiZ=2n 
P—i—= ic Fe ue 


Le troifième donneroit 1 — bm”—n", ce qui fuppo- 
feroit b de la forme 4 4 + 1. 
Le quatrième donneroit 1 = #° — bn°; ainfip & que. 


552 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
feroient pas les plus petits nombres qui fatisfont à l'équa- 
tion p® — bg" — 1, ce qui eft contre l'hypothèle. : 

La première donne 2 — bm* — #° ce quieftimpoffible, 
.parce que les deux membres ne font-pas de fa même forme. 
H refte donc la feconde combinaifon qui donne 2 = #*° 
— bn”, & qui a lieu néceflairement. ue (ii 

34 Remarque. MU feroit peut-être néceffaire de démontrer 
rigoureufement une chofe que nous avons fuppofée dans 
. plufieurs endroits de cet article, favoir,. qu'il y.a une inf- 
nité de nombres premiers compris dans toute progreflion 
arithmétique , dont lé premier terme & fa raïon font 
premiers entr'eux, ou, cé qui revient au même, dans la 
formule 2mx + uw, lorfque 2» & ,u,wont point de 
commun divifeur. Cette propolition eft. aflez difficile à 
démontrer, cependant on peut s'aflurer qu'elle eft vraie, 
-en comparant Ja progreflion arithmétique dont il s’agit, 
à la progreflion ordinaire 1, 3, $, 7, &c. Si on prend 
-yn grand nombre de termes de ces progreflions, le même 
dans les deux, & qu'on les difpofe, par exemple, de 
manière que le plus grand terme foit égal & à la même 
place de part & d'autre; on verra qu'en omettant de 
chaque côté les multiples de 3, 5, 7, &c! jufqu'à un 
:certain nombre premier p, il doit refter des deux côtés 
le même nombre de termes, ou même il en reftera moins 
dans la progreflion 1, 3, $, 7, &c. Mais comme dans 
-celle-ci, il refte néceflairement des nombres premiers, ül 
en doit refter aufli dans l’autre. Je me contente d'indiquer 
ce moyen de démonftration qu'il feroit trop long de 
détailler, d’autant plus que ce Mémoire pañle déjà les 
bornes ordinaires, 


« 
: 
: 


Tase L 


DESs S:cI1E NCE.s. 553 


AB AEtEr NL 


Divifeurs de. la formule © + au, a étant un nombre premier 
de la forme 8 n —- 3. 
ER 
Divifeurs Pou4zx + t, Divifeurs Q ou4nr — 1, 


a—1: a—t 


telsqueP i? =1,P=p+g+r.tdsqueQ ? =1,2Q=p+qd+r. 


*2fnurio 


REA 2Ÿ + 24 + 31 
20 K + 1, 2O0X + 9. 20 X + 3»20K + 7 
Y +138; 2Ÿ +2Ji+ 7L: 
S2% 2 # 
Æ Lit D HIT, 4 25, —23,| + 7, + 11, + 15, + 19, 
: — 3. = ren 220 
ÿ +297 2Y +2 + 154 
SŸ +2yit+ 6€ 3 H2Jz + 107, 
116 x 116 x 
ol + $s, + 9, +13, +25,) + 3, + Il, + 15, + 19, 


+ 33455 4 40 53: +57] + 27, 31, + 39, + 43, 
IS —3$s— 23; — 7 +47: + 55, — 41, — 37, 


DE S7 23 
148 x, 148 x 
+ I,+H 9, +17 +21,4H25,) + 7, + 
TD O5 32 570) He 7429; + 435 
+6$, +73 —7l1— 63, —47,| + 51, + 

— 27; — 11, — 3. — 69, — 


Mém. 1785. A aaa 


AH IOI + 7 | 


TO 1 


n6OI AT 


554 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Suite de la Table L 


DPF 3 0 


6 + 277 + 97»; 


212 X 


2 + 2Yt+ 274 
3f + 2)1+ 187 
212% 


+ 1, + 9: +13, +17; + 25,|+ 3» + 19, + 23; + 
+ 29, +37» +49: + 57: + 69,|+ 31, + 35,+ 39, + 
+ 77 + 81,+ 89,+ 93, + 97,|+ $s5, + 67, + 71, + 
+ 105$; —99—95; — 91, — 63,|+ 79, + 83,+ 87, + 
— Sn aro Aie 2 mA TOT, Us 7357 
— 7|— 61, — 45, — 41, — 
— 21, — 
Ÿ + 617, 2Ÿ + 2Y7 + 317; 
SÂ+4It+ 137; 7Y + 671 + 107; 
244% 244% 
HOLD SH 9, + 13,|+ 7, + 11, + 23, + 
HR 25:% 4l,+ 45 H 49,4 35; + 43 + SI, + 
+ SAn+ 65, + 73; + 77,|+ 59, + 63, + 67, + 
+ 81, + 97, + 109, + 113,4 79, + 87, + 91, + 
+117, +121, — 119, — 107,|+ III, HIIS, — 105$, — 


103; — 95: — 8 


bib r5ol.,93s 89, — 85, — 


APT 97 ME PO NRA UO ISSN Sa 


Ce I 


ÿ + 1017, 
ÉJNn 2y te 
SLA TE 
99% 8x + 

404 x + &c 


Ÿ + 109 ?, 
SF +231 + 
436 x + &c. 


$s — 3% — 21, — 


2Ÿ + 2/7 + S1% 


17%, 3Ÿ + 297 + 34% 

217; TŸ +A4JT+ IS 

13 TL; I0Ÿ + 6Y1+ 112 
404 x + &c. 


299 + 2.) % HR IES 
DATES IOŸ + 2Y7 + 11%; 
436 x + &c. 


DES SCIENCES. 555 
_ Suite de la Table I, 
PP ER 


Ÿ + 149 2 2ÿ + 2y1+75t 
SŸ +231+ 307, 3Ÿ +214 507, 
CF +2yrz+a2sr, 10Ÿ + 2)1+ 15 À 
9Ÿ +4 +175. 11Ÿ + 8yr+ ist: 


RSR Rss) ER RE 


VASE à AE 2Ÿ + 2Y1 + 79 L 
13Ÿ + 10y1+ 146%. 7 +4Jt+23t- 


PAZ CS 2} + 2yz + 877, 
CF + 27 + 297, 3} +21 + 587, 
13Y + 61 + 147, 7 + 6yr + 267, 
9Y + 87z +217. 11 + 1077 + 18 g. 


| 


&c. &c. 


> | Er Z + 4 ln + | ! re He 


TA BVL ET 
Divifeurs de la formule © + a w°, à étant un nombre premier 


de la forme 8 n + x. 


= Divifeurs Pougn+r, Divifeurs Qougn—r, 
" PR) P a—: 
2 9 Det ME Jet LECTURE MENT E 
® + +r. 
nez 3Ÿ + 21 + 6 
2} +271 +97 68 x 
68 x ea hs CT. 2 3, F7 
FN EN NI2T EE 25, 31, — 29,2 5, 


RE 19, — 15: 
Aaaa ji 


_ 


556 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Suite de la Table 11. 


rat 3 +2)t+14 
2} + 2Y; + 21Ÿ 6 +2):+7T 
SÂ+ 497 + 9% 164 x 
164 x Ho 4 7 HAIl, HIS, + 19; 
lb + LH S + 9 +21, +2$,|+ 27, + 35, + 47: + 55, + 63, 
a +33 +37; +45, + 49, + 57,|+ 67, +71, +75, +79, — 69, 
PR DE 73773 + 81, = 59, 65, — 53, — 29, — 17, — 13: 
me. donc Len CONS EC 


72. ZŸ +TAJI+IIT 
297 + 

+ 11,4 + 
Qi + 43 + 
+ 63, + 
+ 993 + 
+ 131, + 
— LS us 
— LE 


+ 
—+ 
—— 
+ 


2/7 + 307 
23t+45T 2Yt + 152 
297 +18 6Yz + 14% 
2/7? + 10% &c. 
&c. 


Y FI97 0 
2ÿ+ 297 + 49% 
388x+ &c. 


DES SCrTENCES, S57. 
TA RE ENITIAA 


Divifeurs de la formule © += b w, b étant un nombre premier 
de la forme Sn + 3. 


Divifeurs M, 


b— 7 


tels que M: ? =1,&2M=p + g +7. 


‘2pnuro 


ÿ + JT ze < y + TT 
6x + 1. 


PTT 
22H HI + + SH 9, — 7 


CDCMIETEE 


MARI BEEN 
384 + 1, + $, + 7 + 9, + II, + 17, 
— 15» — 13; — 3. 


++ 


HU OH 9 HIT, + L3r + LS + 17, + 21, 
+ 23% + 255 FH 31, TH 35» H 41, — 39, — 37; 
at Dom: en 40 ONE OL ee 


RL CAE +4 
3Ÿ + Jr + St 
236 x 
REMOTE R 0, LS RM 7; 
FT 19, + 21, + 25, + 27, + 29, + 35» hr 41; 
MNT NEO ST NES 7 LS 7, AUS" 47; 


379 LD CE CP ermhd ds L'ADE EC 
LE 


553 MÉMOtREs DE L'ACADÉMIE RoYyALeE 
Suite de la Table 111. 

SET ORDRE PRES PC EIRE DC PER EEE TRE PRE NP PSC ET OS 

Et EVE à 
- 268 x 

D Te Nr 7 197 PU TU ÉD TE Res 

H 259 + 29, HS 3, + 37» + 395 + 47 

+ 49 + 55 + 59, + 65, — 63, — 61, — 57, 

NDS LOU STD pere Eee 4ÆDN=fair | 

Er Sn TEST LL EE p » sta 3° 

RS 

1. ÿ + J7 + 21% 

COQ 

#9] 

=, 


3Ï +It+7T 
332 x + &c. 


TAB" ar EM ÎLVE 


Divifeurs de la formule + D w, b étant an nombre premier 
de la forme 8 n — 7. 


Divifeurs AZ, 
6—i 
toujours tels que M =? —1r. 


“2j TO 


% 4 
F J'er Z TR 
+ 28 x 
a + Cd dt. Ch ER Se 
% Y+23r 
_. 3ÿ + 231+ 87 
V 924 
VW A tit 3 gs it 9 — IL, H 43% 
LS 


DES S clLENCEE s. s59 
Suite de la Table 1. 


f+3ir 
SF +4 +7T 
124 x 
SL M ET NB EN SNL, 2 DOTE Sert, 
 ASs — 117: HU19) 21, — 23, + 25» — 27, 
620. 
Ÿ + 47T 


3Ÿ + 231 + 16€ 
7241034 #4. Bt 


188 x 
HOT + 3 — $s + 7 + 9 — Il, — 13, 
oran dl za TO ct, 2T 23 nie 29, + 27, 


TN Ne OT EE EM EN a a re te 2 


DUR 7T Se À 

3Ÿ + 2J1+ 247 

8 + 277 + 9 

SF + 4Jt+15T 

284 x 

= 1, + 35 + Saber 7 + Dot NE 73; 
+ 15, — 17, + 19, — 21, — 23, + 2$, + 27, 
+ 29, — 31, — 33 — 35 + 37: — 39 — 41, 
+ 43 + 45» — 47: + 49, — 51, — 53, — 55, 
Sn et CNP San ESS EAN 69. 


RENE 
SY-FI23 LP ae 
8 + 6yz+ 11% 

316 x + &c. 


RE ou D 


560 MémoiRes DE L'AcADÉMIE RovaLe 


DIE TS CREED N 
D'UNE BOUSSOLE,. | 
Dont l'Aiguille cf fifpendue par un filde foie... 


Pre Ne :'C'ovLo ms. 
[RTE une addition aux Recherches fur les aiguilles 


aimantées, imprimées dans le x1° volume des Savans 
étrangers , J'ai décrit, page 21'5, une bouffole à fufpenfion 
de fil de foie, deftinée à déterminer les variations 
diurnes. Celle que je préfente aujourd’hui eft conftruite 
d'après les mêmes principes ; mais elle eft plus fimple 
dans fa conftruétion, plus commode dans fes ufages. 

Il faut fe reflouvenir qu'il eft prouvé, page 20$5"# 
füivantes . du Mémoire que je viens de citer, qu'en 
prenant les précautions qui y font indiquées, la force de 
torfion d’un fil de foie ne peut influer que d’une manière 
infenfible, fur la direétion d'une aiguille aimantée fuf- 
pendue à ce fil. 

H eft également prouvé, page 209 d fuivantes, que 
la réfiftance de l'air n’influe pas fur la direction de l'ai- 
guille, où n'y influe que pour une quantité que l’on peut 
négliger. 

Enfin, il eft démontré, page 221 à Juivantes, de ce 
même Mémoire, que lorfqu'une lame aimantée eft fuf 
pendue horizontalement , fr lon trace une ligne quel- 
conque fur cette lame, & que l'on obferve la direction 
de cette ligne , avant & après le renverfement de Ia 
lame , la direction de Ia ligne méridienne magnétique 
partagera en deux parties, égales l'angle formé entre Îes 
deux directions obfervées. 


La figure 1." repréfente en perfpedive toutes les parties 
de notre nouvelle bouflole. 
ABCD 


DES SctrENCESs. s6… 

ABCD eft un bloc de pierre taillé à angles droits 
& qui fert de femelle à la bouffole : cette pierre a vingt- 
quatre pouces de Îongueur, neuf pouces de argeur & 
quatre à cinq pouces d'épaifleur ; le long côté B D fe pole 
à peu-près dans la direction du méridien magnétique du 
lieu où fe fait l'obfervation. À dix pouces de diftance du 
côté AB, l’on fixe en ae parallèlement à ce côté AB, une 
lame de cuivre rouge de dix-huit lignes de largeur, de 
cinq pouces de longueur & de deux à trois lignes d’épaif- 
feur; cette lame eft noyée & cimentée dans une échancrure 
faite à la pierre. Sur cette plaque, s'élève perpendiculai- 
rement une fourchette df, fixée par fes talons da, fur la 
première plaque de cuivre, au moyen des vis que l'on voit 
à la figure. Dans la partie fupérieure de cette fourchette, 
en f, eft la pince de fufpenfion que l'on voit en détail à 
Ja deuxième figure; le bouton a fert à tourner cette pince ; 
en b, eft la fente qui faifit le fil de fufpenfion; en c, eft 
l'anneau qui ferre la pince : en f, figure r , au haut de 
la fourchette, l’on place un petit cercle horizontal dont 
le centre répond au centre du trou de Îa pince, ce cercle 
divifé en degrés, fervira, fi l’on veut, à connoître de 
combien un angle de torfion donné, pourra éloigner l'ai- 
guille de fon méridien magnétique. 

La fig. 3 repréfente une feconde pince fufpendue au fil de 
foie par fa partie fupérieure a, & qui, par fa partie inférieure 
6, faïfit l'aiguille aimantée, qui, par ce moyen, fe trouve 
fufpendue de champ. L’aiguille aimantée eft repréfentée, 
fg. r en hi; elle a fix pouces de longueur depuis # juf- 
qu'en 4, où eft fon point de fufpenfion, & douze pouces 
depuis ce point , jufqu’à fon autre extrémité ;; en forte 
qu'elle a en tout dix-buit pouces de longueur. En #, eft un 
coulant qui fert de contre-poids pour établir l'aiguille dans 
une pofition horizontale; en À, eft une petite plaque d’ar- 
gent foudée horizontalement au-deflus de l'aiguille, & fur 
laquelle on trace un trait dans la direction 4, milieu de 
l'épaifleur de l'aiguille. Cette aiguille doit être de bou 

Mim. 1785. Bbbb 


562 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
acier, bien dreflée , trempée d’abord très - roide, & 
revenue à la confiflance de reflort: aimantée enfuite par 
la méthode de la double touche, lon peut lui donner 
d'autres dimenfions que celles que je viens d'indiquer, 
pourvu que l'on proportionne fa force du fil de fufpenfion 
à {on poids. Celle dont je me fers a dix lignes de largeur 
à l'exirémité 4, trois lignes à l'extrémité ;, & trois quarts 
de ligne d’épaifleur uniformément. 

Pour obferver la variation de cette aiguille, l’on fe fert, 
figure 1, du micromètre /m pq de cuivre rouge ; il eft 
compofé d'une femelle /p; de deux montans /m, pn; 
d'un chaffis horizontal #7; d'un curfeur s, qui porte à fon 
centre une lunette microfcopique à deux verres r#: le foyer 
de cette lunette microfcopique eft placé à douze pouces 
de diftance du fil de fufpenfon -f4 Le chaflis #1 du 
micromètre, eft reprélenté en détail & en plan à la fig. 4. 
L'on voit que le côté ab de ce chaflis, eft divifé de 
chaque côté, à partir de fon milieu o, en huit parties 
égales, dont les deux ou trois premières de chaque côté 
repréfentent des degrés, parce que l'arc, le finus & la 
tangente fe confondent dans les premiers degrés. Chacun 
de ces degrés efl divifé en quatre parties, qui font px 
conféquent égales chacune à quinze minutes. 

Chaque côté o d, 0 g du curfeur, correfpond à trois 
degrés & demi, & eft divifé en quinze parties, dont cha« 
cune, par conféquent, égale quatorze minutes , où diffère 
d’une minute de chaque divifion du chaflis, ce qui forme 
un nonius qui mefure les minutes. Comme dans les 
variations diurnes, l'aiguille a rarement plus de trente 
minutes de mouvement, l’on peut fans erreur fenfible 
dans l'obfervation, prendre les divifions pour des degrés: 
fi cependant les variations étoient confidérables, ou fi dans 
es variations que l'aiguille auroit- éprouvées, depuis le 

#ecommencement des obfervations, elle étoit arrivée à deux 
ou trois degrés de diflance de a première divifion 0, 
lon pourroit, fi lon vouloit une plus grande précifion, 


DIE s 1 S'CE N'C'E S 563 


éalculer Îles variations angulaires, d’après Îles mefures 
données par la tangente divifée ici en parties égales. 

La lunette microfcopique a deux fils de foie très-fins 
recroifés à fon foyer; il faut tourner cette lunette qui fert 
à.obferver le trait de l'aiguille en ;, de manière que ce trait 
fe peigne au foyer de la lunette, fuivant l'alignement d'un 
des fils : l'on fait fuivre au curfeur / fig. 4) qgkpd, les 
mouvemens de l'aiguille, au moyen d’une vis eg, & d'une 
rainure taillée en bifeau fur les côtés intérieurs du chaflis, 
dans laquelle rainure le curfeur glifle. 

Je n'étendrai pas plus loin cette defcription, d'autant 
plus que les proportions de la plupart des parties de 
cette bouflole, changées dans l'exécution, n’altèrent: pas 
fon effet, pourvu que la mobilité de l'aiguille refte 1a 
même. + 

Les fils de foie ne demandent aucune préparation; on 
les réunit en jetant plufieurs cocons dans l’eau bouillante, 
& en les dévidant à la croifade, comme on le pratique 
dans les manufactures, ou feulement en les froiffant au 
fortir de l’eau bouillante entre les deux doigts. Quoique 
la force de chaque fil de foie varie beaucoup, elle eft 
rarement moindre que quatre-vingts grains; mais il ne 
faut compter dans la pratique, après leur réunion, que fur 
une force de cinquante grains pour chacun. L’on peut, fr 
lon veut, fuppléer à l'eau bouillante, & réunir plufieurs 
fils de foie en les trempant dans de l’eau gommée; quoi- 
qu'ils prennent par cette opération un peu plus de roïdeur 
que par Île premier moyen, cette roideur n’eft pas aflez 
confidérable pour déplacer fenfiblement l'aiguille. 

Avant de placer notre aiguille dans la pince de fufpen- 
fion ab, fig. 3, il faut, comme nous l'avons dit dans le 
Mémoire déjà cité, y fufpendre d’abord une lame, foit 
de plomb, foit de cuivre, qui puiffe tourner dans la 
fourchette de fufpenfion, & qui ait abfolument le même 
poids que l'aiguille que lon y fubflituera, lorfque le 
premier corps fufpendu s'étant arrêté naturellement à 


Bbbb ij 


564 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
peu-près dans le méridien magnétique, annoncera qu'il 
n'y a plus aucune force de torfion dans la fufpenfion. 

La fourchette, fig. 1, aura dix-huit pouces de hauteur; 
cette hauteur eft fuffifante pour donner au fil de fufpenfion 
douze à quinze pouces de longueur. 

Toutes les parties que nous venons de décrire, font 
celles qui conftituent eflentiellement la bouffole; mais fa 
grande fenfbilité de l'aiguille ainfi fufpendue , rendroit 
toute obfervation impraticable , ft cette aiguille étoit dé- 
couverte & expolée à tous les mouvemens de l'air de 1a 
chambre où fe fait l’obfervation. La boite, fig. ç, nous 
a paru dans la pratique aflez commode, pour couvrir 
notre bouflole; elle eft conftruite de manière qu’on peut, 
lorfqu'il y a quelque chofe à rétablir, la démonter & 
remonter, fans toucher à aucune des parties de la bouf- 
fole : cette boîte eft formée, fg. $, de deux pièces; la 
première AadD BC, a vingt - deux pouces de lon- 
gueur, cinq pouces & demi de largeur, & quatre pouces 
de hauteur ; elle eft entièrement ouverte à fon fond, fon 
couvercle eft ouvert dans la partie 84, pour y placer 
une glace 7 2 3 4, à travers laquelle l'on doit obferver 
l'aiguille. L'autre extrémité ac de fa boîte eft échancrée en 
*y, jufqu'en 74, fur neuf pouces de longueur; c’eft dans 
cette échancrure que fe trouve placée la fourchette df de 
la figure 1, lorfque l'on fait gliffer cette boîte deflous le 
micromètre, de manière que l'extrémité ac, fig. 5, dépafle 
d'un pouce l'extrémité # de l'aiguille, fig. 1. 

La partie fupérieure de la fourchette eft recouverte par 
une feconde boîte, fg. 5, qui a trois pouces & demi de 
largeur en tous fens, fur dix-huit à vingt pouces de hau- 
teur, & qui au moyen du cadre egh, qui termine fa 
partie inférieure, fe lie par quatre vis fur le couvercle 
ab. Lorfque la bouflole eft ainfi couverte par la-boîte, 
l'on bouche l’échancrure avec deux petites règles, low 
colle enfuite du papier fur tous les joints pour empêcher 
l'air de pénétrer dans l'intérieur de la boite. 


DES ScteNces. 565 


L'on conçoit, ainfr qu'il eft prouvé dans le Mémoire 
déjà cité, que d’après le genre de fufpenfion que nous 
avons employé pour notre aiguille , elle ‘a une très-srande 
mobilité , qu’elle obéit facilement à la plus petite aétion, 
que le moindre ébranlement la met en ofcillation, ce 
qui exige des précautions deÎa part de fobfervateur ; l’on 
pourroit cependant diminuer en grande partie cette mobi- 
lité , par le moyen fuivant : l'on foudera, figure 1 , fous 
l'aiguille & fuivant fon plan, une lame de cuivre ou d’ar- 
gent, très-légère, de trois ou quatre pouces de hauteur, 
d'un quart de ligne d’épaïfleur; fa longueur pourroit être 
de huit ou dix lignes feulement à fa partie fupérieure, où 
elle eft jointe à l'aiguille; mais elle iroit en augmentant à 
fa partie inférieure, où elle feroit de trois à quatre pouces. 
L'on feroit plonger cette lame dans un vafe rempli d’eau, 
pofé fous l'aiguille, mais qui lui laiffe en entier la liberté 
de fes mouvemens : au moyen d'un petit tuyau , l’on en- 
tretiendroit l’eau du vafe toujours au même niveau. Nous 
avons fait voir dans le volume de } Académie de 1784, par 
des expériences qui paroifient décifives, que la cohérence 
de l’eau contre les corps ne pouvoit influer fur leur pofition, 
lorqu'ils parvenoient à l'état de repos; ainfi il réfulte de ces 
expériences & de la conftruétion qui précède, que la lame 
de cuivre, plongée dans l'eau, arrêtera rapidement les ofcil- 
lations de l'aiguille, fans altérer la direétion du méridien 
magnétique. L'on pourroit fouder un fecond plan de cuivre 
vertical, perpendiculairement au premier, ou au plan de 
l'aiguille ; ces deux plans arrêteroient très-promptement dans 
tous les fens les différens mouvemens de l'aiguille: mais quoi- 
que le moyen qui précède, doive diminuer fenfiblement les 
inconvéniens de la grande mobilité dûe à notre fufpenfion, 
il ne faut négliger aucune des autres précautions qui peuvent 
faciliter les obfervations. C’eft ce qui m'a déterminé à fixer 
d’une manière invariable toutes les parties de ma bouflole, 
fur une pierre très-pefante; à féparer en entier le micromètre 
de Ia fourchette de fufpenfion, de manière qu'en tournant 


566 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


doucement la vis du micromètre, il n’en pût réfulter aucun 
mouvement dans l'aiguille. L'on doit obferver de placer, 
s’il eft poflible, cette bouflole à un rez-de-chaufiée, ou au 
moins fur une voûte d’un bâtiment très-folide, & que cet 
emplacement foit tel que les différentes parties de la boîte 
ne puiflent pas acquérir des degrés de température diffé- 
rens; autrement il fe forme des courans circulaires d'air, 
qui déplacent & mettent l'aiguille en ofcillation. 

Enfin il faut, dans le moment de l’obfervation, s'ap- 
procher doucement de la tête de la bouflole, & ramener 
légèrement au moyen de fa vis du micromètre, le foyer 
de la lunette microfcopique, fur le trait de l'aiguille. 

Si malgré toutes ces précautions, il arrive quelquefois 
qu'au moment de l’obfervation, l’on trouve l'aiguille en 
mouvement, ce mouvement doit être occafionné par l’état 
plus ou moins électrique, a pofition, la température des 
différens corps, ou même des mafles d'air qui avoifinent 
l'aiguille; il faut, dans ce cas, peu compter fur les obfer- 
vations, la force magnétique étant probablement pour lors 
altérée par des forces étrangères au magnétifme : fans cela, 
il feroit aflez facile de déterminer la véritable polition 
de l'aiguille en ofcillation , en mefurant au moyen du 
micromètre, l'amplitude totale de l'ofcillation; la moitié 
de cette amplitude donneroit Îa véritable pofition de 
l'aiguille, lorfqu’elle ceflera d’ofciller. 

D'après les remarques qui précèdent, & qui annoncent 
que les aiguilles font quelquefois agitées par des forces 
étrangères au magnétifme , j'avois propolé, en 1778, 
d’avoir toujours en obfervation deux aiguilles abfolument 
femblables, mais dont les forces aimantaires fuflent très-dif- 
férentes, dans le rapport, par exemple, de 4 à 1, ce qui fe 
détermine facilement par le nombre des ofcillations. Lorfque 
des forces étrangères au magnétifme agiroient furces aiguilles, 
celle qui feroit plus foiblement magnétifée, feroit déplacée 
dans la raifon inverfe de fa force directrice. 

Je ne comparerai pas cette nouvelle fufpenfion avec 


D! muse LÉ LC ASE AU © E 5 567 
celle par des chapes fur des pivots, dont j'ai détaillé une 
partie des défauts, en 1777, dans le 1x" volume des 
Savaus étrangers (a). 


Détermination du Méridien magnérique. 


La bouflole deftinée à déterminer le méridien magné- 
tique, eft conftruite d’après les mêmes principes que celle 
que nous venons de décrire; mais fon aiguille qui a dix- 
huit pouces de longueur, eft de la même largeur & de Ia 
même épaifleur dans toute cette longueur. On la fufpend 

ar fon milieu, comme on peut le voir, fig. 6 ; il faut 
qu'elle foit parfaitement dreflée & fufpendue par fon champ 
bien verticalement: par le milieu de fon épaifleur, lon 
tire un trait d’une extrémité à l’autre, & lon obferve les 
deux extrémités de ce trait, au moyen des deux micro- 
mètres, comme l'indique la figure 6, 

-Comme notre aiguille eft par-tout d’une épaifleur égale 
& très-petite, comme on la fuppofe bien dreflée, qu'elle 
eft fufpendue de champ, le plan qui partage fon épaifleur, 
vu verticalement par Îa ligne tracée fur fon champ, fera 
à très-peu-près dans le méridien magnétique. Aïnfi les 
deux foyers des microfcopes fe trouveront, après Fobfer- 
vation, dans cette ligne méridienne ; ainfi en tendant un 
fil d'argent fous ces deux foyers, après avoir Ôté l'aiguille, 
& prolongeant ce fil d'argent jufqu'à une ligne méridienne 
tracée dans le lieu de l’obfervation, ïl fera facile de déter- 
miner l'angle que formera le fl d’argent prolongé avec 
cette méridienne; & par conféquent il fera facile d’avoir 
l'angle du méridien avec le méridien magnétique. L'on 


(a) M. de Cafiini fe fert, depuis plufieurs années, pour obferver Ies 
variations diurnes , de boufloles conftruites d’après les principes que 
je viens d’expofer. Il rend compte tous les ans du réfultat de fes obfer- 
vations, des précautions qu'il prend pour en aflurer l’exaélitude. J'ai cru 
néceffaire de fufpendre Ia publication de ce Mémoire, jufqu’au moment 
où le travail d’un obfervateur auffi intelligent eût afluré le fuccès de la 
our que je viens d'y décrire, & eùt prefcrit la manière de s’en 
CT VIF. 


Lo À L À 


568 MÉmoires DE L'AGADÉMIE RovALE 
pourra, au lieu de cette opération graphique, fe fervir 
avantageufement d’un feéteur 8 ACD, fig. 9, fur lequel 
le trait de la première divifion partagera {a branche 42 
par le milieu; cette branche dépaflant le limbe du feéteur, 
d'une longueur CB, de deux à trois pieds; lon fera 
glifler cette branche fous fes microfcopes , de manière 
que la ligne AB fe trouve répondre aux deux foyers: 
le fecteur étant placé horizontalement au moyen de {a 
lunette L , l'on relèvera quelque point à f’horizon, dont 
le gifement, relativement au lieu où l'on fait ’obfervation, 
fera déterminé. 


REMARQUE. 


Comme, dans Ia pratique, il eft affez difficile de pou- 
voir fe procurer une lame d'acier peu épaifle , qui foit 
parfaitement dreflée, l'on peut, fi l’on veut, fe fervir d’une 
aiguille {figure 7) fufpendue horizontalement dans une 
boite À, dont on voit le profil à la figure 8; aux deux 
extrémités de Îa lame, font foudés deux petits anneaux #,5 
d'argent ou de cuivre; l’on tend'un fil de foie ou d'argent 
très-fin, de » en s, dont on obferve la direétion, au moyen 
des deux micromètres, avant & après avoir retourné l’ai- 
guille : {a moitié de la différence des deux directions 
obfervées, déterminera le méridien magnétique, 


PREMIER 


PI I. Men. de LAe.2 . des Se, An 1785 Pag, #68. PIX. 


TEE 


5 


T 


2e y 


Aer, de Le. R. des Je, An. 1766 Pay $08, PI AT. 


LT NPA 


44 


rage ELU EE 
‘ét ve dies 4 honte 


HrRten 6: 19ù dre CUT LORS TS 


AL M5. 


PL.HIT. Men. de lA02,des Je, An, 85. L4g. 808. PL, AT. 


A 
FA à 14 5} 


Fossier del : L Le Eouar se. 


ri atutaril 
; ‘der, 
Ë 


Mt ch nt - 2e 


r 7 


Sn SNS CE NC ES s69 


PREMIER MÉMOIRE 


NL 
L'ÉLECTRICITÉ ET LE MAGNÉTISME. 


Par M. CouLoms. 


Conflruttion à ufage d'une Balance éleGrique, 
fondée fur la propricré giéont les Fils de métal, 
d'avoir une force de réailion de Torfion propor- 
tionnelle à l'angle de Torfion. 


Détermination expérimentale de la loi fuivant laquelle les 
élémens des Corps éle&trifés du même genre d'EÉledricité, 
Je repouffent mutuellemenr. 


TX: un Mémoire donné à l'Académie , en 1784, 
j'ai déterminé, d’après l'expérience, Îes loix de Îa 
force de torfion d’un fil de métal, & j'ai trouvé que cette 
force étoit, en raïfon compofée de l'angle de torfion, de 
la quatrième puiflance du diamètre du fil de fufpenfion 
& de l'inverfe de fa longueur, en multipliant le tout par 
un coéfficient conftant qui dépend de la nature du métal, 
& qui eft facile à déterminer par l'expérience. 

J'ai fait voir dans le même Mémoire, qu’au moyen de 
cette force de torfion,, il étoit poflible de mefurer avec 
précifion des forces très-peu confidérables, comme, par 
exemple, un dix millième de grain. J'ai donné dansle même 
Mémoire une première application de cette théorie, en 
cherchant à évaluer la force conftante attribuée à l'adhé- 
rence dans là formule qui exprime le frottement de Ia 
furface d’un corps folide en mouvement dans un fluide. 

Je mets aujourd’hui fous les yeux de l’Académie, une 


balance électrique conftruite d’après les mêmes principes; 
Mém. 1785... ccc 


570 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE Royarr 


elle mefure avec la plus grande exactitude l’état & la force 
éledrique d'un corps, quelque foible que foit le degré 
d'électricité. 

Conftruction de la Balance. 


. Quoique Îa pratique m'ait appris que, pour exécuter 
d'une manière commode plufieurs expériences éleétriques, 
il faut corriger quelques défauts dans la première balance 
de ce genre que j'ai fait faire; cependant, comme c’eft 
jufqu’ici la feule dont je me fois fervi, j'en vais donner 
fa defcription, en avertiflant que fa forme & fa grandeur 
peuvent & doivent être variées fuivant la nature des expé- 
riences que l’on a deflein de faire. La figure première repré- 
fente en perfpective cette balance, dont voici le détail. 


Sur un cylindre de verre À BC D, de 12 pouces de 
diamètre & de 12 pouces de hauteur, lon place un pla- 
teau de verre de 13 pouces de diamètre, qui recouvre 
en entier le vaifleau de verre; ce plateau eft percé de 
deux trous de 20 lignes à peu-près de diamètre, l'un au 
milieu, en f, fur lequel s'élève un tuyau de verre de 24 
pouces de hauteur; ce tuyau eft cimenté fur le trou f, 
avec le ciment en ufage dans les appareils électriques : 
à l'extrémité fupérieure du tuyau en #4, eft placé un 
micromètre de torfion que l’on voit en détail à la figure 2. 
La partie fupérieure, n° 2, porte le bouton 6, l’index 50, 
& la pince de fufpenfion 7; cette pièce entre dans le trou G 
de la pièce 1.° 2 ; cette pièce, .° 2 eft formée d’un cercle a b 
divifé fur fon champ en 360 degrés, & d’un tuyau de 
cuivre ® qui entre dans le tuyau F7, #.° 3, foudé à l'intérieur 
de l'extrémité fupérieure du tuyau ou de da tige f A de verre 
de la figure 1.°*, La pince g, figure 2, n./ I, a à peu-près 
Ia forme de l'extrémité d’un porte-crayon folide, qui peut 
fe ferrer au moyen de Fanneau 3; c'eft dans la pince de 
ce porte-crayon, qu'eft faifie l'extrémité d’un fil d'argent 
très-fin; l'autre extrémité du fil d'argent eft faïfie /fig. 3 À 
en ?, par la pince d’un cylindre Po de cuivre ou de fer, 


DES SCIENCES. s7fl 
dont Îe diamètre n’a guère qu’une ligne, & dont l'extré- 
mité P eft fendue, & forme une pince qui fe ferre par le 
moyen du coulant . Ce petit cylindre eft renflé & percé 
en €, pour y faire glifler (fig. 1) l'aiguille ag: il faut que 
le poids de ce petit cylindre foit aflez confidérable pour 
tendre le fil d'argent fans le rompre. L’aiguille que l'on voit 
(fg. 1 ) en a g, fufpendue horizontalement à {a moitié à 
peu-près de la hauteur du grand vafe qui la renferme, eft 
formée, ou d’un fil de foie enduit de cire d'Efpagne, ou 
d’une paille également enduite de cire d'Efpagne, & termi- 
née depuis 4 jufqu’en æ, fur 18 lignes de longueur, par un 
fil cylindrique de gomme-faque : à l'extrémité a de cette 
aiguille, eft une petite balle de fureau de deux à trois lignes 
de diamètre; en g, eft un petit plan vertical de papier paflé 
à la térébenthine, qui fert de contre-poids à la balle a, & 
qui ralentit les ofcillations. 

Nous avons dit que le couvercle AC étoit percé d’un 
fecond trou en "; c’eft dans ce fecond trou que l'on 
introduit un petit cylindre m+, dont la partie inférieure 
®z eft de gomme-laque; en fr, eft une balle également de 
fureau; autour du vafe, à la hauteur de l'aiguille, lon 
décrit un cercle 7 Q divifé en 360 degrés: pour plus de 
fimplicité, je me fers d’une bande de papier divifée en 
360 degrés, que je colle. autour du vafe, à la hauteur 
de l'aiguille. 

Pour commencer à opérer avec cet inftrument, je fais 
à peu-près, en plaçant le couvercle, répondre de trou # 
à la première divifion, ou au point o du cercle 7 og tracé 
fur le vafe. Je place l'index 0; du micromètre fur le point o 
ou la première divifion de ce micromètre; je fais enfuite 
tourner tout le micromètre dans le tube vertical f#, jufqu’à 
ce qu'en regardant par le fil vertical qui fufpend l'aiguille, : 
& le centre de la balle, l’aiguille ag fe trouve répondre 
à la première divifion du cercle 70q. J'introduis enfuite par 
le trou m l'autre balle 7 fufpendue au fil mr, de manière 
qu'elle touche la balle 4, & qu’en regardant par le centre 

Cccci 


572 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyaLE 

du fil de fufpenfion & Ia balle #, l’on rencontre la première 
divifion o du cercle 70. La balance eft aétuellement en état 
de fe prêter à toutes les opérations; nous allons en donner 
pour exemple, le moyen dont nous nous fommes fervi 
pour déterminer la loi fondamentale fuivant laquelle les 
corps électrifés fe repouflent. 


Loi fondamentale de l'Éleétricité, 
La force répulfive de deux petits globes éleérifés de la 


même nature d'électricité, eff en raifon inverfe du carré ‘de la 
diflance du centre des deux globes. 


EXPÉRIENCE. 


L'on éle&rife, fig. 4. un petit conduéteur, qui n’eft 
autre chofe, qu'une épingle à groife téte, qui fe trouve 
ifolée en enfonçant fa pointe dans l’extrémité d’un bâton 
de cire d'Efpagne ; l'on introduit cette épingle dans le 
trou », & on lui fait toucher la balle #, en contact avec 
la balie 4: en retirant l'épingle, les deux balles fe trouvent 
électrifées de la même nature d'électricité, & elles fe 
chaflent mutuellement, à une diftance que l'on mefure , 
en regardant par le fil de fufpenfion & le centre de la 
balle a , la divifion correfpondante du cercle 7 0 g: 
tournant enfuite l’index du micromètre dans le fens, po, 
Yon tord le fil de fufpenfion /p, & l’on produit une 
force proportionnelle à l'angle de torfion, qui tend à rap- 
procher la balle 4 de la balle r L'on oblerve, par ce 
moyen, la diftance à laquelle différens angles de torfion 
ramènent la balle à vers la balle r, & en comparant les 
forces de torlions avec les diflances correfpondantes des 
deux balles, l’on détermine 1a loi de répulfion. 

Je prélenterai feulement ici, quelques eflais qui font 
faciles à répéter, & qui mettront tout de fuite fous les 
yeux, la loi de la répulfion. 


Premier Eflai, Ayant éleétrifé les deux balles avec Îa 


DiessiS CRE RICE (6, M: : 
tête d’épingle , l'index du micromètre répondant à o, 
la balle a de l'aiguille s'eft éloignée de Ia balle ; de 36 
degrés. 

Deuxième Effai. Ayant tordu le fil de fufpenfion, au 
moyen du bouton o du micromètre de 126 degrés, les 
deux balles fe font rapprochées & arrêtées à 18 degrés 
de diftance l’une de l'autre. 

Troifième Effui. Ayant tordu le fl de fufpenfion de 567 
degrés, les deux balles fe font rapprochées à 8 degrés 
& demi. 


Explication à réfultat de certe expérience. 


Lorfque les balles ne font pas encore éledrifées, elles 
fe touchent, & le centre de la balle a, fufpendue à l'ai- 
guille, n'eft éloigné du point où la torfion du fil de fuf- 
penfion eft nulle, que de la moitié des diamètres de deux 
balles. I1 faut être averti que le fil d'argent /p, qui formoit 
la fufpenfion , avoit 28 pouces de longueur , & ce fi 
étoit {1 fin, que le pied de longueur de ce fil ne pefoit 
que +7 de grains. En calculant la force qu'il falloit pour 
tordre ce fil, en agiffant au point a, éloigné de quatre 
pouces du fil /p ou du centre de fufpenfion, j'ai trouvé, 
par les formules expliquées dans un Mémoire fur les loix 
de 1a force de torfion des fils de métal, imprimé dans le 

volume de l'Académie pour 1784, que pour tordre ce fil 

de 360 degrés, ïl ne falloit employer au point a,en agif- 
fant avec le levier ar, de quatre pouces de longueur, 
qu'une force de = de grains: ainfi comme les forces de 
torfion font, comme ïl eft prouvé dans ce Mémoire, 
comme les angles de torfion, la moindre force répulfive 
entre les deux balles, les éloignoit fenfiblement l'une de 
l'autre. 

Nous trouvons dans notre première expérience, où 
Tindex du micromètre eft fur le point o, que les balles 
font éloignées de 3 6 degrés , ce qui produit en même temps 
une force de torlion de 361 =" de grain; dans le 


574 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE RorALE 


fecond effai, {a diftance des balles eft de 18 degrés, maïs 
comme l'on a tordu le micromètre de 126 degrés, il en 
réfulte qu'à une diftance de 18 degrés, la force répulfive 
étoit 144 degrés: ainfi à la moitié de Ia première diflance, 
Ja répulfion des balles eft quadruple. 

Dans le troifième eflai, l’on a tordu le fil de fufpenfion 
de 567 degrés, & les deux balles ne fe trouvent plus 
éloignées que de 8 degrés & demi. La torfion totale, 
étoit par conféquent, 576 degrés, quadruple de celle du 
deuxième effai, & il ne s’en falloit que d'un demi-degré 
que la diftance des deux balles dans ce troifième eflai, ne 
fut réduite à la moitié de celle où elle étoit au deuxième. Il 
réfulte donc de ces trois eflais, que l’action répulfive que 
les deux balles éleétrifées de la même nature d’éleétricité 
exercent l'une fur l’autre, fuit la raifon inverfe du carré 


des diftances, 
Première Remarque. 


En répétant l'expérience qui précède, l’on obfervera, 
qu'en fe fervant d’un fil d'argent, aufli fin que celui que 
nous avons employé, qui ne donne pour Ia force de 
torfion d’un angle de $ degrés, qu'un 24 millième de 
grain, à peu-prés, quelque calme que foit l'air, & quel- 
ques précautions que l'on prenne, l’on ne pourra répondre 
de Ia pofition naturelle de l'aiguille, lorfque Îa torfion eft 
nulle, qu'à 2 ou 3 degrés près. Ainfr, pour avoir un pre- 
mier eflai à comparer avec les fuivans, il faut, après avoir 
électrifé les deux balles, tordre le fil de fufpenfion de 30 
à 40 degrés, ce qui réuni à la diftance des deux balles 
obfervées, donnera une force de torfion affez confidérable, 
pour que les 2 ou 3 degrés d'incertitude dans la première 
pofition de l'aiguille, lorfque la torfion eft nulle, ne pro- 
duifent pas dans les réfultats une erreur fenfible. Il faut 
d’ailleurs être averti, que le fil d'argent, dont je me fuis 
fervi dans cette expérience, eft fi fin, qu’il cafle au moindre 
ébranlement : j'ai trouvé dans la fuite, qu'il étoit plus com- 


MES AOLC/IVR NN CE. S 75 
mode d'employer dans les expériences un fi de fufpenfion 
d’un diamètre prefque double, quoique fa flexibilité de tor- 
fion füt de quatorze à quinze fois moins grande que celle du 

remier. Il faut avoir foin, avant de faire ufage de ce fil 
‘d'argent, de le tenir pendant deux ou trois jours tendu 
par un poids qui foit à peu-près la moitié de celui qu'il 
peut porter fans fe rompre; il faut encore avertir, qu’en 
employant ce dernier fil d'argent, il ne faut jamais le tordre 
au-delà de 300 degrés, parce que pañlé ce terme de torfion, 
il commence à s’écrouir, & ne réagit plus, ainfi que nous 
l'avons prouvé dans le Mémoire déjà cité, imprimé en 
4784, qu'avec une force moindre que l’angle de torfion. 


Deuxième Remarque. 


L'éleétricité des deux balles diminue un peu pendant 
le temps que dure l'expérience; j'ai éprouvé que, le jour 
où jai fait les eflais qui précèdent, Îles balles élec- 
trifées fe trouvant par leur répulfion à 30 degrés de dif 
tance l’une de l’autre, fous un angle de torfion de $o 
degrés, elles fe font rapprochées d’un degré dans trois 
minutes; mais comme je n'ai employé que deux minutes 
à faire les trois effais qui précèdent, l’on peut, dans ces 
expériences, négliger l'erreur qui réfulte de fa perte de 
Véleétricité. Si l'on defire une plus grande précifion, où 
lorfque l'air eft humide, & que l'électricité fe perd rapi- 
dement , l’on doit, par une première obfervation, déter- 
miner la doit ou fa diminution de Vaction électrique 
des deux balles dans chaque minute, & fe fervir enfuite 
de cette première obfervation, pour corriger les réfultats 
des expériences que l’on voudra faire ce jour-là. 


Troifième Remarque. 


La diftance des deux balles, Iorfqu’elles font éloignées 
June de l'autre par leur aétion répulfive réciproque, n’eft 
pas précifément mefurée par langle qu’elles forment, 
mais par la corde de l'arc qui joint leur centre; de 


576 MÉMOIRES DE L’ACADÉMIE RoYALE- 
même que le levier à l'extrémité duquel s'exerce 'ac: 
tion, n’eft pas mefuré par la moitié de la longueur de 
J'aiguille, ou par le rayon, mais par Île cofmus de Ja 
moitié de l'angle formé par la diftance des deux balles; 
ces deux quantités, dont l'une eft plus petite que l'arc, 
& diminue par conféquent la diflance mefurée par cet 
arc, dans le temps que l’autre diminue le levier, fe com- 
penfent en quelque façon; & dans les expériences du 
genre de celles dont nous fommes occupés, l’on peut fans 
erreur fenfible, s’en tenir à l'évaluation que nous avons 
donnée, fi la diflance des deux balles ne pañe pas 25 à 30 
degrés; dans les autres cas, il faut en faire le calcul 
rigoureufement, 


Quatrième Remarque, 


Comme l'expérience prouve, que dans une chambre 
bien fermée, lon peut déterminer avec !> premier fil 
d'argent à 2 ou 3 degrés près, la pofition de l'aiguille, 
quand la torfion eft nulle, ce qui donne, d’après le calcul 
des forces de torfion, proportionnelles à l'angle de torfion, 
une force tout au plus d’un quarante millième de grains, 
les plus foibles degrés de l'électricité fe mefureront faci- 
lement avec cette balance. Pour cette opération, l'on fait 
pañler, fe. s, à travers un bouchon de cire d'Efpagne, 
un petit fil de cuivre « d, terminé en € par un crochet, 
& en d, par une petite balle de fureau dorée, & l'on met 
le bouchon À dans le trou » de Ia balance ff. 1, de 
manière que Îe centre de la balle d, vue par le fil de 
fufpenfion, répond au point o du cercle 70g; en appro- 
chant enfuite un corps électrilé du crochet c, quelque 
foible que foit l'électricité de ce corps, la balle a fe 
féparant de {a balle 4, donne des fignes de l'électricité, 
& la diftance des deux balles en mefure la force, d’après 
le principe de Îa raifon inverfe du carré des diftances, 

Mais je dois prévenir que, depuis ces premières expé- 
riences, j'ai fait exécuter différens petits électromètres, 
d’après 


fr 


Mori de l'Ae,R, des Je. La 2706. Lg. 76. LU AU. 


Fe lourz se. 
s 


Le 


MES SCIE NICE 577, 


d'après les mêmes principes de la force de torfion, en 
me fervant pour le fil de fufpenfion, d’un fil de foie, tel 
qu'il fort du cocon, ou d'un poil de chèvre d'Angora. 
Un de ces éleétromètres qui a à peu-près la même forme 
que la balance électrique, décrite dans ce Mémoire, eft 
beaucoup plus petit; il n'a que 5 à 6 pouces de diamètre, 
une tige d’un pouce; l'aiguille eft un petit fil de gomme- 
laque de 12 lignes de longueur, terminé en a par un 
petit cercle très-léger de clinquant. L’aiguille & le clin- 
quant pèfent à peu-près un quart de grain; le fil de fuf- 
penfion, tel qu'il fort du cocon, ayant 4 pouces de longueur, 
a une flexibilité telle, qu’en agiflant avec un bras de levier 
d’un pouce, il ne faut qu’un foixante millièmeide grain pour 
le tordre d’un cercle entier ou de 360 degrés: en pré- 
fentant dans cet éleétromètre au crochet C de la figure $, un 
bâton ordinaire de cire d'Efpagne, électrifé par frottement 
à 3 pieds de diftance de ce crochet, l'aiguille eft chaflée 
à plus de 90 degrés. Nous décrirons plus en détail dans 
la fuite cet éleétromètre, lorfque nous voudrons déter- 
miner la nature & le degré d'électricité de diflérens corps, 
qui en frottant l’un contre l'autre, prennent un degré 
d'électricité très-foible, 


Mèn, 178 5: Daad 


578 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


SECOND MÉMOIRE 


SUR 
L'ÉLECTRICITÉ ET LE MAGNÉTISME, 


Où l'on détermine, fuivant quelles loix le Fluide 
magnétique, ainft que le Fluide élellrique , agiffent, 
Joit par répulfion, foit par attraction. 


/ 


Par M. CouLroms. 


À balance électrique qne j'ai préfentée à Académie ; 

au mois de Juin 1785, mefurant avec exaclitude, 
& d'une manière fimple & directe, la répulfion de deux 
balles qui ont une électricité de même nature, il a été 
facile de prouver , en fe fervant de cette balance, que 
l'action répullive de deux balles électrifées de la même 
nature d'électricité, & placées à différentes diftances, étoit 
très-exactement en railon inverfe du carré des diftances; 
mais lorfque j'ai voulu me fervir du même moyen poux 
déterminer a force attractive des deux balles chargées 
d'une électricité de différente nature, j'ai rencontré, en 
me fervant de cette balance pour mefurer l'attraction des 
deux balles, un inconvénient dans la pratique, qui n'a 
pas lieu dans lopération pour mefurer la répulfion. La 
difiiculté pratique tient à ce que, lorfque les deux balles 
fe rapprochent en s’attirant, la force d’attraétion qui croît, 
comme nous allons bientôt le voir, dans le rapport de la 
raifon inverfe du carré des diftances, croît fouvent dans 
un plus grand rapport que la force de torfion qui croît 
feulement comme l'angle de torfion; en forte que ce n'eft 
qu'après avoir manqué beaucoup d'expériences, que l'on 
vient à bout d’empécher les balles qui s'attirent, de fe 
toucher , à moins d’oppofer un obftacle idio-éleétrique au 


hs 


DES" S CTEN CE s: 579 


mouvement de l'aiguille; mais comme notre balance eft 
 fouvent deflinée à mefurer des adions de moins d’un mil- 
lième de grains, la cohérence de l'aiguille avec cet obftacle, 
trouble les réfultats, & oblige à un tâätonnement, pendant 
lequel une partie de l'électricité fe perd. 

La figure 1, & le calcul qui va fuivre, vont faire fentir 
en quoi confitent les difficultés de l'opération, & mon- 
treront en même temps les limites dans lefquelles il faut 
renfermer les expériences pour en aflurer le fuccès. 


Que a ca! foit la pofition naturelle de l'aiguille, lorfque 

le fil de fufpenfion n’eft pas encore tordu : 4 repréfente 
la balle de fureau, attachée à l'aiguille a a! de nature idio- 
électrique ; b eft la balle fufpendue dans le trou de 1a 
balance. Que l’on éledrife les deux balles, l’une de l’élec- 
tricité que l’on nomme pofitive, l'autre de l'électricité que 
lon nomme négative, elles s'attireront mutuellement; 1a 
balle à de l'aiguille tendant à s'approcher du globe 8, 
prendra {a pofition & c#': cette pofition fera telle, que Îa 
force de réaction de torfion repréfentée par ac®, angle 
dont le fil de fufpenfion aura été tordu , fera égale à Ia 
force attractive des deux balles; & fi cette force attractive 
étoit proportionnelle à {a raifon inverfe du, carré des dif- 
tances, comme nous l'avons trouvée pour la force répulfive, 
dans notre premier Mémoire, l'on auroit , En faifant 
ab—a,a8 — x, D — Je produit de la mañle éledtrique 
des deux balles, & les arcs 4 & x affez petits pour qu'ils 
puifflent mefurer la diftance des deux balles (autrement if 
faudroit prendre a corde de cet arc pour Îa diftance, & 
le cofinus de {a moitié pour le bras de levier }; l’on auroit, 
_ dis-je, d’après ces fuppoñitions, pour l'équilibre entre l’attrac- 
tion des deux balles & 1a réaction de la torfion, la formule 

D 
HR Tarn ; 
UD àù ER: d'où il réfulte que Torfque 
* — a ou 0, la valeur de D fera nulle, qu’ainfi il ya 
En point & entre a & b, où la quantité D eft un maximum ÿ 
Dadd ij 


580 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


le calcul donne pour ce point x — +4. En fubflituant 
cette valeur de x dans la formule qui repréfente D dans 
le cas d'équilibre, l'on aura D — # na; & par confé- 


quent toutes les fois que D fera plus grand que # ».a, il 
n'y aura pas entre a & à de polition $, où l'aiguille puifle 
reller enéquilibre, & les balles fe toucheront néceflairement: 
mais il faut obferver que dans la pratique, quoique D foit 
plus petit que + n a}, les balles fe joignent fouvent, parce 

ue la fiexibilité des fufpenfions de aiguille permet à 
l'aiguille d’ofciller, & que, paflé + a, la force d'attraction 
augmente dans un plus grand rapport que la force de 
torlion; en forte que lorfque la balle $ arrive, par l'am- 
plitude de fon ofcillation, à une diftance x, où D eft plus 
grand que # x.{a — x)”, les deux balles continuent 
à s'approcher jufqu'à ce qu'elles fe touchent. 

C’eft en me conduifant d’après cette théorie, que je fuis 
parvenu à mettre en équilibre, à différentes diflances, la 
force attractive des deux balles éleétrifées, avec la force 
de torfion de mon micromètre; en comparant enfuite les 
différentes expériences, j'en ai conclu que la force attrac- 
tive des deux balles élecirifées, l’une de l'électricité que 
Von nomme pofiive , l'autre de celle que lon nomme 
mégative, étoit en raifon inverfe du carré des diftances du 
centre de ces deux balles, même rapport déjà trouvé pour 
la force répulfive. 

Pour aflurer ce réfultat, j'ai tenté, pour le cas d'attraction; 
un autre moyen qui, quoique moins fimple & moins 
direét que le premier, demande moins de foins & de 
PÉREQRe pour réuffir ; il a d’ailleurs l'avantage apparent 

e préfenter des expériences faites avec des globes d'un 
très-grand diamètre, au lieu que lon ne peut opérer 
dans la balance, qu'avec des globes peu confidérables; 
mais cet avantage ‘n’eft qu'apparent, & l’on verra par fa 
fuite, dans les différens Mémoires que je préfenterai fuc- 
ceflivement à l’Académie, qu'avec des balles de deux ou 
trois lignes de diamètre, & au moyen de la balance, telle 


D'ENS SCIENCES, 581, 
que nous l'avons décrite dans notre premier Mémoire, 
l'on peut, non-leulement mefurer la mafle totale du fiuide 
électrique contenue dans un corps d'une figure quelconque, 
mais encore la denfité électrique de chaque partie de ce corps. 


Deuxième Méthode expérimentale, pour déterminer la loi 
Suivant laquelle un globe d'un ou deux picds de diamètre, 
attire un petit corps élechrifé d'une éleétricité de naturé 
différente de la fienne. 


La méthode que nous allons fuivre, eft analogue à celle 
que nous avons employée dans le feptième volume des 
Savans Etrangers, pour déterminer la force magnétique 
d'une lame d'acier, relativement à fa longueur, fon épaif- 
feur & fa largeur. Elle confifte à fufpendre une aiguille 
horizontalement, dont l'extrémité feulement foit éleétrifée, 
& qui, préfentée à une certaine diftance d'un globe élec- 
trifé, d'une nature différente d'électricité, eft attirée, & 
ofcille en vertu de l'action de ce globe : l’on détermine 
enfuite par le calcul, d'après le nombre des ofcillations 
dans un temps donné, la force attractive à différentes dif- 
tances, comme l'on détermine la force de la gravité par 
les ofcillations du pendule ordinaire. 

Voici quelques obfervations qui nous ont dirigé dans 
les expériences qui vont fuivre. Un fil de foie, tel qu'il 
fort du cocon, & qui peut porter jufqu'à 80 grains fans 
{e rompre, a une flexibilité de torfion, telle, que fi à un 
pareil fil de 3 pouces de longueur, l’on fufpend horizon- 
talement dans le vide une petite plaque circulaire, dont le 
poids & le diamètre foient connus, l’on trouvera par le 
temps des ofcillations de la petite plaque, d’après les for- 
mules expliquées dans un Mémoire fur la force de torfion, 
imprimé dans le volume de l'Académie pour 1784, qu’en 
agiffant avec un levier de 7 à 8 lignes, pour tordre la foie 
autour de fon axe de fufpenfion il ne faudra, pour un 
cercle entiere torfion, employer le plus fouvent qu'une 


_ 


582 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


force d’un foixante millième de grain; & fi le fil de fuf; 
penfion, a une longueur double ou de fix pouces, il ne 
faudra qu'un cent-vingt millième de grain. Ainfi, en 
fufpendant horizontalement une aiguille à cette foie, iorfque 
l'aiguille fera parvenue à l’état de repos, ou que la foie 
fera entièrement détordue. Si, par le moyen d’une force 
quelconque, l'on fait faire des ofcillations à cette aiguille, 
dont l'amplitude ne s'éloigne que de 20 à 30 degrés de 
la ligne, où la torfion eft nulle; la force de torfion ne 

ourra influer que d'une manière infenfible fur la durée 
des ofcillations, quand même la force qui produiroit les 
ofcillations ne feroit que d’un centième de grain. D'après : 
cette première donnée, voici comme fon s'y eft pris pour 
déterminer la loi de fattraétion électrique. 

L'on fufpend, fig. 2, une aiguille /g de gomme-laque; 
à un fil de foie sc de 7 à 8 pouces de longueur, d'un 
feul brin, tel qu’il fort du cocon; à l'extrémité /, lon 
fixe perpendiculairement à ce fil un petit cercle de 8 à 
10 lignes de diamètre, mais très-léger & tiré d’une feuille 
de papier doré; le fil de foie eft attaché en s, à l'extré- 
mité inférieure d’une petite baguette 54, féchée au four, 
& enduite de gomme-laque où de cire d'Efpagne; cette 
baguette eft faife en #, par une poupée à pince qui coule 
le long de la règle o £, & s'arrête à volonté au moyen 
de Îa vis v. 

G eft un globe de cuivre ou de carton, couvert d’étain, 
porté par quatre pilliers de verre, enduits de cire d'Efpagne, 
& furmontés chacun, pour rendre l'ifolement plus parfait, 
de quatre bâtons de cire d'Efpagne, de trois à quatre 
pouces de longueur; ces quatre pilliers font fixés par leux 
partie inférieure à un plateau, que l’on place fur une petite 
tablette à couliffe, qui peut, ainfr que l'indique la figure, 
s'arrêter à la hauteur fa plus commode pour l’expérience; 
la règle Æ O, peut auffi, au moyen de Ia vis Æ, s'arrêter 
2 la hauteur convenable. 


d'aut ‘étant ainft préparé, l'on place lesglobe. G, de 


DES USUCIT EN CE 583 


manière que fon diamètre horizontal Gr, réponde au centre 
de la plaque /, qui en eft éloignée de quelques pouces. 
L'on donne une étincelle électrique au globe, au moyen. 
de la bouteille de Leyde, l’on préfente un corps conduc- 
teur à {a plaque /, & l'action du globe électrifé {ur le fluide 
électrique de la plaque non électrilée, donne à cette pla- 
que, une électricité de différente nature de celle du globe; 
en forte que, en retirant Île corps conducteur, le globe & 
la plaque agiffent l'un fur l’autre par attraction. 


FEXIPENRUL IE LN:G EF: 


Le globe G avoit un pied de diamètre, Ia plaque / avoit 
7 lignes, l'aiguille de gomme-laque /g, 1 $ lignes de Ion- 
gueur; le fil de fufpenfion sc, étoit une foie telle qu'elle 
fort du cocon, de 8 lignes de longueur : lorfque la poupée 
étoit au point o, la plaque / touchoit le globe en r, & 
à mefure que l'on éloignoit la poupée vers £, la plaque 
s’'éloignoit du centre du globe de la quantité donnée par 
les divifions o, 3, 6, 9, 12 pouces, & le globe étant 
électrifé d'une éleétricité appelée éledricité pofitive, la plaque 
de l'électricité négative, par le procédé indiqué: l’on a eu, 
2.7 Effai. La plaque /, placée à... pus de diflance de a 
furface du globe, ou à 9? de fon centre, a donné 


FASO lo relaie se leLeteills OfCillationsien,-.. 20°, 
2.*° Effai. La plaque /, éloignée de 1 8r°%s du centre du globe, 
l'onniens eee M is +. 15 ofcillations en... 40% 
4 


3.7 Effai. La plaque /; éloignée à 24 Poe «lu centre du globe, 
1 fon aeu.............. 15 ofcillationsen... 60”, 


Explication 7 réfulrat de cerre expérience. 


Quand tous les points d’une furface fphérique, agiffent 
ar une force attractive ou répulfive en raifon inverfe du 
carré des diftances, fur un point placé à une diftance 
quelconque de cette furface, l’on fait que l'action eft la 
même, que fi toute la furface fphérique étoit concentrée 
au centre de la fphère, 


584 Mémoires DE L'ACADÉMIE Royarr 


Mais comme dans notre expérience, la plaque / n’a que 
7 lignes de diamètre, & que dans les eflais, {a moindre 
diftance au centre de la fphère, a été de 9 pouces, l'on 
peut, fans erreur fenfible, fuppofer toutes les lignes qui 
vont du centre de la fphère à un point de fa plaque, pa- 
rallèles & égales; & par conféquent, l'aétion totale de Ja 
plaque, peut être fuppofée réunie à fon centre, ainfi que 
l'action du globe; en forte que, dans les petites ofcillations 
de l'aiguille, laétion qui fait olfciller l'aiguille, fera une 
quantité conftante pour une diflance donnée, .& agira 
fuivant la direction qui joint les deux centres. Ainfr, fr 
lon nomme @ la force, 7 le temps d’un certain nombre 


d ofcillations, lon aura T proportionnel à 


li . 

: ma 
77: mais fr 
d eft la diftance G/ du centre du globe, au centre de fæ 
plaque, & que les forces attractives foient proportion- 


x Li 


nelles à l’inverfe du carré des diftances ou à US il en 


réfultera que 7° fera proportionnel à 4 ou à fa diftance; 
en forte qu'en faïfant dans nos eflais, varier la diftance, 
le temps d’un même nombre d’ofcillations a dû être comme 
la diflance du centre de {a plaque au centre du globe: 
comparons cette théorie avec l'expérience. 


1" Effai. Diftance des centres... opoucs, rs ofcillationsen 20°. 
DE qésjaue, ele sivlataaneues ee eo e ST ON ee ea gen» sit: + TT 
3." Effaiss.......sss.ssess 2éeresssesesesveres 60": 
| Les diflances font ici comme les nombres...., 3, 6, 8. 
Les temps d’un même nombre d'ofcillations::... 20, 471, 60. 
Par Ja théorie, ils auroient dû être::........ 20, 40, 54e 


‘Ainfi dans ces trois effais, la différence entre la théorie 


& l'expérience, eft de = pour le dernier effai comparé 


[2 
au premier, & prefque nulle pour le fecond comparé au 
premier; mais il faut remarquer qu'il a fallu à peu-près 
quatre minutes pour faire les trois eflais; que quoique 
l'éledricité tint afflez long-temps le jour de cette 


expérience} 


SÉMNSCTEN CE s. 585 
expérience, elle perdoit cependant + d’aétion par minute. 
Nous verrons, dans un Mémoire qui fuivra celui que je 
préfente aujourd'hui, que Jorfque la denfité électrique n’eft 
pas très-forte, l’action éleétrique de deux corps électrifés 
diminue dans un temps donné , exactement comme Îa 
denfité électrique, ou comme l'intenfité de l’aétion; aïnfr, 
puifque nos eflais ont duré quatre minutes, & que l’aétion 
électrique perdoit = par minute, du premier au dernier 
‘effai, l'action dûe à l'intenfité de Ja denfié électrique, 
indépendante de la diftance, a dû être diminuée à peu-près 
d'un dixième; par conféquent, pour avoir le temps de 
la durée corrigée des 1 $ ofcillations dans le dernier efai, 
il faut faire y (10): V (9) :: 60": eft à la quantité cher- 
chée, que l’on trouvera de $7 fecondes, qui ne difière que 
de — du nombre 60 fecondes trouvé par l'experience. 

Nous voici donc parvenus, par une méthode abfolument 
différente de la première, à un réfultat femblable; ainfi 
nous pouvons en conclure que l'attraction réciproque du 
fluide életrique appelé pofitif, fur le fluide électrique 
nommé ordinairement segatif, eft en raifon inverfe du 
carré des diftances; de même que nous avons trouvé, dans 
notre premier Mémoire, que l’action réciproque d’un fluide 
éleétrique de même nature, eft en raifon inverfe du carré 
des diftances. 


Première Obfervarion. 


L'on fent qu'il eft très-facile, en employant Ia méthode 
qui précède, d’avoir, au moyen des ofcillations de l'aiguille 
électrique , les loix de {a force répulfive , ainfi que nous 
venons de déterminer celle de 1a force attraétive. En effet, 
{1 l’on fait toucher la plaque au globe électrifé, elle prendra 
une électricité de la mème nature que celle du globe, & 
fera repouffée; en forte que l'aiguille ofcillera en vertu de 
cette répulfion,, dans une pofition abfolument oppolée à la 
première , & le nombre des ofcillations, dans un temps 
donné, comparé avec la diftance du centre de la plaque, 


Mém. 1785. 3 Éeee 


586 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


au centre du globe, feront connoître la force répulfive, par 
le même calcul que nous venons de fuivre pour avoir a 
force attractive : cependant nous devons dire que toutes 
les expériences où l’on veut faire agir le fluide électrique 
par fa force répulfive, s’exécutent, comme nous le verrons 
dans la fuite, d’une manière plus fimple, plus exaéte & 
plus commode, au moyen de a balance que nous avons 
décrite dans notre premier Mémoire. 


. Srconde Obfervation. 


Si l'on vouloit fe fervir de la même méthode pour 
déterminer là quantité d'électricité qui fe partage entre un 
globe électrifé & un corps conduéteur d’une figure quel- 
conque, mis en contact avec ce globe, voici comme l’on 
pourroit s'y prendre: après avoir électrifé le globe, & 
déterminé, dans ce premier état, au moyen des ofcillations, 
fon action électrique fur la plaque de l'aiguille, pour une 
diflance donnée, l'oit feroit tout de fuite toucher le globe 
par le corps conducteur qui doit prendre une portion de 
l'éledtricité du globe; & en féparant ce corps du globe, 
Von détermineroit de nouveau, par les ofcillations de lai- 
guille, la quantité d’éleétricité qui refte au globe ; & Ia 
différence de cette quantité avec celle que le globe avoit 
avant le contact, mefurera celle qu'a pris le corps mis en 
contact. II eft inutile d’avertir que de pareilles expériences 
ne peuvent bien réuflir que dans les jours très-fecs, où les 
corps ifolés perdent lentement leur électricité; qu'il faut 
avoir égard à cette diminution d’éleétricité dans la réduction 
des expériences qui fe fuccèdent; qu’il faut éviter qu'il ne 
fe forme aucun courant d'air dans la chambre où l'on opère, 
& éloigner tout corps conduéteur au moins à trois pieds 
du globe éleétrifé, & même de l'aiguille: mais nous répé- 
tons que lorfque nous déterminerons dans a fuite, par 
l'expérience & par la théorie, la manière dont le fluide 
électrique fe diftribue dans les différentes parties des corps, 
l'on verra que toutes ces expériences réuflfient beaucoup 


DES SctrEeENces. 587 


mieux avec la balance électrique, que par la méthode des, 
ofcillations que nous venons d'expliquer. 


EXPÉRIENCES pour déterminer la loi fuivant laquelle le 
Jluide magnétique agit, [ot par attraëtion, foit par 
répulfion. 


Les corps aimantés agiffant l'un fur l'autre par attraétion 
& par répulfion à des diftances finies, ainfi que les corps 
électrifés, le fluide magnétique, paroït avoir, fi ce n’eft 
par fa nature, au moins par cette propriété, de l’analo- 
gie avec le fluide électrique; & d’après cette analogie, 
l'on peut préfumer que ces deux fluides agiflent fuivant 
les mêmes loix: dans tous les autres phénomènes d’attrac- 
tion ou de répulfion que nous préfente la Nature, foit dans 
la cohérence des corps, foit dans leur élafticité, foit dans 
les affinités chimiques, les forces d'attraction & de répul- 
fion ne paroiflent s'exercer qu'à de très-petites diftances; 
d'où il fembleroit réfulter, qu'ellés ne fuivent pas les 
mêmes loix que l'électricité & le magnétifme. En efet, 
la théorie & le calcul de l’attralion & répulfion des élé- 
mens des corps, nous apprennent que toutes les fois que les 
molécules élémentaires des corps s’attirent ou fe repouf- 
fent par des forces qui diminuent dans le rapport, ou 
dans un rapport moindre que le cube des diftances, par 
exemple, comme les diftances, les corps peuvent agir 
lun fur l'autre à des diftances finies; mais que dans le 
cas où F'action des molécules diminue dans le rapport, 
ou dans un plus grand rapport que le cube des diftances, 
pour lors les corps ne peuvent agir Fun fur l’autre, qu'à 
des diftances infiniment petites (a). 


(a) De l'afion attratlive © répulfive des Corps, fuivant 
la loi des difances. 


La figure 4 a repréfente un cône ou une petité pyramide très-aiguë, 
dont toutes les parties attirent le point C, fuivant Îa raifon inverfg 
(.n + 2) des diftances, 

Bceen 


/ 


588 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Nous aurons peut-être lieu de revenir fur cet objet; 
dans la fuite de nos Mémoires fur l’éleétricité. 

Nous avons employé dans cette nouvelle recherche, 
deux méthodes, pour déterminer par l'expérience, fuivant 
quelle loi le fluide magnétique agit. La première de ces 
méthodes, confifte à fufpendre une aiguille aimantée, à 


Soit x = cp, l'action de la zone circulaire p°m fur le point €, fera 


MIDIRURE CAT M LE 
—— ; dont l'intégrale fera (4.427 ie 
* 
pour avoir 4, il faut fuppofer la pyramide tronquée, ou que action 
s'évanouit en D lorfque x — CD —= À, ce qui donne pour l'inté« 


» 
gration complète An TL + x 7"), où il faut 


remarquer que lorfque À eft égal à 0, fi » eft plus grand que 1, 4‘ ” 


fera égal à , Ou infini; fi z eft plus petit que l'unité, pour lors 


o 
A (° 7") fera égal à o; ou, fr l’on veut, toute Ja force attractive fera 


m x T 


(1 — n) 
C’eft-à-dire que, dans le cas où 7 eft plus grand que l'unité, ow 
lorfque la répu'fion ou Fattraétion diminue dans un rapport égal ow 
plus grand que le cube des diftances, la valeur de Ia conftante eft 
infinie relativement à la valeur de la variable qui exprime la plus ou 
moins grande étendue du cône ; & qu’ainf l'attraction ou répulfron n’a 
lieu que dans le point de contaét, & que celle des parties éloignées 
eft infiniment petite relativement à celle du contact; mais dans Île cas 
où 7 eft plus petite que l'unité, c’eft à-dire, toutes les fois que l'action 
décroîit dans un rapport moindre que le cube des diftances, pour lors 
Taétion des parties éloignées influe fur l'attraction totale, qui eft nulle 
pour une pyramide infiniment petite & proportionnelle à x * —", pour 
a pyramide dont la longueur eft x. 


II paroît réfulter de ce calcul, que la cohéfion, Félafticité & toutes 
les affinités chimiques où les élémens des corps ne paroïffent avoir d'action: 
que très-près du point de contact, & où l'attraction éleélive paroît 
dépendre de la figure de ces élémens, ne peuvent agir entr'elles que 
dans un rapport très- approché de Ia raifon inverfe du cube des dif- 
tances. Peut-être au furplus toutes les affinités chimiques dépendent- 
elles de deux actions, l'une répulfive, l’autre attractive , analogues 
à celles que nous trouvons dans l'électricité & le magnétifme, 


) 


Des SErENCES. 589 


Jui préfenter dans fon méridien magnétique une autre 
aiguille aimantée, placée convenablement, &à déterminer 

ar le calcul & l’obfervation, à différentes diftances, avec 

uelle force le fluide magnétique d’une dés aiguilles, agit 
fur le fluide magnétique de l’autre. Dans la deuxième mé- 
thode, l’on fe fert d’une balance magnétique, à peu-près 
femblable à notre balance électrique, décrite dans le pre- 
mier Mémoire; mais avant de rapporter le détail de nos 
expériences, il faut rappeler quelques propriétés connues 
des aiguilles aimantées, qui nous feront utiles. 

Une aiguille, depuis o jufqu'à 24 pouces de longueur, 
de bon acier, fortement trempée, aimantée par la méthode 
de la double touche, telle que M. Œpinus l'a décrite 
& pratiquée d’après fon excellente théorie du magnétifme 
& de l'éledricité, prend un pôle à chaque extrémité; fon 
centre aimantaire fe place à peu-près vers fon milieu. 

Dans deux aiguilles aimantées, les pôles du même nom 
fe repouffent, & les pôles d’un nom diférent s’attirent. 
Cette attraétion ou répulfion augmente à mefure que la 
diftance où l’on préfente les extrémités des aiguilles l’une 
à l’autre, diminue. 

Si l’on fufpend horizontalement une aiguille aimantée, 
en forte qu’elle puifle tourner librement autour de fon cen- 
tre, elle fe placera toujours dans la même direction, que 
l'on appelle fon méridien magnétique; ce méridien formera 
un angle avec le méridien du monde, cet angle variera 
un peu dans le courant de la journée, fuivant l'heure du 
jour, par une efpèce de mouvement périodique: il variera 
tous les ans, par un autre mouvement probablement éga- 
lement périodique, mais dont la durée, pour chaque point 
de la Terre, nous eft encore inconnue. 

Si une aiguille, ainfi fufpendue horizontalement, eft mife 
en ofcillation, elle s’éloignera également des deux côtés 
de fon méridien magnétique; & elle y fera toujours rame- 
née, par une force facile à déterminer, ft l’on obferve Ia 
durée des ofcillations, & que l’on connoifle la figure & 


x Ear. 
2."° Effai.. 


4." Effai.. 
5" Efai.. 


590 MéÉMoirrs DE L'ACADÉMIE ROvALE 


le poids de l'aiguille. Voyez le feptième volume des Savang 
étrangers, Mémoires de l'Académie. 


Préparation aux Expériences. 


J'a1 pris un fil d'excellent acier, tiré à a filière, if 
avoit 25 pouces de fongueur, & x : ligne de diamètre; 
je l'ai aimanté par a méthode de a double touche, fon 
centre magnétique s’eft trouvé à peu-près vers fon milieu. 
J'ai enfuite fufpendu, au moyen d’un fil de foie, tel qu’il 
fort du cocon, de trois lignes de fongueur, une aiguille 
aimantée de 3 pouces de Jongueur; & lorfque cette aiguille 
s'eft arrêtée, J'ai tracé fon méridien magnétique, que j'ai 
prolongé jufqu’à deux pieds de diftance du centre de fuf- 
penfion. J'ai enfuite élevé /fig. 3), des perpendiculaires 
fur ce méridien magnétique; ÿai placé mon fil d'acier 
le long de ces perpendiculaires, & je Vai fait glifler 
jufqu'à ce que Faiguille a reprit la direction de fon 
méridien magnétique, comme elle y étoit placée naturel- 
lement avant que le fil d'acier lui fut préfenté; & jai 
obfervé enfuite, fuivant que mon fil aimanté étoit plus 
ou moins éloigné de l'aiguille fufpendue, de combien 
l'extrémité de ce fil dépafloit, ou étoit en-decçà du méridien 
magnétique, forfque l'aiguille s’arrêtoit fur fon méridien. 


PREMIÈRE EXPÉRIENCE. 


Le fi! placé à la diftance de L'extrémité dépañle le Méridien L 
l'extrémité de l'aiguille.  TP°%%  magnétiquede........,..,, + 4 olise 


ere nat) be alerte a ee drrleter a aa ti io ea tjr GE RO 
37° Effaï.. ... 


rss rss sess rs eresersse + 
ah 00 6 50 6 0 je e Dia la asdot state at foioteleeRieret sn = 4 


ser LE EN PPEN RENE ES SRE PPT EE — 42 
SECONDE EXPÉRIENCE. 


L'on a fufpendu horizontalement une aiguille aimantée 
de deux pouces de longueur par fon centre: libre & folli- 
citée feulement par la force magnétique du globe de Ia 


DES SCIENCES. TL 


Terre, elle faifoit 34 ofcillations en 60 fecondes. L'on 
s'eft encore fervi du même fil aimanté de l'expérience qui 
précède, qui avoit 2$ pouces de longueur; mais, au lieu 
de le placer horizontalement & perpendiculairement au 
méridien magnétique, comme tout-à-l'heure, on Va placé 
verticalement dans ce méridien à 2 pouces de diftance de 
l'extrémité de l'aiguille fufpendue. Le pôle fud du fil ver- 
tical, répondant au pôle nord de l'aiguille, & enfuite en 
la faifant baifler verticalement, toujours à la diftance de 
2 pouces de l'extrémité de l'aiguille, l’on a compté le 
nombre d’ofcillations que faifoit l'aiguille dans 60 fecondes, 
fuivant que l'extrémité du fil d'acier étoit plus ou moins 
baiflée au-deflous du niveau de l'aiguille: voici le réfultat 
de cette expérience. 
1.7 Effai. L'extrémité du fil au niveau 
de l'aiguille. ...... 120 ofcillations en... 60°, 
Per T'extremie balléede dre 122 LE LA t60", 
NUS SR Abo ane ter: orale ETAT 60°. 
né) AC DARDOBE CUO RTE CONS EEE TE NE ss alors 6O'e 
ARR EURT eee edelees en an Tendre relaie Mie: 60 
DM Ear. es sossmrs one Aron DBure oo ve pislsipletss : CO’ 
PRE leE Be nee le die te Go 0 DO Sa tie true ablelsl 60% 


TROISIÈME EXPÉRIENCE. 


L'on à fufpendu une aiguille de 4 lignes de longueur 
à la place de fa première ; le fH d’acier a été placé à 
3 pouces de l'extrémité de cette aiguille, verticalement, 
comme dans l'expérience qui précède, dont on a fuivi tous 
les procédés. L’aiguille libre n'étant folicitée que par la 
force magnétique de 1a Terre, fait 53 ofcillations en 60". 
3,7 Effai. L'exwémité du fil d'acier au niveau 
de l'aiguille... ..fait 152 olcillations en.....60°. 
2."° Efui. En deffous de... 1P%% 152................ 60". 
gigi: 2 7 PES PES PORT CURE PT. PE, NES SR RE À 
AD NA NO OR COCO Rand nu MEL à FMENICOE 
SERA TE Fe ENS 48 es 48 5 CP 


592 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Explication à réfultat de ces trois Expériences 


Les trois expériences qui précèdent, prouvent que le 
centre d'action de chaque moitié de notre fil eft placé 
à très-peu de diflance de lextrémité de ce fil; en forte 
que dans notre fil d'acier de 25 pouces de longueur, l'on 
peut, fans erreur fenfible, fuppofer tout le fluide magné- 
tique condenfé vers l’extrémité de ce fil, fur 2 ou 3 pouces 
de longueur. En eflet, dans la première expérience, le 
fil d’acier eft placé horizontalement & perpendiculairement 
à la direction du méridien magnétique -où fe trouve Fai- 
guille fufpendue ; cette aiguille eft follicitée par deux 
forces, ia force magnétique du globe de la Terre, qui la 
retient dans le méridien, & {a force magnétique des dif- 
férens points du fil d’acier aimanté ; mais puifque dans 
notre première expérience , l'aiguille fe trouve, à tous les 
eflais, placée fur fon méridien magnétique, il en réfulte 
que toutes les forces magnétiques du fil d’acier de 2 $ pouces 
de longueur, agiflant fur l'aiguille, font en équilibre entre 
elles: ainfr, dans les trois premiers eflais, où les diftances 
font 1, 2 & 4 pouces, les forces magnétiques des huit 
à dix dernières lignes de l'extrémité de l'aiguille, qui 
dépañlent le méridien, font en équilibre avec les forces 
de tout ie refte de l'aiguille ; en forte qu’il paroït que l’on 
peut à peu-près fuppoler que la moitié du fluide magné- 
tique, dont la moitié de l'aiguille eft chargée, eft concentrée 
vers les dix dernières lignes de fon extrémité. 

Les feconde & troifième expériences donnent le même 
réfultat. Dans ces deux expériences, le fil d'acier eft placé 
verticalement dans le méridien magnétique de l'aiguille, 
par conféquent, l’aétion de la partie fupérieure du fil étant 
très - oblique à f'aiguille fufpendue, & agiffant d’ailleurs 
à une grande diflance, ne doit que peu influer fur les 
ofcillations de V'aiguille; mais l’on voit dans ces deux 
expériences, que le plus grand nombre des ofcillations de 
l'aiguille fufpendue avoit lieu lorfque l'extrémité du fil 

étoit 


DES SciENCES“ 59% 
Etoit baïffée d’un peu moins d’un pouce au-deffous du 
niveau de l'aiguille fufpendue: ainfi la force moyenne de 
la moitié inférieure du fil d’acier, avoit fa réfultante à 8. 
ou 10 lignes au-deflus de fon extrémité, comme nous 
venons de le trouver par la première expérience, d'où il 
réfulie que dans le fl d’acier de 25 pouces de longueur 
que nous avons employé, & qui avoit été aimanté par la 
méthode de Ia double touche, l’on peut, fans erreur 
fenfible, fuppofer que le fluide magnétique eft concentré 
à ro lignes de fon extrémité. Ce premier réfultat étoit 
néceffaire avant de chercher à déterminer la loi fuivant 
laquelle l'attraction & la répulfion ont lieu relativement 
à la diftance: l’on verra dans un autre Mémoire, que Îa 
concentration du fluide magnétique vers l'extrémité des 
aiguilles aimantées par la méthode de Îa double touche, 
.€ft une fuite néceffaire de cette manière d’aimanter. 


Le Fluide magnétique agit par attra&tion ou répulfion, 
Jüivant la raïfon compofée direGe de la denfié du 
fluide, à la raifon inverfe du carré des diflances 
de fes molécules. 


La première partie de cette propofition n’a pas befoin 
d’être prouvée; venons à la feconde. 


Nous venons de voir que le fluide magnétique de notre 
fl d'acier de 25 pouces de long, étoit concentré aux 
extrémités, fur une longueur de 2 ou 3 pouces; que le 
centre d'action de chagne moitié de cette aiguille étoit 
à peu-près à 10 lignes de fes extrémités: ain, en éloignant 
de quelques pouces notre fil d'acier d'une aiguille très- 
courte, & dans laquelle, comme nous le verrons dans Ja 
fuite, le fluide magnétique peut être fuppofé concentré 
à 1 ou 2 lignes des extrémités, l'on peut calculer l'action 
réciproque du fil fur l'aiguille & de l'aiguille fur le fil, en 
fuppofant le fluide magnétique dans le fil d'acier, réuni 

Mén. 1785. PAPE 


594 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 
à 10 lignes des extrémités, & dans une aiguille d'ün pouce 


x 


de longueur à 1 ou 2 lignes des extrémités. Ces réflexions 
nous ont dirigé dans l'expérience qui va fuivre. 


QUATRIÈME EXPÉRIENCE. 


L'on a fufpendu un fil d'acier pefant 70 grains, d’un 
pouce de Jongueur, aimanté par la méthode de la double 
touche, à un fil de foie de 3 lignes de longueur, formé d’un 
feul brin, tel qu'il fort du cocon; on l'a laiflé s'arrêter fur 
le méridien magnétique; l’on a placé enfuite verticalement 
dans ce méridien, à différentes diflances, le fil d’acier de 25 
pouces de longueur, de manière que fon extrémité fût tou- 
jours de 10 lignes au-deffous du niveau de l'aiguille fuf- 

endue: à chaque eflai, l’on changeoït la diflance, & en 
faifant ofciller l'aiguille fufpendue, on comptoit le nombre 
d'ofcillations qu’elle faifoit dans un même nombre de 


fecondes. I a réfulté de ces expériences : 


1.7 Effai. L'aiguille libre, ofcille en vertu de l'action du globe 
de la Terre, araifon de.. 15 ofcillationsen...... 60”. 
2."° Effui. Le fil placé à 4 pouces 


du milieu de l'aiguille... ,...... AT rate FCO 
3."° Effai. Le fil placé à 8 pouces 
du milieu de l'aiguille. ........ DA eele hate UD 


4." Effai. Le fl placé à 16 pouces 
datmilieutdelantie CE NAN CE MOINE ENTOE 


Explication à réfulrat ae certe Expérience. 


Lorsqu'un pendule eft fufpendu librement, & foilicité par 
des forces placées dans une direction donnée, qui le font 
ofciller, les forces font mefurées par la raifon inverfe 
du carré du temps d’un même nombre d’olcillations, ou, 
ce qui revient au même, par la raifon directe du carré 
du nombre d'ofcillations faites dans un même temps. 


Mais, dans l’expérience qui précède, l'aiguille ofcille 
P qui P 


Dies! 8 CE NUC'E 8 595 


en vertu de deux puiflances différentes; l’une eft Ia force 
magnétique de la Terre, l’autre eft l’action de tous les 
points du fil fur les points de l'aiguille. Dans notre expé- 
rience, toutes les forcés font dans le plan du méridien 
magnétique, & l'aiguille étant fufpendue horizontalement, 
la véritablé force qui la fait ofciller, dépend de la partie 


de toutes ces forces, décompofée fuivant une direction 
horizontale. 


Mais nous avons vu, dans les trois expériences qui 
précèdent, que le fluide magnétique étant concentré aux 
extrémités de notre fil, peut être fuppofé réuni à 10 lignes 
de l'extrémité de ce fil; & comme l'aiguille fufpendue a 
un pouce de Iongueur, que l'extrémité boréale eft attirée 
à une diftance de 3 pouces & demi, & que extrémité 
auftrale eft repouflée par le pôle inférieur de l'aiguille, dont 
la diftance eft de 4+ pouces; l’on peut fuppofer, fans 
erreur fenfible, que Îa diflance moyenne à laquelle le 
pôle inférieur du fil d'acier exerce fon action fur les 
deux pôles de l'aiguille, eft de 4 pouces. Conféquemment, 
f1 l'action du fluide magnétique étoit comme la raifon 
inverfe du carré des diftances, lation du pôle infé- 
rieur du fil d'acier fur l'aiguille, feroit proportionnelle 


ï ï 1 L I 1 
a » gr >? TG? ou à A Ne Fe 

Mais, puifque les forces horizontales qui font ofciller 
l'aiguille , font proportionnelles au carré du nombre 
d'ofcillations faites dans un méme temps, & qu'en 
vertu de la feule force magnétique du globe de la Terre, 
Vaiguille libre fait 15 ofcillations en 60", cette dernière 
force fera. mefurée par le carré de ces ‘15 ofcillations ou 
par 15 Dans le deuxième eflai, les forces réunies du 
globe de là Terre & du fil d'acier, font faire à l'aiguille 
4x ofcillations en 60": ainfr ces deux forces réunies 
font mefurées par 41°, & Ja force feule düe à l’action 
du fil d'acier aimanté, eft par conféquent mefurée par Îa 
différence de ces deux carrés; ainfi elle eft proportionnelle 


FÉ££ 


a 
a 


596 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


à 41 — 15. Nous aurons, donc pour faction du f4 
fur l'aiguille : 


, Force dépendante de l’action aimantaire 
Diffance, du fille’ aber. 


Pour le 2.7 Effai.. à 4e = 41 = 1$ = 14564 


37 Ter RAMBEEE CRE AR LIRE 24 — 15 


Il 


351 
47 Ella TOR PNR en nie UNE UES 64. 


Les deuxième & troifième eflais, où les diftances font 
comme 1 :2, donnent très-approchant, pour les forces, la 
raifon inverfe du carré des diftances. Le quatrième effai 
donne un nombre un peu trop petit; mais il faut remar- 
quer que, dans ce quatrième eflai, la diftance du pôle 
inférieur du fil d'acier au centre de laiguille, eft de 16 
pouces ; & que la diftance du pôle fupérieur au centre 
de cette même aiguille, eft à peu-près ÿ {16° + 23°): 
ainfi l'action du pôle inférieur étant repréfentée par 

T 

{ 16 )e ? 
AE +. en forte que l’action du pôle inférieur eft à 
UE +25) 
celle du pôle fupérieur, à peu-près :: 100: 1.9; d’où il réfulte 
que les ofcillations de l'aiguille étant produites par l'action 
de ces deux pôles, & celle du pôle fupérieur agiflant dans 
un fens oppofé à celle du pôle inférieur, le carré des 
ofcillations que produiroit l’action feule du pôle inférieur 


l'action horizontale du pôle fupérieur, fera 


du fil aimanté, eft diminué de “2, par lation oppofée 
100 


de Ta partie fupérieure du même fil; ainfi, pour avoir 
l'action feule de Ia partie inférieure du fil, il faut, en 
fuppofant x , Ia véritable valeur de cette force , faire 


(x — A —= 64, d'où x — 79. Subflituons dans le 


Des SCctTENCES. 597 
réfultat du quatrième effai, cette quantité, nous trouverons: 
2:"° Effai. Pour 4r°%% de diflance, la force. ...,.,.,.. 1456. 
SPME are Pour LN8 PoMres dE’diflance PRE EL" 337 
4." Efai. Pour 1 6P°%s de diffancé st 260 A REMRRN 79 


Et ces forces font très-approchant comme Îles nombres 
16, 4, 1, ou comme Îa raïon inverfe du carré des dif 
tances. 

J'ai répété plufieurs fois cette expérience, en fufpen- 
dant des aiguilles de deux & trois pouces de Iongueur, 
& j'ai toujours trouvé qu’en faifant les correétions né- 
ceflaires que je viens d'expliquer, l'action, foit répulfive, 
foit attractive du fluide magnétique, étoit comme l’inverfe 
du carré des diftances, 


Première Remarque. ‘ 


L'on a pu s’apercevoir, dans le courant de cette expé- 
rience, que nous fuppofons que notre fil étant aimanté 
par la méthode de {a double touche; fi lon préfente 
alternativement à une même diftance, fon pôle boréal & 
fon pôle auftral, à l’extrémité d’une aiguille aimantée 
par la méthode de la double touche, le pôle boréal du 
fil aimanté attirera le pôle auftral de l'aiguille, exactement 
avec la même force que Île pôle auftral de ce fi repouffera 
le pôle auftral de l'aiguille, & vice verfä pour le pôle boréal 
de l'aiguille. Cette propriété qui, comme nous le verrons 
dans la fuite, eft une conféquence néceffaire de la théorie 
du magnétifme, fera d’ailleurs prouvée par l'expérience, en 
fe fervant de la balance magnétique, dont nous allons tout- 
à-lheure donner la defcription & les: ufages, 


Deuxième Remarque. 


La loi de Ia raifon inverfe du carré des diflances, 
étant une fois donnée, il feroit facile de déterminer par 
le calcul, fi, dans la première expérience, où le fil ai- 
manté eft placé horizontalement, & perpendiculairement 


598 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RorALE 


au méridien magnétique, &c où l’on trouve, dans Île dernier 
effai, qu'il faut éloigner à peu-près de 42 lignes, l’ex- 
trémité du fil du méridien de Faiguille, le calcul donne- 
roit, pour la direétion de la réfultante de toutes les 
actions de chaque moitié de ce fil, une ligne qui pañe- 
roit à neuf ou dix lignes de Fextrémité de ce fil. Nous 
allons préfenter Île calcul qui déterminera cette direction, 
d’après le dernier eflai de fa première expérience, où 
l'aiguille a trois pouces de longueur, & où le fil d'acier 
aimanté ayant 25 pouces de Iongueur, eft placé horizon- 
talement & perpendiculairement au méridien magnétique, 
à 16 pouces de diftance de l'extrémité de l'aiguille. 

Soit dans la figure 3, x, le point où pañle cette réful= 
tante, pour le pôle qui eft placé le plus près de Ia ligne 
méridienne de laiguille; x’, le point où lon fuppole à 
l'autre extrémité de ce fil, tout le fluide magnétique con- 
centré: quant au fluide magnétique de l'aiguille fufpendue ; 
quoique fon centre d'action foit à deux ou trois lignes de 
{es extrémités, l’on peut le fuppofer à fes extrémités, parce 
que chaque pôle du fl agit fur les deux pôles de cette 
aiguille; & que fi, par cette fuppofition, l’on fait le pôle 
n de Vaiguille, trop près de deux ou trois lignes du pôle 
s du fil d'acier, l'on fait en même temps, le pôle à de 
. d'aiguille, trop éloigné du pôle s de la même quantité; 
ainfi l'erreur de la fuppofition fe trouve à peu-près com- 
penfée, 

Mais nous trouvons par l'expérience, que 1a diftance 
de l'extrémité du fil à la ligne méridienne de l'aiguille, 
eft dans le dernier eflai de 3 + pouces. Ainfi en faifant 
x — sx — Nx>, diftance de l'extrémité du fil au centre: 
d'action, nous aurons les formules fuivantes, pour Ia force 
que les centres d’aétions du fil exercent fur chaque extré- 
mité de l'aiguille, dans une direction perpendiculaire à 
l'aiguille. 

Action du Pôle S fur Ie Pôlé #.... 


3avt # 


Las + (5i+ a) TS CIE 


DE-S|» SrC L\E NC E 599 


3+r+ + 
onde fol furile. Pôle. 5 sde EE #5 à 
[ (192 + (31+sx)]* 

Adion du Pôle M fur le Pôl MErione 
Ion qu role ur 1e FOIE. Lei) +85]: 5 

281 — x 


Aion du Pôle N fur le Pole #.... pere AE È 

Mais, comme dans cette expérience, l'aiguille d’acier 
eft placée fur fon méridien magnétique, & que chacune 
des forces qui précèdent, agit perpendiculairéement à cette 
aiguille avec le même bras de levier, pour la faire tour- 
ner autour de fon point de fufpenfion , il en réfulte que 
toutes ces forces font en équilibre entr'elles; d'où l'on 
tire l'équation : 


Je ete iius Porte 
Las + si+sr Vu [Romeo dbersye. he 
: 281 — x 284 — x 
Œ  ——""—— —— + 


Ere + ss) REP RON ES 


Mais, comme nous avons déjà vu que x doit être moindre 
qu’un pouce, nous pouvons, pour première approxima- 
tion, le négliger dans le dénominateur de notre équation, 
dont les nombres font très-confidérables, relativement à », 
ou faire x égal à + pouce, qui approche davantage dé fa 
véritable valeur. 

Ainfi, il réfultera du calcul de Ia formule, pour Ia valeur 


6 AI D! . 
DEL — Eu pouces, à peu-près 9 lignes, comme dans 


les deux premiers eflais: 

Par un calcul femblable, l’on trouvera que, lorfque 
extrémité du fil d'acier étoit éloignée de 8 pouces de 
l'extrémité de Faiguille fufpendue, la diftance du point x 
au méridien, étoit à peu près de 12 ; lignes; mais comme 
l'expérience donne pour lors 4 lignes de diftance du 
méridien à l’extrémité de l'aiguille, il en réfulte que, dans 


6oo Mémoires DE L'ACADÉMIE RovALE 


cet effai, il faut retrancher 4 lignes pour avoir la diftance 
du centre d’action à l'extrémité de l'aiguille. Aïnfi le calcuf 
donne encore ici 8 + lignes pour Îa diftance du centre 
d'action aux extrémités de l'aiguille. 

Dans le troifième effai, où la diftance de l'extrémité de 
l'aiguille au fil d’acier eft de 4 pouces, le calcul donnera 
à peu-près 2 lignes pour la diflance, depuis le centre 
d'action jufqu'à la méridienne : maïs nous trouvons par 
l'expérience que, dans cet eflai, l'extrémité du fil dépañloit 
le méridien, de 8 lignes; ainfr, dans cet eflaï, le calcuk 
donne le centre d’aétion des extrémités du fil d'acier, à 
0 lignes de fes extrémités. 

Ainfi, il réfulte de l’expérience & du calcul, que toutes 
les fois que des fils d'acier, de 2$ pouces de fongueur, 
agiflent l’un fur l'autre, l’on peut fuppofer les centres 
d'aétions, ou ce qui revient au même, tout le fluide 
magnétique réuni à 9 ou 10 lignes des extrémités de 
ces fils, & calculer, d’après cette fuppoñition: dans les 
aiguilles très-courtes, le centre d'action eft plus proche 
des extrémités; nous aurons lieu dans Îa fuite de déter- 
miner la loi de cette diminution, relative à {a Jongueur 
des aiguilles, lorfque nous donnerons a manière Ia plus 
avantageufe d’aimanter les aiguilles, & de former des 
aimants artificiels. 

Nous déterminerons en même temps Îa courbe qui, 
dans un fil d'acier aimanté, repréfente la denfité du fluide 
magnétique depuis fon extrémité jufqu'à fon milieu où 
eft placé fon centre aimantaire; mais il eft aifé de prévoir 

d'avance, d’après les expériences qui précèdent, que le 
lieu géométrique de cette denfité, ne peut pas être une 
ligne droite, comme l'ont cru quelques auteurs. 


Deuxième méthode de déterminer la loi d'attraction à 
de répulfion du Jluide magnétique. 


APRÈS avoir trouvé par les expériences qui précèdent, 


que dans une aiguille de 25 pouces de longueur, & à 
plus 


DES SCIENCES. Éot: 


plus forte raifon, dans des aiguilles plus courtes, le fluide - 
magnétique peut être fuppofé concentré dans les deux ou 
trois derniers pouces, vers leurs extrémités, & que, dans les 
aiguilles de 20 à 25 pouces, le centre d’aétion peut être 
fuppolé à 9 ou 10 lignes de chaque extrémité ; il a été facile 
de conftruire une balance magnétique , d’après Îes mêmes 
principes qui mont fervi pour conftruire la balance -élec- 
trique, que j'ai décrite dans mon premier Mémoire. Mais 
je dois obferver, que la forme & les détails des mefures 
de Îa balance magnétique que je vais donner, peuvent 
& doivent être changés à mefure que la pratique le pref- 
crira. Je n'ai cherché, dans ce premier eflai, qu'à donner 
à cette balance une forme fimple, peu coüteufe, & qui 
fut cependant à peu-près fufhifante pour les expériences 
que j'avois deflein de faire. 


Defcriprion de la balance magnétique. 


J'ai fait faire, figure 4, une boîte carrée, de 3 pieds 
de côté, & 18 pouces de hauteur; les planches ne font 
fixées entr'elles, qu'avec des tenons, des mortoifes & des 
chevilles de bois. À neuf pouces au-deflus du fond, eft 
placé un cercle horizontal, de bois bien fec, ou de cuivre 
rouge, de 2 pieds 10 pouces de diamètre, divilé à l'or- 
dinaire en 360 degrés. Sur cette boîte, eft placée une 
traverfe AB qui porte à fon milieu une tige creufe id, 
de 30 pouces de longueur, terminée en 4, par un mi- 
cromètre de torfion, femblable à celui que nous avons 
décrit pour la balance électrique. La pince de ce micro- 
mètre faifit l'extrémité d’un fil de cuivre jaune, numéroté 
12 dans le commerce, dont les fix pieds pèfent $ grains, 
& dont nous avons déterminé la force, dans le Mémoire 
fur les forces de torfion des fils de métal, imprimé dans 
le volume de l'Académie pour 1784. La partie inférieure 
de ce fil eft prife par une double pince, ayant la figure 
d'un porte-crayon, repréfenté figure $; cette double 


Mém. 1785. Ggygg 


602 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


pince elt fendue, comme l'indique la figure, dans prefque 
toute fa longueur, pour former pince à fes deux extré- 
mités, qui souvrent & fe ferment au moyen de deux 
coulans. L’extrémité inférieure faïfit un anneau de plomb 
ou de cuivre; cet anneau eft deftiné à porter l'aiguille 
d'acier aimantée, que l’on veut mettre en expérience. 


Avant de commencer les expériences avec cette balance, 
il faut que, lorfque la torfion eft nulle, l'aiguille aimantée 
fe place naturellement fur fon méridien magnétique; c'eft 
ce qu'il eft facile d'obtenir, en plaçant d’abord dans l'an- 
neau fufpendu au porte-crayon, un fil de cuivre rouge, 
des mêmes dimenfions que le fil d'acier aimanté, que l'on 
compte foumettre à l’expérience; laïflant enfuite l'index 
du micromètre fixement fur la première divifion de ce 
micromètre, l’on fait tourner tout le micromètre, ( dont 
le tuyau, comme on l'a vu pour la balance électrique, 
peut glifler & tourner dans celui qui forme la tige id, 
fig. 4), jufqu'à ce que l'aiguille de cuivre s'arrête naturel- 
lement fur la direétion du méridien magnétique, que Fon 
a tracée d'avance. 

La boîte doit être placée fur ce méridien magnétique, 
de manière que la direction de ce méridien réponde aux 
divifions 0,180 du cercle horizontal, que nous avons 
dit être élevé dans la boîte, à 9 pouces au-deflus de fon 
fond. 

Après cette préparation, l'on fubflitue l'aiguille d’acier 
aimantée à l'aiguille de cuivre, & lon eft en état de 
commencer les opérations. 

Nous ne donnerons iei que les expériences & les réful- 
tats qui nous font abfolument néceffaires pour déterminer 
la loi fuivant laquelle le fluide magnétique agit, lorfque 
les molécules aimantaires font placées à différentes dif 
tances l’une de l’autre, 


EU SHISNCUEIEENuC Es: Go 


PREMIER RÉSULTAT. La force réfultante de toutes 
des forces aïimantaires que le globe de la Terre exerce 
Sur chaque point d'une aiguille aimantée, eff une quan- 
cité conflante, dont la direction, parallèle au méridien 
magnétique, pale toujours par le même point de l'ai- 
guille, dans quelque firuarion que cette aiguille fois 


placée par Tapport à ce méridien. 


J'avois déjà taché de prouver ce principe dansun Mémoire 
fur les aiguilles aimantées, imprimé dans le Jeptiènie volume des 
Savans étrangers; mais les expériences que j'ai rapportées 
pour lors, pourroient être fujettes à-quelques conteftations ; 
celle qui va fuivre eft direéte, & me paroît décifive. 


F x P É RIE N CE. 


J'ai fufpendu horizontalement dans 1a balance, un fil 
d'acier aimanté, ayant 22 pouces de longueur, & 1 + 
ligne de diamètre. D'après la difpofition de notre balance, 
cette aiguille s’eft placée dans fa direction magnétique, fon 
extrémité nord répondant au point o du grand cercle de 
2 pieds 10 pouces de diamètre; la torfion du fil étant nulle, 
& l'index du micromètre étant fur le point o, ou fur la 
première divifion de ce micromètre. 

Au moyen du bouton qui porte l'index du micromètre, l’on 
a tordu Îe fil de cuivre de fufpenfion de différens angles, ce 
qui a forcé l'aiguille de s'éloigner de fon méridien magnétique: 
à chaque opération, l'on a obfervé l'angle dont elle étoit éloi- 
gnée de ce méridien, &la force de torfion qu'il falloit employer 
pour produire cet angle, & l’on a eu les réfultats fuivans. 


Le fil de fufpenfion L’aiguille s'eft rot 
TE tordu-de. :. 2. 1e — 360. arrétée à... 102 de fon Méridien, 
2.7° Effai... De PRE HRCTCOUE . 2j 
EP ALLO 5 Drop errehhel se De 
ZAMEE- 01 0 do nel ee CNT PET E 46. 
SHMElae pres. uns M netteté do 
PQ Effai,, . der se S ze. ss. 85. 


604 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Réfulrar à explication de cette expérience. 


Notre aiguille aimantée eft ici fufpendue par un fil de 
cuivre, numéroté 12 dans le commerce; nous avons vu, 
dans un Mémoire imprimé dans Île volume de 1784, que, 
pour un même fil de fufpenfion, la force de torfion eft pro- 
portionnelle à l'angle de torfion; ainfi, dans le premier 
effai, la force de torfion eft 1 cercle — 10 + degrés; 
dans le deuxième eflai, elle eft 2 cercles — 21 + degrés. 
Si nous comparons, d’après cette expérience, la force 
de torfion, avec l'angle dont l'aiguille s'éloigne de fon 
méridien, à chaque eflai, nous trouverons très-exaétement, 
que le finus de l'angle formé par le méridien magnétique, 
& Ia direction de l'aiguille dans les effais fucceflifs, font 
proportionnels à l'angle de torfion; d’où il fuit, comme 
nous l'avons vu, dans le feptième volume des Savans étran- 
gers, que Îa force réfultante de l’action magnétique du 
globe de Ia Terre, eft une force conftante dirigée parallè- 
lement au méridien magnétique, & paflant toujours à égale 
diftance de l'extrémité de l'aiguille, dans quelque pofition 
que cette aiguille foit placée, relativement à fon méridien : 
voici le calcul comparé à l'expérience. 

Soït À, l'angle de torfion d’un effai quelconque, qui 
doit fervir de terme de comparaifon. 

B, l'angle dont l'aiguille s'éloigne de fon méridien à 
cet eflai. 

A’, l'angle de torfion trouvé dans un autre effai. 

B", Yangle dont l'aiguille s'éloigne de fon méridien à 
cet eflai; nous aurons généralement, d’après la théorie À 
A':: fin. 2: fin. 2’, 

D'où log. 4! — log. À + log. fin. B' — log. fin. B. 
Prenons le deuxième effai pour terme de comparaifon ; 
en corrigeant l'angle de torfion, de l'angle dont Faiguille 
s'éloigne de fon méridien, cet angle fera 699 degrés, 
& fon logarithme fera... ,.................2,8444, 
l'angle B étant de 214 15',log. fin. B fera .....9,5 592. 


DES SCIENCE Ss. 605$ 


En comparant ces deux quantités, d’après la formule, avec 
l'angle dont l'aiguille eft éloignée de fon méridien dans 
les autres eflais, nous trouverons que, 


Les 2."* & 3."* Effais comparés par la théorie, donnent 
| pour la force de torfon du 3." Effai..... 4... 10$21, 
L'expérience donne pour la force de torfion du 37 Effai, 10474. 


PE NS 
2 RENE RO TT ERREURS IT EP RENE e 
Dh de l'expérience eat D'ACAr tt De 


Les 2.%° & 4."° Effais comparés, donnent, par la théorie, 
pour la force de torfion. .........,..... sers. 13884 
L'expérience donne pour la force de torfion du 3-"" Effai. 13942. 


RC ARE nr CN Pot APPREND ER o6i 


Aedeide l'EXpérÉnees ue de MA ANR nie + D 


Les 2.7 & 5."* Effais comparés, donnent, par la théorie, 
pour la force de torfion....... teresessress.ee 17264 
L'expérience donne au 5.”* Effai, pour la force de torfon, 173 0e 


LEE ESP ne EE ES Pr om 102 
Bmeturidé Pexpémentes Mi sie nb aeufes UE LA RE 
Les 2.° & 6."* Effais comparés, donnent, par a théorie, 

pour la force de torfion........ tenter 19218 


L'expérience donne au 5." Effai........ ttesseses 18952 
Différence. ...... seit danoise NES 264, 


Erreur HENerpEtenCe PIE US LME a . — + 

L'on trouve donc le plus grand accord entre a théorie 
& l'expérience, ce qui prouve en même temps, la vérité 
de la théorie & l’exaétitude de la méthode; exactitude que 
lon ne peut attribuer qu'à la fimplicité du moyen, car 
la boîte & toutes les parties qui forment la balance avoient 
été exécutées fans beaucoup de foin. 


Premiere Remarque. 


Cette propriété établie d’une manière qui me paroît 
inconteftable, if fera facile, au moyen de notre balance, 


606 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


de comparer tout de fuite & fans calcul, la force de dif: 
férentes aiguilles aimantées, foit entr’elles, foit avec le 
momentum d'un poids qui agiroit à l'extrémité d’un levier 
donné. 


I ne s'agit pour cette opération, que de fufpendre hori- 
zontalement l’une après l’autre, dans notre balance, les diffé- 
rentes aiguilles que l'on voudra comparer, de manière qu'elles 
fe placent librement fur le méridien magnétique, lorfque la 
torfion du fil de fufpenfion eft nulle; l’on tordra enfuite 
le fil de fuüfpenfion au'moyen du micromètre, de manière 
que les aiguilles fufpendues, forment dans tous les eflais, 
un même angle avec le méridien magnétique, & l’on con- 
clura de cette expérience, que, puifque l'angle formé 
avec le méridien magnétique eft conftant, le momentum 
de Ia force avec laquelle chaque aiguille eft ramenée à fon 
méridien par l'action magnétique de {a Terre, eft propor- 
tionnel à ose de torfion qu'aura donné l'expérience. 


Nous aurons lieu, dans un autre Mémoire, de revenir 
en détail fur cet objet, ainfi que fur beaucoup d’autres, 
relatifs au magnétifme. 


UsAGE de la balance magnétique, pour déterminer la loi 
fuivant laquelle les parties aimantaïres agiffent l'une 


fur l'autre à différentes diflances. 


L'on a aimanté un fil de bon acier, tiré à la filière, 
de 24 pouces de longueur, & 1 + ligne de diamètre, on 
l'a fufpendu horizontalement dans notre balance magné- 
tique; l'on a cherché d’abord, avec quelle force le mag- 
nétifme de la Terre ramenoit cette aiguille à fon méridien, 
& l'on à trouvé qu'en tordant le fi de fufpenfion de deux 
cercles moins 20 degrés, l'aiguille s’arrêtoit à 20 degrés 
de fon méridien magnétique, en forte que pour les angles 
de 20 à 24 degrés & au-deflous, les finus étant à peu-près 
proportionnels aux arcs, il falloit pouréloigner l'aiguille 


DHE:SHIS, CLME N-C_E 607 


ï 


d'un degré de fon méridien magnétique, une force de 
torfion très-approchante de 35 degrés. 

L'on a placé enfuite un autre fil aimanté des mêmes 
dimenfions, verticalement dans le méridien magnétique, 
à 11 pouces 2 lignes du centre de fufpenfion de la pre- 
mière aiguille, en baiflant l'extrémité de ce fi, à peu-près 
d'un pouce au-deflous du niveau de l'aiguille fufpendue 
horizontalement: en forte que, fi les deux aiguilles, l’une 
fufpendue horizontalement, l'autre placée fixement verti- 
calement dans le méridien de Ia première, s’étoient tou- 
chées, elles fe feroient rencontrées à 1 pouce de leurs 
extrémités; mais comme c’étoit les pôles nord, ou du 
méme nom de chaque aiguille, qui étoient oppolés, elles 
fe font chaffées mutuellement, & l'aiguille horizontale, 
fufpendue dans fa balance, a été repouflée de la direction 
de fon méridien, & ne s’eft arrêtée que lorfque Ia force 
de répulfion des pôles oppofés, a été en équilibre avec 
la force direétrice du globe de la Terre. Voici le réfultat 
des diflérens effais. 


ÉORVIB NÉ RC ICEUN Cr! 


Premier Eai. L'aiguille fufpendue horizontalement fans 
tordre le fil de fufpenfion, a été chaflée, & s’eft arrêtée 
à 24 degrés de fon méridien magnétique. 

Deuxieme Effai. Ayant tordu de trois cercles, l'aiguille 
s'eft arrêtée à 17 degrés de fon méridien magnétique. 

Troilième Effai. Ayant tordu de huit cercles, l'aiguille 


s'eft arrêtée à 12 degrés de fon méridien magnétique. 


Explication & réfulrat de certe expérience. 


Nous avons dit que l'aiguille libre & uniquement fol- 
licitée par lation magnétique du globe de la Terre, étoit 
retenue à 20 degrés de fon méridien par une force de 
torfion de deux cercles moins 20 degrés ; ainfi, lorfque 
Yaiguille formoit un angle de 20 degrés avec fon méridien 
magnétique, la force qui la rappeloit vers ce méridien 


603 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE Royazr 

étoit de 7004; & par conféquent, comme dans le premier 
effai elle s’arrêtoit à 244 de fon méridien, elle y étoit 
ramenée avec une force de 8404; mais, comme par Îa 
répulfion des aiguilles, le fil de fufpenfion étoit tordu de 
244, la répulfion totale étoit de 864. 

Dans le 2." ÆEffai, Yaiguille s’arrêtoit à 174 de fon 
méridien magnétique; ainfi, elle étoit ramenée à ce méridien 
par l'action aimantaire de la Terre, avec une force de s951 
Mais la torfion qui la retenoit à cette diftance étoit 3 cercles 
—+ 174 Aïnfi, comme cette force de torfion agifloit dans 
le même fens que la force aimantaire de la Terre, l'aétion 
des deux pôles de l'aiguille étoit mefurée par... 16924. 

Dans le 3." Efai, aiguille n’eft qu'à 124 de fon mé- 
ridien magnétique. Ainfr, l'action du globe de la Terre n’eft 
mefurée que par une force de 4204. Mais nous trouvons 
dans cet eflai, que pour ramener l'aiguille à cette diftance de 
12dilavoit fallu tordre le fil de fufpenfion de 8 cercles + 124, 
— 28901. Aïnfi, la force répulfive des deux aiguilles placées 
à 124 de diflance eft mefurée dans ce dernier eflai, par une 
torfion de 2892 + 420 — 33124. Ainfi, dans nos 
expériences, où Îles diftances font 24, 17, 12, la raifon 
inverfe du carré des diftances eft mefurée par les nombres 
Sn 340 Tag qui eft très-approchant, comme +, +, 1. 
Müis les expériences donnent pour les forces répulfives 
correfpondantes 864, 1 692, 3312, qui font aufli très- 
approchant, comme les nombres _ 3, 1. Ainfi, en fup- 
pofant, comme nous avons vu plus haut, qu'il étoit permis 
de le faire, tout le fluide magnétique concentré à 10 lig. 
de l’extrémité de nos aiguilles de 24 pouces de longueur , 
il en réfulte que l'action répulfive du fluide magnétique 
eft en raifon inverfe du carré des diftances. 

Nous avons pu négliger dans cette opération, l’action 
des autres pôles des aiguilles; car, puifque laétion eft en 
raifon inverfe du carré des diftances, que les aiguilles ont 
deux pieds de longueur, ces autres pôles fe trouvant tou- 
jours à une diftance au moins quatre fois plus grande que 

les 


DIFHSMAQCUILE N;,C-E .S. 609 


es premiers , & agiflant d'ailleurs très-obliquement à 1a 
longueur des aiguilles, leur action ne peut pas altérer d’une 
manière bien fenfible notre réfultat. Mais s’il y avoit moins 
de différence entre la diftance des différens pôles de l’ai- 
guille que dans l'expérience qui précède, il faudroit, dans 
le caicul, avoir égard à action réciproque de tous les 
pôles, & à la longueur du levier fur lequel chacune de ces 
actions s'exerce. Ce calcul n’auroit pas plus de difficulté 
_que celui que nous avons fait plus haut pour déterminer 
le centre d'action des extrémités des aiguilles, ou le point, 
vers ces extrémités, dans lequel il eft permis de fuppofer 
le fluide maynétique concentré. 

L'on peut encore, au moyen de la balance magnétique 
que nous venons de décrire, prouver d'une manière in- 
conteflable, que le fluide magnétique dans les fils d'acier 
aimantés par la méthode de Ia double touche, eft concentré 
vers les extrémités de ces fils. 

Voici le précis de l'opération qui mène à ce réfultat. 
Ayant placé dans le méridien magnétique de notre balance, 
une règle verticale de deux lignes d’épaifleur, répondant 
à l'extrémité de l'aiguille fufpendue, l’on fait glifier ver- 
ticalement, le long de cette règle, le fi d'acier aimanté, 
de manière que les pôles du même nom fe répondent, la 
règle étant entre-deux, Comme les deux extrémités, ou 
les deux pôles des fils d'acier & de l'aiguille, fe chaffent, 
Ton tord, au moyen du micromètre, le fl de fufpenfion, 
jufqu'à ce que l’on ait ramené l'aiguille horizontale en 
contact avec la règle, en forte qu’il ne refte que l’épaifleur 
de la règle, ou deux lignes de diftance entre les points 
les plus rapprochés des’ deux aiguilles; mais comme le fil 
d'acier que nous plaçons derrière la règle eft vertical, 
tous Îles points des deux aiguilles qui fe trouvent à quatre 
ou cinq lignes de diftance du recroifement, n’ont l’une fur 
Tauire pour fe chaffer mutuellement, qu'une force très- 
foible, à caufe de leur diflance & de l’obliquité de leur 
ation ; en forte que la force de torfion qu'il faut 


Men. 1785. Hhhh 


L'S 


610 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


employer pour tenir l'aiguille fufpendue horizontalement 
en contact de la règle, eit proportionnelle à {a denfité des ! 
deux ou trois lignes de longueur du fluide aimantaire qui 
avoifinent les points des deux aiguilles, qui ne font qu'à 
deux lignes de diftance l’un de fautre. Ainfi, en faifant 
glifler verticalement notre fil d'acier le long de la règle, . 
nous préfenterons à cette petite diftance de deux lignes ! 
de laiguille, tous les points de ce fil, & la force de! 
torlion de fa fufpenfion. pour tenir l'aiguille fufpendue | 
horizontalement en contact avec la règle, fera propor- 
tionnelle à la denfité du fluide magnétique du point du 
fil vertical, qui, dans chaque eflai, fe trouvera à deux 
lignes de diftance de l'aiguille. Si l’on tente cette EXpé- 
rience, l’on trouvera que s'il faut une torfion de huit | 
cercles lorfque le point de recoupement efl à deux lignes 
de l'extrémité du fil, il ne faut que deux ou trois cercles 
de torfion à un pouce, & tout au plus un demi-cercle de 
torfion à deux pouces; & que lorfque le fil d’acier ver- 
tical a fon extrémité baiflée de trois pouces au-deflous de 
l'extrémité de l'aiguille fufpendue horizontalement, la ré- 
pulfion eft prefque nulle. L’on trouvera la méme chofe 


pour l'attraction des pôles du mème nom; mais il faut. 


avertir que pour compter fur le réfultat d’une pareille 
expérience, il ne faut employer que des aiguilles fortement 
trempées & d’excellent acier, & ne pas leur donner un 
trop fort degré de magnétifme; autrement, comme dans. 
cette opération Îe point de recroifement des deux aiguilles! 
n'a que deux lignes de difiance, fi la force du fluide 
magnétique eft telle que le fluide puifle fe déplacer dans 
les parties des aiguilles qui s’avoifinent, les réfultats ne 
feront plus comparables. L'on verra, dans un autre Mé- 
moire, que la force coërcitive, qui empêche le fluide 
magnétique une fois concentré par l'opération de Îa 
double touche, de fe déplacer, eft une quantité conftante, 
qui varie fuivant la nature & la trempe de l'acier; mais 
que, lorfqu'un point d’une aiguille eft aimanté à fatus 


; 
| 
| 


em. de l'4e 2. des Je. An1786. La . Go. LE. ATV. 


FL Cour se, 


DANS UISMEMILEUN CLE S (EE 


ration, cette force coërcitive, que l'on peut comparer au 
frottement dans la mécanique, fait équilibre avec [a réful- 
tante de toutes les forces, foit répulfives, foit attractives 
de tout le fluide magnétique répandu dans l'aiguille, la 
force de chaque point étant en raifon compofée de la 
directe des denfités & de l'inverfe du carré des diftances. 


Récapitulation des objets contenus dans ce Mémoire. 


Des recherches qui précèdent, il réfultera : 

1. Que l’action, foit répulfive, foit attraétive de deux 
globes élerifés, & par conféquent de deux molécules 
électriques, eft en raifon compofée des denfités du fluide 
électrique des deux molécules éleétrifées, & inverfe du 
carré des diftances. 

2. Que dans une aiguille de 20 à 25 pouces de 
longueur, aimantée par la méthode de Ia double touche, 
le fluide magnétique peut être fuppofé concentré à dix 
lignes des extrémités de l'aiguille. 


3. Que lorfqu’une aiguille eft aimantée, dans quelque 


pofition où elle foit placée fur un plan horizontal, rela- 


tivement à fon méridien magnétique, elle eft toujours 
ramenée à ce méridien par une force conftante parallèle 
au méridien, & dont la réfultante pañfe toujours par le 
même point de l'aiguille fufpendue. 

4 Que Ia force attractive & répulfive du fluide 
magnétique , eft exaélement, ainf que dans le fluide 
électrique, en raifon compolfée de la direéte des denfités, 
&cinverfe du carré des diflances des molécules magnétiaues. 


Hhhh à 


612 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


TROISIÈME MÉMOIRE 
SUR L'ÉLECTRICITÉ ET LE MAGNÉTISME. 


De la quantité d'Éledriciré qu'un corps ifolé perd 
dans un temps donné, foit par le contaëf de l'air 
plus ou moins humide, foi le long des foutiens 
plus ou moins idio-életfriques. ù 


Par M. CouLromz, 


ORSQU'UN corps conducteur éleétrifé eft ifolé par 
des foutiens idio-électriques, l'expérience apprend que 
l'électricité de ce corps décroit & s’anéantit aflez rapiue- 
ment. L'objet de ce Mémoire eft de déterminer fuivant 
uelles loix fe fait ce décroifflement : la connoiflance de 
cette loi eft abfolument néceffaire pour pouvoir foumettre 
par la fuite, au calcul les autres phénomènes de l’éleétri- 
cité ; parce que Îles expériences deftinées à évaluer ces 
phénomènes, ne pouvant s’exécuter dans un même inflant, 
he peuvent être comparées entr'elles, fans connoître f'al- 
tération qu'elles éprouvent dans le temps qui s'écoule de 
l'une à l’autre. 

Deux caufes paroiffent principalement concourir à faire 
perdre l'électricité des corps : la première, c’eft qu'il eft 
probable qu'il n’y a dans la Nature aucun foutien parfaite- 
ment ifolant, c’efl-à-dire, qu'il n'y a aucun corps entière- 


ment impénétrable à l'électricité, loriqu'elle eft portée | 


à un très-grand degré d’intenfité; que d’ailleurs, quand 
même ce corps exifteroit, l'air étant toujours chargé d'un 
certain degré d'humidité, cette humidité s'attache à la 
furface des corps idio-éle@riques en plus ou moins grande 


quantité, fuivant que l'air eft plus où moins humide, & 


DIRES MUSICAI'E MNITCE ENS. 613 


que le corps idio-éleétrique , par fa nature, a une plus 
grande ou une moindre afhnité avec l’eau, que n'en ont 
les parties de Fair; en forte qu'il arrive fouvent que les 
parties aqueufes répandues fur la furface du corps idio-élec- 
trique qui fert de foutien à un corps éleétrilé, font plus 
raprochées l'une de l'autre, qu'elles ne le font dans l'air 
environnant; & comme ces parties aqueufes font conduc- 
trices de l'électricité, dans ce cas, lorfque les corps idio- 
électriques qui fervent de foutien n’ont pas une longueur 
fufifante, l'électricité fe perd plus facilement le long de 
la furface du corps idio-éleétrique qui fert de foutien, que 
par le contact de fair. 

La feconde caufe, c’eft que le corps éleétrifé étant enve- 
loppé par l'air atmofphérique, cet air compofé de diflérens 
élémens, eft plus ou moins idio-éleétrique, foit par la nature 
de ces élémens, foit par leur aflinité avec les molécules 
aqueufes ; affinité qui varie encore fuivant le degré de cha- 
leur, en forte que V'air peut être regardé comme compofé 
d’une infinité d’élémens en partie idio-électriques , en 
partie conduéteurs. Mais, comme un corps conducteur fe 
charge toujours d'une partie de l’éleélicité du corps qui le 
touche, & que chargé de cette électricité » il eft repouffé 
par ce corps; il en réfulte, que chaque molécule de Fair 
qui touche un corps élecirifé, fe charge de l’éle&ricité de 
ce corps plus où moins rapidement, fuivant que la denfité 
éleétrique du corps eft plus ou moins grande, & que l'air 
eft plus ou moins chargé d'humidité ou de parties con- 
duétrices de l'éectricité: dès l'inftant qu'une molécule de 
Vair eft chargée d'électricité, elle eft chaflée du corps 
électrifé, & remplacée par une autre qui s'électrife, & eft 
chaflée à fon tour; chacune de ces molécules emportant 
une partie de l'électricité du corps électrilé qu’elles en- 
veloppent, a denfité éleétrique diminue plus ou moins 
rapidement, fuivant l’état de latmofphère. L’explication 
que nous venons «le donner fur la manière dont l'électricité 
fe perd par le contaét de l'air, dont les molécules infr- 


Gr4 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


niment petites fe meuvent avec beaucoup de facilité, n'eft 
pas applicable à fa manière dont l’expérience apprend que 
l'électricité fe perd le long des furfaces des foutiens deve- 
nus idio-électriques imparfaits, par Île contrat de l'air 
humide ; parce que dans ce fecond cas, les parties aqueufes 
contractent un affez grand degré d’adhérence avec 1x fur 
face de ces foutiens; que cette adhérence eft quelquefois 
plus grande que l’action répulfive que le corps électrifé 
exerce fur la molécule aqueufe, à laquelle ïl a tranfmis 
une partie de fon électricité ; d’où il arrive, & ce réfultat 
eft confirmé par l'expérience, que lorfque 1a molécule 
humide , la plus proche du corps électrifé , eft chargée 
d'électricité, cette électricité pafle en partie à [a molé- 
cule fuivante, fans que cette molécule fe déplace, & 
de-là de molécule en molécule, jufqu'à une certaine dif- 
tance du corps : aïnfi la denfité de chaque molécule dimi- 
nuera à mefure qu’elle fera plus éloignée du corps 
életrifé, parce que ces molécules aqueufes étant féparées 
par un petit intervalle idio-éleétrique, il faut un certain 
degré de force, pour que léle&ricité puifle paffer d’une 
molécule à l’autre. La réfiftance que ce petit intervalle 
idio-électrique oppofe à l'écoulement du fluide éleétrique; 
paroît ne pouvoir être repréfentée que par une quantité 
conftante pour un intervalle conftant, & doit par confé- 
quent être proportionnelle à la différence de l’aétion de deux 
molécules confécutives. Nous verrons tout-à-lheure , que le 
calcul & les expériences qui déterminent la loi de Ia denfité 
du fluide électrique le long des foutiens idio-éleétriques im- 
arfaits, s'accordent avec le raifonnement qui précède. 

Les recherches qui vont fuivre, doivent donc avoir 
deux objets ; le premier, de déterminer fuivant quelle 
loi l'électricité fe perd par le contact de l'air ; le deuxième, 
de déterminer fuivant quelle loi cette même éledricité 
fe perd le long de Ia furface des foutiens idio-éleétriques : 
mais comme dans toutes les expériences que lon peut faire, 
les corps condudteurs chargés d'éledricité, font toujours 


Ihr s SCIENCES. 615 
foutenus par des corps idio-électriques, ces expériences 
doivent naturellement toujours prélenter un réfuitat com- 
polé de la perte* de l'électricité par le contat de l'air, & 
de la perte de l’éleétricité le long de la furface du foutien 
idio-électrique, à moins que l'on ne parvienne à foutenir 
le corps par un fupport idio-électrique dont la furface foit 
proportionnellement moins chargée d'humidité , ou des 
parties conduétrices que Îes molécules de l'air environnant; 
car pour lors en diminuant beaucoup la furface du con- 
taét du corps éleétrilé & de fon foutien, la diminution 
de électricité du corps feroit dûüe en entier au contaét de 
Vair. D’après ce raifonnement, j'ai effayé, pour fervir de 
foutien au corps électrifé, plufieurs matières idio-éleétriques, 
& j'ai trouvé que lorfque la denfité électrique du corps 
foutenu n’étoit pas très-confidérable, un petit cylindre de 
cire d'Efpagne ou de gomme -laque, d’une demi-ligne de 
diamètre & de 18 à 20 lignes de longueur, fufhfoit pref- 
que toujours pour ifoler parfaitement une balle de fureau 
de cinq à fix lignes de diamètre; j'ai également trouvé 
que lorfque l'air étoit fec, un fil de foie très-fin, pañé 
dans de la cire d’'Efpagne bouillante, & ne formant enfuite 
qu'un petit cylindre tout au plus d'un quart de ligne de 
diamètre, remplifloit le même objet, pourvu que l'on 
donnât à ce fil une longueur de cinq à fix pouces. Un fil 
de verre, tiré à la lampe d’émailleurs, de cinq ou fix 
pouces de longueur, n'ifole la balle que dans les jours très- 
fecs, & lorfqu’elle eft chargée d’un très-foible degré d’élec- 
tricité ; ilen eft de même d’un- cheveu ou d’une foie qui 
ne font pas enduits de cire d'Efpagne, ou ce qui vaut encore 
mieux, de gomme - faque pure. 

PREMIÈRE PARTIE. 


Expériences pour déterminer la perte de l'éle&tricité par 
le conta@ de l'air. 


Jar donné dans mon premier Mémoire fur l'électricité, 
la defcription de la balance dont je me fers dans toutes 


616 MÉMoIiREs DE L'ACADÉMIE RoYAL1E 


les expériences électriques. L'on peut fe rappeler , en jetant 
les yeux fur la figure de cette balance, qu'une aiguille 
horizontale , formée par un fil de foie enduit de cire d'Ef- 
page ou mème par une paille terminée par un petit 
cylindre de gomme - laque » porte une petite balle de 
fureau, de quatre ou cinq lignes de diamètre à fon extré- 
mité ; que cette aiguille eft fufpendue horizontalement par 
un fil d'argent de 28 pouces de longueur, & qu’en agiflant 
avec un levier de 4 pouces pour tordre ce fl de fufpen- 
fion autoür de fon axe, ilne faut employer qu'une force 
de -— grain pour le tordre de 3601; que les forces 
de torfion font généralement proportionneiles à l'angle de 
torfion, en forte que, par exemple, pour tordre notre fil 
de 364, ou pour faire varier l'aiguille de 364, il ne faut 


employer que de grain. L'on doit encore fe rap- 


006 
peler que la force de torfion de ce fil de fufpenfion fe 
mefure d’une manière bien fimple, au moyen d'un micro- 
mètre placé au haut de la tige de notre balance, & qu'en 
préfentant à la balle de l'aiguille une feconde balle de 1a 
même grofleur, ifolée comme celle de l'aiguille, leur aétion 
réciproque lorfqu'elles font chargées d'une électricité de 
même nature, tend à les éloigner l'une de fautre; qu'en 
tordant le fil de fufpenfion, au moyen du micromètre, il 
eft facile de mefurer cette action que nous avons trouvée 
dans ce Mémoire, exactement comme l'inverfe du carré 
de la diftance des deux balles. ; 

Pour déterminer au moyen de cette même balance, la 
loi fuivant laquelle un corps éledrifé perd fon électricité 
dans un temps donné, voici la méthode qui m'a paru la 
plus fimple & la plus exacte. 

Je fufpends à un fil de foie très-fin , enduit de cire d’Ef- 
pagne, & terminé par un petit cylindre de gommé-laque de 
18 à 20 lignes de longueur, une petite balle de fureau 
femblable à celle de aiguille ; je l’introduis par le trou du 
couvercle de ma balance, comme je l'ai fait dans mou 
premier 


DIETSU AS ICT E NC E 5 617 


premier Mémoire, & je la place de la même manière. 

Au moyen d'une épingle à grofle tête, que je charge 
d'électricité, & qui eft ifolée comme dans Îe premier 
Mémoire, j'électrife également les deux balles, ce qui eft 
très-facile en les faifant toucher l’une à l'autre ; lorfque 
ces balles font éleétrifées, elles fe repouflent mutuellement, 
& l'aiguille ne s'arrête que lorfque la diftance des deux 
balles eft telle que la force de torfion eft égale à la force 
répulfive : un exemple fera mieux e:tendre lopération, 
que toute autre explication. 

Je fuppofe que Îa balle de l'aiguille foit chaflée à 40 
degrés; en tordant le fil de fufpenfion, je la ramène à une 
moindre diftance, à 20 degrés, par exemple, ce que je 
fuppofe encore avoir obtenu, en tordant le fil de fufpenfion 
de 140 degrés. J'obferve l'inftant où cette balle répond 
très-précifément à 20 degrés : comme l'éleétricité fe 
perd, les balles fe rapprocheront quelques minutes après 
l'opération; ainfi, pour pouvoir les obferver toujours à la 
première diftance de 20 degrés, je détors, au moyen de 
lindex, le fil de fufpenfion, de 30 degrés, & la force de 
torfion étant diminuée de ces 30 degrés, les balles fe 
chaflent à un peu plus de 20 degrés. J'attends l’inftant où 
la balle de l'aiguille arrive à 20 degrés, & je tiens compte 
très-exaétement du temps écoulé entre les deux opérations; 
je fuppofe que ce temps foit 3’; il réfultera de cette opé- 
ration, qu'à la première obfervation, la diflance des balles 
étant 20, la force répulfive avoit pour mefure, 140 degrés 
+ 20; que 3” après, la force répulfive à la même diftance 
de 20 degrés, n’étoit plus que 1101 + 204, c’eft-à-dire, 
qu'elle étoit diminuée de 30 degrés, ou de 10 degrés par 
minute : ainfi comme a force moyenne entre les deux 
_obfervations étoit mefurée par 145 degrés, & qu'elle 
diminue de 30 degrés en 3’, ou de 10 degrés par minute, 


la force életrique des deux balles diminuoit de “a Pa 
minute. 


Mém. 1785. Tiji 


618 MÉMOIRES DE L’'ACADÉMIE ROYALE 

C’eft d'après cette méthode, que j'ai formé le premier 
tableau, qui repréfente des obfervations faites le 28 Mai, 
le 29 Mai, le 22 Juin &le 2 Juillet; j'ai choifi ces quatre 
obfervations parmi une infinité d’autres, parce que l’hy- 
gromètre annonçoit ces quatre jours des différences con- 
fidérables dans le degré d'humidité de l'air, &rque le degré 
de chaleur étoit à peu-près le même, 


Obférvarion fur le Tableau ci - joint. 


Dans ce tableau, la première colonne repréfente f'inf- 
tant de l’obfervation; la deuxième, la diftance des deux 
‘balles; Ia troifième, le degré de torfion donné par le mi- 
cromètre; la quatrième, Îa durée du temps écoulé entre 
deux obfervations confécutives ; la cinquième, la perte de 
la force électrique dans le temps écoulé entre deux obfer- 
vations; a fixième, la force moyenne de répulfion entre 
deux obfervations confécutives, mefurée par la torfion 
moyenne, indiquée par le micromètre, plus par la diftance 
des deux balles; enfin, la feptième colonne indique le rap- 
port de la force éleétrique perdue dans 1", à la force totale. 


L'on voit, d’après cette feptième colonne, que le rapport 
de la force électrique perdue à la force totale, a été re- 
préfenté le même jour, ou dans le même état d'humidité 
de air, par une quantité conftante; que ce rapport n’a 
varié qu'à mefure que l’hygromètre a annoncé une variation 
dans l'humidité de l'air, d’où il réfulte, que pour un même 
état de l'air, la perte de l'électricité eft toujours propor- 
tionnelle à la denfité électrique. 


La loi de la perte de la denfité électrique étant déter- 
minée par les expériences qui précèdent, il eft facile 
d’avoir par le calcul l’état électrique des deux balles après 
un temps donné; prenons pour exemple fa première 
expérience de notre table, où nous avons vu que Faction 


peus Sc B N:C’'E S 619 
élefrique des deux balles, dont l’életricité primitive étoit 


" pis ) 1 DENTS : 
la même, diminuoit de Da partie à chaque minute. 
Li 


Puifque la denfité électrique décroit, ainfr que nous venons 
de le voir, proportionnellement aux denfités ; nous avons 


— (5) = mr, où A'repréfente Ia denfité de chaque 
balle; mais puifque cette denfité décroît, comme on le verra 
dans l’article fuivant, de = par minute, fi 1 —= 1/, l’on 


I . . 
LL MUC AN ere ee ). Ainfi, dans cetté expérience , 


L'HAGETAATEES ee a =), multipliant par le module # du {y 


CA 

dAh d 
D UE ME ML 
dont l'intégrale donne _ = log. (2) D ne 


tème logarithmique, l’on aura — x 


fentant la denfité tte oi Le fluide électrique de chaque 
balle, & par conféquent = — 7 H—I0E UE 


mais la diftance étant AAA D° eft proportionnel à 
l'action primitive, & 4\° eft proportionnel à l’action, lorfque 


le temps eft — :: ainfi, en fe fervant des tables ordi- 
naires , puifque le module u — 0,4343 , l'on aura 
du“ = idogi f Plat Si lon cherche d’après cette 


formule, la valeur de À dans cette première expérience , 
l'on trouvera qu'au premier eflai, D° — 150, qu’au 


6." "eflai N° — $o; ainfi, RES log. Der log. 3; 
& par conféqnent  — ( <E2) —= 45! par l'expé- 


rience. Le 7. * Effai a ÉpRpAENcE AAC Na Rio ile su 
Effai n'a eu lieu qu'à 7" 17!:ce qui donne 44’ 30", 
au lieu de 45” trouvées par l'expérience. 

liiii 


620 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
Deuxième Remarque. 


Le rapport donné dans a feptième colonne de 1a table, 
repréfente exaétement Îa portion de Ia force perdue dans 
une minute par le corps électrifé, à Ia force totale : mais 
ce rapport eft double de celui de la perte de la denfité 
de chaque corps à la denfité totale; il eft facile de sen 
convaincre par les réflexions fuivantes. 


Nous avons vu, dans nos deux premiers Mémoires, 
que lorfque deux globes égaux électrifés, agifloient l’un 
fur l'autre, leur action réciproque étoit en raifon com- 

Lé f e. P q LE] f 
pofée des denfités électriques & de l’inverfe du carré des 
diftances de ces deux globes. Ainfi, puifque dans nos ex- 

pra 8 L4 P q > 
périences, les deux balles font égales, & qu'elles ont au 
premier inflant reçu une égale ‘dofe d’éleétricité, leur 
action réciproque, en nommant d\, la denfité électrique, 

prod €triq 
& a, la diftance des deux balles, fera proportionnelle 


: A? FA. è L 
à (—— }, & la variation de cette action dans f'inftant dr 
a 


d'dd 

D A PL LL 
a 

ainfi le rapport de cette variation d'action, à l'action, fera 


en négligeant d À? égalà / ss. ). Mais / _ ) eft le 


fera également proportionnelle à / 


rapport de la perte de la denfité de chaque balle à fa denfité, 
& par conféquent elle a pour mefure, la moitié du rapport 
donné pour la perte d’aétion, à l'action donnée dans nos 


expériences: ainfi, le 28 Juin, notre tableau donnant moÿen- 


nement pour le rapport de a force électrique perdue 


4x 
dans une minute à la force totale; il en réfulte, que ce même 


jour, la denfité électrique des balles diminuoit de — partie 


par minute. 
Par une fuite d'expériences du même genre, j'ai égale- 
ment trouvé que, quoique les balles euffent des groffeurs 


prets S'c TE N'c:E s: 62r 


; très - différentes, que la mafle d'électricité & la denfité 
électrique de chaque balle fuflent très-diflérentes, le rapport 
de la force perdue dans une minute, à la force totale, 
reftoit toujours une quantité conftante; en forte, par exem- 
ple, que, quoique le 28 Juin, je préfentaffe à la balle de 
l'aiguille, une balle double de groffeur, & que je donnafle 
à cette balle une denfité électrique plus grande ou plus 
petite que celle de l'aiguille, la perte de la force électrique 


par minute, étoit toujours ER partie de la force totale. 


Pour peu que l’on y fafle attention, l’on verra que fi dans 
un temps donné, la denfité décroit proportionnellement à 
fon intenfité, le réfultat que donne l'expérience, eft une 
fuite néceflaire de la théorie; car l’action des deux balles 
dont la groffeur & la denfité font diflérentes, étant repré- 


D A “ 4 a 
fentée par » / — ), où m eft un coéfficient conftant 


dépendant de Ia furface des balles, où D & 4 repréfentent 
les denfités, & a la diftance ; la variation de la force 
répulfive divifée par cette force, aura pour mefure, 
AND ad EPA AU de . 
(5 + 5), quantité qui fera toujours une quan- 
tité conftante, quelle que foit la valeur de #, de D & de ", 
: 4D dd 
Pourvu que pour un même inftant 4r, nu 
une quantité conftante. 

Mais une remarque fournie par l'expérience, & qui 
me paroït mériter la plus grande attention, c’eft que, 
quelque figure qu'ait un corps éledrifé, & quelle que foit fa 
groffeur , le décroiffement de a denfité électrique, relative- 
ment à cette denfité, a dans tous les cas pour mefure, à peu 
près une quantité conftante, lorfque l'air eft fec, & que le 
degré d’éledricité n’eft pas très-confidérable. J'ai fait cette 
expérience avec un globe d’un pied de diamètre, avec des 
cylindres de toutes les groffeurs & de toutes les longueurs; 
jai {ubftitué à Ia place des balles, dans ma balance 


622 MÉMoIRgs DE L'ACADÉMIE RotaLE 
életrique, des cercles de papier ou de métal; j'ai même, um 
jour très-fec, armé une des balles d’un petit fl de cuivre, 
de 10 lignes de fongueur & de + ligne de diamètre, & 
en obfervant le décroiflement de l'électricité, j'ai trouvé 
le jour où j'ai fait cette expérience, que la denfité élec- 
trique décroifloit dans tous ces corps, quelques figures 
qu'ils euffent, d'une centième partie par minute : mais il 
faut feulement prévenir, que les corps de différentes figures 
ne donnent cette égalité de décroiflement dans la denfité 
életrique, que lorfque cette denfité eft diminuée à un 
certain point; que dans toutes les figures anguieules, lorf- 
qu'on leur communique une éleétricité très-forte, elles 
perdent rapidement une portion de cette électricité, fuivant 
des loix que nous déterminerons en parlant de l'électricité 
des pointes; mais lorfque l'électricité eft diminuée à un 
certain point, pour lors, quelle que foit la denfité électrique, 
fon rapport avec le décroiflement pendant linftant dr, 
fera une quantité conftante. 
Une feconde obfervation que lexpérience nra fait faire, 
c'eft que la nature du corps n’influe nullement fur fa loi 
du décroiflement de l’éleétricité ; ainfr, le 28 Juin où 
nous voyons par notre tableau, que léledricité décroifloit 


de —— par minute, pour des balles de fureau, elle dé- 


croifloit de la même quantité pour une balle de cuivre, 
& ce qui paroîtra plus extraordinaire, pour une balle de 
nature idio-éleétrique, formée avec de la cire d'Efpagne, 
& que l'on avoit chargée d'électricité, en la faifant toucher 
à un corps fortement électrifé. Nous aurons lieu dans la 
,juite de revenir fur tous ces réfultats, lorfque nous aurons 
déterminé par l'expérience & le calcul, les loix des autres 
phénomènes éleétriques. 


Troifième Remarque. 


Si l’on veut aftuellement chercher, d’après le tableau 
qui repréfente le décroiffement de l'électricité dans. une 


DS 6 ICT EN Er S7 4 623 


minute, la correfpondance entre l'état plus où moins hu- 
mide de l'air, & ce décroiïfiement d'électricité, l’on for- 
mera la petite table fuivante. 


Quantité d'eau qu’un pied cube  Éledricité perdue à 


HIRETArRE d'air tient en diflolution. chaque minute. 
Le 29 Mai... 69...... 6,197... ss... De 
RM ÉTAT NE ES NOTES OIL re 
Lez Juillet... 80....... 8,045 roses 2e 
Le 22 Juin... 87....... 9,221............... En 


Dans ce tableau, la première colonne marque Île jour 
où l’expérience a été faite; la deuxième, l'état de lhygro- 
mètre de M. de Sauflure; la troifième, [a quantité d’eau 
que fair tient en diflolution par pied cube, lorfque le 
thermomètre eft entre 15 & 16 degrés, évaluée d'après 
une petite table du dixième chapitre, page 173 de Yhy- 
grométrie de M. de Sauflure, qui exprime pour tous les 
degrés du thermomètre, la quantité d’eau que l'air tient 
en diflolution, relativement au degré marqué par l'hygro- 
mètre de cet auteur. 

Si, d’après cette table, l’on cherche par le calcul à déter- 
miner une loi entre le décroiffement de l'électricité & Ia 
quantité d’eau contenue dans un pied cube d’air, lorfque 
le thermomètre eft entre 15 & 16 degrés, point où il fe 
trouvoit dans le temps des quatre expériences; en nommant 
m a puiflance qui exprime ce rapport, & en comparant 
la première expérience avec les trois autres, l’on aura: 


Ra oi star ste de eV CZ )” d'où m 


AI 6,180 
6o 8,045 3) Y 
ere î eme nm 
- . 00 0 0 u 71 
: 3 29 ( 6,180 ) d'o 


ere eme Dop y D221 \m Jo 3 
Je 4. 0000. po pee) d'où # 


& la quantité moyenne donne # 


I I 


624 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoYALE 


En forte qu'il paroïtroit que 1e décroiffement de {a 
force, ou, ce qui revient au même, de la denfité éleétrique, 
eft proportionnel au cube du poids de l’eau contenue dans 
un volume d'air. 

Mais ce réfultat dépendant de plufieurs élémens, qui 
ne font peut-être pas encore déterminés d’une manière 
affez füre, a befoin d'être confrmé par des recherches 
plus directes. C’eft dans cette vue, que j'avois imaginé, 
pour compléter mon travail, de renfermer des corps élec- 
trifés dans différentes efpèces d’air, de donner à cet air 
diférens degrés de denfité & d'humidité, de chercher 
enfuite dans chaque état de ces airs, la foi du décroiffe- 
ment de l'électricité ; mais je me fuis bientôt aperçu que 
cette opération demandoit beaucoup de temps, de patience, 
& des inftrumens que je n’avois pas, ou qui n’exiftent mème 
pas encore pour mefurer avec exactitude le degré de pureté 
de chaque air, & fon degré d'humidité: j'ai été obligé, avec 
regret, de renoncer au moins pour le moment à un travail 
fur lequel je defire de pouvoir revenir dans la fuite. 


Quatrième Remarque. 


Dans les difiérens eflais qui forment Ia table générale 
de nos expériences, je me fuis afluré que l'éleétricité fe 
perdoit uniquement par le contaét de l'air, & non le long 
des corps idio-éleétriques qui formoient les foutiens, par 
la méthode fuivante. : 


Les balles renfermées dans Ia balance électrique étant fou- 
tenues par un feul fil de foie enduit de cire d'Efpagne, terminé 
par un fil de gomme-aque de 1 8 lig. de longueur, je cherchoïs 
la quantité d’éleétricité qui fe perdoit dans une minute, & qui 
fe trouve dans le tableau des expériences ; je faifois enfuite 
toucher la balle par quatre fils abfolument femblables à celui 
qui fervoit de foutien, & je déterminois dans cet état ledécroif- 
fement de l'éleétricité dans une minute, que je trouvois le même 
que s’il n'y avoit eu qu'un feul foutien: il eft clair td 

ans 


DNEMS ANSE UT EN: CUE'!S: 625 


dans cette expérience quatre foutiens au lieu d’un feul, fiune 
partie fenfible de l'électricité s'étoit perdue par les foutiens ; 
le décroiflement auroit été fenfiblement plus grand lorfque 
la balle étoit touchée par quatre fils enduits de cire d'Efpagne, 
que lorfqu’elle étoit foutenue par un feul ; & puifque l’expé- 
rience a prouvé Île contraire, il en réfulte que l'éleétricité 
fe perdoit uniquement par le contact de l'air, & non Îe long 
des corps idio-électriques qui formoient les foutiens. 


Cinquième Remarque. 


À mefure que le degré de chaleur indiqué par le ther- 
momètre augmente, quoique l'hygromètre de M. de 
Sauflure, qui a fervi à la comparaifon de nos expériences, 
refle au même degré, cependant la quantité d'eau qu'un 
volume d'air déterminé tient en diflolution, augmente avec 
cette chaleur. Mais comme il paroît que le décroiflement 
plus ou moins prompt de l'électricité, dépend de la quan- 
tité d’eau ou du nombre des parties conduétrices qui fe 
trouvent dans un même volume d'air, il doit en réfulter 
que, pour le même degré hygrométrique, l'électricité doit 
fe perdre plus promptement les jours chauds que les jours 
froids. C'eft effectivement ce que l'expérience confirme 
toujours; mais il refte à chercher fi à différens degrés de 
chaleur, le décroiflement de lélettricité dépend unique- 
ment de Îa quantité d’eau tenue en diflolution dans un 
volume d’air déterminé. 

Ici les expériences nous manquent : l’on trouve à Ja 
vérité dans l'excellent Effai d'hygrométrie de M. de Sauf- 
fure, chapitre X, page 181, une table qui repréfente Îa 
correfpondance des degrés de fon hygromètre avec la 
quantité d'eau qu'un pied cube d'air tient en diflolution à 
chaque degré du thermomètre. Mais M. de Sauflure annonce 
qu'il ne répond pas de cette table, qu'il n’a publiée que 
pour préfenter un modèle de la réduétion des expériences 
qu'il compte faire par la fuite. Ainfi, tous les réfultats 
que nous pourrions tirer, en comparant d'après cette table, 


Mém. 1785. KkkkKk 


626 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


la perte électrique avec la quantité d’eau tenue en diflolu- 
tion dans un pied cube d’eau, à un degré de chaleur & d’hy- 
gromètre obfervé, ne feroient qu'hypothétiques. L'on peut 
feulement dire en général, qu'il paroît qu'à mefure que le 
degré de chaleur augmente, l'électricité ne fe perd pas auffi 
promptement qu'elle devroit fe perdre, en calculant d’après 
cette table la quantité d’eau que le pied cube d'air tient en 
diflolution; c’eft-à-dire, qu'en admettant pour vraie la 
table de M. de Sauflure, un pied cube d'air tenant, par 
exemple, fix grains d’eau en diffolution, eft plus idio- 
électrique ou moins conduéteur de l’éledtricité, à mefure 
que la chaleur augmente. 


Sixième Remarque. 


AVANT de finir cette première partie de mon Mémoire, 
je dois encore avertir que quoique le thermomètre, lhy- 
gromètre, & même le baromètre, marquent à différens 
jours les mêmes degrés , le décroifflement de l’éleétricité 
n’eft cependant pas toujours le même: lon-ne peut, ce me 
femble, expliquer ces variétés par une autre caufe que par la 
compofition de l'air formé de différens élémens plus ou moins 
idio-éleétriques, dont 1a denfité, les proportions varient 
prefque continuellement, & qui ont des degrés d’affnités 
différens avec les vapeurs aqueufes. La feule obfervation 
qui m'a paru affez générale, c'eft que lorfque le temps 
change fubitement, & que l’'hygromètre varie fenfiblement 
dans quelques heures de humidité au fec, la perte de 
Péleétricité, relativement à fa denfité, refte pendant quel- 
que temps plus grande qu’elle ne devroit l'être d’après ce 
degré de féchereffe indiqué par lhygromètre; & vice verfä, 
lorfque l’hygromètre pañle fubitement du fec à l'humide. 
Ainfi, par exemple, fi dans douze ou quinze heures, lhygro- 
mètre pafle de l'humide au fec de 8 ou 10 degrés, & qu'il 
fe fixe enfuite à ce degré de féchereffe pendant plufieurs 
jours, l'on obfervera fouvent que fi Ia denfité éleétrique 
décroit le premier jour après cette marche de l'hygromètre, 


RS, RS et ee 


mans NS CAEN © E:s4 627 
de Æ par minute, quelques jours après, quoique fa 
fécherefie indiquée par l'hygromètre, refte invariable, a 

: 2 c) ï \ . 
denfité élétrique ne décroit plus que de —— partie par 


minute. La caufe de ce phénomène ne dépendroit -elle 
pas de ce que les vapeurs aqueufes, après avoir féjour- 
né un certain temps dans l'air, y contraétent une adhé- 
rence de plus en plus grande, & que le cheveu de l’hy- 
gromètre n’attire que les parties aqueufes qui font encore 
libres & qui ont un plus foible degré d'adhérence avec 
l'air que les premières; d’où il réfulteroit que dans les varia- 
tions fubites, l'hygromètre annonceroit feulementda quantité 
des parties agueufes libres dans l'air , & non la quantité 
abfolue de ces parties. Ce qui paroïtroit venir à l'appui de 
cette opinion, c’eft que l’état de diminutions électriques fe 
fixe prefque toujours au bout de quelques heures, relative- 
ment à l’hygromètre , lorfque la variation prompte de 
féchereffe ou d'humidité a lieu avec un vent violent, & 
que ce n'eft qu'avec un temps calme, que l’on éprouve 
quelquefois le contraire. H fe pourroit cependant que ce 
phénomène füt uniquement produit par l'humidité ou 1a 
{écherefle des corps qui avoifinent l'aiguille. 

Cette remarque , ainfr que la troifième, dépendant, 
comme nous l'avons dit, de plufieurs élémens hygromé- 
triques qui font encore incertains, les réfultats ne font 
qu'hypothétiques , & il ne faut pas les confondre avec 
les principaux points de ce Mémoire , qui paroiffent 
avoir pour bafe une fuite d'expériences fuivies. 


DEUXIÈME PARTIE. 
De la quantité d'éle&tricité qui fe perd le long des 
Jouriens idio-éleétriques imparfairs. 
Nous avons vu dans la première partie de ce Mémoire, 
que lorfque l’éleGricité fe perd par le contaét de l'air, le 


décroiflement momentané de l'électricité étoit très-exacte- 
Kkkk ij 


628 Mémoires pe L’'AcADÉMIE RovaLe 


ment proportionnel à la denfité électrique du corps éledtrifé. 
L'on peut fe rappeler que pour nous diriger dans les expé- 
riences propres à mener à ce réfultat, nous avons dû 
chercher à ifoler le corps électrifé fur un foutien le plus 
idio-éle&trique poffible. | 

Pour fuivre la même méthode, il faudroit dans {a 
recherche actuelle, foutenir les corps par des ifoloirs dont 
l'idio-électricité füt tellement imparfaite, que la perte de 
l'électricité le long de ces foutiens, fût dans un rapport 
très-grand avec la quantité d'électricité que le corps perd 
par le contact de l'air. Mais l'on fent que plus ce rapport 
fera grand, plus l'électricité du corps éleétrifé fe perdra 
rapidement. Et comme dans la pratique des expériences, 
dès linflant que, dans notre balance électrique, la balle 
foutenue par l'aiguille eft éle&rifée, l'aiguille ofcille pen- 
dant quelques minutes, qu'elle ofcille également toutes 
les fois que l’on touche au micromètre, pour augmenter 
ou diminuer la torfion du fil de fufpenfion; lon voit 
que fi l'électricité fe perdoit très-rapidement , à chaque 
obfervation l’éleétricité fe trouveroit prefque entièrement 
anéantie avant que l'aiguille s’arrêtèt, & que l’on pût 
déterminer fa pofition d'une manière précife: cet incon- 
vénient- pratique nous a donc obligé à nous fervir de 
foutiens qui eufflent affez de forces idio-éleétriques pour 
pouvoir, fans éleétrifer à chaque fois les balles, faire 
plufieurs obfervations confécutives; il eft facile enfuite 
par le calcul, de déterminer, dans ces expériences, la 
partie de l'électricité perdue par le contatt de l'air, & 
celle perdue le long du foutien. 

La deuxième Table a été formée fur le même modèle 
que la première , ainfr que l’indiquent les titres : mais Ja 
balle introduite dans le trou de la balance, & qui eft 
deftinée à chafler la balle de l’aiguille, au lieu d’être ifolée 
comme dans les expériences de cette première partie, parun 
petit cylindre de gomme-laque de quinze à dix-huit lignes 
de longueur, eft foutenue par un fil de foie d’un feul brin, tel 


DES SC1i1ENCESs. 629 


‘qu'il fort du cocon; ce fil a quinze pouces de longueur. 
Les deux expériences de cette deuxième Table, ont été 
faites comme celle de la première, le 28 & le 29 Mai. 
La première table détermine fa quantité d'électricité que 
le contact de l'air faifoit perdre: ainfi, en comparant le 
réfultat de cette première table avec celui de la deuxième, 
il fera facile de déterminer la quantité d’éledricité perdue 
à chaque inftant le long des foutiens. 

Mais une remarque bien importante que nous offre cette 
feconde table, c’eft que le décroiflement de l’éledtricité, 
d’abord beaucoup plus prompt lorfque la denfité eft con- 
fidérable, qu'il ne devroit l'être s’il étoit uniquement 
produit par le contact de Fair, parvient dans l’une & 
l'autre expérience de a deuxième table, orfque la denfité 
électrique de la balle foutenue par le fil de foie, eft 
réduite à un certain degré, à être précifément la même, 
que lorfque l’idio-éleétricité de l'ifoloir eft parfaite , ou pour 
mieux dire, lorfque la perte de l'électricité eft entièrement 
dûe au contact de l'air, comme dans la première table. 

H réfulte certainement de cette obfervation, que notre fil de 
foie de quinze pouces de longueur ifole parfaitement, Jorfque 
l'action réciproque des deux balles eft mefurée dans la pre- 
mière expérience de notre feconde table, par une force de 
torfion de 4ad & au-deffous, puifque pour lors la perte élec- 


é L . Q HU rLEe 
trique n’eft que de — par minute, fa même qui avoit été 
Ù 42 


trouvée pour le même jour dans la première table, & qui 
étoit, ainfr qu'il eft prouvé dans a première partie de ce 
Mémoire, uniquement düe au contact de l'air. I[ réfuite 
également de cette même obfervation, que dans la deuxième 
“expérience de notre feconde table, le fil de foie de quinze 
pouces de longueur ifoloit parfaitement, lorfque faction 
répulfive des deux balles étoit de 704 & au-deffous, puif- 


, , . 1 . 7 . LI 
qu'alors [a perte de F'aétion électrique n'étoit que de rai 


ainfi que nous avions trouvé le même jour dans la première 


630 Mémoires DE L'ACADÉMIE RofaALE 


table. Aétueilement, puifque les forces répulfives font 
mefurées pour une diflance conflante, par le produit des 
denfités des deux balles égales, nous allons chercher à 
connoître le rapport entre la denfité primitive, & les 
degrés de denfité de la balle foutenue par le fil de foie, 
lorfque ce fil de foie commence à ifoler parfaitement 
cette balle. 


Détermination de la denfité électrique de la balle foutenue 
par le fl de foie, lorfque ce fil commence. à ifoler 


parfaitement. 


UXE application du calcul développé dans la première 
partie de ce Mémoire, & comparé avec le réfultat de la pre- 
mière expérience de notre feconde table, fufhra pour faire 
connoître la méthode que nous devons fuivre dans cette re- 
cherche. Dans la première expérience de notre deuxième 
table, qui a commencé à dix heures, nous avons donné une 
égale quantité de fluide électrique aux deux balles, puifque - 
ces balles font égales, & que l’on a eu foin deles faire toucher 
après qu’elles ont été électrifées. La balle foutenue par l'ai- 
guille, étant ifolée au moyen de la gomme-laque, perdoïit ce 


jour-là —- partie de fon fluide électrique par minute, & 


perdoit ce fluide uniquement par le contact de Fair. La 
balle foutenue par le fil de foie, perdoit fon électri- 
cité par le contact de l'air, & le long de fon foutien 
idio-électrique imparfait: ce n’eft qu’à peu-près vers dix 
heures quarante minutes, que le fil de foie à commencé 
à ifoler parfaitement cette feconde balle, & pour lors, 
l'action répulfive des deux balles avoit pour mefure 40 
degrés; mais à dix heures, au commencement de l'expé- 
rience, l’action répulfive des deux balles, chargées lune 
& l’autre d’une égale quantité de fluide électrique, avoit 
pour mefure 180 degrés, ainfi que l'indique le premier 
eflai de cétte expérience : ainfi la denfité éleétrique de 


DES ScirENCESs. 63r 
chaque balle, étoit à dix heures, proportionnelle à ÿ (180 ), 
. puifque l’aétion, pour une diftance conftante, eft toujours 
proportionnelle au produit des denfités, & que les denfités, 
au premier eflai, étoient égales. Mais nous avons vu dans 
la première partie de ce Mémoire, que le décroiffement 
de félectricité, dans le contaét de l'air, étoit exprimé par 
dd 
d\ 


82 


la formule — m dt, ou m dans notre première expé- 


MEncc— "( ); cette formule intégrée donne, 


D x art ll 
les _- 1, où D eft Ia denfité primitive 


de la balle, 4 fa denfité au bout d’un temps #, 0,4343, le 
module du fyftème logarithmique décimal des tables ordi- 


k des 1 
naires: ainft l’on aura og. À — log. D — ar 1; 
2 


ainf, fi nous cherchons ce qu’eft devenue la denfité D, 
après 40", lorfque le fil de foie commence à ifoler parfai- 
tement, nous trouvons, pour la balle de l'aiguille foutenue 
par la gomme-laque, & ifolée parfaitement pendant toute 
l'expérience, en fuppofant D — y (180),& log. A— 1, 
1276 — 2648 — 8628. Ainfi N ou la denfité de la balle 
de l'aiguille, à 10f 40, ayant été mefurée au commence- 
ment de l'expérience par (180 ) = 13, 4, étoit mefurée 
40/ après, par le nombre 7, 3; mais puifque l’action des 
deux balles eft toujours proportionnelle au produit de 1a 
denfité, fi l’on fuppole Z, la denfité de la balle foutenue 
par le fil de foie, lorfque ce fil ifole parfaitement, ou que 
l'action des deux balles a pour mefure 40 degrés; l’on 


AU CE AO SOU Z — = Sd 10 
conclud que la denfité électrique de la balle, fouténue par 
le fil de foie, de quinze pouces de longueur, a pour mefure 
les nombres 5, 5, lorfque ce fil commence à ifoler par- 


faitement, Îles deux balles étant à 30 degrés de diftance 


632 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYÂLE 


l'une de l’autre. D'après ce calcul, en comparant plufieurs 
expériences, j'ai trouvé qu'un petit cylindre de gomme- 
laque, de 18 lignes de longueur, ne cefloit d'ifoler par- 
faitement, que lorfque la balle étoit chargée d’une denfité 
éleétrique à peu-près triple de celle de notre fil de foie; 
c'eft-à-dire, qu’en prenant Île nombre 5, s, pour a denfité 
électrique de Îa balle, foutenue par notre fil de foie de 
quinze pouces de longueur, lorfqu’il commence à ifoler par- 
faitement, ül faudroit tripler à peu-près cette denfité, pour 
avoir celle où un petit cylindre de gomme-laque de dix-huit 
lignes, commence à ifoler parfaitement, & il ceffe d’ifoler 
lorfque la denfité eft plus forte: d’après cette théorie, 
il fera facile de déterminer, quand on le voudra, par 


l'expérience, le degré d'idio-électricité des différens corps 


dont on eft dans l'ufage de fe fervir pour ifoler les corps 
électrifés. Les tentatives que j'ai faites à ce fujet, ne font 
pas affez nombreufes pour en publier encore les réfultats: 
l'on fent au furplus que ces réfultats varient pour un même 
corps, avec [a chaleur & l'humidité de Fair, & que chaque 
jour donne un rapport différent. 

Après avoir trouvé que dans Îes foutiens idio-éleétriques 
imparfaits, il y avoit toujours un certain degré de denfité 
éle@trique, au-deffous duquel ces foutiens ifolent parfaite- 
ment, j'ai cherché, par les méthodes que je viens d'ex- 
pliquer, quel étoit le rapport entre cette denfité élec- 
trique & la longueur des foutiens; & l'expérience m'a 
appris que le degré de denfité électrique où une foie, 
un cheveu, &c tout corps cylindrique très-fm dont l'idio- 
électricité étoit imparfaite, commence à ifoler, étoit pour 
le même état de fair, proportionnel à la racine de Ia 
longueur; en forte, par exemple, que fiune foie d’un pied 
de longueur, commence à ifoler e corps parfaitement, 
lorfque fa denfité eft D , un fil de quatre pieds commencera 
à l'iloler lorfque fa denfité fera 2 D. 

Ce que l'expérience nous apprend ici, fe trouve con- 
forme à {a théorie, en fuppofant, comme nous l'avons 

prouvé, 


Des SCT EN CE Ss. 63; 


rouvé dans nos deux premiers Mémoires, que l'aétion du 
fluide éledrique fuit la raifon inverfe du carré des diflances, 
& que limperfection de l’idio-électricité des corps, dépend 
de la diftance idio-éleétrique, à laquelle fe trouvent les 
molécules conduétrices qui entrent dans la compofition du 
foutien idio-électrique imparfait, ou qui font répandues le 
long de fa furface; que, par conféquent, pour que le fluide 
électrique pafle d’une molécule conductrice à l’autre , ül 
faut qu'il traverfe un petit efpace idio-éleétrique plus ou 
moins grand, fuivant la nature du corps; que cet efpace 
à traverfer, oppofe une réfiftance conftante pour Îe même 
corps, parce que ces molécules conductrices font diftribuées 
uniformément, ou à une même diftance l’une de f’autre, 
Ces: fuppofitions admifes, pour appliquer la théorie, l'on 
obfervera que, dans un fil très-fin, conducteur, le fluide 
électrique {e diftribueroit uniformément dans toute fa lon- 
gueur; que fi ce fil a un certain degré d’idio-électricité, 
& que le fluide y foit répandu fuivant une loi quelconque, 
l'aétion qu'éprouveroit chaque point, dépendroit feulement 
de la denfité éleétrique de la molécule en contact avec ce 
point, & que lation du refte du fil, peut être regardée 
comme nulle. Voici la démonftration de ces deux propo- 
fitions : dans la fig. 7 , fi repréfente un fil, dont toutes 
les parties agiflent l’une fur l’autre, fuivant la raifon inverfe 
du carré des diftances,, la courbe 4 M4", repréfente Ia 
denfité éleétrique de chaque point du fl; fur la fongueur 
de ce fil, je prends deux portions P a & Pa, égales, 
finies, maissaflez petites, pour que dans la pratique, MN 
puifle être regardé comme un triangle. 

So Pp x, = en 711 (era — 4x, 
& l'action qu'éprouvera le point A7, dont la denfité eft D, 
de la part du petit élément dx, placé en p, fera 
EEE Letip ( dx 


Mim. 1785, LIII 


): intégrant cette quantité, & 


À 


634 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
fuppofant qu'elle s'évanouifle, quand x — À, l’on aura; 


pour l'action de toute la partie Pp, Da, Iog. (=): 


quantité qui fera une quantité finie, tant que À fera une 
quantité fmie, mais qui deviendra infinie quand À = 0: 
d'où réfulte, que l’action qu'éprouve le point P dépend 
uniquement de Fincrément de la denfité dans l'élément 
qui touche le point P, & que la denfité du refte de la 
ligne n’y influe pas; d’où réfulte également que, fi cette 
action dépend d'un fluide qui peut fe mouvoir librement 
le long du fil, ou fi ce fil eft conduéteur parfait, le fluide 
qui agit en raifon inverfe du carré des diflances, fe ré- 
pandra uniformément tout du long de ce fil: nous déter- 
minerons dans la fuite la denfité életrique de l'extrémité 
de ce fil. 

Appliquons le réfultat qui précède à Ja queftion actuelle: 
le globe en C (fig. 2) eft foutenu au moyen du fil de foie 
A BP, dont l'idio-électricité eft imparfaite, c'efl-à-dire, dont 
chaque élément oppofe une réfitance conftante À, à l'é- 
coulement de ce fluide; foit 4’ Ia mafle éleétrique du globe, 
réunie à fon centre; foit 4\ la denfité éleétrique en p, l’on 
aura pour faction totale avec laquelle le point p eft repouflé 


: £ , Ad d'a Hu 
par le fluide élerique TR n quantité 


égale à la réfiftance idio-éleétrique 2, du fl que nous 
avons vu devoir être une quantité conftante. L'on prend 
dA\ négativement, parce que À décroit à mefure que x 
augmente; mais-nous prouverons, dans le Mémoire qui 
fuivra celui-ci, que faction du petit globe € électrifé, fur le 

oint P, eft incomparablement plus petite que l’action 
de l'élément dx multiplié par l'incrément de d\; aimi Fon 
peut, fans erreur fenfible, négliger le premier terme 
——— & l'équation fe réduira à — . —0.)} 
—Jd* 


qui, intégrée, donne £ — —— — Bx,Mais lorfque 


Mén. Acad, R, des Sc. année 1785, p. 634. 
due pendant une minute par le conta de l'air. 


res o— _ ces CRETE 12 Faune = CEE EZ COTE + à 
FORCE ÉLECTRIQUE | FORCE MOYENNE RPATE PSOURE 
perdue entré deux entre deux DE LA FORCE ÉLECTRIQUE 
erdue par Îe corps pendant 1 minute, 
OBSERVATIONS OBSERVATIONS : à PE 


à la force moyenne du corps. 
CR PP CRE 


xermomètre, 1511; Baromètre, 28P 2! 


Lu 

L 20e Peer NtrO Tente ne È 
49 

Mo RH E CAT AMG ARRETE NA PER EIRE, LENS 
35 
Hilo ste « «à 18, 2e . + 100 auolens ren atr ne 
Le 

PE De © Pt dr oO rie sms 0 Be AOC AR OT RES 
40 
1 
less 2Oossssle . 60 sl... . —— 
47 


MOMENT DISTANCE 
de des 


Première Expérie 


Mais. 
147 Effai..... 5h 45" 30" |... 30... 


TE aires ae 6h) 32! 30"|...... JO. 
D iron CMD || 0000 Paco ll 


TORSION 
du 


1," Effai...., 7h 43 40"|...... 20.........|,,... 


COM EXO 
60 


MICROMÈTRE. 


L'EXPÉRIENCE. BALLES:. 
a û_—_—_——————— — 


nce le 28 Mai. Hygromètre, 75%; Thermomètre, 1511; B 


PREMIÈRE TABLE FEU déterminer la Rice d'Éteéricité 


Seconde Expérience le 29 Mai. Hygromètre, 691; 


TEMPS ÉCOULÉ | EORGRÉTEC RCE 
entre 


erdue ent 
DEUX OBSERVATIONS P° nié deux 


confécutives. OBSERVATIONS 


Dtnomnrenr 154 3; Baromètre, 28r 4e 


Mém. Acad, R, des Sc. année 1785, p. 634 
Are PAR une minute UE le contatt de l'air. 


FORCE MOYENNE RAPPORT 
DE LA FORCE ÉLECTRIQUE 
perdue par le € 
OBSERVATIONS. à la force 


entre deux 


pendant + minute 


e du corps. 


aromètre, 28P 3! 


eee 


P à à j Er 
Quatrième Expérience le 2 Juillet. Hygromètre, 8od; Thermomètre, 1 54}; Baromètre, 28? 2". 


se 


soin selmirine Struslecommnne 2Omvne 


aromètre, 27° Let 


mhonsssssss 


arab) a TTL = Cal AAIATEE: ! 
fl ET ï 2 SAT ( 
NAESE' ; + HU i 
PE PPT pu #3 
th FRS . : 14 BH { 
prie ra À : F 
& er! Re 1 FA t ui dép el à ; 
é eue 1] ra. Pr +) dl : eee LL | (Aa LARGE 
f | à 1h n 
; + h “réa ab ice : PPT Te À { 
cu mat ARE MEL LP LES Méesueipienateheed "| 
#3 à LE i L { : { 
EXO PELEE, hi ch. 4 LP 


LR. its 
bblgabnansenes «se 
Tape Bec 2 ï 


à 
3 F , 4 
ps 
< “ L 
h! : (e 
F dE 5 
PET UE |: | À 
A 1 : LE 
ANT A D parle Tr + dl euro, 0 
71 
) LE 
| 4 : ù 
: Lil A RbE Es : A 
ÿ \ # 
Le! L 4 L ne 
te AR STEP CEE 
4" MAN L ge 5 En 50 0 de pes d 
Hi: sas ame AL DONS FOTECSSRRES EN di: 
Lf DAT AN Ar Hd 
ET R if 4 p 


ES PR TT 


Mém, Atad. R. des Sc. année 1785, p. 64e 


Men ae PRE ; : 
seconDe TABLE, pour déterminer la perte de l'Éleitricité le long des foutiens idio-életriques imparfairs. 


TEMPS ÉCOULE FORCE ÉLECTRIQUE | FORCE MOYENNE RAPPORT 
cag perdue entre deux entre deux DE LA FORCE ÉLECTRIQUE 
DEUX OBSERVATIONS perdue pendant 1 minute, 
confécutives. OBSERVATIONS. OBSERVATIONS. à celle qui refle a corps. 


ER PS 
Première Expérience le 28 Mai. 


TORSION 
du 


MICROMÈTRE. 


DISTANCE 


des 


MOMENT 
de 


L'EXPÉRIENCE. 


7 Efar.. .. nou 9% 0%|:.-..2./30.-#r else eine ni Zare me elteetae saone eee DHONOT  an) POD HO TCEEE0 
2.0 Effains..n 10 2 


| 
be rente Sr |. eee Loire |" hotodGcbudulocurtoueie 


3" Effai..... 10. 8 o.|:..... ide... ont OUR LOL TH A PASSE con Sens -|lh etats 20: dl rise TOO... OTOE T0 COS 

FF 

#7" Effui.... 10. 13e o!...... ide... 60. c ë 
È Mis ete = fete Ro leu ot: su 4Ormsonl..... co Coetelluaenicede =, | 

o » 

2 
ele ssssoss ZOrrn.sslee JL HP Conti énonce = 
o. #4 


ARE Énusneutes 162) DC ABOEINN eee. ere.- les: ee 


Seconde Expérience le 29 Mai. 


. h f 4 ss... CORRE EEE . . £ ” 1 
CRE 3° ON ne lereceemea 40 |le cheat: t/0--00 AN nee 4 
sv. 7e 36. 40.|-...… slidem....... ss. 130. ee 
messes. "4 GOerenlemssnons ZOrsenmslesssssess 1GQen.. |... Rd 
30 ss. ss ë 
dr Ur COMPTÉ D Eole Cranoutl ac otis 0e) Hood] PARA C ER? 
TT 04; Jo #+ | 
RE Ce SHC AETC PO À A RE 
Les Le 43 
nds Le RER PRES 
53 
1 
AO TE POIL DE eh Doton: HA O0 De +... 30 É ENCRES : F6 | an 
dE: 18. 42: 30.1... Idionrsssne ODPAEO Ne F 1HrS HT 30" REG PR ELLE GE SO F0 6 FORCE LOC RS — 
me : ÿ 
5 ÉLOB or Tale | oc. 01 M rAntondoenlt one ns sil meet 22 - 


DES SCIENCES. 635 
x —= 0, d devient D égale à la denfité du globe, ainfr 
nous aurons l'équation générale D? — N° — 2.Bx; 
& fi dans cette équation, l’on fait À — o, elle donnera 
la longueur x, où le fil commence à ifoler parfaitement, 
& l’on aura pour lors x — ee : ainfi les longueurs de 
différens fils de foie, ou de foutiens quelconques idio- 
* éleétriques imparfaits, font entr'eux, comme le carré des 
denfités ; lorfqu’ils commencent à ifoler parfaitement, ainfr 
que nous avions trouvé par l'expérience, il eft facile de 
voir, d’après la formule, que la courbe qui repréfente dans 
notre figure, la denfité de l'électricité pour chaque point 
du fil de foie, eft une parabole dont l'axe eft B À, dont 
le fommet eft en 2, point où la denfité eft nulle, & dont 
la concavité eft tournée du côté de la balle; car, puifque 
nous avons { D°— 4°) — Bx, que AB — (=), 
2 D 
- RE pont fn 
fubftituant cette valeur de x, dans notre équation, l'on 
aura {° — B 7), équation à la parabole, dont fe fommet 
eft en 2, l'axe Bp, & dont le paramètre eft Z, quantité 
qui croit avec l'idio-électricité du foutien, 


Yon aura Bp = ( 


En réfléchiflant fur la théorie que nous venons de 
préfenter, il eft facile de voir que la formule qui pré- 
cède, détermine la difpofition du fluide électrique le long 
du foutien idio-éleétrique imparfait, en fuppofant que 
Yon a communiqué, comme nous lavons fait dans nos 
expériences, une certaine dofe de fluide éleétrique au 
globe foutenu par 11 foie; parce que pour lors ce fluide 
fe communiquant de proche en proche le long du foutien 
idio-éleétrique , fe. répandra jufqu'au point PB, de ma- 
nière que la répulfion du fluide foit dans tous les points 
exactement en équilibre avec le maximum de réfiftance 
que da force coërcitive du foutien idio-éleétrique peut 

LI ij 


636 MÉmoiRes DE L'ACADÉMIE ROYALE 
oppolfer à l'écoulement de ce fluide. Mais il faut bien 
remarquer que comme ce maximum de réfiftance, eft une 
force coërcitive & non active, que l'on peut comparer 
à la réfiflance d’un frottement ; toute action répulfive 
du fluide électrique, moindre que le maximum de cette 
réfiftance, ne troublera point l'état de flabilité de ce 
fluide répandu fuivant une loi quelconque, le long du 
foutien ; en forte que, filaligne À D, qui repréfente dans 
la figure ci-jointe la denfité du globe , refte conftante, 
que l’on prolonge d’une quantité quelconque 2 'B", l'axe 
A B,& que lon décrive une courbe de denfité D Z’ 
d À 
d x 


quelle qu'elle {oit, pourvu que dans tous les points, 


fait plus petit que 2, le fluide életrique répandu le 
long de la ligne À B', confervera fon état de ftabilité, 
fans couler d’un point à un autre; d’où l’on conclud qu’il 
y a toujours une infinité de courbes de denfité D B' 
qui fatisfont également à l'état de ftabilité du fluide 
électrique répandu le long d’un foutien idio-éleétrique 
imparfait, & que la recherche générale de la difpofition 
du fluide éleétrique dans un corps idio-éleétrique impar- 
fait, eft un problème indéterminé, qui, pour devenir 
déterminé , a befoin d’être foumis à quelques conditions 
particulières. Ainfi dans la courbe À D B, que nous avons 
trouvée, article qui précède, repréfentée par la formule 
(D° — N°) — B x, nous avions pour condition, 
que le maximum de la réfiftance ïidio- électrique étoit dans 
tous les points égal à {a répulfion éleétrique ; cette courbe, 
eft en outre le cas particulier du problème général indé- 
terminé, où l'axe À B eft un minimum. En eflet, puif- 
que dans toutes les autres courbes de denfité, il faut que 


EL foit plus petit que B, fi dans la courbe D B Fon 


faifoit varier un feul élément, pour que l'état de flabilité 
ne fût pas troublé en laïffant 44 conftant, il faudroit 


DES SC1ENCES Nr. 


: ' dAd Ê 
néceffairement pour que ——— fût plus petit que 2, 


ù x 


augmenter la quantité d x, & alonger l'axe de la courbe. 

I réfulte encore de la théorie que nous venons d’expli- 
quer, que dans tous les corps conduéteurs où le fluide 
électrique fe répand librement, la détermination de a 
denfité du fluide éleétrique pour un point quelconque , 
eft un problème déterminé ; mais que pour les corps idio- 
éleGtriques imparfaits, le problème eft indéterminé, une 
de fes limites étant cependant fixée par l’état du fluide 
électrique lorfqu’il eft difpofé dans e corps idio-électrique 
imparfait, de manière que dans tous les points, faction 
de ce fluide foit exactement en équilibre avec Île maxi- 
mum de réfiftance, que 1a force coërcitive idio-électrique 
oppofe, pour empêcher le fluide de couler d'un point à 
un autre. 


I eft inutile d’avertir que d’après la théorie & les expé- 
riences qui précèdent, il faut dans plufieurs cas prendre 
beaucoup de précautions lorfque l’on veut avoir la force 
éle&trique d’un petit corps ffolé par un foutien idio-élec- 
trique imparfait, & qu'il arrive fouvent qu'après plufieurs 
expériences, fur-tout Îorfque Îles premières ont été faites 
avec un degré de denfité électrique très-confidérable, 1e 
foutien idio-éleétrique fe trouve chargé d'une certaine 
quantité d'électricité , dont il fe dépouilie difficilement ; 
qui influe fenfiblement enfuite fur les réfultats ; qu'à 
chaque expérience, il faut en même temps que l’on dé- 
pouille de fon éle&ricité le corps porté fur le foutien; 
en dépouiller, autant qu'il eft poflible , le foutien idio- 
électrique lui-même; qu'il faut changer de foutien à chaque 
expérience, lorfque la denfité électrique que l’on com- 
munique eft un peu forte; qu'enfin il faut toujours éfre 
für que le foutien a une force de réfiffance idio-életrique 
affez grande, pour que dans toutes Îes expériences, la 
quantité d'électricité dont il fe chargera , foit beaucoup 


638 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


plus petite que celle du corps conducteur dont on veut. 


déterminer Faction. 

IL eft facile d'entrevoir que Ia théorie qui précède ; 
peut être applicable au magnétifme ; que dans une aiguille 
d'acier, par exemple, la difpofition du fluide magnétique 
pour tous les états de ftabilité, eft un problème indéterminé, 
qui ne devient déterminé que par les conditions à remplir, 
Ainfi, par exemple, fi l’on demande la meilleure manière 
d’aimanter une aiguille d’inclinaifon ou de déclinaifon , le 
problème à réfoudre , confifle à donner au fluide magné- 
tique de cette aiguille , parmi toutes les difpofitions dont 
il eft fufceptible, fans troubler fon état de ftabilité, celle 
où le momentum de la force directrice aimantaire du globe 
de la Terre fur cette aiguille, eft un maximum 


mn 


Mer. de l'402.des Se, An, 1766.Pag. 638. PL AV 


Lossier del. F le Courx ve, 


DUT... ANNEE PURE 
; » [TO 11 jh RAM 4 pere 4h 


À LL ain ti 
47 
LS 
€ + 4 
»! Ÿ sh *. 
n ver: LS AE 2 
DER . » Et 4 
( 
Î “ We 
LA! î 
k 
mit 
Lit 14 
+{ 
? 
| n 
F 5 
LA 
M : Dia 
\ | Fi  @ 
FAT 
à #4 
L : ,".# 
ps " Pr 1 æ+ tin let) 


& É 
v- is Fhierii ee, drag v 


ù 


pins Sicile N'c ES 6:35 


MSE M SOPFORSE 
CONTENANT LES OBSERVATIONS 


DE LA PREMIÈRE COMÈTÉ 
de 170$, 


Découverte & obfervée à Paris, de l'Obférvatoire 
de la Marine, au mois de Janvier (a). 


Par M MESSIER. 
| A 7 Janvier 1785, après avoir obfervé le foir, fa 


nouvelle planète de Herfchel, je parcourus le ciel 
avec une lunette de nuit, & je découvris une nouvelle 
comète, qui paroifloit au cou de la Baleine, fur le paral- 
Ièle de l'étoile de cette conftellation. Je pris d’abord 
cette comète pour une nébuleufe; mais ayant confulté le 
grand Catalogue des nébuleufes, que j'ai publié dans nos 
Mémoires © dans la Connoiflance des Temps, je ne ly 
trouvai point, & je Îa regardai alors comme une comète : 
fes apparences étoient peu fenfibles, on la voyoit avec Ia 
lunette fous la forme d’une tache blanchitre, affez grande, 
le centre un peu plus lumineux. Je déterminai fon lieu, 
en la comparant directement à l'étoile » de la Baleine, au 
moyen de ma grande lunette acromatique, de 40 lignes 


(a) C’eft Ia vingt-troifième des comètes que j’ai obfervées de l’obfer- 
vatoire de la Marine, à l'hôtekde Clugny, & la foixante-onzième comète 
dont l'orbite ait été caleulée, en fuivant la Table des Comètes, qui eft 
rapportée dans lAffronomie de M, de la Lande, rome IT, page 266 ; 
& come ÎV, page 704, 


640 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


d'ouverture, montée fur une machine parallactique , placée 
dans le plan du méridien & garnie d'un micromètre à fils. 
La comparaïifon de la comète à cette étoile, ne put être 
faite qu'une fois, à caufe du montant d’une des croifées 
de mon obfervatoire; pour répéter Fobfervation, il auroit 
fallu déranger la machine parallactique du plan du méridien, 
& la difliculté de la remettre m'obligea à m'en tenir à 
ma feule détermination, qui fut encore douteufe, parce 
que la comète & l'étoile ne furent obfervées qu'à la fortie 
du champ de Ia lunette: Ia différence en déclinaifon dé- 
terminée par les fils du micromètre, eft également dou- 
teufe, n'ayant pas eu le temps de difpofer exactement les 
fils pour fuivre le parallèle de l'étoile. 


De a comparaifon qui fut faite de Ia comète avec 
l'étoile » de la Baleine, il en a réfulté la pofition fuivante. 
Le 7 Janvier, à 9 heures 38 minutes 38 fecondes, temps 
vrai, la comète étoit à l’occident de l'étoile » de 3 degrés 
so minutes 45 fecondes; elle étoit plus au fud que l'étoile, 
de 22 minutes 7 fecondes. Ainfi f'afcenfion droite de 1a 
comète étoit de 32 degrés 18 minutes 37 fecondes, & 
fa déclinaifon 4 degrés 16 minutes 32 fecondes boréale, 


Je ne rapporte ces détails que pour cette première 
obfervation; on trouvera les autres pofitions de la comète 
& celles des étoiles qui ont fervi à déterminer fes pofitions, 
dans deux Tables que je rapporte à la fuite de ce Mémoire, 


Le 8 Janvier, j'annonçai à l’Académie, la découverte 
de cette comète, & M. Méchain l’y annonça aufir, comme 
l'ayant découverte la veille à lObfervatoire royal, prefque 
à la même heure que moi. 


Le 9 Janvier, le ciel fut couvert toute la journée d’un: 
brouillard élevé: vers les huit heures du foir, le brouillard 
fe diffpa, & le ciel devint parfaitement beau, La comète 
paroifloit avoir un peu plus de lumière que Île 7; le 
noyau plus clair que la nébulofité qui l'environnoit, fans, 

apparence 


DES SCIENCES. (at 


apparence de queue, & on ne pouvoit pas encore l'aper- 
cevoir à la vue fimple. La comète fut comparée plufieurs fois 
à À de la Baleine ; à l'étoile 69 du Catalogue de Flamfteed, 
& à plufieurs étoiles qui n'avoient pas encore été déterminées; 
je fixai leurs lieux, en les comparant à des étoiles connues: 
on trouvera ces déterminations dans {a feconde Table, & 
celle de la comète dans la première. 


Le 10, le ciel fut très-beau pendant la journée, Îe foir, 
un peu de brouillard, la comète avoit les mêmes appa- 
rences que Îles jours précédens; je la comparai direétement 
aux étoiles 70 & 84 de la Baleine, & à d’autres étoiles 
dont les lieux furent déterminés par des étoiles connues, 


Le 11, beau temps le foir; mais le ciel étoit chargé 
de vapeurs, &c il y avoit un peu de brouillard; la comète 
fe voyoit plus difficilement que le jour précédent; je la 
comparai plufieurs fois à la71.° étoile de la Baleine, & à 
plufieurs étoiles qui n'avoient pas encore été déterminées: 
leurs pofitions font rapportées dans la feconde Table. 


Le 12, le ciel fut très-beau pendant la journée, & fans 
nuages; mais Île foir, il s'éleva un brouillard aflez épais 
& bas, & ce ne fut pas fans peine que je pus voir la 
comète. Je la comparai direétement à-une étoile, eflimée 
de 7." grandeur, qui n’avoit pas encore été déterminée; 
pour connoitre fa pofition, je la comparaï aux étoiles de la 
Baleine, 79 & 81 : la pofition de la comète qui en eft 
réfultée, eft rapportée dans la première Table. ù 


Depuis le 12, jufqu'au 16 Janvier, je ne pus voir fa 
. comète à caufe du mauvais temps : le 16, le ciel affez beau le 
foir; mais il y avoit un peu de brouillard, & la Lane, fur 
l'horizon, répandoit une grande lumière: ce ne fut pas fans 
peine, que je pus voir la comète; fa lumière étoit prefque 
eflacée; celle que j'employois pour éclairer les fils du mi- 
cromètre, quoique très-foible, {a faifoit difpareître; je fus 
obligé de me contenter de celle de la Lune. La comète 
Mém. 1785. M m m m 


642 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


étoit fur le parallèle de l'étoile « de la Baleine, de gain 
grandeur, à laquelle la comète fut comparée deux fois. 


Le 17 Janvier, je vis encore la comète, fans pouvoir 
déterminer fon lieu. Les mauvais temps qui fuivirent, & 
la grande Jumière de la Lune, empêcherent de fa revoir; 
je la cherchaï encore le 22, maïs ce fut inutilement, & 
je l'abandonnai: ainfi ma dernière obfervation eft du 16 
Janvier au foir. 


Suivant mes obfervations, la comète a été vue depuis 
le 7 de Janvier jufqu'au 16, ce qui fait dix jours; pen- 
dant ces dix jours, elle en a été obfervée fix; ces fix jours 
d’obfervations m'ont donné trente-deux déterminations du 
lieu de la comète, en afcenfion droite & en déclinaifon; 
elles font rapportées dans la première Table qui fuit, avec 
les diflérences de paflages entre la comète & les étoiles 
au fil horaire du micromètre, & les différences en décli- 
naifon entre la comète & les étoiles: ces différences font 
marquées des fignes + & —, le premier indique qu'il 
faut ajouter ces différences obfervées, aux pofitions des 
étoiles, avec lefquelles fa comète a été comparée, pour 
obtenir celle de la comète en afcenfioir droite & en décli- 
maifon; le fecond qu'il faut ôter: 


La feconde Tabie renferme les afcenfions droites & es 
déclinaifons des étoiles qui ont été employées à la déter- 
mination du lieu de la comète, tant celles qui ont été 
prifes de différens catalogues, que les nouvelles étoiles que 
jai déterminées, en les comparant à des étoiles connues ; 
ces nouvelles étoiles, font au nombre de douze. Leurs 
pofitions font réduites au temps des obfervations; je n’y 
ai fait d'autre réduction, que celle qu'on trouve dans les 
catalogues, fous le titre de variation annuelle. 


Je joins à ce Mémoire, une carte célefte, qui eft divifée 
en degrés d’afcenfion droite & de déclinaifon; j'y ai marqué 
la route apparente que la comète a tenue parmi les étoiles 


DES JOUE TEIN c EL 643 
fixes: à l'infpection de cette carte, il fera facile de juger 
de la pofition de Ia comète, & de celle des étoiles qui 
ont fervi à fa détermination; je les ai renfermées dans un 
cercle. On verra aufli, par cette carte, que la comète n’a 
été obfervée que dans la conflellation de la Baleine. 


M. Méchain a calculé les élémens de l'orbite de 
cette comète, fur l'enfemble de fes obfervations faites à 
J'Obfervatoire royal: voici ces élémens, tels qu'il les a 


publiés dans la Counoiffance des Temps de 1788 ,page 3 3 ÿ 


Lieu du nœud afcendant....... 8f 244 12° 15° 

Inclinaifon de l'orbite. ....... 70 14e 12 

Lreundu/périhéliet 2 ice 1003 191 SE 507 

Logarithme de la diftance périhélie, o,058197s. 

Paflage au périhélie, 27 Janv.1785,à7* 584 4”, temps moyen à Parksa 
_fens du mouvement direct, : 


Mmmm i] 


644 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
T- A -B:-db-Ee:4 4 
Des Lieux apparens de la première Comète de 1785; 


comparée aux Etoi'es fixes. 


DÉCLINAIS,| DIFFÉRENCE | DIFFÉRENCE 
delaComètel en afcenf. dr. | en déclinaif. 

obfervée. | de la Comète fentrela Comète Ltée 
Auftrale avec les Étoiles.| & les Étoiles. 


ÉTOILES 
avec lefquelles 


ASCENSION 
droite 


‘de ja Comète la Comète 


Solo Sap 
an2puvie) 


obfervée, 


sap "N°9 5221107 


a été comparée, 


————_—— cr 


9. 38. 36 3e 50: 45] — 22. .$ i 

8. 35. 40 4 12.30] — 33.17 | 3 (a Ja Balcine, 
8. 35. 40 o. 10. 45] — 32. 21 6 \ 

8. 35. 40 2. 1.451 — 38 57 5 qi 

8. 59. 4 2. 1.45| — 36.45 s déterminée, 
8. 59. 4 — 31: 0 3 

8. 59 4 — 30. 10 6 \ de la Baleine, 
g+ 19- 30 — 29. 2$ 3 % 

AOL CES Fe + 5.48 8 déterminée. 

L 9. 19e 30 } — 20. 20 6 de 12 Baleine. 
9"419-135 o FUNO — 35.31 $ déterminée. 
6. 55: 38 1e $7e AG + $e21 6 de {a Baleine. 
6. 55° 38 1, 57e 46 + 14 0 8 déterminée. 
6, 55e 3È 1. 57.44 É + 20. 19 6 
6. 55. 3° 1. 57. 48 — 1 51 | 5.6 
7. 24 3 2. .Oe 16 + 7 51 6 
7r 24° 2, ©, 20 + 0. 41 5.6 3 
7- 24° 2. Of! + 22 $4 6 de la Baleine. 
8. o. Ze 2e H 3e 13 |15-6 
8. o. Ze 2 + 25. 32 6 
8. oo. 2. 2 + 10. 34 6 70 
6- 43 3 54 14% 7] 7 ar se 
6,43 3e S4e liée 8 4” À déterminée: 
as DE ADS HE 6 | 7! de la Baleine. 
7° 11° 3e 57: + 11» 10 6 7! 

Ger24 3e 57° 9 3 | dérepminée. 
7e 24e . 57: + 117. 27 6 71 tAN 
7: 48. à # + 14. 10 6 71 ae fa Baleine: 
ÿ: 86 FE 7 j Yaérerminée. 
+ ré 1 
1E 3 ; É la Baleine, 


Men. de Ute.R. des Je, An, 1786. Pag Of 21. AVI 


1 & Acensibr droite 
À —> Pied du Beligr 


Australe 


Aus brale 
inason 


7 
ee 


GO NN "MN 


CARTE CÉLESTE 


Qut represente la route? 


linalson SES 


, 
al 


apparente de la premiere À 
C OME TE obdervee en Janvier 1786. 
gue fe ‘piles, ? 


De 


Pr Je “Ascension 
= LL I [ 


Grave parY, lebouaz, d'après le Desrin de M! Messier , 


44 


! 


LATE: { 
‘NOR 


pres ScrENcEs. 645 
TABLE II. 


Des Afcenfions droites à des Déclinaifons des Étoiles avec 
lefquelles la première Comète de 178 ÿ a été comparée. 


Leurs pofitions font réduites au temps de l'Obfervarion. 


à , 
RL cent pme Noms DESs ÉToiLes, 
& LE “ so x » . . 
te 384 m à pe qui ont fervi à la détermination 
U 4 9, = . x 
Étoiles des Etoiles à F2 du lieu de la Comète, 
n 


ones eee 
D. M. S. D, M. JS, 

9 
30. 25° 58| 3. 24 36 A] € 66 |Baleine, déduite de Flamftéed, Comète c 


omparée 
le 11 Janvier. 
32e 12. 24| 5. 20. 44 7 1 [déterminée par la 81° dela Baleine, Comète com- 
parée le 12 Janvier. 
32: 39 39] o. 1. 23 8 2 |déterminée par d\ de la Baleine, Comète comparée 


le 9 Janvier. 
3 [déterminée par la 71° de la Baleïne, Comète com. 
parée le 11 Janvier, 
69 |Baleine, comparée à D, Comète comp. Îe o Janvier, 
7°  |Baleine, comparée à la 84° & à A, Comète comp. 
le 10 Janvier. 
déterminée par la 71° de a Baleine, 
5 -|déterminée par la 81° de Ja Baleine, 
71 Baleine, déduite de Flamftéed. Comète c 
le 1 1 Janvier, 
Ie 13° 16. 4 4 Baleine comparée à €. 
a 53 3 8 6 déterminée LR la 70° & A. Comète comparée 
le 10 Janvier. 
34. 56. 44] o. 41. 20 5 7 |déterminée par A. Comète comparée le 9 Janvier: 
ÿ Baleine, comparée à [a 70.° & à J\, Comète comp. 
le 10 Janvier. 


omparée 


35+ 53° 34113. 17. 45 6 8 [déterminée par p, fa différence en déclin. eftimée, 
36.1 8. 14] 4: 209. 1 7 79 |Baleine, comparée à la 71°, eftimée dela." grand, 
36. 9. 22] 4. 38. 39 2] 4.5 y. [Balcine, déd. de Mayer. Comète comp. le 7 Janv. 
36, 42, 30| 4+ 20. 27 81 |Baleine, comparée à 1a foixante-onzième, 

37 7-14| 0. 36. 36 


d\ fBaleine, Connoifance des Temps, Comète comparée 
le 9 Janvier. 

t {Baleine, Connoiff. des T. Comète comp, le 16 Janv, 

9 [déterminée par J\ de Ja Baleine, 

déterminée par 4 de la Baleine, 

84 |Baleine, comparée à #, Comète comp. le ro Janv. 

11 |déterminée par la 66.°, Comète comp. le 11 Janv. 

12 [déterminée par fa 66.°, Comète comp. le 11 Janv. 

æ |Balcine, déduite de a Connoffance des Temps, 


À 37: 17: 41/12. 47. 42 
137. 8. 39] 1 12. 9 

37- 25. 33] 3. 55. 58 

37+ 33° 16! 1. 37, 25 

FA EN ER ES 

1027182108 

42+ 46 3] 3.14 o 


SO ŒN AN DS Wu a: 
© 


ÂNota, La déclinaifon de l'Étoile y de Ja Baleine eft boréale ; toutes Jes autres (ont aufirales, 


(EC ER 


646 Mémoires DE L'AcADÉMIE Royazr 


MÉMOIRE 


CONTENANT LES OBSERVATIONS 
DE LA SECONDE COMÈTE 
de \17 85; 


Obférvée à Paris de l'Obfervatoire de la Marine ; 
pendant les mois de Mars &" d'Avril (a). 
Par M. MESSIER. 


MÉCHAIN découvrit cette comète de l'Obfervatoiré 
e royal, le 11 Mars au foir, près de l'étoile € de 
l'épaule gauche d'Andromède ; il en fit part le Iendemain 
à l'Académie. | 
Le 13 au foir, par un ciel affez beau, je cherchai Ia 
comète avec ma lunette acromatique de 40 pouces de 
foyer & 40 lignes d'ouverture; je la trouvai au-deflous 
de l'étoile £: elle paroifloit belle, le noyau brillant, envi- 
ronné d'une nébulofité fenfible, fans apparence de queue. 
Je pouvois également la voir avec une lunette de nuit 
de 15 pouces de foyer, mais à la vue fimple l’on ne pou- 
voit pas l’apercevoir. Pour déterminer fon lieu, j'employai 
une étoile de feptième grandeur, qui n’avoit pas encore 
été déterminée ; pour avoir fa pofition, je la comparai à 
deux étoiles, & ces deux étoiles à « d’Andromède; de {a 
comparailon qui fut faite de la comète à l'étoile, en 
a —_—_—_—— —————_—"————— ———————————————— 
(a) C’elt Ta vingt-quatrième des comètes que j'ai obfervées de l’'Obfer= 
vatoire'de la Marine, à l'hôtel de Clugny, & la foixante-douzième comète 
dont l'orbite ait été calculée, en fuivant la Table des Comètes qui et. 
rapportée-dans-lAffronomie-de Mde Er Lande, rome HI, page 266% 
& come AVWpage 7o4 sh 30 . LE 


pres SerEeNCESs 64? 


afcenfion droite & en déclinaifon , il en a réfulté le lieu 
de la comète que voici: le 13 Mars, à 7 heures 26 mi- 
nutes 15 fecondes du foir, temps vrai, la: comète avoit 
6 degrés 34 minuies 13 fecondes d’afcenfion droite, & 
26 degrés $3 minutes 41 fecondes de déclinaifon boréale, 
La comète fut encore comparée trois fois à la même étoile : 
les pofitions s’en trouveront dans la première Table qui 
eft à la fuite de ce Mémoire, & celle de l'étoile dans 1a 
feconde, fous le n° 6. 

Je ne rapporte ces détails que pour cette première 
obfervation ; les pofitions de la comète, pour les jours 
fuivans, fe trouveront dans la Table que je viens de citer; 
ainfi que dans une feconde Table, celles des étoiles qui 
ont fervi à fa détermination. 

Le 14, le ciel parfaitement beau le foir, dans un grand 
crépufcule, je recherchai l’étoile « d’Andromède de fe- 
conde grandeur, qui devoit fe trouver à peu-près fur 1e 

aralèle de Ja comète, ayant fait fuivre exaétement à cette 
étoile le fil du micromètre ; je détermimai enfuite l'étoile à 
laquellela comète avoit été comparée Ia veille, une étoile 
intermédiaire entr’elle & «& fufft pour 1a déterminer : l’obi 
fervation fut répétée deux fois, & donna le même réfultat. 
Cette étoile de la veille fut encore employée le foir à 
la détermination du lieu de la comète, ainfi qu’une feconde 
étoile qu'on trouvera dans Îa deuxième Table, fous 
le n° $, qui fut eftimée de la huitième grandeur. 

Le 17 Mars, le ciel fut couvert prefque toute la journée; 
H s’éclaircit vers les 7 heures du foir; je comparai 14 
comète à trois étoiles, ce font celles de la feconde Table ; 
n° 6, 7 © 8. Ces étoiles n’avoient pas encore été déter- 
minées, elles le furent toutes trois par la comparaïfon qui 
fut faite avec « d’Andromède, L'on trouvera dans la pre- 
mière Table cinq pofitions de Ja comète que ces nouvelles 
étoiles ont données : Ja comète paroifloit avoir la même 
fumière & les mêmes apparences que les jours précédens. 

Le 19, le ciel en partie couvert pendant la journée À 


648 Mémoires De L'ACADÉMIE RoyALE 

vers les cinq heures du foir il commença à s’éclaircir. Je 
comparai directement la comète aux deux belles étoiles 
a & « d'Andromède; près de la comète, étoit une étoile 
de huitième grandeur, que j'avois déterminée, & qu’on 
trouvera dans {a feconde Table, fous le 7.” 5. La lumière 
du noyau de Îa comète égaloit celle de cette étoile; ik 
fembloit auffi que la comète étoit plus apparente que les 
jours précédens : l'on ne pouvoit en juger que difficilement: 
à caufe du crépufcule, de {a grande lumière de la Lune & 
des vapeurs de l’horizon. Je ceflai de_voir {a comète à 8 
heures du foir. 

Le 22, le ciel couvert en grande partie pendant Ia 
journée, le foir il s’éclaircit; je comparai direétement a 
comète aux mêmes étoiles que le 19, à &« & € d’Andro- 
mède. Le crépufcule, qui étoit encore augmenté par la 
lumière de la Lune, & le voifinage de la comète à l’ho- 
rizon, empêchèrent de reconnoître fi fa lumière augmentoit; 
le noyau étoit toujours brillant, environné de nébulofité, 

Le 23, beau temps le foir; la comète avoit les mêmes 
apparences que le 22 : elle fut encore comparée aux mêmes 
étoiles du 19 & du 22, à « & € d'Andromède. 

Le 24, il ne fut pas poflible de voir la comète, à caufe 
des nuages, ainfi que les 25, 26 & 27; pendant ces trois 
jours le ciel fut couvert; le 2 5, il tomba trois lignes de 
peige; Ja nuit du 27 au 28, il en tomba encore trois lignes, 

Le 28, beau temps le foir, mais la comète était plongée 
dans les vapeurs de l’horizon, & ces vapeurs étoient encore 
augmentées par les illuminations de Paris, pour la naïflance 
du duc de Normandie : je vis cependant la comète qui 
étoit près de l'étoile « d’Andromède ; je n’eus pas le temps 
de la comparer à cette étoile, parce qu’un inftant après elle 
difparut derrière une cheminée, & je ne pus la revoir. 

Le 29, beau temps le foir, la comète étoit près de æ 
d'Andromède, mais le crépufcule & la cheminée dont je 
viens de parler, empéchèrent de l’obferver: il ne fut plus 
pofible de voir la comète le foir, de mon PATES 

à caule 


D Et 6 ASC: T EN CES. C49 


à caufe de fon coucher dans un grand crépufcule; mais le 
matin on devoit la voir fe levant à trois heures. 

Les 1, 2, 3 & 4 Avril au matin, le ciel fut couvert : 
mais le $ au matin il devint paflablement beau, je cherchai 
la Comète aux environs de l'étoile « d'Andromède , je 
la trouvai , au moyen de la lunette, au - deflous de cette 
étoile; je a vis enfuite à la vue fimple. À la lunette, le 
noyau étoit très-brillant, environné d’une nébulofité claire, 
avec une queue d'une lumière foible qui s’étendoit à 7 ou 
8 degrés du noyau , qu'on ne pouvoit bien voir qu'avec 
une lunette de nuit. Près de la Comite, ül y avoit une 
étoile de feptième grandeur, qui n’étoit pas déterminée ; & 
au-deflous d’elle | une autre étoile de {a fixième grandeur, 
la quatre-vingt-cinquième de Pégafe, fuivant le catalogue 
de. Flamftéed: la Comète fut comparée à ces deux étoiles, 
& ces deux étoiles à B de feconde grandeur. Les obfer- 
vations de Ia Comète font rapportées dans la première 
table, & celles des étoiles dans la feconde. 

Le 6 Avril au matin; la Comète avoit les mêmes appa- 
rences que la veille, le noyau très-brillant, avec une queue 
de 7à8 degrés de longueur : près de Ja Comète, étoit 
une étoile de fa cinquième grandeur; je reconnus que 
c'étoit l'étoile -L de Pégafe, à laquelle la Comète fut com- 
parée plufieurs fois; j'en ai rapporté les déterminations 
dans Îa première table. 

Le 7 au matin, beau temps; la Comète avoit les mêmes 
apparences que le 6, elle s'étoit rapprochée de l'étoile À; 
la Comète & l'étoile paroiffoient dans le même champ de 
la lunette: 1a Comète fut comparée cinq fois à cette étoile. 

Je comparai enfuite Le diamètre du noyau de la Comète, 
à l’épaiffeur de l'un des fils du micromètre, je le trouvaï 
de 14 fecondes; celui de la nébulofité qui l'environnoit, 
de 3 minutes 41 fecondes: la queue avoit environ 8 degrés. ; 

Le 10 au matin, beau temps; la Comète étoit comme 
les jours précédens, 1a queue cependant plus afloiblie, ce 
qui venoit du crépufcule. La Comète & une étoile de 


Mém. 1 745. Nnan 


650 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
feptième grandeur paroïffoient dans Ie même champ de Ia 
lunette, mais cette étoile n'avoit pas encore été déter- 
minée: pour connoître fa pofition, je la comparai plufieurs 
fois à l'étoile y de Pégafe, fixième grandeur; & la Comète 
fut rapportée plufieurs fois à ces deux étoiles. 

Ayant déterminé la pofition de la Comète, comme je 
viens de le dire, je voulus voir jufqu’à quelle heure je 
pourrois la fuivre avec ma grande lunette, dans un grand 
crépufcule; je ceflai de la voir en même temps que l'étoile 
de feptième grandeur, à 4 heures 46 minutes, ou 34 mi- 
nutes avant le lever du Soleil, & 1 heure 33 minutes 
après le crépufcule commencé. 

Le r1 au matin, le ciel parfaitement beau & pur, je 
commençai à voir la Comète auflitôt qu'elle eut quitté le 
haut des maifons ; elle étoit très-apparente à la lunette, le 
noyau très-brillant, la nébulofité très-lumineufe ; la queue 
étoit foible, on ne pouvoit la voir qu'avec une lunette de 
nuit, elle pafloit fur les deux étoiles r' & r* de Pégale; 
la pofition de r° eft rapportée dans le catalogue de Flamitéed, 
celle de r' n’y eft pas, mais les deux étoiles font fur les 
cartes : j'ai déterminé Ia pofition der’ dans la feconde table, 

Le 12 au matin, le ciel parfaitement beau, la Comète 
toujours très-apparente à la lunette, la queue d’une lumière 
foible, pafloit au-deflous des deux étoiles r, alloit fe ter- 
miner vers les deux étoiles u & À de Pégafe. La Comète 
fut comparée aux étoiles @ & % de cette conftellation; les 
pofitions, foit de la Comète, foit de ces deux étoiles, 
font rapportées dans les tables qui font à la fuite de ce 
Mémoire. 

Le 16 Avril au matin, le ciel parfaitement beau & fans 
nuagés, je vis la Comète auflitôt qu'elle parut au-deflus 
des maifons, à 3 heures so minutes, dans un très-grand 
crépufcule ; fes apparences étoient diminuées, fa queue 
effacée par le grand jour, le noyau encore brillant, envi- 
ronné de nébulofités. La Comète, dans le champ de Ia 
lunette, étoit très-près d’une étoile de cinquième à fxième 


pins :S:e l'E N CE s Gst 


grandeur, à laquelle a Comète fut comparée plufieurs fois ; 
Je reconnus que cette étoile étoit la quatre-vingt-fixième 
de Pégale. À 4 heures 35 minutes, je ceffai de voir la 
Comète dans un trés-grand jour, 34 minutes avant Île 
lever du Soleil; 9 minutes après que j'eus ceflé de voix 
la Cométe, l'étoile difparut auf. 

Le 17 au matin, je commençai à voir la Comète, 
comme le jour précédent, près d'une étoile de fixième 
grandeur; c'étoit f'étoile trente- quatrième des Poiflons, 
fuivant Flamftéed: Ja Comète fut comparée plufieurs fois 
à cette étoile. 

Les jours fuivans, le ciel fut couvert les matins, le 
crépufcule augmentoit chaque jour, de manière que l'ob- 
fervation du 17 Avril eft la dernière qui ait été faite 
de fon apparition. 

Suivant mes obfervations, cette Comète a été vue depuis 
le 13 Mars au foir jufqu'au 17 Avril au matin, ce qui 
fait un intervalle de trente - cmq jours, qui comprennent 
quatorze jours d’obfervations. 


L'on trouvera les déterminations de fa Comète en af- 
cenfion droité & én déclinaifon, dans üné des tables qui 
fuit, avec les diflérences de paflages entre 14 Comète & 
les étoiles, au fil horaire du micromètre : celle de déclinaifon 
entre la Comète & les étoiles. Ces différences en afcenfion 
droite & en déclinaifon font marquées des fignes -+- & —: 
le premier indique qu'il faut ajouter ces diflérences aux 
pofitions des étoiles avec lefquelles Ia Comète aété com- 
parée, pour avoir celle de la Comète en afcenfion droite 
& en déclinaifon; le fecond indique qu'il faut ôter. 


La feconde table renferme les afcenfions droites & les 
déclinaifons des étoiles qui ont été employées à la dé- 
termination du lieu de Ja Comète, tant celles qui ont été 
prifes de différens catalogues, que les nouvelles étoiles que 
J'ai déterminées en les comparant à des étoiles connues. 
Leurs pofitions font réduites aux temps des obfervations, 

Nnnn i) 


652 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


je n’y ai fait d'autre réduction que celle qu’on trouve dans 
les catalogues, fous le titre de variation annuelle. { 


Je joins à ce Mémoire une carte célefte qui eft divifée en 
degrés d’afcenfion droite & de déclinaifon; j'y ai rapporté 
les pofitions de Ja Comète, la route qu’elle a tenue parmi 
les étoiles fixes : à l'infpection dé cette carte, il fera 
facile de juger de la pofition de la Comète & de celle des 
étoiles qui ont fervi à fa détermination, je Îes ai renfermées 
dans un cercle. On verra aufli par cette carte, que la 
Comète a commencé à paroître près de la tête d’Andro- 
mède, qu'elle s’eft peu élevée en déclinaifon, qu’elle s’eft 
approchée de l'étoile «, & qu’enfuite fa déclinaifon a di- 
minué pour defcendre & difparoitre à l'extrémité de l'aile 
de Pégafe. 


M. le Préfident de S. * * a déterminé des élémens très- 
- approchés de f'orbite de cette Comète, d’après mes obfer- 
vations : on les trouve imprimés dans la Connoiffance des 


temps de 1788, page 336; les Voici. 
Lieu du nœud afcendant. ....,......... 27 44 44 40" 
Inclinaïfon (de l'orbite... .15001 RP. 82%: 47108 
Lieu du périhélie..,...,...%...,...,. 9. 27% 34130. 
Logarithme de Ja diflance périhélie.....,.. 9,631024. 
Pafage au périhélie, 8 Avril 1785, à 11" 29’, temps moyen à Paris. 
Sens du mouvement rétrograde, | 


[M 


N NY @e y | 


NNYNNYNUNNN 


NYNNYN a 


Task ASCENSIONSIDÉCLINAIS.| DrFFÉRENCE | DiFrÉRENCE /] A 
- droites delaComète| en afcenf. dr; | en déclinaif, |? © Le 

LE de la Comète| ‘obfervées. | de 1a Comète |!de la Comète be ê. Fe 
des Oblerv. obfervées, |” Boréale, |aveclesÉtoiles. |aveclesÉtoiles.| & # | * é 
A 


DIE: SMS: C L'E N:C-E +5. 653 


AIR Ter 


Des pofirions apparentes de la féconde Comire obfervée 


en 178$, à comparée avec les Étoiles Jixes, depuis 
le 13 Mars jufqu'au 16 Avril. 


M. ÿ D, M. Si D. M. R D, M, M, S 

261 js Ge 34. 13126: "53. 4x | ‘1, 10. 7] — 12022 - NUS 
33-{13 6 33. 58/26: 53. 44l+ 1. 0. 52] —(r2:trg 7 ‘6 
19. 6. 33. 13 26:54 31 [+ ‘1. ge nr: Sa 7 6 
290 7| 4 32. 5813654 31 8 $2/— 1:32 7 C 
6 41| 6 13 51/27 2. 47|+ 0. 40. 45] — 36 7 6 
Gil 613 Sol27. 2, 46/4 1 42. 45] — 35242 8 5 
46 57| G. 13. 28/27 3. >|+ 0. 49. 22| — 2. 56 7 6 
46. G 13. 21/27 3. 10]+ 1. 42, 7| — 35. 18 BATIR 
9. 18]. 5. 12. $9[27. 27. 6|— 0. rr. F4 MORE UC | 7 6 
13° 17 $- 12. $1/27. 27. 10[— O. 11 15] + 27. 2 7 6 
16. 26 5. 12. 86|27. 27. 16|— ‘o. 13 30) 21.013 7 6 
16. 26| $. 12. lof2z 27. 6] 4 13. 37] — $. 52 7 7 
16. 26 Se 13. 30/27. 27. 13] 4 30. 22] + 15-205 - 8 
573104 27. 87127 400 55) 50 7. 45 | —i3 26 2 a 
40-20! 4 26. 44/27: 417 6Ù 5° 6 52 = 53 1$ 2 a 
40. 20! 4. 26. 48127. 41. 3|— 2, 27 30724 4 £ 
53-21! 4 26. 41]27. 41. y] 2.21 3% — 27.18 4 € 
54. 48 3e 17. l7127: $52 5 3e 57 15] — 0. 40 2 a 
14 4 3+ 16, 43/27. 54, 59185370 13. 30 4 € 
31-34) 3° 16, 28/27 54. s7|— 34 31 52] — 72 4 € 
48. 50] 3. 16 527. 54. 56] 3: 32.15] — 13. 33 4 € 
14. 26 2. 51. 14/27 57 SI SANT 22) CET 2. 44 2 C2 
14e 26 2. 51 14/27. 57. 5 3 57 7 — 11, 271 4 | € 
46, 36 2. 50 3727. 57. 8[+ 3: 30. 45/ + 2,47 2 a 
46 36] 2. $o, 36 27-057. 12|— 34 57 45] — 7, 14 4 £ 
57: 551357: 30, 20/25. 14. 24|— 0, 54. 15) 43. 13 6 85 
57: 551357: 30. 39/25: 14. 30] + o, FA3B == 0 10 7 3 


É To ILES 
avec le(quelles 
la Comète 
a été comparée. 


Nouvelles Étoiles 


déterminées, 


Étoiles d’Androm, 


de Pégafe, 
nouvelle, 


654 Mémoirés D# L'AcADÉMIE RoraLe 


Suite des pofirions apparentes de la feconde Cométe, de. 


Ascensions IDécLIN AIS. DirrÉRENCE| DIFPÉRENCE 
delaComète| en afcenf. dr. 
de la Comite| obfervées. 


ÉOIOE LS 
RCILCLE 
sp 'N B 5410 À 


Aan2pytue) 


ä 
nn 


D bp D D Etes mb << 


sd 


CI 


ANRANYNNN SN N AUYYNUUUU GUN N a 
“* 


an x à 


NE RENETEEELELSESEESREER 


NM 


HHHEEHETEIUIIIII 


as 


16.17 49|359% 


ÊTOILES 
avec lefquelles 
la Comète 


a été comparée. W 


de Pégafé. 
nouvelle. 


de Pégale. 


nouvelle. 


A) 


de Pégafe. 


nouvelle. 


PSS 


| Péga(e. 


{a même ci-deffus.Ml| 


[ | Pégafe, 
nouvelle. 


Pégafe, 
Pégafe, 
ci-deffus. 
Pégafe. 
la. même. 
la même, 
la mêmes 
Ja même. 
Peñfons, 
la mêmes 
Ja même.) 


RSS 
NE) Am. de LAc.R. des Se. An, 1785. Pay 654 Pl XV, 


(LAN const | droite JJ/ 


CARTE CELESTE 


Qu represente la roule apparente de 

es + ! ’ 4 

BUS da Sèconde COMETE observee 
Ca US en 1785 

L Grandeur des Etoiles . 


g # # & x * © 
3, Z= à, 6, 


7. 8,alx Cmékek 


æ 


Compare 


rode 


D 7 5 
Ë il —7 ANDROMFDE 


| 


clinauson 


De 


L 355 


L'LArcenrion  \droite 
| 


D} 


% 
uso 
= AN 


nE 
ENTE DA 1 4 seCONL 


beclin 


* 


LPP47 
# 
a 


10 


CARTE CELESTE 
Qui represente la route apparente de 
dr fconde COMÈTE observée 
en 1785 


Grandeur des Etoiles Conparé 


‘der imere 


5 


Grave par * le Couus d'aprés le denren de MMewier 


isa ici una: z 80: 655 
vérontme TAND'T Ed: 


Des Aftenfions droites àr des Déclinaifons des Étoiles 
avec lefquelles la feconde Comète de 178$ a été. com- 


parée ; leurs pofitions réduites au temps des Obfervations.. 


Noms DES ÉTOILES 
qui ont fervi à la détermination 


DÉCLINAISON 
Boréale 
des Étoiles. 


ASCENSION 
draite 
des Etoiles. 


*sojloig sap 
anspuer) 


du lieu de la Comète, 


*SaITOYY S2Po NT 


| 


Pégafe, déduite de Flamftéed, Comète comparée 
le 9 Avril. 

Pegale, comparée à y. Comète comp. le 10 Avril. 

Pégafe, rapportée dans le catalogue de Flamftéed. 

‘hPégafe, déduite de Mamfléed, Comète comparée 
le 11 Avril. 

nouvelle, comparée à r”. Comète comparée le 10 
Awril. 

nouvelle, comparée à y. Comète comp.le 9 Avril. 

Pégafe, déduite de Famftéed, Comète comparée 
le 5 & le 6 Avril, ; 

nouvelle, comparée à & d'Andromède, Comète 
comparée Je 4 Avril. 

Pégale comparée à « d'Andromède, Comète comp. 
le 4 Avril, 

Pégafe, déduite de Flamftéed. Comète comparée 

le 11 Avril, 

nouvehe, comparée à & d'Andromède, Comète 
comparée le s Avril, 

d'Andromède, déduite de la Connoïffance des Temps. 
Comète comp.les 19,22,:23,28, 29 Mars. 

Poïffons, déduite de Flamitéed. Comète -comp. 
le 16 Avril. 

Pégafe, déduite.de Flamfiéed, Comête comparée 
le 11 Awril, 

nouvelle, comparée à æ& d'Andromëde, Comète 
comparée de 14 Mars. 

nouvelle, comparée à & d'Andromède, Comète 
comp. les 13,14 & 17 Mars. 

d'Andromtdè, ‘Comète comparée es 19, 22 

+ & 23 Mars. l L 

7 |nouvelle, comp. à & d'Andromède. Cométe comp. 
le 57 Mars. 

noINCE comparée à & d'Andromède, Comète 

> comparée le 17 Mars, 


Immerfions, 


656 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE RoyALE 
OLCKCU:IS TA: FU ON. S 
D'E QUELQUES ÉTOILES 
DESuP--LrE-deoe))-Æ nf 
LES 41, AVRIL ET 13 DÉCEMBRE 1785. 


Obférvées à Paris , de l'Obfervatoire 
de la Marine. 


Pa M MESSIE R. 


E 11 Avril, Île ciel étant parfaitement beau Je 

foir, vers Yes huit heures ayant regardé 1a Lune 
avec une funette de nuit, je vis qu’elle étoit près des 
Pléïades, & que plufieurs de ces étoiles feroient éclipfées 
par le bord'obfcur ( ces obfervations n’étoient pas annon- 
cées); Je fs ufage. pour ces obfervations, de ma grande 
lunette acromatique , j'obfervai les occultations de fept 
étoiles; voici Île temps vrai de leurs immerfions. 


Éabxiis, rh lames. ge Célénor. ….... 8h 45" 38"+, à la feconde, 


La 2.7°, $."° grandeur, e, Taygeta.. à... 8. 55. 11.2, à la feconde. 
La 3.7, 9."° grand. au-deffous de it « 9+ 31. 30.2, à la feconde. 
La 4.7, 4.7 grandeur, c. né: + 9. 7: 29, à Ja féconde. 
Lais,°, 747? grandeur, 0°... . : 9. 14. 19, a la feconde. 
La ss Zi 7° grandeur, O...ses. .« 9. 15. 38+, à la feconde. 
Ja7." 9m grMunle Mans de o*.... 9. 35. 1+,la 5 fec. près. 


La nuit, Zu 13 .au 14 Décembre. 


LH. étoit annoncé, dans la- Connoifance des Temps, que 
la Lune éclipferoit trénte-fept étoiles des Pléïades: mais Ja 
majeure partie n ‘étoit que des étoiles télefcopiques, qui 
ne pouvoient pas être obfervées, même avec les meilleures 

lunettes, 


DIE:S, $iC.L1E N CE Ss. 657 


lunettes, à caufe de la grande Iumière de Ia Lune qui 
approchoit de fon plein: cette grande lumière les failoit 
difparoïtre à une grande diflance; les principales étoiles, 
en approchant du bord obfcur de la Lune, perdoïent égale- 
ment de leur lumière, & il étoit très-difhcile de les aper- 
cevoir à leur fortie du. bord éclairé. 

J'ai employé à cette obfervation une grande lunette 
acromatique, ayant quarante lignes d'ouverture. 

Le 13, à 11 heures $2 minutes du foir, des nuages 
s’élevèrent du fud, couvrirent la Lune, de manière que 
toutes les étoiles qui étoient autour d'elle, difparurent. 
L'étoile g, céléno, que j'avois fuivie jufqu'auprès du bord 
obfeur, alloit être éclipfée lorfqu’un nuage couvrit la Lune 
& l'étoile; je foupçonnai fon entrée à 12 heures 4 minutes 
42 fecondes, temps vrai. Différence de déclinaifon entre 
l'entrée de l'étoile & le bord inférieur de la Lune, 18 
minutes 54 fecondes. 

étoile D, eletra, $."* grandeur, fut cachée à 12 heures 


2 minutes 18 fecondes À. Au moment de l’obfervation, 


il y avoit de légers nuages au-devant de la Lune, qui afoi- 
bliffoient la lumière de l'étoile, de manière que l’immerfion 
fut douteufe à 1 ou 2 fecondes. La différence en décli- 
naïifon entre l'étoile & le bord inférieur de la Lune, étoit 
de 7 minutes 43 fecondes. 

À 12 heures 17 minutes 39 fecondes, le diamètre de 
la Lune, mefuré entre les deux cornes, & fuivant fon 
parallèle, fut trouvé de 32 minutes 57 fecondes. 

Pour l'étoile e, taygeta, 5." grandeur, l'immerfion fut 
obfervée à 1a feconde, à 12 heures 24 minutes 22 fe- 
condes. La différence de déclinaifon, entre l'entrée de 
l'étoile & le bord inférieur de la Lune, étoit de 26 minutes 
34 fecondes. | 

L'étoile c, maïa, 4% grandeur, dont l'immerfion fut 
obfervée à la feconde, difparut à 12 heures 35 minutes 
Œ7 fecondes. La différence de déclinaifon, entre l'entrée 
- de l'étoile au bord inférieur de la Lune, étoit de 20’ 56". 


Men. 1785. Oooo 


658 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 

Pour l'étoile o* 7."° grandeur, l’immerfion fut obfervée 
à 12 heures $2 minutes 47 fecondes, mais douteufe; la 
lumière de l'étoile étoit extrêmement afloiblie par celle de 
la Lune, quoique le ciel fut parfaitement beau: l'incertitude 
dans l'obfervation, peut aller à 2 ou 3 fecondes. 

L'étoile o° 7."° grandeur, fe trouvoit dans le même 
cas que la précédente, fa lumière étoit extrèmement dimi- 
nuée par celle de la Lune; je préfume cependant que lob- 
fervation eft bonne: immerfion de l'étoile à 12 heures 53 
minutes 10 fecondes. 

L'étoile e, taygeta, fortit du bord éclairé de Ja Lune, à 1 3 
heures 24 minutes 27 fecondes. Cette émerfion fut dou- 
ieufe à plufieurs fecondes, à caufe de la grande lumière 
de la Lune. 

La petite étoile de 6.” grandeur, qui précède 1 alcyone, 
a dü être éclipfée vers le bord inférieur; je n'ai pu en 
faire l’obfervation à caufe de la grande lumière dela Lune, 
qui avoit fait difparoître l'étoile. à Fapproche de fon im- 
merfion. 

À 14 heures 13 minutes 18 fecondes, le diamètre de 
la Lune mefuré entre les deux cornes, fut trouvé de 32 
minutes $1 fecondes. 

À 14 heures 37 minutes 14 fecondes, l'étoile #, pleïone, 
de 6.” grandeur, a dû rafer le bord inférieur de la Lune; 
elle a même pu être: éclipfée; à fon approche de Ia Lune, 
la grande lumière de cet aftre l’avoit fait difparoïtre. 

À 13 heures 57 minutes 21 fecondes, a/cyone étoit près 
du bord inférieur de la Lune; différence de déclinaïfon 
entre le même bord & l'étoile, 25 fecondes. 

À 14 heures 42 minutes 7 fecondes, l'étoile f, atlas, 
étoit près du bord inférieur de la Lune; différence en 
déclinaifon entre Ie même bord & Fétoile, 5’ 43". 


Rs 


DES, SxG AE) NC ES. 659 


MUC CUOIMENT LACET ON 
DE V'ÉUNIU SAP AR. L' A: LE NE, 


Obfervée à Paris le 12 Avril 1785. 
Pa M MESSIER. 


I: faifoit beau temps depuis plufieurs jours, Ie baromètre 
étoit à fa plus grande hauteur, 28 pouces 7 lignes =, 
ce qui promettoit un ciel ferein pour f'obfervation de 
Vénus. 

Le 12 Avril, jour annoncé pour l’occultation, je pris 
un grand nombres de hauteurs correfpondantes du Soleil, 
qui donnèrent le midi à une grande précifion. 


Pour l'obfervation, j'ai employé une lunette acroma- 
tique, de 3 pieds + de foyer, à grande ouverture, que 
j'avois fait groflir cent quarante fois; c’eft avec ce grof- 
fiflement que j'ai obfervé l'immerfion de Vénus, fous le bord 
obfcur de la Lune. 


Attouchement du 1.’ bord éclairé de ®..... o"ï 1° so" 
Immerfon. 4 Entrée du milieu de fon croiffant eftimé..... o. 2. 36.» Temps vrais 
Entrée totale de Ia dernière corne... ...... 0. 3. 8. 


Pour lémerfion de Vénus, j'ai employé la même 
Junette; mais j'avois changé le groffiflement, au lieu de 
140, je ne lavois fait groflir que quatre-vingt fois, pour 
avoir plus de netteté au bord de 1a Lune, & pour pouvoir 
découvrir une plus grande étendue de fon bord, où la planète 
devoit fortir. 


Commencement du 1.’ bordéclairé de 9... o. 50. 28. 
Émerfion. < Milieu du croiffant fort, eftimé......... ©. 51. 18.» Temps vraie 
Sortie totale de Ia 2."* corne de @...... 0. $2. 5. 


Je n’ai rien vu de particulier fur Vénus dans cette 
Oooo i 


660 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
obfervation; fa lumière m’a paru être la même à fon im- 
merfion & à fa fortie. 

Avant & aprèsl ’obfervation, j'ai pris un grand nom- 
bres de différences de pañlages entre Îe premier bord de 
Vénus & celui de la Lune. 


Vénus fe voyoit très-bien fans lunette, avant l'occulta- 
tion & après la fortie. 


2 


DE s2SicC r'EIN CE S Gé: 


EC PAPE EE BSESSA.I 


Pour connoître la Population du Royaume, à le 
nombre de fes habitans , en adaptant aux Villes, 
Bourgs © Villages, portés fur chacune des 
“Cartes de M. de Caffini, l’année commime des 
Naifances, prife fur les années 1781, 1782 
1783, 7 en la multipliant par 26. 


Par M pu Sérour, le Marquis DE CONDORCET 
 & DE LA PLACE. 
Population de la Carte de la France, n° 96. MAYENNE, 
| ES 
« DER Carte contient la ville de Mayenne , & 206 
bourgs ou villages. » 
L'année commune des naïffances dans Ia ville de Mayenne, 


MS SON 0 SAR FOR API E 3L Te 


Celle des 206 bourgs ou villages, eft de.......... 9227. 


RON ANR AC eee « s401e « MOIS 0e 


NOMBREINOMBRE| TOTAL MES Le 


des des dk 
LIEUES HABITANS | HABITANS 


HABITANS 


Hagirtans.|delacampagne 


de fuperficie. $ des Villes. |descampagnes rade 


662 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


Lows- Population de la Cafte de la France, n° 116. 


AT . . s 
LESAUNIER.  « CETTE Carte contient les villes de Lons-le-Saunier, 


7 « de Louhans, d'Orgelet, de Saint-Claude & de Tournus, 
& 242 bourgs ou villages, » 


L'année commune des naiffances dans Ja ville de Lons+ 
le-Saunier ,.eft de..,....... slstals ee DRE AE 2 44 


Dans’ celle de Louhans "de. , 1 ae RANER TE AMIS 96. 
Dansicelle d'Orgelet ,Lde LE eu ER 63. 


Dans celle de Saint-Claude , de:.....,.... os, 141. 
Dans'cclleide Lournus, 6:20: tetes tee. à clos 192. 
736. 


Et dans les 242 bourgs ou villages, de.....,.,.... "729. 


DO AT lets SÆ0Ne 


NOMBREÏNOMBREINOMBREINNOMBREINOMBRE 


des d se des des 
LIEUES f BOURGS! Hamrans | HamiTrans HABITANS 
:. | VILLES, VE : Fami rA delacampagne 
de fuperficie. RIRE des Villes, |des campagnes NS. par lieue, 
ER | RSR EE 
242° 19136. | 200954, | 220090, 
SainT- Population de la Carte de la France, n.° 88. 
ÉTIENNE. 


« CETTE Carte contient les villes de Saint-Étienne ; 
« Condrieux, Iffengeaux, Saint-Chamond & Annonay; 
& 202 bourgs ou villages. » 


Len on. 


L'année commune des naiffaaces dans 1a ville de Saïnt- 
Etienne", ER def RE ae eee ee e see 0 0. 110322 


Dans "celle "de Condrieux, de cletatette cle ele se natale 214 
Dans celle d'Iffengeaux,., de, CRC 203° 
EE 


1450 


mi Er su iS :C: LE NC: EE: 663 


Ci= CONTTE… oo ses sesssssss I4SOe 
Dans celle de Saint-Chamond, de......,,.. oise TOI. 
Dans celle d'Annonay, de...,.... D RESE AE MES LEE 
1816 
Et dans les 202 bourgs ou villages, de. ........... 772 
HOT AE. Ne 952 
NOMBRE NOMBRE 
NOMBREINOMBRE des NOMBREINOMBRE| TOTAL c 
des des BOURGS des des des HABITANS 
pe VOUS M PEER ou HABITANS | JTABITANS ea delacampagne; 


VizLaGes.| des Villes. | descampagnes 


de fuperficie. 


par licue. 


202. 


Population de la Carte de la France, n° 3. AMIENS. 


« CETTE Carte contient les villes d'Amiens, de 7% 
Montdidier & de Roye, & 530 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffänces dans Ja ville d'Amiens, 


Re desés sovaisas défrotecssener sis ein Léa: 1055345 
Dans celle de Montdidiér, de.....….,,..,,.., 131. 
Dans ecllcide ROVER UdE: ere erehn siele Lure e » se 0 2 100. 

1766. 
Et dans les ; 30 bourgs ou villages, de........... . 72a$o. 


MOMAR: de... 41 NNaSf 
EME LASER TTIS 


NOMBRE] NOMBRE) 
NOMBREINOMBRE| x.  [NOMBREÏNOMBRÉ| TOTAL des 
des des 
d BOURGS 
LIEUES Ÿ , HaABiraNs | HABITANS CAR 
de fuperficie,|. VILLES, 4 des Villes, HABITANS. FÉES 


des HABITANS 


des campagnes 


VILLAGES-: par lieue. 


530- 45916. 234416. 754- 


664 MÉMoiREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 


VIENNE. © Population de la Carte de la France, n° 118. 


" « CETTE Carte contient les villes de Belley , de 


Montluel & de Vienne, & 317 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville de Belley, 


CIE aie jafeler + EN de Re DA PR 127 
Dansicelle de Montluelét de LR Ne SR, 107 
Däans'cellerde' Vienne: des se 2 romsesrmtemretaise, 354. 

585: 


Et dans les 317 bourgs ou villages, de........... ‘6199. 
TOTAL............ ! 6784 


NOMBRE NOMBRE 


NOMBREÏNOMBRE] xs  [NOMBREÏNOMBRE TOTAL pes 


des des BourGs des des des HABITANS 
LIEUES 


FE HABITANS | HABITANS 


de lacampagne 
de fuperficie. VILLES. VILLAGES. des Villes, |descampagnes 


par lieue. 


HABITANS. 


317. 15210. | 161174. 


ALENÇON. Population de le Carte de la France, n° 6. 


mm. 2 . . , ( 
« CETTE Carte contient les villes d'Alençon , de 


« Bonneftable, de Mamers & de Mortagne, & 329 bourgs 


ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans {a ville d'Alençon, 


CRT NET e SPeh mio de et Un ne 470: 
Dans celle de Bonneftable, de.....,....... sea ST à 
Dans celle de Mamers, de......... VE Ne ER 204: 
Dans celle de Mortagne, de.......,... ins. Ll'asts 

__—_——.—."..——.——.———"{( 
1016. 
Et dans les 329 bourgs ou villages, de, ,.......... 6900. 


TOTAL s eg fs. ve 15. 1070 TGE 


[. NOMBRE | INOMBRE 
NOMBREINOMBRE) des  INOMBREINNOMBRE| TOTAL Fa 
des Los BoURGS des des ÎLE HAGITANS 
LIEUES où HaAGrrANs | HABITANS nca 
de fuperficie. VILLES. VizzAGEs-| des Villes. |descampagnes PRRLrAN SE: par tés 
mm a —— nee 
250. 4. | 329 26416. | 179400. | 205816. | 718. 
REF EE TOR ET PEACE ETAPE DREREER EEE TE CREER ENT CON UE PRET NEUTET STE 
Population de la Carte de la France, n° 119. GRENG TE 


« CETTE Carte contient Îles villes de Grenoble & de 
Voiron, & 321 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville de Grenoble, 


ÉHAdEL AR MARNE. 220 SOUPE. SR . 1 1,1 873. 
PACE AN ONOM MURS ee me leatee one 8 ete re die ti 
1025. 
Et dans les 321 bourgs ou villages, de....,.... 6742. 
HENONRPAYL Bebe es e121 = ROME ZT 
ns rs ET: | 
NOMBRE lorar (NOMBRE 
des des Bourcs de des HABiTANs 
LIEUES Hagsirans | HABITANSs 


VILLES. ou HABITANS. de lacampagne 


de fuperficie. Vausidions:l:"des- Villes. des campagnes 


| par lieue. 


247. 2° 321. 26650. | 175292. 201942. 710. 


Population de la Carre de la France, n.° 64. LE Mans. 
ne 24 
« CETTE Carte contient la ville du Mans, & 
243 bourgs ou villages, » 
Mém, 1785. Pppp 


666 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
L'année commune des naïffances dans la ville du Mans, 


F5 EAN (Etes age M A ao OS le 1 Ha or GE sot. 
Et dans les 243 bourgs ou villages, de 75. Da ENT 6729. 
HO TS VANAEE ERC IE FAT He. 7230 
NOMBREÏNOMBREl PR INOMBREÏNOMBRE] TOTAL DÉS 
| 5 B MUR GS Re _ des H $ ( 
À de fuperficie. VILLES. tiernes des Villes. descanpape 2 En S SMPNE 
EEE | TEE 
250. Its 243 174954. | 187980. 700. 
COMPIEGNE. Population de la Carte de la France, n° 2. 
m'a. A 


« CETTE Carte contient les villes de Beauvais, 
« Compiegne, Senlis, Pont-Sainte-Maixence & Clermont, 
& 457 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville de Beauvais, 


C2 (aie CERORARIER ER UT Se cl ES 0 . As 486. 
Dansrcelletde Compiegne, de MAP . 20$. 
Dans'ecllerde Senlis: dé AN : 5 138. 
Dans celle de Pont-Sainte-Maixence, de.......... TT 
Dansicelle:deuGlermontindensitsmtnnionnimni 38. 
£ 979: 
Et dans les 457 bourgs ou villages, de............ 6629. 
NON TAN ML Ter dre Nar sente cs) FAOOE 
Le or  ] 
SE ES TS D CA See, SC. Ce | 
NOMBRE € NOMBRE 
NOMBRENOMBRE| x. A A TOTAL des 
€s es 
æ des BOURGS | Haprrans ns des HABITANS 
LIEUES ” #5 4 u delacempagne 
de fuperficie. MÉPE AE des Villes. |descampagnes| H A BITANS. par lieue. 


25454 | 172354.| 197808. 689. 


250. | Se | 457% 


DES SCIENCES. 667 


Population de la Carte de la France, n° 115. DôLr. 
« CETTE Carte contient les villes d'Arbois, d’Auxonne, 
de Dôle, de Nuits, de Poligny, de Quingey , de « 


Saint-Jean-de-Lône, de Salins & de Seurre, & 290 « 
bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans Ia ville d’Arboïs, 


Et LORS EN LOS AORMAIMERE ASE SORTE 224 
Dans celletd/Auxonne, dé. 200 2 fe Lie 7. 170. 
Hansiccliede DOIPA MRC 0 eee se mens lite ele «eÿs so » 333. 
Macs cellc'de ND UT. ele meet re ait ltele à 21. ETUte 
Dans celle de Poligny, de..... COMM TE EME TE 27e 
Dans celle de /Quinpey der esse ciel es: ve 78. 
Dans celle de Saint-Jean-de-Lône, de........... Lt: TELL 
Dans celle de Salins, de...... OO HO ÉSIEEE Fetes 263. 
Dans'celle de Seurre de. 4... see te se » « je FOR DSze 

1694 
Et dans les 290 bourgs ou villages, de............ 6s12. 
HOT ATEN de iuaits 8206. 

PTE RENTE 


MBRE 
NOMBREÏNOMBRE|  OMBREINOMBREINOMBRE| TOTAL del à 
des des des des 
des BourcGs des HABITANS 
LIEUES HABITANS | HABITANS 


de lacampagnel 
ou È 
de fuperficie. Virves. Virracrs.l des Villes. |des campagnes Éi euer par lieue. 


4°: | 9 PHP 44044 


169312. 


213356. 677. 


Population de la Carte de la France, n° 98. ANGERS. 
St 


« CETTE Carte contient les villes d'Angers & d’Ancenis, 
& 215 bourgs ou villages. » 


P ppp i 


668 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


L'année commune des naiffances dans la ville d'Angers, 
EU LE PP EE TL SEE rte NET AMEREES, 1099+ 
Dans celle d'Ancenis, de........ RARE Fiottele 162. 


NOMBRENOMBRE) 4, [NOMBREÏNOMBRE jcHRse 
des des des l 
LIEUES des BourGs azra IMHaEITaNS des HABITANS 
de fuperficie. | Vitres |, | ds Villes |descampagnes|HABITANS. per Lo 
ILIAGIES- par Ieuc, 


Cher Population de la Carte de la France, n° 90. 
ma. A 


« CETTE Carte ne contient pas de villes, & renferme 
feulement 187 bourgs ou villages. » 


Dont l'année commune des naiflances eft de........ 6302. 
NOMBRE NOMBRE 
NOMBREINOMBRE ia NOMBREINOMBRE|-TOTAL 7 
d' 
x des BOURGS des des des HABITANS 
LIEUES HABITANS | HABITANS 


ou 


Ë dela campagne 
VizraAGes.| des Villes. |descampagnes 


de fuperficie. | VILLES. HABITANS. 


par lieue. 


163852. 


250. o. 187. o. | 1638$2. 


LE Puy. Population de la Carte de la France, n° 89. 


Ed" « CETTE Carte contient les villes du Puy, de Privas 


& de Langogne, & 185 bourgs ou villages. » 


miens. SC. LE NC E,S 669 
L'année commune des naiffances dans la ville du Puy, 

PRINT NPC RER. ITR CE RES OUT 584. 
Dans celle de Privas, de....... RO Ve tu SARL ei 100. 
Dans: celle deuLanropnesideslsi.. =... 42.40. 2. 

776 
Et dans les 185 bourgs ou villages, de........... 6106. 
HAOITANTS SR naar à 6882. 

D nn 5" ns } 


NOMBRE 


NOMBREINOMBRE ve NOMBREINOMBRE| TOTAL 2 
des Fa BourGs des des des HABITANS 
EE CIO NEOMETOE Le HABITANS | HABITANS écannacne 
dé fuperficie. VABREES VizzaGes.| des Villes. |des campagnes QE par lies 
250. | pa | 185. 20176. | 158756. | 178932. 635: 


AT PPS EX 


Population de la Carte de la France, n° 32. 13 
SOUTERAINE, 


Le CETTE Carte contient la ville de la Souteraine, LU, 
& 158 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans Ia ville de Ja Soute- 
Minc EI den. Ne Ah etes ane moe dise tds 10 3- 
Et dans les 1 5 8-bourgs ou villages, de............ 5857- 


3 NOMBRE 
NOMBRE FRA O MERE TOTAL dé 
€s 


Bourcs HABITANS 
des HABITANS | HABITANS 


E our +78 delacampagnel 
de fuperficie, | VILLES, des Villes. F N P°8 
P SERRES s Vill descampagnes| HABITANS. 


par lieue, 


670 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 
LAVAL Population de la Carte de la France, n° 97. 


Se « CETTE Carte contient les villes de Laval, de Château- 
» Gontier, de Craon & de [1 Guerche, & 210 bourgs 
ou villages. » 
L'année commune des naïffances dans Ja ville de Laval, 
ENG OO PS A PES PR ARE LCR RE AT 422. 
DansicelledelChateaussontier,, de... II4e 
Dansicelleide Craonidettusrhatrrcntense rite is 130. 
Dansicelletde lt Guerchest done einen. se 121. 
, 787- 
Et dans les 210 bourgs ou villages, de............ 5803. 
TO TA MEN ET 6590. 
pu = | 
Le ME NE RAS NOU EN E Dé RENNES NTM de 4 on Am Po 7 OPUS 96 Vo ge de SC Ve es ec ee cs | 
NOMBRE | NOMBRE 
NOMBREINOMBRE| 4 © [NOMBREÏNOMBRE) TOTAL Bi 
des des BOURGSs = des & des es HABITANS 
LIEUES ce ABITANS ABITANS de lacampagne 
de fuperficie. VILLES. Vrinaces.l des Villes. pero ANS par lieue. 
250. 4. 210. 20462. | 150878. | 171340. 604. 
RE PE RE TRE OUPS PTE VPECS CENSURE MPEN EVE SCIE PETER MINIME LIL PTE EL ENT LUE PET MEET TEEN NI FU CEE CEE IEC 
Vivirs. Population de la Carte de la France, n° 90. 
EE n'en 24 


æ CETTE Carte contient les villes de Viviers, 
» d'Aubenas, du Saint-Efprit, de Montelimart, de Saint- 
Paul-trois-chäteaux, & 197 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans la ville de Viviers, 


eft' Idees HS ne CO ne LH 8r. 
Dans celle! d/Aubenass (der ES ee M le : 0 92. 
Dans celle du Saint-Efprit, de................ de 187. 
Dans celle de Montelimart, de.......... LPERE : 223 
Dans gglle de Saint-Paul-trois-châteaux , de......... 76. 


Et dans les 197 bourgs ou villages, de............ 5657. 
TOTAL oesie cor 63 EX 
D 


RE PRICE EN D SET PR Le MATE A NE rte À PAP I ANS GR EA V 


NOMBREÏNOMBRE| NOR EINOMBRENOMBRE| roraL |\°MPRE | 


es des 
des des des 
des BourGs des HABITANS 
LIEUES V ou HABITANS | HABITANS delacampagne 
: ILLES. des Vi H è 2 g 
es Villes. |d 2 ABITANS, 
de fuperficie. VILLAGES, Villes cs campagnes ptr lieue. 


164216. 538. 


250. | Se | 197 | «734 | rot 


Population de la Carre de la France, n° 47. AUXERRE. 


« CETTE Carte contient les villes d'Auxerre, de 1 


Joigny &.de Saint-Florentin, & 241 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville d'Auxerre, 


ERA Re Le IL à 2 de de 380, 
Daniele (donloignyrade NRA RER EN . 162. 
Dans celle de Saint-Florentin, de...........,.. 74 

616. 
Et dans les 241 bourgs ou villages, de............ 55907 
HOT AE PSS 6 0e 6123. 

ERRROTETIL EPL S 


NOMBRENOMBRE| © [NOMBRENOMBRE) TOTAL | OMBRE 


d 
des j B : des des d H ses 
OURGS es ABIT 
LIEUES a HABiTANS | HapiTans del 2 
1 2 ou É = € acampagne 
e | Vicres. de ; É HA BITANS. 
de fuperfici ANR s Villes. |des campagnes L par fiche 
pee 


16016. 


143182. | 159198. 72e 


Population de la Carte de la France, n° 147. Nozenor. 


« CETTE Carte ne contient aucune ville , mais 
feulement 45 bourgs ou villages. » 


672 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 
L'année commune des naiffances dans les 45 bourgs ou 


villages, eft de............ ee 0 01e hate tetlete le «LA 5376 


AD EME M is À Pom Vu 


NON 


NOMBREÏNOMBRE|N Ne NOMBREÏNOMBRE| TOTAL À RS | 
€s 
des des ; 
d BoURGS HABITANS 
LICUES de pe ARR HABITANS de lacampagne 
de fuperficie. | ViLLes. [yiipaces| de Villes. |descampagnes) HABITANS.| Li ion. 


ES 


ENT ANT RE = TERRE ZT ETC MP ELTETIO 


Population de la Carte de la France, n° 65. 
« CErre Carte contient les villes de Tours, de Beau- 
« fort, de la Flèche & de Château-du-Loir, & 192 bourgs 


Tours 
VE où villages, » 
L'année commune des naïflances dans la ville de Tours, 
cluder lame t PRE NN RUE LE 756 
Dans celle duBeaufort , de Re SRE en. 182. 
Dansicelle: de la Flèche. et EL CUT ne cc 145: 
Dans celle de Château du-Loir, de......,...,.... 70e. 
s IIS à 
Et dans les r92 bourgs ou villages, de............ 5475. 
Mdr A LA de Aie o sure, F6 02188 
Du "| 


NOMBREINOMBREINNOMBRE| rorTaz [NOMBRE 
des ie des des da 
ASE des BOURGS | jjamrans | HABITANS des RS 

pa ; des campagnes | H A B1TANs,| °°" 2MP28n€ 
de fuperficie. NEVER VILLAGES. Mie : par lieue. 


Rs | 


172328. 


4e 192. 29978. | 142350. 


Population 


DESISCTENCES, 673 


Population de la Cartz de la France, LU Nismes. 


«CETTE Carte contient les villes d’Alais, d'Anduze, 4j 


de Bagnols, de Beaucaire, de Nifmes, de Saint-Hippolyte « C 
& Tarafcon, & 262 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans Îa ville dAlus, 


ft SONORE: OP PREO OPOL EDP 364. 
Dans celle d'Anduze, de...................... 180. 
Dans celle de Bagnols, de..............,...... 199: 
Dans celle de Beaucaire, de................... 334. 
Dans celle de Nifmes, de..,.................:. 1670. 
Dans celle de Saint-Hippolyte, de.............. 208. 
Dans celle de Tarafcon, de...... 2 EME ARE TE 380. 


NOMBRE - NOMBRE 
NOMBRE rs NOMBREINOMBRE 


de Le TOTAL des 


Hamirans | HaBirans des 
des Villes, |des campagnes| H À BITANS. 


HABITANS 


des BourcGs 
| delacampagne 


ou 
VILLAGES. 


LIEUES 
de fuperficie. VILLES. 
par lieue. 


262. 86710. | 138788. | 225498. 


Population de la Carte de la France, n° 124. Mas 
«CETTE Carte contient les villes d'Aubagne, de la 
{ Ciotat & de Marfeille, & 27 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans 1a ville d'Aubagne, 
CNRC CE HIT SEP PERLE 234. 

Mans celle de laGIOt, de. nuls ion sotercte cie die 1e 180. 

Dans celle de Marfeille, de. ... ... 4... 0.0... 2736. 


Et dans les 27 bourgs ou villages, de.......... 45 $ 57- 
TOTAL. .......7..: 3707 
Le sr 


Mém. 178$. Qggqq 


674 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


NOMBRE 


NOMBREINOMBRE d NOMBREINOMBRE T.O T'A L (ie lits 
des d “ des des ui 

+ es BouRrGSs des HABITANS À 

LIEUES k HasBirTaxé | HABITANS ec EL 

de fuperficie. VILLES. Vis Ye CE des Villes. |descampagnes|HABITANS, LEnTe EE 


par lieue. 


91900. 


> rer RTE 


L A Population de la Carte de la France, n° 101. 

ROCHELLE. 

er « CETTE Carte contient les villes de la Rochelle, de 
Marans & de Niort, & 245 bourgs ou villages. » 


L'annéei commune des naifflances dans 11 ville de Ia 


Rochellez reft dei: 1.700 nt Sn de ve En SE 632. 
Dansgcelle ide Niort, (de USA SLA), A NS 416 
Dansiclle de Marahs, der erelae ete ee ie sie IS. 

1203. 


A ONU TS ER tte ses sos 


: NOMBRE O 
NOMBREÏNOMBRE NOMBREINOMBRE| TOTAL DEN] 
des des des 


s d 
2 ! ot . à 
de fuperficie, VILLES, RE RAT des Viiles. des campagnes Dar) EU Mine, 
es) ns 
234° 3° 246, | 31278. | 123604. 154882. | 528: 


Hs Population de la Garre de la France , n°66. 
RICuELIEU, 


« CETTE Carte contient les villes de Saumur, Chinon, 
LL m'en 4 


»Loudun, Thouars, Richelieu, Montreuil-Bellay, & 
254-bourgs ou villages. » 


li — 


av E 581 Su 1! E: N «C-E 5. 675$ 
L'année commune des naiffances dans la ville de Saumur, 


qu 


selles, . 21... He ie SON MEME PTE ENT 341: | 
Dans celle de Chinon, de...,..:.,..... na 189. 
p Dans celle de.Loudun, de.............,: ë d 154 
Dans celle de Thouars, de.....,. Rene CS NT | LS : LIL 
Dans celle de Richelieu, de..,..... RER ce 7. 119 
Drns: celle de Montreuil-Bellay , de.,......,..... 56. 
À a + | 990. 
lis Et dans les 254 bourgs ou villages: de. ses . #7 5068. 
L . L KO mALE 6 55 Haies 6058. 
| 
: NOMBRE, : - NOMBRE 
NOMBREINOMBRE)| % HET RSS LOT Le 
des des -BoûrGs : se LE : des HABITANS 
LIEUES hs HABITANS HAANS H delacampagne 
de fuperficie, VILLES," Vizzaces.l des Villes. des campagnes ABITANS, par lieue, 


ne 


6. | 254. 25740. | 131768. | 157508. $27: 


Population de la Carte de la France, n° 100. 


« CETTE Carte contient les villes de Luçon, de Fontenay- 
le-Comte, de Parthenay & de Saint-Maixent, & 215 « 
bourgs ou villages. » 


. L'année commune des naiffances dans la ville de Luçon, 


Eu ER RCSE SES à SURESNES OS EEE PSE RER 178. 

Dans celle de-Fontenay-le-Comte, de.........,.. 208. 

Mans celle de, Parthenay ede Ron. ass. 126. 
Dans celle de Saïnt-Maixent, de,........,,..... Dei | 

ALT Fe ; s83- 

Et dans les 21 $ bourgs ou villages, de............ so4t. 


PNR RE Reerrenpontesese JU 


#19 a 
. 


Qgqqq i 


676 Mémoires DE L'ACADÉMIE ROYALE 


| 1 | BRE 
NoMBRENomerEl CO MBREINOMBREINOMBRE) oraL |\°* 


des des 
des de des 
ï des Bourcs ; des HABITANS 
LIEUES Hagrrans | HABITANS del 
,. ok à HABITANS elacampagne 
de fuperficie. | VILLES, |4,,,aGes.| des Villes. des campagnes , 


par lieue, 


250. 4: 20e 15158. 


524 


AURINE, Population de la Carte de la France , n° 14. 


m'en "4 


« CETTE Carte contient les villes de Bord, de Mau- 
tiac & d'Uflel, & 166 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans Ia ville de Bord, eft de 86. 
Dans celle de Mauriac, de..….... 


Dans celle d'Uffel , de......4 


norton. 114. 


294 
Et dans les 1 66 hourgs ou villages, .de. ... sus 495$ 
Toma ut a res). D aps ineN as 
Ed 5 
NOMBRE | { 
NOMBRENNOMBRE) qe [NOMBRE NOMBRE TOTAL juré ne 
des des es "12 
LIEUES Cart EME HamiTans | HABITANS De Mr à à 
D L cr elac agne 
de fuperficie, | VILLES. Viniageel des Villes des cimpagnes| HABITANS. ture 


250. 3e | 166. 


7644. 128726. | 136370. 


Cosne. Population de la Carte de la France, n° 48. 


© «CETTE Carte contient les villes de Cofne, de 


Clamecy. & de Vézelay, & 212 bourgs ou villages.» 


| DES: Sct1E NcEs 677 
L'année commune des naiffances dans la ville de Cofne, 


BNRGES 241 deb Repas A LH ANNE CORTE ue é 164 

Dans celle de Clamecy, de...........:.,.. HQE TS7e 
MDinicelletdenViezelp dent à 0 2 36. 
APE 3 59- 

Et dans les 212 bourgs ou villages, de............ 4809. 

: TO TAEM RE Managers 8 


FARADE 723 


MBRE NOMBRES 
TOTAL des 


des HABITANS 


: : ’ H A girAns.| dela campagne} 
Virraces.| des Villes. |des campagnes par lieue. 


| RE. Ale 
NomBrEe nNomarelt °MBRENOMBRREIN O 


des 
des des 
dés dés BOURGS 
LIEUES er HXBITANS HABITANS 
ViLiLes. 


de fuperficie. 


Rs 


250- | 3» 212. | 9334. 127374. | 136708. 509. 


Population de la Carre de la France, n° 150. = Bannaux. 


« CETTE Carte ne contient aucune ville, mais feu- 
lement 76 bourgs ou villages. » 


* L'année commune des naiffances dans les 76 bourgs ou 
SR ne one AR PE nt CEE 


| 
NOMBREINOMBRE NOMBREINOMBRE NOMBRE] ToTAL (NOMBRE 


des S des & des 
des Bourcs des HABITANS 
HABITANS 


LIEUES * HABITANS 
I " ox s 
LES des Villes. |des campagues HABITANS, 


VILEAGES, 


delacampagne 
par lieue, 


de fuperficie. 


50102. | foro2. 497, 


678 Mémoires DE L'ACADÉMIE RoYALE 
SABLES- Population de la Carte de la France, n° 132: 
DOLONNE. | d 1F { : y 
Um «CETTE Carte contient [a ville des Sables-d'Olonne, 
& 98 bourgs ou villages. » 
L'année commune des naiffances dans Ia ville des Sables- 
d'Olonne 1eftide. NA EMA PER NRIME RES 8r, 


Et dans les 98 bourgs ou villages, de..…........... 2808. 


ET RES ET TE SCORE EE PERLE TE DCR RENE SRPENAT ROTETT LT SE TIRE NE 
NOMBRE NOMBRE 
des 
BouRrGs 
ou 
VILLAGES. 


NOMBREI| TOTAL RUE EE 
es 


des HABITANS 


INOMBRENOMBRE 
des 
des 


LIEUES LA 
de füperficie. | VILLES. 


des des 
HABITANS | HABITANS 


des Villes, |des campagnes HAmiTans.|delreampagne 


par lieue. 


150. | Te | 98. 


ne 


2106. 73008 | 7s114. 487. 


TO L oi, Population de la Carte de la France, n° ngS 


l 
Sn «CETTE Carte contient les villes d'Hyères, de ” 
Saint-Fropez & de Toulon, & 27.bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans Ia ville d'Hyères, 


chi. GUEST ile CO ait aie) np 2 ZSe 
Dans celle de Saint-Tropez, de...,.......n....: 115$. 
Dans celle de Toulon, de. mn sl x HO 
1494- 


NO TANT RP Eee DOPDODOEE 3453 
CRE BE OR ES 


des 
BourGs 

ou 
Virracrs| ds Villes: |des campagnes 


des des 


des 
HABITANS | HABITANS HABITANS 


HapiTANs.|delacampagne 
par lieue. 


de fuperfcie. VYLLES. 


re 


106. 3 


ses. | 89778. | 480. 


is -Sc'LIEIN c'ets 06»9 
Population de la Carte de la France, n° 28. VENDONE. 


: * . EE an en 2 
« CETTE Carte contient les villes de Vendôme, de 


| Chäcaudun & de Béaugency , & 226 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances'dans la ville de Vendôme, 


zh Vosérdmuts à ldtirennsts di MMME Sartre 23 
Dans celle-de Châteaudun, de....,.:.,.....72% CT 226, 
Dans celle.de Beaugency ,.de .....,.... Re 162. 


NOMBRE NOMBRE 
ds  INOMBRENOMBRE)] TOTAL 


; è Bowrcs!|,., des "T0, à des | HABITANS 
LIEUES..).. ue HR He Hanirans deacampagne 
pepe ces) des Villes. 665 campagnes : A+: spardieue, 


des 


226. | 16146. | 117728. | A 4TT. 


L. Fr Se L de Cor. _ la France; n° 167: A NrreEer 


h | 
À < CETTE Caite “contient les villes’ d'Antibes ,‘ de ù 
" sert &°4E Fréjus, &' 33 bourgs où villages 57 SNLATAENR LATE PESER) 
L'année commune de naiffances dans la ville d'Antibes z 
SEP: 2070 À Eee Eee: 5h rec 140. 
Dans Pelle «rs Graffe, de. SEE. eee sorte - rite 400: 
DATES Fréjus ; . LES T I TIPACE ETAPE A RER AH1E7eE 10.6. 


Æt Es les 33 bourgs ou éd ART Semen 


ÉRAONR AT. 5 6 8000 ete 0 


+ &zii « 4 


680 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


| f 
spy NOMBRENOMBRE NOMBRE 
NOMBRENOMEBRE| yes = M TOTAL des 
es s 
des des BOURGS | HaniraNs | HAnITANS des HABITANS 
LIEUES a L ou des Vill d H delaczmpagne 
de fuperfcie, FR NE ME CNRS RS Cd CERTA NT par lieue. 


66. | 32 | 33e | 676. | 31018. 47814. 470. 


ce Population de la Carte de la France, n° 148. 
et x CETTE Carte contient la ville de Gex, & 
32 bourgs ou villages. « 


L'année commune des naïffances dans [a ville de Gex, 


eftrdesrnssressantanemnn eue nf marier 2 cu een 67. 
Et dans les 32 bourgs ou villages, de..........,... 536. 


HOOI TP nn e ee ee Side Dole ee den = 603. 


NoMBRElNomBREl ©MBRENOMBREINOMBRE) TOTAL 


des 
de. des 
ÿ des BourGs H des HABITANS 
LIEUES . F HABITANS ABITANS ee bis 
de fuperficie.| VILLES. [Lars] des Villes. |des campagnes ‘| par lieue. 


| 


EE 


1742. 13936.|. 15678. 


Population de la Carte de la France, n° 30. : 
em « CETTE Carte contient la ville de Loches, & 1 52 
bourgs ou villages » 


L'année commune des naiflances dd Ia ville de Loches, 
eftdes, ee io M CT 0 MARNE Koyoir: 159. 


POCHES 


Eÿ gens les 1 59 bourgs ou villages , de, ....,.,..,..: 4437. 


DO DA Le ep armiee eye solelserte se ÉLUS 


D É1S. MSC TEENIC ER 68r 
RTE SET IL TE EE TITI EEE SP TETE ERREUR EN TEFE IPN NET RIRE EE STE G PT EMERE NT LINE EE RECRPLET PATES 


NOMBRE | NOMBRE 
NOMBRENOMBRE FR NOMBREINOMBRE| TOTAL Fa 
des des BouRGs des 4 des des HABITANS 
LIEUES FE HABITANS | HABITANS “ [delacampagne 
de fuperficie. VILLES. ViccLages.| des Villes. |descampagnes HABITANS. par lieue. 
250. x. 159. 4134 | 115362. | 119496. 461. 
, o 
Population de la Carte de la France, n° 68. Ce 
Len A 


« CETTE Carte contient la ville de Confolens , & 
191 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville de Confolens, 


Hocete des H4Ranel RAR EMNS 46 CAE AE 
Et dans les r91 bourgs ou villages, de......... 4406. 
NOM ANE ES RER": 04487 

D En rs | 


: 
NOMBREINOMBRE Din NOMBREINOMBRE] TOTAL SR re 
F Fe de fo SAFT F des ns des HABITANS 
ABITANS \ del 
| : ou : €lacampagne 
de fuperficie. VILLES VILLAGES. des Villes, des campagnes HABITANS: par ie 


PRES me 


250. Le 191. 1950. | 14556. | 116506. 458. 


Population de la Carte de la France, n° 124. Aix. 


« CETTE (Carte contient les villes d'Aix, de 
Lambefc, de Martigues, de Pertuis & de Salons, & 
99 bourgs ou villages. » 

Mém, 1785, Rrrr 


682 MÉMoIREs DE L'ACADÉMIE ROYALE 
L'année commune des naiffances dans Îa ville d'Aix, 


RON, AUS ARRETE EE nd io LE LÉ $ 53 
Dans celle de Lambefc, de.........,..,. Le AOREE 131. 
Dans celle de Martigues, de............ spots fete tele 225. 
Mans celle de Perthis, de. 1 cle ee -blietets RER 158. 
Dans celle de Salons, de..... A Abrcecrtées 2534 197. 

1264. 
Et dans les 99 bourgs ou villages, de............. 3882 
MOT ALU ETS RES 5146. 


PERRET EEE SET EU EEE EDEN ET ET EVE ET EETE EDCENEE CINÉMA MERE EEE TEPEPEC SET EE TT ETET DE TES LREL TEEN 


NOMBREÏNOMBRE Pt NOMBREINOMBRE LEUR Nes 
des des des es 
LIEUES des BOURGS ein lHaninèns des HABITANS 
de fuperficie. ViLLes, jet des Villes. |descampagnes| H A BITANS. PR OERREE 


NPERARES par lieuc. 


36864. 100932. | 137796. 4ST. 


BH one Population de la Carte de la France, n° 20. 


Se «CETTE Carte contient les villes d'Amboife & de 
Blois, & 193 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans la ville d'Amboife, 


JURC CAMES Manet lets lie sels irlelate 2 1,9 
Dans'cclle de Blois qe ARR EPA MERE ARS 389., 
608. 

Et dans Jes 193 bourgs ou villages, de....... : 4790 
ORALE MEN EN RTE Es sage 


‘ NOMBRE ï 
NOMBRENOMBRE| :; NOMBREINOMBRE| TOTAL x 
des es d d es 
LIEUES des BourGs H Te + au des HABITANS 
ABITANS ABITANS 
de fupérficie. | VILLES, gu LPADITANS, delacampagne 


VizLzaces.l des Villes. |descampagnes par lieue. 


250. 2, 193. 15808. | 124540. no | 448. 


DES SGCTENCE Ss. 68 


Population de la Carte de la France, n° 31. CHÂTEAU 
ROUX: 
« CETTE Carte contient la ville de Châteauroux, & er 


136 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans Ia ville de Chà- 
teauroux , eft de..., 


or RER ST rc 347e 
… Et dans les 136 bourgs ou villages, de........... 4196. 
TOTA. .4.. espere 4543 
: D nn se --] 
LE 
NOMBRE NOMBRE 
NOMBREINOMBRE des NOMBREINNOMBRE]| TOTAL “ 
ee des BOURGS des des des HABITANS 
LIEUES . où. HABITANS | HABITANS delacampagne 
de fuperficie, VILLES. ViLzLrAGes.| des Villes. |des campagnes HABITANS. par lieue. 


109096. | 118118. 436. 


Population de la Carte de la France, n° 120. VALENCE. 


mm A 
« CETTE Carte contient les villes de Creft, de Die, 


de Tournon & de Valence, & 108 bourgs ou villages.» 


L'année commune des naiflances dans la ville de Creft, 


etoile clore nage sS/els cie ne id'e) © » sin s 5e 4e + » 


. 135$. 
Dans-célle de-Die:) desire oo e. 7. 116. 
Dans celle de ounons ide L'Ile, et, À 108. 
Dans celle de Valence, de........ ei Lee 245: 

604. 
Et dans les 108 bourgs ou villages, de......,., TR LOI 
MOTAL. 44 -lale 6 4665. 


684 MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE 


NOMBRE 
NOMBREÏNOMBREl ds  [NOMBREÏNOMBRE| -OTAL 
des des des 
es BourcGs ï 
LIEUES HABITANS | HABITANS 


ds HABITANS 


ou delaçampagne 


de fuperficie, | VILLES. des Villes. |descampagnes| HABITANS. 


VILLAGES. par lieue. 


DRAGUI- Popularion de la Carte de la France, n° 154. 


GNAN. 
«CETTE Carte contient les villes de Brignolles , de 
mm. 4 £ 
Draguignan & de Lorgues, & 91 bourgs ou villages. » 
L'année commune des naïffances dans Ha ville de Bri- 
mnolles, cftide: delete etre II 209. 
Dans celle de Draguignan, de..... sl lee à 281. 
Dans celle de Lorgues, de:................. 546 HE 
665$. 
Et dans les 91 bourgs ou villages, de........... o 396$. 
TOTAL.......:+.%. 4630. 
RPC SR SES 
RÉ PO PE TEE SRE VE TE 2 ETES 
NOMBRE|,, NOMBRE 
Jeu NOMBRE|NON ER NOMBRE! TOTAL Le 
é BourGs ( des ds L HABITANS 


HABITANS | HABITANS 


LIEUES , 
des Villes. |descampagnes HABITANS. 


de fuperficie, 


de lacampagne 


ou 
par lieue, 


| 3° | 91. 17290. 103142. 120432. 414. 


Pouriens.  Dopulation de la Carte de la France, n° 67. 


SN «x CerTre Carte contient les villes de Poitiers & de 


Chäellerault, & 192 bourgs ou villages. » 


DES SCIENCES. 685 


L'antée commune des naiffances dans Îa ville de Poitiers, 
cie. fr. 4.618 set ESS MES . 583. 
Dans celle de Chatellerauit, de................ 2752 


è 858. 
Et dans les 192 bourgs ou villages, de......,....: 3916. 


TIOTA Line oh eos eee 14774 
TEPRESFPRCPOERE TS 


NOMBREINOMBREINOMBRE| roTaL [NOMBRE 
des dés AT des 
des BOURGS | Higyrans | HABITANS des HABITANS 


es des Villes, descampagnes| H A BITANS. de lacampagne 
VILLAGES. par lieue, 


NOMBREINOMBRE 
des 
LIEUES 


de fuperficie, 


VILLES. 


22308... | 101816. | 124124. 


4O7. 


Population de la Carte de la France, n 146. Besançon. 


« CETTE Carte contient les villes de Befançon, d'Ornans, 
de Pontarlier, & 147 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville de Befançon, 


HT CEE EEE UE CIC EE . rEuie 822. 
Dans celle d'Ormans, de............. Et E 70 
Dans celle de Pontarlier, de.......... . ’ 117: 

1009 

Et dans les 147 bourgs on villages, de........:... 2611. 

F ŒuOST A LM es) h perte jee Mt ne 7020- 
ERESATECE LEEDS 


NOMBRE | NOMBRE 
æ HAE EME TOTAL Fe. 
B es } €Ss 
LIEUES CAE Hamrans | HABITANS des HABITANS 
ox delacampagne 


de fuperficie. des Villes. |descampagnes| HA BITANS, 


VILLAGES. par lieue. 


Res En 


26234 67886. | 94120. 


€ Mémofrts DE L'ACADÉMIE RoyaLE 


: 


ss. « 31W2191 


VAISON Population dé la Carte de % France, n° 21 


VALRÉAS. 


Valréas, & 


‘L'année commune des naiffancés dans la ville de Vaifon, 


ss 


Dans celle de Valréas, de..,:...,............ 


’ __INo 
INOMBREINOMBRE 


.r des 5 des + BOURGS 


LJ EUES 


de fuperficie, VILLES, 


2504 | 


MBRENOMBREINNOMBRE| TOTAL 
des He ie 
HagiTans | HABITANS 


9x ; HABITANS. 
VILLAGES. 


dés Villes. : | des campagnes 


es 


90948. | 96330. 


& 82 bourgs ou villages. » 


n7 Cerre Carte contient les villes de- Vaifon & de 
222:bourgs ou villages» 


HABITANS 
de lacampagne 


par heue. 


mn eme en 


364. 


Population de la Carte de la France, n° 0. 


« CETTE Carte contient les villes de Gien & de Sancerre, 


L'année commune des naïiffances dans Ia ville de Gien, 


eft de.. 


Dans celle 


ARE AE PES Li aotvotl---60..1 174. 

de Sancerre, de...........,.......:. 89. 

m7 à 26 }e 

Et dans les 82 boutgs ou villagés, de.....1........1 2835. 
TOTAL..s..sesssesdersesree 3098. 

p CERREX GERS A 


ee 


DES SCcTE.NcC-E:s, 687 


nNomsrelnomerel © MBRENOMBRENOMBRE) roraz|NOMBRE 


3 des des des 
es des 
LIEUES des BOURGS | HamTAns HABITANS à sd 
| Vizres. px | des Villes. ABITANS. med 
de fuperficie. VILLAGES. gti des campagnes par lieue. 
L'IFFAEAIE ANSE SRENREN EEE EEE 
250. De 82. 73710: 80548. 2954 


Population de la Carte de la France, n° 152 & 181. Emprux 
« Ces deux Cartes contiennent les villes d'Embrun , : HARCHE- 


de Barcelonnette, de Gap & de Sifleron, & 164 bourgs vs 
ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans Ja ville d'Embrun., 


Ib de Lu + RE MES TE EE DENET AR ETES 85, 
Dans celle de Barcelonnette, de......... PE TUE 83. 
Dans celle de Gap,ide..................... BIT 
Dans celle de Sifleron, de............s.s.esee 15 9- 

544- 
Æt.dans les 9 8 bourgs ou villages de. :.4.,2L.1,,.. 2872. 
MOomAEElIT. O.221L6Ic 3416 


NOMB 
NOMBRE NOMBRE REIN O MBREÏNOMBRE| TOTAL 


les 
des Ê des 
des Bourcs des 
LIEUES HABITANS | HABITANS 
des Villes. , | des campagnes| HA BITA NS. 


des 


ou 
VILLAGES. 


de fuperficie. | VILLES. 


Population de la Carte de la France, n° 153. Dicne. 


« CETTE Carte contient Îes villes-de Caftellane, Digne, 
Forcalquier, Manofque, Riez, & 140 bourgs ou villages. « 


688 MéÉmotres DE L'ACADÉMIE RoYALE 


L'année commune des uaiffances dans la ville de Caftellane, 


ÉGAL ML TROIE, LS OMR ee 77e 
Dans/celle.de Digne, de........... EH RIDE re 146. 
Dans celle de Forcalquier, de...:......... etes 7e 
Dans celle de Manofque, de.....:............. 123. 
Dans! celle ‘de Riez, der ce 2e POUR ET tete 1 1 34. 

S 57- 
Et dans es 140 bourgs ou villages, de..... SCHNEE 240 3: 
HOMME EPP 77" ent 29690. 


NOMBRE ; | 
INOMBREINOMBRE des PE El NOMBRE TOTAL 
| Eté Bour«Gs 3 ds des 

HABITANS | HABITANS 
HABITANS. 


LIEUES ou 
de fuperficie. VILLES. VILLAGES. des Villes. |des campagnes 


HABITANS 
delacampagne 


par lieue, 
LIT sue 


250. 


250. Se 140. 14482. 62478, | 76960. 


BRIANÇON Population de la Carte de la France ,n." 151 & 180. 


QUEIRAS. 4 CEs deux Cartes contiennent Ia ville de Briançon, 
7 & 118 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naiffances dans la ville de Briançon, 


CIDRE me etes et els ele lan ee cerise ile lee a LES 11e 
Et dans les 118 bourgs ou villages, de............ 2293. 
HO TANATÉRTAN N.Re 2408. 
| 
NOMBRE " | NOMBRE 
NOMBREINOMBRE Ace NOMBREINOMBRE, TOTAL Je 
des des BouRGS 6 des Le … k des HABITANS 
LIEUES PR ABITANS BILAN delacampagne 
de fuperficie. VILLES: Visages] des Villes. des campagnes HABITANS. par Lee | 


118. | 2990. | 63908. | 66898. | 225% 


LS une die die ELA Ce UP den USE ii sr 


It / ordre . G “te “be l'année 1r 7Ë4. 


FEXCÉDANTIEXCEDANT EXCÉDANT 
| déstRt 
Naiïffances 
fur 
les Morts. 


des 
Décès 
fur 


les Naiffances. 


abfolu 
des N'ailances 
fur 
les Morts. 


OBSERVATIONS. 


Ce Tableau offre, par comparailon avec |£ 


H celui de l’année précédente , une augmen- |# 
b tation dans le nombre des Naifances & |k 
H dans celui des Mariages , qui contribuera ï 
à réparer une partie des grandes pertes que |} 
k la Population a éprouvées en 1782 & en 
U1783. À l'égard des Morts, quoique 
É leur nombre préfente des réfultats bien : 
É moins funeftes à l'Humanité que ceux de | 
Ë l'année précédente, & qu'ils foient infé-|f 
É rieurs aux Naiffances de 78493 5 ils 

donnent cependant Ja preuve que les 
H maladies épidémiques ont fait quelques 
À nouveaux ravages pendant l'année 1784: 
B ce fléau , qui avoit porté en 1783 la 
À mortalité dans plus de la moitié des Géné- 
É ralités du Royaume n'a continué en 1784 
À que dans celles de Paris, de Tours, d’A-|Ë 
H lençon, de Dijon & de Metz; maisil a 
H pénétré dans celle de Befançon , qui 


1 » 


À jufqu'à cette époque, en avoit été préfervée. 


La Généralité de Pau & de Bayonne, 


; qui fe trouve, en 1784, portée pour Jalk 
à premiere fois fur l’état de la Population, 
+ été établie par Édit de Février 1784, 18 
Ü& elle eft un démembrement de celles 

F de Bordeaux, d’Auch & de Perpignan, 


NUMER. 
qui 
conilütent 
l'ordre 
des 


& 
Provinces, 


Généralités 


DÉNOMI 
DES GÉNÉRALIT 


N onu D = 


Sn co' 


10. 


bbbbb 


S ŒN GmæE 


% 0 D DE 
Bb = 0 


33* 


| RésuLrAT du Royaume, compris l'ile de Corfe. |965,648. [:29,827. | 1,382. 


GÉNÉRALITÉS en pays d'Éleédions. 
nr 


Paris 

ORLÉANS.. 
MOURSE-e. 
PoiTiERs.. 
Bources.. 
LiMoces.. 


PARIS (Ville) 


NATIONS 


ÉS DU ROYAUME, 


compris l'ile de Corte, 

difinguées en pays d'Éleétions & en pays d'États; 

la ville de Paris difinguée de la Généralité, 
comine Capitale du Royaume, 


LA ROCHELLE 


BORDEAUXx.. 
AUCH 


MONTAURAN.... 


GRENOBLE.. 
Lyon... 
Rrom.. 7 
MOULINS... 
CHÂLONS.... 
LE CLERMONT 
Soissons 

AMIENS 
ROUEN. 
CAEN.. 


RENNES 


BESANÇON. 


ETÉDES 6 


om | 


34 | ÎLE DE CORSE 


rOIS.. 


STRASBOURG.. 


NAISSANCES 


44338: 
171359" 
21,755 
26,721- 
24,060. 
176. 
6. 


18,595 


90,901: 
26,565: 

4,397 
69,147 
31,298. 
39,924. 
26,072. 
25;792* 
131095: 
32359" 
11,449. 
28,992. 


5036. 


MARIAGES, 


RS RE Con 7 9 À CO LE EE SET TT 


ompris l'ile de Cor 


Juivant l'ordre des Généralités , pendant lannée 1784, 


PROFESSIONS 


en dans 


TOTAL 


er À des 

Recicion. | Ja Société des Naiffances 
: Religion £ 
civile. Monts. Fe 


les 


b 
À 
o 
Len 


100. 88,478. 
27 21,872. 
ra 3,627. 
82. | 56525. 
27. 25,566. 
HET 
20 2 24 
20: 2TISES 
23. 1 93. 
76. 29,889. 
11e oo 
115. 


Morts. 


210 441270: 
36. 26,855. 
34: EEE 

F 23:724x 3 
35 18,422. 22, À 
27: 22,872. 33° 3° 
17 15,144. 20: 3 
56. 39,708. s2- 4578 
mise 13,187. 21. 4,151. 
41. 16,274 40, Ss44te. 
29- 22,454: 48. 41219 
25. 20,242: $2: 3, 
40. 21,437: 40. $ 
11. 22,952 23- 2 
25+ 28,045. VE 2 

A 1,312 
15- 16,583. ? 
20. 20,378: 1,31 
78- 26,376. 1,000 
39+ 21,406. 3770 
28. 19,176: Ü 


ER) 


des 
Décès 
für 
les Naiffances, 


EXCÉDANT|ExcEpANT| ExCÉ DA NTM 


abfolu 


desNiiffances 


für 


les Morts. 


Étation dans le nombre des Naïiffances &|h 
H dans celui des Mariages , qui contribuera |} 
] à réparer une partie des grandes pertes que |f 


N:783. A l'égard des Morts, quoique 
Aieur nombre préfente des réfultats bien 


mortalité dans plus de la moitié des Géné-|} 


à ralités du Royaume n'a continué en 1784 
AS 


pénétré dans celle de Befançon ,. qui, 


À iufqu'à cette époque, en avoit été préfervées 


La Généralité de Pau & de Bayonne, 


Ê qui fe trouve, en 1784, portée pour Jak 
A première fois fur l'état de la Population, || 


Aa été établie par Edit de Février 1784, 


& celle eft un démembrement de ceiles|A 


de Bordeaux, d'Auch & de Perpignan. 


: 


DIBPSLUSNC LE N CES. 689 


Er de la Carte de la France, n° 166. VENCÉ. 


Le n'e “4 
« CETTE Carte contient les villes de Vence & 


d'Entrevaux, & 31 bourgs ou villages. » 


L'année commune des naïffances dans la ville de Vence, 


HÉROS OR UEMRES SORTE FREE 1O$. 
Dans celle d'Entrevaux, de...... Dis Sole ete dltoetie 56 
161. 

Et dans les 31 bourgs ou villages, de.....,,...... 4Sur 


NO HANL I ONU 4e eee 51e 612. 


NOMBREINOMBRE|NOMBREINOMBRENOMBRE| rorAL [NOMBRE 


des d 
des des des # 
des BourGs des HABITANS 
LIEUES “ "a HABITANS | HABiTANS del 
« ILLES: qe : HABITANS € acampagne 
de fuperficie. Pre re des Villes. |des campagnes par Jicue. 


11726. | 15912. 183. 


sos Tite oi 
SACOCS_ FIN. _ FCO D 
PERS OLD 00e rs 


Si 


5 EN + 


Min, 1785. 


“Es Er k 
eromauv| HR NET NET